LE CONCEPT DE GÉOSTRATÉGIE ET SON APPLICATION À LA NATION ITALIENNE DANS LES THÉORIES DU GÉNÉRAL DURANDO (1846)*

 

Ferruccio Botti

 

La seconde guerre mondiale prit fin avec le lancement de la bombe atomique sur Hiroshima et sur Nagasaki inaugurant ainsi l’ère du nucléaire. Cet événement n’a pas permis jusqu’à aujourd’hui de faire une analyse sereine de la signification géopolitique et géostratégique des événements de cette guerre et de leurs enseignements militaires. Du coup, on perd la possibilité de les faire entrer dans un contexte historique et géographique précis, sur la base du vieil adage : "Historia non facit saltus".

Cette sorte de momification de la pensée politique et, par suite, de la pensée militaire, au nom d’idéologies, de politiques, de stratégies nouvelles et d’armements nouveaux qui auraient dû évincer la Realpolitik, s’est terminée en même temps que la division du monde en deux blocs. La géopolitique en Italie aussi, a d’un seul élan atteint son apogée et cherché à se débarrasser de l’accusation d’être un instrumentum regni ou bien d’être "l’expression savante, synonyme de nationalisme" (comme l’a définie récemment, bien à tort, un homme politique connu).

Les pénibles événements récents de Yougoslavie nous rappellent deux choses qu’on tend souvent à oublier et à sous-évaluer, comme si on pouvait facilement les dominer. En premier lieu, on sait que, chez les différents peuples, existent des diversités (insurmontables, et c’est pour cela qu’il ne faut pas les diaboliser) créées par l’histoire et par la géographie, diversités qui n’ont été ni raisonnablement maîtrisées ni analysées avec attention en temps utile, engendrant des nationalismes dangereux (par nationalisme nous entendons l’exaspération, non seulement d’une idée, mais aussi d’une réalité naturelle, en soi juste et incontournable, celle de nation). En second lieu, l’ex-Yougoslavie avait eu une gestation artificielle, de là sa structure politique et géopolitique sans solidité, factice et arbitraire qu’elle tenait du traité de Versailles de 1919, qui l’avait conçue pour s’opposer à l’expansion italienne vers l’Est dans les Balkans, comme un bastion qui pouvait jouer le même rôle que celui du défunt empire autro-hongrois.

La signification théorique de la géopolitique et de la géostratégie est encore discutée et a des limites incertaines. Ses liens avec le passé récent de l’Italie, en tant que nation, nous paraissent obscurs ; la nation italienne, dont la naissance remonte au XIXe siècle, est le résultat du grand déferlement des idées conçues à la fin du XVIIIe siècle par la révolution française, lesquelles se sont propagées dans toute l’Europe grâce aux victoires napoléoniennes. A tel point qu’on ne doit jamais oublier que le concept de nation, ainsi que ceux qui lui sont étroitement liés comme la conscription et la guerre totale entre les peuples, ont une origine pour ainsi dire démocratique et sont nés avec la révolution française.

Jadis et pendant longtemps, les souverains absolus ont été d’accord pour réduire le plus possible les conséquences des guerres, en limiter les pertes et les objectifs, l’importance des opérations, de façon à en faire leurs propres affaires et non celles de leurs peuples, en adoptant l’idée de l’armée permanente réduite, avec des engagements de longue durée, et l’avantage entre autres de limiter le sang versé dans les conflits en maintenant les populations civiles hors de la lutte.

C’est aujourd’hui la communis opinio que la géopolitique est née à la fin du XIXe siècle ou au début du XXe siècle, en se référant aux auteurs anglo-saxons et allemands tel que H.J. Mackinder, K. Haushofer, F. Ratzel, etc. Toutefois, nous voudrions rappeler que, déjà dans la première moitié du XIXe siècle, en Italie, un personnage a réfléchi non seulement à l’unité et à l’indépendance de son pays dans des termes spécifiquement géostratégiques et géopolitiques, bien qu’il n’en eût pas conscience, mais aussi avec l’intention d’approfondir la thématique théorique connexe.

Nous voulons parler des écrits de Giacomo Durando (qu’il ne faut pas confondre avec son frère Giovanni, également général), qui fut une figure emblématique des protagonistes intellectuels et militaires du Risorgimento 1. Nous n’avons pas affaire à un militaire de carrière avec un cursus normal, mais à un militaire par choix personnel. Il est Piémontais, a obtenu un doctorat en droit en 1829 et a été contraint à l’exil en 1831, à cause de ses idées libérales et aussi pour avoir adressé un appel au roi de Sardaigne dans lequel, entre autres, il se plaint des mauvaises conditions de l’armée piémontaise : elle coûte beaucoup mais "n’a pas de force morale parce qu’elle est composée de groupes antagonistes, de corps privilégiés, d’éléments divers en ce qui concerne les doctrines, les langues, les droits…" 2

Comme tant de bannis de cette époque, Giacomo Durando gagne ses grades militaires sur les champs de bataille européens : grâce à ses mérites, il obteint le grade de colonel en combattant pour le Portugal et pour l’Espagne. De retour en Piémont en 1844, il envisage, au nom de l’unité italienne, de collaborer pour un temps avec la monarchie piémontaise. en 1848, il entre avec son grade dans l’armée sarde dans laquelle il fait une carrière rapide et devient ministre de la guerre en 1855, puis ministre des affaires étrangères en 1862.

