LA STRATEGIE SYRIENNE APRES LA GUERRE DU GOLFE

Georges LABAKI

 

La stratégie militaire syrienne découle du grand rêve du président Assad, celui de l’unification de la Syrie, du Liban, de la Jordanie et de la Palestine dans le cadre d’une grande Syrie, placée sous la coupe personnelle du président syrien. Pour ce faire, le régime syrien a essayé de réaliser ses visées à la fois par la diplomatie et par la coercition, en cherchant à contrôler directement ou indirectement ces pays.

Depuis la guerre du Kippour, le régime syrien a dû faire face à une situation politique et militaire de plus en plus difficile. Après les accords de Camp David conclus entre l’Egypte et Israël, la Syrie s'est trouvée privée de son principal allié face à l'Etat hébreu. Stratège avant d'être un politique, Assad a toujours considéré que la Syrie ne pouvait négocier avec Israël à partir d'une position de faiblesse sur le plan militaire, d'où le besoin de parvenir à un certain équilibre stratégique. Il oeuvre sans répit à la réalisation de cette parité stratégique.

Cependant, la pérestroïka et l’effondrement du bloc des pays de l’Est, principaux fournisseurs d’armes de la Syrie, l’ont amené à redéfinir le concept de parité stratégique, dans un sens nettement plus défensif et dissuasif. En outre, tirant les conséquences de ces développements et du nouvel ordre mondial en voie d’élaboration, le régime syrien a pris la décision de s’allier à l’Occident contre l’Irak. La Syrie a même été pressentie, après la guerre contre l’Irak, pour faire partie d’un système de défense des pays du Golfe dans le cadre de la Déclaration de Damas.

 

LE CONCEPT DE PARITÉ STRATÉGIQUE AVEC ISRAËL

 

La conclusion des accords de Camp David entre Israël et l’Egypte priva la Syrie de son principal allié contre Israël. En effet, l'Egypte possédait la plus puissante armée arabe. Au sommet de Bagdad, le président syrien souleva la question de l’équilibre des forces avec Israël. Toutefois, en mauvais termes avec l'Irak, la Jordanie et l'OLP, Assad se trouva isolé. Il réagit en déclarant sa volonté d'établir une parité stratégique avec l'Etat hébreu. Dans une première phase, le but était de défendre la Syrie contre une attaque israélienne et, dans une seconde phase, la libération des territoires occupés en forçant Israël à s'asseoir à la table des négociations1.

Concrètement, les efforts syriens portaient sur trois objectifs prioritaires : premièrement, le renforcement des forces aériennes, dans le but d’éliminer la supériorité aérienne israélienne, dont les Arabes avaient continuellement souffert ; deuxièmement, le développement et la modernisation du système de défense anti-aérien syrien ; et troisièmement, le renforcement et l’amélioration des moyens de dissuasion stratégiques, pour leur permettre de pénétrer en profondeur en Israël.

Assad se rendit à Moscou en octobre 1979 et conclut d’importants contrats de fourniture d’équipements militaires avec l’URSS. La Syrie reçut alors près de 1400 chars, dont des T72, 200 avions de combat, dont des Mig 25, 2 000 véhicules blindés et 1 700 pièces d’artillerie.

Assad réitéra plusieurs fois sa détermination à réaliser cette parité stratégique, en rappelant qu’il s’agissait d’un long processus qui ne pouvait être réalisé spontanément, et en lui ajoutant une autre dimension : il ne s’agit pas seulement d’avoir un tank en face de chaque tank israélien. La parité stratégique se compose de plusieurs éléments. Avec la parité en armements, il s’agit d’une parité dans les domaines culturel, économique et politique.

Un formidable effort en hommes et en matériels devait s’en suivre, en tenant compte des leçons de la guerre du Liban de 19822. L’accent fut mis, non seulement sur les équipements, mais également sur la réorganisation des forces armées, pour les rendre capables de se battre sur deux fronts, ce que les forces syriennes stationnées au Liban avaient été incapables de faire durant l’opération "Paix en Galilée."

Ainsi, entre 1982 et 1986, les effectifs des forces armées syriennes augmentèrent, de 313 000 à plus de 400 000 hommes. Trois divisions, dont deux blindées et une mécanisée, furent créées. Les forces terrestres passèrent de 6 divisions en 1982 à 11 divisions en 1990. Deux quartiers généraux furent établis, l’un pour le front du Golan, l’autre pour le front de la Bekaa au Liban. Les fortifications sur les deux fronts furent renforcées. En outre, les troupes spéciales furent réorganisées et un corps de réserve stratégique fut créé.

