DE LA GEOPOLITIK A LA GEOPOLITICS Transformation idéologique d'une doctrine de puissance*

 

Marco Antonsich

 

* Cet article est paru, en italien, dans les Quaderni del Dottorato di ricerca in geografia politica, publiés par les Universités de Trieste et de Naples, 1995.

 

Au début des années 40, on assista en Amérique à la naissance et à l’extension d’un vaste courant d’intérêt pour une "nouvelle science" venant d’Allemagne et à l’influence de laquelle on attribuait les succès militaires de Hitler. Cette période au cours de laquelle l’homme de la rue américain demandait d’être tenu au courant des travaux qui sortaient de l’Institut für Geopolitik de Munich1, sera par la suite rappelée comme étant "the age of barbershop geopolitics" 2.

Dans cet article, nous chercherons à expliquer comment et pourquoi est né l’intérêt des Américains pour la géopolitique allemande (Geopolitik) et comment cet intérêt, exprimé sous une forme critique, a ensuite conduit à la création d’une "contre-géopolitique" américaine (Geopolitics).

    1. Les Américains découvrent la Geopolitik
    2. Selon Hans W. Weigert, un des plus fins exégètes de la pensée géopolitique allemande, ce terme de geopolitics devait sa popularité à un article bien précis du Reader’Digest de l’été 19413. Le succès que remporta cet article dépassa de beaucoup celui des autres tentatives des années précédentes pour informer le public américain sur l’influence des facteurs géographiques sur l’avenir des nations. Grâce à cet article, le nom de Karl Haushofer et celui de l’Institut de Géopolitique de Munich furent soudain sur toutes les lèvres4.

      Mais quant à disserter de la Geopolitik, ce furent principalement de simples journalistes, ayant une connaissance approximative et indirecte de celle-ci, qui s’exprimèrent dans les revues les plus diverses5, en termes louangeurs et quelquefois alarmistes. Si bien que, dans l’intention de satisfaire la soif de connaissance du public américain, on en vint à lui proposer une vision déformée de la géopolitique allemande, représentée comme un tout organisé lié au régime nazi et à ses objectifs guerriers ; en fait, c’était une vision non-critique qui, dans la période d’après-guerre, fut la cause fondamentale du refus de tout système établissant un lien théorique entre la géographie et la politique6.

      Psychologiquement non préparée à affronter une guerre mondiale et privée d’une éducation politico-géographique adaptée à la situation7, l’Amérique exalta le personnage de Karl Haushofer8, lui reconnaissant des dons exceptionnels de stratégiste et d’organisateur qui, bien qu’ils aient servi à préparer les plans d’agression nazie, étaient considérés comme indispensables pour tout succès militaire. Deux facteurs contribuèrent à la fortune du nom de Haushofer : le rôle joué par la German Library of Information de New York9 dans la propagande en faveur des thèses géopolitiques de l’Ecole de Munich et l’absence d’informations précises sur les travaux des géopoliticiens allemands qui, paradoxalement, fit que, les gens furent fascinés par eux et par le terme : geopolitics, qui devint ainsi un mot à la mode10. De plus, Robert Strausz-Hupé, tout en faisant justice de nombreux passages inquiétants dans les pages du Reader’s Digest (en particulier celui faisant allusion à une prochaine attaque nazie contre les Etats-Unis) contribua à alimenter le mythe de Haushofer11, fondé sur des histoires fausses chargées d’un impact émotif fort et durable, telles les relations de Haushofer, général allemand, avec Hitler quand ce dernier se trouvait incarcéré dans la prison de Landsberg12, et aussi le rapport de collaboration personnelle avec le Suédois Rudolf Kjellen, l’inventeur du mot ‘‘géopolitique’’13.

      Nombreux furent ceux qui virent dans la géopolitique le moyen théorique et pratique indispensable pour affronter avec succès les événements guerriers. Ainsi s’explique la parution, en mai 1942, d’un article comme : "Let us Learn our Geopolitics"14, ou quelques mois plus tard, dans la revue populaire Life : "Geopolitics : the lurid Career of a Scientific System which a Briton Invented, the German Used and Americans Need to Study"15.

      Jean Gottman décrit bien ces années de passion géopolitique : "De 1940 à 1944 on servit de la Geopolitik à toutes les sauces. Un honnête géographe ne pouvait décliner sa profession dans un salon en Amérique à cette époque sans s’entendre demander s’il était également un géopoliticien" 16.

    3. Les premières critiques de la Geopolitik
    4. A la suite de l’énoncé de la Doctrine de Monroe (1823), fondée sur le mythe du Western Hemisphere 17, les Américains ont toujours montré un intérêt particulier pour la géographie appliquée à la politique. La Manifest Destiny et la théorie de la frontière de Frederic Jackson Turner18 en furent des exemples concrets, comme le rapport rigoureux qu’Alfred Thayer Mahan transmit à Théodore Roosevelt sur le développement de la puissance navale des Etats-Unis19. Aussi le travail préparatoire de l’Inquiry20 conduite par Isaiah Bowman21 en vue des négociations de paix après la Grande Guerre et l’ouvrage de ce même Bowman, qui fut le geographical manifesto 22 de cette paix, ne firent rien d’autre que reconfirmer cette affinité. Ensuite, au cours de la Deuxième Guerre mondiale, les géographes américains furent au service du gouvernement d’une manière et sous une forme encore plus structurées qu’elles ne l’avaient été en Allemagne23.

      Pour connaître plus à fond la question, Derwent Whittlesey, éminent géographe américain qui, le premier, enseigna la géographie politique à l’Université24, fut chargé d’analyser la littérature géopolitique allemande et de faire un rapport à ce sujet. Le travail de Whittlesey, avec la collaboration de Richard Hartshoren et de Charles C. Colby, parut sous le titre The German Strategy of World Conquest 25. A la lumière de ce rapport, on comprend peut-être mieux l’intérêt que, dès le début de cette affaire, le gouvernement américain réserva à la "nouvelle science" allemande. Exprimant indirectement une sorte de position officieuse du gouvernement américain et écrit par d’illustres universitaires, le texte reçut un accueil favorable dans le milieu des savants géographes anglo-saxons. Il diabolisait la Geopolitik pour sa responsabilité dans la politique d’agression de l’Allemagne26 ; à cause de son asservissement à la politique de puissance et en raison de fins supérieures de la connaissance scientifique "objective", il l’excluait du domaine des sciences géographiques27.

      Paradoxalement cependant, il reconnaissait à la Geopolitik le mérite d’avoir acquis une connaissance "avancée" des rapports entre les sociétés humaines et l’environnement géographique28, connaissance qui, si elle était présente chez les citoyens de toutes les nations, pourait constituer la seule garantie contre de nouvelles tentatives de manœuvrer les masses dans un but de conquête militaire29.

      De toute manière, la condamnation très dure de la géopolitique par les savants géographes allait peser pendant des décennies sur tout son développement futur ou sur toute tentative pour la repenser historiquement30.

      Déjà, en 1929, la voix du "géographe historien" Lucien Febvre s’était élevée, condamnant pour la première fois la Geopolitik 31 ; il fut suivi par Albert Demangeon en 193232 et par Jacques Ancel, qui, en voulant réfuter cette discipline allemande, réussit à élaborer une contre-géopolitique française33. Isolée mais assez originale, on trouve la critique de Karl Wittfogel, éminent intellectuel du parti communiste allemand, le KPD. Elle parut dans la revue Unter dem Banner des Marxismus 34 et fut republiée en partie par Karl Haushofer lui-même dans la Zeitschrift für Geopolitik 35 ; Wittfogel y accuse la géopolitique d’être le programme de l’ancien matérialisme géographique de la bourgeoisie révolutionnaire. Pour lui, l’erreur impardonnable résidait dans le fait que la géopolitique ne prenait pas en considération les éléments intermédiaires existant entre la nature et le domaine politique : le "règne du travail" et de "la production". Sa critique remontait jusqu’à Ratzel et par la suite s’étendait aux fondements même de la géopolitique allemande : "La théorie de Ratzel est le dogme de l’Immaculée Conception. L’Etat vit du sol sans que les caractéristiques du sol doivent nécessairement passer à travers le règne profane et, du point de vue politique, combien risqué, du travail" 36.

      Wittfogel, à moins de tomber dans un économisme déterministe, ne s’écartait pas entièrement des entreprises épistémologiques de la Geopolitik, mais présentait simplement une forme différente de géopolitique37.

      La critique émanant d’Adolf Grabowsky mérite également d’être notée38 ; c’était un éditorialiste de la Zeitschrift für Politik, qui, initialement, s’était aligné sur des positions semblables à celles de Haushofer et qui, après la prise du pouvoir par Hitler, s’en éloigna, critiquant la Geopolitik qui se voulait être une "science", tandis qu’en vérité, dans ses considérations, elle n’était rien d’autre qu’une "méthode" d’observation de la réalité historique, focalisée à l’excès sur les éléments spatiaux, au détriment des éléments culturels39.

      En Amérique, avant le travail de Whittlesey (1942), Richard Hartshorne, grand spécialiste de la littérature géographique allemande, s’était occupé d’abord de la production de Haushofer et de ses collègues. En 1935, dans un article de l’American Political Science Review 40, il manifesta de l’intérêt pour leurs travaux qu’il considérait faire partie intégrante de la géographie politique. Il avertissait toutefois qu’étant donnée l’étendue excessive du champ d’investigation de Haushofer et de ses collègues, leurs travaux finiraient immanquablement par déborder de leur domaine dans celui de la science politique, dans laquelle, privés d’une structure intellectuelle adéquate, ils arriveraient à des conclusions outrées et entachées de partialité politique41. L’opinion de Hartshorne, très éloignée du climat idéologiquement passionné qui envenimait les rapports entre les puissances en guerre, était pondérée au point qu’il ne ressentait aucune gêne pour reconnaître comme "œuvre valable" les travaux de Haushofer et de Maull42. Dans cette deuxième moitié des années trente, ce qu’Hartshorne paraissait considérer n’était pas tant la création, dans le vocabulaire géographique, du terme "géopolitique" ou d’une discipline jusqu’alors inconnue en Amérique, encore loin d’être perçue comme un péril dans le Western Hemisphere, mais plutôt l’affirmation irrévocable de la géographie politique (et même de la géopolitique, si elle parvenait à se libérer des excès) comme partie intégrante de la géographie et non de la science politique (thèse soutenue quelques années avant dans la même revue par Harold Sprout)43.

    5. Géographie politique contre Géopolitique
    6. Avec le déclenchement du conflit mondial, les géographes s’intéressant aux objectifs militaires des pays en guerre, le débat se déplaça vers l’opposition entre "géographie politique" et "géopolitique". La thèse, traitée avec autorité par Isaiah Bowman44, avait pour objet de dénoncer définitivement la soi-disant nature scientifique de la Geopolitik dont le régime nazi s’était fait un bouclier, trouvant dans le concept "d’espace vital" un argument pour légitimer sa politique d’annexion de l’Europe de l’Est. A l’opposé, Bowman récusa toute étiquette qu’on lui donnerait de "notre géopoliticien" ou encore de "Haushofer américain" 45 et soutint que le statut de "science" appartenait à la géographie politique uniquement ou à la discipline que les Américains et le monde libre étaient les seuls, selon lui, à pratiquer. Tout ceci prétendait être "objectif" et non manipulé à des fins de guerre particulières.

