FORMATION ET DÉVELOPPEMENT DE LA STRATÉGIE MILITAIRE RUSSE Essai d’interprétation historique

Georges Tan Eng Bok

 

Trois facteurs majeurs ont contribué à la formation et au développement de la stratégie militaire russe. Il s’agit des données géopolitiques en général - et, plus particulièrement des permanences géostratégiques -, du legs historique et de l’assimilation des divers apports étrangers successifs (signalons dès à présent que cet essai d’interprétation inclut également la parenthèse bolchevique).

La conjonction de ces divers éléments a fait apparaître, dans la stratégie militaire russe et soviétique, deux caractéristiques fondamentales. Il s’agit, d’une part, de l’orientation résolument terrestre de cette stratégie, même si la quête d’accès maritimes ne fut pas absente des préoccupations des maîtres du Kremlin. Elle traduit, d’autre part, une prédilection pour la mobilité, la puissance de feu, et l’offensive (la déception et le camouflage - ou maskirova - occupent aussi une place importante dans l’offensive). Toutefois, le développement des sciences et technologies militaires, notamment dans les domaines balistique et nucléaire, a permis à la stratégie militaire soviétique vers la fin de la parenthèse bolchevique de se donner - du moins en théorie - les moyens matériels nécessaires à l’application optimale de ses concepts offensifs.

Avec la dissolution de l’URSS et la fin de la Guerre froide, la Russie a resurgi. Mais, de même que les concepts stratégiques soviétiques ont fait ressortir la continuité russe tsariste, les nouvelles "affaires militaires" russes reflètent l’influence conceptuelle ainsi que la pratique du recours à la force propres au passé soviétique.

  1. DONNÉES GÉOSTRATÉGIQUES

    Un examen élémentaire de la géographie physique russe permet de constater, au premier abord, un espace immense et relativement plat. En d’autres termes, cet espace ne possède pratiquement pas de frontières naturelles ; "l’espace ouvert, indéfendable", selon l’expression d’Hélène Carrère d’Encausse1. La réalité est cependant plus complexe car le relief et le climat ont constitué autant d’inconvénients que d’avantages géostratégiques.

    Étiré d’est en ouest, l’espace russe comporte trois zones majeures : la tundra, la taïga et la steppe. La tundra est située au nord du cercle arctique. La taïga lui succède : elle couvre la plus grande partie nord de l’Eurasie. Une zone de transition s’interpose entre la tundra et la taïga. Cette zone se subdivise en une forêt mixte venant immédiatement après la taïga, correspondant au centre de la Russie, et une steppe boisée, séparant les zones boisées des pâturages. Enfin, la steppe forme une immense plaine s’étirant de la Mongolie à la Hongrie.

    Ainsi, à l’exception des montagnes du Caucase au sud-est - entre la mer Noire et la mer Caspienne - et de celles des Carpathes au sud-ouest, le relief de la Russie d’Europe est essentiellement plat, bien que traversée par de nombreux cours d’eau du nord au sud jusqu’à l’Oural. Cette dernière caractéristique, combinée avec les effets du climat et des précipitations saisonnières, permet de pallier l’absence de barrières naturelles, du moins face à l’ouest. En effet, le gel en hiver, la fonte des neiges au printemps ainsi que les pluies en automne sont de nature à restreindre les mouvements dans cette vaste plaine qui comporte, de surcroît, de nombreux marécages. C’est dire si "l’espace ouvert, indéfendable" s’apparente davantage à un mythe, toutefois bien utile pour

    justifier les conquêtes territoriales russes aussi bien vers l’ouest que vers l’est.

  2. LEGS HISTORIQUE

    Très souvent, la motivation de l’expansion territoriale russe fut attribuée aux seuls impératifs de sécurité. Dans son ouvrage magistral Russia under the Old Regime, Richard Pipes l’interprète davantage comme le produit d’un cycle de colonisation et de conquête territoriale2.

