L’OTAN ET LA TROISIEME GUERRE DE DEMEMBREMENT DE LA YOUGOSLAVIE

François Géré et Jean-Damien Pô

“Chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage; comme de vray, il semble que nous n’avons autre mire de la vérité et de la raison que l’exemple et idée des opinions et usances du pais où nous sommes. Là est toujours la parfaicte religion, la parfaite police....”

Montaigne, Essais (I, 31)

Imaginons que ce questionnaire à choix multiples soit d’ici un demi-siècle soumis à une classe qui pourrait compter - au hasard - dix-neuf élèves.

Au printemps 1999, l’Otan a dit qu’elle ferait plier rapide­ment le chef de l’État yougoslave ; cela s’est-il produit ? oui/non.

L’Otan a dit qu’elle protégerait les populations albanaises du Kosovo ; cela a-t-il été réalisé ? oui/non.

L’Otan a dit qu’elle protégerait aussi les Serbes ; cela a-t-il été réalisé ? oui/non.

L’Otan a dit qu’elle allait contribuer à l’édification d’une société multi-ethnique et pluri-culturelle fondée sur les valeurs de tolérance et de respect des différences religieuses, ethniques et culturelles. Cela a-t-il été réalisé ? Oui/non.

Regrettable liste qu’il nous serait facile d’allonger ad nauseam.

Pourquoi de si consternants résultats ? Pourquoi ce “conflit du Kosovo” (une fois encore on a pu constater la répugnance à user du terme de “guerre”) a-t-il à ce point manqué ses objectifs et, surtout, pourquoi ne peut-on le considérer aujourd’hui comme achevé ?

Le 25 mars 1999, les forces aériennes de l’OTAN commen­cent leurs frappes. Aussitôt la IIIe armée serbe, manifestement prête depuis longtemps, se met en mouvement et envahit l’en­semble du Kosovo ; elle y affronte les forces de l’UCK, déjà dure­ment malmenées lors des combats de l’été 1998. Simultanément, des milices et des formations para-militaires entreprennent de semer la terreur parmi les Kosovars d’origine albanaise ; leurs exactions entraînent la formation de colonnes de réfugiés, cher­chant soit à s’abriter dans des zones montagneuses et forestières du Kosovo, soit à fuir le pays en direction de l’Albanie, du Monténégro et de la Macédoine. Pendant soixante-dix jours, les opinions publiques occidentales ne recevront pour s’informer pas d’autres images que celles des bombardements et de ces flux de populations démunies et apeurées, fuyant leurs villages pour une raison sans doute effroyable mais constamment invisible car placée hors du champ de toute caméra.

Deux semaines à peine après le déclenchement des frappes de l’OTAN, la situation prend une tournure dramatique ; chacun peut constater que l’action de l’OTAN, exclusivement aérienne, n’a aucune prise sur des événements qui, eux, se déroulent au sol.

On a invoqué une immense erreur d’appréciation initiale : les dirigeants occidentaux n’auraient pas cru que M. Milosevic oserait braver l’OTAN et lancer son armée sur le Kosovo. Pourtant le président yougoslave n’avait cessé de le répéter, et dans les termes les plus définitifs ; depuis Dayton, en outre, il avait pris soin de toujours séparer les questions kosovare et bosniaque1. Mais on a préféré ne pas le croire ; on a même pensé qu’il serait heureux de sauver la face au terme d’une semaine de bombardements, alors que l’armée serbe s’efforçait depuis 1998 d’éliminer l’UCK, et que le conflit avait pris une tournure inexpiable dès 1988.

On s’est donc lourdement trompé. Mais qui est ce “on” ? Est-il seulement possible de définir un but commun dans une coalition qui compte dix-neuf membres ?

Pour comprendre cette guerre et le rôle qu’y a joué l’Alliance atlantique, il importe de poser les bonnes questions. Il faut d’abord se demander qui, dans ce conflit, cherchait quoi, et dans but ; puis il faut s’interroger, à partir d’un examen de la situation actuelle, sur ce que la guerre a changé dans les rapports de force internationaux en général, et dans les relations transatlantiques en particulier.

Buts de guerre : les brumes de Rambouillet

Complots ?

Gardons-nous de la tentation d’une interprétation par le complot. Imaginons un instant, en effet, que l’échec des opéra­tions de l’OTAN au Kosovo soit le fruit d’une conspiration euro­péenne (ourdie à combien ?) pour démontrer a contrario la nécessité de bâtir l’Europe de la défense. Le scénario ne résiste pas longtemps à l’analyse : ce que la guerre a démontré, c’est précisément que seule l’intervention des forces américaines mises à la disposition de l’OTAN pouvait faire plier les forces serbes.

Du côté de Washington, le complot pourrait se concevoir à deux niveaux. À un premier niveau, il se serait agi de faire la démonstration de l’incompétence des Européens et de la nécessi­té de la présence américaine en Europe : “laissons les Européens se débrouiller et conduire l’Alliance ; on verra le résultat de cet exercice de gestion de crise par les Européens sans leadership des États-Unis”. Ce serait en somme une variante de l’attitude des années 1991-1992, qui illustra l’effrayante impuissance de l’Union européenne.

À un second niveau, de grande stratégie, on a évoqué la fameuse analyse produite par la section politico-militaire du Pentagone à la fin du mandat de Georges Bush (MM. Wolfowitz-Khalilzad), qui prévoyait de faire en sorte que les Européens ne puissent pas se constituer en pôle de puissance militaire capable de faire jeu égal avec les États-Unis.

Sans vouloir rien écarter, ne surestimons la valeur heuris­tique de ces analyses2. On se gardera toutefois d’oublier que de solides arrière-pensées animent les appareils d’État : en dépit des préoccupations de court terme et de l’abandon à la micro-gestion, ceux-ci ne sont pas dépassés au point de perdre de vue certains objectifs de long terme.

Les buts de guerre de l’OTAN : de la difficulté de formuler des buts cohérents à dix-neuf

Le sort du Kosovo a-t-il seulement jamais fait l’objet de négociations entre la RFY et l’Alliance atlantique ? 

M. Milosevic ne voulait pas négocier, a-t-on dit. Mais pourquoi a-t-il alors accepté le principe de l’envoi en France d’une délégation ? Croit-on qu’il ait envoyé le président Milutinovic à Rambouillet uniquement pour s’entendre dicter les mêmes condi­tions que celles qu’il avait refusées depuis plus d’un an ?

Le groupe de contact ressuscité pour la circonstance n’était pas celui de 1995-1996. L’Italie s’y était jointe en 1998, mais sur­tout les hommes  et les équipes n’étaient plus les mêmes, le jeu des élections dans les démocraties ayant conduit à l’arrivée au pouvoir d’hommes moins rompus aux subtilités des questions balkaniques. Ce groupe de contact n’était ni l’OTAN, ni l’ONU ; entité empirique, il n’a jamais eu d’autre légitimité que la volonté de quelques puissances de s’entendre pour s’opposer à la politique de M. Milosevic dans les Balkans. Cette volonté com­mune était le seul ferment de son unité ; pour le reste, chacun de ses membres avait sa propre conception de sa finalité.

La composition de ce groupe de contact pose d’ailleurs la question du sort réservé aux “petits États” dans l’élaboration de la doctrine de défense européenne. Tout exemple d’ingérence dans les affaires intérieures d’un petit État risque en effet de faire son chemin dans l’esprit de bien des dirigeants et de leurs électeurs. Belges, Néerlandais, Grecs, pour ne rien dire des Scandinaves et des États récemment libérés de l’oppression soviétique, sont-ils naturellement disposés à se laisser dicter, à l’image de la Serbie, le “bon” comportement par leurs “Grands partenaires” ? Cette ambiguïté politique n’a pas peu contribué à la confusion des buts de guerre.

À lire les déclarations des principaux dirigeants de l’Alliance, ceux-ci sont au nombre de trois. Le premier, de nature humanitaire, est de mettre un terme, par une interposition sur le terrain ou par un accord sans ambiguïté avec Belgrade, aux gra­ves exactions que subissent depuis plus d’un an les populations kosovares d’origine albanaise. 

Le deuxième but, plus politique, est de stabiliser les Balkans. Pacifier le Kosovo, c’est rassurer la Macédoine, peut-être l’Albanie et, pourquoi pas, le reste de la RFY ; et ce peut être aussi, si l’on s’y prend bien, rasséréner la Bulgarie, la Roumanie, et plus à l’Est la Grèce et la Turquie. Là encore, tout dépend de la façon dont on s’y prend.

Le troisième but concerne l’OTAN elle-même. Au moment même où, s’élargissant, l’Alliance atlantique célèbre son cinquan­tième anniversaire et se dote d’un nouveau concept stratégique, il lui devient indispensable de démontrer sa vocation de garant de la sécurité européenne. Cette mission n’est pas stricto sensu la sienne, mais qui peut dire clairement, depuis l’effondrement du bloc soviétique, à quoi sert l’OTAN ? Cette question préoccupe dès 1993 la nouvelle administration américaine. Le secrétaire à la Défense américain, feu Les Aspin, avait ainsi déclaré à propos de la Bosnie qu’il faudrait bien qu’elle se décide à agir, pour justifier auprès du contribuable américain les crédits de la défense mais aussi pour préserver la crédibilité de l’Alliance comme outil de paix pour l’Europe.

Ces propos n’ont pas été assez entendus. La bureaucratie otanienne reste attachée à la conception stratégique d’un affron­tement majeur contre la Russie. C’est ce scénario, quoique revu à la baisse dès 1990, qui détermine le volume des forces, leur organisation et, plus encore, la planification militaire ; c’est lui aussi qui inspire les directives politiques. En dépit des ouver­tures sincères de la Maison Blanche et de la bonne volonté affi­chée par les responsables du Pentagone, le principe d’une mise sous commandement européen de certaines forces de l’OTAN (dans le cadre GFIM / CJTF) reste très contesté par les échelons immédiatement subordonnés.