Un effort spécial a été consenti pour l’aviation. Des Mig-29, des Su-24 et des hélicoptères anti-chars furent achetés, en même temps que des missiles sol-air et des systèmes C3I et EW. La défense anti-aérienne fut renforcée, avec l’acquisition de missiles à longue portée SA-7, SA-8, SA-9, SA-13, SA-14 et SA-16, ainsi que de missiles portables pour couvrir entièrement le champ de bataille.

 

ParitÉ stratÉgique et pérestroïka

 

Il était évident que la Syrie avait besoin de l’aide d’une grande puissance, l’Union soviétique, dans sa quête de la parité stratégique avec Israël. En 1980, la Syrie signa un accord d’amitié et de coopération avec l’URSS. Quoique ce traité ne répondît pas pleinement aux voeux des syriens, les russes s’engageaient à aider la Syrie au cas où elle se retrouverait dans une situation militaire difficile. Cette intervention prendrait la forme du remplacement des avions et des équipements militaires perdus, la fourniture du matériel d’écoute et de surveillance et, en cas extrême, la possibilité de déploiement de forces navales et aéroportées soviétiques. En échange, Assad accorda aux Russes le droit de construire une base navale dans le port de Tartous.

Cependant, après l’arrivée de Gorbatchev au pouvoir, les Russes ne tardèrent pas à signaler à la Syrie que la parité stratégique n’avait aucune chance de réussir, à cause du soutien des Etats-Unis à Israël, qui gagnerait sûrement toute course aux armements, et que, dans tous les cas, Israël procéderait à une attaque préventive bien longtemps avant l'achèvement de cette parité stratégique.

En même temps, les Russes indiquèrent leur volonté d’aider Assad à atteindre une capacité défensive crédible. Les Russes voulaient bien doter la Syrie des moyens de défense "raisonnables" pour dissuader Israël d’attaquer, mais en aucun cas ils n’étaient prêts à soutenir une attaque syrienne contre l’Etat hébreu. Ils refusèrent donc de fournir certains armements comme les missiles SS-23, ou de livrer toutes les quantités d'armement réclamées par la Syrie ( Mig-29 et Su-24 ).

Le 18 septembre 1989, Alexandre Zotov, ambassadeur soviétique en Syrie, déclara au cours d’une conférence de presse que les demandes syriennes en armements pour les cinq prochaines années étaient "scrupuleusement examinées" et que "s’il y avait d’éventuels changements dans la politique de fourniture d’armes à la Syrie, elles le seraient dans le sens d’une réduction... les possibilités de paiement du gouvernement syrien n’étant pas illimitées" 3.

En outre, dans une interview accordée en novembre 1989, Zotov confirma que Moscou encourageait le gouvernement syrien à abandonner son but déclaré de parité stratégique. En effet, du point de vue russe, dès que la Syrie aurait atteint une capacité défensive acceptable, elle aurait alors les moyens d’infliger à Israël "des pertes inacceptables", ce qui inciterait l’adversaire à réfléchir deux fois "avant de s’en aller en guerre".

Selon certaines estimations établies vers la fin de 1989, les livraisons d’armes soviétiques à la Syrie auraient baissé de plus de 50 % depuis l’avènement de Gorbatchev. Les engagements soviétiques concernant la sécurité de la Syrie sont plus faibles qu’il y a 10 ans.

 

La Syrie et le golfe : la dÉclaration de Damas

 

Après l’invasion du Koweit, la Syrie annonça son intention de déployer des forces en Arabie saoudite, troupes "retirées du théâtre d’opération libanais". Près de 20 000 soldats, équipés de 200 chars T72, furent alors acheminés en Arabie saoudite. Quoique fortement saluées par les autorités saoudiennes, les troupes syriennes ne prirent part à aucun combat et ne subirent pratiquement aucune perte. Ces troupes furent retirées peu de temps après la fin de la guerre du golfe4.

