STRATÈGES VIETNAMIENS ET SENS DE L’ESPACE

 

Bùi Xuân Quang

 

"Dans la victoire, disait Lénine, la première chose à éviter est l’euphorie du succès. De là à la suffisance et à la négligence, il n’y a qu’un pas".
(Van Tiên Dung)

 

Les commémorations de la victoire des communistes vietnamiens à Diên Biên Phu (mai 1954) et à Saigon (avril 1975) remettent en question et en perspective(s) le sens stratégique des chefs militaires (Vo Nguyên Giap, Van Tiên Dung) du "petit" Viêt-nam ayant vaincu par deux fois deux "grandes" Puissances, France et États-Unis. Qu’est ce qui a fait gagner les généraux vietnamiens ? 1954 et 1975 ont-elles été des dates exceptionnelles ou participent-elles d’une tradition culturelle millénaire du Viêt-nam, rebelle à l’invasion étrangère, peu connue en Occident ? Ce qui expliquerait la défaite des uns et la victoire des autres lors du choc décisif.

"Sauterelle contre Éléphant" puis "David contre Goliath" : ces images raccourcies et abruptes procèdent de l’imagerie et de l’hagiographie, et ne donnent pas exacte mesure du rapport de forces véritable et ultime sur l’espace de confrontation. Des deux adversaires, l’un combat à domicile avec une parfaite familiarité du terrain et une temporalité adaptée ; l’autre est engagé dans une lutte atypique très loin de ses bases et de ses repères.

Une autre observation est à faire. A feuilleter des ouvrages récents de stratégie, on ne peut manquer de relever l’absence de Giap, de Dung et de leurs prédécesseurs dans la galerie des penseurs de la guerre. De l’Orient extrême, l’Occident ne cite que Sun Tse (Sun Zi), Szu Ma Chien ou Mao (Mao Zedong). Pourtant, les généraux vietnamiens - fidèles à la tradition des Lettrés confucéens, celle du soldat-mandarin (lên ngua câm thuong, xuông ngua câm but : à cheval, tenir la lance, descendre de cheval pour tenir la plume) ont laissé des écrits, certes traduits, mais vite oubliés. Dans le cas du Viêt-nam, l’Occident, à travers analyses rétrospectives ou synthèses savantes pour relativiser ses défaites, a valorisé l’ennemi.

Les concepts de guerre du peuple, de guerre révolutionnaire, de soutien populaire, d’action psychologique, de stratégie indirecte ne sont pourtant propres ni à l’Occident (Machiavel, Révolution française, Clausewitz) ni à l’école chinoise (Sun Zi, Mao). Le bon sens vietnamien était déjà dans la bouche des soeurs Trung, résistant à l’invasion chinoise (41-43, au 1er siècle de notre ère) et appelant à la résistance populaire (Giac dên nhà, dàn bà phai danh : quand l’ennemi est chez soi, même les femmes se battent) à une époque où la femme n’apparaît guère sur le devant de la scène domestique ou nationale. Toute stratégie, toute politique doit être globale et totale, doit coaguler toutes les forces vives de la nation au combat, sous peine de manquer de soutien, de mobilisation et d’engagement.

Un troisième fait explique le relatif déclin d’intérêt de l’Occident pour la pensée stratégique vietnamienne après 1975. La victoire sur les Français, sur les Américains, puis sur les Sud-Vietnamiens, a amené les généraux communistes vietnamiens à satisfaction nombrilique, gloriole dans l’écriture et reconstruction a posteriori pour valoriser l’acquis, sans sens critique et sans renouvellement pratique ou théorique. L’Occident a difficilement fait la part des réalités dans cette littérature foisonnante. Quand les communistes vietnamiens ont été ramenés à leur pré carré indochinois habituel, la confrontation avec la Chine populaire (Blitzkrieg de février-mars 1979) ou l’invasion, puis l’occupation du Cambodge (1978-1990) ont revêtu une dimension de déjà vu. La troisième "guerre d’Indochine", tout en rappelant beaucoup les précédentes, a été plus longue et plus catastrophique, donc plus pédagogique pour le pouvoir politique vietnamien, ramené à plus de réalisme et d’humilité.

L’Occident s’est enfin aperçu que, dans son tête-à-tête avec le Viêt-nam communiste, l’acte militaire est moins important que le projet politique. Quand il n’y a pas adéquation entre les deux, c’est-à-dire entre fin et moyens, espace et temporalité favorisent toujours celui qui combat chez lui. Excellents dans la guérilla et la résistance à domicile, les communistes vietnamiens, une fois au pouvoir, ont transformé leurs partisans en troupes régulières. Mais les divisions lourdes et aguerries des généraux Giap, Dung, Lê Duc Anh (proconsul vietnamien au Cambodge devenu en 1992 chef de l’Etat vietnamien) n’ont pas fait mieux que ses homologues françaises ou américaines, quand elles sont à contre-emploi dans un espace étranger. Elles n’ont pas pu venir à bout de la guerre de l’ombre menée par les Khmers rouges au Cambodge.