Durando, craignant la censure de son pays, fait paraître en 1846 à Lausanne : Della nazionalità italiana - saggio politico-militare 3 une sorte de précis théorique et pratique où il traite en termes concrets du problème politique et militaire de l’indépendance nationale arrachée à l’Autriche.

Durando affirme que les conditions géographiques modèlent le caractère spécifique et aussi, en un certain sens, l’histoire de chaque peuple, jusqu’à devenir la matrice originelle de la "nation" et de la "sous-nation" ; il s’ensuit que la géopolitique et de la géostratégie d’un peuple, dans leurs grandes lignes, demeurent inaltérées quels que soient les événements. C’est pour cela que ses théories militaires sont basées, non pas sur des facteurs strictement techniques ou sur des recherches relatives à la nature, à la philosophie et à la métaphysique de la guerre, mais sur des considérations qui aujourd’hui apparaissent typiquement géopolitiques et géostratégiques. Durando ignore le terme de géopolitique, comme, du reste, Mackinder, mais il est le premier en Italie, et peut-être au monde, à utiliser celui de géostratégie et à en donner une définition en le rapprochant d’autres termes aujourd’hui inconnus comme géotactique ou théostratégie (c’est-à-dire la stratégie à fondement religieux de la Papauté de son temps).

La géostratégie et la géopolitique de Durando ne sont pas au service d’un projet politique et ne servent pas à le justifier a posteriori (comme cela arrive pour certains projets dans la géopolitique du XXe siècle) ; elles ne correspondent pas non plus à des desseins d’essence nationaliste. A son point de vue, ce ne sont pas des passions, des préventions, des haines, des exigences contingentes politiques ou militaires qui définissent les frontières, les places fortes, les objectifs et les motifs de contraste entre les différents peuples. Il faut, au contraire, rechercher l’origine première de la politique étrangère et de sécurité dans les obstacles surmontés et dans les moyens qui ont facilité l’expansion progressive des diverses nations que l’ambiance du milieu détermine. Cette expansion s’accomplit selon des axes constants et naturels, que l’on peut prévoir a priori, de sorte que le projet politico-militaire ne doit jamais être au service de la géographie, mais le contraire doit être la règle.

La géographie prend une importance politique au point de devenir l’unique source de légitimation et le fondement de la formation de la nation en précisant les frontières naturelles et en présentant l’histoire des divers peuples comme des tentatives pour les rassembler dans des ensembles géographiques nécessaires à leur existence et convenant à leurs caractères.

Au centre de la construction de sa théorie, réside un concept de nation qui en est le fondement et la constante référence au sujet des rapports normaux entre les divers peuples ; ce n’est pas un démon à exorciser en tant qu’ennemi du processus d’intégration entre des cultures et des peuples divers.

J’entends par nation, l’union politique de divers peuples qui se sont associés naturellement grâce à un contexte géographique et artificiellement par la langue, les coutumes, les traditions, les lois, les intérêts spirituels et matériels. Ces dernières conditions artificielles des nations ne sont, selon moi, rien d’autre que la conséquence nécessaire du lien de sociabilité plus ou moins grand, résultat de la différence de configuration de l’espace qu’on habite. La situation de la position géographique détermine d’une manière définitive la caractéristique stratégique d’un pays et les nations se renforcent d’autant mieux que ce même caractère du sol s’harmonise avec les conditions sociales et politiques du pays 4 (x).

 

Le fameux concept stratégique de noyau central est déjà bien présent et vivant chez Durando, même s’il est exprimé dans des formes et des modalités diverses ; ce concept le Heartland de Mackinder, est encore valable malgré les changements techniques et géographiques pour contenir l’expansion russe5.

D’après Durando, la formation des nations est un concept dynamique.

Les grandes nations ainsi que toutes leurs dépendances se sont développées de la même manière que les races qui ont peuplé le monde se sont propagées à partir d’un noyau original 6.

 

Une telle expansion s’est toujours produite en tenant compte du milieu naturel : obstacles que présentent les chaînes de montagne ou facilités qu’offrent les vallées des fleuves. En conséquence, la formation des nations est un événement naturel remontant à l’aube des civilisations. Pour mieux préciser ce concept, Durando suppose que le massif du Saint-Gothard en Suisse pourrait être "le centre proto-stratégique de l’Europe" tout comme le Caucase serait le centre proto-stratégique du monde.

