LA CHINE ET L’OCEAN INDIEN : L’ENJEU BIRMAN

 

Laurent Amelot

 

 

La Birmanie reste un pays largement méconnu, souvent présenté comme l’un des sommets du triangle d’or, soumis à une instabilité chronique et dont le régime est considéré comme l’un des plus autoritaires qui soit. Mais la Birmanie est aussi et surtout un État situé aux confins de trois zones géopolitiques majeures de l’Asie, avec, sur son flanc nord, l’Inde et l’Asie du Sud, à sa frontière est, la Chine et l’Asie du Nord/Nord-Est et au sud-est, l’Indochine et la Thaïlande, prolongement de l’Asie du Sud-Est.

Cette position géographique devait permettre à la Birmanie de devenir un acteur influent sur la scène asiatique. Sa situation politique intérieure en a décidé autrement. La Birmanie est devenue un enjeu. Jusqu’en 1988, elle est un État-tampon entre l’Inde et la Chine. Depuis un "sanglant été", elle est entrée dans la zone d’influence chinoise.

Depuis leur accession respective à l’indépendance, les relations entre la Birmanie et la Chine ont été mouvementées. De 1948 à 1955, leurs liens sont tendus. Le point de friction principal est représenté par les troupes du Kuomintang, réfugiées sur la frontière sud-ouest de la Chine, en Thaïlande et surtout en Birmanie. Entre 1956 et 1962, une certaine détente apparaît. À la suite du coup d’État militaire orchestré par le général Ne Win en 1962, les relations entre les deux pays se développent rapidement. L’Union soviétique est quasiment évincée de Birmanie. Mais, à partir de 1967, leurs relations se détériorent. Sur fond de Révolution culturelle, les incidents du printemps à l’ambassade de Chine à Rangoon conduisent à la rupture des relations entre les deux nations. La Chine, dès lors, appuie massivement le Parti communiste birman Drapeau Blanc dans sa lutte contre le régime birman. Dès 1969, Rangoon tente de renouer le dialogue. Une normalisation progressive s’amorce à partir de 1980. Le soutien chinois au Parti communiste birman Drapeau Blanc reste le principal point d’achoppement jusqu’en 1988.

À partir du mois de mars, des manifestations sont durement réprimées. Le 26 juillet 1988, le général Ne Win démissionne de ses dernières fonctions officielles. Il est remplacé le lendemain par le général Sein Lwin. Celui-ci, incapable de faire face à la situation de mécontentement grandissant, fait tirer sur la foule entre le 8 et le 11 août. Il est limogé le 12 et remplacé par Maung Maung, un avocat civil proche du général Ne Win, le 19. Les manifestations se multiplient dans l’ensemble du pays. Certains commandants des forces armées, dans les régions de Mandalay et Moulmein notamment, se joignent aux manifestants. Maung Maung cède aux revendications. Il promet l’instauration du multipartisme. Le 18 septembre, par un coup d’État, le général Saw Maung le renverse, prend le pouvoir et crée le Comité d’État pour la Restauration de l’Ordre et de la Loi (CEROL). Il justifie son action par des motifs semblables à ceux évoqués en 1962 par le général Ne Win : la restauration de l’intégrité territoriale du pays menacée d’éclatement.

La Birmanie est mise au ban des nations. Son grand voisin de l’est le sera lui aussi au printemps suivant. Dès lors, une convergence d’intérêts est d’autant plus aisée que, du côté chinois, la menace soviétique a disparu et que, du côté birman, on se félicite de l’assurance chinoise de mettre fin à l’aide offerte au Parti communiste birman Drapeau Blanc.

Une nouvelle entente asiatique se met en place, dont les objectifs, l’instrumentalisation et les perspectives restent à analyser.

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En situation d’isolement diplomatique et de déliquescence économique, la Birmanie se devait de rechercher de nouveaux partenaires. Pour ce faire, la remise en cause de la traditionnelle politique neutraliste birmane s ’est avérée nécessaire. Presque simultanément, la Chine s’est retrouvée dans une situation diplomatique comparable. Une convergence de vue latente s’est rapidement concrétisée en une "entente stratégique".

La junte birmane espère atteindre ici au moins quatre objectifs. Le premier a trait à la nature de sa gestion des affaires de l’État. Trois lignes directrices peuvent être mises en avant : un centralisme autoritaire ; un nationalisme exacerbé organisé autour d’un groupe ethnique garant de l’unité nationale ; un refus de toute ingérence dans les affaires intérieures de l’État. Ces différents principes se retrouvent en Chine. Le CEROL joue ensuite la carte chinoise afin de pacifier sa situation intérieure et de régler ses éventuels différends avec le Bangladesh et la Thaïlande. Les achats d’armes en Chine et les pressions exercées par Beijing sur les différents groupes rebelles renforcent le pouvoir de la junte. Le nouveau régime birman espère par ailleurs retrouver la voie du développement et de la croissance économiques grâce à l’explosion de son commerce bilatéral avec la Chine et les effets qu’elle induit. Enfin, la Chine constitue le moyen de déjouer toutes tentatives étrangères destinées à accroître la pression sur le CEROL en vue de lui faire quitter le pouvoir au profit de l’opposition démocratiquement élue au travers d’actions votées au sein d’organisations multilatérales internationales.

