LE RENSEIGNEMENT DANS LA PENSÉE MILITAIRE FRANÇAISE

par Hervé COUTAU-BÉGARIE

La tradition française en matière de renseignement est extrêmement heurtée et, finalement, assez négative dans l’ensemble. La preuve en est que les services de renseignement ne prendront pas de forme stable. Ils subiront de constantes modifications, voire des suppressions, à la suite d’aléas politiques ou d’affaires comme l’affaire Dreyfus ou l’affaire Ben Barka. Une telle instabilité serait proprement inimaginable en Grande-Bretagne : les scandales Profumo et autres ont entraîné des changements de personnes, mais sans atteindre véritablement le service. Or, en France, de telles affaires, qui font partie des “ratés” qui se produisent inévita­blement dans l’histoire des institutions, se traduisent parfois par la remise en cause pure et simple du service. Cette instabilité institutionnelle est révélatrice d’une instabilité doctrinale, d’un manque de conscience de l’importance d’un renseignement permanent et global.

Le philosophe Claude Lefort a consacré un livre à Merleau-Ponty intitulé Sur une colonne absente. Ce titre pourrait définir la place du renseignement dans la pensée militaire française. Tous les théoriciens s’accordent à reconnaître que le renseigne­ment est indispensable à la décision stratégique. C’est tellement évident qu’il n’est plus nécessaire d’y revenir. La grande majorité des auteurs s’en tiennent à cette pétition de principe. Le renseignement se trouve ainsi réduit à la portion congrue.

N’y a-t-il pas là une caractéristique de la culture stratégique française, qui n’accorde pas au renseignement toute la place qu’il mérite ? On pourrait la caractériser par la boutade attribuée à Frédéric II : “Le Maréchal de Soubise se fait suivre par cent cuisiniers, je me fais précéder par cent espions”. Cela l’opposerait, par exemple, à la culture stratégique anglo-saxonne, qui accorde une très grande place au renseignement.

Certes, ce n’est pas une règle absolue et il faudrait intro­duire de multiples nuances. Le silence, ou au moins la discrétion, des penseurs militaires français sur le sujet n’en est pas moins frappant.

L’Ancien Régime

Sous l’Ancien Régime, la littérature militaire est tournée vers la tactique. Ce qui précède le combat est peu évoqué, en dehors des marches. Le renseignement est donc pratiquement absent, alors même que sa nécessité est parfaitement comprise et qu’il est recherché par tous les moyens, y compris l’espionnage.

Bérault Stuart, seigneur d’Aubigny, recommande, dans son Traité sur l’art de la guerre, dicté en 1508, d’

envoyer plusieurs gens en habit dissimulé en l’ost (armée) et au pays des ennemys par divers chemyns pour scavoir s’ils ont vivres et ce qu’ilz font… Le plus grand sens que un chef de guerre peut avoir que de scavoir souvent des nouvelles et y despendre largement1.

Jérémie de Billon, dans ses Principes de l’art militaire (1622), indique que le général d’armée

doit avoir des guides et espions fidelles et ne leur rien espargner : car il n’y a rien meilleur que de scavoir le dessein de l’ennemy, ce qu’il veut et peut faire, le lieu où il est, comment situé et comment on y peut aller2.

                   Henri de Rohan, l’un des chefs du parti protestant, après les guerres de religion si propices à l’utilisation des espions, consacre à ceux-ci le chapitre 15 de son traité Le parfaict capitaine (1636). Lui aussi recommande d’avoir des espions et des guides. Vis-à-vis des premiers, il faut

en estre toujours en deffiance ; pour ce que comme c’est un mestier dangereux pour celuy qui le fait ; aussi l’est-il pour celuy qui s’en sert. A cet effect faut que personne ne les cognoisse que celuy qui les employe ; et qu’entr’eux il ne s’entrecognoissent pas afin qu’ils ne s’accordent à donner de faux advis… mais ce n’est pas tout de se garder de ses propres espions, il faut aussi se garder de ceux de l’ennemy lequel il faut présupposer en avoir dans vostre camp comme vous dans le sien. C’est pourquoy outre le secret qu’il faut garder en toutes ses entreprises, il est encor bon de donner le change en publiant lourde­ment que vous avez tout autre dessein que celui que vous voulez executer, afin que les espions le rapportent ainsi à l’ennemy. Mais le plus essentiel moyé destre bien servy de cette espece de gens, c’est de leur estre fort liberal car ils sont fidelles à qui plus leur donne3.

Mais, ensuite, ce genre de recommandation devient plus rare, alors que la pratique ne cessera jamais, comme l’a confirmé Lucien Bély dans sa thèse monumentale4. La recherche du renseignement n’apparaît au premier plan que chez les auteurs traitant de la petite guerre, comme le capitaine Le Roy de Grand­maison ou le comte de La Roche.

Cela ne signifie pas, bien entendu, que les auteurs n’aient pas conscience de la nécessité du renseignement, mais, le plus souvent, ils s’en tiennent à des considérations assez brèves pour passer ensuite à de longs développements sur les marches, les évolutions, les ordres de bataille, qui constituent l’essentiel de leur propos. On peut en donner quelques exemples.

Les célèbres Mémoires du marquis de Feuquière, écrits à la fin du règne de Louis XIV et parus en 1736, consacrent leur chapitre XLIV aux espions. Leur utilité est clairement affirmée :

Il est difficile d’entrer ici dans le détail de tous les différens usages des Espions. Il suffit de dire qu’un Prince, un Ministre et un Général ne peuvent trop préci­sément scavoir ce qui se passe dans les États et Armées amis ou ennemis ; et qu’ainsi on ne scaurait avoir trop d’Espions de toutes sortes d’espèces, et pour toutes sortes d’usages5.

Mais il n’en donne guère d’illustrations détaillées dans les campagnes qu’il commente ensuite dans son livre. On peut faire un constat semblable chez le maréchal de Puységur, dont l’Art de la guerre paraît en 1748 :

On enverra quelque petit parti aux nouvelles et même des espions si l’on peut en avoir… Comme les nouvelles les plus sûres sont celles que l’on reçoit par le moyen des gens affidés que l’on peut avoir dans l’armée ennemie, ou à portée d’y aller, il faut faire tout ce qui est possible pour s’en procurer, ne point épargner les promesses, les tenir et payer bien6.

Il ne dit rien de plus sur le renseignement dans les deux volumes de son copieux traité. Plus intéressant est le maréchal de Saxe, qui consacre quelques développements assez brefs (mais le livre lui-même est court) au renseignement dans ses Rêveries (écrites en 1732, parues en 1756). Il y dit notamment : “On ne saurait faire trop d’attention aux espions et aux guides… L’on ne saurait employer trop d’argent pour les avoir bons”. Le général doit “s’en faire rendre compte tous les jours7.C’est une maxime qu’il mettra lui-même en application. Le vainqueur de Fontenoy, de Raucoux et de Lawfeld accorde une grande importance, non seulement aux reconnaissances, mais également aux renseigne­ments que peuvent lui rapporter ses espions, qu’il paie effective­ment fort cher.

L’auteur le plus complet est le brigadier Turpin de Crissé, dont L’Art de la guerre (1754) insiste à plusieurs reprises sur la connaissance du pays, les reconnaissances et consacre un chapitre entier aux espions (chapitre Ier du livre second). Un général doit avoir des espions s’il veut agir avec sûreté : “Un Général n’a pas moins besoin d’Espions pour s’instruire, qu’une Armée n’a besoin d’Armes pour se battre8. Il faut entretenir des intelligences dans l’Armée ennemie et se garder constamment des espions de l’ennemi. Mais il n’envisage que le cas d’espions attirés par l’appât du gain, recommandant de bien les payer, mais de toujours se méfier d'eux, il ne semble pas admettre l'utilisation d’officiers ou de personnes désintéressées.