Trois grands fleuves, naissant dans le Saint-Gothard, coulent vers la mer ; le Tessin vers l’Adriatique à travers l’Italie, le Rhône vers la Méditerranée à travers la France, et le Rhin vers la mer du Nord à travers l’Allemagne. Les trois nations italienne, française et allemande seraient précisément nées d’une unique famille primitive qui, divisée en trois branches, a parcouru jusqu’à la mer les trois vallées du Tessin, du Rhône et du Rhin, donnant naissance à trois nations distinctes de caractères différents dus à divers milieux.

Le Caucase est le pendant du Saint-Gothard à l’échelle mondiale. De fait, selon Durando, la Caspienne serait la voie naturelle qui, du Caucase, mène au centre de l’Asie, la mer Noire vers l’Europe, tout comme l’Euphrate vers l’Afrique. Pour que la terre ait pu être peuplée,

Il était nécessaire que le noyau initial d’où est issue la famille humaine, ou à partir duquel elle s’est reproduite, occupât un espace géographique tel qu’il permettait à ce noyau d’ouvrir la voie à la conquête du monde ; en d’autres termes, il fallait que sa première base d’opérations soit dans un espace facilitant des expansions spécifiquement stratégiques.

 

C’est le développement que j’appelle stratégique des premières races et nations ; c’est avec un comportement instinctif de guerrier, ou si l’on préfère d’envahisseur, que ces peuples verront s’ouvrir devant eux la voie vers la conquête du monde, non pas en luttant contre des armées ou en bombardant des forteresses, mais en bataillant contre les obstacles de la nature 7.

Dans les migrations des peuples, on a observé une sorte de mouvement de flux et de reflux qui est à l’origine des caractères distinctifs de toute nation. L’homme primitif s’est tourné d’abord vers les lieux où il pouvait plus facilement survivre ; par la suite, une fois civilisé, il s’est de nouveau affronté à ces obstacles naturels dont à l’origine il s’était écarté. Mais, avant qu’il soit capable de dominer ces obstacles naturels, de nombreux siècles s’écoulèrent au cours desquels, le climat, la nourriture et d’autres conditions particulières ont apporté aux groupements de la société "une couleur que j’appellerais presque locale" laquelle par la suite a donné lieu :

à cette empreinte caractéristique de tout groupement social qui aujourd’hui est qualifié de nation et plus spécialement de sous-nation 8.

 

Ainsi, la diversité des climats et des formes de vie familiale et de vie en société

fait naître de petites différences d’habitudes, puis plus tard, des changements et des mutations très profondes dans les coutumes, les croyances, les pratiques religieuses et aussi dans les législations 9.

 

Les frontières naturelles d’un pays sont aussi un concept fondamental : elle masquent les limites naturelles et légitimes qui sont parfaitement précisées et définies sur le terrain déterminant l’expansion de chacune des nations ; si cependant ces limites sont franchies, cette action est anti-stratégique et n’est en aucune façon justifiable :

Il est une règle générale qui veut que, quand une grande nation a atteint l’ultime limite assignée à son expansion et s’est constituée selon les lois géographiques et selon celles qui régissent la puissance d’extension de son ethnie, l’ensemble de toutes les limites qui la circonscrivent et la renferment dans sa propre individualité forme une suite continue de points stratégiques qu’on appelle couramment les frontières naturelles d’une nation et d’un État 10.

 

Une telle affirmation exclut une quelconque dichotomie entre l’expansion démographique et militaire et aussi entre géopolitique et géostratégie et, plus généralement, entre politique et stratégie :

La seule différence proviendrait d’une armée qui possède les routes, les ports, les armes et les moyens que lui donne sa civilisation plus ou moins puissante face à une autre force jouissant des mêmes avantages ou presque, tandis que celle-là (l’expansion démographique) n’a à subir que les effets de des accidents de la nature contre elle.

 

En fait, si à la "stratégie instinctive" suggérée presque exclusivement par le caractère du terrain, s’est plus tard substituée la "stratégie scientifique" (c’est-à-dire celle qui est non seulement pratiquée, mais aussi étudiée et théorisée, et qui tient compte des moyens modernes de lutte, ainsi que des altérations que l’homme peut faire subir à la nature), les conditions géostratégiques de base restent cependant immuables. Pour Durando, l’impact des moyens modernes de communication (chemins de fer, navires à vapeur) et des progrès techniques sur les facteurs de différenciation (et par conséquent de diversités et de contrastes) dus au contexte naturel, est bien moindre qu’il n’apparaît, même s’il considère les chemins de fer comme un puissant facteur rassembleur, particulièrement pour l’unité italienne.

Quand "deux peuples ou races" s’affrontent au "même point, qui est l’objectif d’opérations ou d’expansion, celui qui, du point de vue géostratégique, occupe des positions dominantes possède la supériorité". Par la suite, ce dernier cherchera à renforcer son hégémonie par des moyens artificiels (routes, ouvrages d’art, fortifications) qui s’ajouteront aux avantages naturels des positions qu’il occupe. Si le peuple qui est en passe d’être vaincu, tentait de s’attaquer à ces positions, il se verrait plusieurs fois repoussé et en définitive, une fois vaincu , finirait par former avec les vainqueurs une seule grande nation.

