STRUCTURE DE LA STRATÉGIE À L'ÈRE NUCLÉAIRE *

Cahiers Herbert Rosinski - II

 

* Canevas d’une conférence donnée par Rosinski à l’Army War College en novembre 1956 et au Naval War College en 1960.

 

Caractère général et étendue de l’évolution de la stratégie

La stratégie est restée plus ou moins la même depuis les tout premiers temps des grandes civilisations (3000 av. J.-C.). Par leur organisation supérieure, celles-ci ont rapidement été capables de conduire une guerre et par conséquent d’avoir une stratégie éprouvée jusqu’à la veille de la Première Guerre mondiale.

 

Au cours des deux derniers siècles de cette période - entre 1700 et 1900 -, la stratégie, qui jusqu’alors avait été appliquée instinc­tivement, fut rendue plus structurée, notamment grâce à une analyse théorique systématique (Clausewitz, Mahan) et à l’emploi de personnes tout particulièrement entraînées à son application systématique et à la coordination de la guerre vue globalement (état-major général et son équivalent naval).

 

En 1914, la fin de la stratégie classique a entraîné une situation sans issue qui a provoqué l’application, longtemps retardée, des découvertes et des possibilités de la nouvelle industrie moderne à la guerre. Il en est résulté que, depuis cette époque, la guerre a été soumise à une succession de changements d’ampleur et de portée sans cesse accrues qui ont transformé, à la fois, la civilisation elle-même et la stratégie plus radicalement que pendant les 5 000 années qui précédèrent.

 

Ces changements sont extrêmement complexes et le deviennent de plus en plus. On peut les classer, d’une part, en changements politiques qui ont une influence sur la structure de la stratégie, et, d’autre part, en changements militaires qui ont transformé la stratégie elle-même.

 

 

Les transformations de la politique mondiale depuis 1914 et leur influence sur la stratégie

Les transformations politiques du monde peuvent être divisées en deux groupes principaux qui sont les modifications matérielles du monde résultant de son unification globale au cours de la Seconde Guerre mondiale, et l’industrialisation du monde et l’assi­milation des pays non-occidentaux par la civilisation occidentale.

 

La conséquence pratique de ces deux facteurs est que la situation mondiale actuelle passe par une phase sans précédent de rapprochement des civilisations et donc des états qui en sont les parties constituantes. Les civilisations et les États qui, au cours des mille ans passés, sont restés dans une ignorance réciproque (Vieux et Nouveau Mondes, Australasie) ou reliés par des liens fragiles (les routes commerciales à travers le Sahara occidental ou celle remon­tant la vallée du Nil vers l’Afrique méridionale, la route de la soie par l’Asie centrale mettant en contact la civilisation de l’Eurasie occidentale avec la Chine et le Japon) sont, aujourd’hui et depuis 1945, en contact étroit les uns avec les autres.

 

Ces contacts de plus en plus intimes, ces changements intro­duits dans la civilisation non-occidentale par la civilisation occi­dentale et industrielle (industrialisation de l’Union soviétique et de ses satellites de l’europe de l’est, début de l’industrialisation chinoise, industrialisation de l’Inde, industrie pétrolière du Moyen-Orient, industrialisation de l’Afrique du sud) font de cette phase une période de transition et de tensions. D’où une menace de guerre plus présente et plus aiguë que par le passé.

 

Les tensions se sont accrues parce que la civilisation moderne tend à être vue d’une regard infiniment plus émotionnel que ne le seraient les civilisations traditionnelles agricoles et artisanales.

 

Ces développements, qui favorisent les tensions et la guerre, se heurtent directement à une autre sorte de tendance qui prépare les esprits à s’opposer à l’idée du recours à la guerre.

 

Depuis 1914, en effet, on a observé une opposition mondiale sans cesse croissante à l’usage de la force. Avant cette époque, la guerre était considérée comme une forme légitime de relations entre les états souverains et était un moyen universellement reconnu de résoudre les différends qui ne pouvaient l’être par des accords diplomatiques pacifiques. Une opposition pacifiste a certes existé à toutes les époques, mais elle ne représentait que le point de vue d’une minorité et n’était pas bien organisée. Les arguments des pacifistes relevaient surtout de l’émotionnel et négligeaient de prendre en considération le rôle irremplaçable de la puissance dans les relations internationales autant que dans les affaires intérieures.

 

Avec la Première Guerre mondiale, cette situation psycho­logique subit un changement radical. Les destructions dues à une lutte prolongée grâce à de grands moyens industriels ont frappé si fortement les esprits que le facteur de puissance a été submergé par un déferlement émotionnel que résume la formule : “en finir une fois pour toutes avec la guerre”. Ce mouvement pacifiste s’est développé suivant deux étapes.