Après lui, Le Roy de Bosroger consacre un “article” (chapitre) de ses Élémens de la guerre (1773) à la “connoissance des forces de l’Ennemi”, qui recommande le recours aux espions : “Il est nécessaire d’en entretenir beaucoup et de bons. Mais il ne faut pas épargner l’argent pour une partie aussi essentielle. Il est juste que la récompense soit proportionnée aux services qu’ils rendent et aux risques qu’ils courent”. Leur action doit être dirigée par un aide-maréchal général des logis de l’armée, qui “doit être un homme désintéressé et intelligent, qui ait assez de lumières pour distin­guer ce qui mérite une entière croyance d’avec ce qui peut être suspect”. Leur rôle ne se limite pas au renseignement, il s’étend à l’intoxication : “On s’en sert alors pour tromper l’Ennemi par de faux avis et l’engager dans des démarches dont on tire tout l’avan­tage que l’on a pu s’en promettre9. Il est pratiquement le seul à recommander l’organisation d’un véritable service de renseigne­ments au sein de l’état-major.

On ne trouve guère l’équivalent chez les auteurs les plus connus comme Folard, Joly de Maizeroy ou Guibert qui ne disent rien ou s’en tiennent à quelques rares annotations éparses. Mais, même chez ceux qui en parlent, le rejet moral est net : l’espion n’agit que par intérêt, pour de l’argent. Aucun ne recommande d’y employer des officiers. La différence est frappante avec la diplomatie, dans laquelle l’espionnage est beaucoup plus facile­ment admis : l’ambassadeur, dit l’adage, n’est qu’un espion protégé par le droit des gens.

Napoléon

Napoléon, au moins dans ses premières campagnes, attache beaucoup d’importance au renseignement. Ses écrits contiennent de très nombreuses allusions à cette question, parfois contradic­toires d’ailleurs. C’est ainsi qu’il écrit à son frère Joseph, en 1808 : “À la guerre, les renseignements comptent pour rien, ce serait aventurer la vie des hommes à de bien faibles calculs que de s’y fier. Les faits recueillis sont tous interprétés dans un seul sens pour peu qu’ils s’y prêtent”. Il entend signifier par là sa méfiance à l’égard de la tendance naturelle à ne retenir ou interpréter que les renseignements qui vont dans le sens de l’idée préconçue. Mais il est bien conscient de l’absolue nécessité du renseigne­ment : “La connaissance des mouvements de l’ennemi est un des plus grands éléments d’une parfaite réussite10. Dans sa corres­pondance avec ses ministres, il donne des directives pour l’orga­nisation d’un service d’espionnage. Francesco Toli, maître-espion recruté en Italie en 1796 et qui était encore à son service durant la Campagne d’Italie de 1800, semble avoir joué un rôle très important dans la mise en œuvre d’une opération de grande envergure, à la fois de collecte de renseignements et de ce que nous appellerions, aujourd’hui, la “déception”, comme en 1805 Schulmeister pour tromper le général Mack durant la manœuvre d’Ulm. Le baron Bignon, à la fin de l’ère impériale, notamment lors de la Campagne de Russie, organise un réseau d’espionnage de grande envergure qui obtient quelques résultats11. Il faut cependant noter que si Napoléon utilise beaucoup les agents de renseignement, il a peu de considération pour eux. À la différence de Bismarck qui a comblé d’honneurs et de récompenses son maître-espion Stieber, Schulmeister n’a jamais reçu la Légion d’honneur à laquelle il aspirait ardemment. l’espionnage n’est pas considéré comme présentable.

La conception étroite du xixe siècle

Tout au long du xixe siècle, il apparaît très nettement que le renseignement n’est pris que dans son sens strictement militaire, et encore, dans une acception purement tactique. Le renseigne­ment est identifié à la reconnaissance. Ce qui apparaît très clai­rement dans la littérature de l’époque (et pas seulement française), c’est l’insistance sur la reconnaissance et l’exploration. plusieurs livres traitent des “avant-postes”. Le plus célèbre est les Avant-postes de cavalerie légère du général Antoine-Fortuné de Brack (1831, constamment réédité jusqu’à la fin du siècle) qui détaille comment connaître les mouvements de l’ennemi au moyen des rapports des prisonniers, déserteurs et voyageurs, des rapports des espions (qu’un officier d’avant-garde emploie “mal­heureusement trop rarement, parce qu’il n’a pas assez d’argent pour les bien payer”), des reconnaissances et des indices (fournis par la “connaissance des usages généraux de la guerre et des habitudes de l’ennemi”)12. De Brack et ses émules poursuivent la tradition des auteurs de la petite guerre du xviiie siècle et reconnaissent pleinement, eux, l’importance du renseignement. Mais celui-ci reste tactique, immédiat, et leur influence est marginale.

Le seul grand auteur à s’étendre sur le renseignement est le maréchal Bugeaud, dans les Aperçus sur le détail de la guerre, l’un des plus grands succès de la littérature militaire du xixe siècle : l’espionnage est l’“une des parties les plus importantes de l’art de la guerre ; le général qui saura l’employer habilement en tirera des avantages considérables”. Il n’hésite pas à recom­mander que chaque corps soit doté d’un service d’espionnage ; “Tous les officiers d’état-major, même en temps de paix, devraient être exercés à instruire des soldats au rôle d’espion, à les envoyer de divers côtés à la découverte, à contrôler leurs rapports, etc. Il y aurait matière à faire un petit manuel sur ce service”. Et il se plaint du retard français en ce domaine : “Les officiers anglais, russes, américains, n’hésitent point à se déguiser, à prendre une fausse qualité, un faux titre, pour pénétrer les desseins de l’enne­mi… Leurs exemples devraient être suivis dans l’armée française, et l’on serait mieux et plus sûrement renseigné par un des siens, se dévouant à l’espionnage, que par les juifs, femmes, colporteurs, que l’on cherche à embaucher pour ce métier13. Bugeaud, dont la gloire a été acquise en Afrique du Nord, face à un adversaire mobile et insaisissable, y a fait la synthèse de la grande et de la petite guerre. Mais, en métropole, il n’a pas fait école.

En temps de paix, on s’appuie sur la topographie, qui doit procurer le renseignement sur le terrain, et sur la “statistique” militaire qui collecte le renseignement sur les armées étrangères. À Saint-Cyr, une chaire de géographie et de statistique militaires est tenue pendant près de trente ans par un homme aujourd’hui oublié, mais qui a formé des générations d’officiers : Théophile Lavallée. Ses livres se sont vendus à plusieurs dizaines de mil­liers d’exemplaires. Il n’y est guère question du renseignement.

De même, le maréchal Marmont n’y consacre qu’une brève allusion dans De l’esprit des institutions militaires (1845) : il indique qu’“un général ne doit rien négliger pour connaître d’avance et avec quelque détail le pays où il va faire la guerre. Il s’en procurera la statistique approximative ; il saura en quoi consistent ses ressources de toute nature, en étudiant avec soin sa topographie” et il donne l’exemple de la campagne de 1800 : “L’insuffisance des renseignements fit presque manquer à son principe l’immortelle campagne de Marengo14. Topographie, statistique ; pas un mot sur l’espionnage.

Cette conception étroite ne résulte pas seulement du désin­térêt “culturel” pour le renseignement déjà constaté chez les auteurs du xviiie siècle. Elle est aussi le résultat d’une sclérose de la pensée militaire : le débat stratégique reste limité à quelques individualités, le blocage s’amplifiant sous le Second Empire : “l’École innéiste” considère que le talent est inné et que, finalement, seuls comptent la fougue de la troupe (la “furia francesce”) et le coup d’œil du chef sur le champ de bataille, ce qui ne rend pas nécessaire l’organisation d’un état-major perma­nent. Conséquence logique, la France est très en retard sur un plan institutionnel et le renseignement est le premier à en faire les frais15. Jusqu’en 1870, il est simplement confié à un officier, attaché à chaque état-major de Corps d’Armée. Il est inutile de dire que cet officier n’a aucun formation spécifique. D’où cette lettre extraordinaire adressée au général Frossart, le 16 juillet 1870, par le major général : “Organisez un service d’espionnage. Je vous allouerai des fonds secrets !16. Il faut le désastre de 1870 pour que l’on se soucie enfin de mettre sur pied des organes permanents.