L’armée populaire vietnamienne n’a jamais pu utiliser les recettes (qui ont fait sa réputation) pour vaincre. Par contre, son ennemi khmer rouge a assimilé les enseignements des conflits d’Indochine (9 ans de guerre française, 6 ans de guerre américaine) pour enliser, 12 ans durant, son envahisseur. Pas d’affrontement frontal (manh nhu yêu cuong, opposer souplesse à force, fermeté à faiblesse), mais un harcèlement continuel. Donc, guerre d’usure du matériel et du moral adverse : face à la statique des troupes d’occupation, jouer de la mobilité, choisir le terrain d’affrontement, conjuguer au mieux tactique et météorologie. Surtout, asséner à l’adversaire le coup qui fait mal, physiquement et psychologiquement. Comme ses devancières française ou américaine, l’armée populaire vietnamienne, éloignée de ses bases et malgré la supériorité du nombre et de la technique, n’a pas remporté la bataille décisive. A la table des négociations - Genève 1954, Paris 1973 et Paris 1991 - ce qui est perdu sur le terrain ne se rattrape jamais. L’armée communiste vietnamienne a dû se retirer sans gloire et sans profit du Cambodge : leçon à rebours qui relativise le sens tactique des paysans-guerriers vietnamiens. Aucun scénario ne s’écrit à l’avance. Le terrain étalonne les vrais enjeux.

Stratégie du Lotus

L’hypermédiatisation de la seconde guerre d’Indochine (the living-room war) a fait voir au monde entier les images télévisées de la débâcle américaine au Cambodge et au Viêt-nam. En avril 1975, à Phnom-Penh comme à Saigon, l’irruption dans la ville des petits hommes en tenue noire, marchant en file indienne derrière des chars enfonçant les grilles des palais officiels, la course éperdue des ambassadeurs américains vers "l’hélicoptère de la liberté" avec la bannière étoilée repliée sous le bras, la débandade de corps de troupes, riches d’armements sophistiqués mais non utilisables, ont frappé l’imaginaire. De quelle science supplémentaire, de quelle vertu, les hommes de la rizière ont-ils été dotés pour pouvoir l’emporter sur présumés plus forts qu’eux ? Généraux français ou stratèges américains ont constamment été confrontés à la lancinante question : what went wrong ?1 La réponse n’est pas dans le militaire, mais dans le politique.

En 1975, le général Van Tiên Dung, encensé comme concepteur et vainqueur de la campagne Hô Chi Minh conduisant les divisions nord-vietnamiennes massées sur les Hauts-Plateaux du Centre-Viêt-nam jusqu’aux portes de Saigon, sans rencontrer d’adversaires à sa mesure, a popularisé ce qu’il a appelé stratégie du Lotus 2. Il s’agit pour le chef de guerre avisé de positionner ses troupes d’élite au coeur même du dispositif adverse, là où l’ennemi est vulnérable par orgueil, et de les faire éclore, telles les pétales de la fleur de lotus, pour le submerger.

Dung, pour accréditer son récit, se réfère aux précédents du général Giap pendant la guerre contre les Français ou contre les Américains, utilisant le stratagème du cheval de Troie pour introduire d’abord saboteurs et combattantes en civil dans les lieux stratégiques français (miradors, postes de campagne, bâtiments officiels) ou les points névralgiques américains (ambassade, entrepôts et aérodromes) les mieux gardés, puis les redéployer vers l’extérieur pour établir continuité et fluidité entre les lignes de combat. L’habileté et la surprise peuvent vaincre le nombre. On croit lire Sun Tse. C’est du Trân Hung Dao3.

L’occupation momentanée et symbolique par les Viêt-Công de l’ambassade américaine à Saigon pendant l’offensive du Têt (février-mars 1968) a eu un impact dévastateur sur l’opinion et a fait définitivement perdre la face à une Amérique confinée dans ses certitudes électroniques de guerre moderne face à la guerre de résistance populaire. A partir de 1968, les mots n’ont plus eu le même sens dans les deux camps. L’Amérique, contestée partout, allait chercher à "descendre du dos du tigre", à obtenir un "intervalle décent" pour "se dégager". Les communistes vietnamiens allaient trouver, avec l’ouverture des négociations à Paris, l’occasion unique (thoi co = moment opportun) pour transporter sur le plan diplomatique leur stratégie d’usure, si convaincante sur le terrain. On peut parler, comme chez Sun Tse, de dilatation de l’espace, tant pour la confrontation que pour la négociation : on est passé du cadre local au palier international. L’espace n’est plus seulement le terrain de confrontation armée localisée : il recoupe et englobe le territoire matériel et symbolique où s’affrontent désormais les volontés et les politiques de chaque camp sous le regard et la pression d’autres acteurs. Il faut dérouter l’ennemi, le surprendre pour garder mouvement et initiative. Cela s’est appliqué à la table de conférence de Genève 1954, de Paris 1973-75, de Paris 1989-914. Danh dàm, dàm danh : se battre pour mieux négocier, négocier mais pour vaincre.