Peut-on prétendre à l’exercice d’une stratégie sans en avoir en propre les moyens ? C’est ce que suggère le concept de “forces séparables mais non séparées” : on pourrait agir avec les forces de l’OTAN même si les États-Unis ne veulent pas s’impliquer. Soit ; encore faut-il être conscient qu’emprunter des moyens implique de pouvoir les payer. En outre, pourquoi les États-Unis accepteraient-ils de prêter leurs moyens militaires si cela ne sert pas leur intérêt national ? Même en juin 1996, après l’accord de Berlin sur les doubles commandements OTAN/UEO, les respon­sables américains les mieux disposés (M. Slocombe par exemple) ne cachaient pas leur scepticisme face à des procédures aussi complexes.

Les buts de guerre de M. Milosevic

Aucun des négociateurs de Rambouillet ne semble avoir été capable de déchiffrer la stratégie de M. Milosevic et de la déléga­tion yougoslave.

Depuis Dayton, les dirigeants de Belgrade n’avaient pas manqué une occasion de faire savoir que le Kosovo n’était pas la Bosnie, et qu’ils s’opposeraient vigoureusement à toute poursuite du processus de démembrement de la RFY. On a cru pourtant le Kosovo négociable. De fait, il l’était sans doute ; encore fallait-il savoir en quels termes.

M. Milosevic poursuivait, en fait, deux buts de guerre :

1.              obtenir une partition du Kosovo favorable à ses intérêts. Le président yougoslave savait qu’il ne lui serait sans doute pas possible de conserver la totalité du territoire, mais il ne pouvait le reconnaître publiquement ; il manquait des forces nécessaires pour imposer ses vues, eu égard à la situation locale et à un environnement international globalement défavorable. Mais il n’avait pas pour autant l’intention de concéder l’autonomie de l’ensemble de la province. Il lui fallait donc obtenir une partition sur la base de la conservation des points clés, économiques, sym­boliques (les “lieux saints”) et donc politiques. Si, par la terreur, il pouvait refouler les Albanais (80 %) sur 20 % du territoire, il pourrait légitimement considérer la partie comme gagnée ;

2.              conserver le pouvoir en ne se laissant déborder ni par ses rivaux nationalistes ni par les éléments “patriotes” de l’armée serbe.

Or à Rambouillet, M. Milosevic a été placé le dos au mur. L’ultimatum qui lui a été signifié était inacceptable au regard de ces deux impératifs. En fait, c’est son existence même qui était objectivement menacée.

Et au fond, pourquoi pas ? Après des années de rebuffades et d’hypocrisies, il n’eût pas été déraisonnable de décider d’en finir. Cela supposait seulement d’y être fermement résolu ; mais personne n’a jamais accepté les implications politiques et militaires d’un tel choix.

Les buts de l’UCK

La guerre a engendré l’UCK bien plus que l’inverse. L’UCK ne s’est imposée que parce que la force l’a emporté ; elle n’existe pas en dehors de la grande Albanie, mais celle-ci n’est qu’un leurre.

L’attitude des pays de l’Alliance à l’égard de l’UCK témoigne d’une incohérence dont on n’a pas fini de mesurer les répercus­sions. Les États-Unis, en particulier, ont multiplié les signaux contradictoires, au point de donner l’impression de ne plus eux-mêmes s’y retrouver. En Albanie, l’armée américaine a entraîné à partir de 1996, sans discrétion excessive, des forces de l’UCK3 ; en outre, les échanges sont demeurés constants entre le général Clark et Ibrahim Thaçi. Toutefois, les relations du Département d’État avec l’UCK, qui n’est pas une organisation unifiée, n’ont jamais été réellement satisfaisantes, tant il est vrai que le marxisme-léninisme hérité d’Enver Hodja n’a rien pour enthou­siasmer les hauts fonctionnaires du Département d’État.

En France même, certains de nos bons esprits ont encouragé l’armement de l’UCK, sans trop se demander entre quelles mains finiraient ces armes. On a voulu comparer la situation de l’UCK avec celle des "milices" des musulmans de Bosnie, qui pourtant ne s’en rapprochaient guère4. Pour qui connaît l’ambiance des hôtels de Tirana, on a tôt fait de constater qu’il s’agit de mondes très différents, d’individus culturellement antinomiques ; la “mosaïque” des Balkans n’est pas un vain mot.

Quant à l’UCK, elle avait tout intérêt à pousser à l’échec pour tirer parti de l’action de l’OTAN, quitte à payer pour cela le prix du sang.

L’adéquation entre les buts affichés et la stratégie retenue

Jonathan Eyal défend la thèse selon laquelle, depuis plus d’un an, l’ONU et l’OTAN ont essayé d’obtenir, à la fois par la menace et par la discussion, un règlement pacifique de la ques­tion du Kosovo5. Il en conclut que Milosevic, n’ayant jamais eu intention d’accepter à Rambouillet une solution pacifique, “a délibérément accepté la guerre”, et, comme l’a titré Le Monde, “a contraint l’OTAN à l’option militaire”. Et M. Eyal d’ajouter, après bien d’autres commentateurs, qu’il n’y avait vraiment plus rien à faire. Tout avait été tenté depuis 1998 ; et même avant. Soit. Il ne s’agit pas de savoir si on pouvait ou non continuer à négocier, mais de trouver la bonne stratégie. Mais si les buts sont confus pour chacun, comment se clarifieraient-ils pour tous ? Comment, de ce chaos, pourrait-il surgir un objectif clair et une stratégie permettant de l’atteindre ?

Si l’on estimait vraiment (mais ce n’était pas le cas des Russes) qu’il n’était plus possible de tolérer l’attitude de M. Milosevic au Kosovo, il fallait déclarer que l’on aurait recours à la force - et à toute la force, sans limites, au moins dans les pre­miers temps ; mais plus personne n’était disposé à cela. Pour quelle raison ? Peur des pertes ? Insuffisance de légitimité ? Faiblesse des intérêts en jeu ? Quoi qu’il en soit, on en est arrivé, par succession de demi-mesures, de pertes de temps et d’initia­tives ratées, à créer un piège où l’OTAN et les Européens se trouvent aujourd’hui pris, et dont les Kosovars sont les premières victimes.

D’un point de vue humanitaire, la stratégie de l’OTAN s’est révélée très peu efficace. Seule l’option d’une projection de forces rapide, avec ou sans mandat de l’ONU, eût permis d’éviter le pire ; mais elle impliquait d’accorder autant de valeur à la vie d’un Kosovar qu’à celle d’un soldat de l’OTAN. Ça n’a manifes­tement pas été le cas. Au moins Bismarck avait-il, lui, le cynisme franc : “tous ces gens, disait-il lors de la conférence de Berlin sur les Balkans de 1880 à propos des Bulgares massacrés par les Ottomans, ne valent pas la vie d’un bon grenadier mecklembour­geois”. Quelle cause justifie qu’on y sacrifie, aujourd’hui, la vie d’un soldat de l’OTAN ? La question, pourtant centrale, a toujours été soigneusement écartée.

L’échec patent de l’objectif humanitaire est d’autant plus accablant que l’Alliance était loin d’avoir exploré toute la palette des sanctions. À preuve : au beau milieu de la guerre, l’Union européenne “découvre” qu’il lui serait possible de placer la Serbie sous embargo énergétique ! Mais on aurait pu, en attendant, mieux développer des stratégies plus discrètes et plus efficaces. Tout régime dictatorial à ramifications mafieuses est éminem­ment corruptible ; il n’est guère besoin d’être Machiavel pour comprendre qu’on peut acheter par la ruse et l’argent ce que l’on ne peut gagner par la force. L’absence d’imagination en la matière laisse perplexe.

Il est vrai qu’à Rambouillet, personne n’était vraiment en mesure de comprendre la logique de Milosevic et sa brutalité mêlée d’arrogance ; en 1994, M. Juppé, alors ministre des affaires étrangères, en avait fait la déplaisante expérience. Cette dimen­sion psychologique ne saurait être minimisée. Les chefs d’État d’Europe occidentale, les diplomates de l’OTAN n’entendent plus ce type de langage ; un rideau de fer culturel sépare une certaine Europe d’une autre. Ce n’est pas un hasard si, pour se faire comprendre, il aura fallu avoir recours à une mission de bons offices conduite par des hommes tels que MM. Matii Ahtisahari et Viktor Tchernomyrdine, beaucoup plus familiers des mœurs belgradoises. Le multiculturalisme cher à l’Europe occidentale n’a pas de signification dans cet Orient balkanique qui vit sa propre histoire ; c’est là un écart qu’il nous faut accepter, quelque déplaisant qu’il nous paraisse au terme de deux générations sans guerre. Les erreurs du Kosovo sont, en grande partie, des erreurs culturelles ; le fruit d’une outrecui­dance du Bien.

Pourquoi les Alliés rencontrent-ils tant de difficultés à énon­cer clairement les objectifs de leur action ? Ce flottement généra­lisé tient d’abord à l’irrésolution de chaque gouvernement qui, ne sachant pas très bien ce qu’il veut obtenir, sait encore moins comment y parvenir. Cette irrésolution s’accroît en raison du caractère optionnel, c’est-à-dire non nécessaire de la guerre. Comment justifier les pertes humaines face aux opinions publiques, et comment en évaluer les conséquences en termes électoraux ? Cette guerre n’est nécessaire ni pour les États-Unis, ni même pour les États d’Europe occidentale. De même qu’ils n’ont pas cru devoir intervenir entre 1990 et 1995, ceux-ci peuvent se retirer du jeu : M. Milosevic n’est pas sur le Rhin, il ne menace de ses armes nucléaires ni les Lander allemands, ni la plaine du Pô. Il n’existe donc pas d’impérieuse nécessité à inter­venir, en dehors des considérations humanitaires et d’intérêts plus lointains, peu ou mal évalués. En une formule bien frappée, M. Jospin a fait savoir que la France n’irait pas là où elle ne voulait pas aller ; c’était là affirmer haut et fort la flexibilité et la réversibilité de l’engagement français dans les Balkans.

