À LA RECHERCHE DE CLAUSEWITZ EN ITALIE : SOUVENT CITE, PEU APPLIQUE

Ferruccio Botti

Au-delà d’apparences trompeuses, “révolutionnai­res”, la pensée militaire de l’ère nucléaire et de la période post-guerre froide continue à faire plus ou moins consciemment référence à l’expérience militaire de la révolution française et de l’Empire, d’où sont nés des principes, des critères, des directives, des approches stratégiques qui, jusqu’à aujour­d’hui, ont largement influencé la pensée politique et militaire de l’Occident.

Jomini et Clausewitz demeurent encore aujourd’hui les deux plus grands interprètes et théoriciens de l’expérience napoléo­nienne que, pourtant, ils ont lue de façon opposée. La grande influence de Jomini1, particulièrement en Italie et aux États-Unis, est notoire2 mais, pour ce qui est des études sur Clausewitz et sur son influence réelle sur la pensée stratégique ainsi que sur la doctrine des principales nations européennes, il reste encore beaucoup à faire. La méthode historique comparative, à partir des œuvres successives d’un même auteur, ou de divers auteurs de nationalités différentes, est le seul instrument d’une recher­che sérieuse si l’on veut parvenir à un jugement impartial et équilibré.

Premiers travaux d’approche avant la guerre de 1915-1918

Dans les guerres d’indépendance italienne et jusqu’à la guerre franco-prussienne de 1870-1871, Clausewitz est presque ignoré et sa théorie a peu de succès. Jomini, l’archiduc Charles (ce dernier, par flatterie) et l’exemple historique dominaient sans réserve. Parmi les auteurs prussiens, le plus cité est Willisen. Personne ne met en discussion l’existence de principes immua­bles. Sous la Restauration (1815-1848), les attaques sont fré­quentes contre la guerre offensive de masses menée sans répit par Napoléon, jugée trop sanglante et entraînant des dommages et des ruines dans la population civile. En 1824, le Piémontais Giuseppe Cridis publia une œuvre sur la politique militaire3 en 4 livres, reflétant les tendances antinapoléoniennes et anticlau­sewitziennes des gouvernements italiens de l’époque. Dans son œuvre : Che cosa sia la guerra4, Carlo de Cristoforis est le seul auteur des guerres d’indépendance qui cite quelquefois Clause­witz, mais seulement pour des aspects secondaires de sa pensée et en l’omettant dans sa bibliographie finale ; cette dernière reflète une culture militaire d’essence exclusivement française, dominée par l’œuvre du maréchal Marmont, dont Cristoforis s’est nourri lors de ses séjours comme étranger à l’École militaire.

L’officier du génie napolitain Carlo Pisacane, socialiste révo­lutionnaire, est proche de Clausewitz avec son concept de la guerre du peuple menée à fond contre l’oppresseur autrichien, mais, il conserve dans ses écrits une formation substantiellement jominienne ; on ne trouve des parentés, inconscientes, avec Clausewitz que dans les écrits de Mazzini et de Garibaldi.

Le scénario politique et culturel de référence change à partir de la guerre de 1870-1871 ; jusqu’à 1914, il impose, en Italie, le modèle stratégique et d’ordre qui a donné au général von Moltke une victoire rapide, modèle dans lequel on retrouve la pensée de Clausewitz : ce fait n’a pu qu’avoir eu aussi des influences dans le domaine des études militaires.

Le premier auteur à ressentir manifestement l’influence de Clausewitz est Vincenzo Molinari (1872), auteur peu connu. Il cite Clausewitz souvent et polémique avec succès contre Jomini et ses disciples italiens Carlo de Cristoforis et Pietro Colletta, en parti­culier à propos du concept de stratégie5. Ses idées sur le rapport entre la politique et la guerre, sur l’esprit guerrier de l’armée et de la nation, sur le rôle et le “coup d’œil6” du Chef, etc. sont semblables à celles de Clausewitz. Comme ce dernier, il nie l’importance des principes, réduisant les nombreuses “lois”, souvent différentes de celles de Clausewitz, à celle, fondamen­tale, de l’économie des forces.

À l’appui de ses thèses, Molinari invoque les Considérations sur l’art de la guerre de Georg Heinrich von Berenhorst qui aura été parmi les précurseurs allemands de Clausewitz (et non de von Bülow). Il pourrait aussi être considéré comme l’annon­ciateur de l’actuel “art operatif7” qu’il nomme “machétique” et qu’il définit comme un “mélange de tactique et de stratégie” attri­buant sa paternité à Heinrich Brandt8.

L’introduction définitive de la pensée de Clausewitz en Italie est due à deux écrivains militaires majeurs du xixe siècle : le général Nicola Marselli et le commandant de la Marine Dome­nico Bonamico, tous deux partisans convaincus d’une alliance avec la nouvelle Allemagne.

