STRATEGIES ET SYSTEMES : LA REVOLUTION PROSPECTIVE

Gilles Polycarpe

 

L’univers stratégique est-il vraiment devenu imprévisible ? Nous prendrons la liberté de proposer une réponse négative, du moins pour ce qui touche la morphologie générale des effets de puissance. Tout change mais, semble-t-il, d’une manière intelligible, sans qu’il soit besoin de nous référer à la "théorie du chaos", dont l’effet d’annonce, d’ailleurs, n’a, le plus clair du temps, servi qu’à couvrir le chaos théorique. Le but du présent article est de s’en affranchir, afin de proposer une métaphore expliquant les nouveaux espaces stratégiques, et permettant quelques propositions plus pratiques, dans le domaine des systèmes techniques comme des structures cognitives et sociales, où les hommes en chair et en os vont devoir œuvrer pour la défense. Ainsi, nous serons amenés à définir ce que nous entendons par espaces protéens, et systèmes pseudo-statiques.

    1. Les espaces protéens, substrat de toute stratégie post-moderne
    2. Contrairement à ce qu’un préjugé tenace expose souvent comme une évidence, il n’existe aucune spécificité naturaliste du fait de défense : se défendre, faire la guerre, se mouvoir dans une crise constituent des faits culturels, dont la pertinence doit être passée au crible de l’interprétation. Nul "fait" géographique, climatique, biologique, nul "passé" historique, en bref : aucune pesanteur positive, n’oblitère par avance l’énigme d’être, au sein de la lutte à mort. Il apparaît ainsi plus que jamais nécessaire de ne pas oublier la recommandation centrale énoncée par Clausewitz, d’exhiber toujours le point unique, sur lequel s’équilibrent toutes les forces stratégiques puis tactiques. Comment se constitue aujourd’hui la puissance ? Qui la concentre ? Comment évolue-t-elle ? Où se situent les lignes de rupture et de tension qui la traversent, et quelles figures dessinent-elles ? Ces questions doivent être posées avant toute analyse des praxis militaires, qui n’en sont que la conséquence.

      Ainsi, notre thèse sera que la crise économique et stratégique actuelle ne fait qu’actualiser un long processus d’inversion - déclenché vers le XVIIe siècle –, par laquelle la puissance ne se trouve plus accaparée (comme butin, fief, masses humaines, etc.) mais dispersée en réseaux, par des flux (d’argent, d’hommes, d’objets, enfin de digits…) Penser le monde sous la forme d’une circulation qui ne s’arrête jamais – entre comptoirs, banques, assurances etc. –, comme les Anglais ou les Hollandais ont su le faire massivement après la Renaissance, induit un basculement culturel considérable que la technologie, la télématique notamment, ne fait qu’accentuer jusqu’à la démesure ; nous parachevons aujourd’hui cet horizon. De surcroît, notons, par parenthèse, que l’économie elle-même se voit rongée, fondue dans cet horizon - plus vaste qu’elle - qui lui a transmis une empreinte décisive, à l’aube de la modernité (il existait pourtant bien d’autres types d’économie que la nôtre : de subsistance, aristocratique etc.).

      Ce principe – l’implosion sur des réseaux, dont seul le débit compte – permet notamment de lever le voile sur un paradoxe assez étrange : l’expansion très vivace des flux financiers ou d’information, dans une ambiance de régression globale du statut matériel des individus, et de renchérissement des biens nécessaires à la vie normale : tout excédent de vie se voit absorbé dans les flux. Dès lors, les indicateurs usuels de richesse, et même ceux qui mesurent la puissance au sens large, rendent de moins en moins compte de l’évolution des choses. Construits pour exprimer une puissance fixe, géographiquement concentrée (ou concentratrice), nos indicateurs classiques semblent, en réalité, impuissants à modéliser l’univers fluide des réseaux : d’abord, parce que les flux - maximisés sur l’axe des connexions formant les maillages - voient leur débit chuter dès que l’on s’éloigne du "flot" central, pour tomber dans les espaces interstitiels qui séparent les mailles, créant dès lors une inhomogénéité radicale, incompréhensible pour un modèle classique ; ensuite, parce que

      les connexions – avec la télématique – mutent sans cesse, effet qu’il n’était pas possible d’obtenir, par exemple, avec des routes ou des voies ferrées (mais on l’obtenait peut-être plus facilement autrefois avec la marine, ou les armées en campagne, vecteurs de puissance libre précurseurs, à bien des égards, du monde des réseaux ; celui-ci, pourtant, dépasse aujourd’hui très largement ces précurseurs, artisanaux pourrait-on dire, voués à l’exploration pugnace de l’espace des richesses, devenu par ailleurs aujourd’hui bien abstrait…).