L’irrésolution manifestée par l’Alliance atlantique tient aussi à l’absence d’unité de dessein entre ses membres ; l’OTAN ne manifestait aucune autre ambition que celle de démontrer qu’elle jouait encore un rôle, et qu’elle demeurait une organisation performante sur le plan opérationnel.

En tout état de cause, et quels qu’aient été leurs objectifs initiaux, il apparaît clairement que les Alliés “ne s’étaient pas préparés à l’idée d’un conflit long et incertain”, comme le relèvent les députés Paul Quilès et François Lamy dans leur rapport d’information présenté au nom de la Commission de la Défense de l’Assemblée nationale6.

Le nouveau couple européen : les fiançailles
de Saint-Malo

La guerre du Kosovo est l’occasion de retrouvailles franco-britanniques, à mettre sur le compte de la volonté de M. Blair de réinsérer son pays dans le jeu européen. Faute de pouvoir intégrer la zone euro, le Premier ministre britannique saisit la perche tendue par l’Élysée. Le Président Chirac, que déçoivent les prudences et les lenteurs allemandes, joue la carte d’un moteur de rechange à l’Europe de la défense : le couple franco-britannique. Mais M. Blair joue sur deux registres. Si son enga­gement en faveur d’une capacité européenne est bien sincère, il correspond aussi à un repositionnement de la diplomatie britannique vis-à-vis des États-Unis. Le Royaume-Uni n’est plus le cheval de Troie toujours redouté, mais il est le fer de lance d’une Europe de la défense utile, en termes de moyens et de ressources, à l’Alliance atlantique.

Paris comme Londres ont prétendu avoir fait pression en commun sur Washington pour “faire quelque chose” à propos du Kosovo. Les positions des partenaires ne sont pourtant pas alignées : M. Clinton penche pour l’abstention, son proche allié M. Blair souhaite une action d’envergure qui pourrait inclure l’action au sol et M. Chirac se tient à mi-chemin entre les deux puisqu’il préconise une action, tout en rejetant l’idée d’écraser la Serbie et de mener au Kosovo des opérations terrestres qui pourraient s’avérer coûteuses en vies humaines. Dès lors qu’il pose publiquement qu’il n’y aura pas d’action terrestre, le président Clinton embarrasse M. Blair et soulage politiquement la France ainsi que l’écrasante majorité des membres de l’OTAN, dont les gouvernements sont peu enclins à l’action terrestre. Mais, ce faisant, il commet une erreur stratégique de première grandeur, qui, même si l’on tient compte des préoccupations intérieures, ne peut que laisser perplexe.

Le laisser-faire des États-Unis

En 1998-1999, Bill Clinton, le leader de l’Alliance, se trouve empêtré dans des difficultés intérieures ; à la suite d’une succession de scandales à la fois graves et ridicules - les plus ridicules n’étant pas forcément les plus graves -, les relations entre l’Exécutif démocrate et le Congrès républicain deviennent extrêmement tendues.

Depuis 1992, le président américain a fait montre de peu d’intérêt pour la politique étrangère en général, et encore moins pour les Balkans, qu’il considère, non sans raisons, comme une zone moins vitale pour la diplomatie américaine que le Moyen-Orient, la Corée ou Taïwan. La Maison Blanche aborde ainsi l’affaire du Kosovo à reculons ; dès lors que l’action militaire est envisagée, elle est convaincue d’y avoir plus à perdre qu’à y gagner sur le plan électoral. Quant au Pentagone, il défend ses programmes et sa doctrine.

Le Président Clinton écarte publiquement, d’emblée, la possibilité d’envoyer au Kosovo des troupes au sol. En écho, le  vice-président Al Gore fait allusion, à plusieurs reprises, à la guerre du Vietnam, pour suggérer à la fois les risques d’enlise­ment et le caractère inacceptable de l’engagement au sol des troupes américaines lorsque l’enjeu n’est pas directement vital.

Cette froideur contraste avec l’activisme de plus en plus nerveux de Madeleine Allbright, qui comprend et accepte de moins en moins que les autorités yougoslaves résistent à ses injonctions. Quant aux militaires, leur unité de vue n’a pas été meilleure que celle des politiques. L’activisme du général Clark auprès de l’UCK contraste avec l’extrême prudence du général Shelton, ancien chef des forces spéciales, qui sait ce qu’impli­quent les opérations au sol. L’absence de direction politique claire a permis à certains militaires américains, y compris à des échelons relativement subordonnés, de conduire cette (non) guerre en fonction de ce qu’ils jugeaient être l’intérêt de leurs hommes et de leurs matériels.

Le benign neglect américain, sur lequel on a beaucoup glosé, est, en fait, moins un choix qu’une contrainte : le Congrès contrariant fortement les excès de subtilité de l’Exécutif (lorsque celui-ci en a, ce qui n’a pas été le cas depuis quelques années), les États-Unis sont contraints à une certaine simplicité binaire : “c’est notre intérêt, nous y allons. Ce n’est pas notre intérêt, les autres y vont et par leurs propres moyens”.

Il y a bien eu, pourtant, intervention en Bosnie. Après l’affaire ténébreuse du marché de Sarajevo, les Français et les Britanniques avaient arraché aux États-Unis l’autorisation des frappes aériennes de l’OTAN. Au bout du compte, on était parve­nu aux accords de Dayton et au traité de Paris. On a alors forgé un mythe : Français et Britanniques faisant pression sur Washington sont parvenus à “déclencher” l’action de l’OTAN.

L’OTAN et l’ONU

On justifie par défaut l’action de l’OTAN par l’impuissance patente de l’ONU : M. Milosevic ne s’était pas incliné devant les résolutions adoptées par le Conseil de sécurité à l’été 1998. Pourtant on fera valoir que les forces serbes s’étaient bien retirées. Donc on peut agir, sans avoir besoin d’une nouvelle résolution du Conseil de sécurité. C’est évidemment manipuler le droit : on savait très bien que la Chine et la Russie s’opposeraient formellement à l’action militaire. Cet obstacle juridique renfor­çait la difficulté à entreprendre l’action terrestre. Chaque combattant de l’OTAN sur le territoire serbe se serait trouvé en position d’agresseur. À 15 000 mètres d’altitude, le problème juridique demeure identique, mais les conséquences pratiques diffèrent sensiblement.

Les discussions sur le concept stratégique de l’OTAN ont été fortement marquées par ce contexte.

Les États-Unis voulaient élargir le champ de compétence de l’Alliance. Ils ont joué la carte de sa mondialisation, en prenant pour argument la diffusion des technologies balistiques intercon­tinentales. Telle n’était évidemment pas la préoccupation de la France et de la plupart des États européens, moins sensibles aux menaces venues de la Corée du Nord. Du point de vue français, le mandat des actions de l’OTAN était devenu un enjeu autrement plus important. La guerre, engagée de manière incertaine, sans fondements légaux, les premières bavures, les protestations russes, chinoises ont affermi la position française et gêné les États-Unis dans leur effort pour promouvoir le rôle mondial de l’Alliance. En est résulté un concept stratégique extrêmement vague, qui a permis aux présidents Clinton et Chirac de s’en retourner devant leur parlement pour proclamer tous deux qu’ils avaient su faire prévaloir leurs conceptions7.

La Conduite des opérations par l’OTAN

Faute de mandat de l’ONU, il faut donc “faire quelque chose”. Mais quoi, et surtout, à quel moment ?

En raison de l’aversion pour une intervention au sol qui reviendrait à affronter directement et sans légitimité interna­tionale l’armée serbe, l’action aérienne apparaît, depuis long­temps, comme le seul dénominateur commun acceptable pour les dix-neuf. C’est le moment choisi qui laisse perplexe. Les frappes de l’OTAN ont été présentées comme la conséquence directe de l’échec des négociations de Rambouillet, qu’elles suivent d’ail­leurs de quelques jours. Mais pourquoi une telle précipitation ? Au nom de quelle urgence ? D’une urgence humanitaire ? Mais il ne se passe rien, alors, de particulièrement grave au Kosovo. La situation est même devenue plus stable depuis que l’UCK, sévè­rement malmenée, n’est plus en mesure de mener des actions d’envergure. La précipitation à agir s’explique, en fait, par l’appro­che de la célébration du 50e anniversaire de l’OTAN. “Le contexte propre à l’Alliance a infléchi aussi bien la décision d’intervenir que la durée des opérations” notent MM. Quilès et Lamy8. Si une campagne aérienne limitée de quelque jours avait suffi pour amener M. Milosevic à récipiscence, on imagine de quel triomphalisme les cérémonies de Washington eussent été bercées.

Cette erreur de calendrier tient, une fois de plus, tient à la mauvaise coordination des projets entre les dix-neuf États-membres et au sein de chacun d’eux. Le taux de contradiction n’autorisait pas la définition d’une action logique et efficace. Ce fut une guerre au jugé... comme bien des guerres optionnelles conduites dans l’Histoire.

Les opérations aériennes sont entamées dans la plus grande confusion. On a parlé des “trois phases de la stratégie aérienne” ; puis de “phases de la stratégie”, lorsqu’après les premiers échecs, il a fallu changer les modalités initiales de la stratégie aérienne. Pour faire bref, disons que la stratégie aérienne, d’abord limitée en quantité et dans le temps, s’est transformée en une stratégie d’attrition du potentiel serbe, indifférente au temps que pren­drait la campagne. Les problèmes sont alors devenus plus politi­ques : les risques d’indignation de l’opinion, la sélection des cibles, la prise en compte d’opérations terrestres si les frappes aériennes, s’éternisant, n’apportaient pas de résultats tangibles.

