L’HISTORIEN ET LE STRATEGE

Frédéric GUELTON

 

"Dans le domaine militaire, la vérité, non pas celle du passé mais celle qui se vérifiera dans l'avenir, ne peut généralement pas être trouvée par les voies officielles de la hiérarchie, trop facilement conformiste. Il est donc capital qu'il existe des chercheurs privés, capables de donner libre cours à leur imagination et à leur initiative".

Général Beaufre, (préface à l'Histoire de la Seconde guerre mondiale de Liddell Hart).

 

 

Si nous partageons, pour l'essentiel, l'assertion du général Beaufre, nous estimons que l'historien militaire est en mesure de la battre en brèche, grâce à cet apanage qu'est la liberté d'esprit qui émane de la recherche historique.

Alors qu'il sortait de la tente du général Janvier, près de la Cité du Roi Khaled, en cette fin du mois de mars 1991, l'historien envoyé dans le golfe persique par le service historique de l'armée de terre se remémorait une phrase prononcée par le général Patton le 30 mai 1945 : "Je pense qu’il est très important que vous mettiez sur le papier ce que vous avez fait (pas ce que vous croyez avoir fait) pour que l’artillerie dans la prochaine guerre puisse reprendre là où vous avez arrêté".

La mission que venait de me confier le général Janvier s'apparentait fort à celle énoncée il y a près d'un demi-siècle par le général Patton : veiller à conserver le souvenir le plus précis possible du conflit qui se terminait dans le Golfe et ainsi participer à la sauvegarde de notre mémoire collective afin que les générations à venir puissent en faire l'usage qu'elles en décideraient !

Ce premier entretien avec le général qui venait de commander victorieusement la division Daguet replaçait également, dans un contexte exceptionnel et, jusqu’à présent, unique en son genre, la question lancinante de la place et du rôle de l'historien militaire dans l'armée française après des années d'oubli, voire de mépris.

Un tel état de fait - a priori surprenant dans un pays qui possède l'une des histoires les plus riches de l'humanité - est largement compréhensible lorsqu'il est étudié à la lumière des interprétations nombreuses de la défaite de 1940, puis du concept de dissuasion français.

Le désastre national de 1940, puis le développement d'un concept de dissuasion nucléaire sous les Quatrième et Cinquième Républiques, autorisèrent certains esprits à jeter l'histoire militaire aux orties : "Ce sont les prétendus enseignements de la première guerre mondiale qui nous ont, au moins en partie, conduits au drame de la campagne de France ; et de toute façon, à l'heure du nucléaire, l'étude de l'histoire est devenue inutile !"

Ces deux courants de pensée relèvent d'une approche erronée et tronquée d'une histoire "qui nous enseignerait que..." Ils ne servent en fait qu'à la justification a posteriori de l'argumentation que développait Paul Valéry : "L'histoire justifie ce que l'on veut. Elle n'enseigne absolument rien, car elle contient tout et donne des exemples de tout. Elle est le produit le plus dangereux que la chimie de l'intellect ait élaboré" 1.

Afin d'éviter de commettre l'erreur de méthode fondamentale évoquée ci-dessus et déjà dénoncée en son temps par le poète T. S. Eliot (1888-1965) :"le sens historique implique une perception, non seulement du caractère révolu du passé, mais aussi de sa présence"", nous présenterons les premiers résultats de la confrontation entre une réflexion méthodologique initiale et une expérience limitée, mais unique, "sur le terrain", à la fin de la guerre du Golfe.

Cette réflexion globale qui permet de dégager quelques unes des grandes tendances de ce que pourrait être la place de l'histoire et l'historien militaire - voire d'un détachement d'histoire militaire - au sein des armées, en temps de paix comme en période de conflit, était déjà évoquée par l'historien Marc Bloch2 dans L'étrange défaite : "j’ai toujours pensé qu'un historien a pour premier devoir, comme disait mon maître Pirenne, de s’intéresser "à la vie". L’attention particulière que j’ai accordée, dans mes travaux, aux choses rurales a achevé de me convaincre que, sans se pencher sur le présent, il est impossible de comprendre le passé (...). Ecrire et enseigner l’histoire : tel est, depuis bientôt trente-quatre ans, mon métier. Il m’a amené à feuilleter beaucoup de documents d’âges divers, pour y faire, de mon mieux, le tri du vrai et du faux ; à beaucoup regarder et observer, aussi. (...) De bons yeux pour contempler la forme des champs ne sont pas moins indispensables qu’une certaine aptitude à déchiffrer de vieux grimoires. Ce sont ces mêmes habitudes de critique, d’observation et, j’espère, d’honnêteté, que j’ai essayé d’appliquer à l’étude des tragiques événements dont je me suis trouvé un très modeste acteur".

Malheureusement, l'histoire est souvent utilisée pour tenter de justifier a posteriori des théories ou le simple déroulement des choses, sans que le moindre effort de recherche et de critique des sources ait été véritablement entrepris.

