LA REDÉCOUVERTE D’UN HOMME DE GUERRE ET DE LETTRES : MONTECUCCOLI

 

Jean-Michel Thiriet

 

La publication des œuvres complètes de Montecuccoli, commencée par Raimondo Luraghi, modèle d’édition critique1, a permis de redécouvrir un général oublié, sauf dans l’armée autrichienne2. Pourtant quiconque a travaillé quelque peu dans les archives et les bibliothèques viennoises, sur le XVIIe siècle, ne peut que le croiser et le lire, en particulier à la bibliothèque nationale d’Autriche3 et aux Archives de la guerre4. Depuis les travaux de Jean Bérenger5, qui l’a évoqué à Montpellier en le comparant à Turenne6, la thèse de Jean Nouzille7, on commençait à parler de lui, même en France. Le fait de pouvoir disposer d’une grande partie de ses écrits militaires, en attendant la suite, apporte quelque chose de neuf. Jusque-là, il fallait se contenter d’éditions anciennes, de transcriptions italiennes ou de traductions du XIXe et du XXe siècles, en langue allemande8 ou en langue anglaise9. 10

L’oubli dans lequel était tombé Montecuccoli vient de sa condamnation par Clausewitz, qui était surtout officier d’état-major, par opposition à ce chef de guerre et théoricien tout à la fois, militaire cultivé, ayant commencé comme simple soldat et mort comme président du Conseil de Guerre, l’homme le plus puissant après l’Empereur. Les citations à son sujet de ses contemporains sont le plus souvent élogieuses. Tout le monde connaît le compliment de Voltaire : "Seul digne d’être opposé à Turenne", au point que Montecuccoli refusa de combattre sur le terrain après la mort de son rival, ne trouvant plus d’adversaire à sa hauteur, disait-on à la fin du XVIIe siècle.

En fait, la seule question pour les gens du XVIIe, est de savoir s’il est à placer devant Turenne et le Grand Condé ou derrière les deux Français. Magalotti, résident de Florence à Vienne, de 1675 à 1679, le place en troisième position mais ne discute pas son érudition et son sens politique11. Quelques années auparavant, un rapport diplomatique vénitien le caractérise ainsi: "A force de sueur, de sang, de dangers, président de guerre (Conseil de) et lieutenant-général s’est qualifié dans les armes et le commandement, dans la profession de guerre, appuyant son avancement, il accompagne l’art militaire d’une littérature érudite, si l’indisposition et les années ne le gênent pas, rencontrant des occasions de conduire les armées (il) sera toujours glorieux" 12. Grémonville le trouve "civil, honneste et si peu intéressé" 13. Le plus beau compliment. se trouve dans les Mémoires de Gaspard de Chavagnac (écrits vers 1665/1668)14 : "Montecuccoli, fameux capitaine, étoit Vice-Président du Conseil de guerre, Lieutenant-Général, homme très habile en toutes sortes de sciences, & quoique je n’aye pas eu lieu de me louer de luy, sur les differents que j’eus avec Caprara son ami, & et son parent ; je ne puis néanmoins de luy rendre justice & d’avouer qu’il étoit né pour les grandes choses : civil &, obligeant, malgré les bruits qui couroient sur sa bravoure, je pourrois répondre, que le péril, qui luy faisoit donner ses ordres avec beaucoup de netteté. De tous les Generaux sous lesquels j’ay servi, je n’en n’ay pas connu de plus propre pour un jour de bataille que feu Monsieur le Prince pour la conduite & l’évenement d’une campagne, Mr de Turenne n’avoit pas son égal : mais selon moy les marches de Montecucculi l’emportaient sur les deux autres : car il est à naître, que jamais les colonnes ayant marché dans quelques situations qu’elles fussent qu’elles ne se soient trouvées en bataille au moindre commandement, & en état de combattre par les bons ordres qu’il y donnoit. Il ne voulut pas servir après la mort de Turenne, alleguant pour sa raison, qu’un homme qui avoit eu l’honneur de combattre contre Mehemet Copreli & contre Mr le Prince & Mr de Turenne, ne devoit pas compromettre sa gloire contre des gens qui ne faisaient que commencer le commandement des armées".