À Beijing, les objectifs liés à l’enjeu birman remontent au milieu des années 80. Le 2 septembre 1985, la Beijing Review publie un article, désormais célèbre, intitulé "Se tourner vers le Sud-Ouest : l’avis d’un expert", signé par un ancien vice-ministre chinois des communications, Pan Qi, qui émet l’idée selon laquelle la Chine doit développer sa politique commerciale en direction de l’océan Indien et de ses zones avoisinantes via la Birmanie. Avant de s’engager dans cette direction, deux conditions préalables doivent être réunies : la pacification de la zone frontalière sino-birmane et le développement des voies de communication reliant la Chine à la Birmanie puis à l’océan Indien. Déjà, au début de l’année 1985, le président chinois Liu Xiannan s’était rendu à Rangoon pour officialiser les relations d’État à État.

Sur le plan interne, la voie birmane permet à Beijing, à la fois, de désenclaver certaines de ses provinces excentrées et de rééquilibrer son développement économique. Le Yunnan et le Sichuan deviennent deux nouveaux pôles de développement dont la production est destinée à être exportée vers la Birmanie et les marchés d’Asie du Sud, du Machreck et de l’Afrique. Une optique plus géopolitique permet d’entrevoir d’autres objectifs dont certains ont été esquissés par le vice-ministre chinois Pan Qi : une pacification des frontières offre le moyen d’accroître le contrôle sur des régions éloignées et de favoriser le commerce ; la Birmanie peut devenir à terme une base avancée pour les opérations chinoises engagées en direction de l’océan Indien ; la "route de Birmanie" constitue une voie de communication d’avenir afin de pallier les risques de rupture ou de difficulté de circulation à travers les détroits du Sud-Est asiatique, en période de crise ; enfin, la combinaison de ces objectifs doit faire de la Chine un acteur déterminant sur la scène politique birmane. Beijing peut se poser en médiateur irremplaçable dans les différends consécutifs aux accrochages entre les forces birmanes et leurs homologues bengalis et thaïlandaises, comme cela se fit au Cambodge. En fait, la Birmanie constitue pour la Chine un atout dans le cadre de la politique d’extension hégémonique de son influence sur l’ensemble de l’Asie, du fait de sa position géopolitique centrale et de l’attitude de son gouvernement.

La Birmanie se situe désormais dans la zone d’influence chinoise. Quatre outils (économique, industriel, militaire et diplomatique) ont permis à la Chine d’atteindre le but qu’elle s’est toujours fixée, mais dans lequel le Parti communiste birman Drapeau Blanc a échoué : faire de la Birmanie un État-client.

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La Birmanie a le statut de pays le moins avancé, selon les critères de l’ONU. Sa croissance stagne, sa Banque centrale doit vendre ses réserves en or pour disposer de devises, son déficit est croissant et son taux d’inflation reste élevé. Rangoon joue la carte chinoise afin de favoriser le retour des investisseurs étrangers qui, à terme, pourraient contrebalancer une influence chinoise grandissante.

À partir de 1987, les experts chinois ont élaboré une politique de renseignement économique à destination du marché birman. Le recueil d’informations a permis la mise en place d’une politique de production et de commercialisation adaptée à la structure du marché birman et aux besoins de ses consommateurs. Deux axes ont été privilégiés : la sélection des biens de consommation à produire et l’élaboration d’une politique de prix de vente à l’exportation. La caractéristique principale de cette pratique a trait à sa rentabilité. Les coûts à l ’exportation, en effet, sont largement inférieurs aux coûts de production même de produits similaires fabriqués sur le territoire birman. Il découle de cette politique un essor du commerce frontalier à partir de 1987, qui a littéralement explosé à partir de l’année suivante. La Chine manœuvre ici avec beaucoup d’intelligence. Une fois les structures de sa politique d’exportation mises en place, il lui a suffi de conclure une série de traités avant d ’envahir le marché birman avec sa production. La mise sous tutelle commerciale de la Birmanie était réalisée. C’est ainsi que, les 5 et 6 août 1988, deux accords sont signés. Le premier consacre l’ouverture officielle de la frontière sino-birmane, le second institutionnalise les relations commerciales entre la province chinoise de Yunnan et la Birmanie, notamment l’État du Shan.