Ainsi, à titre d'exemple et en forçant volontairement le trait, il est possible d'avancer que la première guerre mondiale éclata parce que les différentes nations concernées (Serbie, Autriche-Hongrie, Allemagne, Russie, Grande-Bretagne, France) respectèrent scrupuleusement leurs engagements internationaux et refusèrent tout compromis diplomatique après l'ultimatum lancé par Vienne à la Serbie.

Il s'en suivit le conflit meurtrier que l'on sait. Puis, certains décideurs pensèrent très honnêtement, pendant l'entre-deux guerres, qu'il aurait fallu céder aux exigences de l'Autriche-Hongrie afin d'éviter l'hécatombe de la Grande guerre. Quelques années plus tard, fort de leur "expérience" et des "leçons de l'histoire", ils crurent pouvoir apaiser Hitler, cette fois en cédant à toutes ses exigences. Les renoncements successifs et l'incapacité à maîtriser la boulimie du dictateur allemand furent à la hauteur de leurs illusions et à l'origine... d'un nouvel enseignement de l'histoire : "seule la fermeté paie !"

Ces deux exemples caricaturaux, illustrent la perversion de cette forme d'histoire qui "nous enseigne que..." au nom de laquelle certains décideurs s'enferment intellectuellement en adoptant des attitudes à l'aune d'un passé irrémédiablement révolu !

 

L'histoire est tout autre

 

A chaque instant le monde change, ces changements sont difficilement perceptibles par celui qui regarde le monde "à courte distance" et doit en permanence prendre des décisions et les expliquer à ses contemporains. A l'opposé, le décideur qui serait entouré d'historiens et serait lui même intéressé par cette discipline prendrait de la hauteur vis à vis des événements qui l'entourent. Il se rendrait alors compte que la succession d'événements anciens semble toujours évidente pour celui qui les regarde avec un certain recul et que paradoxalement sa compréhension des événements présents se décante et se modifie.

Pour parvenir à un degré suffisant de compréhension du passé, l'historien doit pouvoir accéder à des sources - principalement écrites - nombreuses, variées et vérifiées qui sont autant de preuves de l'existence même d'un phénomène historique. A l'inverse, on pourrait donc affirmer, à l'échelle du temps, que sans source il n'y aurait plus d'histoire, donc de Mémoire, mais seulement des hypothèses. C'est ce qui rend - par exemple - les travaux sur la préhistoire plus longs et difficiles que d'autres, car les sources, peu nombreuses, imposent le recours systématique à des disciplines comme l'archéologie, la paléontologie, la sédimentologie...

Jusqu'à présent, la recherche en histoire militaire, d'où qu'elle émane, s'est tournée vers les différents services historiques du ministère de la Défense, c'est-à-dire vers le château de Vincennes où sont installés le Service historique de l'armée de Terre (SHAT), le Service historique de la Marine (SHM) et le Service historique de l'armée de l'Air (SHAA).

Les travaux poursuivis par des chercheurs dans ces trois grands services publics se fondent essentiellement sur l'étude critique des archives existantes, voire communicables, avec ou sans dérogation ministérielle, pour les périodes les plus récentes.

Mais tout ceci présuppose l'existence d'archives et génère tout une problématique qui sous-tend une partie de notre propos sur la guerre du Golfe et l'existence d'un détachement d'histoire militaire comme moyen de recueil, donc d'existence des archives !

En effet, pourquoi trouverait t-on actuellement des archives nombreuses (complètes ?) sur telle période et réduites à la portion congrue sur telle autre ? Lorsque les archives sont nombreuses sur certains sujets, fournissant un éclairage unique sur une question donnée, ne peut-on s'interroger sur l'absence d'autres points de vue ? Se peut-il qu'aient existé des documents privilégiant une autre approche ? Et dans ce cas s'ils n'existent plus, quelles en sont les raisons objectives ?

L'absence d'archives est le plus souvent fortuite et conjoncturelle car, faute de spécialistes, il est tout à fait compréhensible qu'en période de crise ou de guerre, les organismes militaires aient d'autres soucis que ceux concernant le versement de leurs archives, même si la loi l'impose !

 

L'histoire militaire et la stratÉgie

 

Au delà de la problématique liée à l'existence et donc à la sauvegarde des archives ( ainsi qu'à celle de tous les autres supports de la mémoire individuelle et collective que sont l'image et l'objet), se pose la question théorique fondamentale des buts et de l'intérêt (de l'utilité ?) de l'histoire militaire dans les sphères les plus élevées de la hiérarchie militaire ou nationale.

L'étude de l'histoire permet souvent de découvrir, et de mieux appréhender, le rythme, la cohérence, les points forts, voire la signification, en leur temps, des événements du passé. Elle favorise ainsi la compréhension du présent et de la projection dans l'avenir si tant est, comme le disaient autrefois les Japonais, que "l'ombre de notre passé éclaire notre avenir" !

