PROJET DE DOCTRINE MILITAIRE ET DEVELOPPEMENT DES FORCES ARMEES : LE POIDS DU PASSE SOVIETIQUE DANS LE PRESENT RUSSE

 

Georges TAN ENG BOK

 

Un nouveau projet de doctrine militaire russe est paru en mai 1992. Publié dans la livraison du même mois de Voyennaya mysl’ (Pensée militaire), ce texte a été distribué aux participants de la conférence sur la "Sécurité collective pour la Russie et la CEI", tenue à Moscou du 13 au 15 juin 1992.

Elaboré par l’état-major général russe, ce document n’est pas encore adopté. Sa connaissance est cependant de la prime importance pour apprécier l’état d’esprit actuel du haut-commandement russe dans sa perception des menaces ainsi que de ses priorités, du point de vue "militaro-technique", pour y faire face. A ce propos, la plupart des analystes, sinon la majorité d’entre eux1, s’accordent pour observer le poids du passé soviétique dans la formulation des concepts stratégiques et la définition des priorités militaires du présent russe. En outre, le projet actuel ne reflète pas seulement une approche doctrinale selon laquelle les Etats-Unis et l’OTAN continuent de représenter, de manière implicite, l’ennemi majeur ; il se situe bien en retrait par rapport au projet de doctrine militaire soviétique de novembre 1990, édulcoré par la "Nouvelle Pensée" de Mikhail Gorbatchev. En revanche, les auteurs du projet actuel ont ajouté une nouvelle source sérieuse de "danger militaire" 2, à savoir "la violation des droits des Russes et des personnes dans les anciennes républiques soviétiques qui s’identifient ethniquement et culturellement à la Russie". Ce nouveau cas de "danger militaire" incite d’ailleurs à s’interroger sur la réalité accordée par l’état-major général russe dans son "adhésion aux principes de l’inviolabilité des frontières extérieures existantes et de la non-intervention dans les affaires internes des autres Etats", en particulier ceux de l’ex-Union soviétique. En effet, une des missions assignées aux forces armées russes consiste à "protéger les droits et intérêts des citoyens russes et des personnes à l’étranger qui y sont associées ethniquement et culturellement" 3.

En somme, la persistance du passé soviétique ne se cantonne pas au projet actuel de doctrine militaire russe ; elle se manifeste à travers la quasi-totalité de la réflexion stratégique et des mesures militaires du quotidien russe. Cette situation se traduit tout particulièrement dans le "développement des forces armées" - en d’autres termes, le niveau, la composition, et la dotation des effectifs présents et surtout futurs - découlant du projet de doctrine militaire russe. Mais l’ancrage doctrinal dans le passé soviétique n’a pas laissé le haut-commandement russe insensible vis-à-vis des implications stratégiques et tactiques de Desert Storm pour la conduite future des opérations. Tout en accentuant le sentiment de vulnérabilité des stratèges russes, ces implications ont contribué à définir les priorités "militaro-techniques" futures pour l’armée russe.

PROJET DE DOCTRINE MILITAIRE RUSSE (MAI 1992)

La pensée stratégique russe actuelle reprend les concepts et la terminologie de la doctrine militaire soviétique passée. A l’instar de cette dernière, la doctrine militaire russe comporte deux volets, l’un politique et l’autre militaro-technique. Parmi les aspects politiques, la "prévention des guerres" et la "préparation permanente pour repousser une agression" en constituent les éléments fondamentaux. Les aspects militaro-techniques concernent essentiellement : 1) les caractéristiques possibles de la guerre future ; 2) la nature des missions de la défense ; 3) la structure des forces armées ; 4) la préparation du pays et des forces armées pour la guerre, etc.

Dans la mesure où la confrontation Est-Ouest, en d’autres termes la Guerre froide, est considérée comme étant une période révolue, l’identification russe des "dangers militaires" a de quoi intriguer, sinon surprendre. En termes à peine voilés, du moins par rapport au projet de doctrine militaire soviétique de novembre 19904, les Etats-Unis ("certains Etats") et leurs alliés de l’Atlantique et du Pacifique, l’OTAN ("coalition d’Etats") en particulier, constituent toujours pour le haut-commandement russe la source de menace militaire majeure. De surcroît, l’inclusion des "tentatives de pressions politiques et économiques ou de chantages militaires contre la Russie" donne la mesure du sentiment d’insécurité des stratèges russes.

Tout en admettant que le danger d’une guerre nucléaire mondiale, de même que celui d’une guerre conventionnelle de grande ampleur, a diminué, les auteurs du projet de doctrine militaire russe estiment que les "guerres locales" 5 deviennent la forme la plus probable de la guerre future. Néanmoins, des "guerres locales ou des conflits armés dirigés directement contre la Russie ou la CEI" peuvent dégénérer en guerre conventionnelle de grande envergure ; cette guerre peut aussi être précédée par une "période prolongée de menace". Enfin, "il n’est pas exclu qu’une guerre conventionnelle puisse se transformer en guerre nucléaire", en particulier quand les forces armées russes auront à agir avec le maximum de décision et d’agressivité "pour repousser l’agression et forcer l’ennemi à cesser les hostilités".

