ET CHURCHILL CRÉA LE SOE…

 

Jean-Christophe Olive

 

Objet de travaux importants, l’histoire de la Résistance paraît connue dans ses grandes lignes et pourtant, aujourd’hui, de nombreuses informations émergent et intriguent tant par leur diversité que par leur complexité. Ceci explique la nécessité de se replonger dans cette période de l’histoire afin de partir à la découverte des racines de la Résistance tout en la replaçant dans la stratégie générale des Alliés après l’invasion de la Pologne et la défaite française.

En effet, il semble indélicat d’évoquer la Résistance européenne sans souligner le rôle prépondérant d’une organisation secrète mise en place par les Anglais : le Special Operation Executive (SOE)1. En outre, il convient de situer cette dernière dans l’ensemble des stratégies développées par l’état-major britannique ou celui des Alliés en général. Henri Michel qualifiait le SOE "d’arsenal, de banque et de QG de la Résistance en Europe et en Asie"2. En fait, le SOE s’inscrivit, tout au long de la guerre dans la stratégie globale, illustrée plus clairement par la période du débarquement, action où l’organisation anglaise fut plus étroitement liée à l’ensemble des décisions de l’état-major général, apportant sa technique combinant Résistance et subversion qui contribua au succès du Jour J. Les experts militaires, eux-mêmes, avouèrent "la parité des actions de Résistance et militaire" 3. Certes, cette parité fut sans doute exagérée ; cependant, la Seconde Guerre mondiale fut le premier conflit marquant l’importance croissante de ce que les britanniques nomment plus communément le "paramilitaire", c’est-à-dire "toutes les entreprises qui contribuent d’une manière non conventionnelle au triomphe d’une des deux parties lors d’un conflit militaire" 4 et la "nécessité pour les forces traditionnelles de reconnaître la valeur de cette nouvelle force" 5. Et, si cette organisation ne créa pas la Résistance, fruit des hommes de chaque nation, il convient de remarquer que le SOE permit à certaines velléités de résistance de devenir réalité. En effet, sans dynamique, sans instructeurs et sans matériel, les embryons de réseaux se seraient effondrés et auraient été rapidement neutralisés, à l’exemple de la Résistance polonaise livrée à elle-même. À l’inverse, les réussites yougoslave et française tendent à prouver qu’une Résistance soutenue par l’étranger s’avère efficace.

Pourtant, depuis 1945 et au nom de certains mythes par rapport à la Seconde Guerre mondiale, il semble que le rôle du SOE ait été minimisé, voire occulté. De même, le tabou plane encore quant à certains réseaux mis en place par la Grande-Bretagne et ce qui concerne l’ensemble des services spéciaux6. Cette omission volontaire se justifie sans doute par un orgueil exacerbé qui peut convaincre que la Libération de la France et d’autres nations résultait de leurs propres ressources matérielles et humaines, insistant sur les forces vives du pays déterminées à résister. Mais alors dans ce cas, comment expliquer l’approvisionnement en armes et l’envoi d’instructeurs qui permirent aux résistants d’entrer dans l’action ? Une interrogation naît également quant à ces hommes non formés au maniement des armes et qui surent définir les sabotages stratégiques et les mettre à exécution. Nul ne peut nier la volonté nationale de résistance, ni même le courage des résistants face au péril de l’occupation ou de la collaboration ; de même, ne négligeons pas le souffle originel et l’aide permanente du SOE.

Détailler les activités de l’organisation anglaise ou tenter d’en éclaircir les structures paraissant exhaustif, une brève présentation ainsi qu’une évocation des prérogatives attribuées au SOE permettront d’en évoquer les origines et, surtout, de découvrir les faits qui ont suscité sa création. La bonne compréhension de sa genèse est nécessaire pour mieux en saisir l’évolution et les actes.

Le SOE naquit le 19 juillet 19407 suivant un mémorandum des chefs d’état-major. Si l’acte de création fut signé par Chamberlain, l’idée générale fut conçue par Churchill et quelques-uns de ses collaborateurs spécialisés dans les menées subversives. Durant toute la guerre, cet organisme bénéficia de la protection de Churchill. En effet, ce dernier soutenait que la guerre contre l’Allemagne ne pouvait pas aboutir à une victoire si l’on utilisait uniquement des moyens traditionnels empruntés à la stratégie militaire habituelle. Selon lui, deux types d’opérations devaient se mêler, les premières étant d’ordre militaire, les secondes concernant le terrain d’une éventuelle offensive alliée, par le biais du sabotage, rôle imparti au SOE, tout comme l’intoxication dont, théoriquement, un organisme différent aurait eu la responsabilité8. L’objectif du SOE visait alors non seulement la conception des sabotages mais aussi l’entraînement des hommes en vue du débarquement. Les agents britanniques qui opéraient pour le compte du SOE recrutaient tout homme rassemblant trois qualités primordiales : "Intelligence, résolution et discrétion"9, faisant abstraction de toute opinion politique, comme l’a d’ailleurs expliqué Benjamin Cowburn10 :

Je me mis en campagne pour essayer de former un petit réseau. Aucun contact ne m’ayant été indiqué à Londres, je recherchais avec précaution quelques connaissances d’avant-guerre. Afin d’éviter d’être reconnu par des personnes de son entourage lors de la première rencontre, je pris l’habitude d’attendre près de son lieu de travail et d’aborder dans la rue l’homme que je voulais utiliser. En le choisissant, je me basais entièrement sur l’appréciation qu’il m’était possible de faire de sa moralité et de son caractère, sans me préoccuper de ses opinions politiques. Ce principe ne m’a jamais causé de déception.

