LE RENSEIGNEMENT MILITAIRE FRANÇAIS (1970-1985) DANS LE CADRE DE L’OTAN*

Maurice Faivre

* Cet article est dérivé d’une communication au séminaire de recherche sur "la culture française du renseignement" dirigé par l’amiral Pierre Lacoste au Centre d’études scientifiques de défense. Il est publié avec l’aimable autorisation de l’amiral Lacoste.

 

 

Le renseignement d’intérêt militaire ne diffère pas du renseignement en général. Il s’agit d’une information recherchée, recoupée, analysée et synthétisée.

Comme les autres renseignements, les renseignements militaires suivent un cycle à quatre temps. Dans un premier temps, l’autorité exprime ses besoins. Dans un deuxième temps, la cellule de renseignement anime la recherche et lance des demandes. Dans un troisième temps, les organes spécialisés recherchent l’information brute. Dans un quatrième temps, les informations reviennent à la cellule de renseignement qui procède à la critique, au recoupement et à la synthèse.

Le renseignement du temps de paix comprend à la fois le renseignement de documentation - base de données sur une armée étrangère -, le renseignement de situation et le renseignement de sécurité sur la protection des armées contre toutes les intrusions venant de l’extérieur.

le renseignement du temps de guerre se décompose entre le renseignement de contact - c’est-à-dire le renseignement dont a besoin une unité militaire sur l’ennemi de l’avant -, le renseignement de manœuvre - qui vise à recueillir des renseignements sur l’ennemi futur - et l’acquisition des objectifs.

Tout chef militaire a une zone de responsabilité du renseignement qui concerne son ennemi de contact et dans laquelle il cherche et exploite le renseignement. Au-delà de cette zone de responsabilité, se situe la zone d’intérêt du renseignement qui est beaucoup plus vaste et dans laquelle il est renseigné, non pas par lui-même, mais par ses voisins et ses supérieurs. C’est dans cette zone qu’il sera renseigné sur son ennemi futur.

 

ORGANISATION DU TEMPS DE PAIX

Évolution historique

    Après la guerre, dans les années cinquante, il existait au plus haut niveau un état-major de la Défense nationale (EMGDN) initialement confié au maréchal Juin et ensuite dirigé par le général Ely. Cet état-major disposait d’un Centre d’exploitation du renseignement, le CER, auquel a été accolé par la suite un organisme technique, le Centre d’exploitation du renseignement scientifique et technique, le CERST. Dans ces deux organismes travaillaient certes en majorité des officiers, mais également quelques civils et des scientifiques.

    A cette époque, les priorités du renseignement étaient évidemment orientées sur la pacte de Varsovie. L’outre-mer était également présent avec la guerre d’Indochine et la guerre d’Algérie. Je n’évoquerai ni l’Indochine ni l’Algérie, sinon pour préciser que les deuxièmes bureaux étaient bien renseignés sur ces deux territoires. Pourtant, les commandements et les gouvernements n’ont le plus souvent pas voulu tenir compte des renseignements qui leur étaient transmis.

    Cette période initiale est propice au renseignement pour plusieurs raisons. Premièrement, la France est encore dans le dispositif intégré des Alliés, c’est-à-dire qu’elle maintient dans les états-majors des officiers qui bénéficient de toutes les sources de renseignement des pays alliés. Deuxièmement, le SDECE s’intéresse encore beaucoup au renseignement militaire dans deux domaines : d’une part, en matière d’écoutes stratégiques - à l’époque, on parvient à déchiffrer les codes soviétiques - d’autre part, par le canal des attachés adjoints qui sont mis en place auprès des attachés militaires dans les pays de l’Est.

     

    A ce moment là, les armées forment des soviétologues : un certain nombre d’officiers apprennent la langue russe. En 1959, le colonel Michel Garder a écrit une histoire de l’armée soviétique qui faisait autorité et dont la valeur est toujours reconnue. En 1965, il a publié L’agonie du régime en Russie soviétique, ouvrage tout à fait prémonitoire. Il avait parfaitement perçu que le seul organisme soviétique qui était informé tant de la situation intérieure que de la situation internationale était le KGB. Il en concluait que toute réforme du régime soviétique passerait nécessairement par le KGB. C’est bien ce qui s’est passé avec Andropov, puis Gorbatchev.

    Les premiers changements dans cette organisation interviennent en 1959, date de l’ordonnance sur la Défense nationale. Elle crée deux organisations : le Comité interministériel du renseignement (CIR) qui regroupe les cinq ou six ministres intéressés par le renseignement en général et le comité permanent du renseignement (CPR) qui est composé de leurs directeurs de cabinet. Le Comité permanent se réunit plus souvent que le Comité interministériel. Il revient aux CIR-CPR d’approuver un document très secret : le plan de renseignement gouvernemental, dit PRG.

    Un deuxième changement intervient en 1962 avec la création de l’Etat-major des armées à la tête duquel se trouve le général Ailleret. S’il est responsable du renseignement militaire, il ne dispose pas pour autant d’organismes d’exploitation et il doit recourir au SGDN et aux deuxièmes bureaux des armées pour être renseigné. Cette situation tout à fait hybride se prolongera durant quelques années.

    Il existe alors au sein de l’état-major des Armées une division renseignement. Le chef de cette division réunit assez régulièrement un comité interarmées du renseignement auquel participent les chefs des deuxièmes bureaux, les chefs du CER et du CERST ainsi que des représentants du SDECE, de la sécurité militaire et de la Gendarmerie.

    Durant cette même période, la stratégie évolue pour devenir nucléaire et dissuasive tous azimuts. Ce changement va naturellement avoir une influence sur le plan du renseignement gouvernemental. Le gouvernement s’intéresse désormais moins au renseignement militaire sur les forces classiques qu’au renseignement scientifique et technique : il s’agit de collecter des données pour construire nos moyens nucléaires et nos fusées. Il s’agit ensuite de définir les objectifs de la force nucléaire stratégique.

    Le SDECE conserve un rôle important sur le plan militaire puisqu’il continue à assurer les écoutes stratégiques et qu’il forme les analystes des écoutes, spécialité tout à fait rare et délicate. Le SDECE poursuit les échanges avec les services étrangers mais ne dispose plus d’attachés adjoints.