Finalement, aussi bien dans ses aspects politiques que militaro-techniques, ce projet de doctrine militaire russe exprime l’indivisibilité de la sécurité de la Russie avec celle des autres membres de la CEI. De ce point de vue, le principe requis de "l’unité des efforts défensifs de tous les pays de la CEI" afin de repousser une agression constitue une clause de style qui peut se concevoir à la rigueur, si la sujétion des membres du Pacte de Varsovie envers l’URSS n’est pas reproduite dans les rapports des autres pays de la CEI avec la Russie. Par contre, l’indication selon laquelle "le but majeur de la Russie sera de défendre sa souveraineté et son territoire et celui de ses alliés de la CEI" laisse peu de doutes, dans la conception de l’état-major général russe, sur le degré d’indépendance et de souveraineté consenti aux autres républiques de l’ex-URSS vis-à-vis du Kremlin. C’est dire si le haut-commandement russe se comporte avec les nouveaux Etats indépendants comme son prédécesseur soviétique traitait les membres du Pacte de Varsovie.

COMPARAISON AVEC LE PROJET DE DOCTRINE MILITAIRE SOVIETIQUE (novembre 1990)

Dans son ensemble, le projet de doctrine militaire russe de mai 1992, à l’instar du projet de doctrine militaire soviétique de novembre 1990, exprime une hostilité idéologique envers les Etats-Unis et l’OTAN, certes implicite mais qui conduit ses auteurs à concevoir une perception des menaces fondée uniquement sur le pire des cas. Un tel cas, cependant, n’est pas seulement théorique ; il est surtout complètement séparé de la réalité telle que la fin de la Guerre froide est supposée avoir introduit dans les relations internationales. D’ailleurs, cette attitude de l’état-major général russe semble être en contradiction avec la politique gouvernementale poursuivie par Boris Eltsine, du moins à travers les déclarations de ce dernier.

Concrètement, le projet de doctrine militaire russe de mai 1992 ("projet 92") introduit au moins six changements majeurs par rapport au projet de doctrine militaire soviétique de novembre 1990 ("projet 90"). Ces changements concernent : 1) les conséquences catastrophiques de la guerre pour l’humanité, 2) l’initiative de l’emploi en premier aux armes nucléaires, 3) la mission des forces armées en temps de guerre, 4) le principe de "défense suffisante" dans le domaine conventionnel, 5) la "stratégie défensive", et 6) la participation aux forces internationales d’interposition.

Vis-à-vis des conséquences catastrophiques de la guerre pour l’humanité, le "projet 90" était catégorique à cet égard. Par contre, le "projet 92" mentionne seulement des "conséquences potentiellement catastrophiques". De surcroît, le "projet 90" estimait que, une fois déclenchée, une guerre nucléaire acquèrerait une "dimension globale" et que les "calculs pour la limiter à une seule région ou théâtre d’opérations sont inconsistants". Ce passage a disparu du "projet 92". Devrait-on en déduire, comme Mary FitzGerald6, que le combat nucléaire limité est devenu une possibilité pour les auteurs du projet de doctrine militaire russe ?

Bien que le principe du non-emploi en premier des armes nucléaires ait été formellement énoncé dans le "projet 92", ses auteurs ont ajouté plus loin :

"[Des] actions provoquant la désorganisation des forces nucléaires stratégiques et la destruction de l’énergie nucléaires et d’autres installations potentiellement dangereuses, même par des moyens conventionnels,… seront considérées comme une transition à l’emploi des armes de destruction massive"7.

 

En d’autres termes, les auteurs du projet de doctrine militaire russe envisage, sous certaines conditions, de prendre l’initiative de déclencher en premier l’ouverture du feu nucléaire, en réponse à une attaque même non-nucléaire. Une telle éventualité ne figurait pas dans le texte du "projet 90".

Dans le "projet 90", la mission des forces armées en temps de guerre consistait à "repousser l’agression,… créer des conditions pour arrêter la guerre au plus vite et rétablir une paix juste". En 1992, cette mission ne devra plus se borner à repousser l’agresseur, mais devra également "anéantir l’ennemi, créant ainsi les conditions pour mettre un terme rapide à la guerre". Cette conception affecte aussi le principe de "défense suffisante" et la "stratégie défensive" préconisée pour les forces armées russes.