Ce revirement syrien en direction de l’Occident fut suivi en mars 1991 par un appel lancé, au nom de la sécurité de la Nation arabe, "Al Amn al Kawmi al Arabi", à l’Egypte et aux pays du Conseil de Coopération du Golfe en vue de tenir un sommet à Damas. Il en résulta un accord, connu sous le nom de "la Déclaration de Damas", contresigné par la Syrie, l'Egypte et les six pays du Conseil de Coopération du Golfe. Dans cette déclaration, les pays déclaraient leur intention d'oeuvrer à la formation d'une Force arabe de Paix, chargée de la défense des pays du Golfe en particulier, et du monde arabe en général. La Déclaration de Damas indique que "la présence des forces syriennes et égyptiennes dans le Royaume d'Arabie saoudite et dans les autres pays arabes du Golfe, en réponse au désir de leurs gouvernements de défendre leurs territoires, représente la base d’une force arabe de paix qui défendrait la sécurité et l’intégrité des pays arabes de la région du Golfe". La déclaration ajoute, qu’ultérieurement, d’autres pays arabes pourraient se joindre à cette force, "dont les troupes devraient constituer un modèle pour l’établissement d’un système arabe de défense."

Dans une réunion ultérieure, la question de création d’une division commune groupant tous les pays signataires de la Déclaration de Damas fut également débattue. Il faut dire que la Déclaration de Damas laisse peu de place à une présence militaire américaine.

Cependant, les pays du Golfe semblent peu enclins à accepter l’éventualité d’une présence militaire égyptienne ou syrienne sur leurs territoires. Récemment, le sultanat d’Oman, membre du Conseil de Coopération, a présenté un projet de création d’une force armée de près de 100 000 hommes, commandée à tour de rôle par les pays du Conseil de Coopération. L’appel à des forces arabes ou étrangères est formulé en des termes vagues et semblerait être limité à l’entraînement5.

D’autre part, la Syrie a apporté son soutien à une initiative iranienne visant à créer un système de sécurité régional placé sous l’égide de l’Iran. Dans un discours du 12 septembre 1990, le président iranien Rafsanjani a proposé les grandes lignes de son projet. Ainsi, le Golfe deviendrait-il un lac islamique placé sous la protection de l’Iran, qui concluerait en retour des pactes de non-agression avec les pays arabes du Moyen-Orient. Le plan Rafsanjani prévoit également l’élimination des armes de destruction massive de la région et le retrait des forces étrangères, spécialement américaines. Cependant, ce projet n’a pas obtenu l’aval des pays du Golfe.

 

La Syrie et l’irak

 

Avant la guerre du Golfe, la Syrie constituait, avec l’Irak, l’un des principaux états de la confrontation avec Israël sur le front oriental. Assad considérait l’armée irakienne comme la réserve stratégique de la Nation Arabe6. Mais, quoique dominés par le même parti au pouvoir, le Baas, les régimes irakien et syrien entretiennent des relations orageuses, chacun accusant l’autre de renier les principes du parti, le véritable enjeu étant la direction du monde arabe. En outre, il existe une forte animosité personnelle entre Assad et Saddam. Aussi, après une alliance provisoire en 1978, dans le cadre des pays de la Résistance et de la Confrontation opposés à l’initiative égyptienne de paix dans le cadre de Camp David, lorsque la Syrie cherchait à contrebalancer la "défection" de l’Égypte par une alliance militaire avec le seul pays alors de taille sur le front oriental, les relations syro-irakiennes se sont-elles nettement détériorées. Pourtant, Israël aurait eu beaucoup à craindre, avant la défaite irakienne, d’un front syro-irakien qui aurait réuni les deux plus puissantes armées arabes après l’Egypte.

La Syrie s’est rangée du côté de l’Iran durant la guerre irako-iranienne. En effet, un Irak occupé sur ses frontières lui pose moins de problèmes dans sa quête de domination du monde arabe. Après la fin de la guerre entre l’Irak et l’Iran, la punition de la Syrie figurait parmi les priorités irakiennes. La première phase prit la forme du soutien du général Aoun au Liban. Toutefois, la guerre provoquée par l’invasion irakienne du Koweit a brisé l’appareil militaire irakien. tant que Saddam restera au pouvoir, il y a peu de chances de réactivation du "Front oriental", au grand bénéfice de l’Etat hébreu.

