DE LA STRATÉGIE 1

 

Helmuth von Moltke

 

 

La politique utilise la guerre pour atteindre son but. Elle a une influence décisive sur le commencement et la fin de celle-ci, et se réserve soit d’élever ses prétentions au cours des opérations soit de se contenter d’un faible succès.

Dans cette incertitude, la stratégie ne peut diriger ses efforts que vers le but le plus élevé, qu’elle peut d’ailleurs atteindre grâce aux moyens mis à sa disposition. Elle travaille ainsi pour le mieux dans l’intérêt de la politique, et pour remplir son but, tout en restant complètement indépendante d’elle dans la manière d’agir.

Le premier devoir de la stratégie c’est la préparation des moyens de lutte, c’est le premier déploiement de l’armée. On y fait entrer en ligne des considérations politiques, géographiques et nationales les plus variées. Une faute dans le rassemblement initial des armées est très difficile à réparer au cours de la campagne. Mais ces dispositions peuvent être étudiées longtemps à l’avance et, abstraction faite de la préparation des troupes à la guerre et de l’organisation du service des transports, elles doivent infailliblement conduire au résultat voulu.

Il n’en est pas de même de l’autre devoir de la stratégie, c’est-à-dire l’utilisation en vue du combat des moyens préparés, leur utilisation au cours des opérations.

Ici notre volonté se heurte bientôt à la volonté indépendante de l’adversaire. Sans doute nous pouvons limiter celle-ci, si nous sommes décidés et prêts à prendre l’initiative ; mais nous ne pouvons la briser autrement qu’au moyen de la tactique : au moyen du combat.

Les conséquences matérielles et morales de toute rencontre importante ont une telle portée qu’elles créent la plupart du temps une situation entièrement différente, réclamant de nouvelles mesures. Il n’y a pas de plan d’opérations qui puisse avec quelque certitude s’étendre au-delà de la première rencontre avec les principales forces de l’ennemi. Seul le profane s’imagine qu’une campagne peut se développer et s’exécuter suivant un plan primordial, conçu à l’avance, réglé dans tous ses détails et maintenu jusqu’à la fin.

Assurément, le général en chef aura toujours devant les yeux le grand but qu’il poursuit, sans se laisser égarer par les vicissitudes des événements ; mais quant aux moyens d’atteindre ce but, il ne pourra jamais les déterminer avec certitude et longtemps d’avance.

Il est conduit pendant tout le cours de la campagne à prendre une série de décisions impossibles à prévoir d’avance et basées sur les situations. Tous les actes successifs de la guerre ne sont donc pas des exécutions préméditées, mais des actes spontanés, répondant à la situation militaire du moment. C’est alors qu’il importe, dans chaque cas concret spécial, de voir clair à travers une situation majeure et incertaine, d’apprécier exactement les données, de deviner les inconnues, de prendre rapidement une décision et de passer ensuite vigoureusement, sans se laisser égarer, à l’exécution.

À ces facteurs, l’un connu, l’autre inconnu, notre propre volonté et celle de l’ennemi, s’en ajoute un troisième qui échappe complètement à toute prévision : c’est la température, les maladies, les accidents de chemin de fer, les malentendus et les erreurs, bref toutes influences que l’on peut nommer hasard, fatalité, ou force majeure, que l’homme ne fait naître, ni ne régit.

Il ne faudrait pas croire cependant que la conduite de la guerre est par suite soumise à un aveugle arbitraire. Il résulterait d’un calcul des probabilités que tous ces événements imprévus ont été finalement aussi souvent avantageux que nuisibles à l’un comme à l’autre parti, et le général qui, dans chaque cas particulier prend des dispositions conformes à la situation, même si celles-ci ne sont pas les meilleures, a toujours l’espoir d’atteindre son but. Il est clair que pour arriver à ce résultat les connaissances théoriques sont insuffisantes ; ce qu’il faut surtout développer ici ce sont les qualités de l’esprit et du caractère au point de vue habileté pratique ; on y arrive par une éducation militaire appropriée et par les leçons de l’expérience tirées de l’histoire militaire ou de la vie ordinaire.