Selon les auteurs du projet de doctrine militaire soviétique, le principe de "défense suffisante" dans le domaine conventionnel signifie un potentiel minimal nécessaire pour "garantir une défense assurée, mais insuffisante pour mener des opérations offensives de grande envergure". Dans le projet de doctrine militaire russe, la suffisance vise à "dissuader ou repousser une agression… mais sans permettre une attaque surprise et des opérations offensives de grande envergure en l’absence d’un déploiement de forces supplémentaires". Or, dans la composition recommandée des forces armées russes, les auteurs du "projet 92" incluent des "réserves stratégiques, constituées en période de menace ou au cours de la guerre, pour mener des opérations de grande envergure" 8. C’est dire la volonté de l’état-major général russe d’être en mesure de mener une guerre offensive avant le déclenchement même des hostilités. Une telle volonté est complétée par celle du développement et de l’introduction des armes de haute précision destinées à des frappes en profondeur. En corollaire, les forces armées russes ne se limiteront plus, comme dans le projet de doctrine militaire soviétique, à mener exclusivement une "stratégie défensive" ; elles doivent se préparer à "combattre sous toutes formes d’actions militaires, aussi bien défensives qu’offensives… [pour] défaire l’agresseur… et saisir l’initiative stratégique".

Le "projet 90" n’a pas exclu la possibilité de participer à des opérations de maintien de la paix en application d’une décision du Conseil de sécurité des Nations Unies. Cette possibilité est reprise dans le "projet 92" au titre des "missions spéciales" des forces armées russes avec les précisions suivantes : la défense et le maintien de la paix accomplies avec d’autres pays en conformité avec les traités internationaux et la Charte des Nations Unies, de concert avec la "protection des droits et des intérêts des russes à l’étranger (incluant les personnes ethniquement et culturellement assimilées)". Ceci pervertit complètement la conception classique des forces d’interposition qui devient, dans cette perspective, une justification pour intervenir militairement dans les pays en principe souverains de la CEI9. En d’autres termes, la nécessité, certes légitime, de la défense des russes et russophones est utilisée par l’état-major général russe pour élaborer et appliquer une théorie de la "souveraineté limitée" à l’encontre des Etats nouvellement indépendants de l’ex-URSS.

ETAT-MAJOR GÉNÉRAL RUSSE : HOMMES NOUVEAUX ET PENSÉE ANCIENNE

Le ton du projet de doctrine militaire soviétique pouvait s’expliquer par l’incapacité de ses auteurs à s’adapter au changement induit par la "Nouvelle Pensée", de concert avec le réchauffement des relations Est-Ouest. Après plus de deux ans et malgré la fin de la Guerre froide, l’état-major général russe a produit un projet de doctrine militaire qui, dans son ensemble, se montre bien en retrait par rapport au texte précédent. Sa préoccupation majeure consiste à préparer les forces armées russes pour la conduite d’offensives de grande envergure.

En son temps, Gorbatchev avait procédé à un remaniement de fond en comble du haut-commandement soviétique mis en place par Leonid Brezhnev. L’échec de "l’état d’urgence", en août 1991, a provoqué un second bouleversement. La création des forces armées russes fit émerger une nouvelle élite militaire dont beaucoup, parmi celle-ci n’a pas cinquante ans - le ministre de la défense, le général Grachev, est né en 1948. L’évolution dans l’expérience militaire devrait également être significative : en moins de cinq ans, la génération de la seconde guerre mondiale a laissé la place à celle de la guerre d’Afghanistan. Pourtant, ces hommes nouveaux sont, pour la plupart d’entre eux, entièrement imprégnés par la pensée dite ancienne - celle de la Guerre froide. Pour cette raison d’ailleurs, l’accent actuel mis sur les offensives de grande envergure surprend, puisque l’armée soviétique dut, afin de s’adapter aux conditions du théâtre d’opérations afghan, définir de nouvelles tactiques de combat, ainsi que de nouvelles structures d’unités10. Mais, il ne s’agit pas du seul domaine où le comportement de l’état-major général russe donne lieu à des interrogations sur la prédominance de l’ancienne pensée, c’est-à-dire de cette mentalité qui a conduit l’Union Soviétique vers le désastre politique et l’effondrement économique. Dans cet environnement, le texte du projet de doctrine militaire russe n’est pas une pièce isolée ; il s’insère dans un dispositif conceptuel dont la cohésion et l’unité sont assurées par l’Académie militaire de l’état-major général.

Au cœur du dispositif intellectuel en question, trois éléments jouent un rôle primordial : 1) le complexe obsidional, 2) une conception impériale de la Russie/Union Soviétique, et 3) la nécessité de se doter de forces offensives supérieures pour anéantir totalement l’ennemi. Un entretien accordé par le général Grachev dans Izvestiya illustre éloquemment le premier point11. Un aperçu du second est fourni par un compte-rendu publié dans la revue Krisis 12. Enfin le dernier point fut développé lors d’une "conférence militaro-scientifique" sur les "politiques futures de la sécurité russe", tenue du 27 au 30 mai 1992, et reproduite dans la livraison de juillet 1992 de Voyennaya mysl’ 13.