 

Tout d’abord, la Société des Nations chercha à imposer l’usage de moyens pacifiques pour résoudre les différends entre les nations, sans exclure la guerre mais à condition d’avoir eu, au préalable, recours à ces moyens pacifiques et d’être allé jusqu’au bout de la discussion.

 

Puis, les Nations unies ont banni la guerre sans réserves et considéré comme étant de leur ressort tous les différends qui risquent de menacer la paix, même ceux de caractère strictement interne chez un de ses membres ou même dans un État qui n’est pas membre de l’organisation.

 

Cette tendance à regarder le recours à la force comme illégitime conduit à camoufler la guerre sous différents vocables : incidents de Moukden ; incident du Pont Marco Polo à Pékin ; tentative de Hitler pour qualifier la guerre contre la Pologne d’“action punitive”.

 

S’ajoute à cela une autre tendance visant, non seulement à camoufler une véritable guerre, mais à la remplacer par des formes d’action - comme les pressions militaires ou autres - souvent tout aussi efficaces. D’où les “guerre froide”, “paix chaude”, “coexis­tence compétitive”, etc. De plus en plus, on a utilisé délibérément et avec ostentation des formes d’action pacifique ou animées par l’idée de paix afin de les pervertir pour atteindre des objectifs de puissance politique. Ce fut le cas par l’emploi abusif de mouve­ments, de congrès et de révolutions pour la paix, ou l’utilisation du “désarmement” comme d’un instrument dans la lutte pour la puissance.

 

Ainsi cette tendance a-t-elle contribué à estomper la différence - naguère nette - entre “paix” et “guerre”, à émouvoir les sentiments de la masse contre un usage quelconque - légitime ou non - de la puissance, et à faire naître la confusion dans l’esprit du public sur ce que signifie la puissance dans le maintien de l’ordre international.

 

À cette confusion d’essence intellectuelle imprégnant l’opinion publique s’est ajouté, par le biais du développement des armes thermo-nucléaires et par la conscience du danger qu’elles représen­tent, un sentiment général de “névrose atomique” (Amiral Parsons).

 

La guerre est ainsi devenue indésirable et l’on voit bien que, dans l’actuelle crise de Suez, la politique du gouvernement Eden a été très gravement paralysée en Grande-Bretagne par cette névrose atomique, largement répandue dans les milieux travaillistes de l’opposition, mais aussi chez les tenants du parti conservateur.

 

L’existence et la puissance de ces nouvelles influences politi­ques sur l’état de guerre doivent être reconnues par la pensée mili­taire comme étant des éléments pertinents autant que signifiants. Mais, comme toute influence politique, elles ne sont évidemment pas susceptibles d’être analysées théoriquement avec précision.

 

 

La transformation de la stratégie elle-même au cours de l’ère nucléaire

Par contraste avec les influences politiques sur l’état de guerre et la stratégie dans l’ère nucléaire globale, les changements au point de vue de la stratégie elle-même peuvent être définis avec exac­titude. On y distingue les changements dans les fondements maté­riels de cette stratégie et les changements qui en découlent dans sa portée et dans sa structure interne.

 

A.       Les changements dans les fondements matériels de l’état de guerre et de la stratégie sont principalement le résultat de la transformation des civilisations modernes par la révolution industrielle scientifique.

Le premier de ces changements est la mobilisation en masse de la main-d’œuvre des sociétés industrielles modernes en vue de la guerre.

 

Les grandes civilisations du passé n’étaient, en général, capa­bles de mobiliser qu’une partie de cette main-d’œuvre disponible. Les moyens normaux de subsistance, en particulier l’agriculture, exigeaient en effet l’ensemble de la main-d’œuvre (dans la Grèce ancienne, les guerres ne duraient que quelques semaines après la moisson, quand on disposait de la main-d’œuvre). De plus, les moyens d’organisation étant peu développés, le transport et l’approvisionnement ne permettaient de rassembler que de faibles contingents dont le ravitaillement au cours de la campagne posait de grandes difficultés au bout de quelques semaines. Des forces trop importantes avaient tendance à devenir une source de gêne pour le commandement plus qu’un appoint de force (armée de Xerxès, les premières croisades, l’Invincible Armada, etc.). Par conséquent, la règle était de faire un choix qui pouvait engager, soit une élite (dans les sociétés les plus féodales), soit la lie de la population (c’est-à-dire la “chair à canon” dans les forces armées permanentes et dans les marines de guerre des XVIIe et XVIIIe siècles en Europe).

 

Après les levées en masse de la Révolution française et les contre-mobilisations nationales, les forces armées du XIXe siècle ne mobilisèrent qu’une proportion limitée de combattants : générale­ment les forces actives furent renforcées par les classes de réser­vistes levées annuellement.

 

La révolution industrielle de la Première Guerre mondiale a surmonté ces divers obstacles : les développements industriels et agricoles ont libéré le plus de main-d’œuvre possible pour servir le plus longtemps possible dans le forces armées ; le développement des moyens d’organisation, de transport, de ravitaillement et des services sanitaires a rendu possibles le maintien des forces sur le théâtre des combats ainsi qu’une direction stratégique efficace.