Lewal, théoricien du renseignement

Le Bureau de reconnaissance et de statistique militaire est créé le 8 juin 187117. C’est la première fois que l’on crée officiel­lement un service spécialisé dans le renseignement. Il est ratta­ché au 2e Bureau de l’état-major général. L’Instruction minis­térielle du 17 février 1875 précise que “l’état-major de l’Armée est chargé de la centralisation de tous les renseignements sur les armées étrangères et sur la défense contre les menées ennemies, notamment contre l’espionnage ennemi”. En 1874, le général de Cissey, ministre de la Guerre, y ajoute une Section spéciale, chargée de prévenir une attaque brusquée allemande. Pour l’anecdote, cette initiative n’aura pas pour autant sensibilisé le ministre aux enjeux de l’espionnage, puisqu’il sera l’objet d’une méchante affaire, un agent prussien profitant de ses visites chez sa maîtresse, la comtesse Kaulla, pour recopier les dépêches contenues dans sa serviette.

Le premier chef du Bureau de Reconnaissance et de Statistique est le colonel Lewal, qui s’est intéressé très tôt au renseignement : il lui a consacré un article dès 1860 et a dirigé le bureau de statistique en 1866, avant de prendre la direction du service de renseignement (embryonnaire) de l’armée du maréchal Bazaine à la déclaration de guerre (il témoignera à charge au procès de son ancien chef). Il sera l’un des grands noms de l’École supérieure de guerre. Avant Maillard et Bonnal, il va forger une doctrine qui marquera le début de la renaissance de l’armée française. Ses cours sont publiés dans le Journal des Sciences Militaires et réunis ensuite en volumes sous le titre d’Études de guerre : tactique de combat, de marche, de stationnement, avec des noms assez pittoresques qui n’ont pas survécu : la maché­tique, la proégétique, la sullégétique... Il consacre un cours à la tactique de renseignement qu’il appelle “logistique”. Le concept de logistique n’a pris le sens que nous lui connaissons (mise en œuvre de tout ce qui est nécessaire à l’approvisionnement des combattants) qu’au xxe siècle. Au xixe siècle, il est généralement entendu, beaucoup plus vaguement, comme la science de l’état-major, ce qui inclut, par exemple, le calendrier des marches. Con­cept trop vague que Lewal réduit à la tactique de renseignement.

Paru en deux volumes en 1881-1882, le tome des Études de guerre consacré à la Tactique des renseignements, touffu et ennuyeux mais très riche, s’ouvre par un constat de carence qui vaut pour toutes les époques et que l’on pourrait presque repren­dre aujourd’hui, malgré une amélioration récente :

Tout le monde parle de renseignement, loue la perspica­cité de ceux qui en ont, blâme l’inhabileté de ceux qui en manquent, et cependant la science des renseignements, leur recherche et leur emploi, est la branche la moins connue, la plus négligée jusqu’ici, surtout en France. On l’a considérée comme une partie accessoire à laquelle chacun était naturellement apte et qui n’avait nullement besoin d’être étudiée. Il y a des procédés particuliers pour combattre, pour marcher, pour stationner, pour s’appro­visionner, pour investir ou assiéger les centres fortifiés, il en est résulté des branches particulières de la tactique ; il n’en va pas de même pour le renseignement. L’ensemble des procédés par lesquels on se procure toutes les indica­tions utiles est nommé tactique des renseignements18.

Lewal consacre deux volumes à démontrer ce que doit être une tactique des renseignements. Comme son nom le suggère, la tactique des renseignements est strictement militaire. Le rensei­gnement se met au service des plans d’opérations : il doit “reconnaître l’ennemi, le terrain, les ressources et les habitants du théâtre d’opération”. Lewal précise : La prévision, les combinai­sons, l’entente de la guerre n’existent pas sans renseignements ; c’est le service le plus important à installer et à bien manier19.

Ces renseignements seront obtenus, en temps de paix20, par la statistique, et, en temps de guerre, par la reconnaissance qui se déroulera avant et pendant les opérations, par l’interception et l’examen de la correspondance, par des émissaires. Lewal accorde une grande importance aux interrogatoires : interrogatoires des habitants, des prisonniers, des déserteurs, il recommande l’utili­sation des guides et des otages. Et, surtout, il insiste sur la nécessité de l’espionnage. À l’encontre de l’opinion dominante de son temps, il estime que l’action de reconnaissance confiée à la Cavalerie est insuffisante. Et il s’emploie à démontrer, avec quelque détail, qu’en 1870, la Cavalerie allemande a procuré infiniment moins de renseignements que le service d’espionnage organisé par Moltke. Il conclut en regrettant l’inaptitude française à l’espionnage :

Malgré son évidente utilité, l’espionnage est peu ou point pratiqué depuis longtemps déjà. On n’en a pas le goût et il n’est organisé ni comme règlement, ni comme fait. Le caractère chevaleresque de notre nation se prête malaisé­ment à l’emploi de ce moyen qui présente quelque chose de traître et de déloyal (...). Avec de tels sentiments, nous nous servons de l’espionnage comme à regret et d’autant moins que nous ne trouvons pas l’instrument préparé21.

On ne saurait mieux dire. Cela dit, lui-même ne réhabilite pas complètement l’espionnage organisé, dans la mesure où, immédiatement après ce constat, il parle de “métier peu hono­rable22. Il indique qu’il faut se méfier des espions qui sont gens peu recommandables et ne travaillent que pour de l’argent. Il s’emploie ensuite, fidèle à son obsession de la taxinomie, à distinguer diverses catégories d’espions : on opposera les espions volontaires aux espions forcés, les espions conscients aux espions inconscients, les espions mobiles aux espions fixes, les espions simples aux espions doubles, ou encore les espions permanents aux espions occasionnels. Il recommande tout particulièrement de s’attacher les services de “femmes galantes” et de “filles publiques” qui rendront les plus grands services.

Lewal estime que : “Le général en chef est le directeur de tout l’espionnage de son armée23. On en reste encore à un rensei­gnement strictement opérationnel, qui n’est pas centralisé. Il n’existe pas de centralisation à l’échelle de l’état-major général, malgré l’Instruction ministérielle de 1875. D’ailleurs, une fois qu’il a parlé du renseignement durant les cent premières pages de son livre, Lewal consacre les sept cents autres à parler de la reconnaissance. La tactique de renseignement est d’abord une tactique de reconnaissance. Il n’y a rien, bien entendu, sur la nécessité d’un service gouvernemental de renseignement. Le sujet n’est jamais abordé dans son livre, conformément à une orientation qui établit une dissociation, aussi rigoureuse que possible, entre le politique et le militaire. L’Armée ne doit pas empiéter sur le domaine politique.

Le désintérêt de l’armée à la Belle Époque

Le résultat de cet état d’esprit, c’est que ce plaidoyer ne rencontre pas, il faut le dire, grand écho24. En 1894, la Section de statistique, chargée non seulement de l’espionnage mais égale­ment du contre-espionnage, compte, en tout et pour tout, 5 offi­ciers et 4 auxiliaires, ce qui n’est pas vraiment considérable. À la même époque, l’Allemagne met en œuvre des services qui com­prennent plusieurs centaines d’agents. La chose est d’ailleurs parfaitement connue et une thèse sur l’espionnage, par un capi­taine d’infanterie, ne fait aucune difficulté pour reconnaître que “nos voisins, en cette matière, sont devenus de véritables maîtres et nous ne pouvons méconnaître leur immense supériorité25. La première loi pour réprimer l’espionnage en temps de paix ne date que de 1886 ! Les études techniques sur le renseignement restent rares : L’Espionnage (1888), du capitaine Numa de Chilly, l’Étude pratique du service des renseignements, du capitaine de Rudeval (s.d.), L’Espionnage militaire (s.d., vers 1890), du lieutenant A. Froment. La France, une fois de plus, est très lente à s’adapter au nouvel environnement et à se doter des moyens pour faire face à l’espionnage ennemi. Elle y arrive de temps en temps, et l’un des premiers succès du contre-espionnage français sera de prendre “la main dans le sac”, en 1890, l’attaché militaire américain, qui essayait de monter un réseau d’espionnage.