      Pourtant Hartshorne, dans son article déjà cité, avait admis et justifié l’usage politique qu’on pouvait faire de la géographie46. Bowman n’avait pas dédaigné d’arriver à de pareilles conclusions47. Derwent Whittlesey, ce grand pourfendeur de la géopolitique, affirmait le même concept dans son ouvrage remarqué : The Earth and the State, paru en 193948. Plus généralement, la contribution active de la géographie américaine à la victoire alliée sera reconnue sans conteste dans la revue de l’American Geographical Society 49. Par conséquent, la tentative de discréditer la partie adverse, en ce qu’elle était une des armes de la propagande qui avait eu le plus de succès et qui avait le plus inquiété l’Amérique, était claire. L’article de Bowman fut largement diffusé par ses soins parmi les universitaires, les hommes politiques et les économistes ; le mot d’ordre était : "creuser des fossés autour de la politique de l’ennemi pour pouvoir asseoir la nôtre, camouflée en géographie politique, comme étant l’unique de valeur et à prétentions scientifiques" 50. De ce point de vue, l’importance de l’article de Bowman a pu être considérée comme tout à fait supérieure au travail de Whittlesey, bien qu’allant dans le même sens (1942)51. Enfin l’œuvre de Hartshorne, qui suivit, confirma implicitement cette interprétation52.

      Mais il y a plus. Au-delà des conflits militaires, il y eut aussi des débats "académiques" qui contribuèrent à la mise à l’écart de la géopolitique. La polémique éclata à propos d’un écrit de George Thomas Renner (professeur de géographie à Columbia University) publié dans un quotidien populaire américain en juin 194253. Dans ce texte, Renner proposait une redéfinition des frontières à l’échelle mondiale, avec l’intégration d’Etats dans des ensembles, selon le seul critère de la "stabilité" politique des zones géographiques ainsi découpées54. Les Etats-Unis restaient les seuls maîtres de l’hémisphère occidental, tandis que l’Europe se retrouvait subdivisée en moins de huit Etats (avec l’Italie dominant toute la Méditerranée centrale) ; quant à l’Afrique et l’Asie, elles restaient sous la tutelle coloniale55. A la suite de cette opération chirurgicale, les réactions furent considérables ; le découpage ne tenait aucun compte des identités nationales de chaque peuple et allait à l’encontre de l’idéalisme wilsonien encore cher au cœur de nombreux Américains. Un groupe de professeurs à l’Université du Minnesota réclama, dans une pétition adressée au président Roosevelt, le départ de Renner de son poste de conseiller à la Civil Aeronautics Administration 56 tandis que de féroces critiques paraissaient dans le New York Times 57 et dans le New York Herald Tribune 58. L’auteur de l’article de ce dernier journal, Walter Lippman, allait jusqu’à mettre en doute l’existence de la géographie politique en tant que science (a half backed science) . Renner, comme beaucoup d’autres professeurs de géographie des "collèges" américains, avait été éduqué dans l’esprit du déterminisme ambiant, celui qui ne voyait pas d’inconvénient à assimiler la géographie politique à la géopolitique59.

      Depuis quelques années cependant, le nouveau modèle en vue était celui d’une "géographie régionale", prônée, entre autres, par Whittlesey, Bowman, Hartshorne. Le déterminisme ambiant de Renner nuisait considérablement à l’avenir de cette discipline. Et voilà que la critique de la géopolitique débouchait sur la critique du modèle de déterminisme ambiant qui la soutenait et dont Renner était le tenant le plus en vue60.

    7. Les Etats-Unis à la recherche d’une nouvelle identité internationale
    8. Nous ne savons pas combien ce conflit académique a marqué le destin de la géopolitique. En analysant les publications de l’époque, il apparaît cependant que, plus que les intérêts académiques, ce sont les intérêts nationaux qui comptent dans une Amérique à la recherche d’un nouveau rôle sur la scène internationale.

      Les difficultés rencontrées dans cette voie se répercutèrent inévitablement sur la démarche entreprise par les géographes américains pour répondre à cet appel d’une Amérique qui envisageait de prendre de grandes responsabilités dans l’avenir.

      Une personne plus qu’aucune autre sut, au cours de ces années, s’approprier le discours politique que contenait cet effort : Hans W. Weigert. Dans la réflexion de ce politiste berlinois, naturalisé Américain, la géopolitique, avec ses concepts d’espace, de situation et de grandeur, était essentiellement une "idée politique" ou plutôt "une Weltanschaung politique"61. Selon Weigert, la "science géopolitique" n’existait pas, mais seulement autant de "géopolitiques" qu’il y a d’Etats en conflit entre eux et selon les différentes situations géographiques. Ainsi, comme il y avait une Geopolitik et une géopolitique, existaient de même une géopolitique pour les Etats-Unis et une autre pour la Grande-Bretagne... "Toute nation a la géopolitique qu’elle mérite" 62. Le préjugé idéologique présent dans la géopolitique, qu’elle soit allemande ou américaine, avait été saisi avec une modernité stupéfiante par Weigert qui se montrait conscient de la relativité de tout le discours politique, y compris plus tard du sien. Il ne renonça pas, par la suite, à prospecter la piste d’une "New American Weltanschaung of global scope". Il s’agissait presque d’une nécessité cosmique, d’un impératif "moral" pour toutes les nations63.

      Weigert révélait ainsi la nature d’instrument qu’était la controverse "géographie contre géopolitique" en majorant la valeur de la géopolitique et en tempérant la personnalité du "génie" Haushofer : il mettait en lumière la profonde différence existant entre le projet de la Geopolitk envisageant l’alliance avec l’Union soviétique (projet ayant l’appui de l’état-major allemand) et les plans de Hitler (ayant l’aval du parti national-socialiste) en vue de la conquête par la force du Heartland64.

      Peu à peu, Weigert ramenait à de justes proportions l’importance de la géopolitique ("les séductions fanées du slogan géopolitique")  en la considérant à l’aune d’une "pseudo-philosophie du déterminisme géographique" 65. Le grand engouement de l’Amérique pour cette discipline (auquel il avait succombé lui-même), Weigert l’expliquait maintenant comme étant, plus que la découverte de la Geopolitics, le besoin naturel des Américains de définir la géographie politique en soi et dans ses applications. Il invitait à rester "sur le terrain plus solide" de cette discipline plutôt que de tenter l’aventure de la géopolitique, contre laquelle il mettait en garde66.

      Weigert contribua à l’effort qui consistait à donner une nouvelle identité internationale aux Etats-Unis. Revoyant la théorie du Heartland de Mackinder sous les différents éclairages de la projection azimutale équidistante, il fut parmi les premiers à montrer aux Américains la "sphéricité" du monde, longtemps oubliée à cause de l’emploi exclusif des cartes de Mercator67 ; il contribua aussi à dissiper cette tradition isolationniste fondée sur la "distance géographique" comme facteur de sécurité68.

      Strausz-Hupé traita, d’une manière plus large et plus précise que Weigert, le rôle de leader mondial que les Etats-Unis devaient s’approprier après la guerre. Dans Geopolitics, The Struggle for Space and Power (1942), ouvrage que, selon Bowman, tout citoyen américain aurait dû lire69, Strausz-Hupé condamnait la Geopolitik, comme doctrine expressément tournée vers la négation des valeurs du monde occidental70, à cause de l’intangibilité de ses lois et de la théorie de l’organicisme biologique qui y était exposée. Pour Strausz-Hupé, il pouvait certainement exister une correspondance entre l’organisation de l’Etat et la structure du contexte naturel environnant71 mais c’était le rôle de l’Histoire de préciser les formes de ce lien et non les théories naturelles de l’Etat organique elles-mêmes. Pour cela, il critiquait tant Mackinder que Haushofer pour avoir précisément été incapables d’offrir autre chose qu’une "futuristic interpretation of history" 72. Et pourtant, lui-même finissait par tomber dans des considérations à l’opposé des affirmations qu’il venait à peine d’avancer. Parlant de l’"espace", ou de l’extension géographique, comme d’un nouvel élément géopolitique de grandeur des nations, Strausz-Hupé affirmait que ni la richesse des ressources naturelles, ni la grande productivité économique ne devaient être considérées comme une garantie suffisante pour la sécurité d’un Etat. En revanche, cette sécurité était donnée à l’Etat qui possédait la capacité de défense en profondeur, celui qui avait un territoire suffisamment étendu permettant de se retirer en cas d’attaque73. D’où la conséquence logique : on constaterait bientôt la disparition des petits Etats, lesquels auraient abandonné "l’espace" aux grands Etats. Lui-même le reconnaissait : "L’histoire de notre époque paraît refléter, avec une fatalité perverse, la tendance qui se fait jour vers les empires et vers les super-Etats en accord avec la prédiction des Ratzel, Spengler et Mackinder" 74.

      Dans les quatre ou cinq "centres géographiques de puissance" dont on aurait constaté l’existence à la fin de la guerre, Strausz-Hupé comprenait évidemment les Etats-Unis : "Une force stabilisatrice qui aplanit la voie vers un nouvel ordre universel" 75.

      L’influence la plus durable chez ceux qui, dans ces années-là, préparaient le nouveau rôle que l’Amérique allait jouer à la fin de la guerre fut, sans aucun doute celle de Nicolas J. Spykman. Bien que n’étant pas géographe76, dans ses deux plus importants ouvrages77, il recueillit l’héritage entier de Mackinder, en le retraduisant du point de vue américain : au caractère central du Heartland, il substitua celui du Rimland78.

      Bien que cette nouvelle "vision du monde" ait été généralement considérée comme le fondement de la doctrine américaine du "containment", une étude récente plus approfondie a montré que celle-ci devait beaucoup plus à Mackinder qu’à Spykman79. A ce dernier, on a reconnu le mérite d’avoir fait sortir l’Amérique de la traditionnelle politique isolationniste et d’avoir convaincu les "political scientists" américains de l’utilité de tenir compte de l’élément géographique dans leur analyse80. Contre ceux qui, s’aidant des projections azimutales centrées sur le pôle Nord, soutenaient que cette zone jouerait dans l’avenir un rôle dans le destin du monde81, Spykman montra que l’emploi de ces projections, qui faisaient découvrir à nouveau la "rotondité" de la terre, mais qui étaient elles mêmes des "flat maps", n’aidait absolument pas à la compréhension du problème géostratégique de la "position" des Etats-Unis82. La préférence de Spykman allait sans hésitation à la projection cylindrique de Miller, laquelle mettait en évidence le risque, pour un pays situé entre deux océans, d’être encerclé, ce qui était le cas de l’Amérique83. Voilà pourquoi la meilleure stratégie que les Etats-Unis pouvaient adopter était celle qui empêcherait la formation d’un bloc unique donnant sur les deux rives84.

      Dans les milieux de la science géographique américaine, on n’apprécia pas favorablement l’œuvre de Spykman, accusée d’être en accord trop étroit avec le diktat de la Geopolitik 85. Weigert86 prononça une condamnation semblable, à cause du réalisme excessif à la base de sa doctrine de la puissance87. Weigert reprochait à Spykman d’avoir ignoré des mots comme justice, liberté, éthique… le Sermon sur la Montagne88.

    9. La géopolitique entre l’idéalisme et le réalisme
    10. Pour comprendre la critique de Weigert, il suffit de la situer à l’intérieur du grand débat américain entre "idéalisme" et "réalisme". Mackinder, déjà, avait élevé la voix dans ce débat intellectuel dans son fameux essai89. Weigert ressentit profondément le désaccord entre les parties, mais fut incapable de faire un choix précis en faveur de l’un ou de l’autre camp90. On doit voir dans son hésitation la condamnation du "réalisme" de Spykman qui, en revanche, reçut paradoxalement l’éloge d’Isaiah Bowman91, adversaire de la géopolitique par antonomase et champion de l’idéalisme wilsonien92. Encore une fois, apparut le côté profondément idéologique et tout à fait anti-scientifique - contrairement à ce qu’on voulait faire croire - qui caractérisa la controverse "géographie politique contre géopolitique" dans les années 1940-1950. Si, dans l’après-guerre, la géographie académique s’est repliée dans un "moribund backwater" 93 incapable d’affronter la complexité politique du monde, ce fut dû à l’action de sabotage montée surtout par Bowman et Whittlesey plutôt qu’à la réalité de la géopolitique allemande laquelle, comme l’a montré une relecture récente, n’occupa qu’une place marginale dans l’aventure expansionniste du Troisième Reich94.