 

Néanmoins, cet apolitisme s’amoindrit au cours de la guerre. Selon certaines sources, le SOE aurait reçu l’ordre de ne pas parachuter d’armes aux mouvements d’obédience communiste11 et surtout de ne pas les aider de crainte d’un éventuel coup d’État si les Allemands étaient défaits. Ainsi, les FTP ne reçurent aucun parachutage d’armes et durent compter sur leur propre habileté ou sur la générosité d’autres mouvements12.

Une fois les bases du SOE posées suivant le schéma grossièrement défini ci-dessus, Churchill, animé par une volonté de fer, décida de concrétiser cet organisme en fusionnant deux sous-services du War Office13 et du MI 614. À cet effet, il préleva le MIR15, au War Office et la Section D à l’Intelligence Service. Contrairement à certaines idées reçues, le SOE était totalement indépendant de l’IS pour des raisons de cloisonnements nécessaires à de tels services et, comme nous le verrons ultérieurement, pour des raisons annexes. D’ailleurs, autant l’IS que le War Office se sentirent lésés et prirent un malin plaisir à entraver ce nouvel organisme au début de la guerre16, d’où, d’après certains agents et cadres du SOE, les échecs subis entre 1940 et fin 1945, dus au manque de compréhension et de bonne volonté de la part des services assignés au renseignement ou aux opérations militaires. Ajoutons, pour mettre un terme aux idées préconçues, que si beaucoup de résistants français déclarent avoir entendu de la bouche des agents anglais qu’ils venaient de l’IS, c’est par pure commodité. "IS" signifiait quelque chose pour tout le monde et rappelons-nous l’aspect secret du SOE dont une des caractéristiques était "l’interdiction formelle pour les agents en action de prononcer le sigle même’’ 17 de cette organisation. De plus, "Intelligence" en anglais signifie "renseignement" en général et s’emploie donc à propos de domaines divers.

Le SOE installa, dans un premier temps, son QG à Baker Street puis essaima dans tout Londres. Il fut placé sous la tutelle de l’Economic Warfare18, dirigé tour à tour par Hugh Dalton, travailliste, de 1940 à 1942 puis par lord Wolmer, conservateur, de 1942 à 1945. À la tête du SOE se succédèrent sir Franck Nelson de 1940 à 1942, sir Charles Hambro de 1942 à 1943, puis le général McVean Gubbins qui donna ses lettres de noblesses à une organisation dont les efforts furent couronnés au cours des années 1943 et 194419.

A la veille du débarquement en Normandie, le SOE et l’OSS20 américain formèrent un état-major commun auprès du Quartier Général des Forces Spéciales21. En ce qui concerne la France, le général Gubbins remit officiellement le contrôle du SOE au général Koenig le 1er juillet 1944. C’est ainsi que la section française du SOE se trouva placée sous la tutelle de l’EMFFI22. Mais, comme l’a signalé clairement M.R.D. Foot, historien spécialiste de la résistance, l’EMFFI se "montra incompétent quant à l’utilisation du SOE. Pour ne citer qu’un seul exemple (...) : il a nommé Francis Cammaerts - j’ai eu l’occasion de voir la copie de la dépêche que l’EMFFI avait envoyée à la section française - commandant de toutes les forces résistantes au sud du Rhône, sans toutefois prévenir l’intéressé (...), et sans lui donner la moindre indication sur la politique à suivre"23.

Bien structuré, le SOE possédait, outre un service financier, un service de documentation chargé de rassembler des informations variées, un service de transmissions et de nombreux laboratoires investis de la mission de fabrication d’armes secrètes et d’autres éléments nécessaires au bon accomplissement de la guerre subversive. Quatre types de "Training Schools", réparties en 60 points d’Angleterre ou d’Écosse, furent créés pour entraîner les agents. Dès 1942, le SOE disposa de ressources aéronavales importantes et dirigea ce qui devint une véritable petite flotte privée, composée de toutes sortes de navires. L’accent fut cependant mis sur l’aviation par l’intermédiaire de deux escadrilles qui lui furent rattachées : la 138e et la 161e. Le SOE comptait ainsi 3 avions en 1940 et plus de 100 en 194424.

Pendant l’été 1944, on dénombrait un effectif total de 10 000 hommes et 3 000 femmes, employés soit en Grande-Bretagne soit sur le terrain. En effet, le SOE couvrait le monde entier, par le biais de multiples sections, de la France à l’Inde, sans oublier la Yougoslavie, la Belgique, les pays nordiques ou encore l’Afrique. Les sections les plus développées furent les sections yougoslave et française, pour des raisons stratégiques et politiques.