    Jusqu’au milieu du XVIe siècle, les confins orientaux de la Russie ne dépassaient pas la zone des forêts mixtes car la steppe fut contrôlée par les populations turcophones. Or, les travaux des champs dans la taïga aux alentours de Novgorod et de Saint-Pétersbourg ne pouvaient s’effectuer que quatre mois par an, entre mai et septembre. Cette courte période - de concert avec la pauvreté du sol, l’irrégularité des précipitations et les difficultés de l’élevage - ne fut pas seulement à l’origine de la faible productivité russe ; elle causa aussi et surtout l’expansion territoriale vers l’est, selon un cycle de conquête et de colonisation au fur et à mesure de l’épuisement des ressources naturelles sur un territoire donné. Un tel processus, commencé avec la prise des khanats de Kazan et d’Astrakan entre 1552 et 1556, a duré jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, quand la supériorité militaire russe sur les peuplades de la steppe devint absolue.

    Ainsi, l’impératif de sécurité - en d’autres termes le caractère défensif des opérations militaires invoqué par les historiens russes et souvent repris par des auteurs occidentaux3 - avait essentiellement servi à protéger la colonisation russe des nomades de la steppe qui s’opposèrent à cette intrusion. Pour cette raison, au cours des XVIe et XVIIe siècles, il n’y avait pas une seule année au cours de laquelle les Russes n’eurent pas à se battre sur leurs frontières au sud et au sud-ouest. D’une manière plus générale, l’histoire de la Russie, depuis la période de formation initiale entre 1055 et 1462 jusqu’au XIXe siècle, fut essentiellement une histoire militaire concernant les guerres et conflits avec ses voisins4, d’où l’importance de l’armée et, en général, de tout ce qui touche au domaine militaire dans l’histoire russe. Ces affrontements furent "tous azimuts" : au nord contre la Suède, à l’ouest contre la Pologne et l’Ukraine, au sud contre la Turquie et la Perse, et à l’est contre les Tatares (ou Tataro-Mongols), du moins jusqu’au XIVe siècle. Il en résulta un cycle ininterrompu d’expansion territoriale dans ces quatre directions. Cette expansion permit également à la Russie d’atteindre la Baltique au nord, la mer Noire et la mer Caspienne au sud, et le Pacifique à l’est.

    Selon cette perspective, la Russie a connu pratiquement un conflit tous les six mois au cours de sa période initiale du XIe au XVe siècle. Ensuite, la Russie eut à combattre sur son territoire - ou ce qui le devint - pratiquement un an sur trois en moyenne tout au long des quelques 550 années qui s’ensuivirent, du XIVe au XIXe siècle. Pour leur part, les XVIIe et XVIIIe siècles furent marqués successivement par la guerre de Treize ans (1654-1667) contre la Pologne, puis la Grande Guerre du Nord (1700-1721) contre la Suède. Par la suite, rappelons les trois guerres russo-turques (1806, 1828 et 1877), la guerre contre la Suède (1808-1809) et celle contre la Perse (1826-1828), sans oublier la campagne de Russie et la guerre de Crimée (1854-1856) au cours du XIXe siècle. Enfin, après la guerre russo-japonaise (1904-1905) puis celles contre la Pologne (1920-1921), la Finlande (1939-1940), l’Allemagne (1941-1945) et l’Afghanistan (1979-1989), le XXe siècle va s’achever avec le conflit contre la Tchétchénie, suivi très vraisemblablement par la reconstitution de l’empire russe.

    En comparaison, la conquête tataro-mongole de 1237 à 1241 - considérée dans la représentation historique russe comme l’expérience la plus traumatique5 - a duré moins de quinze ans ! Pourtant, cet épisode est rappelé de génération en génération à travers les siècles afin de créer et consolider la perception d’une menace des barbares asiatiques. Il fut utilisé par les Soviétiques après les affrontements frontaliers de 1969 afin d’assimiler les Chinois de l’époque contemporaine aux Mongols des XIIIe et XIVe siècles6.

    Enfin, l’histoire militaire de la Russie ne se limite pas à celle des conflits incessants avec les États voisins ou à celle de l’expansion territoriale russe au détriment de ceux-ci. D’une part, elle concerne aussi celle de la prédominance du facteur militaire dans l’évolution de l’État et de l’économie russe, une prédominance héritée par ailleurs du modèle tataro-mongol. De l’autre, l’histoire diplomatique russe a été - et demeure - essentiellement produite par les armes.