Et si l'on est tenté d'affirmer que c'est sur le plan intellectuel que tout conflit est perdu ou gagné, avant même que le premier coup de fusil n'ait été tiré, il y a fort à parier qu'une connaissance claire de la perspective et de l'environnement historiques d'un conflit ou d'une situation de crise contribuent, à travers le développement d'une conscience historique chez les décideurs, à déterminer, à l'insu de tous, le camp du vainqueur.

Mais pour qu'un objectif aussi ambitieux soit atteint, il est indispensable qu'une partie significative des officiers possède une véritable culture historique, acquise au cours des années de formation, puis perfectionnée à titre individuel, le plus souvent en université.

C'est pourquoi l'enseignement dispensé dans les écoles tente, entre autres, de faire acquérir aux élèves une meilleure compréhension de la nature de la guerre et de ses évolutions à travers les âges. Il leur fait également découvrir une institution militaire dans sa spécificité et dans ses similitudes avec la société qui en façonne inexorablement les contours. Il contribue enfin au rappel de quelques principes simples mais chaque jour réinventés de tactique ou de stratégie qui autorisent T. E. Lawrence à déclarer : "Avec deux mille ans d’exemples derrière nous, nous n’avons pas d’excuse, quand nous combattons, de ne pas combattre bien".

Une telle approche de l'histoire militaire permet de restituer et d'étudier toutes les facettes d'un événement passé. Par la recherche et la hiérarchisation de tous les faits objectifs qui ont concouru à la réalisation d'une action donnée, et en refusant systématiquement de se contenter de "la bonne moitié de la mémoire en oublier la mauvaise", elle permet au décideur et à son entourage de se forger une opinion "en leur âme et conscience", à partir de données scientifiquement établies.

Fuyant en la matière toute forme de pseudo-recherche anachronique des "enseignements de l'histoire", l'historien participe beaucoup plus à l'élaboration d'un tableau impressionniste dans lequel il assume pleinement la responsabilité de la mise en perspective du tableau, nuançant les teintes et les touches de couleurs à l'infini, au grand dam des manichéens.

Lorsque une étude est confiée à un historien, il a souvent besoin de temps pour amasser l'ensemble des informations nécessaires à une reconstitution la plus fidèle possible des faits et de recul pour les aborder sans passion. Mais ce temps nécessaire peut être réduit si des spécialistes contribuent, en permanence, au recueil des informations ; puis si l'étude effectuée par l'historien militaire est entourée de la discrétion nécessaire à ce genre d'activité, son niveau émotionnel en sera nécessairement limité.

De plus, la contradiction entre le temps nécessaire au travail de l'historien et la volonté d'instantanéité du décideur peut être limitée, si on l'aborde dans le sens de la mise en perspective ou de la relativisation de l'événement. Au cours de la guerre du Golfe, l'historien militaire aurait été incapable de fournir la moindre étude évoquant un engagement qui va avoir lieu ou qui se déroule ! Il s'agit là davantage, selon le niveau hiérarchique auquel on se situe, du travail du politologue, du spécialiste en relations internationales ou de l'officier traitant d'un bureau de l'état-major. L'historien peut, en revanche, évoquer avec précision des cas historiques dont certains aspects permettent de relativiser tel donnée, de mettre en lumière telle autre... Il aurait été en mesure, par exemple, d'évoquer l'opération de Suez en 1956, les bombardements alliés précédant le débarquement de 1944 en Normandie ou ceux visant à détruire le potentiel militaire et économique du IIIe Reich ...

De façon à illustrer la mise en perspective d'une décision en cours d'élaboration, il est possible d'imaginer la situation suivante.

Supposons qu'une équipe d'historiens ait fait partie de l'état-major soviétique lors de la préparation de l'invasion de l'Afghanistan. Sollicitée de fournir un travail historique sur la question, elle aurait, à n'en pas douter, consacré une partie de son temps à des recherches sur les deux guerres anglo-afghanes de 1839 puis de 1878.

Le document final aurait fait apparaître qu'en 1839, la Grande-Bretagne, hantée par la possibilité d'une poussée russe vers le sud, en direction des "mers chaudes", envoya un fort contingent de troupes britanniques et indiennes en direction de Kandahar et de Kaboul, puis imposa un gouvernement acquis à sa cause. Mais le peuple afghan, supportant difficilement la présence étrangère sur son sol, refusa de se rallier à un roi imposé de l'extérieur. A travers tout le pays, des soulèvements populaires éclatèrent et la situation se dégrada à un point tel que les Britanniques décidèrent d'évacuer le pays. La retraite se termina par un massacre au cours duquel 4 500 soldats britanniques et indiens, ainsi que 12 000 civils qui suivaient l'armée, furent tués.

Le retentissement de cet événement fut tel que 39 ans plus tard, en 1878, les Britanniques qui venaient de pénétrer une nouvelle fois victorieusement en Afghanistan, évacuèrent presque immédiatement ce pays qu'il considéraient désormais comme impossible à pacifier !

Dans les deux exemples évoqués ici, les historiens ont fourni aux décideurs une approche particulière. En évoquant le passé ils sont susceptibles d'avoir contribué à une meilleure compréhension d'un présent qu'il ont mis en perspective, il se peut même qu'ils aient influé sur l'élaboration finale de la décision. Les historiens sont alors utile au commandement par leur liberté d'esprit et leur compétence spécifique.