Afin de mieux comprendre la structure complexe du SOE, nous pouvons prendre l’exemple de la section française, dite "F". Cette dernière fut administrée par Hary Marriott, puis, courant 1941, par le colonel Buckmaster qui organisa 95 réseaux plus connus en France sous le nom de "réseaux Buckmaster". Il y eut également, toujours en France, une section RF qui mit en place les filières d’évasion, notamment par l’Espagne, ainsi qu’une section RF, indépendante de la section F, dirigée par Piquet Wicks et en relation avec le BCRA25 de la France Libre. Cette dernière section fut chargée de tous les parachutages destinés aux mouvements et réseaux français. Grâce aux sections F et RF, le SOE supervisait toute action sur le sol français. Dans les faits, la section RF aurait été un leurre vis-à-vis de De Gaulle et Passy, afin de leur donner l’impression qu’on offrait une aide conséquente aux Français qui ne dépendaient pas d’instructeurs britanniques26. Il existait également une section AMF, établie à Alger en 1942, qui s’occupait de la plupart des opérations conduites dans le Sud de la France, préparant ainsi le débarquement en Provence. La section E/UP traitait les affaires polonaises en France27. Enfin, une autre section aurait existé sans que l’on en trouve la trace officielle : la section "Devonshire" qui établissait des contacts étroits avec Giraud28. Parmi toutes les sections, la section F répondait aux volontés du SOE et inscrivait ses actions dans la stratégie générale de l’organisation. Soulignons cependant que l’indépendance de chaque section était primordiale, ce cloisonnement permettant de préserver sections et hommes. L’étude du SOE en France permet également de souligner les importants moyens mis à la disposition de cette organisation et de corroborer ainsi l’affirmation de H. Michel, déjà citée précédemment, selon laquelle le SOE fut l’arsenal de la Résistance. En effet, l’organisme britannique envoya en France entre 450 et 500 agents29 (dont 39 femmes) entre 1941 et 1944. 130 de ces agents furent arrêtés. De plus, entre 1942 et 1945, le SOE parachuta 5 724,5 tonnes de matériel qui devait officiellement permettre l’armement d’environ 350 000 hommes30. On pourrait insister encore davantage sur les chiffres afin de montrer l’importance capitale du SOE quant à l’approvisionnement en armes des pays occupés dans l’ensemble de l’Europe, mais le au cas français est suffisamment explicite. Pour ce qui est de l’aide matérielle, on peut toutefois citer également le cas yougoslave grâce à l’inventaire, dressé par Dominique Venner, des parachutages opérés en 194431 :

"100 000 fusils ;
50 000 mitraillettes Sten ;
1 380 mortiers ;
324 000 obus de mortiers ;
636 000 grenades à main ;
97 millions de cartouches ;
700 postes radio ;
175 000 tenues de combat ;
260 000 paires de chaussures".

Mentionnons au passage que de l’argent était fourni à chaque parachutage, qui se partageait entre de la vraie et de la fausse monnaie, mais qui assurait la survie des résistants et des maquisards. C’est pour cette raison que les hommes intégrés aux réseaux du SOE ne furent jamais considérés comme des pilleurs puisqu’ils achetaient leur nourriture et payaient ce dont ils avaient besoin32.

En constatant la dimension mondiale du SOE et les moyens déployés pour le bon accomplissement des missions de l’organisation, on s’interroge sur les véritables objectifs des Anglais et surtout de Churchill. Certes, au fur et à mesure de l’approche du débarquement, l’apport d’aide matérielle et financière dut s’accroître pour répondre aux nécessités. Dans le même temps, les réussites du SOE entre 1943 et 1944 encouragèrent ses partisans à augmenter les moyens mis à sa disposition, alors que ce ne fut pas le cas au débat puisque cet organisme eut à souffrir des mauvaises volontés des états-majors militaires et des Services spéciaux traditionnels. Il ne faut pas oublier que la première place occupée par cet organisme est en partie due à son principal instigateur, Churchill qui imposa ce que les autres services nommèrent "le bâtard du Bulldog"33. En effet, le génie et la perspicacité de certains hommes de l’ombre permirent la création de cette organisation puis sa grandeur. Et seule la genèse du SOE aide à comprendre son développement, en même temps que la stratégie que Churchill tenait à faire adopter par des chefs d’états-majors qui nourrissaient de la répulsion pour une formation qui n’appartenait pas au cadre militaire ou paramilitaire traditionnel. Pourtant, le SOE fut le premier organisme secret et structuré à lancer avec une telle force l’idée de guérilla, de maquis, de sabotage et d’intoxication. Véritable innovation que celle d’un pouvoir qui assignait autant de responsabilités à un organisme marginal, comme si son avenir prometteur était déjà inscrit dans les prémices de sa création !