    La troisième réforme du renseignement en temps de paix est mise en œuvre par le général Maurin en 1973 et par le général Méry en 1976. En effet, le CEMA devient le commandant opérationnel alors que l’EMGDN est devenu SGDN. Le général Maurin crée un organisme interarmées : le Centre de formation interarmées du renseignement qui changera d’appellation par la suite pour devenir l’école interarmées du renseignement et des langues étrangères, actuellement implantée à Strasbourg. En 1976, le général Méry crée le CERM qu’il confie au général Laurent. L’EMA dispose donc d’une centrale d’exploitation du renseignement. La montée en puissance du CERM sera cependant lente car les armées et le SGDN répugnent à perdre leur personnel spécialisé en l’envoyant à l’EMA.

L’organisation du renseignement dans les années 70-80
(annexes 1 et 2)

    Distinguons le niveau gouvernemental du niveau des armées. Dépendent du Premier ministre : le CIR-CPR, le SGDN, avec son organisme d’exploitation - le CER-CERST - des organismes de recherche, le SDECE avec son service technique de recherche - le STR - la DST, le Groupement des contrôles radioélectriques et la chaîne nationale de goniométrie.

    Le ministre de la Défense ne dispose pas d’organisme de recherche. M. Messmer a créé un Centre de prospective et d’évaluation (CPE) qui sera ultérieurement appelé Délégation aux études générales (DEG). Il a une mission prospective d’étude des menaces futures. Il remplit, à ce titre, certaines fonctions de renseignement. En outre, sont placées sous l’autorité du ministre de la Défense, la gendarmerie et la Direction de la sécurité militaire qui deviendra la DPSD.

    A l’échelon du chef d’état-major des Armées, se trouve d’abord le Centre d’exploitation du renseignement militaire, le CERM, qui dispose des renseignements venant des écoutes du SDECE, des rapports des attachés militaires à l’étranger et des dépêches diplomatiques. Un autre organisme d’exploitation : le CIREM, Centre d’information sur le renseignement électromagnétique, recueille et analyse les signatures des radars.

    A ce niveau, l’exploitation et la recherche du renseignement sont décentralisées. Le CERM a confié une mission de recherche et d’exploitation à deux organismes avancés : le centre de renseignement avancé (CRA) de Baden d’une part, et le deuxième bureau de la FATAC à Metz d’autre part. Le premier organisme est responsable de la recherche et de l’exploitation du renseignement sur l’Allemagne de l’Est et sur la Tchécoslovaquie, tandis que le second s’intéresse aux mêmes pays et à la Pologne.

    Quel est l’objectif de ces deux organismes avancés de recherche ? À l’époque, une masse de divisions soviétiques stationnait en Allemagne de l’Est et en Tchécoslovaquie ; quelques-unes se trouvaient en Pologne. Toutes ces divisions étaient de première catégorie, c’est-à-dire que leurs effectifs étaient pleins alors que les autres territoires se contentaient de divisions de réserve. Le fer de lance de l’armée soviétique était donc bien là (annexes 3 et 4).

    La situation était à peu près identique pour les avions puisque sur ces territoires étaient massés quantité d’avions susceptibles d’agir sur la France et d’atteindre les côtes de l’Atlantique (annexe 5).

    Ces forces étaient en permanence modernisées, et disposaient d’une puissance de feu aéroterrestre considérable.

    C’est aussi la période de fort développement des missiles de portée intermédiaire et des missiles tactiques. La bataille des euromissiles a défrayé la chronique. Il y avait non seulement les SS20, mais aussi les SS12, 21, 23 qui remplaçaient les Scud et les Frog (annexe 6).

Moyens de recherche électromagnétique

    Les premiers moyens de recherche en temps de paix sont les écoutes fixes et mobiles (annexe 7).

    Les écoutes fixes : nous disposons à la frontière de l’Allemagne de l’Est d’un certain nombre de centres d’écoute terrestres et aériens dans la gamme VHF, notamment dans le Hartz. L’armée de Terre s’installe à Berlin à côté du SDECE. Il faut noter à cet égard que le SDECE y remplit une mission particulière : les Allemands de l’Ouest n’ayant pas le droit de s’implanter à Berlin, une coopération s’est instaurée entre le SDECE et eux.

    A côté de ces écoutes VHF, existent un certain nombre de centres d’écoutes HF. Tous travaillent avec une chaîne interarmées de radiogoniométrie (CIRG) basée du Nord au Sud de l’Allemagne. Ils sont capables de localiser en quelques secondes toutes les émissions HF qui proviennent de l’Est. Les messages HF étant cryptés, ils ne sont plus déchiffrés, mais à partir de la structure des réseaux, il est possible de remonter à l’ordre de bataille des forces adverses. C’est le rôle de l’analyse.

    Les écoutes mobiles : des unités mobiles du 44e régiment de transmission vont régulièrement faire des campagnes à la frontière. Quant à l’armée de l’Air, elle dispose d’avions qui accomplissent des missions de recherche électromagnétiques : Nord Gabriel et Sarigue.

    L’analyse des écoutes s’effectue à plusieurs niveaux. L’analyse air à lieu à Metz ; l’analyse terre à Baden ; l’analyse du 2e niveau est assurée par le SDECE.

La mission militaire française de liaison (MMFL)

    Le deuxième moyen de recherche concerne les missions dites de potsdam. Il s’agit des missions de liaison des commandements français, anglais ou américain auprès du commandement soviétique en Allemagne. Au moment des accords de Potsdam, il a été convenu de procéder à un échange de liaisons militaires. Initialement installées à Potsdam, ces liaisons ont rapidement quitté ce lieu où elles étaient trop étroitement surveillées, pour ne pas dire espionnées. Elles se sont réfugiés à Berlin-Ouest, non sans avoir conservé à Potsdam les villas qui constituent les bases de départ des équipes vers l’Allemagne de l’Est. Leur mission est de rechercher le renseignement militaire, essentiellement les indices d’alerte - et particulièrement autour de Berlin - l’ordre de bataille du groupe soviétique en Allemagne et l’étude des matériels qui arrivent dans ce pays.