Le renseignement n’est pas reconnu comme un service à part entière, et encore moins comme une arme. Il n’y aura jamais, en France, d’arme du renseignement, alors qu’il y a une arme du Train. Au reste, en 1899, à la suite des premiers remous de l’affaire Dreyfus, la Section de statistique du ministère de la Guerre est purement et simplement supprimée. Ses compétences sont transférées au ministère de l’Intérieur, à la Direction de la Sûreté. l’Armée se récrie, en protestant que les civils n’ont pas compétence pour collecter des renseignements sur les armées étrangères, et même qu’ils n’ont pas une compétence absolue pour réprimer l’espionnage purement militaire. La Section de statistique subsiste donc, non plus sous son nom, mais au sein du 2e Bureau, et elle ne s’occupera plus dorénavant que de la collecte du renseignement et non du contre-espionnage. Il en résulte une période d’atonie.

Après l’affaire Dreyfus, le service de renseignement se trouve en très mauvais état. En 1908, le lieutenant-colonel Nicolas Rollin, dernier chef de la Section de statistique avant la dissolution formelle de celle-ci, publie un petit livre sur le Service de renseignement militaire, vigoureux plaidoyer pour un service centralisé de renseignement, avec un bureau central, des bureaux aux frontières, des agents à l’étranger et une coordina­tion qui serait assurée par le Conseil Supérieur de la Défense Nationale, conformément à l’idée que le renseignement n’est efficace que s’il est exploité au plus haut niveau. C’est une for­mule qui ne s’imposera pas de sitôt.

Pourtant, des résultats sont obtenus. Les Bureaux Fron­tières parviennent à collecter un certain nombre de renseigne­ments. Le capitaine Lux, commandant l’un d’eux, se fait arrêter au cours d’un voyage de “pur agrément” en Alsace ; condamné à la prison, il réussit à s’évader après une action particulièrement remarquable de son service. Il faut également signaler une atten­tion précoce pour l’observation aérienne qui fait l’objet d’une étude très poussée du capitaine-observateur Pichot-Duclos, Reconnaissances en aéroplane (1912), mais aussi de la prise de position favorable du général Bonnal, l’un des écrivains militai­res les plus connus, dans Le Figaro du 25 janvier 1912.

Les hautes sphères militaires ne s’émeuvent guère de cette faiblesse du service de renseignement. Des principes de la guerre, du colonel (puis général) Foch, qui constitue la synthèse de l’école dominante à l’École de Guerre avant 1914, insiste sur la nécessité de rechercher la surprise et la sûreté. Le cumul de la surprise et de la sûreté implique d’avoir des renseignements sur l’adversaire. Mais ces renseignements, une fois encore, ne seront donnés que par l’exploration et par la reconnaissance. Il s’agit, là encore, d’une approche étroitement opérationnelle. “Renseigner, et pour cela reconnaître jusqu'à l’engagement du gros”, telle est la formule de Foch26.

Foch est caractéristique de la pensée française de son époque. On retrouve la même conception chez les auteurs navals. René Daveluy, qui consacre un chapitre aux renseignements dans son Essai de stratégie navale (1905), ne s’intéresse qu’à la recherche et à l’éclairage par les bâtiments à la mer ; il signale brièvement l’intérêt des câbles télégraphiques sous-marins, mais ne dit rien du rôle des attachés navals ou de la centralisation du renseignement par un état-major à terre.

Certes, encore une fois, il y a des exceptions. Le commandant Jean Colin se livre à un plaidoyer soigneusement argumenté en faveur d’un renseignement permanent, dans son maître-livre Les Transformations de la guerre (1911).

Ce n’est pas à l’improviste que l’on rencontre l’armée ennemie, et ce n’est pas en engageant le combat que l’on se renseigne sur sa force. Les premiers renseignements se recherchent et se classent dès le temps de paix ; les données fournies par les documents officiels, par les journaux, celles enfin que l’on se procure par l’espion­nage, sont la base de travaux précis par lesquels on s’efforce de prévoir la répartition des forces ennemies au début d’une campagne à venir… Des agents sont établis à demeure dans les grandes villes des pays neutres, près des frontières, et même jusqu’en pays ennemi. Des émis­saires parcourent toutes les régions où se meuvent des troupes adverses27.

Napoléon est présenté comme le modèle indépassable, avec une évidente exagération (Moltke fera beaucoup mieux). Colin insiste sur l’importance du renseignement, condamne sans appel le général médiocre qui se passe de renseignements parce qu’il bâtit ses plans de campagne sans souci de l’ennemi. mais, en même temps, il critique celui qui “n’en a jamais assez : il attend de connaître la position de tous les bataillons ennemis pour prendre un parti : il subit l’initiative de son adversaire”. Entre ces deux extrêmes, le bon général “n’attend pas que les renseigne­ments lui arrivent, au hasard de la découverte, mais c’est lui qui dirige l’exploration, réclame la lumière sur quelques points essentiels, dont lui seul a saisi l’importance28. Apparaît ainsi, en quelques paragraphes incisifs, une doctrine cohérente : le rensei­gnement est indispensable, mais il n’a d’intérêt que s’il est au service d’un plan.

On pourrait croire que cette vérité finit par imprégner les règlements. L’Instruction sur le Service dans les états-majors du 29 novembre 1912 et le décret du 28 octobre 1913 qui est, en quelque sorte, la première instruction sur l’emploi des Grandes Unités, prévoient la recherche du renseignement :

La sûreté du chef repose avant tout sur la recherche des renseignements nécessaires au développement du plan de manœuvre. Cette recherche, poursuivie d’après les indi­cations du plan de renseignement, incombe aux organes d’information mis à la disposition de la Grande Unité.

Le principal rédacteur de ce décret n’est autre que le colonel de Grandmaison, célèbre pour ses conférences sur la sûreté et l’engagement des grandes unités, souvent déformées. Mais la vogue de l’offensive à outrance n’est guère favorable à la recherche du renseignement. Grandmaison lui-même ne lance t-il pas la formule malheureuse : “Dans l’offensive, l’imprudence est la meilleure des sûretés” ? Comment s’étonner que les lecteurs ou auditeurs retiennent surtout cette profession de foi frémissante et qu’ils soient d’abord soucieux d’en venir, au plus tôt, à la bataille décisive si ardemment prônée ? Les recommandations sur la recherche du renseignement ne peuvent trouver le même écho. Aussi les principes affirmés dans ces documents ne trouvent-ils guère d’écho : aucune mesure d’application n’est prise et l’Instruction générale des cadres et des troupes, du 1er décembre 1913, ne dit rien sur le renseignement. Ce n’est qu’en février 1914 qu’est approuvé un Aide-mémoire de l’officier de 2e bureau dans un état-major d’armée. Son équivalent pour l’état-major de corps d’armée est en cours de rédaction, il ne paraîtra qu’en janvier 1915. À la déclaration de guerre, les 2e bureaux de corps d’armée29 sont embryonnaires, leurs officiers n’ont reçu qu’une formation sommaire (quand ils l’ont reçue).

Les leçons de la Grande Guerre

Le redressement sur la Marne ne sera pas imputable à des renseignements acquis par l’espionnage mais à des mouvements opérationnels complétés par l’une des premières démonstrations réelles de la reconnaissance aérienne ; du côté adverse, la recon­naissance aérienne sera défaillante, par suite du sacrifice de l’escadron du lieutenant de Gironde qui détruit, à coups de sabre, une escadrille de Taube qui s’apprêtait à survoler les lignes françaises.

En 1915, on commence tout de même à se soucier de l’amé­lioration du renseignement. Au plan tactique, les 2e bureaux de corps d’armée s’étoffent et se livrent à la recherche systématique du renseignement, coordonnant l’action de la reconnaissance aérienne, des écoutes téléphoniques, des sections topogra­phiques… Au plan stratégique, le SR est réorganisé avec la création du Service de Centralisation des Renseignements. L’action des Attachés militaires à l’étranger et des 2e Bureaux fait l’objet d’une exploitation qui donnera, semble-t-il, de bons renseignements. Le général Delmas a ainsi relevé que les transferts allemands entre le front oriental et le front occidental en 1917-1918 ont été exactement estimés par le 2e Bureau français30. Par ailleurs, les interceptions radio donneront de bons résultats sur un plan terrestre. En 1918, l’ingénieur Painvin réussit des interceptions remarquables. La Marine, en revanche, sera à la traîne, par rapport aux Britanniques, aux Allemands et aux Austro-Hongrois.