Désormais, la présence économique et humaine chinoise est largement visible, surtout dans le Nord, le Nord-Est et le Centre de la Birmanie. Rangoon, qui jusqu’alors privilégiait ses relations commerciales avec Bangkok, s’en détourne progressivement au profit de Beijing. Les investissements chinois se concentrent sur les secteurs de l’industrie, du bâtiment, des télécommunications, de la pêche, du commerce du teck, de l’exploration de ressources naturelles (gaz et pétrole), mais surtout des infrastructures. Ce dernier secteur d’activités revêt une grande importance pour la Chine. Le bon fonctionnement du commerce bilatéral et l’accès chinois à l’océan Indien imposent, d’une part, un développement des infrastructures frontalières en Birmanie (volet industriel) et, d’autre part, la pacification des régions périphériques birmanes (volets militaire et diplomatique).

La Birmanie manque cruellement d’infrastructures. Les Chinois s’en sont rendu compte dès l’amorce de leur rapprochement. C’est la raison pour laquelle ils se sont engagés à financer différents projets et à faire revivre la célèbre "route de Birmanie". Pour rationnels qu’ils soient, ces engagements chinois ne sont pas dénués d’arrière-pensées. La croissance rapide du commerce chinois en direction de la Birmanie mais surtout de l’Asie du Sud et de l’Indochine par voies terrestres, fluviales et maritimes, impose que la Birmanie soit suffisamment desservie en voies de communication. Elle constitue la plaque tournante de la politique, notamment commerciale, chinoise en Asie du Sud.

Dans le domaine routier, quatre axes de communication sont en développement. Le premier doit relier la province du Yunnan au nord de la Birmanie et à l’Irradaway, pour finir à l’extrême sud du pays, sur l’embouchure du fleuve. Le deuxième, parallèle au précédent, doit relier le Yunnan à l’océan Indien sur une voie est-sud. Le troisième doit relier le Yunnan au centre de la Birmanie vers le Laos et la Thaïlande. Le dernier doit relier la Birmanie du nord à l’est. Parallèlement à ce réseau routier, divers projets ferroviaires sont en cours d’exécution. Dans le domaine fluvial, le principal projet revêt un caractère régional, car il concerne le Mékong. L’objectif est de favoriser la coopération régionale en vue de faciliter la navigation commerciale sur le fleuve. Par ailleurs, différents projets de construction de ponts traversant la frontière sino-birmane sont en phase de développement. Lors de sa visite à Beijing, à la fin de l’année 1996, le général Than Swe, président du CEROL, a donné son accord pour la construction d’un pont sur le fleuve Salween.

Ce foisonnement de projets industriels va certes faciliter la circulation des convois de marchandises, mais leur but n’est-il pas ailleurs ? Ces nouveaux axes routiers offrent aux forces armées birmanes (Tatmandaw) des possibilités nouvelles. Ils lui facilitent la tâche dans ses missions de quadrillage du pays, notamment dans les zones périphériques, désormais largement accessibles. Les offensives en direction des régions toujours sous le contrôle des forces rebelles récalcitrantes sont facilitées, mais le problème des minorités ethniques reste entier, car des poches de résistance sont toujours présentes, malgré tous les efforts et moyens mis en œuvre pour les détruire.

Ces différents programmes de développement des infrastructures birmanes ont, enfin, eu deux effets supplémentaires, l’un indirect, l’autre parallèle. Les projets routiers surtout, mais ferroviaires aussi, nécessitent pour être viables l’utilisation de moyens de locomotion. C’est ainsi que différentes sociétés mixtes dans le domaine des transports ont été créées. Le partage du pouvoir semble cependant plus un mythe qu’une réalité. Les Chinois y détiennent un contrôle de fait. Ils contrôlent d’ailleurs les principales voies de communication birmanes aussi bien sur son intérieur que sur ses débouchés. Les projets autour des fleuves Salween et Irradaway ont permis de mettre en valeur une autre richesse du pays : l’énergie hydraulique. C’est ainsi que sont programmées les constructions de centrales hydrauliques et hydroélectriques le long du fleuve Irradaway.