 

Cependant, des problèmes demeurent, comme le maintien du moral du combattant - qui exige de grands efforts d’endoctri­nement, d’éducation, de propagande et de lutte contre la propa­gande adverse - ou la distribution de la main-d’œuvre entre les forces combattantes, les travailleurs dans les usines de munitions et le maintien du niveau général de vie dans tout le pays (tous ces problèmes ont été étudiés très à fond par les Britanniques au cours de la Seconde Guerre mondiale).

 

En conséquence, la période des deux guerres mondiales a été celle d’une mobilisation de masse sans précédent dans l’histoire. Cette tendance a perduré même après le développement des forces aériennes à long rayon d’action et des armes nucléaires de destruction massive, ce qui en fait un phénomène pratiquement dépassé aujourd’hui. Depuis 1955, ceci est d’ailleurs considéré comme acquis (voir notamment : Général Gruenther, The Age of Mass Armees is over, juin 1955), d’où la naissance d’une opposition générale au service militaire - lequel n’a désormais plus de sens (États-Unis, Grande-Bretagne, Allemagne de l’ouest) -, la tendance à passer des forces levées par le système de la conscription intégrale à celles basées sur les engagements volontaires, et l’empressement des pays membres du bloc communiste à libérer les “excédents” des forces armées en vue de les destiner à des missions plus profitables.

 

Deux questions n’ont jusqu’à présent pas éveillé l’attention qu’elles méritaient :

 

·     tout d’abord, le caractère des forces armées. Bien que concer­nant principalement les forces terrestres et non les forces navales ou aériennes, il s’agit de savoir s’il faut les concentrer exclusivement sous la forme de forces armées puissantes et d’une grande mobilité (comme des “brigades de pompiers”) ou s’il faut développer, à côté de ces dernières, d’autres forces plus nombreuses, avec moins d’armement perfectionné et tout aussi mobiles - une sorte de milice pour la défense (semi-state defense) (cf. controverses Slessor - Liddell Hart, en Allemagne de l’ouest et en Suisse) ;

·     la contrainte - mises à part les obligations inhérentes au service en campagne traditionnel - de l’obligation nationale pour l’armée territoriale, en particulier pour la défense, très développée chez les Suédois.

À propos du matériel agricole et surtout industriel, la mobi­lisation de masse dans la civilisation industrielle moderne pour entretenir l’effort massif de guerre a été la conséquence d’une organisation générale hautement développée et centralisée, d’une organisation générale économique et financière également très développée et du développement des méthodes modernes de production de masse et de mobilisation des industries.

 

La production industrielle moderne implique, par ailleurs, des périodes prolongées de préparation avant que l’on puisse atteindre le niveau optimum de la production de masse. Pour les années précédant la Seconde Guerre mondiale, cette période de préparation avait duré 4 ans pour la Grande-Bretagne et la France (de 1936 à 1940) et 3 ans pour les États-Unis (de 1940 à 1942) Cette période prolongée pour “s’outiller” en vue d’une production de masse en utilisant toutes les forces disponibles a fait naître de nouveaux dangers, notamment celui d’être surpris par un agresseur alors que le processus est en cours (Grande-Bretagne et France à l’époque de Munich, États-Unis après la défaite de la France).

 

Parallèlement à ce nouveau danger généralisé de perturbation de la mobilisation en masse de l’industrie moderne dans le temps, apparaît la même menace mais provoquée par une attaque ennemie dans l’espace.

 

Les sociétés modernes ayant une industrie de masse sont devenues incomparablement plus puissantes que les plus anciennes civilisations qui reposaient sur l’agriculture et l’artisanat, mais elles sont aussi infiniment plus vulnérables pour de nombreuses raisons :

 

·     la concentration des institutions clés et planificatrices de l’administration, des finances et de l’industrie dans les “zones métropolitaines” ;

·     le remplacement des anciennes dépendances locales et régionales par une interdépendance sans cesse accrue fréquemment à l’échelle de toute la nation ;

·     la complexité et la vulnérabilité de la puissance individuelle (gaz, électricité, etc.) et des systèmes de transport aussi bien que des procédés industriels ;

·     l’augmentation qui en résulte des risques d’actes de sabotage ;

·     l’allongement du rayon d’action des forces mili­taires au sol - grâce à la mobilisation et au transport aérien -, à la mer - grâce au développement du porte-avions et des “task-forces” de frappe aérienne -, en l’air - grâce aux appareils et aux missiles téléguidés - et pour les trois armes - grâce aux méthodes modernes de logistique ;

·     enfin, l’accroissement de la puissance de destruction.