En somme, la géographie favorise la fusion des diverses ethnies au point de finalement donner naissance à une unique nation en fixant ses frontières naturelles. Pour cette raison, les nations "se développent en général dans un sens stratégique" et "le noyau d’une nation", établi depuis les temps anciens en "un point favorable aux actions offensives et défensives" (point qui, en termes actuels de géopolitique, pourrait s’appeler zone-pivot à égalité de courage, aura toujours le dessus sur "toutes les autres races voisines occupant une position géographique inférieure". Si "un peuple" se rend maître du lieu le plus adapté pour faciliter la fusion en une seule nation des peuples environnants et néanmoins, renonce à le faire, l’unification qui pourrait être tentée avec leurs propres moyens par les peuples environnants contre la volonté du peuple dominant, s’avérerait impossible, ou du moins, très difficile11.

Celui qui occupe une position dominante et qui partant de cette position va vers le bas, est toujours vainqueur. Ceci amène Durando à sous-évaluer l’influence d’un facteur géopolitique et géostratégique essentiel comme la mer, dans une vision strictement continentaliste ; celui qui domine la terre prévaut et non celui qui a la maîtrise de la mer :

c’est un principe presque constant en géologie et en géostratégie que les dépressions et les vallées méditerranéennes ou celles de l’intérieur forment un haut plateau par rapport aux dépressions et aux vallées maritimes, de telle sorte qu’un peuple qui habite les bords de mer est dominé matériellement, potentiellement, sinon en fait par celui qui vit sur les côtes et auxquelles se rattache l’arrière-pays 12.

 

De ces prémisses générales nous déduisons la définition théorique de la géostratégie et les éléments qui la différencient de la simple stratégie :

la stratégie est l’étude des conditions extérieures du terrain combinée et adaptée aux différentes actions militaires.

 

Le plus souvent la stratégie analyse toutes les parties du terrain d’une manière différente de celle de la géologie, de la géognosie, de la géodésie ou de la géographie, mais elle a recours à toutes ces sciences en plus d’une occasion et elle en est, à proprement parler, le complément. Je me suis servi d’un mot que je crois ne pas avoir été employé jusqu’à aujourd’hui, celui de géostratégie(*), chaque fois qu’il m’est arrivé de considérer le terrain dans l’abstrait et hors de l’emploi des forces organisées, mais naturellement toujours en relation avec elles. Par conséquent, je parle des conditions géostratégiques et géotactiques de l’Italie et de l’Espagne, quand j’étudie dans l’abstrait la structure et les caractéristiques du terrain mais je parle de mouvements ou d’axe d’opérations stratégiques ou tactiques quand il s’agit d’opérations militaires exécutées sur certains points déterminés du terrain. Je sépare ensuite, par la pensée et pour une plus grande clarté, ces deux idées qui, dans les fait et dans l’application, ne sont jamais disjointes 13.

Pour comprendre pleinement ce que signifient ces mots, il est nécessaire d’avoir présent à l’esprit qu’à l’époque de Durando, la stratégie était encore exclusivement terrestre ; selon les théories de Jomini et de l’archiduc Charles prédominantes en France, en Italie et en Autriche elle n’était pas un art, mais une science "quasi exacte" et relevait de l’étude, du projet et des plans plus que de l’action ; elle reposait sur les sciences géographiques et statistiques qui renseignent sur le pays ennemi. Dans la vision jominienne, laquelle, à tort, a cru avoir été l’héritière du secret des victoires napoléoniennes, le chef de guerre, par l’étude des cartes géographiques et des données statistiques du pays de l’adversaire, détermine les points d’importance décisive du théâtre d’opérations, sur lesquels on concentrera, dans le plus bref délai, l’ensemble des forces pour vaincre l’adversaire dans une bataille où se jouera l’issue de la guerre. De tels points sont considérés par l’école jominienne comme étant d’une importance constante voire immuable ; c’est cette quintessence de la stratégie qui la rapproche de la science ; la tactique, au contraire, toujours selon l’école jominienne, s’apparente plus à un art et consiste à décider d’un dispositif des forces de manière qu’à leur tour, elles puissent converger vers le point du théâtre des opérations où se jouera le sort de la guerre, point indiqué par la position de l’adversaire et/ou par la partie la plus faible de son dispositif (au contraire, Clausewitz pense que la stratégie est plus un art qu’une science et qu’à l’inverse, la tactique se rapproche de cette dernière).

on peut alors affirmer que l’école jominienne à laquelle Durando adhère, au moins dans ses grandes lignes, entend en fait par stratégie la "géostratégie" parce qu’elle veut la concevoir comme une vraie science en soi (et non comme une action) dans laquelle les facteurs géographiques ont, non seulement un grande importance, mais sont considérés comme un fondement immuable de la stratégie elle-même. Elle va jusqu’à sous-entendre qu’eux seuls régiront le plan de guerre et les mouvements et les opérations pour l’exécuter, ayant présent à l’esprit que, quand on passe à l’action, on entre dans le domaine de la tactique.