    La prédominance militaire a touché pratiquement tous les domaines étatiques et économiques russes : l’administration des territoires conquis, la construction et l’entretien des voies de communication, la subordination de l’économie - et plus particulièrement des industries - aux besoins de l’armée et la ponction sur les finances. Sur ce dernier point, la réforme militaire entreprise au XVIIe siècle (1630 à 1670) avait ainsi absorbé pratiquement la moitié du budget de l’État russe7. Compte tenu d’un tel précédent, le fait que les dépenses militaires soviétiques au cours des années soixante-dix aient pu atteindre jusqu’à 40 % du PNB ne surprendrait pas outre mesure8 !

    D’autre part, et dans le même ordre d’idées, sans la puissance militaire forgée par Pierre le Grand, la Russie n’aurait pas pu s’immiscer dans le concert diplomatique européen de la première moitié du XVIIIe siècle9. De même, en l’absence du gigantesque arsenal hérité de l’ancienne Union soviétique, la Russie actuelle n’aurait pas été en mesure de maintenir un statut international et une influence diplomatique qui, à bien des égards, n’a aujourd’hui plus aucune mesure avec son poids réel. Ainsi, la victoire de Poltava (1709) et la bataille navale du Cap Hango (1714) conduisit au traité de Nystadt (1721) par lequel la Suède dut céder à la Russie ses provinces d’Ingrie, d’Estonie, de Livonie et de Carélie en même temps qu’une grande partie de la Finlande. Dès lors, la Russie fut considérée par la France et l’Angleterre comme un médiateur possible dans la guerre de succession d’Espagne. La France vit en la Russie une alliée potentielle en mesure d’équilibrer respectivement la puissance navale anglaise dans la Baltique et la puissance terrestre autrichienne en Europe centrale ; pour sa part, l’Angleterre rechercha la participation russe dans une grande alliance contre la France.

  3. APPORTS ÉTRANGERS

    La puissance militaire de la Russie, constituée inlassablement depuis le XIVe siècle, n’aurait pas vu le jour sans l’assimilation de divers apports étrangers, et au tout premier abord de ses adversaires successifs - Tatares, Turcs, et Suédois. Il conviendrait d’insister sur cette notion d’assimilation en raison de l’effort réel et réussi d’adaptation aux réalités et besoins russes après une phase initiale de simple copie (cet effort d’assimilation se retrouve aussi dans la pratique soviétique d’acquisition des technologies étrangères).

    1. Cavalerie
    2. Pendant la période kievienne, l’armée russe consistait essentiellement en fantassins d’origine urbaine. En cas de besoin, des mercenaires étrangers étaient engagés comme cavaliers ; une telle pratique dura jusqu’au XIe siècle10. L’apparition de la cavalerie russe coïncida surtout avec les premières incursions des Tatares au XIIIe siècle (à un degré moindre toutefois, la cavalerie polonaise avait également servi de modèle).

      Quand les Russes changèrent d’adversaires au cours du XVIIe siècle, ils s’inspirèrent des forces montées propres à ceux-ci - Ukrainiens et Polonais. C’est ainsi que les reîtres (reitary), les lanciers (kopeishchiki) et les hussards (gusary) furent introduits dans l’armée russe11.

    3. Artillerie
    4. Des canons furent employées pour la défense de Pskov, Novgorod et Tver’ dès 1389 (l’historiographie russe mentionne l’utilisation de canons dans la défense de Moscou contre les assiégeants tatares conduits par le Khan Tokhtamysh au cours de l’été 138212). L’artillerie commença à s’imposer massivement dans l’armée russe à partir de 1470. Ivan le Terrible équipa chaque régiment avec deux à quatre canons. De même, il organisa l’artillerie en trois catégories - forteresse, siège, et campagne. Il faudra cependant attendre le règne de Pierre le Grand pour que l’artillerie devienne une arme à part entière dans l’armée russe.

      Les premiers canons furent acquis très vraisemblablement auprès des marchands hanséatiques. Par la suite, les Russes recoururent au service d’artificiers et de fondeurs européens. Le plus connu parmi ces derniers, Aristotel Fioravante, vint à Moscou en 1475. D’autre part, l’apport étranger ne se limitait pas aux armes ; il avait aussi trait aux concepts d’emploi. Ainsi, le traité d’artillerie d’Onisim Mikhaylov, paru en 1621 et présenté par les Russes comme l’un des plus anciens manuels en son genre, fut une compilation de textes occidentaux13 !