La réunification de l’Allemagne, la dissolution du Pacte de Varsovie, l’indépendance des pays baltes et l’effondrement de l’Union Soviétique placent les stratèges russes dans une situation d’insécurité extrême. Selon le général Grachev :

"Sur la base du Pacte de Varsovie, nous avons créé la première et principale zone stratégique - un tremplin pour des actions offensives ultérieures. Cette zone s’étend des frontières de la RDA, la Tchécoslovaquie et la RFA. Ce fut là que nous eûmes notre infrastructure de guerre, de puissants groupes de forces, destinés à percer la défense [adverse]. (…)

 

Quand les deux Allemagne se sont unifiées, et que le Pacte de Varsovie s’est effondré, le secteur défensif principal s’est déplacé vers les frontières de notre Etat. Ce secteur court maintenant de la ligne séparant les pays est-européens du Belarus et l’Ukraine. (…) Après la privatisation instantanée par l’Ukraine des trois districts militaires établis sur son territoire, nous nous trouvons maintenant dans une situation exceptionnellement difficile. (…)

Ce n’est pas tout. Nous nous trouvons dans une "situation tout à fait sans précédent". Le district militaire de Moscou est devenu effectivement un district militaire frontalier. Ceci est impossible à maîtriser. Aussi, ma première réaction fut de proposer à nos dirigeants que nous créions un nouveau district militaire de Smolensk, qui deviendrait le premier échelon stratégique avec les districts militaires de Leningrad et du Nord Caucase" 14.

Dans la mesure où le général Grachev considère le "premier échelon stratégique" comme un "tremplin pour des actions offensives ultérieures", il serait utile de savoir contre quel adversaire prochain et dans quel conflit futur, ce nouvel échelon stratégique va servir ?

Le haut-commandement russe, son état-major général en particulier, conserve - ou préserve - à son paroxysme une conception impériale de la Russie / Union Soviétique. Ces propos recueillis auprès des cadres de l’Académie militaire d’état-major général par la revue Krisis le 27 mars 1992 illustrent parfaitement une telle conception. D’après le général Iminov :

"L’empire existe depuis des siècles, et il a toujours su fédérer les peuples qui choisissaient de s’associer à son destin. En dehors de lui, ces peuples ne peuvent avoir qu’une indépendance nominale. C’est pourquoi l’on peut penser que, comme ils l’ont si souvent fait dans le passé, ils aspireront à nouveau à l’unité."15

Mais ce que le général Iminov considère comme "l’unité" a été, en particulier pour les ukrainiens et les baltes, "la prison des peuples"16, des Czars aux Soviets. D’autre part, la conception impériale et le complexe obsidional sont liés. Ainsi, le général Iminov ajoute que "[le] processus séparatiste n’est pas encore arrivé à son terme, et du point de vue géopolitique, c’est le plus grave danger que nous ayons jamais connu".

Tout en énonçant des principes tels que la "défense suffisante" ou la "stratégie défensive", l’état-major général russe se montre surtout concerné par la nécessité de se doter de forces offensives supérieures pour anéantir totalement l’ennemi. Ainsi, lors de la conférence sur les "politiques futures de la sécurité russe", le général Rodionov, directeur de l’Académie militaire d’état-major général, a estimé que :

"[Nos] forces armées doivent choisir ou appliquer ces méthodes et moyens de combattre qui semblent le plus efficace dans les circonstances données : l’offensive…

 

Par dessus tout, nous devons frapper fort le territoire de l’agresseur, aussi bien à la fois ses plus importantes installations militaires que celles de la plus grande importance économique.

Nous devons abandonner le recours à des concepts comme la ‘doctrine défensive’, ‘stratégie défensive’, ‘forces armées défensives’, etc."

Le général Rodionov s’oppose également à la politique déclamatoire du non-emploi en premier des armes nucléaires, une "répétition des erreurs des années passées" dues à la vanité des dirigeants politiques de l’époque qui, selon lui, a porté des "dommages irrémédiables à la défense de la Russie".

DESERT STORM, UNE ETAPE NOUVELLE POUR L’ART MILITAIRE RUSSE17

La guerre du Golfe a profondément affecté la pensée militaire soviétique, puis russe. En réalité, la description de la guerre future dans le projet de doctrine militaire russe est inspirée directement de l’opération Desert Storm :

"L’invasion ne commencera pas sur terre, mais dans l’espace aérien et maritime. Elle sera caractérisée par un ensemble d’opérations et d’engagements mettant aux prises de puissantes forces aériennes et de défense anti-aériennes ainsi que des assauts aéroportés et amphibies et des forces navales pour perturber le déploiement stratégique, désorganiser les systèmes de commandement et de contrôle civils et militaires, et mettre individuellement hors de combat les pays de la CEI. La destruction en profondeur des objectifs économiques et militaires par des armes précises à longue portée sera accompagnée par l’emploi simultané ou préventif des moyens de guerre électronique ; le plus grand danger consistera en des attaques contre les forces stratégiques et l’énergie nucléaire ainsi que d’autres installations dangereuses. L’invasion par les forces terrestres bénéficiant d’une puissante couverture aérienne pourra s’effectuer par la suite. Le fondement de leur action consistera en batailles intensives de manœuvre, en engagements et opérations avec le recours simultané dans toute la profondeur de l’ensemble des éléments du déploiement opérationnel des troupes et des forces de chaque camp".