 

L'histoire militaire et la tactique

 

Bien que le spectre de la guerre soit toujours omniprésent, l'expérience du combat vécu est de plus en plus rare. Parmi les moyens dont dispose le commandement pour y remédier, l'histoire peut occuper une place de choix. Dans l'Armée des Etats-Unis elle y est remarquable comme le note le général Carl E. Vuono : "Nous construisons sur le passé, nous sommes responsable pour le présent et nous préparons l’avenir" 3. On estime, outre-Atlantique, que l'histoire représente un outil de première valeur pour pallier le manque d'expérience au combat des unités de l'armée4 : "nous avons au moins trois manières de compenser ce manque d’expérience du combat... la troisième est l’étude attentive des grandes campagnes du passé".

Dans ce cas, l'histoire contribue essentiellement à mettre l'instruction "en situation", par une évocation à la fois suggestive et précise d'événements tactiques extraits du passé. Son pouvoir d'évocation et de sensibilisation peut encore être accru par l'étude et l'utilisation du passé propre d'une grande unité. Ses champs d'investigations sont nombreux, qui n'ont que rarement rencontré le soc de la charrue. Nous en signalerons trois : l'évocation historique pour la "mise dans l'ambiance", la conférence historique pour la "réflexion tactique" et la sortie historique d'état-major (staff ride chez les Anglo-saxons), pour le travail "sur le terrain".

Le recours au pouvoir évocateur de l'image, à travers des documents d'archives sélectionnés avec précaution par un historien5, recrée des ambiances mieux que n'importe quel discours. Leur commentaire, également réalisé par un historien6, permet de faciliter la compréhension de situations tactiques particulières voire de faire ressentir les impressions et les sentiments des combattants au cours de telle ou telle bataille.

La conférence historique7, plus directement destinée à des états-majors de différents niveaux, nécessite un travail préalable important de la part des historiens et se fonde sur l'existence d'archives nombreuses et précises sur le thème ou la bataille sélectionné. Il s'agit en effet de reconstituer puis de présenter à un auditoire, toutes les phases d'un combat ou d'une bataille, non pas à travers une "reconstitution historique", mais à travers le travail, les ordres, les actions, des différentes unités engagées, des services, des bureaux des états-majors, etc. Puis, les différents moments de la bataille se succédant de s'interroger - par exemple - sur leur signification, afin de comprendre pourquoi et comment des ordres sont donnés, comment il sont compris, puis interprétés et transformés en action.

Dans le domaine tactique, la sortie historique8 (staff ride) représente le "produit pédagogique" le plus élaboré que puisse proposer l'historien.

De nombreux pays la pratiquent depuis le milieu du XIXe siècle, sous des formes diverses allant de l'exercice de cadres jusqu'à la promenade historique ! Une telle sortie a un but essentiellement pédagogique, car elle fournit aux participants une base de réflexions et de travail exceptionnels, dont le leitmotiv serait une tentative de réponse à une succession ininterrompue de "pourquoi ", se fondant à la fois sur l'étude intellectuelle de la bataille (comme dans le cas de la conférence historique) et sur le terrain, puisque la particularité de la sortie historique est qu'elle se déroule sur les lieux mêmes d'une bataille du passé !

La sortie historique cherche à reconstituer - in situ - une bataille et à en évoquer toutes les composantes, même les plus anodines en apparence. Il est préférable qu'elle ait été précédée d'un travail en salle, sous la forme d'une conférence historique (avec si possible travail et réflexion d'état-major), afin d'atteindre un degré de rentabilité, voire de réalisme, maximum.

 

L'histoire et la guerre

 

Ces différentes approches de l'histoire militaire présupposent, de la part des militaires, une culture historique suffisante pour qu'ils puissent en retirer un profit autre que celui de l'accroissement de leur culture personnelle. Elles imposent également l'utilisation, donc l'existence, de sources fiables et nombreuses. Ce second impératif, parfaitement réalisable en temps de paix, l'est beaucoup moins en cas de crise ou de guerre à moins que ne soient créés des détachements d'historiens militaires composés de professionnels ayant de l'histoire et de ses méthodes une connaissance approfondie.

Cette affirmation quant au besoin d'un détachement d'historiens militaires, peut être étayée par deux types de réflexions issues de la guerre du Golfe. Les premières sont liées aux "enseignements" que certains ont tentés d'en tirer. Les secondes se fondent sur l'expérience limitée, mais unique, d'un historien militaire qui a vécu deux semaines dans le golfe persique, au sein des unités françaises.