Buts dans la guerre et “phasage” des opérations aériennes

La première phase de la campagne aérienne est elle-même subdivisée en trois séquences pour les uns, quatre pour les autres et cinq pour les responsables militaires américains : acquisition de la maîtrise de l’air, destruction des cibles majeures dans l’infrastructure militaire serbe, attaque rapprochée des forces serbes par des avions tueurs de chars et par les fameux hélicop­tères Apache de l’US Army, que l’on ne vit en fait jamais, sauf en exercice9. Ces variations dans la présentation de la conduite des opérations reflètent l’ampleur des divergences dans les concep­tions stratégiques.

La première phase correspond à des frappes aériennes limi­tées, menées dans un court laps de temps avec des moyens rela­tivement réduits. Elle consiste par conséquent en une “grosse démonstration de force”, en un acte d’intimidation plutôt qu’en une véritable guerre.

La deuxième phase, identifiable à une stratégie d’attrition, correspond à l’intensification des frappes aériennes, accompa­gnée d’un renforcement des capacités terrestres et navales dispo­sées à la périphérie du Kosovo, principalement en Albanie et en Macédoine. Ce renforcement a pu laissé penser que, finalement, l’Alliance, ou au moins certains de ses membres, engageraient des troupes au sol, en négociant une sorte de répartition des tâches entre États-membres. C’est du moins ce qu’ont révélé a posteriori, fin 1999, certains responsables mili­taires de l’OTAN (et notamment le général britannique Jackson), qui déclarèrent avoir alors reçu l’autorisation d’établir les plans correspondants. De là à se mettre d’accord politiquement pour décider de les appliquer ... restait encore une distance que personne n’est en mesure aujourd’hui d’évaluer précisément. On imagine le soula­gement de n’avoir pas eu à s’engager dans cette voie.

Quels sont les buts dans la guerre ?

La coalition a peiné à définir ses objectifs. Quel était l’ennemi ? La Serbie ? Le peuple serbe ? L’armée serbe ? Milosevic ? C’est la personne même du président Milosevic, et le système de pouvoir qu’il incarne, qui sont finalement désignés -comme si l’on pouvait séparer aussi facilement une population en guerre de ses dirigeants. L’OTAN prétend ne pas vouloir s’en prendre à l’économie de la Serbie, ni surtout à sa population ; mais, dans le même temps, elle se vante d’avoir “cassé” le moral serbe en détruisant les centrales électriques. 

Ce n’est qu’après les premières opérations aériennes que les vrais buts de la guerre - le retour des réfugiés Albanais du Kosovo et la cohésion de l’Alliance - commencent à apparaître. Sitôt que coule le premier sang kosovar, il existe un motif, une cause spectaculaire susceptible d’émouvoir l’opinion de nos sociétés de compassion. Quant à l’OTAN, il ne s’agit plus seule­ment de préserver son prestige, mais de sauver sa crédibilité ; M. Solana sera justement félicité pour s’être acquitté de cette lourde tâche. 

Entre le 12 avril, date de la réunion extraordinaire du Conseil de l’Atlantique Nord, et le 23 avril, date des célébrations du 50e anniversaire, l’OTAN présente ses cinq objectifs :

-          arrêt des opérations militaires ;

-          retrait des “forces militaires, forces de police et forces paramilitaires” (les termes “serbe” ou “yougoslave” n’apparais­sent pas ; les forces sont qualifiées sans être nommément dési­gnées) ;

-          acceptation d’une présence militaire internationale au Kosovo ;

-          retour des sans conditions des réfugiés ;

-          mise au point d’un “accord-cadre politique pour le Kosovo s’appuyant sur les accords ( ? ) de Rambouillet, en conformité avec le droit international et la charte des Nations Unies”10.

Le fond du problème reste que, pour d’innombrables raisons (on en compte plusieurs pour chacun des dix-neuf membres de la coalition), l’état des opinions publiques exclut tout recours à une action terrestre. Mais il n’est pas question pour autant d’arrêter la guerre : ce serait perdre la face. La prolongation et l’intensifi­cation des frappes aériennes constituent toujours, et presque plus que jamais, la moins mauvaise des solutions ; c’est le plus grand commun dénominateur des pays de l’Alliance.

Pourtant cette option n’est pas pleinement exploitée, parce qu’elle soulève encore de fortes objections politiques au sein de nombreux États européens. De plus, il apparaît rapidement qu’elle présente de nombreux inconvénients vis-à-vis des opi­nions publiques nationales.

L’OTAN et la guerre psychologique : un révélateur des volontés et des capacités

Avec les premières frappes aériennes se dissipent les brumes de Rambouillet. Dès lors que la situation change sur le terrain, les buts se modifient, devenant de plus en plus humanitaires, s’adaptant à la situation et aux effets produits dans l’opinion par la description des exactions commises sur le terrain par les forces serbes et surtout par les milices qui relaient leur action. Jamais les buts de guerre n’ont paru aussi flous et aussi étroitement liés aux évolutions de l’opinion. Les propos de M. Blair suggèrent parfois que la disparition de M. Milosevic est devenue un but de guerre ; mais jamais le Premier ministre ne l’énonce explicite­ment. En somme, aussitôt après avoir avancé de deux pas, le Royaume-Uni recule d’un pour ne pas s’éloigner de l’ami améri­cain, qui commence à s’inquiéter de la fougue de Tony Blair, surtout lorsque celui-ci prétend faire partager sa ferveur au public américain11.

Mais il n’y a pas, dans le même temps, de véritable stratégie psychologique mise en œuvre par les gouvernements vis-à-vis de leur opinion publique. Le Royaume-Uni fait exception, réagissant à la situation avec une “roideur” bien insulaire et un sens de la manipulation des masses qui fait honneur à cette tradition bien britannique. Pour le reste, les sociétés occidentales se sont orga­nisées en institutions charitables, un peu comme si cette guerre était une catastrophe naturelle (c’est d’ailleurs ce que traduit le glissement sémantique vers la notion de “catastrophe humani­taire”). Les Français ont répondu largement à cet appel à la compassion, ce qui a permis au gouvernement de les féliciter en retour de leur générosité.

Le début de la guerre témoigne d’une nette impréparation de l’OTAN ; par contraste, la préparation serbe paraît “sérieuse”. Les télévisions occidentales sont alors doublement désemparées. Elles ne disposent pas d’images, puisqu’il n’y a pas de troupes alliées sur le terrain ; seules des équipes grecques seront autori­sées à demeurer sur le territoire. Les images de la télévision serbe sont difficiles à interpréter et à contrer. Les colonnes de réfugiés filmées par la TV de RFY ne nous disent rien en tant que telles. Il semble même que l’on ne se soit pas rendu compte qu’en présentant les images des bombardements, puis en y accolant celles des colonnes de réfugiés, on créait de facto un effet de montage pour n’importe quel spectateur, fût-il intimement convaincu qu’il n’existait aucune relation de cause à effet. Il a toujours manqué l’image intermédiaire, celle des exaction des milices serbes.

Le bombardement des émetteurs de Belgrade n’apporte que des résultats mitigés : dénoncé comme une manœuvre brutale n’ayant d’autre fin que de bâillonner la parole serbe, il se révèle d’autant moins efficace que des émetteurs réapparaissent rapi­dement, à partir d’installations de radio privées.

L’Alliance a négligé la puissance des effets de familiarités : le journal serbe est, peu ou prou, celui de France 2 ; en Serbie aussi, on a ses Christine Ockrent, elle-même figure de proue d’une univers médiatique façonné par le modèle américain. Proximité, posture, intonations, tout est étrangement familier. Comment croire à la barbarie ? Comment ne pas être troublé au spectacle de ces concerts sur les places publiques, de ces jeunes Serbes tatoués de cibles et de ces vieillards qui brûlent des croix gammées ? Symboliques anciennes et modernes, emblèmes du fonds douloureux de la culture européenne se confondent et brouillent les esprits. Ne pouvait-on y songer plus tôt ?

L’OTAN joue sur les nombres, celui des réfugiés et celui des populations massacrées. L’Allemagne affermit la résolution de l’Alliance en révélant l’existence d’un document baptisé “Opéra­tion fer à cheval”, plan secret d’épuration ethnique mis au point par la Serbie.

Parmi les sauveurs de la coalition, un sort particulier doit être réservé à M. Jamie Shea. Le porte-parole de l’OTAN, jouant d’une image très “cool”, familière et rassurante, a su manifester un optimisme constant et de bon aloi, y compris dans les situa­tions les plus épineuses. Son ton, particulièrement lors de ses déclarations en français, rompait avec l’habituelle langue de bois otanienne12.

Globalement les opérations psychologiques de l’OTAN auront visé, faute de mieux et en l’absence d’une sérieuse prépa­ration préalable, à s’assurer du soutien renouvelé des peuples de l’Alliance.

Rarement pourtant on aura tant manipulé les opinions autour de la représentation des réfugiés, des victimes, des viols et des charniers … Clou du spectacle : la photo d’une femme, militaire britannique, agenouillée devant une terre fraîchement retournée, qui évoque immanquablement un charnier. Parfaite jeune femme (quelle est l’agence de casting ?) dont la beauté renvoie à l’image de la Madone, à laquelle les Anglicans eux non plus ne restent pas insensibles. Le message peut être jugé un tantinet pesant, mais son efficacité n’est pas douteuse ; il rencontre aussitôt un vaste écho dans la presse internationale, sensibilisant au drame des Kosovars des populations qui ignoraient pourtant, quelques jours auparavant, jusqu’à l’exis­tence de ce peuple.

Y a-t-il eu une stratégie militaire de l’OTAN ?
La question des fins et des moyens

Éternel retour des mêmes questions à l’issue d’un conflit : cette guerre peut-elle être considérée comme un modèle pour ce qui va venir, ou constitue-t-elle à l’inverse un cas si unique qu’on ne saurait en tirer aucune leçon ? Ayant choisi de limiter notre analyse aux aspects proprement politico-stratégiques, nous n’aborderons pas ici l’étude des résultats des frappes aériennes. La question a déjà suscité une abondante littérature ouverte13. Relevons seulement que les raisons pour lesquelles les avions de l’OTAN se maintinrent constamment à de très hautes altitudes font l’objet d’interprétations très divergentes, qui vont de l’expli­cation météorologique, souvent réfutée, à l’explication politique.