    Il convient de souligner l’étroitesse de la coopération qui existe entre les trois missions alliées (annexe 8) : ainsi, la mission française travaille dans la zone A pendant trois semaines ; les trois semaines suivantes, elle intervient dans la zone B et les trois dernières semaines, elle se déploie sur la zone C. Le même système est adopté pour la zone centrale où il est procédé à la recherche des indices d’alerte. Toutefois, là, la permutation a lieu tous les trois jours. Les renseignements recueillis sont échangés entre les Alliés par des systèmes de liaison protégés, et par la tenue de réunions hebdomadaires à Berlin-Ouest.

    La mission française de liaison (MMFL) qui comprend alors 8 officiers et 21 sous-officiers (plus 2 sous-officiers du 13e RDP), dispose de 12 Mercedes 300 de grande liaison et de matériels perfectionnés d’observation : jumelles à intensification de lumière, appareils Nikon à moteur (objectifs de 28 à 100 mm), vidéo, magnétoscopes et scanner à recherche de fréquence, avion d’observation (autorisé à survoler les environs de Berlin).

    Cette recherche constitue une mission difficile et dangereuse. En effet, les Soviétiques ont institué sur tout le territoire de l’Allemagne de l’Est des zones interdites permanentes, les ZIP, qui recouvrent 33 % du territoire de ce pays. C’est dire que ces missions rencontrent un certain nombre de difficultés pour se déplacer sur le terrain (annexe 9).

    Circonstance aggravante : en cas de manœuvres, s’ajoutent des zones d’interdiction temporaires qui compliquent encore la tâche des Alliés. Ils doivent échapper à la police est-allemande (VOPO) qui est chargée de les pister. Nos missions se heurtent aussi aux jalonneurs russes, ce qui donne lieu à un certain nombre d’accidents graves. En mars 1983, le capitaine américain Nicholson est tué par balles. En mars 1984, l’adjudant-chef Mariotti est tué par un camion qui percute volontairement sa voiture. En 1988, intervient un incident comique : un jalonneur soviétique qui s’accroche à la voiture d’une mission française, y reste accroché pendant quatre heures… en mai 1988, un véhicule d’aviateurs français est violé par les forces spéciales soviétiques qui s’emparent du matériel et des documents en dépit de l’immunité diplomatique.

    Les convois soviétiques et allemands qui se rendent en manœuvre dans les camps militaires en Allemagne sortent des zones interdites (voir schéma). C’est alors que l’on peut les observer, mais l’observation se pratique de manière différente suivant les périodes.

    En effet, les armées soviétiques et satellites appellent leur personnel tous les six mois : les recrues soviétiques arrivent par avion en avril et en octobre. Pendant les trois premiers mois, ils vont suivre une instruction élémentaire. Les missions, qui n’ont alors pas de convois à observer sur le terrain, portent leur intérêt sur les objectifs et les infrastructures. Les trois mois suivants sont consacrés à la période d’exercice. Toute l’attention des missions se concentre alors sur les convois, les matériels aériens et terrestres et sur les franchissements de rivières.

    C’est une tâche difficile, puisque chaque semaine, six équipages sont sur le terrain. En principe, deux équipages sont dehors en même temps, le plus souvent pour 48 heures.

    La mission soviétique (par réciprocité, il y a à Baden une mission de liaison soviétique) était pour la France un souci. En effet, si la réciprocité des zones interdites avait été instituée, il n’y avait personne pour en assurer la surveillance. En 1976, la Sécurité militaire a enfin obtenu une R30 de grande liaison. Ainsi, les gendarmes étaient en mesure de suivre, de temps à autre, les Soviétiques. A vrai dire, tout ce qu’ils pouvaient faire consistait à surveiller leurs villas. En outre, les services français avaient mis au point un système de brouillage pour gêner leurs liaisons avec Berlin.

Coopération interalliée

    Les Alliés, notamment les Américains, disposaient de moyens très importants en matière de recherche du renseignement, par exemple le réseau Nadge qui avait pour but de reconnaître toutes les pistes aériennes qui venaient de l’Est et le réseau BMEWS qui suivait les missiles balistiques. Il existait en outre à l’état-major américain un système dit d’alerte : Warning Indicator System in Europe (WISE) qui recevait des renseignements du monde entier.

    Les Américains et les Alliés pratiquaient la fusion du renseignement. A chaque échelon, ils disposaient d’organismes intégrés où l’ensemble des renseignements de toute nature était centralisé. Les avions faisaient de la recherche par radar (systèmes MOHAWK et JSTARS). Des unités de reconnaissance : les ACR, Armored Cavalry Regiment, étaient très performantes. Plutôt que des régiments, il s’agissait en fait de brigades de recherche de renseignement qui étaient équipées de chars lourds et d’hélicoptères. Ils effectuaient en permanence des patrouilles le long du rideau de fer.

    En 1966, quand la France a quitté le commandement intégré de l’OTAN, la coupure a été durement ressentie par tous les deuxièmes bureaux - sans doute plus par l’armée de l’Air et la Marine que par l’armée de Terre.

    Il faut attendre 1967 pour que le général Ailleret conclue un accord avec le général Lemnitzer. Cet accord institue une coopération en temps de guerre entre le 2e corps d’armée situé à Baden, les moyens air qui l’appuieraient et le groupe d’armées centre de l’OTAN (CENTAG). Il prévoit également que les liaisons seraient établies par des missions françaises de liaison auprès des commandements alliés et que des échanges de renseignements seront organisés en particulier en ce qui concerne l’alerte, l’évaluation de l’ennemi et l’utilisation des procédures opérationnelles.

    En 1970, les accords Fourquet-Goodpaster concernent la coopération pour l’armée de l’Air. On coordonne les réseaux de détection et de renseignement ; on adopte les mêmes procédures opérationnelles ; on admet le principe d’échanges sur les états d’alerte, le brouillage et sur certaines pistes aériennes. Un troisième accord, Valentin-Ferber, intervient en 1975. La coopération gravit un degré : l’ensemble de la 1ère armée et la FATAC peuvent, dans certaines conditions, être mises à la disposition de l’OTAN.