Dans l'introduction d'un article qu'il consacre à la guerre du golfe9, le général Saulnier évoque une problématique centrée sur la question des enseignements que l'on cherche toujours à tirer de toute guerre. "Pour le stratège ou le tacticien, cette deuxième période (celle du bilan) est celle de la recherche des enseignements : toute guerre en apporte, mais la difficulté est de séparer l'essentiel de l'accessoire, le permanent du conjoncturel, qu'il s'agisse de stratégie, de tactique, d'organisation des forces, d'armement ou de logistique. Cet exercice est hasardeux car il est évidemment subjectif ; on dit aussi que c'est la meilleure façon de préparer la dernière..."

Puis annonçant la façon dont il va tenter d'aborder la question, il place implicitement l'historien militaire : "L'auteur de ces lignes peut paraître quelque peu prétentieux de tenter de le pratiquer : n'ayant pas eu accès à la totalité des informations opérationnelles qui, seule, permet de restituer l'intégralité d'un conflit, il ne saurait prétendre ni à l'objectivité, ni à l'exhaustivité, ni même à la pertinence ou à l'autorité d'un acteur responsable. Mais, comme ils arrive que les fonctions d'observateur permettent souvent, face à un problème aussi complexe qu'une guerre, plus de recul que celle d'acteur, il tentera ici l'exercice..."

L'historien militaire est par excellence celui qui va concourir au recueil et à la sauvegarde de la totalité de ces informations évoquées par le général Saulnier qui "seule, permet de restituer l'intégralité d'un conflit". L'historien pourra même aller au-delà du recueil des informations opérationnelles, car l'histoire étant générale avant d'être militaire, il contribuera à replacer le conflit dans son environnement, immédiat mais aussi plus lointain, lui donnant ainsi une véritable "dimension historique". S'il fallait étayer une telle affirmation, il suffirait simplement de s'interroger sur l'impact de la contribution des quelques vingt six détachements d'histoire militaire américain qui sillonnèrent le Viet-Nam de 1964 à 1975 et permirent la réalisations de plusieurs dizaines d'ouvrages de référence sur ce conflit avant même qu'en France n'ait été publié le premier ouvrage "officiel" sur la guerre d'Indochine !

Dans le même numéro de la revue Défense nationale, Denise Artaud, concluant un article consacré à la politique extérieure menée par les Etats-Unis dans le Golfe évoque elle aussi la nécessité de la perspective historique - donc de l'historien - pour les décideurs et leurs conseillers directs : "Assurément James Baker est un secrétaire d'Etat idéal, (... mais) de l'avis général, cet ancien avocat n'a guère le sens de l'histoire ni de la stratégie ; c'est un tacticien qui agit au jour le jour. Or, pour établir la Pax Americana, encore faudrait-il avoir un projet à long terme, une vision à long terme qui, s'enracinant dans l'héritage du passé et tenant compte des possibilités actuelles des Etats-Unis, permettraient à ceux-ci d'assumer un nouveau leadership mondial."10

Les remarques de même nature que celles émises par général Saulnier et de Denise Artaud sont nombreuses qui mettent toutes en évidence la place indiscutable de l'histoire. Aussi le moment est-il venu de s'interroger sur ce que pourrait être les missions d'un détachement d'historiens militaires à la lumière de ce que fit un simple historien militaire, en mars-avril 1990 dans le Golfe.

Un officier du service historique de l'armée de terre s'est rendu dans le golfe persique du 30 mars au 13 avril 1991. Il a séjourné successivement à Riyad, à la Cité du Roi Khaled (CRK), en Irak à As-Salman et à Koweït City. Tout au long de sa mission il s'est efforcé de recueillir le plus grand nombre de témoignages possibles, et a demandé à ce qu'aucun document ne soit détruit sur place, mais au contraire que tout soit ramené en France et remis, le moment venu, au Service historique de l’armée de Terre.

Pour remplir cette mission qui était une "première" pour le service historique, il s'était "armé" des outils nécessaires afin d'être autonome une dizaine de jours, soit dans le désert, soit en ville (en période de ramadan), c'est-à-dire deux magnétophones, des micros, des écouteurs, des piles en quantité, une vingtaine de cassettes, des cahiers d'écolier et de quoi écrire.

Après deux semaines de travail, il a rapporté en France vingt-deux cassettes enregistrées, soit plus de trente d'heures de témoignages recueillis auprès de personnes les plus diverses, ainsi que quelques documents intéressants, déposés au service historique de l'armée de terre. Parmi ces derniers, il est possible de signaler la traduction du journal personnel d’une officier irakien affecté à la défense de la base d’Al Salman, fait prisonnier par les Français, et un ensemble de 10 documents réalisés par le chef de cabinet du général Comfor traitant : du Ramadan, de la question des Scud et des Patriot, du traitement des prisonniers dans l’Islam, du fondamentalisme en Arabie, des Mutawa, de la langue arabe, de la parole en civilisation arabe, de l’accueil en civilisation arabe, de la diffamation contre les étrangers, de l’évolution de la tension palestino-israélienne.