 

Le revers subi par Saddam Hussein fut doublement sévère pour les soviétiques puisque les irakiens ont été défaits en employant un armement essentiellement d’origine soviétique et en s’inspirant des concepts d’emploi soviétiques. Mais surtout, les technologies employées par l’armée américaine dans le cadre de Desert Storm ont démontré aux stratèges soviétiques puis russes la faisabilité, en grandeur réelle, de formes nouvelles dans la conduite des opérations. Ces formes nouvelles, en conjonction avec l’introduction des technologies émergentes, ont fait l’objet de leurs recherches théoriques sur la "nouvelle révolution dans les affaires militaires" tout au long des années quatre-vingt18.

Parmi les travaux à ce propos, citons en particulier le volume paru sous la direction de M. M. Kir’yan en 198219, et d’une monographie du maréchal Ogarkov en 198520. Il s’agissait notamment de la possibilité de conduire des actions militaires en recourant uniquement aux armes conventionnelles21. En outre, les améliorations constantes survenues dans les armements conventionnels vont leur donner des capacités destructives équivalentes aux armes nucléaires "en termes de leurs caractéristiques de combat et de leur efficacité" 22. D’autre part, dans un article paru en 1986 et intitulé "Les armes nouvelles et le développement des principes du combat inter-armes", le général Vorob’yev indique que la supériorité dans la corrélation des forces peut s’obtenir désormais en concentrant, non plus des troupes, mais la puissance de feu23.

Les stratèges soviétiques, de même que leurs successeurs russes, ont ainsi conscience des implications que les technologies émergentes non-nucléaires, ou faisant appel à des "principes physiques nouveaux", peuvent introduire dans la conduite future des opérations. Mais alors que certains systèmes d’armes basés sur ces nouvelles technologies ont été employés séparément lors de conflits passés, Desert Storm a mis massivement en œuvre la totalité de ces équipements.

Selon le général Vorob’yev, auteur d’une étude sur la guerre du Golfe publiée par Voyennaya mysl’24, Desert Storm constitue un de ces rares tournants dans les affaires militaires qui se situent à la jonction de deux époques dans l’art militaire : il s’agit de la fin de l’ère des armées de masses, notamment des forces terrestres, à laquelle vient se substituer celle des guerres de haute-technologies combattues dans l’air, l’espace, et "l’éther"25. Desert Storm a également introduit une forme nouvelle de combat : le combat opératif / tactique à longue distance, en particulier sous la forme d’opérations "électronique-feu" consistant en frappes massives et prolongées, pendant plusieurs jours voire plusieurs semaines, par des missiles, moyens aérospatiaux et électroniques en conjonction avec des frappes navales. Une telle forme de combat, recourant à des frappes prolongées, continues et massives sur toute la profondeur du théâtre d’actions militaires de concert avec l’ouverture d’un front actif sur les arrières adverses avec des forces aériennes, aéromobiles et amphibies, pourrait mettre un terme aux actions linéaires avec imbrication des forces, fronts stables, et de longues pauses entre deux offensives. Elle remettrait aussi en question la défense, plus précisément cette forme de défense statique et échelonnée que les stratèges irakiens ont adoptée en s’appuyant sur les enseignements de la doctrine soviétique. Cette perception du caractère obsolète, depuis Desert Storm, de la défense aurait contribué à renforcer le rejet par les stratèges russes du cadre contraignant, voire irréaliste pour ne pas dire surréaliste, dans lequel les politiques les ont enfermés avec des principes comme la "défense suffisante" ou la "stratégie défensive". Ces principes ont pu constituer d’excellents thèmes de propagande et de désinformation afin d’entraver le développement, en leur temps, de ces technologies par l’OTAN dans le cadre de FOFA (Follow-on Forces Attack ) et du programme CDI (Conventional Defense Improvements )26, mais les stratèges russes se trouvent maintenant pris au piège de cette rhétorique et ressemblent, à bien des égards, au serpent qui s’est mordu la queue ! D’autre part, la guerre électronique - ou "combat radio-électronique" dans la terminologie soviétique et russe - a acquis une importante similaire au choc par le feu dans le combat - Desert Storm a d’ailleurs mis en évidence la synergie résultant de la coordination précise entre ces deux formes d’action militaire.

En somme, le général Vorob’yev a identifié six changements introduits par Desert Storm dans l’art militaire :

1) la mobilité des forces par rapport à leur concentration ;

2) la concentration des armes avancées de haute précision et non-nucléaires par rapport à celles des troupes ;

3) des opérations dans plusieurs dimensions27 par rapport à celles se déroulant dans une seule ;

4) la sélection des "zones de concentration des efforts" pour l’offensive majeure par rapport à celle des axes, notamment en raison de la vaste dispersion des multiples moyens de combat ;

5) l’obtention de la surprise grâce à l’emploi en masse de nouvelles technologies ; et

6) la coordination précise des systèmes terrestres, aériens et spatiaux par rapport à l’objectif, le lieu, et le moment de la conduite de l’offensive aérienne28.