      Enfin, il faut noter cette propriété, tout à fait étonnante, qui confère aux réseaux la double potentialité d’être, en eux-mêmes, des "espaces de transformation du monde", et aussi des connecteurs obligés entre les zones d’influence correspondantes (banques, laboratoires, médias, tribus de spécialistes, industrie, etc.). Le monde réel fourmille de réseaux, qui en déplacent sans cesse les "fragments" – si l’on accepte cette image – comme pourrait le faire une colonie de fourmis abstraites.

      Chacun pourra nous concéder qu’il devient éminemment nécessaire de repenser stratégie et tactique dans un tel univers ; non pas tant pour se soumettre à la technologie – elle est conséquence, mais non cause – que pour survivre, dans cet espace mobile au plus haut point, brassé en permanence par des flux commutants, semblable en quelque sorte à l’embouchure d’un Amazone mondial et digitalisé. Ainsi, un navire peut changer de propriétaire – donc de signification tactique – plusieurs fois entre son point de départ et d’arrivée. Un effet militaire peut voir sa signification arbitrairement annulée ou exaltée, par les réseaux médiatiques. Une menace devient le plus souvent un artefact, construit par des capteurs traités par des machines. L’opinion vibre, comme la limaille de fer soumise à des champs d’influence maillés.

      Le lecteur imaginera par lui-même l’infinitude des situations qui en résultent. Cet espace stratégique protéiforme, nous proposons de le nommer "pseudo-statique", parce que ses contours et son style général varient peu, tandis que sa structure interne commute et fourmille sans cesse. Les systèmes de défense, que nous jugeons adaptés à cette nouvelle réalité seront désignés par le même adjectif – pseudo-statique – ; selon nous, ils imposeront de plus en plus une profonde réforme des structures sociologiques des milieux de défense, pour déboucher sur une typologie nouvelle que nous baptisons le "néo-militaire".

    3. Systèmes pseudo-statiques
    4. Les espaces protéens n’ont pas de caractère spécifiquement militaire ou civil : une palette dégradée par demi-teinte permet en leur sein de se mouvoir souplement, d’un état vers l’autre. De surcroît, il est clair qu’un réseau se transforme et gère ses informations et ses effets de puissance avec une célérité si grande, et une capacité anticipatrice si "démiurgique", qu’il est contraint d’organiser sa propre défense lui-même. Aucune organe de pouvoir régulier, figé dans une essence philosophique quelconque, ne pourrait suivre un mouvement aussi vibratile. D’ailleurs, un réseau n’a pas de sens : il connecte des flux.

      L’inclusion de dispositifs paramilitaires, appuyés par des réseaux de capteurs automatiques, deviendra ainsi de plus en plus la règle dominante des espaces de défense. D’ores et déjà se multiplient les exemples. Certaines banques de données font ainsi elles-mêmes leur police, appuyée sur des brigades secrètes d’action commando digitale. Le suivi des conteneurs et des sous-ensembles techniques par satellite se voit promis à un développement exponentiel. N’importe quelle entreprise multinationale, banque, ou secte internationale s’appuie sur des dispositifs "translégaux", offensifs et défensifs, capables d’assurer sa survie en espace de puissance post-moderne. Brevets ou normes comptables deviennent des armes redoutables, dont le basculement peut provoquer les mêmes effets économiques qu’un bombardement aérien, ou la reconstruction d’une ville. On meurt plus dans les flux que dans les guerres civiles ; la drogue télématique n’est guère moins puissante que d’autres, intégrée sur la masse du corps social ; etc.

      Toutefois, il serait excessif de croire éliminée la lutte à mort, même si elle ne produit plus les effets décisifs des grandes guerres du passé ; simplement, elle adoptera une structure plus diffuse, ressemblant davantage aux luttes immunitaires qu’aux charges de cavalerie.

      Inutile, en effet, de déplacer sans cesse à grand fracas des mobiles militaires lourds, coûteux et vulnérables dans nos espaces pseudo-statiques. Cela reviendrait à envoyer un chat mangeur de souris pour attaquer les éléments d’une fourmilière ; ainsi, mieux vaut ne pas se hâter, sinon lentement, lorsque tout flue cent fois plus vite ailleurs par l’entremise de réseaux politico-culturels, médiatiques, informatiques, satellitaires, terroristes ou, plus concrètement lors de luttes tactiques, par jets d’armes hypervéloces et "intelligentes". De manière croissante, une force de projection militaire devra plutôt "jeter" sur chaque zone à risque une sorte de "filet de rétiaire" composé de nombreux points relais, informationnels ou susceptibles de disperser des armes dans toutes les dimensions de l’espace (microsatellites, drones, capteurs variés, etc.). Une fois jeté, le "filet" doit être géré sur place. Toute l’intelligence d’un tel dispositif est "délocalisée" ; la technologie, notons le, évolue à grands pas en ce sens. Avec ce type de solution, la force de calcul – pour un financement donné – devient en permanence active, au lieu de n’agir que le millième du temps, comme c’est le cas sur une grosse plateforme classique. Par ailleurs, l’espace peut être quadrillé dans sa totalité, sans discontinuité ; possibilité qui dispense d’agiter sans cesse des plateformes "véloces" (en réalité toujours trop lentes et trop peu nombreuses, face aux phénomènes à gérer). De surcroît, sa dispersion redondante accroît considérablement la sûreté du système. Tout dispositif utilisant les réseaux civils déjà mis en place sera ainsi le bienvenu : citons notamment, à titre de pur exemple, l’utilisation des antennes de télévision comme détecteurs d’aéronefs furtifs. Il ne paraît utopique non plus d’imaginer (à l’horizon 2010), une transformation légère des avions de ligne civile, pour que leur noria produise statistiquement l’effet d’une gigantesque antenne multi-statique (les progrès foudroyants enregistrés dans le domaine des micromachines seront d’un grand secours sur cette voie).