Cette mission, par sa simple existence, fut un succès car elle révéla une réelle prise de conscience des risques de disparition de notre Mémoire collective à une époque de communication où, souvent, seul l'instant compte. Mais ce ne fut qu'un demi-succès dans la mesure où, ne commençant qu'à l'issue de l'engagement terrestre, elle ne permit de recueillir que des témoignages a posteriori. Qu'il aurait été intéressant et émouvant de pouvoir enregistrer sur le vif, dans le Centre Opération de la division Daguet, l'ordre d'attaque lancé par le général Janvier et maintenant à jamais perdu !

Bien que de courte durée, elle a inspiré les remarques suivantes sur la création "éventuelle" d'un détachement d'histoire militaire en France.

Lors de crises de basse d'intensité dans lesquelles la France viendrait à engager des forces (interposition etc.), les quelques historiens d'active pourraient suffire pour remplir les missions qui leur seraient dévolues. En cas d'intervention plus importante, si l'on estime que la ressource existante n'est pas suffisante, il serait possible d'envisager, tout comme le firent les Américains pendant la guerre du Golfe, le recours à des historiens de réserve volontaires pour "armer" des détachements d'histoire militaire.

Leur mission consisterait principalement dans la sauvegarde systématique de tout ce qui permettra, le moment venu, de recréer une image vraie du conflit, avec ses succès et ses revers, ses grandeurs et ses bassesses. Il faudrait seulement veiller, à chaque instant, à ce que l'historien, pris par le rythme des unités dans lesquelles il serait amené à séjourner, ne se transforme en un représentant supplémentaire de la "défense et illustration de l'armée française". Cette mission, nécessaire, incombe à d'autres. Il devrait en revanche :

- rassembler et préserver tous les documents existants (officiels et privés),

- réaliser sur place des interviews et recueillir des témoignages,

- photographier et filmer,

- établir des rapports de synthèse "historiques", classifiés et destinés aux plus hautes autorités hiérarchiques.

Enfin, si les informations concernant sa propre armée sont essentielles, il est tout aussi important de chercher à préserver le plus grand nombre de documents pris à l'ennemi, car ils représenteront, le moment venu, un élément fondamental de la mémoire du conflit et de sa compréhension.

La mission première de l'historien étant définie comme une contribution à la sauvegarde de la mémoire d'un conflit, il est possible de la préciser dans les quatre directions que sont le recueil des documents écrits et de la cartographie, l'histoire orale, l'iconographie, l'objet enfin.

Cette classification en quatre grands domaines, qui recouvre l'ensemble des parties composant la Mémoire, dépend cependant d'autorités différentes. La première, ainsi que la deuxième encore jeune, relèvent des services historiques ; la troisième (l'iconographie) est rattachée à l'ECPA ; la dernière est l'affaire des musées (musée de l'Armée, musées des Armes et dans une certaine mesure salles d'honneur régimentaires), mais également des services historiques. En cas de création d'un détachement d'histoire militaire, dont la mission ne pourrait être que "globale", il faudrait tenir compte de cette opposition théorique apparente entre l'unicité du champ d'investigation de l'historien et la pluralité des détenteurs des sources historiques.

Le recueil des documents, c'est-à-dire le versement des archives aux différents services historiques, en temps de paix comme en temps de guerre, est prévu par la loi. Mais il est raisonnable de penser que ce qui n'est qu'une tâche administrative supplémentaire en temps de paix, puisse être considéré comme une contrainte superflue et gênante en cas de conflit.

Aussi l'historien peut-il jouer un double rôle en ce qui concerne la sauvegarde des documents. Par sa compétence technique, il est en mesure de conseiller et d'aider ceux dont la mission est de tenir à jour les documents officiels, tels les journaux de marches, et de conserver tous les écrits établis au cours des opérations. Puis, en tant qu'historien, il peut préserver tous les autres types de documents, non obligatoirement liés à l'exécution de la mission (journaux, revues, manuscrits, brouillons, éventuellement copies de carnets personnels, ...), dont la sauvegarde permettra, un jour, au chercheur, de reconstituer une ambiance, un milieu, et ainsi de mieux comprendre le déroulement d'un conflit. A cet égard, une étude sociale sur les milliers de lettres envoyées de France et du monde entier aux "Soldats du Golfe" serait probablement intéressante pour faire apparaître les origines géographiques, la répartition par âges, par catégories socio-professionnelles etc. des auteurs de ces lettres.

L'histoire orale est encore aujourd'hui peu familière à de nombreux historiens bien qu'elle représente une forme intéressante de la Mémoire. Aussi mérite-t-elle un petit "détour historique" par les Etats-Unis, pays dans lequel elle est pratiquée depuis 1942 (débarquement en Afrique du Nord). L'expérience acquise par les historiens militaires américains au cours de la deuxième guerre mondiale permit l'organisation et la mise sur pied de huit détachements d'histoire militaire lors de la guerre de Corée. L'accent fut mis, au cours de ce conflit sur l'histoire sur le recueil de témoignages oraux à tous les niveaux de la hiérarchie. L'effort le plus significatif fut pourtant réalisé quelques années plus tard, pendant l'engagement américain au Viet-Nam11.