Dans son œuvre majeure, La guerra e la sua storia (1875)9, Marselli fait preuve d’une ambition démesurée : il veut surpasser tant Clausewitz que Jomini, pour parvenir à une synthèse originale de l’art de la guerre qui serve de référence aux penseurs militaires italiens, à la place des modèles théoriques étrangers. C’était une entreprise présomptueuse qui, en partie, réussit. Marselli conti­nue à admettre les principes de la stratégie (et non de la guerre) dans le sens que leur donnait Jomini, se réclamant pour leur formulation d’un auteur militaire positiviste anglais, jusqu’alors peu connu, MacDougall10. En même temps, il cite largement des passages essentiels de Vom Kriege et avance des propositions importantes mais controversées. Il conserve toujours l’enthousiasme hégélien de sa jeunesse, recherche dans chaque problème le juste milieu et prône la conciliation des contraires ; pour cela, il s’en prend tantôt “aux idéalistes perdus dans les nuages”, tantôt “aux positivistes ordinaires”. Il semble classer les premiers parmi les plus mauvais disciples non seulement de Clausewitz, mais aussi de Jomini ; ils sacrifient l’étude à l’intui­tion, les faits aux idées abstraites, la pratique aux théories arbitraires : “ils estiment que pour devenir des Napoléon, il suffit d’avoir en mémoire une parcelle des principes généraux de la stratégie”, négligeant les situations particulières qui en modifient l’application ; ils sont convaincus que les aspects organisation­nels et de préparation sont de peu d’importance, que la tradition peut se remettre en cause à volonté, “que le génie vit d’intuition et esquive les lentes méditations et les longues études, que la victoire est la combinaison de ces principes stratégiques et de l’enthou­siasme des combattants, que l’amour de la patrie suffit à réchauffer les cœurs et un beau parleur proclamera qu’en quelque sorte, il est capable de faire des miracles”.

Après cette attaque contre quelques-uns des aspects exces­sifs du spiritualisme clausewitzien, Marselli est en désaccord total avec le concept d’histoire de Clausewitz lui-même ; celui-ci avait conseillé au Prince héritier de Prusse l’étude approfondie d’un seul fait particulier parce que “les historiens ne racontent pas l’Histoire mais la créent”, lui faisant dire ce qui leur paraît le plus commode. À son avis, la vérité historique ne peut se manifester à partir d’une étude particulière : l’unique méthode pour arriver à un résultat positif et utile se trouve être l’analyse comparative de l’histoire générale et des études particulières. À ce procédé “on ne pourrait renoncer qu’à condition de ne pas penser ; et alors, comment pourrait-on tirer de l’histoire tout ce profit que Clausewitz sait, lui, obtenir avec son esprit éclairé ?” Par ailleurs, selon Marselli, la critique doit tenir compte de la complexité de l’événement historique et ne peut se laisser aller à rendre un culte aux héros de la guerre ni un culte au Chef. Attribuer les événements militaires au hasard et à la chance (comme Clausewitz tend à le faire) est antiscientifique : le hasard est un élément à considérer, mais il ne joue qu’un faible rôle.

Le désaccord fondamental entre Marselli et Clausewitz se manifeste à propos de la possibilité ou non de parvenir à une théorie “positive” de la guerre en conciliant harmonieusement les deux composantes. Dans ce domaine, pour Marselli, il est possi­ble de trouver immédiatement une classification analogue à celle de Linné, ou à celle de Cuvier pour le règne animal ; ce qui le conduit à cette conclusion plutôt inattendue, c’est sa récente conversion au positivisme, qui cependant n’efface pas son mili­tantisme de jeunesse hégélien. Il cherche à concilier les contrai­res, mais avec des résultats qui le rapprochent plus de Jomini que de Clausewitz : entre le scepticisme “qui nie, mais seulement en paroles, la possibilité de retrouver des principes vraiment absolus, de formuler des règles générales, de composer une doctri­ne positive de la guerre (comme Clausewitz) et le dogmatisme rigide et aveugle, qui élève le relatif au niveau de l’absolu, nous avons cru qu’il y aurait place pour une théorie scientifique simple, laquelle ne nie pas l’existence de ces principes et de ces règles générales qui sont notre soutien dans ce courant de choses aléatoires : mais la théorie se contente d’être modérée dans les formules absolues11.

À l’inverse de Clausewitz, Marselli croit que la théorie de la guerre tend à devenir toujours plus positive, parallèlement au progrès des sciences morales et psychologiques qui restreignent toujours plus le champ de l’inconnu. Il affirme qu’à diverses reprises, on a attribué au hasard ou au manque de chance, ce qui est seulement dû aux insuffisances du commandement ; en conséquence, il s’élève contre l’affirmation de Clausewitz qui pensait que la guerre était le royaume du hasard et de l’imprévu, “la théorie devait être une étude et non une doctrine”. Une étude qui n’aboutirait pas à une doctrine devrait être considérée comme stérile ; du reste, le même Clausewitz admet la possibilité que de l’étude naissent spontanément des principes et des règles.