La guerre du Kosovo apparaît comme une opération militaire sans précédent puisque son objectif était de permettre aux trou­pes de l’OTAN d’acquérir des avantages sur le terrain sans engager de troupes au sol. Par certains aspects, elle se rapproche pourtant de la démonstration navale du xixe siècle (“diplomatie de la cannonière”), des bombardements américains sur le Nord-Vietnam (Rolling Thunder), supervisés de très (et même de trop près) par le président Lyndon B. Johnson, ou encore de la première phase de l’opération Desert Storm.

Le débat stratégie américaine contre stratégie française

Quelle était donc la stratégie à l’oeuvre au Kosovo ? Celle de l’OTAN, celle des États-Unis, celle du Royaume-Uni ou encore celle de la France ? Le président de la République a jugé néces­saire de faire le point sur cette question en juin, un peu tard sans doute puisque les opérations militaires venaient de se clore. Il a révélé que Paris n’avait jamais cessé d’intervenir politiquement dans le choix des cibles ; la stratégie était bien restée celle de la France puisque rien de ce qui avait été entrepris ne l’avait été sans son accord. Il n’y a pas lieu de douter de la véracité de ces propos, dont on trouve d’ailleurs confirmation au sein de l’OTAN comme aux États-Unis. Mais le vrai problème est ailleurs, dans le choix d’une stratégie aérienne qui, d’emblée, plaçait la France en situation de dépendance et d’infériorité de moyens, et inter­disait d’autres formes d’action plus nuancées, plus complexes et mieux adaptées aux fins politiques.

Du point de vue de la stratégie opérationnelle, la méthode employée par l’OTAN n’était pas celle traditionnellement préco­nisée par les États-Unis ; ceux-ci ne s’y sont d’ailleurs pas reconnus. Comme leurs conceptions de la conduite des opérations aériennes n’étaient pas toutes appliquées en raison des réserves politiques des alliés, les chefs militaires américains ont refusé d’engager certaines forces ; c’est ce que révèle l’affaire des hélicoptères Apache, véritables Arlésiennes des Balkans. Ce n’est que dans la dernière phase des opérations aériennes, celle de l’attrition, lorsque le volume des sorties et le nombre des cibles s’est très sensiblement accru, qu’on s’est rapproché un peu du style de guerre américain.

On doit quand même se demander pourquoi nul n’a voulu prendre le risque d’une opération aéroportée d’envergure qui aurait pris Milosevic et l’armée serbe par surprise. On aurait sans doute été confronté à un problème diplomatique épineux, mais pas insurmontable dès lors que l’on se serait assuré la maîtrise du terrain. L’OTAN et les États qui la composent seraient-ils devenus incapables de telles initiatives ? Où en sont les capacités militaires d’une Alliance qui était censée pouvoir briser le déferlement des troupes du pacte de Varsovie ?

Le hiatus entre les capacités affichées par l’OTAN et l’abou­lie qu’elle a manifestée dès lors qu’il s’est agi d’y recourir mérite qu’on s’interroge. À quoi les moyens de l’OTAN ont-ils donc servi ?

La stratégie des moyens, les manques de l’OTAN
et les besoins des Européens

À bien y regarder, l’impréparation de l’OTAN ne relève pas du hasard, mais de la volonté délibérée de ne pas prendre en compte certains scénarios. Ses planificateurs, dont la compétence n’est pas contestable, savaient fort bien quelle était la situation dans les Balkans ; on peut à cet égard rappeler les événements survenus au cours de l’année 1998. Mais bien plus tôt, en fait, la question s’était déjà posée de ce qu’il conviendrait de faire : com­bien de troupes au sol, contre quel type de forces, etc … Depuis 1991, l’armée serbe n’est plus une inconnue pour l’OTAN. Le problème, c’est que les planificateurs se sont vus purement et simplement refuser le droit de préparer autre chose qu’une action aérienne limitée14 : l’option “guerre au sol” a été sciemment écartée.

Les opérations militaires se sont donc déroulées en deux phases, au cours desquelles il est constamment apparu que l’OTAN ne disposait pas des moyens nécessaires, eu égard aux précautions prises et aux problèmes auxquels elle était confron­tée (les défenses anti-aérienne serbes en particulier n’étaient pas neutralisées). 

Responsable des opérations aériennes, le général américain Michael Short parle de two tiered alliance (“à deux couches”, comme on dirait “à deux vitesses”). Ce jugement a été confirmé par le général von Naumann et par l’amiral Venturoni, son suc­cesseur à la tête du comité militaire de l’OTAN. La liste des moyens sophistiqués qui se sont avérés insuffisants eu égard aux contraintes imposées par la stratégie militaire choisie est impres­sionnante.

Ce catalogue, qui va des capacités de désignation de cible par laser aux systèmes d’alerte contre la défense anti-aérienne en passant par les capacités de projection aériennes, fera évidem­ment le bonheur des fournisseurs industriels. Il sous-tend l’initiative de capacité de défense, lancée lors du sommet de l’OTAN15.

L’OTAN a donc dû recourir massivement aux moyens améri­cains ; à tel point que le sous-secrétaire aux affaires étrangères, M. Strobe Talbott, a jugé nécessaire de préciser aux Européens que pareil scénario ne pourrait plus se reproduire. L’Europe se voit ainsi renvoyée à l’une des questions les plus fondamentales pour l’avenir de sa défense : doit-elle nécessairement recourir à des moyens comparables à ceux mis en œuvre par les États-Unis, ou peut-elle élaborer des stratégies qui ne nécessitent pas la mise en œuvre de moyens aussi complexes et coûteux16 ?

À l’image des Américains, les Européens se montrent de plus en plus attirés par des stratégies minimalistes, déterminées par le principe de l’épargne du capital humain. Le refus d’engager les troupes au sol suggère la guerre zéro mort ; il semble même que la consigne ait été donnée de protéger au maximum les maté­riels. On ne se lassera pas, pourtant, de le répéter : la guerre zéro mort est un leurre, au même titre que le fut en son temps la ligne Maginot. Les principes sur lesquels elle se fonde ne sont pas tous faux ni irrationnels, mais l’état d’esprit qu’elle crée et dont elle favorise le développement conduit à des malentendus catastro­phiques.

“OTAN, où est ta victoire ?” :
le mythe de la capitulation serbe

Une victoire peut se définir par l’acquisition finale durable, voire irréversible des buts de guerre, et par l’instauration d’une situation de paix durable fondée sur des conditions plus favo­rables pour le vainqueur tout en demeurant acceptables pour le vaincu. Comment peut-on parler alors de victoire de l’OTAN, de capitulation de Milosevic et même de fin de la guerre du Kosovo ?

À la longue, le risque a été, pour l’OTAN, de voir la situation s’éterniser et s’affaisser le soutien des opinions publiques. De fait, en dehors du cas britannique, encore une fois atypique, la plupart des sociaux-démocrates au pouvoir accueillent dans leur gouvernement des représentants “verts” et “rouges”, en général assez mal disposés à l’égard de la guerre en général, et de l’OTAN en particulier.

L’Alliance a donc choisi de négocier, sans être placée dans une position véritablement victorieuse. Le facteur temps n’a pas été favorable à Milosevic, mais il n’a pas bénéficié non plus aux Alliés. En d’autres termes, si Belgrade a accepté de retirer ses troupes, ce n’est pas à cause d’une défaite sur le terrain ; c’est encore moins parce que l’UCK a commencé à bousculer l’armée serbe. C’est surtout parce que Milosevic a senti poindre le risque de perdre le pouvoir sous l’effet d’oppositions intérieures hétéro­gènes mais convergentes.

Le mythe de la capitulation serbe

Milosevic capitule. Il accepte les “sept points” définis par l’OTAN qui jamais ne furent négociables. Mais tout cela depuis le début relève du travestissement : à aucun moment la Serbie ne se considère comme vaincue. Il semble que M. Milosevic ait été convaincu d’accepter le retrait des forces serbes du Kosovo à la suite de la mission d’intercession entreprise par MM. Tcherno­myrdine et Ahtissary. L’OTAN, l’UE, l’ONU, tous se rejoignent pour la conclusion d’une guerre qui ne met pas un terme au conflit sur le terrain mais le fait seulement évoluer selon des données  et un rapport de force modifiés.

Le mythe de l’offensive décisive de l’UCK

La semaine qui suit l’accord de Belgrade et ouvre la voie aux préliminaires de Kumanovo est emprunte d’une confusion plus grave encore qu’à l’ordinaire. L’Alliance a voulu faire croire à une victoire sur le terrain, résultant de la combinaison des actions offensives de l’UCK et des bombardements de l’aviation de l’OTAN. Des analystes sérieux, sans doute de bonne foi, se sont efforcés d’accréditer cette version des faits, en particulier aux États-Unis17. Mais, après coup, les journalistes et les enquêteurs des différents parlements sont tombés d’accord pour en recon­naître le caractère excessif voire fantaisiste18.

L’accord de Kumanovo revêt bien sûr une importance consi­dérable. Il représente incontestablement une défaite pour la Serbie, qui doit se retirer du Kosovo. Mais cette défaite n’est pas une capitulation : l’armée de la RFY quitte le Kosovo avec son matériel, ses chars, ses radars et même les honneurs de la guerre, ainsi que le suggèrent les propos tenus par le général Jackson à l’endroit de ses chefs.

Une fois la place libre, la KFOR fait son entrée au Kosovo. Croit-on alors que tout est terminé sur le terrain ? On se trompe. L’OTAN prend position avec une lenteur et une prudence sans doute tout-à-fait justifiables, mais laissent la porte ouverte à deux débordements imprévus.