Les volets diplomatiques et militaires clôtureront notre analyse de l’instrumentalisation de cette nouvelle relation sino-birmane, qui entre dans sa sixième année. Ces deux volets paraissent difficilement dissociables, car si les principaux dirigeants du CEROL se rendent en moyenne tous les deux ans en Chine, leur effet diplomatique n’est certes pas négligeable, mais les entretiens sont avant tout consacrés aux questions militaires. Le général Than Swe, numéro deux du CEROL avant d’en devenir le numéro un en 1992, s’est rendu à Beijing en 1989 et 1996 ; le général Saw Mang, alors président du CEROL, en 1991, et le général Khin Nyunt, numéro trois du CEROL, directeur du DDSI et gendre du général Ne Win, en 1994. En parallèle, différents responsables de Tatmandaw de haut rang se sont également rendus en Chine. Tout cela renforce les relations bilatérales et surtout rassure Rangoon sur la solidité du soutien que Beijing peut lui apporter en toutes circonstances. En fait, les deux principaux événements, d’une importance avant tout diplomatique, furent la visite du Premier ministre Li Peng à Rangoon en 1994, qui scella officiellement les relations entre les deux pays (l’année de la visite du général Khin Nyunt à Beijing¼ ), et le soutien diplomatique chinois sans faille aux Birmans au sein des instances diplomatiques internationales, notamment sur les thèmes ayant trait à la démocratie et aux droits de l’homme. Au-delà de ces deux évolutions diplomatiques, le volet diplomatico-militaire des relations entre la Birmanie et la Chine est avant tout militaire. Il peut être examiné sous trois angles : thaïlandais, birman et chinois. Cela revient à dire qu’en plus de la Birmanie, les deux principales puissances de la région (Thaïlande et Chine) sont susceptibles d’influer sur la situation intérieure birmane.

L’élément thaïlandais comprend deux phases. À partir de 1988, le rapprochement birmano-thaïlandais est le fruit du double rapprochement sino-birman et sino-thaïlandais. Il se caractérise par une volonté commune des trois acteurs de réduire au maximum l’instabilité birmane. Les autorités de Bangkok s’engagent à fermer la frontière birmano-thaïlandaise au cours des offensives des forces armées birmanes (Tatmandaw) contre les forces rebelles Karens tout en offrant aux forces birmanes un droit de poursuite sur son territoire. Ces dernières pénètrent en territoire thaïlandais, attaquent les camps de réfugiés situés en territoire thaïlandais et prennent à revers les rebelles en fuite. Cependant, à partir de 1992, les relations birmano-thaïlandaises se refroidissent. Des accrochages entre les forces armées birmanes (Tatmandaw) et les forces thaïlandaises se produisent. La frontière est rouverte du côté thaïlandais. Bangkok craint l’intransigeance des autorités birmanes et leurs velléités latentes de modifier le contour des frontières. Mais surtout, les bénéfices thaïlandais dans le commerce du teck s’effondrent au profit de leurs concurrents chinois.

L’élément birman, ensuite, revêt une considération exclusivement intérieure. Il rejoint en partie les objectifs thaïlandais et surtout chinois, c’est-à-dire la pacification du pays et notamment l’ensemble des zones frontalières à la configuration montagneuse et forestière, d’un accès difficile pour les forces armées birmanes (Tatmandaw) mais propice à des actions de guérilla. Aujourd’hui, la pacification a en grande partie réussi. Seuls les Karens et les Mons, sur la frontière thaïlandaise, continuent la lutte et, périodiquement, évoquent une possible alliance avec les forces démocratiques d’opposition en fuite depuis les événements de l’été 1988, ce que le CEROL veut à tout prix éviter, ainsi que les Rohingyas, de confession musulmane, dans l’État de l’Arakan, sur la frontière bengali. Ce succès est, avant tout, lié à l’influence exercée par la Chine sur les groupes rebelles, en premier lieu sur le Parti communiste birman Drapeau Blanc, principal pourvoyeur des autres groupes rebelles. À partir de 1989, la convergence manifeste des intérêts sino-birmans a contraint la Chine à cesser toute aide et à faire pression sur le Parti communiste birman Drapeau Blanc. Afin d’accélérer la reddition de la plus puissante des forces d’opposition birmane, la Chine lui a interdit l’accès à son territoire. Lâché par son principal soutien extérieur, privé de ses traditionnels moyens de subsistance et en proie à de sanglantes luttes intestines, le Parti communiste birman Drapeau Blanc a rapidement implosé. Ses principaux chefs de guerre ont accepté individuellement de conclure des accords prévoyant le maintien par les forces, désormais ex-rebelles, du contrôle administratif de leurs zones d’action, la conservation de leur appareil militaire et l’autonomie dans leurs activités commerciales, en échange de l’arrêt des hostilités et de leur collaboration avec les forces armées birmanes (Tatmandaw) dans la lutte pour l’éradication des forces rebelles récalcitrantes. La combinaison des offensives birmanes sur tous les fronts avec le soutien des forces ralliées et des pressions croissantes de la Chine sur les groupes rebelles ont contraint la plupart de ces derniers à signer des accords de cessez-le-feu avec le CEROL. Ce fut notamment le cas avec les rebelles Kachins. Malgré ces succès, le CEROL n’a pas relâché la pression. Une fois les forces armées birmanes (Tatmandaw) réorganisées, la junte n’a cessé d’accroître son contrôle sur la population : occupation et quadrillage systématique du terrain, offensives locales et ciblées, mesures de déception et déplacement de populations après destruction totale de villages entiers, blocus économique total des zones de résistance¼