    5. Armes à feu individuelles
    6. Les chroniques russes ont mentionné l’emploi des arquebuses en 1480, lors de la bataille de la rivière Ugra contre les Tatares. Un corps d’arquebusiers - ou pishchal’niki - fut constitué par la suite à grand coût en 1508. Il participa à la campagne pour annexer Pskov (1510) puis à la conquête de Smolensk (1512). Les pishchal’niki furent les précurseurs des strel’tsy, un corps permanent de mousquetaires institué par Ivan le Terrible en 1550.

      Les arquebusiers servant dans l’armée russe étaient essentiellement des mercenaires étrangers. Pour sa part, le corps des strel’tsy fut institué selon les principes organisationnels des janissaires turcs.

    7. Ordre serré et formations linéaires

    Le développement de l’artillerie en Russie, en influençant la reconstruction des forteresses, avait déjà réduit l’importance de la cavalerie destinée à combattre les Tatares. De plus, cette cavalerie se révélait inadéquate face à l’infanterie polonaise et suédoise. La conjonction de ces deux facteurs contribua à une réorganisation de l’armée russe dont la formation du corps des strel’tsy représentait une première phase. De nouvelles tactiques et organisation militaire devinrent indispensables pour combattre les nouveaux ennemis : l’ordre serré et les formations linéaires14.

    Ces changements tactiques et organiques, introduits par Maurits van Oranje de Nassau, permirent aux Hollandais de vaincre les Espagnols à la bataille de Newport en 1600 ; ils furent perfectionnés par les Suédois pendant la guerre de Trente Ans. Les Russes adoptèrent rapidement ces changements dans l’art militaire. Le manuel Kriegsbuch de Fronsperger fut traduit puis adapté, voire approprié en peu de temps ! De même, ils firent un pont d’or à de nombreux mercenaires et experts recrutés à travers toute l’Europe. Cependant, l’introduction de ces changements dans la tactique et l’organisation militaire marquait aussi un tournant fondamental qui contribua à fixer les principes majeurs de la stratégie militaire russe jusqu’à nos jours.

  4. PRINCIPES MAJEURS DE LA STRATÉGIE MILITAIRE RUSSE

    Le passage du modèle militaire tatare au modèle occidental pour l’armée russe au cours du XVIIe siècle résultait du fait que les principaux adversaires de la Russie - Polonais et Suédois - avaient pris la place des Tatares. Le modèle militaire occidental adopté par Pierre le Grand comportait trois éléments majeurs : l’organisation de "nouvelles formations" (novogo stroya) d’infanterie d’inspiration prussienne et commandées par des Allemands, la formation de douze régiments de dragons (draguny) entre 1699 et 1701 et la constitution de l’artillerie en arme indépendante15. Cette nouvelle organisation contribua à établir les bases de deux des principes fondamentaux de la stratégie militaire russe puis soviétique, à savoir la mobilité et la puissance de feu, le troisième étant l’offensive en profondeur, notamment en raison des spécificités de la géostratégie russe16. Ces principes ne furent pas remis en cause avec le développement des sciences et technologies militaires du XXe siècle qui, bien au contraire, a permis d’approfondir leur caractère offensif.

    Tout d’abord, l’espace russe, immense et relativement plat, favorise et même nécessite la mobilité sur de grandes distances, d’où l’importance des opérations en profondeur. Ensuite, et toujours en raison de cette immensité spatiale, s’emparer et contrôler des territoires n’a pas beaucoup de signification. Il importe, au contraire, de pouvoir détruire les forces adverses au moyen de l’offensive combinée avec la suprématie du feu. Il aurait été désastreux, en revanche, de s’épuiser à poursuivre un ennemi sur de longues distances et courir le risque d’exposer sa queue logistique. Cette conjonction de la mobilité, de la puissance de feu et de l’offensive est complétée par la surprise et la déception tant tactiques que stratégiques. C’est dire, par conséquent, l’existence d’une continuité conceptuelle de Suvorov à Ogarkov en passant par Triandafilov et Sokolovskiy. Toutefois, avec le développement des sciences et techniques militaires - la "révolution militaro-technique" - de nouvelles tendances se sont esquissées vers la fin des années soixante-dix. Elles furent précédées par la "révolution scientifique et technologique dans le domaine militaire" des années soixante.