Au XVIIIe, Guibert cite, bien sûr, Montecuccoli, mais ne le distingue pas des autres grands continuateurs "de Gustave et de Nassau. Mais la tactique resta dans l’enfance" 15. Notons toutefois que Guibert ne voit d’armées supérieures à 60/70 000 hommes, restant par là-même très proche sur ce plan des penseurs du XVIIe siècle16. Plus récemment, Veltzé17 insiste sur sa fidélité aux Habsbourg et met en relief sa devise personnelle : "Toujours bien servir l’Empereur".

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Né le 21 février 160918 à Montecuccoli près de Modène, d’une vieille famille de la petite noblesse, orphelin de père à 10 ans, doué pour les études, on le destine à la cléricature mais il est attiré par les armes. Il entre comme simple soldat dans le régiment de Collalto en 1625, sur recommandation de cousins, surtout d’Ernest Montecuccoli, compagnon d’armes de Wallenstein, et peut-être d’un autre cousin Girolamo Montecuccoli, depuis longtemps également au service des Habsbourg. Enseigne en 1628 ou en 1629, les dates varient, suivant les sources, pour son accession aux grades supérieurs. Lieutenant, il passe dans la cavalerie en 1631 à la tête de cuirassiers ; au cours de cette même année, il est blessé deux fois et sa bravoure le fait remarquer par Tilly, qui sera l’un de ses modèles, même s’il déplore les sacs des villes et le sort des civils. Fait prisonnier et vite libéré contre rançon, il a l’occasion de se battre, alors comme commandant, contre Gustave-Adolphe, dont il déplore la mort en 1632. Il est alors lieutenant-colonel sous les ordres de celui qu’il admire le plus tout au long de ses écrits, Wallenstein, un des maîtres de la logistique avant l’heure ; il ne semble pas avoir fait partie des conjurés en février 1634, il est encore trop jeune et trop peu gradé, d’autant qu’en 1633 il a perdu son protecteur et quasi père, d’après le professeur Luraghi, Ernest Montecuccoli. En juillet 1634, il commande à la place de son colonel à Nördlingen et il se fait remarquer par un autre général italien, Gallas, le vainqueur de cette bataille. Il devient colonel d’un régiment de cuirassiers. Il est à Wittstock en septembre 1636, où il évite à l’armée des Habsbourg un désastre complet. Il doit, bien entendu, se défendre des calomnies et des jalousies. Il perd sa mère en 1638, avant de retourner au combat. En mai 1639, blessé une nouvelle fois, il est fait prisonnier, au nord de Prague à Mëlnik, par les Suédois. Il reste trois ans enfermé, mais cette expérience douloureuse lui permet de devenir un grand théoricien de la guerre. Déjà doté d’un solide bagage en Italie, continuant à correspondre avec des érudits, il trouve là de quoi occuper son oisiveté, comme il le dit lui-même.

Ennemi respecté, il est placé à Scezzin (Stettin) où il exploite la bibliothèque des ducs de Poméranie. Il s’intéresse à tout, très humaniste encore, mais en ce qui nous concerne, il écrit son premier grand traité de la guerre. En juin 1642, après échange contre un colonel suédois, il est bien accueilli à la Cour et repart immédiatement en Silésie comme général. Placé en 1643 et 1644 au service des ducs de Modène, il hérite de la veuve de son cousin Girolamo de la seigneurie et du château de Hohenegg près de Hafnerbach dans la forêt de Dunkelstein au nord-ouest de Sankt Polten, où il vient par la suite se reposer et écrire encore et toujours. En 1644, il est lieutenant-général, conseiller du Conseil de guerre et gentilhomme de chambre de Sa Majesté. Il découvre, au cours de ces années 45-47, la Hongrie, mais se bat également en Franconie, en Silésie, en Bavière, en Bohême, en Moravie. Il est blessé une fois de plus, mais le plus important est constitué par les manœuvres pour sauver du désastre l’armée de son souverain et par là-même Vienne. Il apparaît comme l’âme de la résistance impériale pour la fin de la guerre de Trente ans.