      Réseaux satellitaires civils, mais surcodés, deviennent indispensables. Les armes, guidées par des réseaux préexistants – sauf en phase d’attaque terminale – verront leur coût unitaire chuter d’un ordre de grandeur à l’horizon 2010. Techniquement et sociologiquement, une révolution frappe à nos portes, dont les contours pratiques peuvent même être, peu ou prou, schématisés dès aujourd’hui. A quoi ressembleront, en effet, les objets militaires que les trois armes classiques pourraient mettre en oeuvre, dans la ligne des concepts qui viennent d’être évoqués ?

      Les impératifs de dispersion, de mise en réseau massive et de baisse drastique du coût des plateformes devront être, de toutes les manières, actualisés. Le reste est affaire d’imagination, pour les bureaux d’études.

    5. Nouveaux systèmes et nouvelles cultures, pour "néo-militaires"
    6. Les idées ne manquent pas, si on les encourage. Esquissons par exemple, pour quitter l’abstraction, quelques solutions plus concrètes, parmi d’autres. Le cas de la marine a été plus particulièrement étudié, surtout dans le cadre d’un déploiement méditerranéen. L’emploi de plateformes géantes pratiquement insubmersibles et construites en béton à très haute résistance serait associé au déploiement de micro-sous-marins et de vedettes furtives, dans une ambiance saturée de flotteurs pseudo-statiques et robots. Le coût global de possession du système, en tenant compte des prestations offertes par le secteur civil de l’offshore pétrolier, correspondrait au quart de celui d’une marine classique, pour une efficacité surmultipliée. Dans le cas de l’armée de l’air, des meutes d’avions moyen-courriers civils, modularisés et militarisés, pourraient, – associés à des essaims de robots aériens et de micro-satellites – constituer un maillage d’observation et d’attaque à distance de sûreté. Pour sa part, le cas de l’armée de terre nous semble plus original encore ; nous proposons ainsi de ne plus s’attacher, dans ce cadre, à la vitesse et la puissance individuelle des plateformes, tout en supprimant par ailleurs l’arme à tube. Dès lors, il devient possible de multiplier ces entités sous la forme suivante : le "char" serait constitué d’une coquille assez plate, surbaissée, composée de couches superposées de céramiques et bétons, selon une structure lamellaire de densités successives soigneusement étudiée. La coquille roulerait sur des dispositifs imitant les trains d’atterrissage d’avion, qui seraient mus par des moteurs électriques alimentés par un groupe électrogène. Les servants, reliés à un système d’observation périscopique, seraient allongés dans des "sarcophages digitalisés", blindés, suspendus à la paroi intérieure de la "coquille" Quelques robots très rustiques, utilisant des technologies civiles simples, entoureraient le "char" central, en étant reliés à lui par des "cordons ombilicaux" radioélectriques à faible portée, configurant ainsi une sorte "d’araignée structurelle".

      A priori, ce dispositif, surtout censé œuvrer au sein de zones urbanisées, ne se déplacerait guère à plus de 10 kilomètres par heure ; le tir semi-balistique d’armes intelligentes en salves permettrait d’attaquer les cibles - chars, hélicoptères ou autres… - derrière les masques naturels du champ de bataille terrestre. Le coût d’un tel "char", doté par exemple de six robots d’accompagnement, pourrait être inférieur au dixième du prix d’un grand char lourd moderne.

      Le but serait donc de "tenir" un volume d’espace par le nombre et les réseaux, non de manœuvrer : des essaims de missiles, guidés par réseaux, se déplaceront toujours plus vite que n’importe quelle plateforme habitée ; par ailleurs, mieux vaut ne pas trop exposer les chars au feu saturant des armes modernes, argument qui milite de toutes les manières pour un déploiement préalable très "fractal".