En mai 1940, Churchill et les spécialistes des Services spéciaux tirèrent des conclusions plutôt alarmantes. Tandis que les Allemands occupaient la Hollande et que la France s’effondrait devant la Wermacht, l’Intelligence Service paraissait en pleine décomposition ainsi que le décrit si bien Bickham Sweet Escott34 : "Il fallait bien admettre que nous n’avions pas obtenu des résultats fort brillants : quelques opérations avaient été heureuses, mais pas beaucoup, et nous possédions ce qu’on pouvait appeler une organisation sur le terrain dans les Balkans, mais qui jusque-là n’avait rien produit de spectaculaire. (...) Quant à l’Europe occidentale, c’était lamentable, même si nous avions des excuses : nous ne possédions pas un seul agent entre les Balkans et la Manche. Aussi ne fallait-il pas s’étonner de voir le nouveau gouvernement Churchill procéder à une réorganisation de fond en comble".

En effet, l’Intelligence Service vit ses activités réduites à néant lors de la poussée éclair des armées du Reich. Avant la guerre, la Hollande servait de plaque tournante pour ce service britannique qui surveillait les Allemands. Son quartier général avait pignon sur rue en Hollande et les habitants de La Haye savaient que le siège en était le bureau de contrôle des passeports du consulat britannique, et que au 15 Niewe Vitweg35, les responsables en étaient le major Stevens et son adjoint le capitaine Payne-Best. On comprend donc que les Allemands n’eurent aucune difficulté pour découvrir ce qui se tramait. À la fin de 1939, des agents de l’Abwehr36 attirèrent Stevens et Best dans un piège, se faisant passer pour des antinazis susceptibles de leur fournir des renseignements militaires de la plus haute importance. ils les persuadèrent d’accepter une entrevue à Venlo le 8 novembre 1939 et les deux agents anglais qui s’y rendirent furent arrêtés. Cette arrestation désorganisa, non seulement les services du MI 6 en Hollande, mais contraignit également l’Angleterre à retirer ses agents de beaucoup d’endroits, si bien qu’en 1940, lorsque les Allemands envahirent les Pays-Bas et la France, la Grande-Bretagne ne possédait plus de services de renseignements et de contre-espionnage efficaces37.

Menzies, responsable des Services secrets britanniques, dut alors réorganiser ses services, convaincu que désormais les informations radios deviendraient capitales. En effet, si des mesures radicales n’étaient pas prises, des années seraient nécessaires pour reconstituer un réseau d’espionnage efficace. Heureusement, Churchill décida de décharger en partie Menzies de cette lourde tâche, lui suggérant de détacher et d’aménager la section D (pour "destruction")38 du MI 6. L’objectif était de constituer une unité agressive visant à infliger des dommages à l’ennemi par le biais du sabotage. Notons qu’à l’origine, ces intentions ne concernaient que le territoire britannique occupé en cas d’invasion allemande39. Ce projet, malgré les bonnes volontés, n’aboutit pas. Churchill demeura convaincu de la nécessité d’entreprendre et d’appuyer des opérations de sabotage contre l’ennemi et donc de cloisonner puis de séparer "Renseignements", "Action" et "Intoxication"40 dont les pratiques divergeaient, voire s’opposaient.

Le 27 mai 1940, un conseil de guerre extraordinaire réunit les chefs d’état-major des trois armées autour de Churchill, posant la question des chances de l’Angleterre dans la poursuite des combats. Unanimes, ils répondirent : "En dehors des bombardements, la seule méthode qui pourrait entraîner l’effondrement de l’Allemagne consisterait à fomenter de nombreuses révoltes dans les territoires conquis. Les pays occupés devraient constituer un terrain propice à des opérations subversives, surtout lorsque la situation économique commencera à se dégrader. Dans les circonstances actuelles, nous considérons cette forme d’action comme étant de la plus haute importance" 41. Churchill se montra satisfait car cela répondait à ses volontés. Il désirait privilégier le rôle des mercenaires. Partisan de la guerre irrégulière, il avait longtemps disserté à ce sujet avec son ami T.E. Lawrence42 dont il adopta la maxime : "On peut défaire un ennemi puissant avec une armée d’ombres : espions, saboteurs, guérilleros" 43. En outre, passionné d’histoire, Churchill semblait vouloir tirer des leçons du passé, insistant sur la nécessité d’utiliser la guérilla pour vaincre un ennemi dont les forces militaires s’avéraient imposantes. Selon lui, lorsqu’il existait un déséquilibre militaire et une occupation des pays alliés ou de son propre pays, tous les moyens étaient bons pour refouler l’ennemi. Il accompagnait ses dires de faits historiques ce qui, sans doute, amène D. Venner à suggérer que Churchill se prenait pour un nouveau Pitt qui "pour vaincre Napoléon finança tous les ennemis des forces impériales. La Grande Armée - soit près de 250 000 hommes - se retrouva prise au piège tendu en Espagne par 50 000 guérilleros tout au plus. Avant la Russie, l’Espagne fut le tombeau de Napoléon" 44.