    Au terme de ces accords, la concertation entre les états-majors s’établit d’abord à l’échelon le plus élevé, c’est-à-dire le CERM qui participe annuellement aux réunions organisées par le comité militaire de l’OTAN et à la rédaction de documents annuels qui s’appellent MC 16-1, 16-2, etc. (Military Committee). La FATAC établit les mêmes relations avec le commandement de l’armée de l’Air allié à Ramstein. A Baden, le deuxième bureau établit des relations très étroites avec la British Army implantée à Mönchengladbach. Il y a des échanges réguliers, des réunions en commun. Il arrive également que se tiennent des réunions à l’échelon du BND, Bundes Nachrichten Dienst à Munich. Cela se fait par l’intermédiaire des officiers du SDECE. Il faut noter que Baden pilote un groupe de travail logistique qui réunit des exploitants de tous les pays, y compris des Danois. Il s’efforce de compter tous les matériels qui entrent ou qui sortent de l’Allemagne de l’Est, de façon à établir un bilan. Ce groupe de travail est particulièrement efficace. En la matière, la coopération entre les Alliés est très étroite.

Développement des moyens du renseignement

    La conception et la fabrication des moyens de recherche et de traitement est une fonction permanente, dès le temps de paix. Ces moyens ont besoin d’être développés pour faire face au perfectionnement des techniques et à l’évolution des forces adverses (lutte traditionnelle entre l’épée et le bouclier). Cette fonction est conduite par les états-majors, la DGA et les industriels, en liaison étroite avec les utilisateurs, qui sont réunis au sein de commissions consultatives et qui participent à l’expérimentation.

    C’est dans les années 1970 que sont lancées les études sur le satellite d’observation Samro, sur l’avion Sarigue, sur les caméras optiques et infrarouges et sur la cabine de réception Sara de la reconnaissance aérienne.

    Le tableau 10 indique les réalisations et expérimentations conduites par l’armée de Terre en 1975-80 (annexe 10).

    Le fait que certains de ces matériels n’aient vu le jour que quinze ans plus tard illustre sans doute les difficultés rencontrées par la recherche scientifique et technique, mais plus encore l’insuffisance des crédits consacrés aux forces classiques et, à l’intérieur de celles-ci, au renseignement.

    Dernière activité en temps de paix : la formation des personnels. Avant la création du CFIR (devenu EIREL), il existait un centre d’instruction du renseignement et d’interprétation photo de l’armée de Terre. Le deuxième bureau de l’armée de l’Air était doté du même genre de centre de formation. Les unités de transmission et le SDECE formaient des linguistes, des opérateurs et des analystes d’écoute. Les officiers de renseignement du régiment suivaient une instruction régulière au niveau du corps d’armée. Enfin, l’état-major de l’armée de Terre avait adopté pour ses personnels un système de filière du renseignement de façon à suivre les personnels spécialisés dans le renseignement et les relations extérieures.

Estimation de l’adversaire

    De 1972 à 1977, on assiste à une formidable montée en puissance des forces soviétiques. En Allemagne de l’Est, non seulement les effectifs militaires augmentent, mais les gardes frontières, les groupes de combat de la classe ouvrière (Kampfgruppen), la défense civile et les réservistes, tout le peuple est-allemand, sont mobilisés pour le combat (annexes 11 et 12).

    L’évaluation de l’ennemi par les bureaux français de renseignement, dans les années 70-80, était comparable aux résultats obtenus par les Alliés en ce qui concerne l’Allemagne et la Tchécoslovaquie. Ils avaient à peu près les mêmes sources et échangeaient les renseignements. En revanche, à mesure qu’on s’éloignait de l’Allemagne pour s’enfoncer dans l’empire soviétique, les français devenaient tributaires des Américains.

PRÉPARATION DU TEMPS DE GUERRE

Plans d’emploi et exercices alliés

    Les plans de défense de l’OTAN étaient basés sur le principe de la défense de l’avant, c’est-à-dire la défense sur une profondeur de 50 kilomètres le long du rideau de fer. Pour des raisons politiques, il n’était pas question d’une défense plus profonde. Cette défense était assurée par huit corps d’armée alignés. Dans ce cadre, la première réserve disponible était la 1re armée française qui était susceptible de venir renforcer la défense de l’avant, en particulier dans la zone de CENTAG et à la limite des deux groupes d’armées. La 1re Armée établissait des plans avec le commandement du Centre Europe. Le premier plan mis au point était le plan Charming Gorilla, dans lequel la 1re Armée devait intervenir au-delà de Francfort, dans le corridor de HessE entre Francfort et Fulda. Les réserves américaines (plan Reforger-3e CA) intervenaient beaucoup plus tard.

    Les états-majors français prenaient part aux exercices de transmission des PC alliés. Ils mettaient en œuvre les procédures OTAN, c’est-à-dire les comptes rendus de renseignement, Intelligence Report… Ils participaient à un certain nombre de réseaux spécialisés (boucles DILCS-TARRS puis BICES (voir annexe 2).

    Un point particulier de cette coopération avec les Alliés était l’engagement du 13e RDP (dragons parachutistes). Il s’agissait d’un régiment de recherche dans la profondeur créé en 1963. Il avait, à l’époque, un escadron en Allemagne. Très rapidement, il a coopéré avec toutes les unités alliées de même type, notamment les régiments de SAS britanniques, les Fernspäh, (compagnies allemandes), les commandos belges et hollandais et même, plus tard, les Espagnols. Les exercices avaient lieu annuellement, tantôt en France, tantôt en Angleterre, tantôt en Allemagne. Les équipes coopéraient sur le terrain face à un ennemi plus ou moins fictif. Elles étaient mises en place, soit par voie aérienne, soit par hélicoptère, soit simplement abandonnées sur le terrain.

    Le 13e RDP, qui mettait en action 60 équipes, pouvait tenir un front de 300 kilomètres. En fait, on préférait doubler et avoir deux rideaux de surveillance. Ces équipes envoyaient leurs renseignements par émissions brèves très loin en arrière au PC du régiment (annexe 7).

    Toutes les équipes étaient autonomes. Si une équipe se faisait prendre, elle ne savait pas où était sa voisine. Tout était centralisé à l’arrière.

    Le 13e RDP était la seule unité française qui participait sur le terrain aux exercices de l’OTAN.

    Tous les ans, les Américains amenaient par avion des Etats-Unis une division complète (REFORGER) qui venait prendre en compte des matériels entreposés dans des dépôts (POMCUS). Puis, elle partait faire une opération sur le terrain où elle était engagée contre une division britannique, allemande ou belge.