 

la syrie et le liban

 

Comme prix de son soutien aux pays de la coalition contre l’Irak, Assad obtint les mains libres au Liban ; il ne tarda pas à exploiter l’occasion en se débarrassant du général Aoun par une rapide attaque militaire. La seconde étape fut la signature avec le Liban d’un Traité de coopération et de coordination, sur le plan militaire, de la sécurité et de l’entraînement entre les deux pays, qui accorde une grande liberté de manoeuvre aux forces syriennes au Liban. La Syrie y maintient une force armée de près de 42 000 hommes, avec deux brigades d’artillerie et une brigade mécanisée. Assad a également renforcé les lignes de défense syriennes dans la Bekaa, qui seraient devenues les plus fortifiées du monde, dans le but de contenir une attaque israélienne à partir de cette région sur la Syrie. Cependant, par un accord tacite entre Israël et la Syrie, celle-ci ne maintient aucune batterie de missiles anti-aériens au Liban7.

Les fournitures d’armes À la Syrie depuis la crise du golfe

 

Il apparaît clairement que l’URSS, pour des raisons à la fois intérieures et internationales, est incapable de fournir à la Syrie tous les équipements que celle-ci réclame. En février 1991, le ministre syrien de la défense, le général Tlass, au cours d’un voyage à Moscou pour demander des équipements militaires, s’est vu opposer une fin de non-recevoir. en avril 1991, l’URSS a de nouveau refusé de fournir des armements à la Syrie, à la fois pour des considérations régionales et pour des raisons financières liées à l’état de l’économie soviétique.

Il existe une tendance chez les grandes puissances à limiter la course aux armements au Moyen-Orient. Ainsi, à la suite de réunions tenues à Paris en juillet, puis à Londres en octobre 1991, entre les principaux pays producteurs d’armes, à savoir les Etats-Unis, la France, le Royaume-Uni et l'Union soviétique, plusieurs principes ont été adoptés : les ventes d'armes devront être évaluées à la lumière des besoins légitimes de défense d'un pays et être utilisées dans ce seul but ; il faudra éviter les transferts qui risqueraient d'aggraver ou de contribuer à l'aggravation d'un conflit.

La Syrie tenta alors d'acquérir des armes auprès d'autres pays, comme la Tchécoslovaquie, la Chine, la Yougoslavie et la Corée du Nord. Elle a consacré près de la moitié de l'aide octroyée par les pays du Golfe en contrepartie de son soutien dans l'effort de guerre contre l'Irak - près d'un milliard de dollars - à ces achats.

En mai 1991, la Tchécoslovaquie accepta de vendre 200 chars modernes T-72. Cependant, récemment, elle a exigé le paiement comptant comme condition de leur livraison8 et semble finalement avoir décidé de surseoir à cette livraison dans l’attente des résultats de la conférence de paix. la Yougoslavie a livré à la Syrie un grand nombre de chars M-84, version yougoslave du T-72. De même, l’URSS a vendu 48 Mig-29 et 24 Su-24, et 2 300 pièces d’artillerie.

D’autre part, la Syrie continue les exercices d’entraînement et les manoeuvres militaires mais à caractère défensif, qui pourraient rapidement devenir offensifs sur le champ de bataille. En outre, elle a réactivé une division placée antérieurement en réserve.

Enfin, il faut mentionner que l’URSS et les pays d’Europe de l’Est continuent de fournir une assistance technique très importante à la Syrie. L’Union soviétique maintient 2 500 experts militaires en Syrie.

L’acquisition d’armements non-conventionnels

 

L’acquisition de moyens de dissuasion capables d’atteindre en profondeur le territoire israélien constitue la priorité de la stratégie syrienne après la guerre du Golfe. Cela implique l’acquisition d’armements avancés, de missiles à longue portée et d’armements chimiques pour contrer la puissance nucléaire israélienne. En effet, Assad craint un retournement contre son régime après la défaite de l’Irak. Sa quête insatiable d’équipements militaires reflète un sentiment de vulnérabilité.

 

Les armes chimiques

 

Les responsables syriens sont convaincus qu’Israël possède des armes atomiques mais que, réciproquement, il est interdit aux Arabes d’acquérir des armes nucléaires. Par conséquent, l’alternative pour les Arabes serait d’acquérir des moyens de dissuasion fondés sur les armes chimiques, solution qui représente l’avantage d’être moins coûteuse et moins compliquée techniquement. En outre, s’il est vrai que ces armes sont moins destructrices, elles sont néanmoins efficaces dans une région aussi peu étendue géographiquement que le Moyen-Orient.