La stratégie du Lotus et Van Tiên Dung n’ont aucune part dans la chute de Saigon en avril 1975. De fait, tout remonte à l’échec de "l’offensive généralisée du Têt Mâu Thân" lancée imprudemment par le PCVN en février 19685. A leur manière, les communistes vietnamiens - à vouloir forcer un soutien populaire inexistant chez un Sud rebelle et un Nord passif - ont répondu à l’escalade militaire imposée par les bombardements américains au Nord-Viêtnam. Lyndon B. Johnson, malgré la carotte (offre de négociation) et le bâton (Rolling Thunder), n’a pas réussi à convaincre son opinion publique et la communauté internationale de la fin des hostilités. Dans le climat de lassitude généralisée, il va jeter l’éponge et ouvrir la voie à l’élection de Nixon, à la vietnamisation de la guerre et au dégagement américain. La République Démocratique du Viêt-nam s’est aperçue que, au-delà de la solidarité proclamée et de la fourniture intéressée d’armements, le camp communiste n’est pas automatiquement entré en guerre pour la défendre. La Chine, malgré les bombardements américains à sa porte, et l’Union soviétique, malgré le tapis de bombes sur son protégé nord-vietnamien, ont recherché fébrilement le dialogue entre Grands sur le dos du Viêt-nam.

Ainsi, l’ouverture des pourparlers en mai 1968 à Paris est plus un gage donné à l’opinion américaine et internationale qu’une véritable réponse à la question vietnamienne, devenue problème domestique pour les États-Unis. Jusqu’à janvier 1973, toutes les parties vont épuiser les ressources de la grammaire et de la dialectique pour aboutir à un texte d’avance inapplicable - comme à Genève 1954 -, sauf pour ménager une porte de sortie honorable aux États-Unis. Une fois partis, les Américains n’ont plus aucune motivation politique ou tactique pour retourner en un lieu, dont ils ont eu le plus grand mal à se dégager.

Les Accords de Paris (janvier 1973) ont bien convenu aux desseins des communistes vietnamiens : en finir avec la présence étrangère, revenir à une confrontation strictement indochinoise, voire vietnamienne, sur un terrain, dans un espace rétracté, où ils disposent d’une allonge plus conséquente que leur adversaire sud-vietnamien, désormais privé de l’appui des États-Unis. La vietnamisation de la guerre ramène à un face-à-face militaire entre Vietnamiens, avec avantage(s) pour le camp communiste.

A peine signés, les Accords de Paris étaient, pour Hànôi, "caducs". Le Comité central du PCVN (21e Plenum, octobre 1973) a choisi la "violence révolutionnaire", combinant actions psychologique (accuser le régime sudiste de "saboter" la paix tout en amenant au Sud armes et hommes en contravention avec les textes signés) et militaire (transformer la "peau de léopard" du Sud déjà très grignotée par les communistes en "peau de chagrin") pour l’emporter définitivement en ...1976 (année d’élections aux États-Unis). Mais la leçon de 1968 est retenue par les hommes de terrain, dont le général maquisard sudiste Trân Van Trà6 qui en avait dirigé "l’offensive généralisée". Lors des débats stratégiques tenus à Hànôi en décembre 1974-janvier 1975, Trà s’est fait l’avocat d’une attaque surprise sur Ban Mê Thuôt tandis que Van Tiên Dung, ministre de la Défense, et Lê Ngoc Hiên, responsable des opérations à l’état-major général, préconisaient un assaut frontal, plus au nord, sur Kontum, comme en 1972. Pour se retrouver en terrain connu, même si l’offensive de 1972 a été un échec.

Dans son livre, Dung a sciemment passé sous silence toutes les embûches qu’il avait mises au travers du plan de Trà ("attaquer en force en 1975 pour remporter la victoire en 1976"). A la stratégie indirecte (chère à Liddell Hart) de Trà, Dung n’a opposé qu’une tactique frontale et une vision bureaucratique de la guerre7, proposant d’attaquer Duc Lâp, un "trou perdu" sur les Hauts-Plateaux avant d’investir, après moult préparatifs, Kontum, point le plus solide du dispositif de Saigon. Dung et l’état-major général de Hànôi raisonnaient "classiquement" du "fort au fort", misant sur le "rouleau compresseur" effectifs-matériel alors que Trà, par une longue pratique de la guérilla, cherchait à exploiter au maximum les points faibles du dispositif adverse en le désorganisant par surprise. Le général Giap, déjà en disgrâce face au clan dominant Lê Duân-Lê Duc Tho-Van Tiên Dung, n’a pas été consulté. A vrai dire, les hésitations de Dung traduisaient le souci du haut commandement et du parti communiste vietnamiens de se ménager l’appui tactique et stratégique de Moscou8, et éventuellement le feu vert de Pékin. Quoi qu’il en soit, Trà et l’envoyé du PCVN au Sud, Pham Hùng, ont dû convaincre directement le Secrétaire général, Lê Duân, après avoir, par une manoeuvre audacieuse et inattendue, fait tomber sous contrôle communiste une province entière du Centre-Viêt-nam, Phuoc Long, pendant la saison sèche (janvier 1975). L’insistance de Trà s’en trouvait justifiée9 par ce premier succès.