      En réalité, le schéma qui tend à diviser les géographes américains entre "idéalistes" et "réalistes"95 ne semble pas projeter une lumière suffisante sur les événements de cette période. Comme le reconnaît Parker lui-même, dans les deux camps opposés, il y eut consensus sur diverses questions : l’impossibilité pour les Etats-Unis, puissance désormais au centre de la scène internationale, de revenir à une attitude isolationniste, l’urgence d’étudier la Geopolitik et la nécessité de se doter d’une géopolitique américaine pour s’y opposer, la profonde conviction que les idéaux et les valeurs américaines (the American way of life) devaient être défendus96 .

      Dans la tentative de concevoir une géopolitique américaine répondant à ces exigences, l’idéalisme wilsonien fut particulièrement utilisé comme limite critique de la comparaison avec la Geopolitik. Edmund A. Walsh, père jésuite et géographe de l’Université de Georgetown à Washington, fut parmi les premiers à dénoncer le fondement matérialiste de la Geopolitik 97. Il la plaçait à l’extrême du processus de sécularisation, qui avait commencé avec la Renaissance et la Révolution industrielle, lesquelles avaient conduit à une abjecte déification de l’Etat. Aux yeux de Walsh, la Prusse était l’incarnation historique de cette idée. En réalité, plus que la Geopolitik, Walsh arrivait à condamner le "prussiannisme", l’Etat absolu, militariste, fondé sur le concept de race supérieure98. Il voulait subsister à la "value of power", le "power of values". Ce passage n’impliquait pas un discrédit de la géopolitique en soi, mais uniquement de la géopolitique matérialiste, pour lui subsister une géopolitique fondée sur les valeurs de justice et de morale99. Conduit par ses idées, il se consacra à l’étude de la géopolitique à la School of Foreign Service de l’Université jésuite de Georgetown100 et écrivit un manuel de géopolitique qui fut adopté dans les Ecoles de West Point101. Le grand "confesseur" de Karl Haushofer montrait ainsi qu’il s’était sérieusement converti aux préceptes de la géopolitique102.

      Une même condamnation nous vient du camp idéaliste avec Roderick Peattie dans un ouvrage écrit spécialement pour les négociations de paix de Paris103 : "La Geopolitik était un programme d’agression nationale. Elle était toujours égoïste et jamais généreuse. Elle était réaliste et matérialiste mais sans humanité. Enterrons-la pour de bon. Son caractère antisocial était l’antithèse de n’importe quoi d’international. Une géopolitique de la paix n’existe pas" 104. L’accusation était très clairement exprimée : l’Amérique idéaliste ne pouvait tolérer une forme quelconque de géopolitique. En insistant fortement sur ce concept, Peattie ajoutait cependant que la géopolitique apparaissait en tant que réponse aux inégalités de répartition des ressources mondiales105. Puisque les Etats-Unis possédaient des ressources en quantité, il n’y avait aucune raison qu’ils élaborent une géopolitique106 ; mais quelque chose avait changé, la sécurité et le bien-être des Etats-Unis se trouvaient menacés par la guerre menée par les Puissances de l’Axe. C’est ce qui avait rendu possible la parution d’un livre comme America’s Strategy in World Politics, une vraie "géopolitique pour Américains". Peattie lui-même, dans une contradiction à peine déguisée de sa thèse initiale, finissait par concevoir à son tour une géopolitique quelque peu confuse, faite à la fois d’idéalisme et d’économie ; une géopolitique qui prenait en compte une possible redistribution des ressources naturelles et l’exportation dans le monde du modèle américain, une combinaison de liberté démocratique et de bien-être économique107… Que de confusions autour du problème de la définition, quelle qu’elle fût, d’une géopolitique "America born".

      Toujours en partant de présupposés idéalistes, Griffith Taylor, lui aussi, accusa la géopolitique d’être "privée d’humanité" et soutint qu’à la "nécessité géopolitique" (geopolitical needs), la démocratie opposait les "droits moraux" (moral rights) 108. Mais, une fois de plus, la géopolitique n’était pas vouée aux gémonies dans son intégralité, étant donné qu’avec un simple changement dans sa finalité et dans son appellation, Taylor faisait renaître de ses cendres la Geopacifics, discipline géographique dont l’objet spécifique était la promotion de la paix mondiale109.

      En réalité, peu d’éléments différenciaient cette "géopolitique de la paix", conçue expressément comme "the antithesis of Geopolitics", des catégories intellectuelles de cette dernière. Taylor voulait, en fait, souligner que sa Geopacifics n’avait rien à voir avec les idées pacifistes. Ainsi, l’emploi de la force armée était expressément prévu pour s’opposer à toute agitation venant des nouveaux nationalismes fascistes110. D’où un modèle de géopolitique légitimant un projet politique bien précis, celui-là même qui découlait de la deuxième guerre mondiale.

      Une "géopolitique de la paix" non moins différente se retrouve chez Russel H. Fifield et G. Etzel Pearcy111. Dans leur analyse, la géopolitique au sens strict était comprise comme étant la doctrine allemande du "Lebensraum" et, au sens plus large, comme l’étude des relations internationales du point de vue de la géographie. Si, dans le premier cas, elle pouvait être condamnable comme responsable des guerres d’agression nazies, dans le second cas, elle était parfaitement légitime et empruntait à la "geopolitics of peace" ou bien à une méthode "scientifique" et "objective" d’étude des aspects géographiques de l’Etat112.

      Ce qui ressort de l’analyse de tous ces auteurs idéalistes, c’est bien leur incapacité à prononcer une condamnation absolue de la géopolitique. S’il y eut condamnation, elle fut réservée à la Geopolitik ; en revanche, plus ou moins confusément, ces auteurs laissèrent toujours pendante la possibilité de bâtir leur propre géopolitique.... "plus vraie", "meilleure", "plus juste". Cette géopolitique américaine n’était rien d’autre que la "géopolitique" avec laquelle les Etats-Unis s’apprêtaient, en vainqueurs, à gouverner le monde.

      En revanche, l’œuvre de Johannes Mattern semble mériter une analyse particulière113. Professeur de science politique à l’université Johns Hopkins de Baltimore, il interpréta la Geopolitik comme un produit de l’incapacité des démocraties occidentales à répondre aux revendications sociales issues du capitalisme ; de cette façon, il rappelait un phénomène jusqu’alors étudié seulement dans ses aspects de politique étrangère circonscrits à la seule Allemagne et à la crise extrême du système démocratique occidental. Par conséquent, le communisme et le fascisme apparaissaient comme une même réaction contre ce système114. La présente lutte était, selon Mattern - qui pêchait ainsi par un déterminisme économique excessif - l’affrontement entre ceux qui ne voulaient pas avoir à partager leurs propres ressources naturelles et les "have not states", contraints à la guerre par l’attitude des premiers115. Dans Mattern, on ne retrouve pas l’accusation univoque contre la Geopolitik allemande, car la sienne est une critique des deux "géopolitiques" en conflit, du fait de leur incapacité à chercher et à construire la voie de la collaboration réciproque.

      D’où la question de Mattern, "After geopolitik. What ?" Selon lui, pour s’en sortir, il n’y avait qu’à faire confiance à l’homme, à compter sur sa moralité, sur son sens de la justice, de la responsabilité et de la coopération. Ce n’est qu’avec un tel homme qu’on pourrait avoir des gouvernements plus sages116.

      Aux débordements de la critique idéaliste, on oppose en particulier George T. Renner. En réaliste avoué, il montra à ses compatriotes la farce qui se jouait autour du terme "géopolitique" : "De nombreux Américains ont hâtivement condamné la géopolitique comme étant nécessairement immorale. Quelques uns même ont inclus la géographie dans leur condamnation. Des personnes mieux au fait de la géographie n’auraient pas fait de telles erreurs, en particulier au moment où leur gouvernement était en train de mettre en forme les modalités de la victoire en utilisant des arguments géopolitiques" 117. Et de plus, il reconnaissait implicitement une valeur scientifique à la géopolitique : "Taxer la géopolitique de science immorale, c’est donner des coups d’épée dans l’eau. La science n’est ni morale ni immorale, elle est amorale. Ce n’est que l’usage qu’on en fait qui peut être moral ou immoral" 118. Renner finit par faire de la géopolitique, mais, à l’inverse de Weigert, il n’utilisa pas hypocritement la condamnation de la Geopolitik pour légitimer une "meilleure" géopolitique américaine. Par rapport à Weigert, il eut toutefois un discours intellectuellement moins élaboré ; il avait découvert la validité stratégique de la Geopolitik 119 et, comme telle, sans aucune autre finalité idéologique ou de propagande, il la revendiquait pour l’Amérique. La défaite de l’Axe, à ses yeux, avait simplement signifié l’échec de la doctrine géopolitique allemande et le triomphe de la doctrine géopolitique "supérieure" américaine120. Si cette dernière avait donné une vraie confirmation de cette supériorité au cours de cette guerre, une meilleure preuve en serait donnée en temps de paix. En fait, toujours selon Renner, elle aurait ainsi été un moyen pour évaluer les forces américaines et celles de leurs adversaires, prévoyant ensuite les actions possibles de chacun des pays dans leurs relations internationales. En un mot : "(La géopolitique) fournit les fondements pour construire la paix et la conserver" 121.

      Sur la même ligne réaliste, Thorsten Kalijarvi considérait la géopolitique comme le moyen nécessaire à un Etat voulant atteindre un rang convenable dans la hiérarchie des puissances mondiales122. Kalijarvi affirmait, faisant expressément référence à Hans J. Morgenthau123 : "Aux Etats-Unis par exemple, on peut montrer que notre politique a remporté des succès quand elle s’est inspirée des principes de la géopolitique ... En revanche, la politique étrangère des Etats-Unis n’a pas eu de succès quand elle n’a pas pris en considération les réalités géopolitiques, particulièrement quand les gouvernants américains ont insisté sur la promotion des valeurs morales, comme cela a eu lieu dans les concessions accordées après la Deuxième Guerre mondiale et particulièrement à Yalta" 124.

    11. Les années cinquante : conversion idéologique et déclin de la "geopolitics"
    12. Au début des années cinquante, on peut dire que la géopolitique avait désormais accompli sa conversion idéologique, de la doctrine de l’expansion nazie à la doctrine de la "national security" américaine. Tandis que Car Troll, dans son fameux article sur la littérature géographique allemande entre 1933 et 1945125, avait contribué d’une façon décisive à transmettre la version d’une Geopolitik entièrement compromise avec le parti nazi126 fournissant ainsi un alibi à la géographie allemande en ne s’occupant plus de ce passé127, en Amérique la "géopolitique" avait désormais acquis "une certaine dose de respectabilité" 128 ; Derwent Whittlesey, dans l’article "geopolitics" de l’Encyclopaedia Britannica, reconnaissait à présent ses nombreux mérites : outre l’emploi de la cartographie, elle avait démontré l’utilité de la géographie dans la planification de la politique des gouvernements129. Désormais, la Geopolitik n’est plus qu’un souvenir, la géopolitique vit et prospère, elle n’a rien à voir avec sa consoeur allemande : tous les termes comme "ambiguous phrasing" ou "deliberate falsification" 130 lui sont complètement étrangers.

      Cette défense de la géopolitique américaine devenait plus présente dans l’édition de 1964 de l’Encyclopaedia, rédigée cette fois avec Hans Weigert. Relisant l’histoire de la pensée géopolitique, Whittlesey et Weigert avaient maintenant des mots élogieux pour la personne la plus représentative de cette géopolitique131. Dans cette édition, on avait, en outre, supprimé toute référence à un possible regain de la géopolitique en Allemagne132, ainsi que quelques allusions à un nationalisme échevelé contenu dans des expressions dues à quelque géopoliticien américain133.