Ferdinand III le désigne pour des missions diplomatiques. Il est auréolé de gloire. Malgré ses déplacements dans les cours allemandes pour contrer l’influence française, il vient souvent séjourner à Hohenegg de 1650 à 1653. En 1653 et 1654, il est en Suède auprès de la reine Christine, en 1655 il est reçu par Cronwell et en 1656 il accompagne Christine à Rome. En 1657, il épouse Margarethe de Dietrichstein, d’une grande famille morave ; il a 48 ans, elle en a 18. C’est le début d’un amour très tendre ; cela lui permet de faire partie de la grande noblesse. Il reprend le commandement des armées en Pologne actuelle dans la guerre du Nord, à cause de l’entrée en campagne du Prince Georges II Rakoczi et il permet à l’Empereur de signer en vainqueur la paix d’Oliva (1660). En 1661, il est enfin commandant en chef des armées de Léopold Ier (souverain depuis 1658), et c’est le début de son expérience contre les Turcs, ennemis, tout aussi dangereux, sinon plus, que les Français. Il découvre également vraiment les Hongrois qu’il considère toujours comme des adversaires farouches. Il se heurte à Ahmed Köprülü et emporte à la tête des armées chrétiennes, dont pour une fois des contingents français, la bataille en 1664 de Saint-Gotthard Mogersdorf, sa plus grande victoire. En 1666, il représente l’Empereur pour son mariage avec l’infante Margarethe-Thérèse. En 1668, il est au fait de sa carrière : il cumule tous les commandements et devient, à la suite d’Hannibal Gonzague, président du Conseil de guerre, ministre d’Etat, membre de la conférence secrète. En 1673, il repart une dernière fois en campagne à 64 ans. En 1675 à Sasbach, Turenne est mortellement blessé, Montecuccoli n’a plus d’adversaire digne de lui. "Il est mort aujourd’hui un homme qui faisait honneur à l’homme" dit-il19. En 1676, son épouse disparaît, choc dont il ne se remettra jamais, mais cela ne l’empêche pas d’écrire encore, tout en devant se défendre contre certains clans de la Cour. Il offre ainsi sa démission de président, démission toujours refusée bien entendu. En 1680, l’Empereur lui demande de le rejoindre à Prague, où il s’est réfugié, pour fuir la peste de 1679. Le 16 octobre, sur la route de la Bohême, il s’éteint à Linz. Dans la tradition, ses viscères sont ensevelies à Linz chez les Capucins et son corps à l’église des Jésuites de Vienne "Am Hof", en bon catholique romain de la Contre-Réforme.

Comme on le voit à travers ce bref résumé, malgré une vie mouvementée, il a trouvé souvent des moments pour écrire surtout à partir de 1640-1641, lorsqu’il était prisonnier pour occuper son inaction. C’est d’ailleurs le traité de la guerre 20 son œuvre la plus longue, plus de 300 pages imprimées ; il ne destinait pas cet écrit daté de Scezzin en 1641 à la publication ; il le rédige pour lui, comme élément de réflexion en partant de la constatation que la plupart des écrits sont des théories anciennes et que les contemporains n’étudient qu’un aspect de la guerre.

Lui veut prendre en compte tous les aspects des armées, les fortifications, la logistique. Qu’on en juge par la richesse de ses chapitres.

- Le premier livre sur Entreprendre une guerre est divisé en quatre chapitres : La guerre et sa division - Des lois - De l’appareil (hommes, moyens, argent, vivres) - Des soldats.

- Le deuxième livre Faire la guerre en dix chapitres : Guerre offensive - Défensive - La campagne - Discipline - Vivres - Des espions et des guides - De la marche - Du logement - Du combat - Des recrues et des prisonniers.

- Le troisième porte sur la fin de la guerre en 3 chapitres : De la paix - Du licenciement de l’armée - Conserver l’acquit.

Si on ajoute Des batailles 21, dédié au duc de Modène, on a une bonne idée de la pensée du maître dans la première partie de sa vie, reflet de la guerre de Trente ans. Il l’écrit sans doute en 1645 après avoir hérité d’Hohenegg et après une nouvelle blessure. 16 croquis illustrent son propos reposant avant tout sur les leçons à tirer du conflit en cours.