    Désireux de rattraper les États-Unis dans le domaine économique, Nikita Khrouchtchev pensait pouvoir assurer la sécurité soviétique avec les seules armes nucléaires17. Ce choix ayant conduit à la résolution humiliante de la crise des missiles de Cuba en 1962, les stratèges soviétiques révisèrent leur approche du caractère uniquement nucléaire d’une guerre future en y incluant également la possibilité d’affrontements conventionnels. Dès lors, et jusqu’à la fin des années soixante-dix, les militaires soviétiques envisageaient principalement une offensive de théâtre comme une combinaison associant des frappes nucléaires sélectives avec des manoeuvres dans toute la profondeur du dispositif adverse, par des vagues échelonnées de forces combinées18. Par la suite, les modifications introduites successivement dans la stratégie défensive atlantique vis-à-vis de la "dissuasion étendue" - modernisation des forces nucléaires de portée intermédiaire, puis celle du volet conventionnel de la triade de l’OTAN - contraignirent les Soviétiques à développer des concepts d’offensive de théâtre entièrement conventionnelle19. Cependant, ce fut sans compter avec Desert Storm20.

    Les Soviétiques ressentirent doublement le revers subi par Saddam Hussein puisque les Irakiens furent défaits alors qu'ils employaient un armement essentiellement d’origine soviétique et s’inspiraient de leurs concepts d’emploi. Mais surtout, les technologies mises en oeuvre par les forces armées américaines démontrèrent la faisabilité en grandeur réelle de l’ensemble des formes nouvelles de la conduite des opérations selon AirLand Battle21. En d’autres termes, Desert Storm avait annulé la majeure partie des concepts d’emploi sur lesquels l’armée soviétique avait axé ses préparatifs en vue d’une offensive en Centre-Europe depuis les années soixante-dix. Dès lors, et sans renoncer au caractère résolument offensif de leur stratégie militaire, les Soviétiques étudièrent les conditions des caractéristiques de la guerre future en misant dorénavant sur la dimension aérospatiale par rapport au cadre aéroterrestre traditionnel. Concrètement, les centres de commandement et de contrôle opératif-stratégique adverses deviennent des cibles prioritaires à la place des capacités nucléaires ; ces centres devront être détruits dans le cadre d’une offensive aérospatiale au cours des "deux ou trois heures" de la phase initiale du déclenchement de la guerre. Les stratèges russes ont repris et poursuivi ces efforts dans le cadre de la "révolution militaro-technique"22.

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    La dissolution de l’URSS et la fin de la Guerre froide ont fait ressortir la Russie. Mais, de même que les concepts stratégiques soviétiques avaient indiqué une continuité russe tsariste, les "affaires militaires" russes reflètent l’influence conceptuelle du passé soviétique récent23.