Après 1918, certaines armes auront la chance de bien réussir leur mutation : les Transmissions, par exemple, avec le général Ferrier. Il n’y aura pas l’équivalent pour le renseignement qui restera au stade artisanal. Certes, la nécessité d’un renseigne­ment, organisé et centralisé est désormais reconnue, comme le montre l’Étude sur le fonctionnement interne d’un 2e bureau en campagne du commandant Paquet (1923), préfacé par le général Buat, chef d’état-major de l’Armée. Ce livre très minutieux étudie la nature des renseignements (les besoins), les sources de rensei­gnements (les moyens), la recherche (la mise en œuvre des moyens), la transmission, l’étude et l’interprétation, enfin l’exploitation et la diffusion des renseignements ; il recommande une instruction continue en temps de paix. Dans les années 30 paraissent les études du capitaine (puis chef de bataillon) Carrias, Comprendre (1932) et Les renseignements de contact (1937), et, surtout, l’Essai sur le renseignement à la guerre (1934) du colonel Bernis, préfacé par le général Weygand. Mais cet intérêt ne va pas jusqu’à faire du renseignement une pièce maî­tresse de l’organisation militaire et du raisonnement tactique : on admet son utilité, on lui refuse une place centrale.

Prenons, par exemple, l’un des auteurs les plus connus de l’époque, aujourd’hui bien oublié, le colonel F. Culmann, qui enseigne les cours de tactique générale et de stratégie à l’École supérieure de guerre. Dans Stratégie (1924), sur 590 pages, une page et demie est consacrée au renseignement. Il indique que le plan de renseignement “correspond au plan de guerre et au plan d’opérations. Il est l’une de leurs bases… Les données à réunir en temps de paix étant de tous ordres, exigent le concours d’agents de divers ministères agissant d’après des directives communes31. Il donne ensuite la liste des renseignements à se procurer :

-         la direction de la politique étrangère de l’ennemi ;

-         sa situation financière et économique ;

-         son réseau de transports ;

-         l’organisation de son Administration ;

-         l’état de l’armée, ses effectifs et les mesures prises ;

-         la psychologie de l’ennemi.

Il y a là une amélioration dans la mesure où, par rapport aux grands anciens, Culmann est le premier à envisager un rensei­gnement véritablement global, qui ne se limite pas à la dimension purement militaire. Mais il ne s’agit que d’un énoncé de principe qui, une fois expédié, n’appelle plus aucun commentaire.

Dans son Cours de tactique générale (1921), Culmann consacre un chapitre entier à “la recherche du renseignement”. Il insiste sur l’importance accrue du renseignement du fait des progrès des armées. Toute attaque dans l’inconnu, face au front continu, est désormais condamnée à l’échec. Il est donc impératif de recourir au renseignement tactique, lequel s’obtient par :

-         l’observation aérienne ;

-         l’observation terrestre ;

-         les “Sections de Repérage par le Son”, auxquelles on accorde alors une grande importance ;

-         les prisonniers et les déserteurs ;

-         les agents secrets ;

-         les postes d’écoutes téléphoniques ;

-         le contrôle postal.

pour Culmann, “quand les fronts sont continus, l’emploi d’agents secrets est limité en raison de la longueur et de la complication des trajets qu’ils ont à parcourir”. Apparemment, l’emploi de la radio ne l’a pas encore atteint.

Il ajoute : “En principe, les agents du temps de paix, parce qu’ils sont vraisemblablement « brûlés » ne peuvent être employés en temps de guerre”. En outre, “tous les agents doivent toujours être considérés comme capables de tromper, de faire le double jeu, pour se procurer de plus gros bénéfices”32. on retrouve la cons­cience de la nécessité des renseignements et le mépris pour ceux qui sont chargés de les collecter. Encore une fois, la voie royale est celle des opérations ; le renseignement est un accessoire peu glorieux, relégué à un rôle marginal et entouré de soupçons.

Heureusement, nous avons Castex, l’auteur le plus impor­tant de l’entre-deux-guerres. Dans ses Théories stratégiques (1929-1935), il va certainement traiter du renseignement, puis­qu’il traite de tout ! Dans le tome IV, on trouve des chapitres sur l’opinion publique, sur le moral, sur les servitudes... On cherche le chapitre sur le renseignement : il n’y en a pas ! L’ouvrage comprend près de 3 000 pages. L’index contient 46 “entrées” sur le renseignement, ce qui est peu, et encore sur ces 46 y en a-t-il 20 dans le tome II, consacré à des études de cas où il est purement question de renseignement dans un cas précis, sans aucune connotation générale.

Dans le tome I sur “Les généralités”, le mot apparaît 9 fois ; dans le tome III qui traite des “facteurs externes de la stratégie”, c’est-à-dire de la politique de guerre, aucune référence au renseignement ! Dans le tome IV qui traite des “facteurs internes de la stratégie”, par un effort extraordinaire, on arrive à 9 occurrences ! Dans le tome V, le plus volumineux, consacré à la géopolitique, le mot n’apparaît qu’une fois. Le renseignement est le grand absent des Théories stratégiques.

Pourtant, Castex signale l’excellence du service de rensei­gnement britannique de l’amiral Hall, la fameuse “room 40” qui a donné de si bons résultats pendant la guerre. Et il insiste, dans le tome IV, en une phrase, pour n’y plus revenir, sur le fait que le renseignement est “la condition de la liberté d’action33. toujours cette espèce d’ambivalence qui consiste à dire que le rensei­gnement est indispensable ; c’est tellement évident qu’il n’est pas besoin d’y insister, ni, apparemment, de l’organiser.

Les hésitations des règlements sont le reflet de cette insuf­fisance doctrinale. L’Instruction provisoire sur la recherche et l’interprétation des renseignements du 2 novembre 1922 sépare nettement l’observation terrestre, l’observation aérienne et les organes d’écoutes, reflétant l’approche classique centrée sur le renseignement opérationnel immédiat. Ce n’est qu’à la veille de la guerre que l’on adopte une approche plus extensive : l’Instruc­tion sur le Renseignement et l’Observation du 6 juin 1938 regroupe en une seule rubrique “tous les phénomènes perçus, soit par les sens, soit à l’aide de procédés spéciaux, pouvant fournir des renseignements sur la situation de l’ennemi ou des troupes amies et sur les manifestations de l’activité des deux adversaires”. L’Instruction de 1922 distingue nettement le Plan général de renseignement, à caractère permanent, et le Plan particulier de renseignement, fonction des opérations du moment ; l’Instruction de 1938 ne reprend pas cette distinction.

Les 2e Bureaux bénéficient de moyens très restreints. Ils obtiennent néanmoins de bons résultats34. Rivet, Baril ou Paillole sont d’excellents professionnels qui parviennent à mettre en place de véritables réseaux, avec le concours de certains Attachés militaires et des postes extrêmement actifs à La Haye ou à Copenhague. Le problème, c’est que non seulement les moyens sont faibles, mais qu’en plus, la hiérarchie militaire ne croit pas aux renseignements qui lui sont transmis ; le pouvoir politique non plus. Le commandant Baril, le 9 mai 1940, avertit, par note et par téléphone, que l’attaque allemande est imminente, il propose de prendre des mesures de précaution  ; il ne rencontre que l’incrédulité.

Une doctrine du renseignement après 1945

Après 1940, il faut encore repartir de zéro. Les instructions soulignent que la connaissance de l’ennemi “représente une condi­tion nécessaire du succès dans tous les cas et à tous les échelons du commandement35. Surtout, avec la création du Bureau Central de renseignement et d’Action (BCRA), en août 1942, pour la première fois, est tentée une approche globale alliant le renseignement politique et le renseignement militaire. Des complications auront lieu mais la formule est arrêtée durant la guerre ; elle ne sera pas remise en cause après.