La plupart des changements recensés par le général Vorob’yev figure parmi les priorités militaro-techniques retenues par le projet de doctrine militaire russe.

PRIORITÉS MILITARO-TECHNIQUES RUSSES

Le critère fondamental retenu par les auteurs du projet de doctrine militaire russe dans la définition des priorités militaro-techniques consiste à mettre sur pied des forces équipées des technologies indispensables à la conduite des opérations conçues sur le modèle de Desert Storm. La priorité définie vise, par conséquent, la recherche et le développement des nouvelles technologies mises en œuvre par l’armée américaine pendant la guerre du Golfe. En corollaire, les stratèges russes insistent sur une restructuration des forces armées qui mettra l’accent sur la qualité par rapport à la quantité.

Les priorités militaro-techniques définies dans le projet de doctrine militaire russe concernent sept domaines : 1) forces extrêmement mobiles, notamment aéromobiles, 2) aérotransport stratégique en général avec, en plus, la formation d’une aviation comme arme spécifique des forces terrestres29, 3) armements conventionnels de haute précision et à longue distance, 4) systèmes d’information et de commandement, 5) systèmes militaires spatiaux, 6) systèmes de défense anti-aérienne, et 7) armements stratégiques30. La mise en place de ce potentiel permettra de :

1) faire à une agression à dominante aérienne et par missiles, surtout pendant cette phase initiale des hostilités à "l’importance décisive" pour l’issue ultérieure du conflit ;

2) dépêcher des forces partout "où apparaît une menace pour la sécurité de la Russie" ; et

3) combattre sans être directement confronté avec les forces adverses, par ailleurs éloignées, pendant la phase initiale des hostilités.

Aussi, compte tenu des astreintes budgétaires combinées avec la situation économique de la Russie, l’état-major général russe préconise de mettre un terme à la production des équipements existants afin de pouvoir continuer à financer la recherche et le développement des armements futurs. Dans le budget de 1992, le montant alloué à la première catégorie a subi une réduction de 71 %. Par contre, dans cette période de restrictions financières pendant laquelle le gouvernement russe tente d’obtenir une assistance économique occidentale colossale, la part du budget militaire russe accordée à la recherche et au développement des nouveaux systèmes d’armes en 1992 a été diminuée de 16 % seulement si, du moins, ceci pouvait revêtir une signification quelconque. En outre, comme l’a signalé Françoise Thom31, Eltsine a déclaré, lors d’un discours à Severovinsk le 30 avril 1992, que l’adhésion de la Russie au FMI lui permettra de produire davantage de sous-marins32, probablement grâce à l’ensemble de ce dispositif d’assistance économique proposé pour stabiliser l’économie russe. De ce point de vue, l’arrêt ou plutôt le ralentissement des production de matériels existants ne devrait pas contribuer à escamoter cet aspect relevant du processus dit de la conversion des industries de défense : ainsi, la Loi sur la conversion des industries de défense, adoptée par le Parlement russe en mars 1992, comporte des dispositions qui stipulent la préservation d’une "capacité de mobilisation" en cas de besoin. Enfin, si des doutes pouvaient encore subsister sur la capacité russe de continuer à produire de nouveaux systèmes, la visite de salons d’armement comme le MosAeroshow 92 devrait les éliminer définitivement33. De plus, Eltsine a annoncé une augmentation de 10 % des dépenses affectées à la production de nouveaux armements pour le budget de 199334.

La composition des forces armées russes introduit deux problématiques. La première est héritée des projets de réforme militaire soviétique en vue de mettre sur pied une armée certes réduite, mais dotée d’armements des plus avancés - compte tenu des formes nouvelles préconisées pour la conduite des opérations, l’abondance des forces pourrait même nuire à une concentration rapide de la puissance de feu. La seconde concerne les ressources humaines, en particulier l’état de la ressource conscrite disponible. Il ne s’agit pas là d’un problème nouveau, car les tendances démographiques et l’hostilité quasi générale vis-à-vis des conditions dans lesquelles le service militaire était effectué en URSS ne permettaient plus le maintien d’une armée aussi importante35. Par conséquent, la réduction des effectifs constituait un processus inéluctable avec, ou en l’absence, de la "Nouvelle Pensée" aujourd’hui défunte. En revanche, l’état de la ressource conscrite disponible revêt actuellement une acuité différente, voire plus forte, à cause de la dissolution de l’URSS et de la formation des armées nationales dans les nouveaux Etats indépendants. En Russie même, la conscription se heurte à de graves problèmes. Le pourcentage des appelés qui se présente est devenu très faible - pour 1992, seulement 28 % au printemps et moins de 20% en automne. De plus, les cas de réforme après l’incorporation sont également nombreux en raison de la mauvaise santé des conscrits. D’après le général Mayev, leur commandant adjoint, les forces terrestres russes sont seulement pourvues aux trois quarts de leurs effectifs36. Par conséquent, le haut-commandement russe pourra difficilement réaliser son projet de restructuration des forces armées. Certes, la constitution d’une petite force sur pied de guerre permanent et une force mobile de "réaction rapide" demeure faisable, cette dernière provenant essentiellement des unités d’élite existantes. Par contre, la création d’une "réserve stratégique" semble assez problématique. En revanche, sur le plan strictement organisationnel, un consensus paraît s’être dégagé vers l’adoption de la structure de corps d’armée/brigade/bataillon37.