 

B.        Les changements dans la “structure interne” de la stratégie depuis l’ère pré-industrielle jusqu’à l’ère industrielle ont eu certaines conséquences, et, notamment, rendu plus complexe les facteurs conduisant à la victoire, entraîné une extension fonda­mentale de la corrélation d’ensemble de l’effort de guerre - qui amène le front de l’intérieur (home-front) à un niveau d’égalité avec le front de première ligne -, posé la question nouvelle de l’organi­sation et de la défense du front de l’intérieur, ou encore entrainé les séries de changements en cours de développement dans la stratégie sur le terrain (terrestre, navale, aérienne).

 

À l’ère pré-industrielle, les forces étaient de petite taille, le contrôle du théâtre d’opérations difficile et les surprises stratégi­ques fréquentes, même pour les plus grands capitaines (Alexandre avant Issus, Hannibal avant Zama). Par conséquent, la victoire dépendait de deux facteurs qui étaient la valeur des forces - moral, discipline, entraînement, qualités tactiques - et l’habileté tactique du commandement à exploiter les aptitudes de ses forces et les avantages de la situation stratégique à laquelle il était confronté. Sans [valeur des forces], il n’y a aucune chance de succès ; la stratégie repose sur la capacité de créer une supériorité tactique. De même, [la maladresse du commandement] ne peut conduire qu’à un succès médiocre, ou même mener à l’effondrement complet des efforts les plus sérieux si le commandement suprême se révèle incapable ou perd la tête (bataille de la Marne).

 

La révolution industrielle dans la guerre, depuis la Première Guerre mondiale, a cherché à mobiliser les nouvelles possibilités de la civilisation moderne industrielle civile. Il s’agissait de la capacité de mobiliser des masses d’hommes et de les organiser, de la capacité d’avoir une production industrielle de masse coordonnée et de l’application des méthodes scientifiques, des capacités et de la vulnérabilité technologiques. On cherche à concentrer ces nouveaux savoir-faire industriels afin de créer un irrésistible effort de masse, à la fois avec les hommes et l’équipement, effort qui devra être capable d’écraser la résistance ennemie par sa seule force.

 

L’application de ce nouveau facteur de “masse” fut tentée pour la première fois dans la “bataille du matériel” au cours de la guerre de 1914-1918. Ce facteur ne réussit pas à obtenir la percée directe du front adverse comme cela était recherché, mais la supériorité de masse des Alliés finit, à la longue, par user la résistance ennemie. La “maîtrise stratégique” fut maintenue par le commandement allemand jusqu’à la fin, mais cette maîtrise se serait probablement effondrée si la guerre avait duré quelques semaines ou quelques mois de plus.

 

Pendant l’entre-deux-guerres, la signification relative des deux facteurs “manœuvre” et “masse” était l’objet de nombreuses controverses. Du côté allemand, cela conduisit à une réaffirmation de la croyance traditionnelle en la “manœuvre” plutôt qu’en la “masse”. Dans les offensives du “blitz”, de 1939 à 1942, on y revint avec grand succès bien que le facteur “masse” n’ait pas été oublié. Cependant, contre la défense russe qui reposait essentiellement sur le facteur “masse”, avec une proportion croissante de “manœuvre”, le “blitz” ne réussit pas aux Allemands. Dans l’ultime phase de la dernière guerre, le facteur de masse progressa encore, combiné avec celui de “manœuvre” dans des proportions variées.

 

Considérée dans son ensemble, la période des deux guerres mondiales fut celle de l’effort de masse avec une dose variable de “manœuvre”. Les développements des sciences et de la technique ainsi que leurs applications systématiques et progressives à la guerre ont créé des efforts de masse qui, auparavant, étaient inconcevables et impossibles à réaliser.

 

Outre ces deux facteurs de base de la stratégie, on en a introduit un troisième : la surprise technico-scientifique.

 

L’application de la science et de la technique a, de temps en temps, conduit à ce que l’on a appelé - d’un terme emprunté au domaine de la stratégie - une “percée”. C’est ce qu’un belligérant se donne en vue d’acquérir une supériorité décisive en utilisant une arme ou une méthode particulière pour lesquelles l’ennemi n’a pas de parade immédiate.

 

Des exemples de ces “percées” ont été, au cours de la guerre de 1914-1918, le tank, les gaz de combat, le sous-marin pour la guerre au commerce, ou bien, dans la guerre de 1939-1945, le radar, la fusée à détonateur de proximité, la propulsion par jet, la bombe atomique.

 

En général, et jusqu’alors, cette percée scientifico-technique n’avait pas été mise en œuvre et exploitée dans toute son ampleur et toutes ses possibilités. C’est pourquoi, en grande partie, elle n’a pas conduit à emporter la décision.

 

Cependant, avec le développement accru de la science, les chances d’obtenir des percées plus efficaces emportant la décision devenaient plus nombreuses ; la perception de leurs possibilités et l’aptitude à les utiliser allaient croissant.