En véritable chef de guerre, Trà a parfaitement compris la situation de rupture dans laquelle s’est trouvée l’armée sud-vietnamienne. Les promesses d’aide matérielle et financière faites par Washington pour forcer Saigon à signer les Accords de Paris se sont envolées avec les péripéties du Watergate, la démission de Nixon, l’intérim de Ford, le refus du Congrès de toute dépense complémentaire pour l’Indochine, une opinion publique lasse et indifférente. L’Amérique, perdant la tête, n’a plus songé qu’à se dégager au plus tôt du bourbier indochinois10. De cette dérobade ultime aux engagements pris à l’égard d’alliés, certes mal choisis et mal soutenus, mais alliés quand même, date le "syndrome vietnamien" que l’Amérique a mis vingt ans à digérer et explique l’actuel retour chaotique des États-Unis en Asie. L’Asie du Sud-Est garde en mémoire le national-égoïsme et le manque de parole d’une grande puissance, bardée de moralisme et de grands principes, à un moment crucial.

Les opérations militaires se sont accélérées au printemps de 1975. La chute de la province de Phuoc Long (Centre-Viêt-nam) aux mains des communistes coupait en deux la défense sudiste, désormais désarticulée, et leur ouvrait un corridor jusqu’à la côte et jusqu’à Saigon11. Thiêu, général-président du Sud-Viêtnam, pris de court, n’a pu rétracter son dispositif autour de Pleiku, place forte des Hauts-Plateaux depuis 1965. La surprise était totale : la seule bataille véritable de Xuân Lôc, aux portes de la capitale, arrivait trop tard. Les généraux sud-vietnamiens, livrés à leur sort par le pouvoir politique, ont déserté postes et commandements, provoquant une panique généralisée. Quasiment sans combattre, Van Tiên Dung, aidé par la décision imbécile de Thiêu d’évacuer les Hauts-Plateaux puis les régions du Centre-Viêt-nam pour garder un hypothétique périmètre utile, a pu tranquillement, pour entrer à Saigon le 30 avril 1975, pousser devant ses divisions blindées la population civile, traumatisée par le souvenir des atrocités commises par les communistes lors de leurs "offensives générales" de 1968, de 1972. Population prise en otage et comme bouclier pour interdire les raids aériens américains - désespérément absents. La seconde guerre d’Indochine s’est terminée dans le drame et la confusion. La guerre populaire n’a pas hésité à user du peuple pour prendre le pouvoir. Les "boucliers humains" n’ont été inventés ni en Libye ni en Irak. La stratégie du Lotus n’a été que vantardise12 d’un général bureaucrate, officiellement vainqueur, mais très contesté et bientôt abandonné par les politiques. "Attaque en fleur de lotus" brocardée par le général Trà : "certes, la métaphore est belle. Mais ce n’est qu’un beau raisonnement théorique détaché du réel. La leçon qu’on peut en tirer est sans valeur".

Savoir stratégique

Cette "leçon sans valeur" ne concerne que la Campagne Hô Chi Minh du printemps 1975. Les guerres d’Indochine, notamment celles menées contre les Français et contre les Américains, ont apporté bien d’autres enseignements. Elles ont permis de constater combien le sens de l’espace - on devrait dire plutôt la sensualité ou la sensualisation de l’espace - combiné avec un sens - aigu mais différent - de la temporalité est présent dans la tradition culturelle vietnamienne. L’espace - terre, terrain, territoire - donne sens et fait sens. Apprivoisé, il traduit la marque de l’action humaine par un marquage matériel et symbolique : le paysan, ayant à lutter contre la Nature et les hommes, est soldat et vice versa. Rien ne traduit mieux l’attachement viscéral et combattif du peuple vietnamien à son lieu de vie que l’expression Dât Nuoc (littéralement Terre et Eau) pour désigner communauté nationale, Etat, patrie, patrimoine, Nation. Elle est constante incontournable dans la volonté vietnamienne de ne pas aliéner son espace vital. Le Vietnamien, arpenteur et comptable de son cadre national, en a connaissance et mémoire. Cette connivence entre l’homme et le milieu pour s’en faire un allié, un atout, permet, pour combattre l’ennemi, de choisir le théâtre et le moment de l’affrontement. Il y a un plus par rapport à la topostratégie de Sun Tse : géomancie est déjà ici géostratégie13. L’espace n’est pas divinisé, mais divinatoire, parce que son déchiffrage, en stratégie, impose toujours une confrontation relationnelle de deux projets politiques différents, un calcul. Giap a, dans son opératique contre Français et Américains, digéré ses lectures des classiques chinois et occidentaux.