En conséquence, ce que Durando appelle "géostratégie" possède plutôt une signification analogue à celle qu’aujourd’hui on attribue au vocable "géopolitique", compris comme une science qui étudie et démontre l’influence déterminante des données et des facteurs macrogéographiques et de caractère historique sur l’expansion économique et politique des peuples, qui se manifestent selon des voies et avec des lois constantes ainsi que par des principes prédéterminés. Ainsi, l’actuelle géostratégie fait entrer dans le projet même de la géopolitiques des facteurs spécifiques de caractère militaire et fixe les grandes lignes de l’emploi des forces.

on constate que, tant dans le concept de Durando que dans l’actuel, la géostratégie demeure liée à l’école de Jomini, qu’en 1912, le commandant Mordacq a qualifiée d’école des doctrinaires, tendant à concevoir la stratégie comme une science plus que comme un art ou une action14. L’école des idéologues spiritualistes s’élevant contre Clausewitz, l’ennemi historique de Jomini, laisse bien peu de place à la géostratégie, pour la simple raison qu’elle ne croit pas aux victoires en chambre, ni à la constante pesanteur des facteurs qui influencent la stratégie. Il faudrait à ce propos rappeler qu’au cinquième livre (chap. XV à XVIII), de son ouvrage De la guerre, Clausewitz étudie l’influence du terrain sur les opérations stratégiques et considère aussi les avantages des positions dominantes pour ensuite refuser toute tentative de considérer comme décisive cette influence comme le voudraient les tenants d’idées comme celles de Durando, lesquelles probablement avaient déjà fait le tour de l’Europe.

Concrètement, Clausewitz admet que l’occupation de positions élevées peut avoir des effets avantageux et devenir réellement un moyen de domination de caractère stratégique,

mais cela n’empêche pas que les expressions région dominante, position assurant la couverture d’un pays, clé du pays (d’où le futur “concept stratégique du noyau central” de Mackinder, ne sont que des formules vides de sens auxquelles manque une base solide. C’est pour atténuer les évidences trop visibles des combinaisons militaires, qu’on recourt volontiers à ces éléments prétentieux de l’histoire ; ils servent de thèmes favoris aux militaires qui jouent aux savants, de baguette magique aux tenants de la stratégie (…). on confond constamment l’état des forces avec l’objectif et on remplace l’instrument par l’action elle-même. Si l’occupation du terrain ou celle d’une position dominante est envisagée (…) comme un coup assené (…) comme une entité réelle (…) tandis que la région où une position n’est pas autre chose qu’un instrument inanimé, une simple caractéristique du sol, laquelle ne peut se manifester qu’en présence d’un objectif (…). Le coup porté, l’objectif est le combat victorieux : lui seul possède une valeur… 15

 

Bien différente est la position de Durando selon qui, au-delà de la prééminence des éléments spirituels, a priori non quantifiables, du culte éventuel de l’action et du refus des dogmes de Clausewitz toujours prédominants dans le domaine géostratégique et stratégique, finit toujours par prévaloir - au moins à la longue et dans une plus large prospective historique - celui qui est en possession de la "clé du pays", élément tellement méprisé par Clausewitz, clé que Durando appelle "point central protostratégique". Ces idées tendant à tirer de la géostratégie et de l’histoire, les lois que Clausewitz méprise, sont appliquées à l’Italie par Durando et proviennent de trois réflexions fondamentales :

a) le Congrès de Vienne en 1815, définissant un ordre dans l’Europe postnapoléonienne, a décrété que l’Italie aurait une organisation artificielle et par conséquent transitoire, précisément parce qu’elle ne tient aucun compte des enseignements de la géostratégie ;

b) dans le cas de la France et de l’Espagne, le processus d’unification, terminé depuis longtemps, a été favorisé par l’existence d’un "point protostratégique central", d’où l’ethnie dominante a peu à peu assujetti les autres ethnies, donnant ainsi naissance à une nation homogène ;

c) au contraire, l’unité italienne a toujours été contrariée par le caractère polycentrique de sa géographie où fait défaut ce que plus tard Mackinder appellera "zone-pivot", "région-pivot".

Pour Durando, les obstacles historiques à l’unité italienne ont toujours été de deux sortes :, l’un, de caractère plus proprement géostratégique : la présence de la chaîne des Apennins laquelle, séparée de la plaine du Pô, a, à son tour, divisé la péninsule italienne en deux versants où coulent de nombreuses rivières ; l’autre, de caractère plutôt géopolitique et historique que représente le siège de la Papauté à Rome, laquelle a sa propre stratégie de nature profondément cosmopolite (donc agissant contre l’unification), définie par Durando comme étant une "théostratégie" ou "stratégie surnaturelle", parce qu’elle a pour fondement des éléments de caractère religieux par ailleurs mêlés à des intérêts temporels.