Cela dit, le renseignement n’arrive toujours pas à se faire une place véritable dans la pensée stratégique française. Les grands noms de la pensée stratégique d’après-guerre (Beaufre, Gallois) sont unanimes à reconnaître l’importance du rensei­gnement, mais ils en parlent, comme d’habitude, très peu. Il ne semble pas que l’un d’eux ait consacré, sous réserve d’un examen systématique, des études spécifiques au renseignement. Le renseignement est traité à l’École supérieure de guerre par des officiers spécialisés, à la différence de ce qui se passait au cours des époques précédentes. Le lieutenant-colonel d’Esclaibes est l’un des premiers, après la guerre, à faire des conférences fort intéressantes sur ce sujet. Il est suivi par le colonel Martre qui traite de l’aviation de renseignement (1951-1952), par le colonel Dancourt qui reprend Bernis dont la problématique et les exemples se retrouvent intégralement dans sa conférence (1952-1953). Le lieutenant-colonel Britsch consacre une étude aux 2e Bureaux d’Armée (1956).

le colonel Achard-James, conférencier à l’École supérieure de guerre et directeur de l’École d’état-major (où il professe, en 1949, un “cours de 2e bureau”), écrit une série d’études sur “le renseignement à l’échelon « Armée »”, “le renseignement dans les opérations aéroportées”36, “le renseignement dans la guerre atomique”37, l’établissement des plans de renseignements”38…, toutes aussi intéressantes les unes que les autres. Il plaide pour l’organisation systématique et à tous les niveaux du renseigne­ment. Il explique que le renseignement est devenu plus difficile à l’époque contemporaine en raison de l’extension de la zone des opérations et parce qu’il faut rechercher le renseignement en temps réel : la vitesse de sa recherche, de son interprétation et de son exploitation s’est accrue. Ensuite, l’objet est devenu beaucoup plus complexe, puisqu’il ne s’agit plus simplement de compter des hommes, mais d’évaluer tout un système de forces qui passe par des éléments qualitatifs, quantitatifs et par des possibilités de déplacement beaucoup plus grandes qu’avant. Enfin, il insiste sur le problème que pose la recherche du renseignement du fait de la présence de ce qu’il appelle “les systèmes d’auto-défense agressifs”, beaucoup mieux protégés contre le renseignement extérieur qu’au xixe siècle : une culture du contre-espionnage ou de la sûreté militaire s’est répandue dans tous les pays, rendant la collecte du renseignement plus difficile. Il évoque également la question de la collecte du renseignement contre les forces irrégulières, qui pose des problèmes spécifiques.

De toutes ces études émerge une doctrine cohérente. Le renseignement n’est pas seulement l’accumulation d’informations brutes. Le renseignement, dit le colonel Dancourt, “est une infor­mation contrôlée et interprétée39. Le lieutenant-colonel Britsch a une conception plus finaliste : le renseignement est “toute infor­mation qui, par sa nature, est susceptible de peser sur les conceptions et sur les décisions à élaborer par une autorité, dans le cadre de sa mission40. Quelques auteurs se sont attachés à en faire la théorie. Le colonel Achard-James soutient ainsi que “le renseignement est un, les mêmes principes, les mêmes méthodes, les mêmes procédés sont valables dans tous les cas. Mais les conditions d’application sont toujours différentes41.

Il est nécessaire de bien sérier les phases. Il existe une phase objective du renseignement qui se décompose en trois éléments :

-               établir un bilan complet et objectif de la situation ;

-               déduire de ce bilan toutes les possibilités ;

-               puis grouper les possibilités.

Une fois la phase objective réalisée, on passera à la phase subjective d’évaluation qui consiste à classer les hypothèses. Ici, nous sommes en présence de deux écoles qui s’affrontent et que le colonel Bernis a appelées “l’École des intentions” et “l’École des possibilités”.

L’École des possibilités remonte à Napoléon. Elle est bien identifiée par cette phrase : “Il ne faut jamais chercher à ima­giner ce que fera l’adversaire”. À partir de la situation présente, quelles sont les possibilités de l’ennemi ? Il peut avancer, reculer, rester sur place, avancer droit, avancer par un mouvement tournant, reculer droit ou par un mouvement tournant. Il faudra envisager toutes les hypothèses, de manière à répondre à toutes. Il s’agit d’une démarche difficile et complexe, car il faut envisager les possibilités immédiates et les possibilités différées, les possi­bilités d’évolution et les possibilités d’action, les possibilités stratégiques et les possibilités tactiques. Ainsi le chef “aura écarté dans la mesure humainement possible tous les aléas”42. À partir de là, on établira le besoin en renseignements et les possibilités de l’ennemi. Puis, en fonction de ce premier stade, on partira à la recherche du renseignement. Chez le colonel Dancourt, le deuxième stade prend la forme des écoutes, du renseignement aérien auquel on accorde une très grande importance, et des agents spéciaux, dont le rôle est dorénavant pleinement reconnu. Enfin, la troisième phase sera celle de la synthèse, de la transmission et de la diffusion du renseignement. C’est une idée qui s’impose véritablement en 1944-1945, sous l’influence américaine. Dorénavant, il faut assurer la diffusion du renseignement à tous les échelons et, plus précisément, un renseignement adapté à chaque échelon.

L’École des intentions, quant à elle, a pour éponyme le maréchal Moltke selon lequel “il faut apprécier sainement ce qu’on voit, et deviner ce qu’on ne voit pas”. Autrement dit, “à partir d’une situation et des indices qui la caractérisent”, comme dans l’École des possibilités, mais également à partir “de la doctrine et des procédés de combat de l’ennemi, du comportement habituel du chef”, il s’agit de “déterminer l’intention de l’adver­saire et la manœuvre qu’il exécutera”. La phase de sélection des hypothèses se trouve accélérée, et tous les moyens vont être concentrés sur une ou sur un petit nombre d’hypothèses, en éliminant celles qui ne correspondent pas aux intentions suppo­sées de l’ennemi. Cette méthode a pour avantage d’éviter la dispersion, de réduire le champ des “possibles” et facilite la mise en œuvre d’un plan. L’inconvénient réside dans le fait que l’on risque de prêter à l’ennemi des intentions qu’il n’a pas ou qu’il abandonnera en cours de route. Cette méthode “constitue une base précise, mais d’une évidente incertitude43.

La tendance française, exprimée dès Bernis et confirmée dans les années 50, est de considérer l’École des intentions comme trop dangereuse, car une impasse peut se révéler désas­treuse si l’ennemi ne fait pas ce que l’on prévoit. La bonne méthode est celle des possibilités. C’est encore celle qui est recommandée, aujourd’hui, par la Méthode de raisonnement tactique.

Une leçon perdue ?

Le renseignement, une nouvelle fois, va être victime d’un manque d’intérêt des militaires en général, qui préfèrent accor­der la priorité à la dimension purement opérationnelle. Il sera également victime de la méfiance du pouvoir politique puisque le renseignement va se trouver entraîné dans une collusion avec les services d’action des 5e Bureaux et de la guerre psychologique. Au début des années 60, la réaction est très violente. Les 5e Bureaux sont dissous et les services de renseignement sont, de nouveau, à reprendre, non pas à zéro, mais très largement. Le renseignement civil sera, en plus, victime, dans les années 60, des contre-coups consécutifs à l’affaire Ben Barka.

Les militaires, dans les années 60, écrivent très peu sur le renseignement, alors que la littérature des années 50 était abon­dante. À titre d’exemple, Stratégie, la revue du général Beaufre, ne publie durant son existence, de 1964 à 1976, qu’un seul article, très intéressant, sur le thème : “Le renseignement en stratégie totale” du colonel Michel Garder, qui souligne que la recherche du renseignement “s’intègre ainsi dans un ensemble complexe englobant aussi bien « la connaissance de l’ennemi », « l’action sur son moral », « l’action subversive » et le « sabotage »” et que dans la zone couverte par la dissuasion, “le « renseigne­ment » va prendre le pas sur l’action”, chaque camp cherchant à se prémunir non seulement contre une attaque surprise, mais aussi contre une “percée technologique” de l’adversaire44. “Ainsi, à l’élargissement du domaine du renseignement coïncidant avec l’élargissement du domaine de l’action, allaient succéder la confu­sion et la globalisation de ces deux concepts, du moins dans la stratégie totale révolutionnaire soviétique45.

Il est vrai que ce constat de carence s’étend à tous les domaines. Dans les années 50, on se pose beaucoup de questions. Dans les années 60, le général Ailleret, chef d’état-major général des armées, se charge d’apporter des réponses avec une certaine brutalité et de remettre dans le droit chemin tous ceux qui ne penseraient pas “correctement”. En outre, c’est l’époque consé­cutive à la guerre d’Algérie, période pénible où tout le monde se regarde avec suspicion et qui entraîne un assèchement de la pensée militaire. On publie sur des sujets strictement techniques.