Selon la CIA, la Syrie produirait notamment du gaz innervant et continue de développer son programme de production d’armes chimiques. Deux usines, localisées près des villes de Damas et Homs, produisent plusieurs centaines de tonnes de gaz par an ; des têtes chimiques seraient montées sur des missiles sol-sol9. Du point de vue syrien, ces armes chimiques visent à établir une force de dissuasion, dont le but est de prouver à Israël que la Syrie possède des moyens de riposte à une attaque nucléaire israélienne. Mais, ces missiles balistiques pourraient aussi assurer à la Syrie quelques gains tactiques.

 

Les missiles

 

Acquérir des missiles est perçu au Moyen-Orient comme un acte qui donne au pays acquéreur une puissance politique et stratégique, qui augmente ses moyens de dissuasion contre l’adversaire. Il s’agit d’une force de dissuasion fondée sur le principe de destruction mutuelle. Par conséquent, acquérir des missiles de moyenne et de longue portée était très attractif pour la Syrie et fut considéré comme un des principaux moyens d’établissement d’une parité stratégique avec Israël.

L’arsenal syrien comprend des Scud B (300 km de portée), des Frog-7 (70 km), et probablement une version améliorée du Scud. Cependant, en 1983, l’Union Soviétique fournit à la Syrie des missiles plus avancés que ceux que la Syrie possédait jusqu’alors. Il s’agit de missiles SS-21 de 180 km de portée et pouvant porter une charge explosive de 750 kg. Les Scud syriens sont plus proches d’Israël que ceux de l’Irak et peuvent, par conséquent, emporter une charge explosive plus grande. Chaque Scud est capable de transporter une charge de gaz pouvant couvrir une surface de plusieurs kilomètres carrés. Lancés simultanément contre des objectifs précis en Israël, les Scud syriens peuvent désorganiser les opérations de mobilisation des 400 000 réservistes israéliens. Cependant, la Syrie ne possède pas les moyens techniques pour modifier les Scud .

En mars 1991, la Corée du Nord livra à la Syrie entre 60 et 80 lance-missiles Scud C. en outre, en juillet 1991, la Corée du Nord a également livré à la Syrie 100 missiles mer-mer. d’autres livraisons d’armes ont été effectuées par la Chine et la Corée du Nord à la même époque. Il s’agit de missiles plus perfectionnés que les Scud utilisés par l’Irak durant la guerre du Golfe.

Le 25 octobre, cinq jours avant la conférence de paix de Madrid, un navire nord-coréen, transportant 12 missiles Scud C destinés à
la Syrie, changea brusquement de direction et fit escale en Iran. Au moment où le navire se rapprochait de la côte syrienne, la marine israélienne conduisait des manoeuvres à proximité.

En outre, la Syrie a cherché à acquérir10, sans succès apparent jusqu’à présent, des missiles chinois à moyenne portée de type
M-9.

 

conclusion

 

La Syrie n’est pas en mesure de faire peser une véritable menace sur Israël. Assad se retrouve seul face à un ennemi renforcé de facto après la guerre du Golfe. Si la Syrie avait des illusions sur la possibilité d’établissement d’une parité stratégique avec Israël, ces illusions ont disparu avec la glasnost, bien avant la guerre du Golfe.

Par conséquent, la Syrie n’affrontera Israël qu’en fonction de ses propres intérêts. Assad est patient, tenace, et cherche continuellement à exploiter les situations internationales et régionales propices. Ainsi, en 1982, durant la guerre du Liban, refusa-t-il de se lancer dans une confrontation tous azimuts contre Israël, confrontation aux résultats connus d’avance.

Pour être capable de mener une guerre contre Israël, la Syrie doit pouvoir compter sur une grande puissance et sur une éventuelle tension entre les deux super-puissances, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. Un second facteur de faiblesse dans la stratégie syrienne est constitué par l’absence d’un front arabe uni : l’Égypte s'est retirée de la confrontation, et la puissance militaire de l'Irak a été largement détruite.

En outre, la guerre du Golfe a démontré l'importance de la supériorité aérienne, des bombes téléguidées et d'un système de télécommunications moderne. Or, la Syrie a toujours souffert dans ce domaine d’une infériorité qualitative face à Israël.