Gubbins, futur responsable du SOE et membre actif du MI 6 avant 1940, rapporta qu’au cours de ses entretiens avec le Premier ministre, Churchill évoquait tour à tour l’action de la chouannerie, des francs-tireurs français de 1871 et des paysans russes de 181245. Churchill suggérait à Gubbins et à d’autres conseillers, spécialistes des Services spéciaux, d’étudier de près ces antécédents de guerre clandestine, ce que fit Gubbins et ses collaborateurs qui s’intéressèrent aux phénomènes de guérilla. C’est ainsi que, se servant de leur culture historique, ces "spécialistes" de la guerre subversive, émirent l’idée que si des événements de guerre clandestine, comme la chouannerie, avaient échoué, c’était par manque d’impulsions extérieures et parce que l’aide anglaise, trop faible, n’avait pas pu permettre une action suffisamment efficace. Ils complétèrent leur analyse de faits historiques, avançant que les révoltés s’étaient livrés, tels Vercingétorix à Alésia. En revanche, il remarquèrent que la plupart des peuples ayant reconquis leur indépendance avaient bénéficié d’un appui étranger. C’est ainsi qu’au cours d’une entrevue avec Churchill, un collaborateur du général Gubbins lui cita trois exemples :

le Royaume sarde avait été soutenu par Napoléon III ;
les Belges par Louis-Philippe ;
l’Irlande par des compatriotes émigrés aux États-Unis.

Bien entendu, toutes ces réflexions reposent sur une vision simpliste, et pas toujours exacte, de l’histoire mais permet de mieux comprendre les idéologies que voulaient véhiculer le général Gubbins et ses collaborateurs. L’affaire d’Irlande allait d’ailleurs développer ces idées de guérilla auprès de nombreux membres des états-majors militaires et des Services spéciaux (notamment chez le général Gubbins). En effet, le Military Intelligence46 avait eu une grande importance au moment de ces événements de 1920 à 1921. Face aux difficultés rencontrées à cause de la guérilla conduite par le "Sinn Fein" grâce à sa branche armée47, l’Angleterre connut beaucoup de déboires. Des réflexions émergèrent alors de ce conflit et de nombreux théoriciens s’employèrent à les exploiter. Si la guérilla avait été utilisée contre l’Angleterre avec succès, elle pouvait s’avérer efficace pour cette dernière dans la lutte contre les ennemis de la Couronne48.

Dès 1932, le Military Intelligence envisageait de mettre en place des Services ultra-secrets pour préparer d’éventuelles opérations de subversion et de sabotage. L’un des principaux fut "l’Inter Service Training Development Center" qui se développa relativement peu et n’atteignit pas le maximum de ses possibilités49. En revanche, comme le souligne très bien D. Venner50, on retrouve ce nom, presque mot pour mot, en 1940 à la création du "Special Training Center" (ou "Schools") pour les commandos et la formation des agents du SOE. L’"Inter-Service" se transforma à la veille de la Seconde Guerre mondiale en "Military Intelligence Research"51 mais cette refonte ne s’avéra pas concluante par manque de moyens et par absence de buts clairement définis. Néanmoins, toutes ces tentatives successives, à l’issue de la guerre d’Irlande, démontrent l’effort britannique pour l’aménagement des Services spéciaux, de même que la volonté de développer la subversion et le sabotage.

Le général Gubbins participa à l’organisation de tels services. Ayant vécu les événements d’Irlande, il s’intéressa à l’art de la guérilla et rédigea, avec l’aide du colonel Holland52, trois brochures53 :

Art of Guerilla Warfare ;
Partisans Leader’s Handbook ;
How to use High Explosive.

Grâce à ses idées originales, Gubbins fut remarqué par l’état-major et par Churchill qui lui confièrent la création de petites compagnies qui préfiguraient les méthodes des commandos qui furent, entre autre, appliquées au SOE, comme le souligne R. Sheppard54 : "Les missions des agents du SOE étaient conçues comme des missions de mini-commandos et visaient à préparer des hommes dans cet objectif pour quand surviendrait le débarquement".

Ce cadre correspondait à Churchill désireux de l’appliquer au SOE en créant des commandos, des missions pour désorganiser les Allemands et démontrer ainsi que l’Allemagne n’avait pas encore remporté la guerre, qu’une Résistance existait et qu’en conséquence la revanche approchait.

Imprégné de ces théories, Churchill fit tenir au général Hastings Lionel Ismay55, le 4 juin 1940, les propos suivants : "Il serait magnifique de faire en sorte que les Allemands soient amenés à se demander où ils vont être frappés la prochaine fois, au lieu que nous nous trouvions forcés par eux d’entourer cette île d’un mur, avec un toit par-dessus !" 56 À l’époque, ce discours parut ridicule puisque la Grande-Bretagne se trouvait réduite à la dernière extrémité et que la France se préparait à livrer une ultime bataille, mais il faisait suite à une note que le général Ismay avait reçue de la main même de Winston Churchill, lequel lui intimait l’ordre d’organiser des comités de réflexion afin de "coordonner toute action par voie de subversion et de sabotage au-delà des mers contre l’ennemi"57.