    Le 13e RDP, qui était engagé dans ces exercices, était tout à fait apprécié. Le commandant en chef des forces américaines en Europe écrivait en 1976 : "Comparées à celles des autres sources de recherche du renseignement, les patrouilles profondes bénéficient de plusieurs avantages distincts par rapport aux sources de recherche, tels que la reconnaissance aérienne et le renseignement par les moyens d’écoute : tout d’abord, l’engagement des patrouilles profondes est de 24 heures sur 24. La recherche se poursuit sans tenir compte de l’heure ou des conditions atmosphériques. Les patrouilles de recherche opèrent en étant bien moins exposées aux contre-mesures de l’ennemi et, par conséquent, bénéficient d’un taux de réussite plus élevé. Elles sont à même de contrevenir les actions défensives de l’ennemi tels que le silence radio, le camouflage, les mouvements de nuit et le brouillage". L’une des divisions qui avait participé à cet exercice avait noté dans son compte rendu : "Aucun autre moyen ne peut fournir la précision, la souplesse, l’opportunité et les détails fournis par les patrouilles de recherche profonde".

    Voici le bilan chiffré de cet exercice de 1976 : les Français ont adressé 392 comptes rendus dont 190 ont été considérés comme importants, 110 exploitables en matière d’objectifs, 102 ont fourni des informations sur l’ordre de bataille et des indices sur les intentions de l’ennemi.

    Le commandement américain en avait conclu qu’il était souhaitable de créer des patrouilles profondes aux Etats-Unis. Ce projet a été abandonné, faut d’avoir trouvé un personnel adéquat pour y participer.

La recherche électromagnétique

      Pour le temps de guerre, l’armée disposait de différents moyens de guerre électroniques. Chacun des corps d’armée avait une compagnie d’appui électroniques (CAECA) qui pratiquait des écoutes dans les gammes VHF, VHF et radar. La 1re Armée avait deux compagnies mobiles de la gamme HF.

      Pour chacun des plans d’opérations, était définie une position de base sur laquelle était installée une compagnie HF. Son domaine de recherche était un carré d’environ 400 km sur 400, avec la possibilité de passer d’une position à l’autre (voir schéma) par une manœuvre en perroquet (annexe 13).

      La planification était uniquement nationale et la coopération avec les Alliés a été très difficile à négocier.

Les moyens du champ de bataille
(annexe 14)

      Comment voyait-on en 1977 l’organisation de la recherche au niveau de la 1ère Armée et du corps d’armée ? L’état-major estimait avoir un certain nombre de moyens de recherche du renseignement sur une armée soviétique : au niveau avant, c’étaient les escadrons d’éclairage des divisions, les radars de différents types, la section d’interrogatoire des prisonniers de guerre… ; au niveau du corps d’armée, un régiment de reconnaissance de corps d’armée, des radars de surveillance du sol, un régiment d’acquisition d’objectifs. Au niveau de l’Armée-FATAC, se trouvaient le 13e RDP, les compagnies d’écoute HF et la reconnaissance aérienne. Une étude menée en 1977 concluait à la nécessité de créer des unités de recherche de corps d’armée. Des URCA furent créées quelques années plus tard.

Estimation de la menace et doctrine alliée

      La doctrine soviétique a beaucoup évolué depuis les années cinquante durant lesquelles Staline avait déclaré que la guerre était inéluctable. En 1952, il estimait qu’elle pouvait peut-être être évitée. Il n’en avait pas moins conservé une mobilisation permanente des armées et du peuple soviétiques. En 1960, la doctrine Sokolovski reposait sur une utilisation massive de l’arme nucléaire. Dix ans plus tard s’établit la parité nucléaire entre l’Est et l’Ouest. Il faut alors faire face à une triple menace : la menace de guerre offensive en territoire allié grâce aux moyens classiques notablement renforcés, une menace nucléaire qu’on estime différée - c’est l’époque de la bataille des euromissiles - et enfin, une menace mondiale grâce à la marine de l’amiral Gorchkov qui appuyait en Afrique, en Asie et en Amérique tous les mouvements de libération nationale.

      Il faut attendre les années 1980 pour que l’URSS adopte une doctrine nouvelle : celle d’une guerre sans l’arme nucléaire, fondée sur la surprise, c’est-à-dire l’attaque rapide et profonde.

      Comment enrayer cette menace au centre-Europe ? Le rapport de force était estimé de trois à quatre contre un en défaveur des Alliés. En 1984, le CERM estimait ainsi les forces soviétiques sur le théâtre d’opérations de l’Ouest : 82 divisions, 25 000 chars, 700 missiles nucléaires, 4 000 avions, 16 000 matériels d’infanterie blindés, 860 hélicoptères et 66 navires (annexe 15). Deux hypothèses d’attaque étaient envisagées de la part des Soviétiques : l’une sans montée en puissance et l’autre avec montée en puissance.

      La première hypothèse d’attaque sans montée en puissance faisait intervenir en Centre-Europe une partie seulement des effectifs (50 divisions, 4 000 avions). La deuxième hypothèse mobilisait l’ensemble en plusieurs échelons stratégiques avec une réserve sur le territoire soviétique (80 divisions, 4 800 avions au total).

      Malgré leur infériorité numérique, les Américains estimaient qu’ils disposaient d’un préavis de 48 heures et qu’ils auraient donc le temps de se mettre en place pour la défense de l’avant. Ils considéraient qu’il n’y aurait pas d’emploi de l’arme nucléaire : en 1967, ils avaient adopté la doctrine de la flexible response, mais ils se sont aperçus quelques années plus tard que cette défense de l’avant était insuffisante. En 1982, ils ont donc considérablement augmenté les renforts qui venaient d’Amérique qu’ils ont porté à six divisions et 1 000 avions. C’est à ce moment-là qu’ils ont créé un troisième corps d’armée dont les matériels étaient stockés à la limite entre l’Allemagne, la Belgique et la Hollande et qui devait intervenir au profit du premier échelon.

      En 1984, intervient un nouveau changement de doctrine (plan FOFA du général Rogers). Les Américains estiment alors qu’ils ont les moyens de contenir le premier échelon ennemi mais qu’ils ne pourront pas s’opposer au deuxième échelon. Leur idée est d’attaquer le deuxième échelon avec des armes intelligentes. Pour eux, la riposte nucléaire est également différée (no early first use).