Beijing, enfin, a toujours eu le souci d’avoir des frontières sûres. Ce souci, en Birmanie, s’est doublé d’une volonté permanente d’influencer la scène politique locale dans un sens qui lui soit favorable. La neutralisation du Parti communiste birman Drapeau Blanc, dans ce contexte, devait permettre à la Chine, à la fois, de contrecarrer l’influence vietnamienne en Indochine et de faire fructifier en toute sécurité ses desseins géopolitiques en Birmanie et sur l’océan Indien. Car, rappelons-le, la Birmanie constitue pour la Chine un enjeu autant dans une perspective bilatérale que dans une approche régionale. Après avoir conquis les leviers économiques, Beijing est devenu le principal, sinon l’unique, fournisseur de matériel militaire de la junte birmane. Depuis 1989, lors des visites officielles de dirigeants birmans en Chine, des contrats de vente d’armes sont régulièrement signés. À l’origine, ils étaient conclus par la direction du CEROL. Désormais, ce sont les commandants des régions militaires qui négocient directement les contrats avec Beijing. Par ailleurs, depuis 1990, des livraisons d’armement, par voie terrestre, se produisent régulièrement, d’où l’urgente nécessité de pacifier le versant birman de la frontière commune et de développer les infrastructures routières.

Les autorités birmanes ont donné leur accord pour la construction sur leur sol d’usines de fabrication d’armes légères chinoises. La Chine et, dans une moindre mesure, Israël ont remplacé l’Allemagne dans le rôle de principal fournisseur d’armes à la Birmanie, même si celle-ci tente de diversifier ses sources d’approvisionnement en prenant notamment des contacts en Russie. Cette volonté de ne pas restreindre la gamme de ses fournisseurs serait-elle seulement destinée à prévenir tout risque éventuel d’embargo ? Rien n’est moins sûr, d’autant plus que le consentement birman à la présence d’instructeurs chinois sur son territoire, en contrepartie de l’envoi d’officiers en formation en Chine, constitue aux yeux de Beijing un acte de soumission, un infléchissement de la politique traditionnelle birmane de non-alignement, dont les termes seront difficiles à réviser à mesure que l’influence chinoise, déjà forte, s’amplifiera¼ Les termes de l’accord de défense bilatéral conclu au milieu de l’année 1997 le confirment puisque les cinq domaines couverts (échange d’officiers, assistance financière, calendrier de visites officielles, coopération et échange de renseignements, entraînement) traduisent une emprise toujours plus forte de la Chine sur la politique militaire birmane. Le risque, en effet, réside dans le fait que les deux partenaires aient mal mesuré les termes originaux de leur entente. Les Birmans, très pointilleux sur le respect de leur indépendance nationale, se sont rapprochés de Beijing car le contexte était propice. L’aspect conjoncturel de cette entente a reçu un écho largement favorable dans une partie de la junte. À l’opposé, la Chine, redevenue une puissance majeure en Asie, désireuse de recouvrer sa zone d’influence traditionnelle, considère ses voisins comme autant de leviers lui permettant d’accroître sa position et sa puissance sur la scène internationale.

Ces différences d’appréciation n’empêchent pas Beijing d’installer son propre dispositif de défense en Birmanie. Ce dispositif comporte trois aspects. Une importante présence militaire positionnée notamment sur les bases navales de Mergui et Thewla. Cette présence révèle l’importance que représente la Birmanie pour la Chine, autant que la faiblesse des birmans à résister aux pressions de son partenaire. Depuis le milieu des années soixante, jamais une présence aussi importante de militaires étrangers, notamment chinois, n’a paru aussi visible en Birmanie. Une modernisation de l’appareil militaire par le renouvellement du parc d’armement, la restauration et la rénovation de différentes bases navales et aériennes, notamment celles auxquelles Rangoon a concédé un droit d’accès aux forces chinoises. Par ailleurs, l’armée chinoise construit un aérodrome sur l’île des Perles. L’obtention de facilités aériennes et navales : la Chine recherche des facilités sur le pourtour de l’océan Indien pour ses sous-marins et ses navires en patrouille dans la zone. Cette recherche de facilités doit être rapprochée du développement de la coopération sino-birmane en matière de renseignement aérien et naval. Sur l’île de la Grande Coco, située au nord des îles Andaman, est en construction une station radar à très longue portée, tandis que les installations navales sont en cours de modernisation. Ainsi, les Birmans disposeront d’outils modernes pour la surveillance maritime de leurs eaux territoriales et les Chinois auront un regard plus perçant sur les îles Andaman que l’Inde utilise comme base d’essai et de lancement pour ses missiles balistiques. Sur la base de Hainggyi, installée à l’embouchure du fleuve Bassein, sur le golfe du Bengale, des modernisations similaires ont lieu. Elles offrent des avantages, à la fois, aux forces chinoises et aux forces armées birmanes (Tatmandaw), car cette dernière rééquilibre son positionnement militaire et concentre une plus grande part de son attention sur l’objectif karens. La Chine, de son côté, se voit offrir un nouveau point d’accès à l’océan Indien, après les facilités obtenues sur les bases de Sittwe, à la frontière avec le Bangladesh, et l’archipel de Mergui, face aux îles Andaman, à l’extrême sud de la Birmanie.