Fin juillet 1940, le SOE fut mis en place officiellement. Dès le lendemain, Churchill envoya la note suivante à Anthony Eden : "Bien entendu, il est urgent et indispensable que rien ne soit négligé pour obtenir secrètement toutes les informations qu’il est possible d’espérer sur les forces allemandes établies dans les territoires occupés, et de nouer d’étroits contacts avec les populations en installant parmi elles des agents. J’espère que cela sera fait sur une large échelle, dans toute la mesure des moyens qui nous seront offerts, par le nouvel organisme qui dépend du ministère de l’Économie de guerre (Economic Warfare)"58.

L’année 1940 connut une surenchère de bonne volonté offensive, voire belliqueuse, et Churchill ne cessa pas de tourmenter son état-major, demandant : "Quelles sont les dispositions prises pour envoyer de bons agents au Danemark, en Hollande, Belgique et France (...) Quand va-t-on se décider à envoyer des commandos de saboteurs afin de paralyser l’ennemi ? (...) Avez-vous songé aux opérations que nous avons longuement exposées concernant le harcèlement des Allemands derrière leurs lignes ?" 59. L’entrevue entre Churchill et Hugh Dalton, ministre de l’Economic Warfare, qui allait superviser le financement du SOE rattaché à son ministère, conféra encore, à ce nouvel organisme une dimension offensive. En effet, de cette entrevue sortit le célèbre : "Set Europe Ablaze ! Des Européens périront dans l’incendie ? It’s war ! Das ist Krieg ! C’est la guerre !" 60

A cette jouissance des mots vint s’ajouter celle des actes avec les premiers raids outre-Manche pour marquer ce désir de non-renonciation61, mais aussi avec les tentatives de mise en place des premiers réseaux pour le compte du SOE.

Il semblerait, donc, que Churchill ait voulu conférer au SOE un aspect offensif, mais ne s’agirait-il pas d’un leurre et cette grandiloquence excessive ne masquerait-elle pas un puissant désir d’autoprotection ?

Ce dessein de répandre la terreur dans les rangs allemands et cet esprit belliqueux des Britanniques se révèlent plus complexes. En réalité, cela correspondait plus, au début 1940, à un désir d’intoxication de l’ennemi afin de le tromper sur la puissance réelle de l’Angleterre. Les témoignages de nombreux agents ainsi que quelques ouvrages ou archives concernant Churchill et ses activités permettent de conclure que, compte tenu de la situation précaire de l’Angleterre, cette dernière voulait retenir les Allemands là où ils se trouvaient, sans perdre de vue le but prioritaire d’autoprotection. En second lieu, il fallait former des résistants dans toute l’Europe occupée afin de désorganiser l’ennemi de l’intérieur et préparer ainsi le terrain pour un débarquement des forces alliées. C’est pourquoi l’Angleterre choisit de privilégier la guérilla au sein de divers pays envahis.

Les écrits de Churchill ou les archives concernant le personnage révèlent ses objectifs divers. Par exemple, dans son Histoire générale des peuples de langue anglaise, Churchill se permet quelques réflexions sur l’Europe, pensées explicites où l’Allemagne est perçue comme "grossière et brutale" alors que la France ne vaut que par l’agrément de ses paysages et, depuis l’Entente Cordiale, qu’en tant que "glacis défensif de l’Angleterre"62 sur le continent. Churchill n’assignera-t-il pas, d’ailleurs, ce rôle à la France en 1940 et durant toute la guerre ? La déclaration du 4 juin 1941 à la Chambre des Communes63 vient corroborer cette perspective : "Nous défendrons notre île, quel que soit le prix que nous devrons y mettre. Nous nous battrons dans les champs et dans les rues, nous nous battrons sur les falaises, nous ne capitulerons pas", tout comme cette note tenue au colonel Buckmaster, administrateur de la section française du SOE : "L’idéal serait d’utiliser le maximum de personnes se trouvant sur le sol français afin de ralentir la progression allemande tout en épargnant nos hommes et l’Angleterre" 64. Enfin, d’après les témoignages d’anciens agents du SOE et dans les archives personnelles de certains d’entre eux, qui contiennent leurs mémoires, mais aussi d’après la lecture des archives officielles concernant Churchill, il semblerait que la perspective d’une invasion de l’Angleterre l’ait énormément préoccupé. Et, jusqu’à l’échec de l’opération Seelöwe lancée par les Allemands65, il préconisa de ne pas trop inquiéter l’ennemi66 dans le cas d’un débarquement éventuel en Angleterre, de même qu’il proposa une organisation spécifique de résistance intérieure. Son but était d’armer le plus grand nombre d’hommes "non anglais" afin de déstabiliser l’ennemi dans les pays occupés et de limiter les pertes britanniques67. La création du SOE, organisme de sabotage, résultait donc d’un double désir de protection de la Grande-Bretagne et de continuation de la guerre. Puis, peu à peu, le SOE devint également un des éléments déterminants du bon déroulement du débarquement.