Certainement c’est surtout le succès qui décide de la réputation d’un général en chef. Quant à déterminer quel est dans ce succès son véritable mérite, cela est très difficile. L’homme le plus capable échoue devant la puissance irrésistible des circonstances là où souvent un homme de valeur moyenne triomphera. Mais, à la longue, ce n’est que le général habile qui réussira le plus souvent.

Si dès lors à la guerre, tout est incertain depuis le début des opérations, hormis la somme de volonté et d’énergie que le chef porte en lui-même, il est impossible d’accorder pratiquement de la valeur à une doctrine de la stratégie, aux règles que l’on en déduirait et au système édifié sur cette base.

L’archiduc Charles, à la vérité, déclare2 que la stratégie est une science, la tactique un art. Il demande à "la sci des généraux en chef" de fixer la marche des opérations militaires, tandis que l’art n’intervient que dans l’exécution des projets stratégiques.

Par contre, le général Clausewitz dit : "La stratégie est l’emploi du combat aux fins de la guerre". Et, en effet, la stratégie assure à la tactique les moyens de combattre et rend la victoire vraisemblable, en dirigeant les armées et en les concentrant sur le champ de bataille. D’autre part, elle s’approprie encore le succès de chaque combat et l’utilise pour édifier de nouveaux projets. Devant la victoire tactique se taisent les prétentions de la stratégie, qui doit savoir s’adapter à la situation nouvellement créée.

Par contre, le général Clausewitz dit : "La stratégie est l’emploi du combat aux fins de la guerre". Et en effet, la stratégie assure à la tactique les moyens de combattre et rend la victoire vraisemblable en dirigeant les armées et en les concentrant sur le champ de bataille. D’autre part, elle s’approprie encore le succès de chaque combat et l’utilise pour édifier de nouveaux projets. Devant la victoire tactique se taisent les prétentions de la stratégie, qui doit savoir s’adapter à la situation nouvellement créée.

La stratégie est un système d’expédients. Elle est plus qu’une science : elle est la transmission du savoir dans la vie pratique, le perfectionnement de la pensée capable de modifier l’idée directrice primitive conformément aux situations sans cesse modifiées, c’est l’art d’agir sous la pression des circonstances les plus difficiles.

Sur les positions de flanc3

En disposant nos forces sur le flanc de la ligne d’opérations de l’adversaire, nous devons, par cela même l’obliger à s’éloigner de cette ligne d’opérations, à nous suivre dans une direction qui le détourne de son but principal et à nous attaquer dans des conditions qui nous soient favorables.

Cette efficacité de la position de flanc est fondée sur la justesse des affirmations suivantes :

  1. ce n’est pas une portion de territoire ou une ville mais l’armée adverse, qui est l’objectif de l’assaillant ;
  2. aucune armée ne peut oser défiler devant une autre, parce qu’elle exposerait à ses entreprises ses derrières et ses communications ;
  3. par suite c’est là où je suis moi-même que l’ennemi est bien obligé de rester.

Nous admettons parfaitement la justesse de ces principes en général et leur grande importance, mais ils demandent dans les application certaines restrictions.

Il faut d’abord faire la différence entre l’objet de la guerre et l’objet de l’opération de l’assaillant. Le premier n’est pas à vrai dire l’armée de l’adversaire, mais l’ensemble de son territoire, sa capitale et en eux ses ressources et la puissance politique de son état ; l’objet de l’opération, au contraire, est sans contredit l’armée ennemie, pour autant qu’elle protège l’objet de la guerre. Cette condition peut cesser si l’armée de la défense est ébranlée par des combats, si elle est nettement trop faible, si elle est à une distance qui l’empêche d’agir ou sur un terrain qui lui interdit toute action offensive. C’est alors qu’une portion du territoire, une ville peuvent acquérir une importance plus grande que l’armée elle-même, c’est-à-dire que l’assaillant verra se confondre l’objet de la guerre et l’objet de l’opération.