Pourtant, quelques travaux sur le renseignement sont réali­sés dans le cadre de l’institution militaire, notamment au sein de l’École supérieure de guerre. En 1966, la 78e promotion de l’École consacre un certain nombre d’études au renseignement. L’une d’entre elles, particulièrement intéressante, plaide pour l’organi­sation d’une arme du renseignement, avec le refrain habituel : “le renseignement est insuffisant”.

Dix ans plus tard, en 1976, la 88e promotion consacre une étude, fort intéressante, au renseignement. Selon cette étude, l’objectif du renseignement est de disposer de délais, d’affiner la planification en temps de paix en fonction de l’évolution de la menace. Elle précise nettement la distinction entre :

-               le renseignement d’alerte et de situation, qui est le renseignement préalable pour disposer des délais et affiner la planification en temps de paix ;

-               le renseignement de manœuvre, qui a pour but d’aider à la conduite de la manœuvre en permettant d’anticiper les réactions de l’ennemi ;

-               le renseignement d’objectif, plus tactique, qui doit confir­mer la localisation et la nature des objectifs.

Les stagiaires de la 88e promotion ne manquent pas de dénoncer la faiblesse des moyens français en matière de renseignement.

La situation s’est-elle améliorée depuis cette époque ?

La réponse semble plutôt négative, à lire une étude réalisée en 1992 par la 102e promotion de l’École supérieure de guerre sur “Le renseignement dans la gestion de crise”. Cette étude déplore l’inadéquation des moyens. L’Allemagne a deux fois plus de personnel que nous pour le renseignement ; la Grande-Bretagne trois à quatre fois plus. Pour la fonction “recueil et exploitation de l’information”, le rapport entre la France et l’Allemagne serait de un à huit ; entre la France et la Grande-Bretagne de un à dix. Quant à la recherche électro-magnétique, l’Allemagne y consa­crerait trois fois plus de moyens que la France. Celle-ci dépend de l’étranger pour 50% de son renseignement de défense, ne par­vient à traiter correctement que les deux tiers des informations et ne les transmet enfin aux instances gouvernementales que dans des délais identiques, voire supérieurs à ceux des agences de presse mondiales.

Est également déploré le manque de formation des Attachés militaires ou Attachés des forces armées, ainsi que le caractère flou du plan de renseignement général, auquel on pourrait attri­buer la même remarque que celle que Castex avait faite sur le plan de défense nationale avant 1939, à savoir qu’il ressemble au “monstre du Loch Ness” : tout le monde en parle mais personne ne l’a jamais vu et on n’est pas très sûr, au fond, de son existence. La 102e promotion tire de ce tableau navrant la conclusion logique : “Le renseignement est victime d’une indifférence généralisée, voire d’un rejet“.

le groupe propose la création d’un Conseil national du renseignement qui serait rattaché à la Présidence de la Répu­blique. Le CNR serait chargé de la définition du plan de renseignement, le SGDN assurerait la synthèse et la diffusion, tandis que le Comité interministériel du renseignement (le CIR, qui existe) serait chargé de la coordination. Il faudrait établir un plan gouvernemental de renseignement crédible et dont la mise en œuvre serait assurée dans chaque ministère par un haut fonctionnaire du renseignement, placé à côté du haut fonction­naire de défense. Il faut restaurer l’image de la fonction “rensei­gnement” : il y a 31 statuts à la DGSE ; il est nécessaire de mettre fin à cet éparpillement en créant une branche “rensei­gnement civil et militaire”. Enfin, est suggérée la création d’un Centre des Hautes Études du Renseignement (CHER) pour diffu­ser véritablement la culture du renseignement dans les hautes sphères militaires.

Ce beau programme n’a guère reçu d’exécution, alors que la guerre du Golfe a révélé, une fois de plus, le retard français en matière de moyens, notamment spatiaux. En revanche, on l’ignore souvent, la France a tout de même quelques niches d’excellence, notamment en matière de reconnaissance, dont les auteurs français du xixe siècle faisaient si grand cas. Les “commandos de recherche et d’action en profondeur”, les CRAP, se sont révélés très efficaces46.

Le ministre Pierre Joxe s’est attelé à la réforme d’ensemble du renseignement, avec pour objectif d’en faire une arme “à part entière47. Les moyens ont effectivement été augmentés, mais les réformes organiques se sont limitées à la création de la Direction du renseignement militaire, l’idée d’une arme du renseignement a été enterrée. Elle continue à se heurter à de fortes réticences, y compris de la part des spécialistes du renseignement eux-mêmes, qui craignent de “se voir isolés de leur milieu naturel dans une arme séparée” et refusent “de constituer un corps extérieur perdant le contact de son métier, de ses pairs et des chefs qu’il a mission de renseigner48.

Vers une reconnaissance ?

Dans les années 90, l’exigence du renseignement est de plus en plus reconnue49. Le séminaire de l’amiral Lacoste à l’Univer­sité de Marne-la-Vallée, entre 1995 et 199850, témoigne de l’élargissement de la réflexion, mais aussi de la perception plus nette des enjeux du renseignement : plusieurs militaires y ont collaboré (le vice-amiral d’escadre Marcel Duval, les généraux Maurice Faivre et Jean-Pierre Faure, les colonels André Catthiew et Jean-Louis Dufour). Le général Pichot-Duclos plaide “pour une culture française du renseignement”51. Des études d’un genre nouveau mettent en évidence la déficience française en matière de renseignement, sur un plan non militaire, celui que l’on appelle aujourd’hui “l’intelligence économique”52.

La nouvelle doctrine de l’armée de terre, qui s’inscrit dans le cadre d’une “refondation” globale, témoigne de la vogue, d’origine anglo-saxonne, des théories de “la guerre de l’information, incluant le renseignement, la guerre du commandement, la guerre électronique, la déception, ce que nos alliés appellent la guerre psychologique, la guerre informatique53. Le Mémento sur l’action des forces terrestres au sein des forces armées (1997) consacre des développements substantiels au renseignement, promu au rang de “fonction opérationnelle majeure” et “organisé en cycle dont chaque phase est le point de départ d’activités appartenant à d’autres fonctions¼Il nécessite la mise en œuvre d’une véritable manœuvre précédant la manœuvre des unités de combat”, ce qui suppose “au niveau d’un PC une organisation plus élaborée que celle généralement utilisée54.La réflexion n’est pas terminée. Un document d’étude récent insiste sur la supériorité dans le domaine du commandement qui s’appuie sur le renseignement et le contre-renseignement. Le premier se décompose en trois phases : le recueil et le traitement des “éléments rensei­gnement” ; le processus d’intelligence “qui consiste à faire la synthèse des éléments renseignement obtenus” ; la diffusion, gouvernée par le besoin d’en connaître. Le deuxième “s’inscrit dans la guerre du commandement dont il est à l’évidence une composante55.

Peut-être cette tendance finira-t-elle par porter ses fruits et invalidera-t-elle le constat fort critique (et un peu outrancier) de l’historien américain Douglas Porch sur l’incapacité française à comprendre le renseignement56. Pour l’instant, force est cepen­dant de constater que la pensée militaire française a rarement accordé, en dehors de quelques individualités, une place de premier plan au renseignement, reflétant une culture stratégique qui privilégie les aspects opérationnels au détriment de ce qu’elle considérerait volontiers comme une servitude. On pourrait d’ailleurs faire un constat parallèle pour la logistique, elle aussi souvent traitée de manière expéditive. Les héritiers de Napoléon ont trop pris à la lettre sa formule célèbre : “On s’engage et puis on voit”, oubliant que lui-même s’efforçait de ne pas s’engager dans l’inconnu.

 

 

 

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Notes:

 

       Bérault Stuart, seigneur d’Aubigny, Traité sur l’art de la guerre, La Haye, Martinus Nijhoff, 1976, p. 5.

       Jérémie de Billon, Les Principes de l’art militaire, À Rouen, Chez Jean Berthelin, 1641, p. 151.

          Henri duc de Rohan, Le parfaict capitaine, Osnabrück, Biblio Verlag, 1972, pp. 327-329.