      Comme dans le domaine économique, le déploiement par anticipation devient essentiel, et toute agitation postérieure ne saurait qu’aggraver une situation, si d’aventure elle n’avait pu être intelligemment anticipée. Les exemples techniques qui précèdent ont été proposés à titre d’illustration, afin d’ancrer nos concepts dans une réalité technique, très probable à l’horizon 2010 ; mais ces concepts suggèrent, à leur tour, qu’une évolution des structures sociologiques et humaines configurant les organisations de défense, devra accompagner la prise en compte des stratégies pseudo-statiques. En effet, la dispersion pseudo-statique suggère de revaloriser fortement les échelons subalternes, qui seront plus autonomes et ne pourront plus s’imbriquer de manière rigide dans une pyramide hiérarchique homogène et continue ; avec nos systèmes, le principe de subsidiarité devient un réquisit absolu et réel.

      D’autre part, il serait illusoire – et même contre-productif – de trop accentuer la formation technique et scientifique des experts de défense : une technologie de réseau performante devient, par nature inintelligible aux personnels situés sur les nœuds du maillage ; les soldats doivent au contraire bénéficier d’un "service" transparent, et des prestations ergonomiques ultra-simplifiées, afin de leur permettre de se concentrer sur des situations militaires changeantes et insolites, caractéristiques des crises longues et toutes en demi-teintes, que nous allons rencontrer de plus en plus. A l’inverse, la formation aux sciences humaines – langues, religions, philosophie politique, économie locale, etc. – devrait être fortement accrue, inversant la tendance (ou la mode) qui privilégiait souvent l’informatique et la "culture" technique.

      En réalité, une fois atteint les niveaux de performances informatiques qui, avant 2010, permettront l’emploi de langages proches des langages naturels, il n’existera plus aucune raison de connaître davantage "l’informatique", que … la fabrication d’un stylo-bille pour un écrivain ! Les ingénieurs devront ainsi – dans le civil comme pour le militaire – extirper les contraintes machiniques de l’environnement humain. Un débat culturel décisif – quoique aujourd’hui occulté ou mal perçu – doit être ouvertement relancé : en effet, sous l’impulsion des concepts nouveaux, l’on risque de "modéliser" l’homme sous la forme d’un simple "facteur humain", pur élément d’interface incrusté dans des réseaux surmultipliés ; idée que les Américains, notamment, envisagent dans leurs études prospectives : dans ce cadre conceptuel, nous déboucherons sur un concept de soldat bardé de prothèses, sur-stimulé chimiquement, réagissant par réflexes à des flux d’icônes jaillissant sur écran, sorte de "Robocop" muni de casque-et-costume-de-données. Sans récuser par principe totalement cette démarche, il paraît davantage conforme à la culture du vieux continent de produire des Lawrence d’Arabie ou des Beaumarchais, que des Robocops. Un débat riche et pluridisciplinaire doit donc s’ouvrir sur ce thème, en de multiples enceintes.

    7. Conclusion : la révolution prospective est déjà parmi nous

Il devient nécessaire de repenser les espaces stratégiques, non plus comme des réservoirs stables de richesses à traverser ou conquérir, mais sous la forme d’amalgames de réseaux commutants, éminemment labiles, évanescents et complexes ; réseaux qui ne visent que l’accélération de flux indifférenciés, d’hommes, de marchandises, d’argents ou …. de digits.

Anticiper les connexions nouvelles, pour les capter, en se prépositionnant sur la totalité de l’espace – géographique, commercial, militaire, scientifique, financier – où elles sont susceptibles de muter, tel est le fond le plus général de toute efficience, civile ou militaire, à l’époque post-moderne.

Prospective, renseignement et surtout capacité d’interpréter le réel par anticipation évincent ainsi les anciennes exigences de mouvement et de réactivité ("réagir" c’est déjà être en retard : nul besoin de se mouvoir avec célérité, si l’on est déjà placé par avance là où peuvent s’opérer les connexions décisives). Couvrir les espaces militaires par un réseau de capteurs et d’actuateurs armés très nombreux, et militairement peu coûteux, stabiliser de multiples nœuds de maillage aux mouvements limités – mais s’appuyant finement sur un réseau d’ensemble –, se fondre de surcroît dans les flux et réseaux civils, constituent l’essence d’une nouvelle stratégie, adaptée à un nouvel espace, protéen, que nous avons proposé de nommer "pseudo-statique". Espaces et systèmes pseudo-statiques constituent l’avenir mondial de toute stratégie pensable, même si les solutions pratiques qui s’en déduiront sont appelées à une grande variété. Les conséquences humaines se situeraient essentiellement sur le plan des hiérarchies subalternes – qui s’en trouveraient valorisées – et dans le domaine de la formation des cadres, qui devrait faire une place très élargie aux sciences politiques, langues étrangères et connaissances historiques, religieuses ou économiques, en réduisant au strict nécessaire les études techniques.

 

 

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