  5. REPÈRES CHRONOLOGIQUES
862 Rurik, souverain de Novgorod.
1147 (environ) Fondation de Moscou.
1158 Début de la présence suédoise en Finlande, et de
la colonisation allemande et danoise en Livonie et
Estonie.
1223 Première invasion tatare (bataille de la rivière
Kalka).
1236 Seconde invasion tatare.
1240 Bataille de la Neva (défaite des Suédois).
1242 Bataille du lac Peipus (défaite des Chevaliers
teutoniques).
1380 Bataille du Don (défaite des Tatares).
1408 Restauration de la domination tatare sur la
Russie.
1471-1494 Conquête de Novgorod.
1480 Bataille de la rivière Oka (fin de la domination
tatare).
1510 Conquête de Pskov.
1514 Conquête de Smolensk.
1552 Conquête de Kazan.
1554-1556 Conquête d’Astrakhan.
1558 Début de la guerre (de 25 ans) contre la Livonie.
1581 Première expédition de Yermak en Sibérie.
1582 Paix de Yam Zapolie avec la Pologne.
1632-1634 Guerre de Smolensk.
1618-1648 Guerre de Trente Ans.
1618 Les Russes atteignent le fleuve Yenisei en Sibérie.
1645 Les Russes atteignent les rives pacifiques de la
Sibérie.
1654 Début de la guerre de Treize Ans (contre la
Pologne).
1682-1725 Règne de Pierre le Grand.
1689 Traité sino-russe de Nerchinsk.
1696 Prise d’Azov.
1697 Les explorateurs russes atteignent le Kamchatka.
1700-1721 Grande Guerre du Nord (contre la Suède).
1700 Défaite de la Narva.
1709 Bataille de Poltava.
1710-1711 Guerre russo-turque, perte d’Azov.
1716 Invasion du sud de la Suède.
1721 Paix de Nystad.
1722-1723 Guerre contre la Perse.
1727 Traité sino-russe de Kyakhta.
1738-1739 Guerre contre la Turquie.
1739 Traité de Belgrade, accès sur la mer Noire.
1743 Paix d’Abo, les Suédois cèdent Viborg.
1757-1762 Participation des Russes à la guerre de Sept Ans.
1768 Guerre contre la Turquie.
1772 Première partition de la Pologne.
1783 Annexion de la Crimée.
1787-1790 Guerre russo-suédoise.
1787-1792 Guerre russo-turque (campagnes de Suvorov).
1792 Traité de Jassy, établissement du protectorat
russe sur la Moldavie.
1793 Deuxième partition de la Pologne.
1795 Troisième partition de la Pologne.
1799 Guerre de la Seconde coalition (campagnes de
Suvorov en Italie et en Suisse).
1801 Suzeraineté russe formellement reconnue par la
Géorgie.
1805 Défaite d’Austerlitz.
1806 Guerre russo-turque.
1807 Défaite de Friedland.
1807 Traité de Tilsit.
1808-1809 Guerre russo-suédoise.
1809 Traité de Frederikshavn avec la Suède,
acquisition de la Finlande.
1812 Paix de Bucarest avec la Turquie, acquisition de la
Bessarabie.
1812 Invasion de la Russie par Napoléon.
1813 Cession de Bakou par la Perse, annexion de la
Géorgie.
1814 Occupation de Paris.
1826-1828 Guerre contre la Perse, expansion dans le
Caucase.
1828 Guerre russo-turque.
1829 Paix d’Adrianopole avec la Turquie, expansion
russe dans le Caucase, vers le sud jusqu’à Erivan.
1833 Traité d’Unkiar Skelessi avec la Turquie, accès
exclusif du Bosphore et des Dardanelles pour les
bâtiments de guerre russes.
1853 Occupation de Sakhaline et de la Corée.
1854-1856 Guerre de Crimée.
1855 Chute de Sébastopol.
1860 Fondation de Vladivostok, traité de Pékin.
1865 Prise de Tashkent.
1868 Prise de Samarkand.
1870 Abrogation des clauses sur la mer Noire du traité
de Paris.
1873 Conquête de Khiva.
1874 Introduction du service militaire universel.
1876 Annexion de Kokand.
1877-1878 Guerre russo-turque.
1891-1903 Construction du Transsibérien.
1898 Concession par la Chine de Port Arthur - les
États-Unis proclament la "politique de la Porte
ouverte".
1904-1905 Guerre russo-japonaise.
1905 Chute de Port Arthur et défaite de Tsoushima.
1910 Traité russo-japonais.
1914 Défaite de Tannenberg.
1915 Défaite en Galicie.
1916 Offensive de Broussilov.
1917 Révolution de Février et abdication du tsar
Nicolas II.
1918 Paix de Brest-Litovsk, guerre civile et début de
l’intervention alliée.
1920 Fin de la guerre civile.
1920-1921 Guerre contre la Pologne.
1922 Traité de Rapallo.
1934-1938 Grandes purges.
1939 Annexion de la Pologne orientale.
1939-1940 Guerre contre la Finlande.
1940 Annexion des États baltes.
1941 Invasion allemande.
1945 Prise de Berlin et entrée en guerre contre le Japon.
1948-1949 Blocus de Berlin.
1953 Emeutes anti-soviétiques à Berlin.
1956 Soulèvements anti-communistes en Pologne et en
Hongrie.
1961-1962 Crise de Berlin.
1962 Crise de Cuba.
1968 Écrasement du Printemps de Prague.
1975 Conférence d’Helsinki.
1979 Occupation de l’Afghanistan.

 

 

 

 

 

 

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Notes:

1 Hélène Carrère d’Encausse, Victorieuse Russie, Paris, Fayard, 1992, p. 34.

2 Richard Pipes, "The Environement and its Consequences", in Russia under the Old Regime, New York, Charles Scribner’s, 1974, New York, Penguin Book, 1984, p. 12.