Divergences d’appréciation

      A l’époque, les mouvements pacifistes trouvaient que la menace venant de l’Est avait été exagérément grossie. Un certain nombre d’experts, notamment Bastian en RFA, Cockburn aux Etats-Unis et l’amiral Sanguinetti en France, développaient une théorie selon laquelle les Américains gonflaient la menace pour obtenir davantage de crédits. Tout n’était pas faux dans cette critique. Il est certain que l’organisation soviétique souffrait d’un certain nombre de faiblesses et de vulnérabilités. Leurs matériels et leur doctrine n’étaient pas sans failles. Il fallait donc exploiter ces vulnérabilités pour réduire une supériorité numérique qui était réelle.

      Une critique plus réaliste était celle du général Méry qui écrivait en 1983 : "Il ne faut pas une réponse flexible, mais une réponse inflexible et un dispositif plus profond".

      Quelques années plus tard, on a d’ailleurs constaté que des généraux allemands et britanniques étaient d’accord sur l’idée de profondeur du dispositif et qu’ils la mettaient en œuvre dans certains exercices. C’était d’autant plus nécessaire que le dispositif de l’OTAN en temps de paix était déséquilibré (annexe 16). Les Belges et les Néerlandais ont retiré la plupart des troupes et les ont rapatriées dans leur pays. Les Britanniques ont ramené une division en Angleterre. Le temps d’arrivée de ces divisions très en arrière ne permet donc pas d’assurer la défense de l’avant, ce qui est très dangereux dans la plaine du Nord où les Soviétiques ont leurs trois armées blindées. Il y a donc un risque de percée soviétique et d’enveloppement des divisions américaines et allemandes de CENTAG. A ce moment-là, le plan Rogers ne sert plus à rien.

Les archives de la NVA

      Cette manœuvre soviétique a été confirmée par les archives de la National Volks Armee découvertes à Berlin-Est. En effet, si un certain nombre d’archives ont été détruites peu de temps avant la réunification, on a néanmoins retrouvé dans un blockhaus tout ce qui concerne les exercices du pacte de Varsovie de 1975 à 1990. 25 000 documents ont ainsi été analysés par la Bundeswehr.

      Il apparaît que tous les plans d’exercice du pacte de Varsovie qui peuvent être considérés comme un démarquage des plans réels étaient offensifs. C’est seulement à partir de 1985 que quelques-uns d’entre eux sont défensifs. Il faut de 13 à 15 jours aux troupes soviétiques pour atteindre la frontière française et 30 à 35 jours pour atteindre la frontière espagnole. Telles étaient les données des exercices qui étaient joués par 80 divisions, sous le commandement des maréchaux Kulikov et Ogarkov. Leur plan de frappe nucléaire était soit de première frappe, soit de frappes en riposte. L’effort nucléaire était porté sur les divisions américaines et allemandes, alors que l’effort classique était exercé sur les forces britanniques et belges (annexe 18).

      Dans ces mêmes archives, on a trouvé tous les documents concernant l’éducation de défense (Wehrerziehung) de la population est-allemande et des simples soldats. Totale était la désinformation sur les intentions et les effectifs de l’Alliance atlantique : on expliquait que l’OTAN avait des visées agressives sur l’Allemagne de l’Est, avec une supériorité de quatre contre un - ce qui est exactement l’inverse de la réalité - et que l’OTAN envisageait une attaque nucléaire sur l’Allemagne de l’Est !

      Le document le plus intéressant est le plan de conquête de Berlin, qui n’est pas un plan d’exercice mais un plan réel. Il a été retrouvé dans les archives du ministère de la Sécurité de l’Etat (MFS). Il désigne exactement les unités qui doivent participer à la conquête de Berlin : à l’Ouest, une division allemande et à l’Est, une brigade soviétique renforcée d’unités allemandes. Ce plan énumère 170 points forts qui doivent être occupés à Berlin-Ouest, la liste des personnes qui doivent être arrêtées par la Stasi et la désignation nominative de tous les administrateurs communistes qui vont prendre en mains les districts de Berlin-Ouest, 604 personnes désignées, dont 343 officiers à raison d’un gauleiter par arrondissement (annexe 19).

      Il est intéressant de noter que l’estimation faite par les Alliés était assez proche des plans soviétiques (annexe 17).

Enseignements

      L’organisation du renseignement face au pacte de Varsovie constituait un système efficace dès le temps de paix, utilisant toute la gamme des moyens de la recherche humaine et technique. Il était opérationnel, c’est-à-dire préparé à sa mission du temps de guerre dans un cadre interallié. Quelques enseignements sont valables en tout temps, et donc pour le temps présent.

      le premier enseignement concerne la responsabilité du commandement. Il est important que le commandement se sente investi d’une responsabilité en matière de renseignement. Il doit apprécier les menaces, faire confiance à son organisme d’exploitation et de recherche. Il doit orienter la recherche dans les directions qui lui paraissent prioritaires.

      Deuxième enseignement : en temps de paix, le renseignement se prépare longtemps à l’avance. Il repose sur des bases de données, une documentation précise et complète, un suivi des exercices et des matériels en cours de fabrication.

      Troisième enseignement : la complémentarité et la modernisation des moyens de recherche. Il n’existe pas de gadget qui permette de tout savoir et de tout voir. Il faut une combinaison de systèmes rustiques et de systèmes perfectionnés.

      Enfin, un quatrième et dernier enseignement : la nécessaire coopération entre les services de renseignement et les Alliés. En effet, aucun service national et aucune nation ne sont capables de tout savoir sur les menaces à venir. Il est indispensable de coopérer pour disposer à temps de renseignements précis et exacts.

       

      undercon.gif (1068 octets) Certaines annexes manquent pour raison technique.