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La seule vue de militaires américains déchargeant sur des aéroports russes, dans le cadre de l’opération Provide Hope, des cartons de rations de combat, surplus de la guerre du Golfe, au profit des vaincus de la Guerre froide illustre éloquemment les revers que Moscou subit actuellement. Mais ce cliché ne devrait pas escamoter une réalité infiniment plus complexe, bien que très volatile. D’un point de vue militaire, la Russie conserve une puissance nucléaire et conventionnelle considérable alors que les réductions correspondent essentiellement à trois impératifs : 1) maintenir uniquement en dotation le matériel récent pour en rationaliser la gestion et améliorer le soutien logistique ; 2) dégager davantage de ressources afin de développer des systèmes d’armes plus performants ; et 3) assurer, à terme, cette transition nécessaire vers une armée relativement "petite" mais entièrement professionnalisée, seule capable de maîtriser la haute-technologie des nouveaux équipements. De plus, certaines concessions russes comme l’élimination d’ici 2003 des missiles intercontinentaux fixes SS-18 peuvent s’expliquer en grande partie par le fait que leurs vecteurs sont fabriqués à Pavlograd et Dnepropetrovsk, c’est-à-dire en Ukraine. En revanche, pour des forces armées décrites comme en proie au désarroi le plus complet, le retrait des forces d’occupation ex-soviétiques de l’Allemagne réunifiée selon le calendrier prévu incite à s’interroger sur l’état réel de l’appareil militaire russe. Mais au cours de cette phase de transition, estimée de 10 à 12 ans par des stratèges russes de l’Académie militaire d’état-major général, deux catégories de problèmes sérieux pourront émerger successivement : 1) le maintien du niveau jugé nécessaire des effectifs quand les derniers conscrits des appels antérieurs à l’automne 1991 seront libérés ; et 2) l’épuisement des pièces de rechange en stock ou par cannibalisation de nombreux systèmes d’armes si le complexe militaro-industriel soviétique, dispersé à travers l’ex-empire, ne parvenait pas à se reconstituer en Russie.

Le Kremlin perpétue, selon la pratique soviétique, les activités hostiles envers les démocraties industrielles avancées, qu’il s’agit de l’espionnage en pleine recrudescence38 ou de la prolifération nucléaire et balistique. De surcroît, la Russie, désormais en compétition sérieuse avec les pays du tiers-monde pour obtenir l’assistance économique des pays avancés, continue un programme militaire tant pour rénover ses forces armées que pour développer des équipements des plus modernes. Dans le seul domaine spatial militaire, la Russie a lancé en 1992 pratiquement deux fois plus de missions que les Etats-Unis ; actuellement, le dispositif russe de veille dans l’espace représente une capacité égale à celle de l’ex-URSS au sommet de la Guerre froide39.

Face à cette politique poursuivie par la Russie et des incertitudes qui s’en dégagent, le poids du passé soviétique dans l’état d’esprit du haut-commandement russe incite à s’interroger sur l’attitude que l’Ouest devra adopter vis-à-vis du Kremlin.

 

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Notes:

1 Parmi les nombreuses publications à ce propos, consulter Charles J. Dick, "Initial Thougths on Russia’s Draft Military Doctrine", The Journal of Soviet Military Studies vol. 5, 1992-4, pp. 552-566 ; Mary C. FitzGerald, Russia’s New Military Doctrine, Washington, Hudson Institute, 15 juillet 1992 ; Natalie Gross, "Reflections on Russia’s New Military Doctrine", Jane’s Intelligence Review, vol. 4, août 1992-8, pp. 339-341 et James F. Holcomb, Russian Military Doctrine : Structuring for the Worst Case, SSRC, n° C8, Sandhurst, RMA, août 1992. A signaler également Direction du renseignement militaire, "Les structures de défense en Europe de l’Est", Les cahiers de Mars, n° 135, 1992-4, pp. 97-107.

2 A l’instar des soviétiques, les russes distinguent le "danger militaire" de la "menace militaire". Le premier cas représente une phase des relations internationales incorporant une possibilité de guerre par suite des intentions agressives d’Etats ou groupes sociaux qui cherchent à atteindre leurs buts en recourant à la force. Le second cas traduit une situation de danger de guerre immédiate.

3 Souligné en particulier par le colonel Holcomb, directeur du Central and East European Defense Studies au SHAPE. Voir Holcomb, Russian Military Doctrine : Structuring for the Worst Case, 3.

4 Les soviétiques mentionnaient alors "la persistance de la confrontation militaire à un niveau élevé, avant tout en Europe et dans la région Asie-Pacifique ; dans la politique politico-militaire des Etats-Unis ‘à partir d’une position de force’ et dans l’adhésion de certains Etats à cette politique ; dans l’existence d’un nombre énorme de bases et d’objectifs militaires étrangers autour du territoire de l’URSS".