La situation géographique de la péninsule est caractérisée par trois "grands systèmes stratégiques" : les Alpes, les Apennins et la vallée du Pô qui ont des caractères dissemblables et constituent, par conséquent, des facteurs de séparation et de discontinuité. Les Alpes, représentant pourtant une limite naturelle presque parfaite, ne jouent que partiellement cette fonction parce que seul leur versant méridional est italien.

Les deux autres systèmes : le Pô et ses affluents, qui ont donné naissance à la plaine de Lombardie, et les Apennins, à l’origine des autres régions de la péninsule, déterminèrent les caractéristiques géostratégiques de l’Italie, mais avec des caractères géographiques dissemblables faisant de ces régions, presque "des adversaires et des rivales", sans qu’on trouve un point de continuité vraiment significatif.

Toujours selon Durando, le massif du mont Falterona aurait pu être considéré comme étant le "point protostratégique" de la péninsule parce qu’il est le lieu où l’Apennin et la plaine du Pô sont en contact ; cela ne s’est pas produit pour deux raisons, l’une de caractère géostratégique et l’autre de caractère géopolitique. En premier lieu, le Falterona ne domine pas toutes les vallées et les principales plaines de la péninsule, mais seulement les vallées de l’Arno et du Tibre ainsi que la rive droite du Pô et les Romagnes. En second lieu, il se trouve que la Papauté détient la région correspondant à l’ancien exarchat byzantin de Ravenne, "le seul centre géostratégique qui aurait pu être le noyau générateur de notre unification". Mais, selon Durando, la Papauté conformément aux exigences de sa politique cosmopolite, non seulement n’a pas pu ou voulu se faire le promoteur de l’unité italienne, mais au contraire, s’est efforcée

qu’aucune des populations environnantes n’atteigne jamais un niveau de maturité nationale, et redoutant d’être dominée par l’une d’elles, elle a souvent fait appel à l’étranger 16.

 

Ces constatations conduisent Durando à favoriser le choix d’une solution modérée et "graduelle" du problème de l’unité nationale, basée sur la réduction au minimum du pouvoir temporel des Papes et sur l’alliance des deux grands états, celui de Naples et celui du Piémont, correspondant aux deux principaux ensembles géographiques et militaires les plus puissants. En outre, ce sont des régions géographiques faites pour une guerre défensive permettant d’éviter l’affrontement avec les forces autrichiennes dans le quadrilatère lombardo-vénitien, où leur position est plus solide ; en revanche, on doit organiser la défense à l’ouest du Tessin (avec les forces piémontaises) et sur le nord de l’Apennin (avec les forces napolitaines).

Le concept stratégique et géostratégique de Durando ne néglige ni l’appui des forces navales, ni celui des armées populaires, tout au contraire, et on pourrait adopter la formule "défensive sur terre et offensive sur mer", grâce à la supériorité des deux flottes combinées piémontaise et napolitaine sur la marine autrichienne. En oubliant subitement ses théories sur la diversité des différentes populations italiennes (et par conséquent, entre les diverses forces armées, entre les divers règlements généraux et entre les états-majors), il affirme qu’il suffirait que les princes octroient des libertés constitutionnelles pour provoquer chez les Italiens un ralliement enthousiaste, ainsi qu’un appoint financier à la préparation de la guerre contre l’Autriche qui ne manquerait pas d’éclater. De cette manière, s’évanouiraient, comme par enchantement les disparités et les divisions internes ainsi que l’esprit de clocher dus à la géographie facteurs qui ont provoqué, au cours de l’histoire, de continuelles intervention étrangères dans les affaires italiennes et alimenté, chez les Italiens, leur traditionnelle désaffection pour les armes et les forces armées, dans lesquelles, Durando voit justement "le puissant ressort du nationalisme grâce auquel on maintient le courage et la dignité d’un peuple" 17.

A propos du contexte international dans lequel la guerre contre l’Autriche aurait lieu, Durando se montre plutôt optimiste, mais en sens contraire. Si dans les rapports qu’ils ont entre eux, les Italiens devraient rapidement et spontanément oublier, sans que de fortes incitations soient nécessaires, les divisions, les jalousies, les disparités historiques entre les États, dues à l’influence de la géographie, dans le monde international, les États ne devraient pas être dominés (en ce qui concerne l’Italie) par des sentiments, des passions, des égoïsmes, des intérêts contingents, des méfiances, des rivalités, mais devraient adopter des comportements strictement conformes à la géopolitique, c’est-à-dire, suivre, en cette circonstance, les lois de la géographie. En fait :

a) l’unité italienne repousserait l’Autriche au-delà de la frontière des Alpes et la contraindrait à emprunter ses axes naturels d’expansion vers le delta du Danube, renforçant ainsi son rôle d’état-tampon face à l’expansion toujours à craindre de la Russie vers l’occident.

b) l’unification de l’Italie contribuerait à résoudre la question d’orient, en incitant l’Autriche à chercher des compensations à la perte des provinces italiennes dans le démembrement de l’empire ottoman, tandis que la France et l’Angleterre ne devraient plus voir dans cet empire un rempart contre l’expansion russe vers l’orient, donnant ce rôle à l’Autriche elle-même.

c) en France et en Angleterre, on ne devrait pas avoir de motifs pour redouter l’unité italienne, soit parce que, on l’a vu, cela ne diminuerait pas entièrement le rôle de contrepoids et la puissance de l’Autriche car, en effet, "en ce qui concerne les intérêts industriels et maritimes, nous ne sommes pas capables de commercer en Méditerranée non plus qu’en d’autres mers" 18.