Sa troisième œuvre est dédiée à l’Empereur. Ce sont les Tables militaires 22, terminées à Hohenegg le 20 mars 1653. C’est un ouvrage scientifique avec 35 dessins, les tables décimales, les surfaces, la trigonométrie, l’armée (artillerie), etc. ; en tout, 20 chapitres, où il cherche à faire de l’art militaire une science exacte. Sa quatrième étude porte le titre de Discours de la guerre contre le Turc 23 en 16 principes et 20 maximes. D’après R. Luraghi, il a été écrit entre 1661 et 1664 et prépare en fait la stratégie et la tactique aboutissant à la bataille du Saint-Gothard leurs forces, leur mentalité et souligne bien par là la complexité des Balkans et sur le plan stratégique, l’importance du Danube, seule voie de passage.

Sa cinquième étude est facile à dater puisque dans sa dédicace, il évoque son âge, ses blessures, 60 ans dont 43 ans de services ! Le titre en est : De la guerre contre le Turc en Hongrie 24. Son premier livre s’intitule Aphorismes de l’art de la guerre (il l’avait d’abord appelé Des principes et des axiomes). Dans le chapitre II "de l’appareil":

- le titre I porte sur "les hommes",

- le titre II "sur l’artillerie",

- le titre III "sur les munitions de guerre et les vivres", toujours cette obsession de la logistique (3 000 calories/jour)25,

- le titre IV "sur les bagages",

- le titre V "sur l’argent", l’instrument des instruments et cite l’anecdote : trois choses nécessaires pour la guerre : l’argent, l’argent, l’argent (tome II, p. 301).

Dans le chapitre III, il parle de la disposition qui est l’ordre donné aux choses et remarque au passage que grâce à la puissance financière (dans le paragraphe sur la guerre offensive) la France achète avec de l’argent des places. Le chapitre IV porte "sur les opérations", le V "sur les fortifications ", le VI "sur la campagne" en deux parties : "les coups de main", "les batailles ".

Dans le deuxième livre, il étudie les aphorismes en regard des pratiques des dernières guerres de Hongrie. Il regarde successivement le cas des campagnes de 1661, de 1662, de 1663 et 1664 pour en venir dans le troisième livre aux Aphorismes applicables à la guerre possible contre le Turc en Hongrie. Il fixe à 50 000 l’idéal de l’armée à maintenir en permanence : 28 000 fantassins, 2 000 dragons, 17 000 cavaliers lourds et 3 000 légers et il souligne encore l’importance de l’axe constitué par le Danube, en fait le schéma futur de la reconquête après 1683, œuvre du Prince Eugène essentiellement.

Sa sixième étude porte sur De l’art militaire26 (1673). Il s’agit ici de 235 réflexions. Citons seulement la 163 : "Pour assiéger Paris, il faut se rendre maître des hauteurs et de la partie supérieure des trois rivières Marne/Yonne/Seine". Il écrit en introduction : "L’art militaire prescrit le moyen de bien faire la guerre par des aphorismes qui regardent chaque partie. L’art militaire réduit en aphorismes et confirmé par des exemples, par la pratique et des raisons spéculatives, de l’autorité des grands hommes et de l’histoire". Le dernier texte publié par Raimondo Luraghi s’intitule Des batailles. second traité 27, où il cherche à tirer les leçons de 22 ans de guerre, c’est-à-dire de la guerre de Trente ans. Il complète son propos par 17 dessins. Toujours son souci de concevoir une théorie28.

Montecuccoli part toujours de constatations pour en tirer des leçons et des moyens d’action pour maintenir l’ordre en Hongrie. En fait, c’est bien l’application ordonnée de la force pour une bonne politique sociale. Ici, c’est véritablement l’homme de la Contre-Réforme qui parle, alors qu’en dehors de la crainte de Dieu et de la réussite au combat si Dieu le veut, les références religieuses sont rares. Cela ne diminue en rien la religiosité de Montecuccoli, qui ne s’est jamais posé de questions. Il sert un souverain catholique comme lui.