Le premier, très spectaculaire, est l’arrivée sur l’aéroport de Pristina des troupes russes. Désavouée par les uns, célébrée par les autres, cette décision semble relever du seul général Ivachov, représentant officiel de la Russie auprès de l’OTAN. Elle plonge en tout cas l’OTAN dans la perplexité, et donne lieu à une certaine cacophonie au plus haut niveau. Le général américain Wesley Clark ordonne de devancer les Russes, voire de les déloger de l’aéroport, mais le général britannique Michael Jackson, responsable de la KFOR, semble ne pas avoir entendu ou pas compris cette directive ; il minimise l’action russe, et déclare s’en accommoder, sans état d’âme particulier. Tout cela apparaît passablement contradictoire. On veut bien voir dans le général Clark un “faucon” anti-serbe et antirusse ; mais pourquoi le général Jackson, soutenu par un gouvernement Blair à la pointe du combat contre Milosevic, aurait-il rechigné à appliquer une directive américaine en tous points conforme aux vœux britanniques ?

Second débordement, bien plus lourd de conséquences : l’UCK est laissée libre de mettre en place et de former rapide­ment des administrations provisoires qui éliminent les factions modérées (il en restait, comme en a témoigné la visite quasi triomphale de M. Rugova dans les camps de réfugiés à Blace fin mai 1999). Or laisser l’UCK occuper le terrain, c’était créer une mécanique désastreuse. M. John Eyal fait remarquer à juste titre que l’accord de désarmement pouvait être négocié durant la campagne aérienne, et qu’une force de police internationale aurait dû être organisée pour contrôler l’infrastructure civile au Kosovo19. Mais rien de ce genre n’a été prévu ; on a élaboré sur place, dans l’improvisation et la précipitation, des accords qui tiennent davantage compte de la sécurité des troupes de la KFOR que de celle des populations du Kosovo. Quelle valeur la remise des armes lourdes peut-elle revêtir, quand on sait qu’il suffit, pour entretenir la peur qui fait fuir, de piéger une maison en plaçant une grenade au travers de sa porte ?

Le haut-représentant des Nations unies au Kosovo, M. Kouchner, a reconnu en mars 2000 l’échec complet du projet d’un Kosovo multi-ethnique ; en avril, c’est dans une atmosphère de totale confusion sur le terrain que le commandant de la KFOR va être transféré de l’OTAN à l’Eurocorps. Les États-Unis se défaussent, tandis que M. Holbrooke, en roue libre, s’en prend à tout le monde, aux Européens comme aux Serbes ; quant à Mme Allbright, elle se complaît à rejeter les difficultés sur l’Union européenne, précisément lorsque celle-ci s’apprête à prendre le commandement au Kosovo20. 

À cette heure, la question de l’efficacité opérationnelle du dispositif militaire mis en place au Kosovo reste entière ; la responsabilité d’éventuels débordements n’en pèsera que plus lourd sur les épaules des Européens. L’inadaptation du dispositif actuel laisse songeur : des militaires font face à des civils enca­drés, manipulés, et à des foules réceptives. N’aurait-on rien appris depuis un demi-siècle, depuis tant de guerres dans le Tiers Monde où l’encadrement et la manipulation des popula­tions locales ont joué un si grand rôle ?

Face à la foule, on a besoin de gendarmes et de CRS ; face aux formations armées, il faut des troupes combattantes. Mais quand les deux se mêlent et que cette confusion est délibérément orchestrée, quel dispositif faut-il adopter ? Face à de telles situations, beaucoup plus complexes et risquées que ne le sont de simples opérations de maintien de l’ordre, l’OTAN ne dispose ni des troupes, ni des matériels ad hoc. Où sont les armes non-létales au Kosovo ? Si les forces européennes envoyées sur place font preuve de la même impréparation, les débuts risquent d’être fort douloureux.

C’est dans ce contexte très tendu que se pose la question de la sortie de conflit.

On peut envisager plusieurs scénarios :

-               le retrait pur et simple de la force de maintien de la paix. Cette décision paraît plus qu’improbable, en raison de l’instabi­lité politique du Kosovo. Pour l’OTAN, cela serait un terrible constat d’échec ; pour l’Union Européenne, ce serait l’enterre­ment de l’idée de défense commune, avant même que celle-ci ait vraiment vu le jour;

-               une solution globale négociée entre Belgrade et des repré­sentants démocratiquements élus des communautés serbe et albanaise du Kosovo ; un Rambouillet bis, en somme, mais dans de meilleures conditions et sur des bases plus claires. Force est pourtant de constater que pour le moment, étant donné le main­tien au pouvoir de M. Milosevic et le désordre politique régnant au Kosovo, cette solution n’a guère de chances d’aboutir;

-               le maintien des forces de l’OTAN sous mandat de l’ONU pour une durée quasi indéfinie en l’absence d’un véritable règle­ment politique (situation du type de celle qui prévaut en Corée ou à Chypre). L’autonomie du Kosovo, même si elle était votée, resterait contestée par les factions. On aboutirait alors à une partition de fait, telle qu’elle se dessine aujourd’hui : une petite fraction du Kosovo restant serbe, le reste passant sous le contrôle des Kosovars albanais.

Un tel scénario poserait rapidement le problème de la Grande Albanie. Cette perspective effraie quand on songe à l’état de déréliction de la vie politique albanaise, animée par des factions non démocratiques souvent liées à des entités mafieu­ses ; elle introduirait en outre un risque de déstabilisation de la Macédoine où résident environ 20 à 25 % d’Albanais. D’autres phénomènes irrédentistes pourraient aussi affecter le reste de la RFY, et notamment le Monténégro. Déjà, dans le Sud de la Serbie, des troubles impliquant une “nouvelle UCK” ont été signalés au début du mois de mars 2000.

Faute d’une initiative politique qui débloquerait la situation, l’OTAN risque de n’avoir le choix qu’entre le chaos et l’enlisement.

Leçons et Enjeux

Zéro leçon : “tu n’as rien vu…” au Kosovo

Un pari politiquement réussi mais dont l’efficacité contre le dispositif militaire serbe reste à prouver ... il serait inconsidéré d’en faire un modèle” ; tel est le jugement que portent, sur la guerre du Kosovo, Paul Quilès et François Lamy21.

S’agissant des opérations militaires au sens strict, il n’y a aucune leçon de niveau stratégique à tirer de la guerre du Kosovo - sauf à faire le relevé de tout ce qu’il ne faut pas faire si l’on veut être efficace et cohérent22.

Les États-Unis n’ont pas pu et pas voulu imposer leur stratégie comme ils l’ont fait pendant la guerre du Golfe. De leur côté, les Européens ne sont pas parvenus à élaborer, entre eux, une stratégie commune, et ne disposaient pas de toute façon de moyens propres suffisants. Chacun a donc fait, à contrecœur, un peu de ce que voulait l’autre, compte tenu de ce qui était disponible. On a ainsi opté pour une action aérienne limitée, qui s’est rapidement révélée inadaptée. “Trop progressive pour les tenants de bombardements stratégiques étendus à Belgrade même ( ? ), elle ne s’appuyait pas sur un soutien au sol seul à même de protéger les civils kosovars pour les tenants de l’option terrestre”, relèvent Paul Quilès et François Lamy23.

À elles seules, les frappes aériennes ne garantissaient pas la sécurité des populations kosovares. Limitées, elles ne pouvaient venir à bout des capacités de l’armée serbe. Intensifiées, elles créaient des difficultés politiques, soit par multiplication des erreurs, soit encore parce que le nombre des cibles politiquement acceptables restait trop limité.

Seul atout, la capacité à durer, à frapper, presqu’indéfini­ment mais sans savoir véritablement ou cela conduisait. Or le facteur temps joue contre les démocraties hyper-médiatiques, qui ne tolèrent plus l’action des forces armées que pour des périodes courtes.

On ne peut parler d’enseignements tactiques que dans le domaine de la défense antiaérienne ; et encore sont-ils des plus limités.

À défaut de leçons utilisables par le stratège militaire, cet essai peut-il justifier sa maladresse par l’entrée en pratique de nouvelles règles du jeu de portée universelle, visant à reconsi­dérer profondément le fonctionnement de l’entité trop vite baptisée “communauté internationale” ?

La nouvelle règle du jeu : les idéaux et les capacités

Les idéaux

Lorsque MM. Blair, Clinton, Schröder et Chirac déclarent que cette guerre se fait au nom de certaines valeurs, on est en droit de s’interroger sur le contenu qu’ils entendent donner à celle-ci.

Est-ce l’établissement d’un nouvel ordre moral en Europe ? Est-ce la lutte pour des valeurs universelles ? Mais alors lesquel­les ? Et comment pourraient-elles valoir pour la seule Europe, et non pour le reste du monde ? 24

M. Védrine parle d’“européaniser les Balkans”. Reste à savoir si, compte tenu des résistances culturelles des “autoch­tones”, les Européens de l’Ouest ont les moyens de leur ambition. Si tel est bien leur objectif, s’il s’agit en somme de faire de l’Europe une aire de stabilité et de prospérité appelée à s’étendre sur l’ensemble du continent, alors il faut que trois conditions soient remplies :

-               que ce projet ne soit pas mené au nom de valeurs univer­selles, puisque l’universalité ne saurait s’arrêter sur les rives d’un fleuve ou sur les contreforts d’une montagne ;

-               que l’on sache où s’arrête l’Europe et l’Union européenne ; l’Europe orientale ne connaît pas de frontières naturelles. Tout est fonction de la présence des populations sur les lieux en fonction des rapports de force et de puissance à des moments donnés différents. Il en résulte une stratification de la mémoire et des décalages de perception : il y a toujours quelqu’un pour se réclamer d’un état antérieur, en le prétendant plus légitime ;

-               que l’on ait (ou que l’on veuille avoir) les moyens mili­taires de cette ambition. Or la plupart des États européens, Alle­magne en tête, réduisent considérablement leur budget militaire.