Ces prévisions, ainsi que les autres hypothèses et théories de Durando, sont discutables, comme n’étant pas conformes aux prudentes solutions "gradualistes" qui lui ont été suggérées par le processus d’unification de l’Italie qui, en 1846, alors qu’il écrivait, était imminent. Mais son œuvre, encore malheureusement ignorée (si on excepte une citation chez Pieri, qui incidemment n’en avait pas saisi la vraie valeur)19, permet d’affirmer que la géostratégie et la géopolitique en tant que théories et en tant sciences apparaissent dans la première moitié du XIXe siècle. En particulier, les contemporains de Clausewitz qui écrivent des traités de stratégie (Jomini, l’archiduc Charles, von Bülow) emploient ce mot pour définir ce qui aujourd’hui est qualifié de géostratégie.

L’Italien Durando, jusqu’à preuve du contraire, a donné, pour la première fois, une définition de la géostratégie qui, implicitement, précise aussi le concept de géopolitique. C’est une définition importante, parce que, d’une part, elle confirme que l’évolution théorique de la géopolitique et de la géostratégie est, par de nombreux aspects, semblable à celle de la stratégie (une science ou une quasi-science qui va du projet et de la théorie à l’action) et a souffert et souffre encore des mêmes ambiguïtés sémantiques ; par ailleurs, elle permet de s’orienter à travers le maquis des nombreuses définitions dissemblables dont Yves Lacoste20 a donné un récent aperçu, établissant que la géopolitique, et par conséquent la géostratégie ne peuvent exister.

Une chose est certaine : la définition de la géopolitique (et évidemment de la géostratégie) donnée par l’Encyclopedia Britannica (utilisation de la géographie par les gouvernements qui pratiquent une politique de puissance), ou encore par Pierre Gallois (étude des relations qui existent entre la poursuite d’une politique de puissance développée au plan international et le cadre géographique dans lequel elle s’exerce), ne sont pas satisfaisantes et pourraient fort bien être considérées comme des tautologies ou des pléonasmes. En effet, n’importe quelle bonne politique étrangère assurant la sécurité du pays (et par conséquent aussi n’importe quelle bonne stratégie), n’a jamais pu se dispenser de prendre en compte les exigences des facteurs géographiques, leurs rapports et leurs interdépendances avec les facteurs subsistants, l’histoire des diverses nations et leurs caractères.

Tout réside dans l’évaluation de la contrainte et de l’influence des facteurs géographiques et dans le fait de savoir dans quelle mesure on peut l’estimer invariable. Une chose est d’étudier le rapport toujours existant et toujours envisagé entre la politique, la stratégie et la géographie, une autre d’en déduire, pour chaque nationalité appartenant à chaque État (ce qui est le fait, par contre, de la géopolitique et de la géostratégie), les vecteurs d’action constants ayant une propension à prédominer alors que les autres facteurs varient. Dans ce dernier cas, en fait, les données macrogéographiques deviennent, non pas une simple composante d’un problème complexe dont les effets sont examinés et compensés par d’autres, mais le modèle pour trouver les solutions au cas par cas, définir les objectifs, les lignes d’action afin de faire de la géopolitique et de la géostratégie des sciences plus que des arts.

En d’autres termes, en supposant connus les caractères géographiques, et, si on veut, aussi historiques, servant de base et de guide essentiels dans la politique étrangère et militaire, nous tendons à établir des lois générales auxquelles ces caractères sont restés constamment attachés. Si et jusqu’où ceci est juste et convenable, c’est une chose qui, en théorie pure, est d’importance secondaire ; nous devons simplement nous rendre compte qu’il est difficile que la géopolitique soit neutre, ascétique et froide. Elle tend aussi à matérialiser les aspirations ou les espérances et elle conserve la trace des interprétations subjectives ou des divers points de vue nationaux. Comme on l’a vu, quelle que soit la part d’arbitraire qu’elle contient assurément, nonobstant la formulation indiscutablement scientifique, Clausewitz l’a fort peu appréciée ; cela est une autre question dont il faut tenir compte aujourd’hui encore.

on ne peut cacher que l’œuvre de Durando possède des caractères essentiellement anti-clausewitziens en ce qui concerne les rapports entre la politique et la stratégie et entre la géopolitique et la géostratégie. On sait parfaitement que Clausewitz, comme d’ailleurs tous les autres écrivains militaires de la même époque, formulent l’hypothèse d’un rapport de dépendance (d’où une nette distinction) entre la politique et la stratégie, précisant seulement qu’une bonne politique doit tenir compte des raisons stratégiques. Par ce biais aussi, on peut constater que, faisant de la guerre et aussi de la politique des notions extrêmement mouvantes dépendant beaucoup des passions et des contingences humaines, Clausewitz ne tient que faiblement compte des lois de la géopolitique.