5 Dans la terminologie soviétique, devenue russe, la "guerre locale" met aux prises un petit nombre d’Etats confinés dans une zone géographique limitée.

6 FitzGerald, Russia’s New Military Doctrine, 14.

7 Souligné par l’auteur.

8 Ibid.

9 Holcomb, Russian Military Doctrine, et Dick, "Initial Thougths on Russia’s Draft Military Doctrine".

10 Voir ,par exemple, Scott R. McMichael, "Soviet Tactical Performance and Adaptation in Afghanistan", The Journal of Soviet Military Studies, vol. 3, mars 1990-1, pp. 73-105.

11 Izvestiya, 1er juin 1992.

12 "Les généraux russes parlent", Krisis, n° 10/11, avril 1992, pp. 115-121.

13 Cette conférence a été analysée par P. H. Vigor and M. J. Orr, "Future Russian Security Policies. A Military-Scientific Conference", SSRC n° C84, Sandhurst, RMA, novembre 1992.

14 Entretien cité note 11. Souligné par l’auteur.

15 "Les généraux russes parlent", 120.

16 Cette expression est de Lénine qui l’a employé, il est vrai, dans un contexte différent.

17 L’auteur est extrêmement redevable à Mary FitzGerald pour lui avoir fait part de ses travaux à ce propos ainsi que sur le rôle des armes à haute précision dans la pensée militaire soviétique et russe. Voir Mary C. FitzGerald, "Advanced Conventional Munitions and Moscow’s Defensive Force Posture," Defense Analysis vol. 6, juin 1990-2, pp. 167-191, et The Soviet Image of Future War : "Through the Prism of the Persian Gulf", HI-4145, Washington, Hudson Institute, mai 1991.

18 Par exemple, une courte synthèse dans Georges Tan Eng Bok, Qui, quoi, où ? Les niveaux d’élaboration et d’expression du discours militaire soviétique, Armées socialistes, Note SOV/880823, Paris, CSDN, 1988. Voir aussi Philip A. Petersen, "A ‘New’ Soviet Military Doctrine : Origins and Implications," Strategic Review vol. XVI, n° 3, été 1988, pp. 9-24.

19 M. M. Kir’yan, ed., Voyenno-teknicheskii progress i vooruzheniye sily SSSR [Progrès militaro-techniques et forces armées de l’URSS], Moskva, Voyenizdat, 1982.

20 N. V. Ogarkov, Istoriya uchit bditel’nosti [L’histoire enseigne la vigilance], Moskva, Voyenizdat, 1985.

21 Kir’yan, Voyenno-teknicheskii progress i vooruzheniye sily SSSR, pp. 312-313.

22 Ogarkov, Istoriya uchit bditel’nosti, p. 24.

23 Voyennaya mysl’ 1986, n° 6.

24 Voyennaya mysl’ 1992, n° 4/5.

25 Cité par Mary FitzGerald. Voir FitzGerald, Russia’s New Military Doctrine, 6.

26 Georges Tan Eng Bok, Puissance militaire soviétique, sécurité européenne et dissuasion étendue : une triple évolution, communication présentée aux journées d’études "Défense et recherche universitaire, 1988" organisées par le SGDN, Paris, Ecole militaire, 14 septembre 1988.

27 C’est-à-dire sur terre, dans l’air et l’espace, et en mer.

28 Cité dans FitzGerald, Russia’s New Military Doctrine, pp. 7-8.

29 Proposé par le général Kuz’min, directeur de l’Académie militaire Frunze, lors de la conférence sur les "Politiques futures de la sécurité russe". Voir note 13.

30 Krasnaya zvezda 22 mai 1992.

31 Françoise Thom, "Une armée sans Etat", dans cette même livraison de Stratégique.

32 Nouvelles de Moscou 27 mai 1992.

33 Voir "Russia Opens the Store," International Defense Review, vol. 25, novembre 1992-11, pp. 1109-1112, et "The Curtain Is Lifted," Military Technology vol. XVI, octobre 1992-10, pp. 106-112.

34 "Russia ‘Will Spend More on Weapons’," Jane’s Defence Weekly vol. 18, 5 décembre 1992-23, p. 5.

35 Sur les seules données démographiques, Murray Fesbach, "Demographic Trends in the Soviet Union : Serious Implications for the Soviet Military," NATO Review, vol. 37, octobre 1989-5, pp. 11-15.

36 Cité dans International Defense Review, vol. 25, décembre 1992-12, pp. 11-47.

37 Krasnaya zvezda 28 novembre 1992.

38 "U.S. Warning Over Technology Spies," Jane’s Defence Weekly, vol. 19, 6 février 1993-6, p. 12.

39 Craig Covault, "Russians Rejuvenate Military Space Assets," Aviation Week & Space Technology, 4 janvier 1993, pp. 54-55.

 

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