       Lucien Bély, Espions et ambassadeurs au temps de Louis XIV, Paris, Fayard, 1990, pp. 218-sq.

       Mémoires de M. le marquis de Feuquière, À Londres, Chez Pierre Dunoyer, 1736, p. 82.

       Maréchal de Puységur, Art de la guerre par principes et par règles, À Paris, Chez Charles-Antoine Jombert, 1748, II, p. 139.

       Maréchal de Saxe, Mes Rêveries, Paris-Limoges, Lavauzelle, 1895, p. 113.

       Comte Turpin de Crissé, Essai sur l’art de la guerre, À Paris, Chez Prault et Jombert, 1754, t. I, p. 239.

       [Le Roy de Bosroger], Élémens de la guerre, À Paris, Chez J.-P. Costard, 1773, pp. 64-65.

10       Cité dans J.R., “La recherche du renseignement militaire sous Napo­léon Ier”, Revue militaire générale, 1921, 5-6, p. 290. De très nombreux extraits de lettres dans Numa de Chilly, L’Espionnage militaire, Paris, Librairie militaire Baudoin, 1888, pp. 72-84 et 111-118.

11       Jean Savant, Les Espions de Napoléon, Paris, Hachette, 1957, porte un jugement très critique sur Bignon. Le Dictionnaire Napoléon ne parle que de sa carrière diplomatique sans dire un mot de l’autre volet de son activité.

12       Général F. de Brack, Avant-postes de cavalerie légère, Saumur, EAABC, s.d.

13       Maréchal Bugeaud, Aperçus sur quelques détails de la guerre, Paris, Duverger, 1832.

14       Maréchal Marmont, De l’esprit des institutions militaires, Paris, Librairie militaire Dumaine, 1845, p. 275.

15       Cf. William Serman, La Vie professionnelle des officiers français au milieu du 19e siècle, Paris, Christian, 1994, pp. 97-98.

16       Citée dans Lieutenant-colonel Rollin, Le Service des renseignements militaires, Paris, Nouvelle Librairie nationale, 1908, p. 74.

17       Cf. Bertrand Warusfel, “Histoire de l’organisation du contre-espionnage français entre 1871 et 1945”, dans Centre d’Études d’Histoire de la Défense, “Il n’est point de secrets que le temps ne révèle”. Études sur l’histoire du renseignement, Paris, Lavauzelle, 1998.

18       Colonel Lewal, Tactique de renseignement, tome I, p. 1.

19         Colonel Lewal, op. cit., p. 55.

20       On connaît le rôle joué par les Attachés militaires et les Attachés navals dans la collecte du renseignement. Cf. les souvenirs de l’amiral Faramond, attaché naval à Vienne avant 1914, et Geneviève Salkin, Marins et diplomates de 1871 à 1914, Vincennes, Service historique de la Marine, 1991.

21         Colonel Lewal, op. cit., p. 99.

22       Colonel Lewal, op. cit., p. 100.

23       Colonel Lewal, op. cit., p. 121.

24       Il faut cependant noter l’effort de diffusion des renseignements recueillis sur les armées étrangères par le biais d’un organe officieux du 2e bureau, la Revue militaire de l’étranger.

25       Capitaine Fernand Roulier, L’Espionnage et la Trahison en temps de paix et en temps de guerre, Paris, Lavauzelle, 1913, p. 19. Plusieurs livres dénoncent le fléau : par exemple, François Loyal, L’Espionnage allemand en France, 1887 ; Paul Lanoir, L’Espionnage allemand en France, 1908.

26       F. Foch, Des Principes de la guerre, Paris, Berger-Levrault, 1903, p. 141.

27       Jean Colin, Les Transformations de la guerre, Paris, Économica, 1989, p. 192.

28         Jean Colin, op. cit., p. 193.

29       Les 2e bureaux de corps d’armée recueillent et transmettent le renseignement ; l’exploitation relève des seuls 2e bureaux d’armée.

30 Général Jean Delmas, “L’état-major français et le gouvernement bolchévique (1917-1918), Stratégie et idéologie”, Relations internationales, 35, automne 1983, p. 292.

31       F. Culmann, Stratégie, Paris-Limoges, Lavauzelle, 1924, p. 583.

32       F. Culmann, Cours de Tactique générale d’après l’Expérience de la Grande Guerre, Paris, Lavauzelle, 1921, pp. 53-54.

33       Amiral Castex, Théories stratégiques, Paris, Économica, 1997, tome IV, p. 224.

34       Mais ils n’ont pas su recueillir un renseignement systématique. Par exemple, les services de renseignement français ont été incapables d’évaluer correctement le potentiel ennemi. L’idée que l’Allemagne avait une masse de 7 à 8 000 chars était couramment admise et acceptée, alors que nous savons aujourd’hui que ce nombre était inférieur à 3 000.

35       Commandant d’Esclaibes, Notes sur la Recherche, l’Exploitation et la Diffusion des Renseignements en campagne, Ministère de la Guerre, 30 décembre 1944, p. 13.

36       Revue militaire d’information, 245, 25 janvier 1955.

37       Revue militaire d’information, 254, 25 juin 1955.

38       Revue militaire d’information, 260, 25 octobre 1955.

39       Colonel Dancourt, Le Renseignement vu sous l’angle du Chef, École supérieure de guerre, 1952-1953.

40       Lieutenant-colonel Britsch, Le 2e bureau d’armée, École supérieure de guerre, 1956.

41       Colonel Achard-James, Le renseignement à l’échelon “Armée”, École supérieure de guerre, 1952-1953, p. 1.

42       Colonel Bernis, Essai sur le renseignement à la guerre, Paris, Berger-Levrault, 1934.

43       Colonel Bernis, op. cit., p. 33.

44       Michel Garder, “Le renseignement en stratégie totale”, Stratégie, 25, 1975-1, pp. 56-63.

45       Michel Garder, art. cit., p. 69.

46       Cf. Maurice Faivre, “Le renseignement militaire dans la guerre du Golfe”, Stratégique, 51-52, 1991-3/4, et “Le renseignement militaire français dans le cadre de l’OTAN”, Stratégique, 61, 1996-1.

47       Pierre Joxe, Ministre de la Défense, “Défense et renseignement”, Défense nationale, juillet 1991, p. 9.

48       Général Roger Cléry, “Réflexions sur le renseignement d’échelon élevé”, Défense nationale, novembre 1991, pp. 27 et 30.

49       Michel Klen, “La nouvelle bataille du renseignement”, Défense natio­nale, juin 1993, et “La crise d’identité du renseignement”, Défense nationale, juillet 1998 ; Patrice Lavault, “Contre-renseignement, contre-ingérence et maîtrise de l’information”, Défense nationale, novembre 1998.

50       Le Renseignement à la française, sous la direction de l’amiral Pierre Lacoste, Paris, Économica, 1999.

51       Christian Harbulot, Rémi Kauffer et Jean Pichot-Duclos, “La Répu­blique et le renseignement”, Défense nationale, mai 1996.

52       Qui n’est qu’une mauvaise traduction de l’Intelligence anglais. L’intelli­gence économique est un concept bâtard, fruit de l’ignorance d’un écrivain trop pressé. Son succès n’en est pas moins révélateur d’une mentalité bien ancrée : un dirigeant d’entreprise, à qui je faisais remarquer l’aberration de cette traduction, me répondit que le mot intelligence était bien préférable à celui de renseignement qui ne serait pas bien reçu dans les milieux économiques.

53         Mémento sur l’action des forces terrestres au sein des forces armées, TTA 900, édition provisoire 1997, paragr. 44.

54         Mémento sur l’action des forces terrestres au sein des forces armées, op. cit.

55         Commandement de la doctrine et de l’enseignement militaire supérieur de l’armée de terre, La Supériorité dans le domaine du commandement, (document d’étude), r.d. (2000), pp. 8-9.

56       Douglas Porch, “La culture française du renseignement : une perspec­tive historique et politique”, dans Approches françaises du renseignement, sous la direction de l’amiral Pierre Lacoste, Paris, Fondation pour les Études de Défense, 1997. L’amiral Lacoste a assorti sa traduction de quelques notes critiques judicieusement choisies.

 

 

 

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