C’est ainsi qu’en mars 1814, les Alliés ne s’attachèrent pas à l’armée française, qu’ils ne suivirent pas Napoléon sur Nancy, mais s’avancèrent sur Paris4. De même, l’empereur, après le combat de Ratisbonne5, ne se laissa par arrêter par le fait que 80 000 Autrichiens s’établissaient à Cham et 6 milles de distance, mais il défila devant cette position de flanc et s’avança de 50 milles sur Vienne6.

Mais si l’on suppose pour l’armée de la défense une proximité qui lui permettre d’agir et une certaine capacité offensive, on verra que toujours le souci de sa ligne de communication empêchera l’assaillant de défiler devant notre position de flanc. Quel est donc le danger qui le menace ?

Des armées peuvent mourir de faim en pleine possession de leurs communications ; ce fut le cas de l’armée française en 1812, alors que par suite du manque d’énergie de Kütüzow, leur ligne de retraite ne fut jamais réellement occupée7. Mais des armées peuvent aussi, momentanément, et pour atteindre un but proche et important, renoncer à toutes leurs communications.

Une armée autrichienne qui aurait pénétré jusqu’à Baruth, ne se laisserait certainement pas détourner, par une position de flanc prise à Wittenberg, de l’occupation de la ville ouverte de Berlin, qui lui assurerait largement ce qui pourrait lui être enlevé par une interruption momentanée de ses relations avec Dresde.

Dans beaucoup de cas la simple menace, pour être efficace, devra se transformer en attaque réelle sur les derrières de l’ennemi.

Il nous faudra, dans ce cas, sortir de notre position et il y a lieu de bien examiner dans quelles conditions nous nous plaçons pour combattre. Nous abandonnons, par ce fait, les avantages d’un champ de bataille préparé à l’avance et la position de flanc n’est plus pour nous qu’une position de repli. Les deux adversaires livrent une bataille à fronts renversés ; pour tous les deux le danger d’une défaite est considérablement accru, mais il n’y a pas de garantie de victoire pour la défense.

Si nous voulions ne pas abandonner notre position de flanc, nous maintenir derrière une coupure de terrain ou dans une région fortifiée (Festungsgruppe), c’est alors que nous ferions d’une portion de territoire notre objectif principal et notre armée perdrait du même coup la faculté de pouvoir protéger l’objet de la guerre. La réciproque de la proposition que nous avons émise peut aussi s’appliquer au défenseur ; c’est là où est l’ennemi, qu’il faut en fin de compte que nous soyons nous-mêmes.

Nous voyons que les positions de flanc, dont Clausewitz dit que l’action est comme celle du doigt sur la bride8, ne conservent leur utilité qu’autant que l’ennemi reconnaît leur puissance. Il peut se mettre au-dessus de ces considérations, s’il sent que son armée lui donnera sûrement la victoire tactique. Car cette victoire tactique compense tous les désavantages stratégiques (Magenta) ; elle les transforme même en avantages si le souci de conserver une position de flanc amène à battre en retraite dans une fausse direction.

Il ne faut donc pas voir dans les positions de flanc et dans la défense excentrique une panacée ; il ne faut pas attendre d’elles plus qu’elles ne peuvent donner. Toutefois dans les limites que nous venons d’indiquer, notre intention n’est pas de méconnaître l’importance réelle de leur action.

La notion d’une position de flanc efficace doit être serrée de plus près. Toute position prise sur le flanc de la ligne d’opérations de l’adversaire n’est pas de ce fait même une position de flanc. Si la ligne de retraite d’une telle position était dirigée sur l’objectif principal qu’elle doit couvrir, on n’aurait qu’une position de couverture directe maladroitement choisie puisqu’elle offrirait un de ses flancs à l’ennemi.

La condition principale d’une position de flanc est que son front soit parallèle et sa ligne de retraite perpendiculaire à la ligne d’opérations de l’adversaire, au moins approximativement.

Le front doit être fort, car c’est là que l’on veut accepter l’attaque d’un adversaire supérieur ; mais il faut aussi que ce front reste libre, parce que, suivant les circonstances, on doit pouvoir en sortir. Ces deux conditions sont rarement remplies par le terrain seul, il faut faire intervenir la fortification dans l’organisation de la coupure pour allier une défensive solide à une offensive facile.