       

      Annexe 1
      Organisation du renseignement national et allié
      (1975-1980)

      Autorité

      Orientation
      exploitatation

      Recherche

      Formation

      Autorité alliée

      Renseignement

      Liaisons spéciales

      Premier Ministre CIR-CPR SGDN-CER SDECE-STR Analystes      
      Ministre Défense CPE-DEG DSM (DPSD)   EUCOM-SACEUR USAF WISE-BMEWS-NADGE-TFC (AWACS)  
      CEMA CERM
      CIREM
      Cté Rens.
      Ecoutes fixes
      AFA-Diplo
      (13e RDP)
      CFIR
      (EIREL)
      Linguistes


      CINCENT


      B2

      DILCS
      (BICES)
        CRA Baden Ecoutes fixes et mobiles CIRG-MMFL AFA-Prague   AAFCE TFC TARRS
        B2 FATAC Idem et AFA
      Pologne
      (F1CR-Sara)
             
      CAFDA CODA STRIDA        
      1ère Armée Bureau renseignem. (Ecoutes HF-13e RDP)   CENTAG USAREUR B2
      UTIC-(LRPP-
      66e MIGr.
      Mohawk, ACR
       
      CEMAA CEMAT B2
      BRRI
      CIPA
      CIPAT
      CI des B2
      CIRIP
      Opérateurs
      2e et 4e ATAF (JSTARS)  
      Corps d’armée B2 (CLB-ALAT
      Ecoutes VHF
      Ratac-DLO
      R 20 - CL 89 -
      ARGUS-SIP-URCA)
      Réunions OR des Corps de troupe Corps US ASIC
      (Gr. CEWI)
       
      Division B2 (Rasit-Rasura
      EED-SIPG)
        Division US ASI
      (Bat. CEWI)
       

      N.B. entre parenthèses sont indiqués les moyens du temps de guerre ou
      en expérimentation.

       

 

Annexe 2 - Organisation du renseignement national et allié (1975-1980)

Abréviations alliés

 

AAFCE
Allied Air Force Center Europe (Ramstein).
JSTARS
Joint Support Tactical Aerial Reconnaissance System.
ACR
Armored Cavalry Regiment.
LRPP
Long Range Reconnaissance Patrol.
ASIC
All Sources Intelligence Center.
NADGE
Nato Air Defense Group Environment.
ATAF
Allied Tactical Air Force (4e Ramstein et 2e Mönchen-Gladbach).
SACEUR
Supreme Allied Command in Europe (Casteau).
BICES
Battlefield Information Collection Exploitation System.
TARRS
Tactical Aerial Reconnaissance Report System.
BMEWs
Ballistic Missile Early Warning System.
TFC
Tactical Fusion Center.
CENTAG
Groupe d’armées Centre (Heidelberg).
USAREUR
US Army in Europe (Heidelberg).
CEWI
Combat Electronic Warfare Intelligence.
USEUCOM
Europe Command (Stuttgart).
CINCENT
Commandant en chef centre Europe (Brunssum).
UTIC
Usareur Theater intelligence Center.
DILCS
Dedicated intelligence Loop Circuits.
WHNSP
Wartime Host Nations Support Program (1982).
FOFA
Follow on Forces Attack (1984).
WISE
Warning Indicator System in Europe (US-Eucom).

 

Abréviations françaises

AFA
Attaché des Forces Armées.
GFSA
Groupes des Forces Soviétiques en Allemagne.
BRRI
Bureau Renseignement et Relations Internationales.
GCR
Groupement des Contrôles radioélectriques.
CAECA
Compagnie d’Appui Electronique de Corps d’Armée.
EED
Escadron d’Eclairage de Division.
CAP
Centre d’Analyse et de Prévision (Affaires étrangères).
EIREL
Ecole Interarmées du Renseignement et de l’Etude des Langues.
CFIR
Centre de Formation Interarmées du Renseignement.
ELÉBORE
Ensemble de Localisation, d’Ecoute et de Brouillage des Ondes Electromagnétiques (HF).
CIR
Comité Interministériel du Renseignement.
EMERAUDE
Ensemble Mobile de Recherche Automatique des Emissions (V-U-SHF).
CIPA et CIPAT
Centre d’Interprétation Photo Air et Terre.
MMFL
Mission Militaire Française de Liaison.
CIREM
Centre d’Inform. sur les Rayonnements Electromagnétiques.
PRG
Plan de Renseignement Gouvernemental.
CIRIP
Centre d’Instruction du Renseig. et d’Interprétation Photo.
Rasit
Radar de surveillance des intervalles.
CIRG et CNRG
Chaînes interarmées et Nationale de Radio-Goniométrie.
Rasura
Radar de surveillance rapprochée.
CLB
Cavalerie Légère Blindée.
Ratac
Radar d’acquisition et de tir de l’artillerie de campagne.
CODA
Centre d’Opérations de Défense Aérienne.
SARA
Station Aérotransportable pour la Reconnaissance Aérienne.
CPE
Centre de Prospective et d’Evaluation.
SIP
Section d’Interprétation Photo.
CPR
Comité Permanent du Renseignement.
SIPG
Section d’Interrogatoire de Prisonniers de Guerre.
CRA
Centre de Renseignement Avancé.
STR
Service Technique de Recherche.
DEG
Délégation aux Etudes Générales.
STRIDA
Système de Traitement et de Représentation des Informations de Défense Aérienne.
DPSD
Direction de la Protection et de la Sécurité de la Défense.
UCLAT
Unité de coordination de Lutte Antiterroriste (1984).
ÉLODÉE
Ensemble de Localisation par Densité des Emissions Ennemies (VHF).
URCA
Unité de Recherche de Corps d’Armée.

 

 

      Annexe 3
      Déploiement et disponibilité des divisions terrestres (1980)

       

      6 divisions RDA.
      10 divisions tchèques dont 1 cat. 3.
      15 divisions polonaises dont 3 cat. 3.
       6 divisions hongroises dont 3 cat. 3.

       

      11 divisions roumaines dont 4 cat. 3.
      8 divisions bulgares.

       

      9 (?) divisions afghanes.

       

      40 divisions nord-coréennes.
      1 division mongole.

       

      39 divisions viêt-namiennes
      dont 3 au Laos et 21 au Cambodge.

       

      · Cat. 1. Effectifs 90 %. Prête en 24 heures. Matériels modernes et
      complets.
      O Cat. 2. Effectifs 50 %. Prête en 2 à 3 jours. Matériels de combat complets.
      X Cat. 3. Effectifs 25 %. Prête en 8 jours minimum. Matériels anciens.

      u Division parachutiste, toujours catégorie 1.