Voici donc des raisons théoriques qui poussèrent à se lancer dans l’aventure nouvelle que représentait le SOE. Il convient d’insister surtout sur le fait que les objectifs évoluèrent au long du conflit. Si, avant et pendant la bataille d’Angleterre, ce service cacha une dimension défensive, bien qu’inopérationnelle en raison des forces engagées pour l’ultime bataille après l’échec de la bataille d’Angleterre et le report de l’opération Seelöwe, Churchill et son état-major comprirent qu’un tournant décisif se négociait68. Le SOE revêtit alors un aspect plus offensif tout en préparant les hommes au débarquement et en fournissant armes et instructeurs. Ainsi, le SOE devint le premier service européen pour l’aide à la Résistance et sans doute la pierre angulaire qui contribua à l’effort militaire général pour le débarquement et la Libération.

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Notes:

1 Exécutif des Opérations Spéciales.

2 Henri Michel, La guerre de l’ombre, Paris, Grasset, 1969, p. 57.

3 Témoignage de Sheppard, ancien agent du SOE.

4 Témoignage de G. Millar, ancien agent du SOE.

5 Témoignage de V. Atkins qui fut la secrétaire et le bras droit de Buckmaster, chef de la section française du SOE.

6 En effet, on porte généralement peu d’intérêt au services spéciaux français de la Seconde Guerre mondiale comme les "Travaux Ruraux" du colonel Rivet et du colonel Paillole, lesquels furent, pourtant, un des noyaux du renseignement en France. Le même phénomène se produisit aux États-Unis avec l’OSS.

7 Archives du SOE, SOE Room, Foreign Office, W.P (40) 271 : War Cabinet ; Home Defence (Security) Executive. Special Operation Executive/ Memorandum by the Lord President of the Council.

8 Il s’agissait d’Elektra House ou SO1, confiée au Political Warfare Executive (ministère de la Propagande, en quelque sorte) et chargée de l’intoxication. Ce service appartenait à la section D, sous-section du MI 6 (Intelligence Service), chargée de la propagande, de l’intoxication et du sabotage.

9 Cf. Benjamin Cowburn, Sans cape ni épée, Paris, Gallimard, 1958, chapitre V, p. 62. Ces trois mots reviennent fréquemment dans la bouche d’anciens agents, ce qui laisse penser que, pendant leur formation, on avait dû les leur répéter de nombreuses fois.

10 Op. cit., chapitre V, p. 57. Là encore de nombreux témoignages d’anciens agents viennent confirmer cette volonté de créer un organisme sans a priori politique.

11 Témoignages d’anciens agents du SOE.

12 Ce fut le cas de Georges Guingouin, militant communiste, qui parvint à convaincre les Anglais de lui parachuter des armes pour la mise en place d’une structure britannique. Ce fut l’unique cas d’intoxication de la Grande-Bretagne par un membre communiste à des fins d’armement de maquis. Notons que Guingouin reçut les honneurs militaires britanniques à la Libération.

13 Ministère de la Guerre.

14 Intelligence Service (IS), service de renseignements britannique.

15 Military Intelligence Research, grossièrement, le service de renseignements militaires.

16 Témoignage de V. Atkins.

17 Témoignage de R. Sheppard, ancien agent du SOE.

18 Ministère de la Guerre économique. Ce ministère dirigeait l’économie de guerre et s’occupait, entre autre, de l’attribution de fonds pour le SOE.

19 Notons que le général Gubbins avait été associé, dès sa création, au SOE dont il assumait la direction des opérations.

20 Office of Strategic Service, sorte d’équivalent américain du SOE.

21 Durant le mois de mai 1944, dans le cadre de ce service, le SOE s’associa au général Eisenhower et était chargé d’informer le commandement suprême sur les opérations que pouvaient réaliser les services secrets pour son compte.

22 État-major des Forces Françaises Libres, à Bryanston Square, non loin du QG du SOE.

23 Extrait d’une conférence donnée par M.R.D. Foot à Besançon, dans le cadre d’un colloque sur la Résistance.

24 Ces informations ne sont, pour l’instant, qu’approximatives et ne reposent pas sur des sources officielles. Néanmoins, de nombreux témoignages et ouvrages avancent ces chiffres.

25 Bureau Central de Renseignements et d’Action qui dépendait des services gaullistes à Londres et que dirigeait "Passy".

26 Témoignage de M. Richard, ancien agent français pour le compte de la section F.

27 Selon certaines sources, plus de 80 hommes appartenaient à cette section en 1944.

28 Témoignage de Pete H, fils d’un ancien agent du MI 6 d’après les archives de son père.

29 Il est délicat de faire une estimation précise du nombre d’agents envoyés en France. Certains ouvrages avancent le nombre de 480, d’autres de 600. Les sources officielles indiquent 801 agents mais tiennent compte des agents envoyés et des agents récupérés sur le terrain. À noter que ces statistiques sont erronées puisque les agents envoyés étaient, quelquefois, récupérés puis parachutés de nouveau, et donc comptabilisés plusieurs fois.