3 Par exemple Jacques Laurent, "La politique militaire russe en Asie centrale", Nouveaux mondes, n° 4, printemps 1994, pp. 101-116.

4 Voir notamment Christopher N. Donnelly, "The Roots of Russian Political and Military Traditions", in Red Banner. The Soviet Military System in Peace and War, Coulsdon, Jane’s Information Group, 1988, pp. 36-51.

5 Nicholas V. Riasanovsky, "Asia Through Russian Eyes", in Wayne S. Vucinich, Russia and Asia. Essays on the Influence of Russia on the Asian Peoples, Stanford, Hoover Institution Press, 1972, p. 5.

6 Par exemple Dieter Heinzig, "Russia and the Soviet Union in Asia", in Peace and Security in the Atlantic and Pacific Regions, Jakarta, Centre for Strategic and International Studies, 1983, pp. 68-69.

7 A. V. Chervov, Vooruzhennye sily russkogo gosudarstva v XV-XVII vv [Les forces armées de l’État russe, XV-XVIIe siècles], Moscou, Voyenizdat, 1954, p. 179, cité par Richard Hellie, Enserfment and Military Change in Muscovy, Chicago, University of Chicago Press, 1971, p. 227.

8 Une des meilleures études à ce propos reste celle de William T. Lee, The Estimation of Soviet Defense Expenditures, 1956-75 : An Unconventional Approach, en collaboration avec The General Electric Tempo Center for Advanced Studies, New York, Praeger, 1977.

9 Stephen J. Lee, "War Conquest and Diplomacy", in Peter the Great, Lancaster Pamphlets, New York, Routledge, 1993, p. 17.

10 Hellie, Enserfment and Military Change in Muscovy, p. 25.

11 Ibid., pp. 198-200.

12 Chris Bellamy, "Distant Thunder", in Red God of Armor. Soviet Artillery and Rocket Forces, Londres, Brassey’s, 1986, p. 9.

13 Ibid., p. 14.

14 Voir Christopher Duffy, Russia’s Military Way to the West : Origins and Nature of Russian Military Power 1700-1800, Londres, Routledge and Kegan Paul, 1981.

15 Richard Hellie, "The Petrine Army : Continuity, Change, and Impact", Canadian-American Slavic Studies, vol. VIII, n° 2, été 1974, pp. 9-10.

16 Par exemple Bruce W. Menning, "The Deep Strike in Russian and Soviet Military History", The Journal of Soviet Military Studies, vol. 1, avril 1988, pp. 9-28.

17 Voir Dale R. Herspring, "The Legacy of Khrushchev", in The Soviet High Command, 1967-1989. Personalities and Politics, Princeton, Princeton University Press, 1990, pp. 32-48.

18 Voir Jacquelyn K. Davis et Robert L. Pfaltzgraff, Jr., "Soviet Theater Strategy : Implications for NATO", USSI Report, n° 78-1, Washington, United States Strategic Institute, 1978.

19 Une des meilleures études à cet égard : Philip A. Petersen et John G. Hines, "The Conventional Offensive in Soviet Theater Strategy", Orbis, vol. 27, n° 3, automne 1983, pp. 695-740.

20 Voir Timothy L. Thomas, "The Soviet Military on "Desert Storm" : Redefining Doctrine", The Journal of Soviet Military Studies, vol. 4, n° 4, décembre 1991, pp. 594-620.

21 Analysé par Mary C. FitzGerald, The Soviet Image of Future War, through the Prism of the Persian Gulf", HI-4145, Washington, Hudson Institute, mai 1991.

22 Voir notamment Mary C. FitzGerald, The Impact of the Military-Technical Revolution on Russian Military Affairs, 2 vol., Washington, Hudson Institute, août 1993 et Hung P. Nguyen, "Russia’s Continuing Work on Space Forces", Orbis, vol. 37, n° 3, été 1993, pp. 413-423.

23 Par exemple : Georges Tan Eng Bok, "Projet de doctrine militaire et développement des forces armées : le poids du passé soviétique dans le présent russe", Stratégique, n° 56, 1992-4, pp. 81-96.

 

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