 

La civilisation moderne de l’industrie de masse s’est donc développée ainsi : au talent militaire traditionnel et aux éléments stratégiques de l’action de masse, il faut ajouter l’élément straté­gique des percées scientifico-techniques, les moyens mécaniques pour une attaque à longue portée capable de frapper soit dessus, soit dessous le dispositif stratégique ennemi (dans la guerre navale, c’est le sous-marin ; dans les trois dimensions, ce sont les avions et les missiles).

 

Le résultat s’est trouvé être une intégration fondamentale dans une stratégie globale. Dans le passé, la maîtrise stratégique globale - (a) de la base métropolitaine, (b) de la zone de communications, (c) du théâtre des opérations - était principalement de caractère admi­nistratif. La base métropolitaine était essentiellement destinée à la mobilisation et à l’approvisionnement et la zone de communi­cations était normalement défendue contre les tentatives ennemies de coupure. Aujourd’hui, toutes ces zones apportent une égale contribution à l’effort militaire. Toutes sont également sujettes aux attaques de l’ennemi et il n’existe plus d’éléments inégaux dans une stratégie globale mais, au contraire, des éléments égaux.

 

Ce changement radical constitue la transformation la plus décisive à laquelle la stratégie ait jamais été soumise. Il s’est présenté à peu près sous trois phases successives.

 

Dans la Première Guerre mondiale, les fronts de l’arrière se renforçaient et contribuaient à égalité avec la première ligne aux efforts de guerre. Cependant, ces fronts restaient à l’abri des attaques de l’ennemi, lesquelles n’avaient de sens que du point de vue de la stratégie navale.

 

·     Blocus allié des empires centraux et contre-blocus par les sous-marins allemands : cette forme d’attaque était globale et indirecte et se manifestait par une réduction générale des moyens d’existence disponibles jusqu’à atteindre la menace d’une vraie famine. En tant que tel, le blocus était un des éléments les plus essentiels de la stratégie globale.

·     Des attaques directes et locales contre le front intérieur ennemi étaient impossibles avec des sous-marins.

·     Des tentatives sous une forme plus directe d’attaque par air furent sporadiques : raids de Zeppelins sur l’Angleterre au cours desquels le poids des bombes lancées ne dépassa pas 300 tonnes.

·     Dans la Seconde Guerre mondiale, la mobilisation en masse fut poussée bien au-delà des méthodes grossières de la précédente. Les fronts de l’intérieur n’étaient plus à l’abri des attaques ennemies.

·     Dans le domaine naval, les forces navales et aériennes allemandes de surface - sous-marines ou aériennes - menacèrent par leurs attaques les lignes de communications atlantiques entre 1940 et 1943 ; la stratégie japonaise, quant à elle, n’a pas su évaluer convenablement la signification vitale de l’interruption des lignes de communications alliées entre la partie occidentale de l’océan Indien et les fronts d’Afrique du Nord et de Russie.

·     Dans le domaine aérien, les Allemands ont relativement peu prêté attention à l’attaque des lignes de communications ennemies et à celles des fronts de l’intérieur, comme d’ailleurs les Italiens, les Japonais et les Russes. Pour ces quatre belligérants, l’effort principal de leurs forces aériennes consistait à apporter un appui aérien aux opérations terrestres et navales. Les attaques allemandes sur la Grande-Bretagne prirent beaucoup plus d’ampleur que dans la guerre de 1914-1918 : les raids de l’automne 1940 et du printemps 1941 ont lâché quelque 70 995 tonnes de bombes. Ces attaques montrèrent l’extrême vulnérabilité des civilisations industrielles modernes aux frappes aériennes ; toutefois, elles n’eurent pas le succès escompté car, d’une part, elles furent mal planifiées et mal concertées, et d’autre part, l’adversaire s’y prépara à l’avance par de sérieuses mesures dans un climat où régnait une forte discipline militaire. Les efforts majeurs des forces aériennes américaines et britanniques se concentrèrent sur les bases arrières de l’ennemi (poids total de bombes déversé pendant la guerre de 1940-1945 sur le théâtre européen : 269 millions de tonnes, dont 135 millions sur l’Allemagne seule ; poids total de bombes déversé sur le Japon : 66 millions de tonnes).

Le lancement des deux première bombes atomiques sur Hiro­shima et Nagasaki pendant la dernière semaine des hostilités a entraîné un autre changement radical dans la stratégie de l’attaque aérienne directe contre le front de l’arrière de l’ennemi.