Comme on le constate par cette première présentation succincte, Montecuccoli vaut mieux que le jugement de Clausewitz qui le ridiculise, car le Prussien ne dit pas beaucoup plus sur la tactique et la stratégie. Certes, manque chez Montecuccoli l’aspect de "masses ", de "peuples " propres aux guerres révolutionnaires et impériales. Mais cette recherche de faire une théorie universelle de la guerre leur est bien commune avec un avantage pour notre auteur : Clausewitz laisse une œuvre inachevée. Montecuccoli écrit jusqu’à la fin et vit dix ans de plus, avec une expérience sur le terrain plus riche et plus variée : 41 campagnes et aucune véritable défaite, même si certaines de ses manœuvres sont des retraites en bon ordre. En fait, Thomas Barker a bien vu les deux caractéristiques du personnage : sa capacité typiquement galiléenne de soumettre les "produits de l’observation et de l’expérience à un rationalisme cristallin", d’où son souci de "mathématiser". Du point de vue éthique, une confiance raisonnée entre "vertu" et "hasard" ; la "vertu" peut éviter les méfaits de la fortune. Prévoir serait le concept le plus important : il y a un caractère immuable de la guerre, mais il faut toujours s’adapter. Indiscutablement, pour Azar Gat et Raimondo Luraghi, Campanella joue un grand rôle dans l’œuvre de Montecuccoli et le spécialiste israélien insiste également sur l’œuvre de Justus Lipsius29.

Certes, le personnage ne se limite pas à l’homme de guerre : humaniste il s’intéresse à tout comme tous les érudits de son époque, mais, sur le plan strictement militaire, il faut bien admettre qu’il est à la base de l’art militaire de la fin de l’Ancien Régime : après tout, s’il paraît réservé sur l’usage de l’arme à feu, c’est qu’il est conscient de l’absence de précision et de portée de ces armes, à plus de quelques pas ou de la modestie de l’artillerie de son époque, mais il admet qu’il y a une perpétuelle évolution. Il a lui-même assez vécu pour le constater. En fait, dans tous les domaines, Montecuccoli a vu les principaux problèmes et anticipé : il pratique déjà l’ordre oblique, et Raimondo Luraghi n’hésite pas à en faire "un artiste de la défensive - contre-offensive"30. C’est vrai qu’il définit bien le choix du moment et du lieu, l’importance donc de faire fructifier les caractéristiques du terrain, de prendre en compte les facteurs psychologiques, le rapport entre feu, mouvement et choc, la coopération entre les armes, etc. Mais par-dessus tout, il insiste toujours sur la logistique. S’il tient tellement à des effectifs globaux de l’ordre de 50 000, c’est qu’il sait, surtout en Europe centrale et orientale, que les espaces trop faiblement peuplés et pauvres ne peuvent supporter des armées trop nombreuses, d’où l’importance des magasins de vivres et du rôle joué par les places fortifiées comme pivots de la manœuvre.

D’une manière plus générale, ce créateur de l’armée permanente des Habsbourg et du système fortifié (quadrilatère de Bohême, rôle de la Silésie et de la Moravie ou au sud importance d’une frontière militaire) a compris qu’il fallait limiter la France au Rhin, comme il fallait contenir les Hongrois et repousser les Turcs au-delà des Balkans. Certes, tout n’est pas réussite : sa politique de fermeté en Hongrie est un échec, mais en cela il est un homme de son temps. Italien venu se mettre au service d’un souverain, il le sert loyalement et fidèlement et ne peut supporter la trahison de sujets, la pire des abominations. Pour le reste, c’est un précurseur et il faut souhaiter la poursuite de la publication des œuvres et si possible d’une partie de son courrier, pour mieux cerner le personnage et étudier plus en détail certaines de ses marches et de ses victoires, pour voir s’il met en pratique ce qu’il écrit, et s’il y a dégradation, c’est que les Habsbourg n’ont jamais eu les moyens de disposer d’une armée régulière bien soldée et bien commandée, mais n’est-ce pas le lot commun des puissances aux XVIIe et XVIIIe siècles ?