La guerre d’Indochine française a été un conflit typiquement asiatique. Connaître la configuration du terrain, en exploiter les avantages matériels ne suffit pas. Giap a inscrit sa lutte dans la guerre froide et le mouvement de décolonisation pour mieux frapper les esprits et se ménager des soutiens extérieurs au champ de confrontation. Le corps expéditionnaire français, mal soutenu par le pouvoir politique, et malgré quelques succès retardateurs avec De Lattre, était promis à l’enlisement et à l’humiliation, faute de disposer, même sur le plan du matériel, de cette allonge décisive qu’est l’aviation. De l’autre côté, Giap, fidèle à la tradition de lutte sans merci et de stratégie globale, a évité l’affrontement direct jusqu’à l’inversion du rapport de forces en sa faveur. Les troupes françaises se sont épuisées à courir vainement après un ennemi prompt à se fondre dans le paysage pour mieux refaire surface ailleurs. Le camp retranché de Diên Biên Phu s’est inscrit dans une logique de guerre inadaptée (disparité entre fin et moyens), où il faut tenir les axes routiers et les centres urbains, tout en se recroquevillant sur des fortins et des blockhaus étirés le long des routes, isolés les uns et des autres et difficilement défendables. Pour arriver au succès, Giap a su aussi forcer le destin en obtenant l’appui logistique et diplomatique des autres communistes indochinois, des Soviétiques et des Chinois. Mais à l’heure de la bataille décisive, il a préparé et mis tout en place lui-même, désobéissant même à ses conseillers chinois, pressés d’en finir en janvier 1954, pour ne l’emporter qu’en mai, au moment crucial de la conférence de Genève.

Pour mener à bien son entreprise, Giap a mis tous les atouts possibles de son côté. La notion de périmètre utile n’est qu’un concept scolastique : dans la lutte à la vie à la mort, il n’est pas opérationnel. Ce "périmètre utile" s’est constamment rétréci pour les Français, et les a contraints à la défensive, à l’inverse de leurs adversaires. Le Corps expéditionnaire français a été privé des moyens matériel et humain pour faire sa guerre face à un ennemi qu’il découvre et qui combat chez lui. La familiarité du Viêt-Minh avec le milieu naturel et humain a été décisive. Topographie et météorologie (on pense au Ciel qui, chez Sun Tse, penche du côté de celui qui combat pour une "juste cause") commandaient aux opérations militaires. Le climat tropical, humide et chaud, éprouvait les combattants venus d’ailleurs. Les pluies abondantes rendaient les opérations aériennes périlleuses, déstabilisaient l’intendance et brouillaient les transmissions. Les montagnes et les forêts denses du Nord-Viêtnam, l’espace deltaïque tonkinois imposaient subversion et guérilla en lieu et place de la guerre classique. Maillage territorial et contrôle social des populations ont été plus faciles pour les Vietnamiens chez eux que pour les Français. Le combat patriotique s’est nourri de xénophobie.

Giap et les stratèges communistes d’alors ont pu opposer à la pacification une guerre de mouvement et de mobilisation nationale. La dialectique du faible au fort a combiné milieu naturel et temporalité : l’affrontement final n’a eu lieu que lorsque le faible est devenu le plus fort14, en invoquant la bonne cause et le cours de l’Histoire. En cela, la guerre de Giap a été révolutionnaire (rompant avec la grammaire canonique), psychologique (alliant matériel et symbolique), globale (guerre d’un peuple acteur) et multiforme (dispersion/concentration, guerre binaire villes/campagnes, homme/matériel, guerre de harcèlement et/ou guerre frontale). On retrouve Machiavel, Clausewitz mêlés à Sun Tse et à Mao dans la culture stratégique de Giap. Mais il a eu la chance, dans le contexte d’une guerre de décolonisation, de pouvoir être lui-même, en inscrivant son combat dans la terre, les traditions et les hommes pour coïncider avec la volonté politique du Viêt-nam d’être maître chez soi.

La seconde Guerre d’Indochine, menée par les communistes vietnamiens contre les forces armées des États-Unis, a commencé dès la signature du traité de Genève (1954), avec un pic entre 1960 et 1970, pour se terminer avec le retrait américain dès 1973 pour laisser le champ clos au combat entre Vietnamiens jusqu’en 1975. Présentée comme la victoire emblématique d’un Tiers-monde émergent sur l’impérialisme occidental, notamment américain, la victoire sur le corps expéditionnaire français a vite changé d’échelle, de portée, de signification. L’emboîtement des conflits indochinois a installé le Viêt-nam communiste et ses stratèges dans leur meilleur rôle : défenseur de la Patrie contre "l’étranger", protecteur des intérêts indochinois, porte-flambeau de la lutte des "damnés de la terre". Les États-Unis, par substitution, ont pris la relève des Français, avec un autre Corps expéditionnaire, dans une croisade anti-communiste par Viêt-nam, Laos et Cambodge interposés, sans avoir au préalable fait coïncider fin et moyens. Cela les a conduit à mener la guerre dans un espace-temps inconfortable pour l’Amérique, où échéances électorales et enjeux internes ont progressivement dérouté le pouvoir politique américain. A l’inverse, les combattants vietnamiens, sans aucune pression médiatique et populaire, ont même gagné à leur cause l’opinion des "progressistes" en laissant de côté le syndrome du calendrier et en prenant le monde à témoin de leur juste cause. Le terrain de confrontation a été constamment choisi et maîtrisé par Giap et ses troupes, totalement à l’aise dans le champ indochinois. Face à l’escalade militaire des États-Unis, aveugle, inefficace et impopulaire, la stratégie d’usure vietnamienne a porté sur les nerfs des troupes et sur le moral de la nation américaine. Giap a opposé d’emblée une stratégie globale, avec un champ de manoeuvre impliquant l’aide des pays communistes, pour forcer l’adversaire à abandonner le terrain. La guerre psychologique a eu raison de la guerre robotisée : l’aviation et la puissance de feu américaines n’ont pas réussi à venir à bout d’un adversaire habile au close combat, infiltré au coeur du dispositif adverse pour le paralyser, parce que combattant à domicile.