      Dans le cas des Etats-Unis et des autres démocraties occidentales, la géopolitique, dépouillée de toute tentation d’expansion, trouvait ensuite une légitimation définitive en tant que doctrine sur la recherche et le maintien de la paix.

      Mais, à côté de cette géopolitique "légitime", on reconnaissait l’existence d’une autre, "illégitime" celle-là, exprimée par le "nouvel ennemi" : l’Union soviétique. Thorsten Kalijarvi fut parmi les premiers à montrer du doigt la nouvelle ennemie134, avec van Valkenburg et Weigert135. Les termes de l’antagonisme constatées pendant la Deuxième Guerre mondiale se reproduisaient à l’identique pendant la Guerre froide : une géopolitique soutenue par l’Union soviétique ayant pour objectif de s’emparer de la puissance destinée à assurer la paix mondiale et dont les acteurs s’identifiaient aux Etats-Unis et aux Nations Unies136.

      Si les Américains accusaient les Soviétiques d’être devenus les nouveaux "geopolitikers", du côté soviétique, on retournait l’accusation en montrant que, dans l’après-guerre, les Etats-Unis eux-mêmes étaient devenus le foyer de diffusion de la doctrine géopolitique137 et qu’une filiation pouvait remonter, soit à la tradition géopolitique allemande, soit à celle de l’Amérique, l’une et l’autre étant des expressions de l’impérialisme bourgeois138. Mais, comme les Américains l’avaient déjà observé, dans cette condamnation de la "geopolitics" par les Soviétiques, on pouvait aussi entrevoir une "contre-géopolitique" destinée à discréditer l’adversaire et présentée comme seule "vraie" et seule "objective"139.

      Une fois clos le grand débat sur la géopolitique allemande, l’affrontement avec les Soviétiques n’occupa plus qu’une place marginale dans l’activité des géographes, qui retournèrent, pour la majorité d’entre eux, à l’étude de la géographie régionale, laissant le domaine international en dehors de leurs préoccupations. L’affrontement Est-Ouest fut celui de deux géopolitiques opposées, mais il ne se transforma jamais en un débat théorico-académique, restant sur le terrain bien plus solide de la diplomatie et du militaire. Par conséquent, on ne peut nier finalement que, nonobstant Weigert et Whittlesey, aux environs des années cinquante, on n’en entendit jamais plus parler140 et que "the small American school of Geopolitics" (comme elle serait appelée d’une manière réductrice par Busteed)141 avait désormais perdu cette fonction initiale qui découlait des exigences de la propagande de guerre.

      Les écoles qui continuèrent à s’occuper de géopolitique, et surtout de géostratégie, furent les écoles de guerre américaines. Elles eurent le grand mérite de ne pas abandonner le mot : géopolitique. On leur doit également la conversion définitive de la géopolitique aux préceptes de la pensée réaliste, selon un schéma de coopération qui restera sans changements jusqu’aux années soixante-dix.

    13. La géopolitique à West Point
    14. L’intérêt des militaires américains pour la géopolitique remontait aux premières années de la participation des Etats-Unis à la Seconde Guerre mondiale. En fait, l’étude de la géopolitique entra à West Point au lendemain de l’attaque de Pearl-Harbor142 par les Japonais. Le colonel Herman Beukema fut un des principaux responsables de cette innovation : dans un article paru en janvier 1942 dans le Times Magazine 143 il décernait à Karl Haushofer des éloges au point de le considérer comme le deus ex machina des victoires militaires allemandes144. A la fin de la Première Guerre mondiale, Beukema avait passé quelques années en Allemagne au cours desquelles il avait été convaincu par quelques officiers allemands de la justesse et de l’utilité des concepts géopolitiques145. Dans l’introduction à l’ouvrage d’Andreas Dorpalen146 Beukema, appartenant au camp réaliste, observa que la géopolitique était le seul moyen pour promouvoir une paix qui ne serait pas un autre Versailles147.

      A West Point, la géopolitique continua à être enseignée pendant toute la période de la Guerre froide et même après148 avec la contribution initiale de ceux qui avaient été les adversaires de la Geopolitik. Bowman, Whittlesey, Hartshorne, Colby et Harold Sprout collaborèrent à la rédaction des Geographical Foundations of National Power 149, manuel pour les forces armées américaines. On y expliquait l’engagement des Etats-Unis en fonction de leur situation géographique et en étudiant la géographie de chacune des puissances en guerre, on mettait l’accent sur l’importance des facteurs historiques, politiques, géographiques dans "l’évaluation" de la politique étrangère de chacun d’eux. Dans une recension enthousiaste publiée dans la Geographical Review, Grayson Kirk justifiait un tel programme d’études dont il reconnaissait l’objectivité scientifique150. La même reconnaissance de l’objectivité et de l’utilité pratique de la géopolitique apparut aussi dans un opuscule militaire américain : Army Talk 151.

      Le terme "geopolitical" fut d’un emploi courant dans les milieux militaires américains pendant la Guerre froide152 mais il n’était que rarement utilisé ouvertement dans les écrits théoriques.

      Signalons les deux ouvrages du major Alexandre de Seversky153, largement diffusés dans les milieux militaires ; officier de marine russe , il passa au service des Etats-Unis au lendemain de la paix de Brest-Litovsk (1918)154. On lui doit l’élaboration de la doctrine de la "puissance aérienne"155 qui introduisait l’influence, "déterminante" selon lui, du facteur aérien dans le schéma géopolitique classique du conflit terre/mer. Sur les fondements de cette doctrine qui, par l’emploi des cartes azimutales équidistantes, centrées sur le pôle Nord, faisait de cette dernière région la zone de l’affrontement décisif entre les deux super-puissances ("zone de décision"), les Etats-Unis se mirent à construire un coûteux réseau d’installations radar sur toute la largeur du continent Nord-Américain156 selon une logique psychologiquement défensive, encore influencée par la doctrine du "Western Hemisphere".

      L’œuvre de Saul B. Cohen157 fut aussi liée aux milieux militaires américains ; disciple de Whittlesey, enseignant la géographie politique à l’United States Naval War College, Cohen est peut-être l’auteur qui représente le mieux le passage de la Geopolitik à la Geopolitics, en vertu duquel la géopolitique devient précisément une doctrine stratégique à base de géographie dans l’intérêt de la puissance américaine158. En substance, Cohen, bien que ne se détachant pas du schéma bipolaire (celui de l’affrontement entre deux "régions stratégiques"), brise ensuite l’équilibre mondial des puissances en de nombreux équilibres régionaux159. Désormais, c’était un fait reconnu que la géopolitique américaine, née en tant que réaction idéaliste face à la Geopolitik, était devenue elle-même un fruit de la pensée réaliste "amorale". Au fond, d’après ce qui a été dit jusqu’à maintenant, ce ne fut pas un hasard si le propre élève de l’idéaliste Whittlesey a proposé l’une des plus réalistes de toutes les géopolitiques américaines160.

      Cohen, en tant que géographe, a tenu à souligner combien son ouvrage relevait de la géographie politique et que, bien que proche des thèmes traités dans les relations internationales, il se distinguait de ceux-ci, particulièrement dans la méthode d’étude adoptée161. Cela toutefois ne fut pas suffisant pour susciter l’enthousiasme de ses collègues géographes. Prescott162 l’accusa de manquer particulièrement d’objectivité ; malgré l’appréciation favorable d’Alexander163 et l’éloge de East, qui vint prôner les vertus de la géopolitique164, cette discipline ne fut plus enseignée dans les milieux académiques. Ne servit à rien non plus le bel essai de Ladis K. Kristof165 qui eut le mérite de tenter une relecture critique des origines de la pensée géopolitique, anticipant la réflexion "révisionniste" des années quatre-vingts166.

    15. Conclusion

De 1945 à 1975, aucun texte en langue anglaise ayant dans son titre les mots "geopolitics" ou "geopolitical" ne fut publié167. Les contributions théoriques académiques firent défaut, celles que O’Thuathail appelle contributions de géopolitique "formelle" ou "pure" ou travaux de "stratèges en chambre", par opposition à une géopolitique "pratique" employée par les "politiciens populistes"168. L’absence d’enquête à ce niveau a conduit de nombreux auteurs à parler d’éclipse de la géopolitique. Mais une telle affirmation n’a pu être vraie que par rapport à la production "high intellectual" 169. En réalité, la géopolitique ne disparut pas dans la pratique, car elle est consubstantielle à toute action politique, pratique indispensable avec laquelle on perçoit la réalité du contexte et le fondement qui permet de définir les choix politiques.

Quoi qu’il en soit, il ne semble pas que l’on puisse expliquer le déclin de ce type de littérature par la compromission avec la Geopolitik car nous avons vu que, surtout à travers les écrits de Whittlesey et de Weigert, la geopolitics avait déjà acquis une dignité : en 1960, Hartshorne la définissait toujours comme étant une "applied political geography" 170. De nombreuses et remarquables innovations techniques et, avant tout, l’apparition du nucléaire et des missiles intercontinentaux paraissaient plutôt en être responsables, mais le livre de l’Américain Colin S. Gray, The Geopolitics of the Nuclear Era 171, a en fait démenti une semblable thèse, écartée aussi, entre autres, par Patrick O’Sullivan172.

La cause du déclin de la géopolitique est à rechercher dans celui, parallèle, de la géographie politique. Mais établir un rapport de cause à effet entre les deux, dans le sens d’une geopolitics qui s’est compromise avec la Geopolitik, laquelle aurait entraîné avec elle toute la géographie politique, nous semble, répétons-le, ne pas rendre compte entièrement du phénomène173.

Dans le deuxième après-guerre, on assiste à la répétition du phénomène déjà observé au lendemain du premier conflit mondial : les géographes, qui s’étaient occupés de géographie politique dans le sillage de l’appel aux armes, revinrent peu à peu à leurs pratiques géographiques étrangères à la "politicité" de la géographie politique. En particulier, au cours du deuxième après-guerre, le nouveau modèle régional parut exercer une attraction telle qu’il alla jusqu’à exclure toute autre géographie qui n’allait pas dans son sens174.

Si une telle explication peut être admise pour les géographes, elle ne s’applique pas au domaine de la science politique. Avec les Sprout175, les études de "politique internationale" ont fait preuve d’une particulière sensibilité aux facteurs géographiques dans l’analyse des relations internationales176. Malgré l’ouvrage des Sprout, dans ce domaine, on constate également un déclin des études géopolitiques, peut-être encore plus marqué que chez les géographes177. Une explication possible réside dans l’attitude hostile qu’un des principaux interprètes américains des relations internationales adopta envers la géopolitique. L’opinion négative178 de Hans J. Morgenthau semble avoir pu conditionner le développement des études géopolitiques en Amérique179 même si l’école réaliste qu’il domine ne fut rien d’autre qu’une sorte de "(geo) politics" entre les nations.

On peut conclure en observant que l’éclipse de la géopolitique théorique nécessite encore des analyses précises. Les études sur la renaissance de la géopolitique ont été nombreuses, mais peu d’entre elles ont traité du déclin de la géopolitique.

 

Traduit de l’italien par Jean Pagès

 

 

 

 

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Notes:

1 L’Institut für Geopolitk fut l’une des impostures historiques véhiculées par les journalistes américains du moment. En réalité, un tel Institut n’a jamais existé. Cf. H. Heske, “Karl Haushofer : his Role in German Geopolitics and in Nazi Politics”, Political Geography Quarterly, vol. 6, n° 2, avril 1987, pp. 135-144.

2 G. Parker, Western Geopolitical Thought in the Twentieth Century, Londres et Sydney, Croom Helm, 1985, 102. L’expression est empruntée à H.W. Weigert, Generals and geographers : the Twilight of Geopolitics, New York, Oxford University Press, 1942, p. 8.