30 Ces chiffres émanent d’un recoupement de statistiques réalisées à partir des données de l’Imperial War Museum, du Public Record Office et des archives du SOE au Foreign Office.

31 D. Venner, Les armes de la Résistance, Paris, Jacques Grancher, 1976, chapitre III, p. 129.

32 M. Ado Raimond, ancien cadre du réseau Newsagent du SOE, nous a confié qu’à chaque parachutage, un petit conteneur spécifique était envoyé et renfermait d’importantes sommes d’argent si bien que le groupe pouvait s’offrir le privilège de l’achat d’une vache par jour, de vins, de vivres, et cela dès la formation de leur maquis courant 1943/1944.

33 Témoignage de L. Read qui fut en rapport avec divers services spéciaux.

34 B.S. Escott, Services Secrets, Paris, Presses de la Cité, 1966, chapitre I, p. 39. cet ouvrage est le récit de ses actions et analyse les activités des Services spéciaux pendant la Seconde Guerre mondiale.

35 Témoignages de Pete H.

36 Service secret allemand chargé du renseignement et du contre-espionnage.

37 Témoignages de Pete H., fils d’un ancien agent de l’IS, d’après les archives de son père.

38 La section D avait été fondée en 1938 et était sous les ordres du colonel Lawrence Grand.

39 Témoignage de Edward C., ayant appartenu au London Controlling Section, organisation chargée de concevoir et de coordonner les plans stratégiques "couverture et déception" pour tous les théâtres de guerre ou, plus concrètement, chargée de la mystification.

40 Mais la guerre d’intoxication de l’ennemi se trouva associée, également, aux services spécialisés dans l’Action.

41 Ceci est rapporté dans Dominique Venner, Histoire critique de la Résistance, Paris, Pygmalion, 1995, chapitre VIII, p. 178.

42 "Lawrence d’Arabie".

43 Cf. D. Venner, Histoire critique de la Résistance, op. cit., p. 179.

44 D. Venner, Histoire critique de la Résistance, op. cit., p. 178 et, du même auteur, Les armes de la Résistance, Paris, Jacques Grancher Éditeur, 1976.

45 Témoignages de Edward C.

46 Service de Renseignements militaires.

47 L’Irish Republican Army (IRA).

48 Témoignage de Len Read.

49 Témoignage de G. Cowell, ancien archiviste du SOE au Foreign Office.

50 D. Venner, Histoire critique de la Résistance, op. cit., chapitre VIII.

51 Service de renseignements et de Sabotages dépendant des instances militaires. Il prit ce nom en 1939 après s’être appelé successivement "Inter-Service", "General Staff Research" et "General Staff Center". Ce qui fait dire à L. Read que les anglais, lorsqu’un service ne marche pas, aiment à changer son nom afin que sa situation s’améliore.

52 Le colonel Holland était une des éminences grises des Services spéciaux britanniques.

53 Archives de l’Imperial War Museum, du SOE et du British Museum.

54 Correspondance avec R. Sheppard, ancien agent du SOE.

55 Chef du secrétariat militaire britannique et du Comité de Défense Impériale.

56 Cf. Colonel Rémy, Missions secrètes et missions spéciales pendant la Seconde Guerre mondiale sur mer comme sur terre, Genève, Idégraf, 1976, p. 175.

57 Archives privées de J. Marchand, ancien agent français pour le compte du SOE.

58 cf. Colonel Rémy, op. cit., p. 180.

59 Archives du SOE, SOE Room, Foreign Office.

60 R. Sheppard, ancien agent du SOE, nous a confié que cette phrase était purement mythique et avait un but de propagande et de glorification.

61 C’est ainsi que les Anglais effectuèrent des raids de faible envergure fin juin 1940. Ces raids préfiguraient ceux qui allaient être organisés contre les bases allemandes des îles norvégiennes de Lofoten, Maäloy et Vagsöy en décembre 1941.

62 D. Venner, Histoire critique de la Résistance, op. cit., chapitre VIII.

63 Archives du Public Record Office.

64 Archives privées de Joseph Marchand, ancien agent français du SOE. Il tiendrait cette phrase de Buckmaster lui-même lors de sa venue à la caserne de Montbrison en 1944.

65 "Seelöwe", invasion de l’Angleterre par les Allemands.

66 Témoignage de R. Richard, ancien agent français pour le compte du SOE.

67 La tentative de débarquement de Dieppe en août 1942, qui engagea fort peu les armées britanniques, aux dépens des soldats canadiens, n’est elle pas l’expression concrète de la volonté de Churchill de vouloir utiliser des "étrangers" pour protéger les Anglais de toutes pertes ?

68 Selon R. Richard, ancien agent du SOE : "Les Anglais, au lendemain de la bataille d’Angleterre et de l’opération Barbarossa, comprirent que les Allemands avaient perdu la guerre à plus ou moins long terme et qu’ils pouvaient engager plus de forces sans risques de pertes considérables".

 

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