Images d’Épinal opposant un Giap énigmatique, féru d’Histoire, déroutant et incisif, inventif et inventeur génial, aux noms de guerre éclatants (Chiên-le Combattant, Thang-le Vainqueur, Van-le Lettré)15 à un De Lattre, cavalier embourbé dans la rizière ou à des généraux américains dont l’Histoire a effacé les noms (Westmoreland, Wheeler). Images dichotomiques d’une guerre populaire concernant un peuple tout entier face à une guerre coloniale ou néo-coloniale, lointaine, honteuse, pas déclarée, inavouée. Images artificielles opposant des nations riches et un pays pauvre, caricaturant jusqu’à l’irréductible les couples spirituel-matériel, homme-ordinateur, tradition culturelle-innovation technologique.

Certes, face à la stratégie volatile des Français ou celle du triple déracinement (humain, écologique et culturel) des Américains, Giap a semblé ne pas ramer à contre-courant en valorisant la "triple synthèse", conformément à la tradition culturelle et militaire vietnamienne (thiên thoi, accoutumance aux caprices climatiques du Ciel, dia loi, avantage du terrain et nhân hoà, adaptation aux hommes). Certes, Giap a introduit une autre dynamique, une synergie différentielle du temps et de l’espace (thoi thê) pour gripper la programmation adverse (plans, scénarios, décisions assistées par ordinateur), en imposant une mobilisation générale et une disponibilité totale. Mais a-t-on jamais vu gagner une guerre uniquement avec des soldats, des servants sans âme de systèmes d’armes, là où l’enjeu réclame des combattants, des hommes dont l’intelligence, aussi sophistiquée et polyvalente que les armes utilisées, doit être au service d’un projet politique viable, motivant et rassembleur. Le sens de l’espace est souvent simple bon sens : cela impose intuition, intelligence et initiative. Le stratège est un homme confronté à des situations humaines. "Le militaire sans le politique est un arbre sans racine. Il est non seulement inefficace mais encore nuisible", écrivait Hô Chi Minh. Et de Gaulle de lui répondre, comme en écho : "il n’y a pas de talent ni de génie militaire qui n’aient servi une vaste politique". Y a-t-il tant de distance entre décideurs d’ici et d’ailleurs ?

La Guerre de trente ans (Indochine 1945-1975) a semblé servir de révélateur de pratiques ou de logiques guerrières différentes entre l’Occident et l’Orient. Elle ramène cependant à une vertu essentiellement humaine : "la guerre est une affaire grave pour le pays, c’est le terrain de la vie et de la mort"16.

Dât Nuoc : la terre et l’eau. La Nation vietnamienne est à l’image de ces deux composantes contradictoires et complémentaires. Pour se construire et se défendre, l’Etat vietnamien et ses stratèges ont donné priorité à l’une sur l’autre : dâp luy dung bo, édifier les digues et consolider les murailles. La terre, le territoire ont mobilisé toutes les énergies pour écrire au sec les pages d’histoire les plus glorieuses. C’est oublier que l’espace vietnamien peut être abordé par voie de terre et de mer. L’épopée vietnamienne de résistance à la menace extérieure a commencé pourtant avec la victoire navale décisive de Ngô Quyên (939) sur la flotte d’invasion chinoise à Bach Dang Giang, avant la véritable indépendance du Viêt-nam. D’autres victoires navales vietnamiennes complétées par des succès sur terre ont longtemps empêché la Chine impériale de refermer une double tenaille terrestre et marine pour contester la souveraineté du Viêt-nam sur son espace national17 Cela s’est vérifié tant en 1286, en 1789 qu’en 1979. Mais, conformément à la tradition confucéenne, "le lettré n’aime pas la mer". D’où un strabisme intellectuel et tactique, convergent vers la terre en oubliant l’eau, autre élément de vie. Cette hémiplégie intellectuelle s’est payée très cher pour la Chine et le Viêt-nam. A force de guetter l’ennemi sur terre, celui-ci s’est présenté là où on ne l’attendait pas. Chine et Viêt-nam ont présenté sur mer leur fenêtre de vulnérabilité, permettant à l’Occident de s’imposer aux dix-neuvième puis au vingtième siècles.