3 F. Sondern, “The Thousand Scientists behind Hitler”, The Reader’s Digest, vol. 38, n° 230, juin 1941, pp. 23-27. Il s’agit de la synthèse d’un article du même Sondern paru dans Current History and Forum (“Hitler’s Scientists”, juin 1941, pp. 10-12). Il établissait un rapport entre Hitler et Haushofer représentant respectivement le “bras” et “l’esprit” de l’expansionnisme allemand. Cet article créa une vive inquiétude dans la population américaine car il montrait que même les Etats-Unis seraient bientôt victimes de cet expansionnisme.

4 H.W. Weigert, op. cit., pp. 8-9.

5 Pour un rappel bibliographique, voir P.M. Enggas, A Bibliography of Applied Political Geography, Monticello, Illinois, Vance Bibliographies, 1984, pp. 18-25. Bonne bibliographie sur les ouvrages de géopolitique dans les années quarante aussi dans A. Gyorgy, Geopolitics. The New German Science, Berkeley, University of California Press, 1944.

6 “Parce que les Nazis exaltaient le Lebensraum et exploitaient d’autres concepts géographiques à des fins agressives, on conclut à tort que le mélange de la géographie et de la politique ne pouvait qu’être orienté vers la guerre et la conquête”, World Politics, vol. XV, n° 2, janvier 1963, pp. 187-212.

7 Cf. H.W. Weigert, op. cit, p. 10.

8 Cf. H.W. Hatfield, “Haushoferism”, New Republic, 1er février 1943, pp. 155-156.

9 Cf. R. Straus-Hupé, Geopolitics. The Struggle for Peace and Power, New York, Putman, 1942, pp. 119-124 et T.V. Kalijarvi and Associates, Modern World Politics, New York, Thomas Y. Crowell Company, 3e éd. refondue 1953 (1ère éd. en septembre 1942), p. 296 note 24.

10 “ Plus la signification d’un mot est obscure, plus ce mot a de portée car, les mots comme les idées sont des armes”. H.W. Weigert, op. cit, p. 7.

11 Strauze-Hupé (Geopolitics. The Struggle for Peace and Power, op. cit. pp. 70-86) appellera Haushofer le “Machiavel nazi“, lui reconnaissant une primauté absolue parmi les géopoliticiens allemands. Comme nous le verrons, l’image reflétait bien ce qui représentait une attitude diffuse parmi les intellectuels américains de cette période, où la “Geopolitik” était, à la fois, considérée comme très valable, pour la découverte des liens entre la géographie et le comportement politique d’un Etat, mais condamnable et irréalisable du fait des applications par des géopoliticiens allemands manquant de sens moral.

12 A propos des visites présumées faites par Haushofer à Hitler au moment où ce dernier était en prison, les sources ne sont pas d’accord. Selon le témoignage de Ilse Hess, femme du dauphin d’Hitler, cité par G.R. Sloan dans Geopolitics in United States Strategic Policy, 1890-1987, Brighton, Wheatsheaf Books, 1988, p. 53, “Haushofer ne rencontra jamais plus de trois fois Hitler dans toute sa vie. Quand mon mari et Hitler se trouvaient dans la prison de Landsberg, Haushofer ne visita que mon mari. Hitler tira les pensées géopolitiques contenues dans Mein Kampf directement de Ratzel et le Prof. Haushofer n’eut aucune influence sur lui”. Sur l’attention que mérite ce témoignage nous nous permettons toutefois de faire quelques réserves en raison de la forme péremptoire de la dernière affirmation.

13 Haushofer n’a jamais rencontré Kjellèn. Cf. S. Holdar, “The life-work of Rudolph Kjellèn”, Political Geography, vol. 11, mai 1991, pp. 307-323.

14 F.L Schuman, Current History, n° 9, mai 1942, pp. 161-165.

15 J.J. Thorndike Jr, Life, vol. 13, n° 25, 21 décembre 1942, pp. 106-115.

16 Jean Gottman, La Politique des Etats et leur géographie, Paris, Armand Colin, 1952. p. 61.

17 Cf. V. Stefanssson “What is the Western Hemisphere ?”, Foreign Affairs, vol. 19, 1940, pp. 343-346.

18 F.J. Turner, The frontier in American History, 1920.

19 Cf. G.R. Sloan, op. cit., pp. 80 et ss.

20 Ibid., pp. l02 et ss.

21 I. Bowman, The New World : Problems in Political Geography, New York, World Books, 1921.

22 Les trois volumes dont furent chargés Haushofer et ses collègues (Macht und Erde, Leipzig et Berlin, 1936) furent présentés par Otto Maull lui-même comme étant “la réponse allemande” au livre de Bowman. Cf. I. Bowman, “Geography vs Geopolitics”, The Geographical Review, vol. 32, n° 4, octobre 1942, pp. 646-658, p. 653)..

23 Cf. S. Van Valkenburg, “The German School of Geography”, dans G. Taylor éd., Geography in the Twentieth Century, Londres, Methuen, 2e éd. 1953, 1ère éd. 1951, p. 111.

24 Cf. R. Hartshorne, “Political geography”, dans P.E. James et C.F Jones, éd., American Geography : Inventory and Prospect, New York, Syracuse University Press, 1954. Repris dans D.W.A. Jackson et Samuels M.S. éd., Politics and Geographic Relationships. Toward a New Focus, Englewood Cliffs, Prentice Hall, 1971, 2e éd., pp. 55-64.

25 New York, Farrar and Rhinehart, 1942.

26 Plus précisément on affirmait que la Geopolitik venait se greffer sur une ambition invétérée de conquête chez le peuple allemand, dont la géopolitique, précisément, lui donnait le moyen de s’exprimer en désignant les objectifs (ibid., p. 76). Il faut souligner cependant que Whittlesey et ses collaborateurs n’assimilèrent pas dans sa totalité la politique d’Hitler à celle de Haushofer, reconnaissant chez ce dernier une divergence d’opinions sur des thèmes chers au régime comme, par exemple, celui sur la race.

27 J.H. Paterson a raconté qu’une fois Whittlesey, faisant allusion aux études faites sur la géopolitique allemande, s’adressa à lui dans ces termes : “Que le ciel préserve quiconque d’autre d’avoir à traverser tout ce fatras”. Cf. J.H. Paterson “German Geopolitics Reassessed”, Political Geography Quarterly, vol. VI, n° 2, avril 1987, pp. 107-114.

28 Comme nous verrons par la suite, la caractéristique commune aux travaux des “géopoliticiens” américains serait celle de ne jamais mettre à part la géopolitique en soi, mais seulement sa seule application particulière, comme le fait l’adversaire allemand.

29 L’objectif, qui n’est pas mieux défini, de Whittlesey et alii consistait à donner “à chaque membre du corps politique la meilleure compréhension de la terre qu’on puisse trouver”, par l’intermédiaire des écoles, de la radio et de la presse, parce que “rien ne peut être plus dangereux qu’un peuple mal renseigné qui possède un but en vue”. Pour cela, avec une réminiscence wilsonienne, les secrets militaires doivent être réduits au minimum en temps de paix. D. Whittlesey, German Strategy of world conquest, op. cit., p. 266.

30 On considère que The German Strategy of World conquest est resté jusqu’à il y a peu d’années l’un des textes habituellement en usage dans les facultés de géographie britanniques. Echange personnel, juin 1994, avec David Atkinson, St Davis University College, Université of Wales.

31 “Au fond, qu’apporte donc de neuf cette géopolitique ? Peu de choses, semble-t-il : un vêtement extérieur à la mode d’aujourd’hui, si l’on veut. Mais l’étoffe est ancienne”. L. Febvre, “Cartographie de la géopolitique”, Revue critique d’histoire et de littérature, sept. 1929, pp. 401-408, republié dans L. Febvre, Pour une histoire à part entière, Paris, Editions de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, 1982, pp. 130-138.

32 “La géopolitique est un “ coup monté ”, une machine de guerre. Si elle veut compter parmi les sciences, il est temps qu’elle revienne à la géographie politique”. “Géographie politique”, Annales de géographie, vol. XLI, n° 229, 1932, pp. 22-31.

33 J. Ancel, Géopolitique, Paris, Delagrave, 1936.

34 K. Wittfogel, “Geopolitik, geographischer Materialismus und Marxismus”, Unter dem Banner des Marxismus, vol. III, n° 1, 1929, pp. 17-51 ; n° 4, pp. 484-522 ; n° 5, pp. 698-735. Une traduction anglaise est publiée dans Antipode, vol. 17, n° 1, 1985, sous la direction de G.L. Ulmen, Trieste, 1991.

35 K. Wittfogel, art. cit., Zeitschrift für Geopolitik, n° 9, 1932, pp. 581-591. Cette attitude est expliquée par la prospective matérialiste et déterministe commune à Haushofer et à Wittfogel, même teintée de marxisme dans la version de ce dernier. Cf. M. Bassin, “Race contra space : the conflict between German Geopolitik and National-Socialism”, Political Geography Quarterly, vol. 6, n° 2, avril 1987, pp. 115-134, p. 32, note 9. Une observation par ailleurs avancée par Johannes Mattern, que ne cite pas Bassin, qui précisément avait parlé de la “Geopolitik” comme d’une “version nationale-socialiste d’un matérialisme dialectique marxiste”. J. Mattern, Geopolitik Doctrine of National self-sufficiency and empire, Baltimore, The Johns Hopkins University Studies in Historical and Political Science, série LX, n° 2, 1942, p. 7.

36 K. Wittfogel, art. cit., p. 15, trad. F. Micelli.

37 Cf. G. Ò’Tuathail, “The Critical Reading/Writing of Gepolitics : Rereading/Writing Wittfogel, Bowman and Lacoste”, Progress in Human Geography, vol. 18, n° 3, 1994, pp. 313-332.

38 “Das Problem der Geopolitik”, Zeitschrift für Politik, vol. 22, n° 12, mars 1933, pp. 765-802.

39 A propos de la position de Grabowsky dans le débat géopolitique, voir A. Gyorgy, Geopolitics, op. cit., pp. 189-190.

40 “Recent Developments in Political Geography“, American Political Science Review, vol. XXIX, n° 5, 1935, part I, pp. 785-804. Reproduit dans D.W.A. Jackson et M.S. Samuels, op. cit., pp. 43-54.

41 Ibid., p. 51.

42 Ibid., pp. 47-49.

43 “Political Geography as a Political Science Field”, American Political Science Review, vol. 25, 1931, pp. 439-442.

44 I. Bowman, “Geography vs Geopolitics”, art. cit.

45 Cf. N. Smith, “Isaiah Bowman : Political Geography and Geopolitics”, Political Geography Quarterly, vol. 3, n° 1, janvier 1984, pp. 69-76. Il faut observer que, selon certains auteurs, une telle étiquette aurait au contraire satisfait le géographe américain Samuel Van Valkenburg, dont l’action de propagande anti-geopolitik fut particulièrement intense, bien que non exempte de contradictions. Cf. G.M. Macdonald et J.T. O’Hara, “Samuel Van Valkenburg : politics and regional geography”, Political Geography Quarterly, vol. 7, n° 3, juillet 1988, pp. 283-290.

46 “On ne peut douter que le géographe est à tout instant capable de se substituer à un expert”. R. Hartshorne, “Recent developments in political geography”, art. cit., p. 51.

47 “la géographie doit fournir des renseignements rationnels à l’usage des politiques au gouvernement”. Cette phrase est citée dans Hartshorne (ibid., p. 51), lequel ne donne pas sa source.

48 “La conception géographique politique pour servir aux fins d’une habileté étatique est une tendance habituelle de l’esprit humain”. On note que l’édition de 1944, New York, Henry Holt, fut publiée pour le compte de l’Institut des forces armées américaines et portait l’exergue “un livre pour le temps de guerre”, avec au-dessus, planant, un aigle tenant un livre dans ses serres et dans son bec un écrit disant “Les livres sont les armes de la guerre des idées” (cf. supra, note 10). Même logo dans les pages de N.J. Spykman, The Geography of the Peace, New York, Harcourt, Brace and Company, 1944 et dans celles de D. Whittlesey, German Strategy of World Conquest, op. cit.… La géopolitique fut aussi la victime de cette “guerre des idées”.