Dans ces conditions, la Syrie jouera-t-elle un rôle dans les futurs accords de sécurité au Moyen-Orient ? La réponse est négative, car il existe une grande suspicion entre les Etats-Unis et la Syrie, les premiers reprochant à celle-ci son radicalisme et son soutien au terrorisme international. Il est plus que probable que les Etats-Unis s'opposeront à une présence militaire syrienne dans les pays du Golfe, de même qu'au financement par ces derniers de la modernisation de l'arsenal militaire syrien. Le rapprochement entre les Etats-Unis et la Syrie est purement tactique et semble dicté par les circonstances11. La question centrale est de savoir si la Syrie va finalement pencher ouvertement du côté occidental, ce qui n’est pas encore le cas. D’autre part, les forces syriennes envoyées dans le Golfe ont été complètement inefficaces, pour des raisons liées à la situation intérieure en Syrie et à la vulnérabilité du régime syrien, ce qui touche à la crédibilité de celui-ci.

Certes, la Syrie demeure un partenaire de premier plan dans la résolution de la crise du Moyen-Orient. Toutefois, il est douteux qu’elle soit capable de bloquer militairement la tentative de solution du conflit israélo-arabe, comme elle l’a fait au Liban en 1983. Le mauvais état de l’économie syrienne et l’effondrement de l’URSS constituent des freins importants à ses ambitions12.

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Notes:

 

1 Le 14 février 1978, le ministre syrien de l’information Ahmed Iskandar déclara au journal koweitien Al-Rai-al-Aam : “L’équilibre des forces a été altéré en faveur de l’ennemi sioniste après la position de Sadate et les manoeuvres visant à isoler l’Egypte de la Nation Arabe. La Syrie oeuvre à l'établissement d'une défense visant à établir une parité stratégique avec l'ennemi sioniste... Nous croyons que cette parité profitera non seulement aux citoyens syriens, mais qu'elle répond aux attentes des masses arabes où qu'elles soient”.

2 Les missiles sol-air déployés par les Syriens sur le territoire libanais dans la Bekaa furent détruits en l’espace de quelques heures. En outre, les Syriens perdirent plus de 90 avions, plusieurs dizaines d’hélicoptères anti-chars. une division blindée stationnée sur le versant oriental de la Bekaa fut sérieusement touchée et forcée de se replier.

3 Dépêche Reuter de Moscou du 18 septembre 1989.

4 La Syrie a reçu près de 2 milliards de dollars des pays du Golfe, 200 millions de dollars de la CEE et un prêt de 500 millions de dollars du Japon.

5 Le journal Al-Riyad, 23 octobre 1991.

6 Radio Damas, le 12 janvier 1990.

7 Selon Yitzakh Rabin, “l’arrangement” entre Syriens et Israéliens au Liban comprendrait les cinq points suivants : les troupes syriennes se tiennent à distance de la frontière israélo-libanaise, les Syriens ne déploient pas de missiles sol-air sur le territoire libanais, les avions de combat syriens se tiennent en dehors de l’espace aérien libanais, les Syriens ne contestent pas la zone de sécurité au Sud-Liban et l’armée du Liban-Sud garde le contrôle de la région de Jezzine. Cité par Daniel Pipes, Foreign Affairs, automne 1991, p.47.

8 La dette syrienne envers la Tchécoslovaquie s’élève à un milliard de dollars.

9 Daniel Pipes, “Damascus courts in the West”, The Washington Institute Policy Papers, n° 26, 1991, p. 47.

10 Israël Foreign Affairs, an Independent Research Report on Diplomatic and Military Israeli Activities, 1991, VII, n°9, p. 2.

11 Après ses visites en Syrie, le secrétaire d’État américain James Baker déclarait : “Nous pouvons avoir des relations étroites uniquement avec les pays qui partagent nos valeurs fondamentales...Cela ne veut pas dire que nous ne pouvons pas améliorer nos relations quand nous avons des buts et des intérêts communs, ce qui est actuellement le cas.” The Los Angeles Times, 15 septembre 1990.

12 La dette extérieure syrienne s’élevait en 1990 à 5,2 milliards de dollars. La Syrie consacre près de 30 % de son PNB, et 55 à 60 % de son budget à la défense.

 

 

 

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