L’avenir du Viêt-nam est à l’eau : sur et dans la mer. La mer est tout à la fois lieu matériel et symbolique de pouvoir, de puissance : l’ère des enjeux territoriaux sur terre est dépassée. La mer est source de nourriture, de matières premières, d’énergie, de culture, voie de communication et enjeu stratégique, espace de compétition, de confrontation et de coopération. La mer de Chine orientale est emblématique de toutes ces contradictions. La Chine a déjà pris les devants pour affirmer, face au Viêt-nam et face aux autres pays riverains de cette Méditerranée orientale, ses prétentions suzeraines. Le Viêt-nam doit maintenant inverser ses polarités et ses priorités nationales, ajouter une sensibilité thalassique à son savoir terrien, réviser sa culture stratégique pour acquérir une dimension globale. Son sens de l’espace doit prendre le large pour répondre aux défis de l’avenir.

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Notes:

1 Bùi Xuân Quang, L’Asie en guerre 1945-1990, FEDN-La documentation française, 1990.

2 dans l’euphorie de la victoire de 1975, la parabole du Lotus est d’abord un scoop journalistique dans Le Monde du 30.04.1976, au premier anniversaire de la chute de Saigon : Patrice de Beer, Van Tiên Dung, Le lotus de Ban Mê Thuôt. Enfermé dans cette métaphore, Dung s’est cru obligé de la développer dans son ouvrage, Dai Thang Mùa Xuân {La grande victoire au printemps], publié d’abord par le journal Nhân Dân puis par les Editions de l’armée populaire en 1976 et traduit en 1979 sous le titre de Et nous prîmes Saigon. Le récit de Dung n’a jamais été admis par le PC vietnamien comme un texte “collectivement entériné” et a suscité de nombreux débats au sein même du Bureau politique. La “mégalomanie” de Dung à s’attribuer les mérites d’une victoire que le parti estime sienne, plusieurs “erreurs” dans la gestion du conflit avec les Chinois (1979) et du conflit cambodgien (1978-1985) ont freiné l’ascension de Dung, devenu chef d’état-major, membre du Bureau politique et de la Commission militaire centrale au IVe congrès de 1976 et l’ont fait expulser des principales institutions du Parti et de l’Armée au VIe congrès de 1986. Le PCVN a laissé le général Trân Van Trà réfuter point par point dans son ouvrage, Kêt Thuc Cuôc chiên tranh 30 nam [la fin d’une guerre de 30 ans], Ed.Van Nghê, HCMville, 1979, les assertions “personnelles” de Van Tiên Dung (voir nos traduction et commentaires de l’ouvrage de Trân Van Trà dans La bureaucratie au Viêt-nam, L’Harmattan, 1983. L’ancien Secrétaire général du PCVN, Lê Duân, a, peu avant sa mort, “corrigé les erreurs” de Van Tiên Dung dans Thu Vào Nam [Lettres au Sud], Ed. Su Thât, Hànôi, 1986).

3 Le prince Trân Hung Dao a vaincu par deux fois les troupes d’invasion et d’occupation mongoles au XIIIe siècle. Tous les grands chefs militaires vietnamiens, tout en recherchant la valeur des troupes, ont primé souplesse tactique et facteur surprise pour pallier l’insuffisance des effectifs : “l’essentiel pour une armée réside dans l’habileté et non dans le nombre. Quand bien même vous auriez le nombre, si vous ne possédez pas cette habileté, des centaines de milliers d’hommes ne sauraient servir à rien”.

4 L’empereur vietnamien Quang Trung, après avoir défait les troupes chinoises Tsing à Dông Da (1789) s’est réclamé de la tradition d’exploitation diplomatique d’un gain militaire, commencée en 932 avec Ngô Quyên, tirant parti d’une victoire pour signer la paix avec les Chinois mettant fin à dix siècles de dépendance : “maintenant qu’ils ont perdu, il leur est aussi difficile de se résigner que de se venger. Pour que le peuple connaisse la paix, cessons de faire parler les armes et faisons oeuvre de diplomates”.

5 le général Trân Van Trà, évoquant l’offensive du Têt 1968, a souligné que “l’évaluation de la balance des forces a été incorrecte” et que cette campagne s’est fondée sur une “illusion née d’un désir subjectif”.

6 Le récit de Trân Van Trà, Kêt Thuc Cuôc Chiên Tranh 30 nam, [La Conclusion d’une guerre de 30 ans] est le 5e tome d’une série consacrée au Front Sud B2 (Nhung chan duong lich-su cua B2, [Les étapes historiques de B2] dont les 4 premiers n’ont jamais vu le jour. Sa publication est une bombe littéraire et politique. Pour la première fois, un homme du sérail prend à contre-pied la version semi-officelle de Van Tiên Dung parue en 1976 et dénonce les prudences du Bureau politique et les lacunes du commandement militaire lors de la préparation de la campagne Hô Chi Minh menant à la prise de Saigon. Cela a valu au livre de Trân Van Trà d’être retiré du commerce pour “non conformisme” et à son auteur d’être prématurément mis à la retraite.