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Au niveau régional, les relations sino-birmanes conditionnent pour partie l’évolution de la sécurité de l’Inde, de l’Association des Nations de l’Asie du Sud-Est (ANASE) et de l’Asie économiquement développée, ainsi que celle des voies de communication maritimes.

La question indienne tout d’abord. La présence en Birmanie de camps d’entraînement du groupe tamoul des Liberation Tigers Tamil Ealeam (LTTE) et du Harat-Ul-Ansar, organisation d’obédience musulmane très active au Cachemire, a été confirmée. La Birmanie, en outre, constitue une voie de transit pour les trafics en tous genres destinés à financer les activités de ces groupes. Cette implication birmane dans deux conflits intéressant l’Inde (le Sri Lanka et le Cachemire) a obligé les forces de sécurité de la "plus grande démocratie du monde" à privilégier sa sécurité intérieure et à amorcer un redéploiement de troupes à sa frontière sud-est. Cette tendance a été renforcée par les risques potentiels de conflagration, déjà évoqués, entre le Bangladesh et la Birmanie. L’Inde se sent désormais "encerclée" par trois États aux intention inamicales, malgré une amorce de détente avec la Chine. Ce sentiment est renforcé par la présence d’instructeurs pakistanais et l’état d’avancement des différents projets chinois, évoqués par ailleurs, en Birmanie. Dans ce contexte, deux hypothèses peuvent être envisagées en ce qui concerne réellement l’ambition chinoise : ou bien celle-ci tente de détourner l’attention de l’Inde sur l’évolution de sa politique asiatique, ou bien elle utilise les cartes birmane et pakistanaise pour accroître la pression sur l’Inde. Dans les deux cas, son objectif semble être d’acquérir à terme une place susceptible de contrecarrer le statut, peu contesté jusqu’alors, de puissance régionale de l’Inde sur l’océan qui porte son nom.

À l’égard de l’ANASE et de l’Asie économiquement développée, la Chine mène une politique de puissance à la fois offensive et défensive, dans laquelle la Birmanie tient une place de choix. La Birmanie, en effet, se situe au cœur d’un vaste mouvement de recomposition régionale. Tandis que l’ANASE renforce ses institutions, se rapproche de l’Inde et intègre en son sein la Birmanie et le Viêt-nam, que l’Indonésie conclut une alliance avec l’Australie, que l’Inde et le Viêt-nam consolident leurs relations et que les États-Unis réorganisent les leurs avec le Japon et l’Australie, de son côté, la Chine crée autour d’elle une sorte de coalition plus ou moins implicite composée du Pakistan, de l’Iran, du Laos, du Cambodge et de la Birmanie, à laquelle pourrait se raccorder la Thaïlande. Ainsi, deux fronts pourraient, à l’avenir, se faire face : l’un serait pro-chinois, l’autre serait anti-chinois. La Birmanie serait à l’intersection des deux.

Le front anti-chinois semble animé par la volonté de contrebalancer l’influence grandissante de la Chine et/ou de neutraliser, par partenaires interposés, une plus formelle émergence de ce front pro-chinois. À l’opposé, la Chine considère la Birmanie comme un enjeu et un État-client dans le cadre de son expansion vers le sud-est et comme un instrument de sa stratégie de "contre-encerclement" face à l’évolution des rapports entre l’ANASE, le Viêt-nam, l’Inde, le Japon, l’Australie et les États-Unis. La Thaïlande, enfin, semble avoir conclu avec la Chine un accord tacite de partage de leurs zones d’influence respectives en Birmanie, au Laos et au Cambodge, contre le Viêt-nam. Cet accord favorise le développement de leur commerce sur l’ensemble de l’Asie du Sud-Est et leur permet d’œuvrer d’un commun accord pour la mise en place du projet "Economic Quadrangle" dont les contours reprennent exactement ceux du triangle d’or. Ce rapprochement sino-thaïlandais est également destiné à contrebalancer la dégradation des relations entre la Birmanie et l’Inde, le Bangladesh et le Japon, son principal soutien financier avant 1988, afin de réduire quelque peu l’isolement de Rangoon. Les résultats de cette entreprise restent mitigés.