49 “Le fait que la géographie en Allemagne apporta une importante contribution directe à l’effort de guerre nazi ne devrait pas surprendre les géographes américains qui croient fermement en leur science et dans la part qu’elle a jouée dans la victoire alliée”. T.R. Smith et L.D. Black, “German Geography : War Work and Present Status”, The Geographical Review, juillet 1946, pp. 398-408.

50 “En qualifiant la politique étrangère de l’ennemi de Geopolitics, il a normalisé sa propre géopolitique en scientific geography”, G. O’Tuathail, op. cit., p. 323.

51 “Dans “ Geography versus Geopolitics ”, Isaiah Bowman a établi une lecture et une écriture de la géopolitique destinées à s’imposer dans le monde de la géographie anglo-saxonne jusqu’au début des années 1980”. G. O’Tuathail, art. cit., p. 322.

52 L’approche fonctionnaliste de Hartshorne fut, selon la critique sévère de O’Tuathail, “une tentative pour créer une géographie politique sans politique”. Ibid., pp. 324-325. Selon O’Tuathail, elle engendra la marginalisation forcée de la géopolitique. Toutefois Hartshorne, contrairement à Bowman, ne s’attaqua jamais définitivement à la géopolitique. Il se limita en fait à diverses reprises à définir la géopolitique comme étant “l’application de la connaissance et des techniques de la géographie politique aux problèmes des relations internationales”. R. Hartshorne, “Political Geography in the Modern World”, The Journal of Conflict Resolution, vol. IV, n° 1, mars 1960, pp. 52-66. dans son article de 1954, Hartshorne écrivait : “L’analyse de la puissance nationale représente une zone distincte de convergence, non seulement de la géographie et de la science politique, mais aussi de l’économie, de l’anthropologie et de la psychologie. Il semblerait convenable d’identifier cette zone d’intérêt par une expression claire et simple, telle que “ analyse de la puissance ” plutôt que de l’obscurcir par un terme général tel que géopolitique, dont l’origine est imprégnée d’erreur, d’exagération et de poison intellectuel”, p. 61.

53 “Maps for a new World”, Collier’s Magazine, vol. 53, 3 juin 1942, pp. 14-21.

54 Dans la même année (1942), le livre de Strausz-Hupé, Geopolitics, affirmait la thèse même de la transformation des petits Etats en “super-Etats”. En attendant, l’ouvrage a reçu l’approbation de Bowman lui-même (cf. infra).

55 Pour une analyse détaillée du projet de Renner, voir K. Debres, “George Renner and the Great Map Scandal, 1942”, Political Geography Quarterly, vol. 5, n° 4, octobre 1986, pp. 385-394.

56 Ibid., p. 391.

57 D. Thompson, “On the Record”, New York Times, 16 juin 1942.

58 W. Lippman, “Today and Tomorrow”, New York Herald Tribune, 30 juin 1942 et 2 juillet 1942.

59 ”Pratiquement tous les géographes et la plupart des scientifiques et des historiens ne savaient pas que la géographie politique et la géopolitique possédaient les mêmes racines, et, par conséquent, ils n’essayèrent pas de concevoir une quelconque dichotomie fondamentale entre ces deux termes”. G.T. Renner, “Political Geography and its point of View”, in G.F. Pearcy et R.H. Fifield, éd., World Political Geography, New York, Thomas Y. Crowell, 3e éd. 1949 (1ère édition, 1948).

60 Cf. K. Debres, art. cit., p. 392.

61 H.W. Weigert, Generals and Geographers, op. cit., p. 21.

62 Ibid., pp. 21-23.

63 “C’est un devoir autant moral que scientifique que de recevoir des leçons de l’ennemi et de se bâtir des défenses contre ses armes idéologiques”. Ibid., p. 23.

64 La thèse de Weigert était que Haushofer fut l’interprète d’un vaste mécontentement chez les officiers de la Reichwehr, lesquels ne voyaient pas entièrement d’un bon œil la tutelle nationale-socialiste. Selon Weigert, donc, Haushofer ne fut pas le parfait génie caché derrière Hitler, bien qu’il fût l’interprète d’un différent projet politique, expression d’une “contre-classe” politique, avec laquelle - elle était l’espoir de Weigert - il pouvait entamer un dialogue pour arriver à la paix. H.W. Weigert, Generals and Geographers, op. cit., pp. 243 et ss.

65 H.W. Weigert, “The meaning and scope of political geogaphy”, dans Aavy, Principles of Political geogaphy, New York, Appleton-Century-Crofts, 1957, pp. 3-25 et particulièrement pp. 5 et 7.

66 I. Bowman, “geography vs Geopolitics”, art. cit., p. 656.

67 R.E. Harrison et H.W. Weigert, “World View Strategy”, dans H.W. Weigert et V. Stefansson eds, Compass of the World. A Symposium on Political Geography, New York, The Macmillan Company, 1944, pp. 74-88. A. de Seversky, dans ces mêmes années, se fait aussi le propagandiste de l’importance de la projection azimutale (voir infra).

68 G.R. Sloan (op. cit., p. 86), fait remonter cette tradition aux débuts de l’Union et exactement à la “Washington Farewell Address” du 17 septembre 1796.

69 I. Bowman, “geography vs Geopolitics”, art. cit., p. 656.

70 “Un défi à notre conception de la politique mondiale” ; “L’antithèse des principes de l’ordre civilisé pour lesquels l’homme occidental s’est battu” (R. Strausz-Hupé, Geopolitics, op. cit., p. XII, p. 220). Mattern et Strausz-Hupé assimilaient la “Geopolitik” au marxisme : “la lutte des classes est au marxisme ce que la lutte pour l’espace est au Politiker. Finalement, il existe chez lui le même rejet délibéré du libéralisme occidental” (ibid., p. 138). La géopolitique comme “objectif de l’Occident” est donc bien présente dans l’esprit de Strausz-Hupé ; sur le même thème, il faut rappeler P. Portinaro, “Nel Tramonto dell’Occidente : la geopolitica”, Comunità, XXXVI, n° 184, octobre 1982, pp. 1-42.

71 Ibid, p. 141.

72 Ibid., p. 167. Se référant à l’école vidalienne, Strausz-Hupé reconnaît dans l’homme le véritable acteur de l’histoire : “les conditions géographiques s’arrêtent en général là où l’histoire va se construire, mais c’est toujours l’homme qui y met la dernière main”. Ibid., p. 173.

73 Ibid., p. 190.

74 Ibid., p. 191.

75 Ibid., p. 195.

76 Spykman était titulaire de la chaire des relations internationales à l’Université de Yale.

77 N.J. Spykman, America’s strategy in world politics. The United States and the Balance of Power, New York, Harcourt Brace, 1942 ; The Geography of the Peace, op. cit.

78 “Celui qui contrôle le “ Rimland ” contrôle l’Eurasie. Celui qui contrôle l’Eurasie contrôle le monde”. N.J. Spykman, The Geography of the Peace, op. cit., p. 43.

79 M.P. Gerace, “Between Mackinder and Spykman : Geopolitics, containment and after”, Comparative Strategy, vol. 10, n° 4, 1991, pp. 347-364. la thèse de l’auteur est intéressante ; selon elle, la doctrine du “containment” ne doit rien à la géopolitique mais tout à la pensée réaliste : “L’idée générale du containment a été amenée par l’apparition de l’analyse réaliste traditionnelle, laquelle présente un parallèle avec la géopolitique elle-même. Ibid., p. 356. il ne semble pas aventuré d’affirmer que toute la géopolitique américaine de l’époque de la Guerre froide ne fut que la représentation des principes réalistes en termes géographiques. Il faut, en outre, observer que George Kennan, à qui il faudrait attribuer la codification de la doctrine du “containment” (1947), ne reconnaît aucune influence de Mackinder. (Cf. P. O’Sullivan, “The Geopolitics of Deterrrence”, dans D. Pepper et A. Jenkins, éd., The geography of peace and war, Oxford, Blackwell, 1985, pp. 29-41, 32), ni de Spykman (Cf. S.B. Jones, “Global Strategic Views”, The Geographical Review, vol. 45, octobre 1955, pp. 492-508) sur sa pensée.

80 Cf. J.R.V. Prescott, The Geography of state policies, Chicago, Aldine Publishing Company, 1968, p. 40.

81 La critique de Spykman fut expressément dirigée contre un des plus ardents défenseurs de cette théorie, Vilhjalmur Stefansson (dont nous ne retenons, parmi ses nombreuses œuvres, que “The North American Arctic” dans H.W. Weigert et V. Stefansson, Compass of the World, op. cit., pp. 215-265 ; le chapitre 4 de ce volume est entièrement dédié à la “northward course” de l’Amérique). Voir en outre A. de Seversky, infra.

82 The geography of the peace, op. cit., p. 18. L’importance “stratégique” qu’on attribuait alors à la “découverte” de la projection azimutale était telle que Weigert et Stefansson firent tout leur possible pour discréditer l’idée qu’Hitler ait pu avoir la connaissance de ce moyen.

83 Ibid., p. 34.

84 “La guerre que les Etats-Unis poursuivent et qu’ils vont gagner aujourd’hui est, dans ses aspects physiques, une guerre pour le contrôle du “ Rimland ” littoral de l’Europe et de l’Asie. Notre objectif est d’empêcher qu’un pays s’empare de ces régions dans un but hégémonique, au nom de principes et d’idéaux qui sont contraires à toute la civilisation du monde occidental”. Ibid., p. 45, contraires également, comme l’a déjà dit Strausz-Hupé, aux références des valeurs de l’Occident.

85 En particulier, Edward M. Earle, “Power politics and American world politics”, American Science Quarterly, vol. 58, 1943, pp. 94-105 et Andrew Gyorgy, Geopolitics, op. cit., avec la plus grande autorité, décrétèrent la condamnation de l’œuvre de Spykman. Voyez cependant aussi E. Staley, “Review of America’s Strategy in World Politics”, American Economic Review, vol. 32, 1942, pp. 457-461 ; H.H. Sprout, “Review of America’s Strategy in world Politics”, American Political Science Review, vol. 36, 1942, pp. 956-958 et J. Gottmann, La politique des Etats et leur géographie, op. cit., p. 62.

86 H.W. Weigert, “America’s security situation, Review of N.J. Spykman, Geography of the Peace”, Saturday Review of Literature, vol. 27, n° 10, 1944. Voyez, en outre, R.E. Harrison et H.W. Weigert, “World view and Strategy”, dans H.W. Weigert, et V. Stefansson, op. cit., pp. 74-88.

87 Spykman, six mois avant sa mort, dans une lettre à Life (11 janvier 1943), se défend de l’accusation d’être “un interprète d’une politique de puissance de sang froid”. Cf. E.S. Jr. Furniss, “The contribution of nicholas John Spykman to the Study of international politics”, World Politics, vol. IV, n° 3, avril 1952, pp. 382-401.

88 H.W. Weigert, Generals and Geographers, op. cit., p. 247.

89 H. Mackinder, Democratic ideals and Reality : a Study in the Politics of Reconstruction, Londres, Constable, 1919.

90 “Une des raisons principales du retard culturel peut être liée aux difficultés que nous rencontrons quand nous tentons d’adapter les réalités politiques et les idéaux aux continuels changements dans les relations entre l’homme et son environnement naturel”. H.W. Weigert, “The meaning and scope of political Geography”, art. cit., p. 13.

91 America’s strategy in World politics devrait être lu dans pas moins d’un million de foyers américains. Tout personnage officiel du gouvernement qui est responsable de la politique devrait lire cela une fois l’an pendant les vingt prochaines années”. I. Bowman, “Political geography of Power”, Geographical Review, vol. 32, 1942, pp. 149-152). Rappelons que Bowman avait exprimé les mêmes paroles élogieuses pour l’ouvrage de Strausz-Hupé (voir supra) bien que les deux auteurs ne partageassent pas les mêmes opinions géopolitiques.