7 Lors de la réunion du Bureau politique de décembre 1974, Trà s’est impatienté : “Pourquoi ne pas attaquer directement Ban Mê Thuôt, au lieu de perdre notre temps contre Duc Lâp ?”. Réponse dilatoire de Dung : “cette question doit encore se discuter. Quand sonnera l’heure de l’offensive sur les Hauts-Plateaux, on mettra le paquet. L’état-major général est en train d’élaborer son plan (sic). Nous concentrons une force importante, un vrai rouleau compresseur pour ouvrir un corridor droit sur Kontum”.

8 on imagine mal Moscou tolérer que les projets de Hànôi de s’attaquer aux points faibles du dispositif global des États-Unis (Cambodge, Sud-Viêt-nam) viennent perturber la démonstration de projection de puissance de l’URSS de Brejnev, concrétisée par les manœuvres navales d’envergure mondiale Okean 2, dont le déroulement (1-27 avril 1975) a justement précédé l’entrée des communistes dans Phnom-Penh (17 avril) et dans Saigon (30 avril). Voir Bùi Xuân Quang, “Asymétrie(s) navale(s) en Extrême-Orient”, Politique internationale, n° 19, printemps 1983.

9 Trân Van Trà : “Attaquer Ban Mê Thuôt, c’est frapper un coup totalement imprévu pour l’ennemi, le prendre à revers sur ses arrières, là où il ne s’y attend pas. Ils se feront battre à plate-couture et se disloqueront en un rien de temps ... C’est frapper l’arbre à coups de hache en bas du tronc : toutes les branches et la ramure doivent tomber. Voilà ce qui s’appelle porter un coup stratégique imparable”.

10 Pham Van Dông, à la réunion du Bureau politique (18 décembre 1974), l’avait pressenti : “les États-Unis ont retiré leur troupes à la suite des accords de Paris et ils ont considéré ça comme une victoire après tant de défaites sans issue. Aujourd’hui, qu’ils ramènent ici un corps epéditionnaire, c’est impossible. S’ils interviennent, ce sera avec leur avitaion ou leur marine, mais ce genre d’intervention ne décide pas la victoire”. Et d’ajouter en riant : “Ça a l’air d’être une blague et pourtant, c’est la pure vérité. Même si nous leur offrions des bonbons, les Américains ne reviendraient pas”.

11 Général Hoàng Minh Thao (commandant de l’offensive sur Ban Mê Thuôt), Chiên zich Tây Nguyên dai thang [la grande victoire des Hauts-Plateaux], Editions de l’Armée populaire, Hànôi, 1977.

12 Trân Van Trà : “La pratique militaire est une science. On ne peut la ramener à des raisonnements creux coupés de la réalité”. Comme l’a écrit Lyautey, “la victoire, souvent, fait chanter au-delà du raisonnable”.

13 Sun Tse (L’Art de la guerre, IV/23) : “l’art de la guerre, c’est : premièrement les mesures, deuxièmement les capacités, troisièmement les calculs, quatrièmement les évaluations, cinquièmement la victoire. Le terrain engendre les capacités, les capacités engendre les calculs, les ccalculs engendrent les évaluations, les évaluations engendrent la victoire”.

14 Giap : “attaquer les points faibles (de l’adversaire) avant les points forts. Encercler l’ensemble, passer à l’action sur des points sélectionnés. Attaquer d’abord la ligne extérieure, ouvrir une brèche et percer en profondeur”.

15 par exemple, le livre “ahurissant” du général britannique Peter Macdonald, Giap, an assessment (1992), en français Giap. Les deux guerres d’Indochine, Perrin, 1992.

16 Sun Tse (L’art de la guerre, I/1-2) ajoute : “C’est la voie qui mène à la survie ou à l’anéantissement ; il est impossible de ne pas l’étudier. C’est pourquoi il faut la codifier grâce à cinq variables, l’étudier en faisant des plans pour comprendre parfaitement la situation. La première de ces variables est la vertu, la seconde le ciel, la troisième le terrain, la quatrième le général, la cinquième la méthode. Par la vertu, le peuple est en accord avec ses dirigeants au point qu’il ne craigne pas de mourir et de vivre pour eux. Le ciel, c’est l’ombre et la lumière, le froid et la chaleur, l’alternance des saisons. Le terrain peut être lointain ou proche,difficile ou facile, vaste ou resserré, fatal ou favorable. Le général doit être sage, digne de confiance, bienvaillant, brave et rigoureux. La méthode, c’est l’organisation, la promotion des officiers, la répartition des ressources”.

17 Lê Dinh Thông, La Marine vietnamienne avant l’arrivée des Français dans Marins et Océans, tome 3, Economica, 1992

 

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