 

Dans la Seconde Guerre mondiale, l’utilisation de l’attaque stratégique sur le front arrière de l’ennemi avait été gênée par la faible puissance destructrice unitaire des bombes. Il en résultait la nécessité d’organiser des raids massifs, ce qui prenait du temps et, de plus, limitait le dommage à un grand nombre d’impacts individuels très proches. Dans la plupart des cas, la défense avait la possibilité de rétablir son contrôle sur la situation. Les exemples dans lesquels la défense fut absolument annihilée par le nombre d’explosions répétées furent rares (Hambourg, Dresde). Par conséquent, les succès ne furent pas poussés à l’extrême jusqu’à obtenir une décision (cas de la Grande-Bretagne) ou bien furent relativement lents (cas de l’Allemagne et du Japon).

 

Le développement d’une forme incomparablement plus puis­sante de destruction multiplia par 2 000 l’effet maximum obtenu pendant la Seconde Guerre mondiale et, ultérieurement, avec les armes thermonucléaires, par 2 millions. Avec le développement du rayon d’action des bombardiers jusqu’à 5 000 milles et le dévelop­pement des missiles jusqu’à 1 500 milles, avec la perspective que, dans la prochaine décennie, la portée souhaitée sera atteinte, toute la question sera radicalement changée.

 

L’efficacité de la défense active a été considérablement amé­liorée contre les bombardiers. Dans de récentes manœuvres, cette efficacité est passé de 5 à 10 % dans  la Seconde guerre mondiale à 60 à 90 %. Il n’est pas sûr que l’on puisse atteindre ce rapport dans des conditions de guerre et ce ne serait donc pas suffisant pour être à l’abri d’une frappe aérienne décisive ; de toute manière, la défense active ne serait pas efficace contre les missiles.

 

Les conséquences de la tendance actuelle font que les capacités d’attaque du front de l’intérieur de l’ennemi sont infiniment plus efficaces que celles qui seraient nécessaires pour vaincre ses forces en campagne. La défense locale n’a ainsi pas été capable de se maintenir au niveau de la puissance de l’attaque. La protection par un système de contrôle global n’étant pas possible en stratégie aérienne, le meilleur moyen de l’assurer consiste à s’attaquer aux bases de l’ennemi d’où partent les frappes aériennes : bases, sites de lancement de missiles. Dans un conflit intercontinental, cette opéra­tion, bien que préparée à l’avance et menée avec détermination, prendra certainement du temps pour son exécution.

 

Même s’il est évident qu’un nouveau conflit sera de courte durée, il est impossible d’en évaluer la brièveté. De plus, on ne peut être assuré que, dans cette opération d’annihilation des capacités de frappe aérienne de l’adversaire, nous ne souffrirons pas nous-mêmes de dommages sérieux et même de pertes fatales.

 

Dans le contexte de contrôle stratégique global, la défense de l’intérieur, conséquence de ces développements, devient l’élément primordial, non seulement purement administratif mais aussi militaire. Sans un front de l’intérieur jouant continuellement son rôle, les opérations stratégiques de la campagne ne peuvent être longtemps maintenues ; si ce front est profondément perturbé, des opérations stratégiques qui pourraient conduire à la victoire n’auraient aucun sens. D’où il ressort qu’il ne s’agira plus du maintien de l’immunité de l’intérieur comme par le passé en assurant son efficacité, mais de l’impérieuse nécessité d’avoir un maximum de vie active dans le pays.

 

La défense de l’intérieur consiste donc à prendre des mesures pour une contre-attaque aérienne destinée à annihiler dans les plus courts délais les capacités de frappe aérienne de l’ennemi (force de représailles). On inclura toutes les mesures en vue de protéger cette force contre une attaque aérienne ennemie (dispersion, système d’alerte, etc.). Il faut dans le même temps disposer d’une défense active - radar et veille par guetteurs intégrés dans un système de communications et de défense, appuyé par des escadrilles de chasseurs - et d’une défense passive. Celle-ci comprend :

 

·     la défense civile, les mesures pour réduire les pertes par raids aériens, pour maintenir la vie civile du pays à niveau normal et celles pour que les perturbations dans la vie civile restent dans des limites convenables ;

·     la mobilisation de l’industrie et sa réhabilitation : les mesures à prendre pour assurer la conservation du potentiel industriel pendant une période indéterminée. Par exemple, les dispositions à prendre d’urgence pour l’évaluation des dommages, pour la redistribution rapide du potentiel industriel restant, pour réévaluer les potentiels et la planification militaires au cas où ils seraient menacés d’interruption sur le front de l’arrière par des frappes aériennes ennemies.

Jusqu’à présent, ces deux aspects n’ont pas été pris sérieu­sement en compte et n’ont pas été intégrés. Pour ce qui est des États-Unis, le premier relève des États, le deuxième revient au gouvernement fédéral par le biais de l’Office de la mobilisation. Les décisions du pays et celles des états-majors locaux ne coïncident pas. Il n’y a pas non plus de coordination convenable entre la direction centrale et la division locale ou régionale. En outre, il n’y a pas toujours accord entre ces deux niveaux.

