L’Asie orientale face à la guerre du Golfe

 Georges Teng-Bok

La Chine populaire figure parmi les principaux fournisseurs d'armements de l'Irak ; elle fait partie également des cinq membres permanents du Conseil de Sécurité des Nations Unies. A ce double titre, son attitude dans la crise du Golfe est à prendre en considération, tant pour sanctionner l'Irak que pour libérer le Koweït, dans le cadre légitime des résolutions adoptées par les Nations Unies. Le comportement de Beijing fut conditionné par le besoin de concilier trois impératifs pas nécessairement convergents : 1) améliorer son image dans le monde - ternie par les incidents de la place Tienanmen en 1989, et plus particulièrement auprès des États-Unis ; 2) conserver son influence, ou du moins les apparences de cette influence, sur la scène internationale ; 3) préserver ce qu'elle estime être son rôle et sa réputation au sein du Tiers Monde. De leur côté, les États-Unis ont dû également faire preuve - pour le moins - de pragmatisme envers la Chine populaire, comme par ailleurs envers la Syrie qui figure toujours sur la liste des États terroristes établie par le gouvernement américain. Un sous-secrétaire d'état, Richard Solomon, s'est rendu en Chine populaire pour huit heures d'entretiens au ministère des Affaires étrangères ; à l'issue de sa visite, la suspension des ventes d'armes chinoises à l'Irak fut annoncée. James Baker a invité son homologue chinois, Qian Qichen, pour une réunion à Washington. Le président Bush, enfin, a reçu le ministre chinois des Affaires étrangères après l'abstention de Beijing lors du vote de la résolution des Nations Unies autorisant le recours à la force contre l'Irak pour libérer le Koweït. En tout cas, Beijing a répondu, dans les grandes lignes, aux demandes de Washington, principalement en annonçant la suspension de ses ventes d'armes à l'Irak et en n'entravant pas la diplomatie américaine aux Nations Unies.

Pour les autres pays d’Asie orientale (en dehors du Japon), les conséquences du conflit du Golfe ont été principalement économiques. Certes, la région comporte aussi des pays producteurs d'hydrocarbures comme l'Indonésie, Brunei, la Malaisie, la Chine populaire et, dans une certaine mesure, le Vietnam. Mais seuls l'Indonésie et la Malaisie seront en mesure de satisfaire une demande supplémentaire en provenance d'autres pays de la région. La crise énergétique a aussi favorisé les pays riches en charbon et les producteurs de gaz naturel liquéfié. Mais dans leur ensemble, et à des degrés divers, les économies d'Asie orientale ont subi les mêmes effets de la crise du Golfe : poussée inflationniste, hausse des taux d'intérêt, diminution des exportations et baisse de la croissance économique entre 0,5 à 1 % du PIB. Les variations des taux de change au profit du dollar vont aussi contribuer à augmenter le déficit de la balance commerciale américaine, non seulement vis-à-vis du Japon, mais aussi envers la République de Corée et la République de Chine (Taiwan), une évolution qui ne contribuera pas à améliorer les tensions entre les États-Unis et ces trois pays. Enfin, bien des pays d'Asie orientale s'inquiètent de la baisse des recettes du tourisme. Accessoirement, plusieurs firmes de construction et de travaux publics de la République de Corée, de la Chine populaire, du Japon et de la République de Chine ont été victimes de la guerre du Golfe en raison de leurs chantiers situés dans cette région : leurs pertes se chiffrent en centaines de millions de dollars.

En termes de sécurité, l'attitude des pays libres d'Asie orientale en dehors du Japon se démarque en fonction de l'Islam. Ainsi, l'Indonésie et la Malaisie ont affiché une certaine réserve, pour ne pas dire réticence, devant les efforts de la coalition conduite par les Tass-Unis pour libérer le Koweït de l'occupation irakienne. En revanche, les autres pays de l'ASEAN, la République de Corée et la République de Chine ont manifesté leur solidarité et leur soutien de la politique américaine dans le conflit du Golfe : Séoul et Taipei ont annoncé des contributions respectives de 400 millions et 100 millions de dollars aux dépenses militaires des Tass-Unis. En outre, la République de Chine a fourni une assistance financière et matérielle évaluée à 30 millions de dollars au profit de la Jordanie, l'Egypte et la Turquie. D'autre part, Séoul a envoyé un détachement de santé militaire forte de 154 personnes participer à la coalition multinationale. Enfin, Hong Kong a fait un don de 29,5 millions de dollars pour soutenir les efforts alliés dans le Golfe, tout en précisant que ce montant sera dépensé exclusivement sur le plan logistique, médical et humanitaire.

Le succès américain a convaincu les pays de la région que le maintien de la présence américaine dans le Pacifique constitue une garantie indispensable de la sécurité et de la stabilité régionale. Ceci est exprimé plus particulièrement par les petits pays comme Brunei et Singapour. La Malaisie, par contre, se montre plus réservée par crainte de pressions accrues des Tass-Unis sur le plan économique pour compenser leur présence militaire. L'émergence du Japon, enfin, provoque des inquiétudes régionales.

 

 

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