Mais comme finalement toute position peut être forcée, ou que le défenseur peut être obligé de l’abandonner, on doit avoir aussi la possibilité de céder. Il faut en outre pouvoir vivre sur cette position et les besoins dès que l’ennemi approche ne peuvent être satisfaits que par des liaisons en arrière. Ces deux considérations exigent que la position ait du champ derrière elle. Une position de flanc, le dos à la mer Baltique, serait désespérée.

Mais il ne suffit pas que l’on ait de l’espace pour céder, cet espace doit encore être tel que l’on puisse céder avec avantage, et que l’on fasse éprouver à l’ennemi de grosses pertes en certains points d’arrêt naturels ou artificiels et reprendre la marche en avant au-delà de ces points d’arrêt, pour céder aussi peu de terrain que possible.

Une position de flanc n’a pas besoin d’être nécessairement sur le flanc de la ligne d’opérations ennemie, elle peut encore être sur cette ligne elle-même lorsque par exemple l’aile exposée à l’adversaire est rendue inattaquable par une forteresse. Elle n’en est pas moins une position de flanc pourvu que sa ligne de retraite ne coïncide pas avec la ligne d’opérations de l’ennemi. Une position de flanc imprenable située sur la ligne d’opérations empêcherait d’une façon absolue le mouvement en avant de l’adversaire, c’est-à-dire qu’elle l’obligerait à changer sa ligne d’opérations.

On peut dire que l’action d’une position de flanc est d’autant plus certaine qu’elle est plus rapprochée, d’autant plus considérable qu’elle est plus éloignée de la ligne d’opérations de l’ennemi, puisqu’alors elle le détourne d’autant plus de la direction qu’il avait l’intention de suivre, à condition toutefois qu’elle l’oblige à se détourner. Où est la limite ? Il y a là des considérations de dimensions relatives et absolues à faire intervenir.

Une position de flanc prise à Thorn couvre certainement Berlin contre un ennemi qui s’avancerait de Varsovie sur Slupoe. Il y a en effet au moins 12 milles de Thorn à Slupce, mais il y en a trois fois autant de Slupce à Berlin. L’adversaire ne peut exposer pendant plusieurs semaines une communication que nous pouvons atteindre en quelques jours. Au contraire, personne ne peut prétendre qu’une position de flanc prise à Stettin puisse couvrir la capitale, et pourtant sa distance à la ligne d’opérations serait la même qu’à Thorn.

La position doit donc, pour rester efficace, être notablement plus près de la ligne d’opérations que de l’objet qu’elle doit couvrir.

Mais il est clair qu’indépendamment de cette relation la distance absolue intervient en elle-même. Une position de flanc attire l’ennemi, elle le détourne de sa route, mais comme l’aimant attire le fer, c’est-à-dire seulement dans certaines conditions de proximité. À une distance de plusieurs marches, non seulement toute action cesse, mais encore nous ne savons même plus ce qui se passe. Une position de flanc prise vers Thorn ne pourrait jamais couvrir la route de Breslau à Berlin, même si Berlin était trois fois plus éloigné que Breslau qu’il ne l’est en réalité.

Il s’en suit qu’une frontière de 50 milles de longueur ne peut pas être défendue d’une point unique et encore moins d’un point situé sur une aile, quelque désirable que cela puisse être, car l’assaillant ne sera jamais limité à une seule ligne d’opérations. Si le défenseur s’établit dans une forte position de flanc par rapport à l’une de ces lignes d’opérations, l’assaillant choisira l’autre. Et même si nous voulions préparer à l’avance plusieurs de ces positions, nous ne pourrions cependant en occuper qu’une et c’est précisément celle-là qui ne serait pas attaquée.

C’est là qu’il faut voir le motif pour lequel des camps retranchés trouvent si rarement leur emploi.

Sans conteste un groupe de forteresses situées près les unes des autres formerait le meilleur des camps retranchés. Mais presque toujours elles ne feraient qu’imposer à l’ennemi une autre direction de pénétration.