Tout au long du conflit, les 26 détachements d'histoire militaire américains réalisèrent environ 1500 interviews maintenant déposés au Center of military history de Washington. Non contents des résultats exceptionnels obtenus "sur le terrain", ils mirent sur pied, après la fin du conflit, un programme de recueil des témoignages, soit systématiques soit thématiques. La majeur partie des plus hautes autorités militaires ayant participé au conflit furent rencontrées et le seul témoignage du général William C. Westmorland représenta, une fois transcrit, un document de plus de 600 pages. L'approche thématique permit l'élaboration, entre 1977 et 1978, d'un document final de plus de 800 pages traitant de la seule Army Aviation. Ce document est maintenant considéré, par certains spécialistes, comme la référence obligatoire pour toute étude sur l'emploi des hélicoptères dans un conflit périphérique. Signalons enfin la réalisation d'un document d'un caractère particulier, intitulé "The last days of Viet-Nam", contenant les témoignages de cinq Américains qui furent directement impliqués dans le départ précipité et dramatique de Saïgon en 1975.

En France, l'histoire orale, pratiquée depuis plusieurs années par le service historique de l'armée de l'air (SHAA), est encore très récente au SHAT. Son intérêt réside en trois mots : nécessité, originalité et instantanéité.

L'histoire orale est instantanée, car elle permet d'enregistrer, sur le vif, dans les P.C., des réunions ou des prises de décisions uniques et qui ne sont l'objet d'aucun procès-verbal. Elle est originale, car le vocabulaire utilisé, les inflexions d'une voix, etc, reflètent une époque ou l'intensité d'un moment. De plus, s'adressant à tous les niveaux de la hiérarchie, elle permet de préserver les témoignages de combattants qui, hommes de leur temps, ne rédigeront probablement que de rares carnets personnels. Elle est enfin devenue nécessaire si l'on souhaite pouvoir tout simplement conserver la mémoire d'une époque dite de "communication". Les moyens de communication actuels, toujours plus nombreux et performants, privilégient systématiquement le verbe et son instantanéité à l'écrit, mais une fois l'instant passé, il ne reste rien qu'un souvenir si l'enregistrement du "dit" n'a pas été prévu et effectué par un historien dont c'est la fonction.

L'histoire militaire ne peut plus faire, aujourd'hui, l'économie de l'image. Qu'on la considère comme accessoire ou comme primordiale, son omniprésence nous interdit de la négliger.

Mais de quelle image s'agit-il ? L'historien ne peut se contenter de celles produites par ou pour les moyens d'information. Le but qu'il recherche ne correspond ni au "choc des photos" ni à la "défense et illustration" de l'Armée française. Ce qu'il doit chercher à embrasser du regard et à conserver grâce à l'image, c'est tout autant la perspective du tableau sur lequel se déroule le conflit que le détail qualifié par d'autres d'insignifiant. Tout l'intéresse, rien ne doit être étranger à son objectif.

L'objet est également image de notre patrimoine collectif. Sa simple évocation symbolise une époque. Son étude, possible grâce à sa conservation, fait maintenant légitimement partie du champ des recherches de l'historien. Encore faut-il qu'un échantillonnage représentatif des "objets" utilisés au cours d'un conflit puisse parvenir dans nos musées, afin d'être exposé, mais surtout étudié. Un détachement d'historiens, accrédités auprès des différents musées, pourrait très bien assurer, in situ, une telle mission.

 

En guise de conclusion

 

A l'heure actuelle, faute d’une réflexion appropriée et en l’absence de toute structure réglementaire adaptée, les activités des historiens militaires français demeurent artisanales. La formation d’un détachement d’histoire militaire à partir de la ressource humaine disponible est certainement réalisable, mais elle ne répondrait qu'imparfaitement à la question plus globalisante de la place et du rôle de l'historien militaire aux côtés du décideur.

Les quelques réflexions émises tout au long de cet article nous poussent à penser que l'historien peut contribuer à libérer le décideur de l'emprise de son temps, voire du lieu et du milieu qui sont les siens, afin qu'il dispose du recul nécessaire à l'élaboration de ses décisions.

Mais la prise de conscience de la richesse et de l'originalité de son apport se heurte à une difficulté fondamentale. Un monde en pleine accélération, à la recherche de nouvelles certitudes, voire de nouvelles vérités, ne peut admettre l'apparence floue, complexe et parfois indéterminée des réponses fournies par l'historien !

Pourtant, derrière cette apparence réside la seule leçon que puisse donner l'Histoire : l'histoire, en favorisant la compréhension des phénomènes humains, donne, à ceux qui veulent l'entendre, une leçon de modestie et de respect pour la part d'impondérable que porte en elle toute action et toute décision humaine. Elle aide ainsi l'homme à affronter cet inconnu qu'est l'avenir et condamne celui qui croit pouvoir l'ignorer à chercher, "en tirant les leçons du passé", à le mal reproduire, comme l'écrit Raymond Aron12 : "Que le passé historique ne puisse plus être autre qu'il a été, certes. Mais l'événement ne devient pas pour autant nécessaire par rapport à l'ensemble de ce qui l'a précédé pour la simple raison qu'il a eu lieu. Entre la liberté et la nécessité, il n'y a pas de réconciliation post eventum sinon par l'effet de ce que Bergson appelait l'illusion rétrospective de fatalité."