Les moyens

Enfin et surtout, comment entend-t-on soutenir cette nou­velle croisade ? Avec quelles ressources humaines, matérielles et financières ? Et quel prix est-on prêt à payer pour atteindre les objectifs que l’on se donne ?

La Révolution française prétendait, au nom de valeurs qui mirent un siècle à s’imposer sur une partie de l’Europe, porter soudainement les armes de la France à l’autre bout de l’Europe pour affranchir les peuples du joug de leurs tyrans. La grande différence avec la situation actuelle vient de ce que la France du début du xixe siècle disposait de ressources humaines, militaires et économiques considérables, qui dépassaient de beaucoup celles cumulées de nombreux États continentaux. Ce n’est évidemment plus le cas aujourd’hui. Difficultés sociales, taux de chômage éle­vé, réticences culturelles à employer la force armée, tout incite les États européens à se détourner d’une stratégie agressive, conquérante, fût-elle menée au nom des idéaux éthiques les plus nobles.

Ainsi reste pendant le problème posé par le fait têtu du refus de la coexistence, par la réalité du massacre des Kosovars albanais, puis de la précarité du sort des Serbes du Kosovo qui, sous la pression, ont dû fuir.

Ce qui est en cause, c’est la notion même de coexistence entre les peuples ; c’est l’établissement d’un voisinage tel qu’il soit suffisamment accepté pour être sérieusement respecté.

Or le modèle multi-ethnique United colours of Benetton ne prend pas. Les peuples veulent vivre chacun chez eux, rassurés par de bonnes et solides frontières reconnues, acceptées et garanties. C’est cela qu’il attendent de l’Europe occidentale, des États-Unis, de l’OTAN, de l’ONU, dieu ou diable qu’importe !

La guerre du Kosovo apparaît comme le pas de clerc d’une idéologie qui prétend rattraper l’histoire, en sautant par-dessus les fossés culturels ; idéologie qui s’exprime parfois avec une outrecuidance et une ignorance des réalités du terrain qui laisse pantois.

La mise en évidence de ce hiatus pourrait bien être la seule véritable leçon à tirer de la guerre du Kosovo. Les petits États balkaniques, agités par les passions mais animés par le réalisme des “faibles”, n’y seront pas les moins attentifs.

Que l’on ne se méprenne pas : rappeler au réalisme ne signi­fie pas renoncer à défendre les droits de l’homme, mais chercher à le faire à la mesure de ses moyens et en tenant compte des autres intérêts en jeu. La stratégie de l’Europe reste à définir. Il n’est pas sûr qu’en commençant par les moyens sans s’être préalablement entendu sur les fins, il soit possible d’aboutir à autre chose qu’à un système de protectorats mal emboîtés. Il ne s’agit même pas d’opposer à une politique animée par l’idéalisme la vieille Realpolitik. Celle-ci, bien souvent, n’était pas dictée par un cynisme moral intrinsèquement pervers, mais procédait seule­ment du calcul de la relation entre les objectifs et les ressources disponibles, eu égard aux contraintes de la stabilité intérieure. Même au xviie siècle, l’exaspération des peuples à l’égard de la guerre a constitué un frein : même Louis XIV a dû entendre les rappels à la tempérance d’un Vauban ou d’un Fénelon.

En même temps, il serait naïf de penser que ces valeurs et ces idéaux ne font pas l’objet de manipulations. Les guerres de démembrement de la Yougoslavie sont de part en part traversées par la question de l’édification politique européenne, dont l’IESD n’est qu’un élément. S’il existe bel et bien un niveau d’enjeu régional, dont on ne saurait nier l’importance, d’autres intérêts et d’autres agendas, fort différents, y sont liés. L’Union euro­péenne, l’OTAN et les États-Unis continuent à jouer une partie extraordinairement complexe, entamée depuis la fin de la guerre froide. La scène yougoslave comporte en permanence un double-fond.

Enjeux et niveaux de test

On doit donc distinguer quatre niveaux d’enjeux qui consti­tuent autant de tests que doivent passer les acteurs (pas tous). Ces quatre niveaux sont forcément emboîtés et les événements qui s’y produiront auront évidemment des répercussions plus ou moins importantes pour l’évolution des situations à chacun des niveaux.

Niveau 1 : le Kosovo dans le jeu de dominos balkanique

Le Kosovo est désormais, après la Bosnie, l’abcès de fixation conflictuel dans les Balkans, et un lieu d’enlisement de l’énergie et des ressources des États européens ; il est aussi le foyer possi­ble d’une quatrième guerre de démembrement de la Yougoslavie. Mais cette perspective n’implique nullement une diffusion du conflit vers la Grèce et la Turquie. À l’égard de ces États, les crans d’arrêt sont infiniment plus solides et plus nombreux.

La conception d’une solidarité des enjeux dans les Balkans procède d’un a priori : l’européanisation et la démocratisation des Balkans. Or la réalité sur le terrain suggère des mécanismes plus complexes, plus souples et des réseaux d’intérêts qui ne sont plus ceux des guerres du début du XXe siècle.

Niveau 2 : l’Union européenne

La guerre du Kosovo pose la question de savoir si l’Union européenne peut accéder au rang d’acteur à part entière sur la scène diplomatique internationale. Par rapport aux États-Unis, à la Russie, aux Nations unies, et bien entendu par rapport à l’OTAN, l’Union européenne doit passer l’épreuve de la crédibilité de ses valeurs, de sa volonté et de ses moyens.

Une solution impériale européenne a souvent été évoquée : celle du protectorat. Mais avec quels moyens ? On se gargarise de ce terme qui suggère qu’une (ou des) grande(s) puissance(s) ap­porte(nt) en ces lieux de barbarie l’apaisement de la civilisation. C’est oublier que, sur ces terres balkaniques, trois empires (turc, austro-hongrois, soviétique) sont passés, mais qu’aucun n’est jamais parvenu à placer sous ses lois l’ensemble de ces peuples (à l’exception de l’empire Ottoman, et encore pour un temps assez bref).

Pour imposer une solution impériale durable, il faut des moyens, de la puissance, une certaine obstination et aucune réticence lorsqu’il s’agit d’avoir recours à la force. Bref, quand l’agitation devient excessive, il faut savoir avec doigté réprimer, juste assez mais pas trop. L’Union européenne est-elle capable d’une telle tâche ? La société hyper-médiatique peut-elle se permettre cette indifférence à l’événement ? Il ne faut pas exclure cette hypothèse, mais cela suppose une très grande capacité coordonnée de gestion informationnelle et communi­cationnelle des situations.

Quant à la résolution des problèmes sur le terrain, rappelons que Britanniques et Français ont vu leur puissance s’émousser continûment au Proche-Orient de 1919 à 1956. Le relais n’est pris par les États-Unis qu’en raison de l’intérêt économique considérable de la zone et de la relation très particulière à l’émi­gration israélienne. La question des intérêts européens et améri­cains dans la région des Balkans, dont les richesses naturelles sont limitées, et dont les communautés expatriées sont peu influentes, se pose en des termes évidemment très différents. Comment faire alors apparaître comme nécessaire aux yeux des opinions publiques européennes l’envoi dans cette zone d’une présence militaire dont le coût humain et financier serait inévitablement élevé ?

On peut donc tenir pour acquise l’existence d’un double agenda européen qui fait de l’impérieuse nécessité d’une tutelle sur les Balkans le moteur de la construction de la PESC et de l’IESD. La France cherche à profiter de l’occasion pour imposer sa vision de l’Europe de la défense. La nomination de M. Solana en juin 1999 à Cologne, constitue-elle le meilleur choix dans cette perspective ? L’ancien secrétaire général de l’OTAN peut-il devenir l’homme de l’Europe-puissance que la France, tantôt suivie, tantôt abandonnée à sa solitude, appelle constam­ment de ses voeux ? En décembre 1998, le rapprochement franco-britannique de Saint-Malo a contribué à orienter la position française à Rambouillet en faveur du déclenchement de la guerre. Mais, à ce jour, rien ne prouve que Français et Britanni­ques partagent réellement les mêmes objectifs dans l’édification de l’Europe de la défense ; les divergences, en particulier quant au rôle de l’OTAN, n’ont pas toutes été abolies à Saint-Malo.

Les mesures adoptées sur le plan de la méthode, lors du sommet des ministres de la Défense de février 2000 au Portugal, et l’établissement du COPSI, à Bruxelles, marquent incontes­tablement une avancée, mais à pas si mesurés que l’on peut se demander si l’impulsion donnée est bien suffisante.

Historiquement, une communauté de destin, surtout lors­qu’elle est supra-nationale, ne se construit que dans le sang et l’adversité, en un combat commun pour ou contre un homme ou une idée. La pâte européenne lève dans le pétrin yougoslave ; mais quel pétrin !

La question fondamentale demeure : l’Europe occidentale est-elle prête à payer le prix humain et financier de ses ambi­tions militaires ? Quand on songe aux réticences qu’ont manifes­tées les Allemands de l’Ouest pour contribuer à la reconstruction de la RDA, on ne peut manquer de s’interroger. Quand on constate l’état de l’opinion publique et le succès du thème du “zéro mort”, on se demande aussi comment on pourra résoudre par des technologies de plus en plus coûteuses le problème posé par la volonté d’économiser des vies humaines. Peut-on fonder une unité politique par des guerres optionnelles ? L’Empire allemand s’est bâti contre la France dans une guerre autrement plus essentielle …

Niveau 3 : l’OTAN

L’OTAN lutte moins pour justifier son existence dans le présent que pour définir son rôle dans le futur. Dans les Balkans et au Kosovo, elle joue, sans l’avoir prévu, son devenir. Cette formidable organisation militaire se trouve à la croisée des chemins : elle peut jouer soit un rôle européen au service des Européens et de leurs alliés Américains, soit un rôle mondial au service des États-Unis et de leurs alliés européens.