92 Au sujet de l’explication du caractère contradictoire de Bowman, faite de réalisme et d’idéalisme, on se reportera à G. Prévélakis : “Isaiah Bowman, adversaire de la Geopolitik”, L’Espace géographique, n° 1, 1994, pp. 78-88. L’article, écrit d’une façon polémique contre N. Smith, op. cit., est une tentative, moyennement réussie, de réhabiliter la figure de Bowman “savant”.

93 B.J.L. Berry, “Geographical Review : International Regions and International System, by Bruce M. Russett, 1967”, Geographical Review, vol. 59, n° 3, juillet 1969, pp. 450-451.

94 On renvoie aux récents travaux parus principalement dans Political Geography Quarterly et dans Progress in Human Geography.

95 Cf. G. Parker, op. cit., pp. 109 et ss. Il reconnaît parmi les “idéalistes” Bowman, Hartshorne, Whittlesey, E. Walsh et Weigert (“le plus réaliste parmi les idéalistes”) et, parmi les “réalistes”, Renner, Reukema, Staley et Spykman.

96 Ibid., p. 116.

97 E.A. Walsh, “Geopolitics and international morals”, dans H.W. Weigert et V. Stefansson, éd., Compass of the world, op. cit., pp. 12-39. Paradoxalement, du côté adverse, Otto Maull (Die Veeinigten Staaten als Grossreich, Leipzig, De Gruyter, 1940) critiqua à son tour le matérialisme de la société américaine. Cf. E. Fisher, “German Geographical Literature 1940-1945”, The Geographical Review, janvier 1946, pp. 92-100.

98 “Haushofer et ses géopoliticiens travestirent tout simplement la nature fondamentale de la Prusse en employant un nouveau vocabulaire puis ils appelèrent cela science synthétique géopolitique”. E. Walsh, “Geopolitics and International Morals” art. cit., p. 32.

99 “Une géopolitique de l’avenir, faite de raison, de lois et d’équité (…) une géopolitique américaine basée sur la justice internationale, l’honneur international, le respect de la parole donnée ainsi que celui de la solidarité internationale”. Ibid., pp. 34-35.

100 J. Gottman, La politique des Etats et leur géographie, op. cit., p. 62. Weigert enseigna à l’Université Georgetown dans les années cinquante.

101 F.A. Walsh, “An Essay on Geopolitics”, dans Syllabus for Two Courses of Study on the Political Economy of Total War, Washington D.C., School of Foreign Service, Georgetown University, 1942, pp. 92-121. Le texte est destiné à rompre l’isolationnisme des Etats-Unis, à faire naître à cette époque une sorte de “conscience géographique” parmi le peuple américain, afin que ce dernier puisse jouer un rôle mondial que les Etats-Unis s’apprêtaient à assumer bientôt. Cf. Michel Foucher, Fronts et frontières. Un tour du monde géopolitique, Paris, Fayard, 1991, pp. 25-26.

102 Edmund Walsh fut désigné pour interroger Karl Haushofer en octobre à Nuremberg. Le texte de cette confession se trouve dans F.A. Walsh, “The Mystery of Haushofer”, Life Magazine, 16 septembre 1946, p. 112. On ne trouva pas contre Haushofer de chefs d’accusation suffisants pour le déférer devant le tribunal militaire allié. Haushofer se suicida avec sa femme le 10 mars 1946. Cf. H. Heske, “Karl Haushofer, his role in German geopolitics and in Nazi Politics”, art. cit., p. 143. sur la vie et l’œuvre de Karl Haushofer, on consultera H.A. Jacobsen, Karl Haushofer (2 vol.), Boppard am Rhein, Harald Boldt Verlag, 1979.

103 R. Peattie, Look to the Frontiers. A Geography for the Peace Table, Port Washington, New York, Londres, Kennikat Press, 1970 (1ère ed. 1944).

104 Ibid., p. 38.

105 “La géopolitique est un système qui permet de transformer les inégalités de richesse en occasions pour une action politique”. Ibid., p. 47. On retrouve la même thèse chez Johannes Mattern (voir infra).

106 “Mais soyons nous-mêmes réalistes. Les Américains ont peu besoin d’avoir des préoccupations géopolitiques puisqu’ils possèdent de telles quantités de ressources les plus diverses”. Ibid., p. 47.

107 Ibid., p. 48.

108 G. Taylor, “Geopolitics and Geopacifics”, dans Geography in the Twentieth Century, op. cit., pp. 587-608. La phrase est reprise par T. Bowman, “Geography vs Geopolitics”, art. cit., p. 646.

109 G. Taylor, op. cit., p. 604.

110 “Tant que nous aurons des voleurs, nous devrons avoir une police et si des idées ultra-nationalistes persistent, il nous faut de fortes puissances internationales pour les tenir en échec”. Ibid.

111 Geopolitics in Principle and Practice, Boston, Ginn and Company, 1942.

112 Dans le même ouvrage, il y a une thèse intéressante qui voudrait que la Geopolitik survive à la chute du Reich, parce que selon les auteurs, on n’avait jamais établi en fait un lien entre l’Institut de Munich et la Wilhelmstrasse de Berlin. De toute manière, pour Fifield et Pearcy, le destin du monde apparaît comme sûrement marqué par deux puissances : USA et URSS.

113 Geopolitik. Doctrine of National Self-Sufficiency and Empire, op. cit.

114 “La geopolitik des nations qui “ n’ont rien ” est la contre-partie nationaliste de la “ dialectique matérialiste ” internationale marxiste”. Ibid., p. 12.

115 La thèse de Mattern est particulièrement intéressante (ibid., pp. 108 et ss.) car elle reprend la position d’une défense armée américaine en partant de ses propres ressources naturelles développée par le géologue Charles Kenneth Leith.

116 Ibid., pp. 126 et ss.

117 G.T. Renner, “On Nature and Scope of Political Geography”, dans G.F. Pearcy et R.H. Fifield, éd., World Political Geography, op. cit., pp. 1-12. si cette partie introductive n’est pas signée par Renner, nous pouvons lui attribuer, étant donné son ton et son contenu.

118 G.T. Renner, Political Geography and its Point of View, op. cit., p. 4.

119 “La géopolitique ( et aussi la Geopolitik nazie) comprend de nombreux éléments fondamentaux de grande valeur stratégique. Si cela n’était pas vrai, on ne concevrait pas comment un pays de second rang comme l’Allemagne a presque réussi à conquérir le monde entier”. Ibid., p. 4). Par là, Renner, à son tour, subit l’influence d’une littérature américaine peu critique. Cette littérature idéaliste était conçue, en fait, pour propager l’idée d’une Allemagne conduite par les esprits éclairés de ses “geopolitikers”.

120 “La géopolitique américaine cependant a prouvé qu’elle était plus valable que la Geopolitik allemande”. Ibid., p. 5.

121 Ibid. Du même Renner on doit consulter Global Geography, New York, Thomas Crowell Company, 1944, ouvrage dans lequel l’auteur, outre sa défense des thèses isolationnistes américaines, mettait l’accent sur la nécessité d’une éducation pour que le peuple désire appartenir à une grande nation. Il suggérait la création, auprès d’un “ministère de la Défense nationale” d’un ‘‘sous-secrétariat à la géopolitique et à la stratégie”, lui-même se voyant à la tête d’un “Institut de géographie militaire et de stratégie”. p. 477.

122 “Quels que soient les objectifs d’un Etat dans la mise en œuvre de ses principes géopolitiques, la géopolitique est le sujet dans lequel les facteurs fondamentaux de l’existence de l’Etat - géographie, population, etc. - sont combinés en vue de la puissance dans les relations mondiales ; dans une telle combinaison, ils sont utilisés par un Etat pour acquérir une position d’hégémonie ou pour atteindre des objectifs de puissance”. T.V. Kalijarvi et alii, Modern World Politics, op. cit., p. 289.

123 H.J. Morgenthau, “The Mainsprings of American Foreign Policy : The National Interest vs Moral Abstractions”, American Political Science Review, vol. XLIV, décembre 1950, pp. 833-854.

124 T.V. Kalijarvi et alii, Modern World Politics, op. cit., p. 290.

125 C. Troll, “Geographic Science in Germany during the Period 1933-1945. Critics and justification”, Annals of the Association of American Geographers, vol. 39, 1949, pp. 99-137. Il s’agit d’une traduction partielle de l’article d’Eric Fisher paru dans Erdkunde, n° 1, 1947, pp. 48.

126 Toutefois, déjà en 1946, l’estimable ouvrage de T.R. Smith et L.D. Black, German Geography : War Work and Present Status, op. cit., avait démontré le rôle bien plus important qu’avait joué la géographie considérée comme “scientifique”, dans l’appui donné aux opérations de guerre nazies : “la contribution significative de la géographie allemande à l’effort de guerre était basée sur un fondement plus solide que la géopolitique”, p. 404.

127 Cf. H. Heske, “Karl Haushofer : his Role in German Geopolitics and in Nazi Politics”, art. cit., p. 267.

128 “Dans les années récentes de tels affrontements à caractère émotionnel sur la connaissance géographique et son influence dans l’analyse des relations politiques ont perdu de leur ampleur. Le terme même de géopolitique a hérité d’une certaine respectabilité”. H. Sprout, “Geopolitical Hypotheses in Technological Perspective”, art. cit., p. 191.

129 D. Whittlesey, “Geopolitics”, dans Encyclopaedia Britannica, édit. 1951, vol. 10, pp. 182F-1821. Paradoxalement, l’auteur maintenant apprécie la cartographie “magique” des “geopolitikers”, contre lesquels de nombreux articles furent écrits par le camp américain pendant la guerre”. H. Speier, Magic Geography”, Social Research, vol. 8, n° 3, septembre 1941, pp. 310-330) ; cette fois c’est l’Amérique qui a besoin d’instruire son peuple dans le domaine de la géographie.

130 Ibid., p. 1821.

131 “Sous la brillante et pas toujours parfaitement objective conduite de Nicholas J. Spykman, America’s Strategy in World Politics, 1942, une nouvelle mouture de géopolitique américaine est devenue à la mode”. D. Whittlesey et H.H. Weigert, “Geopolitics”, dans Encyclopaedia Britannica, édit. 1964, vol. 10, pp. 203-207.

132 “Il en découle que la tournure d’esprit des militaires qui a longtemps régné en Allemagne peut utiliser la géopolitique comme fondement de l’action militaire dans la génération à venir”. D. Whittlesey, “Geopolitics”, art. cit., p. 1821. Le soupçon est semblable à celui que Fifield et Pearcy ont ressenti. Voir note 111.

133 “Au pire, leurs conclusions étaient aussi fragiles que les plus extrêmes prototypes allemands ; au mieux, leurs applications à la géographie politique étaient exagérées dans une perspective trop nationaliste pour satisfaire l’exigence et l’impartialité”. Ibid.

134 “Hitler a utilisé la géopolitique dans ses efforts pour assurer à l’Allemagne la domination du monde ; les Soviets, l’utilisent aujourd’hui dans le même but (…). Il nous suffit de changer les termes Nazi et race par Soviet et Russe et alors le plan des Soviets est parfaitement clair”. T.V. Kalijarvi et alii, Modern World Politics, op. cit., pp. 289 et 301-302.

135 S. Van Valkenburg, “The German school of Geography”, art. cit., pp. 109-110. Weigert h.H., “The Meaning and Scope of Political Geography”, art. cit., p. 25. Dans cet essai, Weigert arrive même à justifier la division entre deux blocs l’un à l’est, l’autre à l’ouest, sur la base de la géographie physique. Ibid., p. 19.

136 “L’objectif géopolitique des Etats-Unis correspond à celui des Nations Unies, notamment, pour assurer la protection de chaque Etat dans ses propres frontières et dans sa propre sphère”. T.V. Kalijarvi, et alii, op. cit., p. 306.