Annexe chronologique de la mission dans le golfe Persique

 

samedi 30 mars

vol Paris - Riyadh, accueil à l’EMIA, nuit à Riyadh.

dimanche 31 mars

matin : vol Riyadh - camp du roi Khaled, puis transit en P4 jusqu’au CO de la division Daguet. Présentation au général Janvier.

après-midi : séance de travail avec des officiers du Co de la division. Enregistrement de 3 cassettes de témoignages.

lundi 1er avril

matin : séance de travail au 3e RIMa, Enregistrement de 2 cassettes de témoignages.

après-midi : séance de travail au 4e RD, au 11e RAMa et au 6e REG. Enregistrement de 3 cassettes de témoignage.

mardi 2 avril

matin : séance de travail de travail au 3e RHC, puis au 6e RCS. Enregistrement d’une cassette.

après-midi : déplacement en Puma du Co de la division à As Salman (Irak). Séance de travail au 1er RHC.

mercredi 3 avril

matin : séance de travail au 1er RHC (suite). Enregistrement de 2 cassettes.

après-midi : déplacement en Puma de As Salman au CO de la division, puis séance de travail au GSL. Enregistrement d’une cassette.

jeudi 4 avril

matin : CO de la division, séance de travail. Enregistrement de 3 cassettes.

après-midi : séance de travail au Comlog de la division. Enregistrement d’une cassette.

vendredi 5 avril

matin : séance de travail au détachement de Guerre électronique de la division. Enregistrement de 2 cassettes.

après-midi : séance de travail avec un aumônier militaire à CRK. Pas d’enregistrement, mais cet aumônier m’informe de la tenue, en France, avant l’été, d’une réunion de travail regroupant tous les aumôniers ayant participé à la guerre dans le Golfe.

samedi 6 avril

matin : séance de travail au 4e RD. Enregistrement d’une cassette.

après-midi : séance de travail à CRK avec les officiers d'un détachement d'histoire militaire américain. Pas d’enregistrement, mais échange de vues sur les méthodes de travail.

soir : messe dans un hôpital américain où sont soignés des réfugiés irakiens pour l’essentiel.

dimanche 7 avril

matin : messe au CO de la division célébrée par un aumônier venu de CRK.

après-midi : remise en condition et préparation du déplacement vers Riyadh.

lundi 8 avril

matin : Vol jusqu’à Riyadh. Prise de contact avec l'état-major.

après-midi : séance de travail. Enregistrement d’une demi cassette.

mardi 9 avril

matin : mission dans Riyadh pour acheter de nouvelles cassettes. Nombreux magasins clos pour cause de Ramadan.

après-midi : séance de travail avec un officier affecté au camp de prisonniers irakiens de Raffa.

Enregistrement d’une demi-cassette.

mercredi 10 avril

matin : déplacement vers Koweit-city. Séance de travail. Enregistrement d’une cassette.

après-midi : nouvelle séance de travail : Comdet Koweit, 6e REG, détachement Nedex du 17e RGP). Enregistrement de 2 cassettes.

soir : retour à Riyadh.

jeudi 11 avril

Riyadh, remise en condition, préparation du retour vers la France, rencontre informelle (la seconde) avec le général Roquejoffre.

vendredi 12 avril

retour en France par avion C 130 (12 heures de vol).

 

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Notes:

 

1 Paul Valéry, Regards sur le monde actuel.

2 Marc Bloch, L'étrange défaite.

3 Général Carl E. Vuono, chef d'état-major de l'armée de terre, 1987. Field Artillery, octobre 1989, p. 2.

4 Field Artillery, octobre 1989, p. 1, “The Past is Prologue”.

5 En liaison avec un spécialiste de la communication.

6 Mais cette fois en liaison avec un instructeur de “tactique” pour ce qui concerne la définition du “message pédagogique”.

7 Voir à ce sujet une approche plus complète dans Joe D. Huddleston, “1st Corps battle analysis conferences : A case History of Development”, the Army historian, 11, Washington, 1987, pp. 4-6.

8 Lire à ce sujet l'excellente synthèse réalisée aux Etats-Unis : William Glenn Robertson, “The staff ride”, U.S. Army Center of Military History, Washington 1987.

9 Jean Saulnier, “la guerre du Golfe : cas d'espèce ou modèle reproductible ?” Défense nationale, juin 1991,” pp. 11-21.

10 Défense nationale, juin 1991, “La guerre du Golfe : un tournant décisif pour la politique des Etats-Unis ? Denise Artaud, pp. 63-76.

11 Charles R. Shrader, “Oral history resources for study of the U.S. Army in Viet-Nam”, The army historian, 11, Washington, 1987, p. 14.

12 Raymond Aron, Histoire et dialectique de la violence, Gallimard, 1973, p. 160.

 

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