La Chine dispose désormais de deux soutiens au sein de l’ANASE. Il reste à savoir quel sera le poids respectif de ces pays dans l’évolution de la prise de décision à l’intérieur de l’organisation asiatique. En effet, membre de l’ANASE depuis juillet 1997, la Birmanie constitue l’unique point de jonction entre l’Asie du Sud Est et l’Inde, tandis que son adhésion à la Bangladesh India Sri Lanka Thaîland Economic Cooperation (BISTEC) l’intègre dans le courant des échanges commerciaux du nord de l’Asie à l’océan Indien et, plus loin, du Machreck et de l’Afrique. Ces adhésions sont-elles un moyen pour Rangoon de contrebalancer l’influence grandissante de Beijing sur son évolution politique et économique ou constituent-elles des leviers supplémentaires pour que la Chine contrôle ou s’informe, de l’intérieur, de l’évolution de ces organisations, d’autant que la Birmanie lui offre un soutien complet sur des dossiers aussi sensibles que la question taiwanaise ou les droits de l’homme ?

Il reste que l’inconnue principale se trouve être la Birmanie elle-même. Si celle-ci, par crainte des réactions de ses voisins face à un rapprochement trop marqué avec la Chine, amorce un relâchement de ses liens avec son puissant partenaire du nord-est, celui-ci risque de se sentir "encerclé" par des voisins aux intentions hostiles. A contrario, si Rangoon confirme son rapprochement avec Beijing et dans une certaine mesure perturbe le fonctionnement futur de l’ANASE, des risques de conflit sont à craindre. La Thaïlande risque de se trouver dans une situation inconfortable, car ou bien elle privilégiera la solidarité au sein de l’ANASE au risque de mécontenter la Chine, ou bien elle optera pour la solution d’une zone d’influence plus formellement partagée en Indochine et donc privilégiera la voie chinoise, quitte à provoquer une crise profonde au sein de l’ANASE. Les autres membres de l’ANASE craignent par ailleurs que le CEROL ne devienne un nouveau mouvement khmer rouge aux ordres de Beijing.

La question de la sécurité des voies de communication maritimes peut engendrer une multiplication des zones potentielles de conflit avec en son centre la Chine, que ce soit sur l’océan Indien ou en mer de Chine, en raison de l’évolution de sa politique d’armement, de ses besoins croissants en matière énergétique, tout comme ses voisins d’ailleurs, et de l’ambiguïté qu’elle entretient sur ses desseins géopolitiques en Asie.

L’obtention de facilités navales en Birmanie offre à la Chine un contrôle relatif sur les voies de communication maritimes de l’Asie et provoque donc un risque pour la circulation au travers des détroits. En effet, le lien entre les forces navales et les ressources énergétiques donne à la Chine un moyen de pression sur l’ANASE et sur le Japon, alors que les facilités en Birmanie lui permettent d’envisager l’élaboration d’une stratégie de prise en tenaille de l’Asie du Sud-Est grâce au contrôle des deux extrémités de l’espace maritime sud-est asiatique. Si l’on envisage cette possibilité dans un cadre asiatique élargi, on entrevoit que la Birmanie constitue un atout de première importance pour la Chine dans ses rapports avec le Japon, en matière d’influence économique et d’aide au développement.

La Chine peut d’autant mieux faire peser un risque sur les voies de communication maritimes de l’Asie du Sud-Est qu’elle dispose, grâce à la route Yunnan-Rangoon, d’une deuxième possibilité d’accès à l’océan Indien. Cette voie terrestre reste ouverte en quasi permanence et débouche sur le golfe du Bengale. La Birmanie, dans ce contexte, offre à la Chine une profondeur stratégique accrue, une continuité géostratégique et un allongement de ses voies de communication et de commandement qui, paradoxalement, peuvent constituer une source de faiblesse en cas de crise, c’est-à-dire un relâchement de son homogénéité géostratégique, malgré un prépositionnement sur les bords de l’océan Indien, certes relativement réduit pour le moment.

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Les relations sino-birmanes vues de Rangoon devraient, pour conclure cette étude, nous apporter quelques éléments de réponse supplémentaires sur l’évolution à venir de cette entente, au-delà des divergences probables relatives à la signification et la portée de cet axe pour chacune des deux parties : durable et géostratégique pour Beijing, conjoncturel et tactique pour Rangoon. Retournons quelques instants sur le passé, avant d’étudier l’évolution interne du CEROL et son incidence sur les relations sino-birmanes.