Le point de vue de Durando présente des aspects extrêmement variés parce que, grâce aux vecteurs d’action politique et militaire, il n’admet, pour ainsi dire, que des différences techniques : la stratégie ou la géostratégie ne sont pas filles de la politique et, par conséquent, ne sont pas des créations différentes bien qu’elles en dépendant, mais elles sont les armes de la politique elle-même, son visage militaire, la feuille d’un même arbre ou un membre d’un même corps. Au contraire, la politique ou la géopolitique ne sont pas la stratégie ou la géostratégie en civil, avec les mêmes courants de développements et avec les mêmes lois. Dans l’optique de Durando, il n’a pu y avoir aucune contradiction sensible entre la géopolitique et la géostratégie, au moins parce qu’elles ont des racines communes avec la géographie. Ceci explique aussi pourquoi les chercheurs contemporains observent souvent qu’elles tendent à se confondre, ou en tout cas, a ne pas avoir toujours de nettes limites soit entre elles, soit avec la politique et la stratégie comprises au sens large.

L’imprécision des limites entre la théorie et la pratique géopolitique et géostratégique, entre les moyens politiques et militaires, entre l’expansion pacifique et la conquête par les armes de territoires, n’empêche pas Durando d’être suffisamment précis quand, avec le concept de frontière naturelle, il fait état de la seule référence sûre tant aujourd’hui qu’hier pour réduire au minimum les controverses territoriales, le seul moyen à prendre en considération tant au plan scientifique qu’au plan moral pour donner à toute nation son juste espace vital sans violer les droits, les territoires, les espérances d’autrui. C’est certes un moyen imparfait et quelquefois subjectif, mais pourtant toujours le meilleur, à défaut d’autres solutions acceptées de tous.

D’autres sujets de méditation et d’intérêt actuels pourraient jaillir ad abundantiam d’une œuvre dense, que nous sommes contraints d’analyser très sommairement ; mais ce que nous avons dit suffit pour faire de Giacomo Durando un précurseur, jusqu’à ce jour inconnu, de la géopolitique et de la géostratégie ; il a été le premier à définir de nombreux concepts qu’on retrouve dans les œuvres récentes de géographie politique de Parker et de Pounds21 ; il donne au problème de la nation italienne un esprit géographique européen vivant et d’actualité.

 

(traduit de l’italien par Bernadette et Jean Pagès)

 

* Cet article a d'abord été publié dans Informazioni della difesa, 1994-3 : " Il concetto di geostrategia e la sua applicazionne alla nazionalità italiana nelle teorie del general Giacomo Durando". Il est reproduit avec l'aimable autorisationde la revue.

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Notes:

1 Sur la vie du général Durando, voir spécialement M. Rosi, Dizionario del Risorgimento Nazionale, Milan, Vallardi 1930, vol. II, pp. 966-967.

2 Un episodio delle giovinezza di Giacomo Durando (sans nom d’auteur), Nuova Antologia, fasc. 103, 1er mars 1914, pp. 130-132.

3 Giacomo Durando, Della nazionalità italiana - saggio politico-militare, Lausanne, S. Bonamici e comp, 1846.

4 Giacomo Durando, op. cit., pp. 58-59 et 135.

5 H.J. Mackinder, Il mondo intero e come vincere la pace (1943), Limes, 1/1994, pp. 171-182.

6 Giacomo Durando, op. cit., p. 59.

7 Giacomo Durando, op. cit., pp. 63-64.

8 Giacomo Durando, op. cit., p. 422.

9 Giacomo Durando, op. cit., p. 60.

10 Giacomo Durando, op. cit., p. 436.

11 Giacomo Durando, op. cit., p. 69.

12 Giacomo Durando, op. cit., p. 431.

13 Giacomo Durando, op. cit., p. 444.

14 Commandant Mordacq, La stratégie. historique, évolution, Paris, Fournier, 1912, pp. 38-43.

15 K. von Clausewitz, Della guerra, Milan, Modadori, 1970, vol. I, p. 441.

16 Giacomo Durando, op. cit., p. 77.

17 Giacomo Durando, op. cit., p. 171.

18 Giacomo Durando, op. cit., p. 259.

19 P. Pieri, Storia militare del Risorgimento, Turin, Einaudi, 1962, pp. 151-152.

20 Yves Lacoste, “Che cosa è la geopolitica”, Limes n. 1/1994, pp. 295-302.

21 N.I.G. Pounds, Manuale di geografica politca, 2 vol., Milan, Franco Angeli, 1977 ; G. Parker, Geografia politica dell’Europa Comunitaria, Milan, Franco Angeli, 1993.

 

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