L’emploi d’aussi gros moyens ne paraît justifié que là où l’ennemi peut atteindre, en même temps que l’objet d’opération, l’objet de la guerre même, c’est-à-dire généralement la capitale du pays. Là il n’y a pas de possibilité pour une défense de flanc au sens stratégique, mais il n’y a pas non plus possibilité pour l’ennemi d’adopter une seconde ligne d’opérations. Là, on est sûr d’être dans tous les cas attaqué par l’ennemi, et de voir dans tous les cas la fortification intervenir en notre faveur. Quant à un camp retranché établi à la capitale, il faudra en tout temps avoir sous la main une armée pour le défendre si toutefois la résistance est encore possible.

Nulle part donc, on ne peut compter plus sûrement sur l’effet d’une position fortifiée qu’a la capitale d’une pays et pourtant, il ne s’en suit pas nécessairement qu’une capitale doit être fortifiée. Les frais énormes et les gros inconvénients d’une telle entreprise ne s’imposent pas si nous pouvons nourrir l’espoir fondé d’arrêter l’ennemi à la frontière et d’obtenir là une décision.

Et dans ce but, je considère les lignes fortifiées comme préférables aux groupes fortifiés quand elles commandent en même temps les points de passages sur les grands fleuves.

 

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Notes:

1 Mémoire écrit en 1871, traduit vers 1900 par un stagiaire de l’École supérieure de guerre.

2 Archiduc Charles, Écrits militaires choisis, commentés par le baron Waldstätten, éd. de 1881, p. 57.

3 Article paru en 1859.

4 Après que Napoléon eut combattu le 20 mars 1814 à Arcis-sur-Aube avec 26 000 hommes contre une partie des Alliés sous le Prince de Schwarzenberg, sans avoir obtenu la décision, il reconnut en renouvelant la bataille le 21 la grande supériorité numérique de l’ennemi dont l’armée principale comptait plus de 100 000 hommes. L’empereur comprit qu’il ne lui serait pas possible d’obtenir la victoire par la force des armes et il se décida à tenter de détourner les corps ennemis de Paris par une manœuvre dans le flanc et sur les derrières de l’adversaire. Il ne prit pas sa retraite sur la capitale menacée, mais il marcha vers la Marne pour attirer à lui l’adversaire par cette manœuvre hardie et se rapprocher en même temps de ses places fortes de la Meuse et du Rhin. Schwarzenberg ne comprit pas tout d’abord les intentions de Napoléon ; il le suivit jusqu’au 24 mars dans la direction de Vitry ; il s’éloigna alors de l’empereur et marcha sur Paris, parce que des lettres surprises lui dévoilèrent le plan d’opérations de Napoléon et révélèrent le danger d’une explosion de troubles dans la capitale française.

5 Le combat de Ratisbonne est du 23 avril 1809.

6 La distance de Ratisbonne à Vienne est en chiffre rond de 350 km ou 47 milles.

7 C’est surtout après la bataille de Malojaroslawes le 24 octobre 1812 qu’on constate le peu d’énergie de la conduite du commandant en chef de l’armée russe Prince Kütüsow. Le lendemain de la bataille, Napoléon était en effet avec 95 000 hommes entre Malojaroslawez et Wereja, Kütüsow avec 100 000 hommes au sud et tout près de la première de ces villes. La retraite de Napoléon ne pouvait se faire que par Subzow et Biéloi sur Witebak ou par Moshaisk et Wiasma sur Smolensk. Il est vrai que Napoléon était à ce moment-là plus près de ces routes, bien supérieures à Kütüsow, dans sa direction vers le sud-ouest au cours de sa retraite. Il eut été bien facile à la cavalerie russe extrêmement nombreuse d’empêcher le réapprovisionnement en vivres et pourtant les Russes restèrent inactifs. Bernhardi 2, pp. 206-274 ; Bogdanowitsch, Histoire de la campagne de 1812, pp. 1-60, édition de 1863 ; Chambray, Campagne de Napoléon en Russie 1812, édition de 1824.

8 Clausewitz dit, dans son ouvrage De la Guerre (Livre VI, ch. 14) : "comme la pression du petit doigt sur le long levier d’un mors très dur".

 

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