       

       

      Annexe 4
      Les pays socialistes d’europe - Les effectifs armés

      Pays

      Popul.
      (en millions)

      Effectifs d’active
      (en 1968)
      et en 1983

      Nombre d’appelés et durée du service

      Effectifs de réserve

      Effectifs paramilitaires

      Pourcentage
      Budget Défense sur PNB
           et dépense par tête     

      1966 1982

      Bulgarie

      8,9

      (153 000)
      162 000
      8 divisions +

      94 000
      2 à 3 ans

      795 000
      3 divisions

      190 000

      3,1

      27 dollars

      2,9/PIB

      144 dollars

      Hongrie

      10,7

      (102 000)
      105 000
      15 divisions (3 cat. 3)

      58 000
      12 à 24 mois

      143 000

      145 000

      2,8

      30 dollars

      2,4

      123 dollars

      Pologne

      35,7

      (274 000)
      340 000
      15 divisions (3 cat. 3)

      190 000 +
      12 à 24 mois

      500 000

      550 000

      5,3

      52 dollars

      3 (1978)

      173 dollars

      RDA

      16,7

      (126 000)
      167 000
      6 divisions +

      92 000
      12 à 36 mois

      385 000
      + 250 000

      830 000

      3,3

      62 dollars

      3,7/PIB

      368 dollars

      Roumanie

      22,2

      (173 000)
      189 500
      11 divisions (4 cat. 3)

      109 000
      16 à 30 mois

      565 000
      21 à 50 ans

      1 030 000

      3,3

      27 dollars

      1,6

      57 dollars

      Tchécoslovaquie

      15,4

      (225 000)
      204 000
      10 divisions 2 cat. 2/3

      177 000
      2 à 3 ans

      230 000

      230 000

      5,7

      100 dollars

      2,8/PIB

      243 dollars

      URSS

      271

      (3,2 millions)
      5,3 millions
      190 divisions dont 110 cat.2

      et 20 cat. 3

      3,5 millions
      1 à 3 ans

      5 à 9 millions

      850 000

      13 %

      212 dollars

      13 %

      988 dollars

    1. Hors Pacte
      Pays

      Popul.
      (en millions)

      Effectifs d’active
      (en 1968)
      et en 1983

      Nombre d’appelés et durée du service

      Effectifs de réserve

      Effectifs paramilitaires

      Pourcentage
      Budget Défense sur PNB
           et dépense par tête     

      1986 1982

      Yougoslavie

      22,1

      (220 000)
      239 500
      8 divisions
      26 brigades

      154 000
      15 mois

      500 000

      1 à 3 millions
      (défense territoire)

      4,5

      22 dollars

      4,8

      102 dollars

      Albanie

      2,77

      (38 000)
      40 400
      9 brigades

      22 400
      2 à 3 ans

      155 000

      510 000
      (défense territoire)

      3,4
      (1967)


      Non évalué

      Annexe 5
      Avions de combat

      Annexe 6
      Histoire de l’arsenal soviétique à portée intermédiaire
      1 000 à 5 000 km - Source Michel Tatu

       

      1955

      1960

      1965

      1970

      1975

      1980

      1981

      1982

      1983

      Total vecteurs

      1 296

      1 496

      1 585

      1 322

      1 258

      1 235

      1 150

      1 181

       
      Bombardiers
      TU 4
      TU 16
      TU 22
      TU 22M


      996
      300
      -
      -


      296
      1000
      -
      -


      0
      775
      105
      -



      550
      174
      -



      475
      170
      15



      445
      140
      70



      310
      165
      65



      310
      165
      100

       
      Total

      1 296

      1 296

      880

      724

      660

      655

      540

      575

       
      Missiles
      SS 4
      SS 5
      SS 20 (dont ogives)


      -
      -
      -
      -


      200
      -
      -
      -


      808
      97
      -
      -


      508
      90
      -
      -


      508
      90
      -
      -


      360
      40
      180
      540


      340
      40
      230
      890


      275
      16
      315
      945




      350
      1 050

      Total missiles

      -

      200

      705

      598

      598

      580

      610

      606

       
      Ogives missiles

      -

      200

      705

      598

      598

      940

      1 070

      1 236

       

       

       

      Missiles de portée intermédiaire et tactiques
      Source : Le Monde, 15 mars 1987, chiffres modifiés par l’auteur.

      Annexe 7

      Annexe 8
      “Découpage” de la RDA entre alliés

      Annexe 9
      R D A

      Annexe 10
      Modernisation des moyens de l’armée de Terre en 1975-1980

Guerre électronique

Création de 3 centres d’écoutes à Landau, Berlin et Bahrdorf.
Automatisation de la chaîne de radiogoniométrie en RFA.
Établissement de liaisons protégées entre centres d’écoutes et de traitement.
Expérimentation des systèmes Elébore, Emeraude et Elodée.
Études pour l’interception des émissions en BLU, des faisceaux hertziens et des transmissions de données.

Recherche humaine

Création d’unités de recherche au niveau Corps d’armée.
Mise en place de postes à émissions brèves et automatisation du traitement des messages au 13e RDP.
Détachement de sous-officiers du 13e RDP à la MMFL.
Mise au point de lunettes à intensification de lumière.
Participation à une expérimentation américaine sur les "capteurs abandonnés au sol".

Acquisition d’objectifs

Commande de drônes CL 289.
Mise en place de radars RASIT et RATAC, lancement du programme Orchidée.

Traitement

expérimentation du traitement automatisé du renseignement, au niveau du CERM et des PC opérationnels (SERPEL, SACRA, S

Annexe 12
Les forces armées de RDA

Annexe 13
1978 - Plan des écoutes HF

Annexe 14

Annexe 15

Annexe 16
Déploiement et mouvement des divisions alliées
et corps d’armée de réserve

Annexe 17
voies de pénétration
à travers la République Fédérale Allemande

Annexe 18
Groupes d’attaque du pacte de Varsovie
d’après les archives de la NVA

 

 

Zones de feux nucléaires tactiques lors des exercices
du pacte de Varsovie de 1980 à 1990

 

1re frappe

2e frappe

Zone 1

20 coups

34 coups

Zone 2

55 coups

40 coups

Zone 3

75 coups

100 coups

Zone 4

75 coups

100 coups

 

Annexe 19

 

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