 

La défense civile tend donc à privilégier l’évacuation afin de réduire les pertes dans les régions de l’arrière, cibles des frappes aériennes, pendant que la mobilisation industrielle choisit de garder les civils “à leur travail” afin de maintenir un maximum de productivité.

 

On doit également étudier les changements dans la stratégie sur le terrain.

 

En général, la stratégie sur le terrain sous tous ses aspects a été extrêmement développée grâce aux nouvelles possibilités mises à sa disposition par la révolution industrielle : nouveaux moyens de communication, de transport, extension du champ d’action, nouveaux moyens d’approvisionnement, lesquels ont permis :

 

·     les opérations stratégiques telles que la poussée de Hitler vers le Caucase, le débarquement de Normandie, l’extension de la bataille de l’Atlantique et des lignes de communications à travers le front océanique en 1941, l’expansion des opérations navales dans tout le Pacifique, l’expansion des raids aériens ;

·     l’avantage de bénéficier dans les opérations sur le terrain des approvisionnements importants et divers prévus (nombre total de produits = catalogue Sean Roebuck : 100 000, forces armées des États-Unis : 3 000 000, forces de l’OTAN : 1 500 000).

Cet accroissement dans le nombre et la diversité des articles destinés aux forces est soumis à des orientations conflictuelles : d’un côté, la variété des substituts disponibles ou improvisés augmente considérablement la souplesse du système; de l’autre, la grande quantité de produits exige de la rigueur et des méthodes bureaucratiques. Le fait de dépendre de certains produits indispen­sables risque de ruiner tous les efforts d’une offensive, comme, par exemple, pour les divisions cuirassées, un manque de combustible.

 

De même, la puissance de la frappe aérienne s’est développée considérablement dans les dernières années de la guerre et a grandement accru la menace de graves perturbations sur le terrain. Cela a conduit ainsi à tenter de réduire les infrastructures des bases à partir d’un maximum (1950) jusqu’à un minimum (1956), à rendre toutes les forces aussi mobiles que possible - forces terrestres, aéroportées, task-forces navales, forces tactiques aéroportées -, à modifier la composition et la tactique des forces en réduisant leur nombre tout en les dispersant mais en conservant leur cohésion tactique, à cultiver l’indépendance de jugement et d’action et à veiller à la concentration des efforts.

 

 

Les opérations stratégiques sur le terrain

Les opérations concernant les forces terrestres ont été les moins touchées : dans les deux guerres mondiales, elles ont été le reflet des variations du caractère global stratégique de ces conflits. Pour la Première Guerre mondiale, il y eut un arrêt presque intégral des mouvements dans l’ouest, alors qu’à l’est ils ont présenté un caractère de semi-mobilité. Dans la guerre de 1939-1945, on est revenu à la mobilité tout en l’inten­sifiant dans les opérations de blitz au début du conflit ; puis il y eut alternance entre les périodes d’arrêt et celles d’intense activité pour ensuite finir par des opérations de grande envergure (cf. Clause­witz, De la Guerre, III, chap. 16-21). Depuis la dernière guerre, la tendance générale est à l’accroissement de la mobilité par opposition à la guerre de position.

 

Cela amène à se poser un certain nombre de questions. La maîtrise stratégique des opérations de l’ennemi sur le terrain, entendue au sens traditionnel, est-elle encore objectivement possible ? est-elle subjectivement possible ? si les opérations sont fractionnées et à un rythme accéléré, l’esprit humain peut-il encore se maintenir à leur niveau et les intégrer dans un système coordonné et souple ? quels sont les moyens pour préparer le commandement à acquérir une disposition d’esprit lui permettant de conserver sa maîtrise intellectuelle dans des situations stratégiques qui deviennent constamment plus mobiles et soumises à des changements rapides ? existe-t-il encore des possibilités pour que soit envisagée une action basée sur la notion de position en profondeur qui a été négligée à tort dans le processus (question débattue en Grande-Bretagne, Allemagne de l’Ouest et en Suisse) ?

 

Dans le domaine des opérations navales, la stratégie tradition­nelle de la “maîtrise de la mer” a été profondément modifiée.

 

Au cours de la Première Guerre mondiale, la maîtrise de la surface de la mer a été maintenue par les forces navales alliées avec moins de rigueur que par le passé, avec un blocus ouvert plutôt qu’avec un blocus rapproché. La maîtrise de la surface de la mer fut mise en question par la nouvelle menace sous-marine. Ce défi fut repoussé parce que les forces de surface ont pu y remédier par la remise en vigueur des forces stratégiques traditionnelles : l’escorte des convois.

 

Dans la Seconde Guerre mondiale, la “maîtrise de la surface”, au sens traditionnel, n’était plus de mise - excepté pour quelques réminiscences du rôle du front de l’intérieur à Scapa Flow, qui cependant exerçait un contrôle stratégique infiniment moins rigoureux sur les forces allemandes de surface - Scharnhorst, Gneisenau, Bismarck, Tirpitz - que la Grand Fleet en 1914-1918.