137 Cf. O.V. Vitovskij, “Political Geography and Geopolitics. A Recurrence of American Geopolitics”, Soviet Geography : review and Translations, vol. XXII, n° 9, novembre 1981, pp. 586-593. Il faut constater que, du point de vue académique, les Soviétiques rejetèrent la géopolitique en tant que fondée sur le déterminisme géographique (économique) ; cf. D. Whittlesey et H.W. Weigert, Geopolitics, op. cit., p. 206.

138 J.N. Semjonov, Die faschistische Geopolitik im Dienste des amerikanischen Imperialismus, Berlin Est, Dietz Verlag, 1955 (original russe datant de 1952). L’attaque de Semjonov était dirigée en particulier contre l’ouvrage de W.G. East et O.H.K. Spate, The Changing Map of Asia. A Political Geography, Londres, Methuen, 1950, qui posait à nouveau la question de la validité de la théorie du “Heartland”. Cf. L.W. Hepple, “The Revival of Geopolitics”, Political Geography Quarterly, supplément au vol. 5, n° 4, octobre 1986, pp. 521-536.

139 Cf. G. O’Tuathail, art. cit., p. 323. Sur cet argument, on se reportera aussi à P. Vigor, “The Soviet View of Geopolitics” dans C. Zoppo et C. Zorgbibe, éd. On Geopolitics, classical and Nuclear, Dordrecht, Martinus Nijhoff, 1985, pp. 131-139.

140 L.W. Hepple, art. cit., p. 523.

141 M.A. Busteed, Developments in Political Geography, Londres, Academic Press, 1983, p. 48.

142 M. Foucher, Fronts et frontières, op. cit., p. 25.

143 “Geopolitics in College”, Time Magazine, 19 janvier 1942.

144 “L’histoire qualifiera Karl Haushofer de prophète de la géopolitique allemande, plus que ne l’a été Hitler, parce que les travaux de Haushofer ont rendu possibles les victoires d’Hitler à la fois militaires et dans le domaine de la puissance politique”. La phrase est citée dans H.W. Weigert, Generals and Geographers, op. cit., p. 10. Il est clair que de telles affirmations ont contribué largement à alimenter les discussions sur la “géopolitique du café du commerce”.

145 M. Foucher, op. cit., p. 25.

146 The World of General Haushofer : Geopolitics in Action, New York, Farrar and Rhinehart, 1942. Cet ouvrage à but polémique, caractérisé par son fondement idéaliste, constitue malgré tout une bonne anthologie de quelques-uns des écrits importants des géopoliticiens allemands.

147 “La géopolitique peut nous permettre un premier accès vers le réalisme nécessaire si la paix est autre chose qu’un autre Versailles (…). Séparant le grain de la géopolitique de la balle, le bon sens des inepties, une base est mise à notre disposition pour l’application des principes fondamentaux afin de résoudre nos problèmes tant immédiats qu’à long terme (…). un Américain intelligent ne peut plus longtemps ignorer la géopolitique”. Ibid., pp. XVII-XVIII. De même, Strausz-Hupé a écrit : “Il est astucieux d’être géopolitique”, dans Saturday Review of Literature, 6 février 1943.

148 Cf. N. Smith, op. cit., p. 76. Ce texte de Smith est un cri d’alarme contre la prétention “scientifique”, de la géopolitique de West Point : presque comme était la Geopolitik hier, est aujourd’hui la geopolitics.

149 U.S. Army Service Forces Manual, 1944.

150 “Un tel programme doit être basé, avant tout, sur l’étude de la géographie. Ce n’était pas la Geopolitik des Nazis, bien que quelques-unes de leurs techniques aient pu être adoptées avec fruit, mais une analyse scientifique des conditions qui influencent favorablement ou défavorable la position internationale des Etats-Unis et des autres puissances mondiales”. G. Kirk, “Geographical Reviews”, Geographical Review, janvier 1946, pp. 165-166.

151 “La géopolitique combine les faits pertinents de l’histoire, de la géographie, et de la politique dans une explication et une prédiction du comportement des nations à l’intérieur de leurs propres frontières et parmi les autres nations”. Cité dans T.V. Kalijarvi et alii, op. cit., p. 289.

152 Dans une note des secrétaires de l’Armée, de la Marine et de la Défense aérienne (1er août 1950), on pouvait lire : “la sécurité géo-politique des Etats-Unis exige une coordination au plus haut niveau de la diplomatie, de la psychologie et du militaire”, citée dans G.R. Sloan, op. cit., p. 142. Un exemple (cité par L.W. Hepple, art. cit.,) a été Military Aspects of World Political geography, Alabama, United States Air Force Academy, 1958.

153 Victory through Air Power, New York, Simon and Schuster, 1942 ; Air Power : key to Survival, New York, Simon and Schuster, 1950.

154 Cf. M.I. Glassner, Political Geography, New York, John Wiley and Sons, 1993, p. 230.

155 Sur les origines de la théorie de la “puissance aérienne”, voir, dans une abondante littérature, D. MacIsaac, “Voices from the Central Blue : the Air Power Theorists”, dans P. Paret, éd., Makers of Modern Strategy, Princeton, Princeton University Press, 1986, pp. 624-647 (nouvelle édition de l’ouvrage homonyme édité par E.M. Earle, op. cit., ; il faut remarquer que le général bavarois n’est plus considéré comme un “maker of modern strategy”).

156 M.I. Glassner, op. cit., p. 230.

157 Geography and Politics in a World Divided, Londres, Methuen, 1964.

158 Il est intéressant d’observer que Glassner, op. cit., p. 233, relie par une ligne continue Mahan, Mackinder, Spykman, de Seversky et Cohen. Ces auteurs, rassemblés sous le vocable de “géostratégie”, vont, avec la “théorie de l’Etat organique” (dont les chefs de file sont Ratzel et Kjellèn, selon Glassner), représenter la pensée géopolitique. La synthèse des deux moments selon Glassner a été réalisée dans l’œuvre de Karl Haushofer, lequel, comme il semble licite de conclure, mériterait l’étiquette de “géopolitique”.

159 “Nous rejetons la proposition qui veut que les sphères d’intérêt n’existent pas ou ne devraient pas exister. Car les sphères d’influence sont essentielles pour la défense de l’expression régionale et nationale. Il est sûr que, sans elles, l’alternative est soit un monde monolithique, soit le plus parfait chaos. La vraie solution réside dans la reconnaissance de sphères politiques régionales dont la nature serait hiérarchique, permettant l’intégration”. S.B. Cohen, Geography and politics in a world divided, 2e éd., 1973, p. VIII.

160 Il faut observer qu’en appendice au livre de Cohen, il y a un chapitre sur la théorie des relations internationales écrit par Andrew Gyorgy, qui, comme E. Walsh, R. Peattie et d’autres, avait condamné la géopolitique allemande pour sa nature “amorale et totalitaire” et à cause du froid mécanisme de ses lois. Cf. A. Gyorgy, Geopolitics, op. cit., pp. 253-258 et ibid., “The Application of German Geopolitics : Geo-Sciences”, The American Political Science Review, vol. XXXVII, n° 43, août 1943, pp. 677-686.

161 “Ce volume est une étude de géographie politique. En tant que tels, ces thèmes reposent sur l’approche spatiale des affaires internationales. Ainsi, tandis que la géographie politique a beaucoup en commun avec la politique internationale en termes de relations entre les Etats et les autres entités politiques, elle diffère dans ses méthodes. La géographie politique appartient au domaine de la géographie”. S.B. Cohen, Geography and politics in a world divided, op. cit., édit. 1964, p. 3. rappelons que le thème a été déjà traité par H. Sprout et R. Hartshorne, cf. supra.

162 J.R.V. Prescott, The Geography of State Politics, op. cit., pp. 49 et ss.

163 “Cohen doit être loué pour son courage qui lui a permis d’aborder franchement la géopolitique ; beaucoup de ses collègues n’ont pas osé le faire comme lui l’a fait”. L.M. Alexander, “Recension of Geography and Politics in a World Divided”, The Geographical Review, vol. 54, n° 3, juillet 1964, p. 447.

164 “La géopolitique, en dépit de la Geopolitik de mauvaise réputation des années d’entre-les-deux-guerres, demeure un domaine valable pour le géographe politique à la recherche d’un problème à la fois utile et difficile ; elle reste aussi un des rares domaines où le géographe ose regarder le monde entier en face”. W.G. East, op. cit., p. 417.

165 “The Origins and Evolution of Geopolitics”, The Journal of Conflict Resolution, vol. 4, n° 1 ; mars 1960, pp. 15-51.

166 Kristof, paradoxalement, est critiqué par Alexander, “The new geopolitics : a critique”, Journal of Conflict Resolution, vol. 410, 1964, pp. 407-410, lequel, auparavant, avait loué le “courage” géopolitique de Cohen (voir supra).

167 Cf. P.J. Taylor, Britain and the Cold War : 1945 as Geopolitical Transition, Londres, Pinter, 1990. Le premier à rompre ce silence fut Debrabata Sen, avec Basis Principles of Geopolitics and History : Theoretical Aspects of International Relations, New Delhi, Concept Publishing Company, 1975). Dans le domaine français, le livre du commandant Pierre Célérier mérite toute notre attention : Géopolitique et géostratégie, Paris, PUF, 1955 : sa géopolitique, déterministe et réaliste, incarne les rêves “occidentaux” et “eurafricains” de la France des années cinquante, encore à la recherche de la “grandeur”.

168 G. O’Tuathail, “Recension de Creating the second Cold war : the discourse of politics, by S. Dalby”, Progress in Human Geography, vol. 16, n° 3, septembre 1992, pp. 441-442.

169 Ibid., p. 442

170 R. Hartshorne, Political Geography in the Modern world, op. cit., p. 53.

171 New York , Crane Russak, 1977.

172 “Détruire l’habitabilité d’un territoire par les armes nucléaires afin d’en faire la conquête est absurde, les armes nucléaires sont donc superflues. En tant que menace d’intimidation dans la compétition pour exercer le pouvoir sur les vies et l’esprit des peuples, ces armes nucléaires ne signifient rien. En conclusion, la capacité militaire pour assurer le contrôle d’un territoire est encore la mesure de la puissance”. P. O’Sullivan, The Geopolitics of deterrrence, op. cit., p. 30.

173 Selon R. Muir, “Political geography : Dead Duck or Phoenix ?”, Area, vol. 8, n° 3, 1976, pp. 195-200, cette interprétation serait trop “simpliste”. Il faudrait préférer la thèse selon laquelle, entre les deux guerres, la géographie politique ne fut pas capable d’apporter de solides fondements théoriques pour son évolution ultérieure.

174 Cf. K. Debres, art. cit.

175 H. Sprout et M. Sprout, Man-milieu Relationship Hypotheses in the Context of International Politics, Princeton, Princeton University Center for International Studies, 1956 ; Foundations of International Politics, Princeton, Van Nostrand, 1962 ; “Geography and International Politics in an Era of Revolutionary Change”, The Journal of Conflict Resolution, vol. IV, n° 1, mars 1960, pp. 145-161.

176 Selon O’Tuathail, “The Critical Reading/Writing of Geopolitics : Rereading/Writting Wittfogel, Bowman and Lacoste”, art. cit., p. 325, les “geopolitical hypotheses” des Sprout furent une tentative non réussie de rendre la géopolitique objective et scientifique.

177 Cf. L.W. Hepple, art. cit., p. 523.

178 “La géopolitique est une pseudoscience posant le facteur de la géographie comme un absolu qui est supposé déterminer la puissance, par conséquent le sort des nations”. H.J. Morgenthau, Politics among nations, New York, Knopf, 6e édit. 1985, p. 178.

179 Cf. D. Wilkinson, “Spykman and geopolitics”, dans C. Zoppo et C. Zorgbibe, op. cit., pp. 77-129.

 

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