C’est en fait le retour d’un vieux dilemme stratégique : défense de l’Europe ou défense dans l’Europe. Il se pose toutefois en des termes différents, car il ne s’agit plus de la défense d’une partie de l’Europe contre une autre mais bien de la stabilisation d’une Europe intra-muros. Toutefois, une ambiguïté résiduelle subsiste dans la définition de la menace : la Russie fait encore peur. Or, tant que les Européens ne seront pas en mesure de se défaire de l’anxiété russe, rien ne bougera vraiment. Pour alléger ce poids trois voies se présentent :

-               l’édification d’une force européenne classique assez robuste pour faire face à toute éventualité ;

-               la mise sur pied d’une capacité de dissuasion nucléaire européenne additionnelle et complémentaire ;

-               l’amélioration des relations Union européenne - Russie, de telle manière qu’une alliance soit envisageable sous forme d’un pacte de stabilité soutenu par des liens économiques mutuellement intéressants.

Les relations entre ces trois acteurs, défendant chacun leurs propres intérêts, se compliquent encore un peu plus si l’on consi­dère la grande différence des vitesse de fonctionnement. D’un côté, nous trouvons deux rythmes de bureaucraties lourdes : l’OTAN et l’Union européenne, cette dernière ne disposant même pas encore des mécanismes institutionnels civils et militaires permettant de réagir dans l’instant à des situations conflic­tuelles. De l’autre côté, les acteurs locaux impliqués directement dans le conflit du Kosovo (le pouvoir de Belgrade, l’UCK, pour ne citer qu’eux), qui, s’ils sont loin d’être exempts de contradictions internes, sont d’autant plus rapides qu’ils ne s’embarrassent guère de procédures démocratiques. On réalise sans peine que la collision de ces différentiels de fonctionnement calendaire ne devrait pas manquer de créer des surprises.

Le jeu des États-Unis

Sans s’impliquer directement par les moyens et par les hommes (y compris des troupes au sol), la puissance américaine peut-elle arbitrer de loin et de très haut ? La recherche d’un rôle d’intermédiaire (broker, facilitator) indispensable et irrempla­çable dans les zones où existent des intérêts stratégiques très importants, presque vitaux, conduit à penser que les États-Unis ne voient pas d’un mauvais oeil la pérennisation de conflits qui absorbent les puissances régionales, de telle sorte qu’aucune grande puissance n’y affirme sa suprématie. L’Iraq, la Corée du Nord, la Serbie, autant de rogue states qu’il fait bon pointer du doigt en sachant bien que régionalement, il est pratiquement impossible de résoudre une bonne fois pour toutes le problème. Aucune puissance dominante en Asie, aucune en Europe (et surtout pas l’Union européenne elle-même), aucune puissance dominante au Moyen-Orient et dans le Golfe, ce qui laisse la voie libre à Israël. Ce schéma trop simpliste suppose que les États-Unis disposent d’une capacité militaire et diplomatique de gestion simultanée de toutes ces situations conflictuelles. Les risques de dérapage sont permanents, et au premier faux-pas grave les équilibres peuvent se rompre en défaveur des États-Unis ou des alliances régionales, telles que l’OTAN.

Une telle stratégie exige un Exécutif puissant et une direction ferme. La présidence des bons vieux temps n’est plus de mise. L’erreur de Bill Clinton est d’avoir cru à un possible du “laissez-faire” qui s’est traduite par une ligne diplomatique molle (celle de Warren Christopher) ou velléitaire (celle de Madeleine Albright). C’était laisser à la bureaucratie du Pentagone le champ libre pour imposer des choix plus organisationnels que stratégiques, situation aggravée par les assauts d’un Congrès républicain animé d’une formidable volonté de nuisance. En laissant la situation se détériorer et en favorisant, au moins par défaut, les guerres de démembrement de la Yougoslavie, les États-Unis ont mis l’OTAN en difficulté et fragilisé leur leadership.

Les annonces de Strobe Talbott, en charge auprès de Mme Albright du dossier russo-balkanique, n’ont rien qui permette de calmer le jeu, et ne font même qu’attiser les tensions en laissant tout le monde dans l’expectative et en ouvrant la porte à un droit à l’interprétation par le fait. Trois exemples :

-               nous interviendrons mais pas tout le temps ni partout25 ;

-               nous ne paierons plus pour des interventions dans des zones où nos alliés ont des intérêts plus immédiatement vitaux que les nôtres26 ;

-               nous sommes contre l’indépendance du Kosovo et la formation d’une Grande Albanie, car cette évolution serait por­teuse de risques graves de déstabilisation en Macédoine et au Monténégro”. Pourtant, quinze jours plus tard, le même Talbott remarque “qu’il faudra bien tenir compte des réalités”.

Le dernier problème, et non des moindres, posé aux États-Unis par la guerre du Kosovo est celui de la validité de leur stratégie militaire. Depuis la Bottom Up Review de 1993, confir­mée par les examens successifs, et notamment par la QDR27, l’engagement simultané et victorieux sur deux théâtres régio­naux (Iraq plus Corée du Nord par exemple) sert de principe directeur à la politique militaire américaine. Alors que nombre de critiques nient la réalité de cette capacité, est-il possible de croire à la possibilité d’un troisième engagement simultané dans les Balkans ? C’est la raison pour laquelle il semble indispen­sable de pouvoir disposer d’un apport européen. Mais au service de quoi et de qui ? De la liberté d’action mondiale des États-Unis ou de l’affirmation d’un pôle de puissance européen ?

Le Kosovo est un pion dans ce jeu engagé pour la hiérarchie des puissances du xxie siècle ; mais quel Kosovar pourra jamais comprendre et surtout accepter cette situation ?

 

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Notes:

 

       On renverra notamment à son interview parue dans Newsweek le 21 décembre 1998.

        Sur l’existence et la portée de ces explications, voir l’article de Pierre de Villemarest dans Renseignement et opérations spéciales, L’Harmattan, n° 2, juillet/août 1999, qui suggère une collusion entre MM. Eagleberger et Scowcroft, membres importants de l’administration Bush, et des compagnies américaines ayant des intérêts en Serbie. Beaucoup plus fantaisiste est l’ouvrage habituel de M. Éric Laurent, le premier paru sur les guerres du Koweit puis du Kosovo.

       Cette information nous a été, à plusieurs reprises, rapportée par des journalistes et des militaires français présents sur place.

       Sur ces points très précis se reporter aux remarquables études de M. Xavier Bougarel sur l’Islam dans les Balkans (à paraître) dont ses articles dans Le Monde diplomatique ne donnent qu’un aperçu.

       Jonathan Eyal : “Kosovo : Killing the myths after the killing has subsided”, Rusi Journal, hiver 1999.

       Assemblée nationale, Rapport d’information, n°2022, présenté par MM. Paul Quilès et François Lamy, députés, 15 décembre 1999, p. 39.

       Sur le concept stratégique et les avatars du 50e anniversaire, cf. François Géré, “Un second système otanien”, Défense nationale, août 1999.

       Rapport Quilès-Lamy, op. cit., p. 28

       Nommée Task Force Hawk, cette opération a fait l’objet de nombreux rapports et de furieuses controverses au sein des forces armées américaines.

10       Le texte est disponible sur nato.int/kosovo/histoire.htm, “Crise au Kosovo”, mise à jour du 15 juillet 1999.

11       On songe ici à certaines interventions internationales de M. Blair (articles dans Newsweek et discours de Chicago de mai 1999).

12       Sur Jamie Shea, on renverra au portrait qu’en dresse Libération le
27 avril 1999.

13       Voir les bilans présentés par M. Anthony H. Cordesman du CSIS (think-tank de Washington) qui avait été choisi par l’US Air Force pour pré­senter à la presse les éléments qui ressortaient des évaluations impossibles à communiquer telles quelles des opérations durant la guerre elle-même (The Air War in Kosovo : Beyond the First Month, Washington, CSIS, May 3, 1999).

14       Entretiens avec l’un des auteurs.

15       Pour plus de détails, se reporter au rapport du General Accounting Office de juin 1999, NSIAD99-185, “Implications of European Integration for Allies Defense Spending”.

16       Cf. CRS Memo du 3 septembre 1999, préparé sous la direction de M. Paul Gallis pour le sénateur William V. Roth.

17       Parmi d’autres, M. Michael O’Hanlon, de la très sérieuse Brookings Institution de Washington DC, dans un article de Defense News en septembre 1999.

18       Newsweek, juin 1999, et rapport Quilès-Lamy, 15 décembre 1999.

19       John Eyal, art. cit., p. 25.

20       Point de presse au DOS, le 20 mars 2000.

21       Rapport Quilès-Lamy, op. cit., p. 48.

22       Voir la déposition fracassante du général Michael Short devant le Congrès octobre 1999. Or le général exprime un point de vue partagé par toute l’école américaine. L’amiral Leighton Smith qui commanda en Bosnie portait en juin 1999 un jugement encore moins tempéré : “on enseignera le Kosovo pour expliquer aux officiers tout ce qu’il ne faut pas faire” (décla­ration en présence de l’un des auteurs). Quant à von Naumann qui quittait normalement ses fonctions, il profita de l’occasion pour dire ce qu’il pensait de la cohérence de la stratégie adoptée, en des termes rares chez les officiers allemands en poste à l’OTAN.

23 Rapport Quilès-Lamy, op. cit., p.28.

24 Cf. François Géré, “Le jeu sans la règle – Réponse à André Glucksmann”, Défense nationale, décembre 1999.

25       Discours de M. Strobe Talbott  à Aspen, Colorado 24 août 1999

26       Discours de M. Strobe Talbott à l’IISS, Londres, octobre 1999

27       Révisions successives de la stratégie militaire QDR pour Quadriennal Defense Review

 

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