 

En général, à la fois dans l’Atlantique et dans le Pacifique, la maîtrise stratégique fut remplacée par une reconnaissance aérienne appuyée sur une suprématie navale. Les faiblesses de cette forme de maîtrise sur les mouvements de l’ennemi furent manifestées dans les opérations contre les forces allemandes de haute mer et dans les combats du Pacifique : mer de Corail, Midway, mer des Philippines, golfe de Leyte. Dans chacun de ces engagements, l’incertitude planait sur la force de l’ennemi et sur l’objectif de son action.

 

En matière de stratégie aérienne, dans la Première Guerre mondiale, la question de la coordination globale de la stratégie n’avait pas été posée puisque les forces aériennes étaient utilisées d’une façon peu systématique et seulement tactique.

 

Dans la Seconde Guerre mondiale, au lieu d’une maîtrise globale de l’air, dont il est impossible de s’emparer d’après le vice air marschall McCloughey, on a recherché la “suprématie aérienne” par deux moyens : le bombardement des usines de matériel d’aviation et des bases aériennes et la destruction des chasseurs ennemis par leurs homologues alliés dotés d’un grand rayon d’action conçus pour escorter les bombardiers.

 

Depuis la fin du dernier conflit, la conception de la guerre aérienne et celle de sa stratégie ont été soumises à des dévelop­pements qui ont dépassé tout ce qu’on avait pu entrevoir entre 1940 et 1945 ; ce qui est non seulement la croyance en la “suprématie aérienne”, mais aussi l’unique moyen aujourd’hui de l’acquérir, sont sur le point de passer de mode.

 

Combien cela prendra de temps est un problème largement débattu, même par les plus éminents experts.

 

 

Les changements survenus dans la structure interne de la stratégie

Ces transformations dans la guerre et la stratégie dues au développement de la révolution scientifico-industrielle fournissent une assise à partir de laquelle on pourra évaluer les changements que la guerre et la stratégie subiront du fait du remplacement des bombardiers et leurs équipages par des missiles guidés, en cours de réalisation.

 

Comparés aux bombardiers, les missiles présentent les différences suivantes :

 

·     on peut plus facilement les produire en plus grandes quantités ;

·     l’entraînement des équipes de lancement n’est pas aussi long et aussi approfondi que celui des équipages de bombardiers straté­giques modernes ; la sélection physique et psychologique n’a pas la même portée et est moins rigoureuse ;

·     les missiles sont plus facilement mis à l’abri et camouflés. Selon le gouverneur Stassen, dans sa réponse à une enquête du sénateur Symington, on ne peut détecter leur lancement avec certitude à moins que celui-ci ne soit accompagné par d’autres opérations offensives, comme par exemple une importante concen­tration de forces ;

·     le lancement de missiles est plus difficile à déceler qu’un bombardier car les sites de lancement sont de peu d’étendue et peuvent être facilement camouflés ; un missile en vol est diffici­lement repérable car il se déplace à grande vitesse sur une trajec­toire pseudo-parabolique très haute.

Les dispositifs actuels d’alerte reliés à des radars ne permettent pas d’assurer une détection convenable. Les missiles sont donc beaucoup plus difficiles à intercepter car la durée de vol est courte, leur vitesse de déplacement est grande et, s’ils étaient détruits en vol, l’explosion qui en résulterait ferait craindre un dégagement de radioactivité.

 

Les missiles peuvent être interceptés uniquement par une forme quelconque d’antimissile automatique qui peut cependant être sujet à des défaillances et à des ratés.

 

Les effets des missiles de portée intercontinentale (ICBM) seraient utilisés d’abord dans le cadre d’une maîtrise stratégique globale et dans le secteur de la défense du front de l’intérieur. On transformera probablement cette arme aussi profondément qu’on l’a fait pour la bombe atomique ou pour celle thermo-nucléaire :

 

·     le nombre des coups au but sera largement accru même si des moyens efficaces d’interception sont trouvés. Les missiles écourtent le délai disponible pour l’évacuation totale d’une zone menacée qui, seule, signifierait quelque chose ;

·     ils augmentent aussi considérablement les difficultés aux­quelles on doit faire face pour maintenir l’effort des citoyens et l’activité économique et industrielle du ou des pays à un niveau raisonnable de cohésion durable ; il serait nécessaire, pour affronter ce défi, de posséder un système beaucoup plus élaboré d’orga­nisation ;

·     l’effet premier des missiles sur la stratégie serait la menace qu’ils représentent pour maintenir efficacement les flux d’appro­visionnements ;

·     par ailleurs, les missiles à portée moyenne ou courte affecte­ront d’une façon plus grave la cohésion des forces sur les théâtres d’opérations.

 

 

 

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