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Notes:

1 Le opere di Raimondo Montecuccoli (sous la direction de R. Luraghi). Service historique de l’état-major de l’armée italienne, Rome, tome 1, 460 p. index, 1988, tome 2, 652 p. index, 1988. Je remercie l’ingénieur-général Frayssac et André Martel d’avoir permis la publication de cet article. L’essentiel de cet article a fait l’objet d’une communication en 1990 au Centre d’histoire militaire de Montpellier et à la Commission française d’histoire militaire.

2 Voir les cours et l’enseignement de l’Académie militaire de Wiener Neustadt.

3 Österreichische National Bibliotek Handtschriftsammlung, Vienne.

4 Kriegs Archiv, Vienne en particulier les manuscrits.

5 Depuis sa thèse Finances et absolutisme autrichien dans la seconde moitié du XVIIe siècle, Paris, 1975, jusqu’à son ouvrage Histoire de l’empire des Habsbourg, Fayard, 1990.

6 “La biographie des stratèges hommes d’Etat : Turenne et Montecuccoli, une comparaison”, dans Les peuples et leurs armées: prosopographie des militaires (XVIIe-XXe siècles) sous la direction d’Anne Blanchard (colloque juillet 1988, Montpellier), pp. 39-48.

7 J. Nouzille, Le Prince Eugène de Savoie et les problèmes des confins militaires autrichiens 1699-1739, thèse de doctorat d’Etat, Strasbourg, 1979. Voir la bibliographie complète pp. 261-262 dans son ouvrage Histoire de frontières : l’Autriche et l’Empire ottoman, Paris, 1991, 266 p.

8 L’édition de référence jusque-là en allemand par Aloïs Veltzé Ausgewaehlte Schriften des Raimwnd Fürsten Montecuccoli..., Vienne-Leipzig, 1899, 2 volumes.

9 Thomas M. Barker, The military Intellectual and battle Raimondo Montecuccoli and the Thirty Years War, Albany, 1975. Cf. aussi Azar Gat, War and Society,

10 Montecuccoli : Hunanist Philosophy, Paracelsian Science and Military pp. 21-31, étude signalée par le lieutenant-colonel Guelton, chef du département Histoire des écoles de Coëtquidan, que je remercie ici.

11 Publiés dans Giornale storico degli archivi toscani, vols. 4-5 (1860 et 1861). Voir Lettere famigliari, publiées au XVlIIe siècle.

12 Mss Zorzi (1669/l771 à Vienne) n° 8341, Bibliothèque nationale.

13 Mss francais BN 8997 (en poste à Vienne en 1671/72).

14 Publiées en 1699, p. 291

15 Essai général de tactique, p. 115, publié dans Guibert, Stratégiques, Paris, 1977.

16 Idem p. 388.

17 Se reporter à la présentation de R. Luraghi.

18 Outre l’introduction de R. Luraghi (note 1), j’utilise, entre autres sources, le catalogue de l’exposition souvenir “Montecuccoli” pour le tricentenaire de sa mort en 1980, tenue à Hafnerbach im Dünkelsteiner Wald (près de St-Pölten) du 8 septembre au 31 octobre 1980, 134 p.

19 J. Bérenger, Turenne, Fayard, 1987.

20 Trattato della guerra, tome 1, pp. 127-433.

21 Delle Battaglie, tome 2, pp. 13-117.

22 Tavole militari, tome 2, pp. 127-197.

23 Discorso della guerra contro il Turco, tome 2, pp. 205-239.

24 Della guerra col Turco in Ungheria, tome 2, pp. 205-239.

25 On peut calculer bien sûr cet équivalent des 3 000 calories par ce qu’il écrit.

26 Dell’arte militare, tome2, pp. 357-617.

27 Delle battaglie secondo tratatto, tome 2, pp. 587-417.

28 Il écrit encore et il faut souhaiter une suite. J’avais moi-même présenté une communication sur “la répression anti-protestante en Hongrie d’après les théories de Montecuccoli”, en étudiant son traité “La Hongrie dans l’année 1677”, Etudes danubiennes, 2e semestre 1986, pp. 129-137.

29 Voir le tome 1 Opere... dans l’introduction très complète de R. Luraghi et se référer à l’article note 12.

30 Introduction, tome 1, p. 89.

 

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