La Birmanie reste très sensible au maintien de sa souveraineté et à la notion de non ingérence dans les affaires intérieures de la nation. Ce sont des faits acquis et reconnus. Elle conserve un souvenir encore tenace et intacte du soutien chinois aux principaux groupes rebelles installés dans le nord et le nord-est de la Birmanie ainsi que du précédent de la fin des années soixante, c’est-à-dire de la rupture des relations sino-birmanes, sous la pression grandissante de la Chine à vouloir exporter ses conceptions en matière de Révolution culturelle chez ses voisins. Ces différents points constituent les principaux éléments de la rancœur, toujours présente chez certains hauts dignitaires birmans, à l’encontre de la Chine. Cela a eu pour conséquence une fracture au sein de l’armée et de la population sur l’attitude à adopter face à la Chine. Déjà des signes de mécontentement croissant sont observés dans le nord et le nord-est du pays face à la présence par trop pesante et trop voyante de la communauté chinoise qui contrôle, dans sa grande majorité, le commerce de la région.

Au niveau des institutions, depuis le 18 septembre 1988, le pouvoir est aux mains d’un nouveau groupe de militaires sous la forme d’un CEROL. Celui-ci est exclusivement composé de militaires d’active ou à la retraite. Le général Ne Win, qui a dirigé le pays de 1962 à 1988, conserve toujours une grande influence sur la direction des affaires du pays. Cela n’a pas empêché l’apparition de fractions et de tendances divergentes au sein de l’armée et du CEROL, surtout depuis 1992.

Pour des raisons médicales liées à ses nerfs, le général Saw Mang, président du CEROL, démissionne le 23 avril 1992. Il est logiquement remplacé par le général Than Swe, jusqu’alors numéro deux du CEROL. Il résulte de cette succession un certain flottement au sein du groupe dirigeant. Trois tendances opposées se font jour : le cabinet militaire, dirigé par le général Tin Oo, deuxième secrétaire du CEROL, soutenu par le général Than Swe, nouveau président du CEROL ; le groupe des "Commandants du Nord", rapidement neutralisé, mais dont la tendance conserve des adeptes, et la DDSI (les services de renseignement), dirigée par le général Khin Nyunt, qui a nommé des proches aux postes précédemment occupés par les membres actifs du groupe des "Commandants du Nord". Un statu quo s’est établi aujourd’hui. Mais un conflit ouvert risque de se déclencher une fois le général Ne Win décédé. Le cabinet militaire sera très probablement soutenu par le groupe des "Commandants du Nord" contre la DDSI dans cette lutte de pouvoir. La DDSI se retrouvera seule face aux deux autres tendances pour deux motifs. Le premier est lié à la personne de son directeur, le général Khin Nyunt, considéré comme le véritable homme fort du régime, même s’il est très peu apprécié par son peuple. Le second est lié au pouvoir de la DDSI. Cet organisme dispose depuis 1988 de moyens et d’une influence toujours plus importants. Elle dispose d’un pouvoir quasi illimité, fait office de service de renseignement interne aux armées en plus de ses missions traditionnelles de surveillance intérieure et extérieure du territoire, possède des informateurs dans tous les milieux, qu’ils soient civils ou militaires, et a élaboré un dispositif de quadrillage complet de la société birmane.

Dans le cadre de cette lutte de factions, le général Khin Nyunt place le maximum de ses anciens collègues de promotion aux postes opérationnels de l’armée et des membres de la DDSI à des postes de direction à l’intérieur du pays et à des postes d’observation à l’étranger, en Chine et Thaïlande notamment. La DDSI semble, en effet, plus favorable à un maintien de bonnes relations avec la Chine que ses concurrents. Cependant, si l’on replace l’évolution du CEROL dans le contexte plus général de la situation intérieure birmane, l’avenir des relations sino-birmanes peut paraître précaire. Des risques de désintégration interne sont de plus en plus souvent évoqués du fait à la fois de la crise économique, de la division croissante de la société et du fléau que constitue le trafic de drogue, notamment lié à l’indépendance croissante qu’acquièrent les multiples chefs de clans trafiquants et à l’immixtion de l’argent qu’il draine au sein de l’économie nationale. Paradoxalement, c’est à l’heure où une faction du CEROL contrôle comme jamais auparavant le pays que les scénarios d’éclatement de la Birmanie foisonnent, fondés sur une montée en puissance des seigneurs de la guerre dirigeant à la fois une armée ethniquement homogène et un réseau de trafic de drogue sur un territoire dont leur clan est originaire, avec au final une crise majeure au sein de la junte et un retour à une situation d’instabilité semblable à celle de la période pré-1988, dont serait absente cette fois toute autorité centrale. Dans ce cadre, la Birmanie deviendrait la proie, le jeu d’influences diverses en provenance de Chine, de Thaïlande et d’Inde¼

ORIENTATION BIBLIOGRAPHIQUE

Ouvrage

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Articles

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