Après les critiques, viennent les approbations. Outre le fait d’accepter entièrement de nombreux aspects des théories clause­wiziennes (comme le culte de l’initiative et de l’esprit guerrier, la guerre considérée comme phénomène social avec un but politi­que, les institutions militaires dépendant de la société, l’organi­sation sur le modèle de la Nation armée), Marselli reconnaît à l’Allemagne le mérite “d’avoir produit le plus grand philosophe de la guerre, celui qui révéla à sa patrie le secret de la guerre napoléonienne (...) et il a considéré comme éminente la valeur des grandeurs morales”. Il définit Clausewitz “comme le vrai fonda­teur d’un école que nous appellerions psychologique et qui a pour adeptes les meilleurs auteurs militaires allemands” au point que “dans toute relation officielle, dans tout livre prussien, se fait entendre le langage de Clausewitz”.

Toujours d’après Marselli, le général prussien a aussi le mérite d’avoir réagi avec force contre l’exclusivisme de la forme géométrique de von Bülow et contre l’abus des formules absolues, insistant sur l’importance des forces morales ; de sorte qu’au-delà des apparences, même restant un spiritualiste opposé à une théorie achevée de la guerre, il a cependant contribué à “mettre sur pied la théorie de la grande guerre par un moyen plus positif12”.

Les jugements de Marselli sur Clausewitz auraient dû être aussi interprétés comme une invitation à approfondir l’étude de ses œuvres : mais cela n’eut pas lieu. Parmi le petit nombre d’auteurs italiens de la seconde moitié du xixe siècle, seul le capitaine Enrico Barone, professeur à la Scuola di Applicazione, s’est intéressé à Clausewitz. Au début des Lezioni di arte militare (1888), Barone, en plus de reconnaître à la guerre un objectif politique, observe que “quelques auteurs militaires (parmi les­quels Marselli) ont prétendu réduire la stratégie à quelques simples principes absolus. Nous pensons que c’est suivre une fausse piste. L’art militaire, parce que c’est un art, n’a pas de principes absolus, mais bien des maximes qui sont les fruits de l’expérience. Ces maximes sont nombreuses et ne peuvent être fixées sous la forme de quelques énoncés dogmatiques13.

Domenico Bonamico peut être considéré, au moins par certains côtés, comme un expert et un connaisseur de Clause­witz ; l’alter ego maritime de Marselli, dans ses articles de la Rivista Marittima de la fin du xixe siècle, bien qu’il n’abandonne pas une attitude fondamentalement jominienne, retient, comme antithèse au dogmatisme de Mahan, la composante la plus novatrice de la pensée de Clausewitz : le rôle dominant du Chef et de l’imprévu14. Citant le général prussien, Bonamico juge l’analyse des six éléments de la puissance maritime faite par Mahan dans le chapitre I de la célèbre Influence of Sea-Power upon History (1890) incomplète, non ordonnée et insuffisamment étudiée ; Bonamico remplace cette analyse par la suivante :

-          le génie, l’invention, la chance (facteurs éminemment clausewitziens, qu’il définit comme “fonctions transcen­dantales de la puissance maritime”) ;

-         le climat, la position géographique, la géographie physi­que, la position de la capitale, la densité de la population, l’industrie maritime, la richesse nationale (“fonctions commensurables” qu’on peut également déterminer) ;

-         le caractère et le tempérament de la nation, l’organisation politique d’un Etat son type de civilisation (“fonctions incommensurables”, qu’on peut évaluer avec une certaine approximation).

Bonamico est le précurseur de Julian Corbett, dont l’ouvra­ge : Some Principles of Maritime Strategy15 (1911) est une réaction contre le dogmatisme des disciples de Mahan. Cette approche de la stratégie navale, pour la première fois, reconnaît tous les mérites de Clausewitz et le transpose aux opérations maritimes.

L’influence de Clausewitz sur la doctrine navale et terres­tre à la veille de la Première Guerre mondiale

Dans le domaine naval, l’ouverture clausewitzienne de Bonamico et son hostilité a priori à une théorie de la guerre d’escadres n’ont eu aucun succès : comme ailleurs, ont prévalu la politique en faveur du cuirassé et le culte de la bataille décisive.

La situation est différente dans l’Armée où l’élite16, à com­mencer par le général Alberto Pollio, chef d’État-Major de 1908 à 1914, a admis l’antidogmatisme de Clausewitz, distribuant une réglementation stratégique et tactique qui, comme l’a observé le général Bastico, “en matière d’offensive se distinguait, tant de celle de caractère mécanique de von Schlieffen, que de celle forma­lisée de Grandmaison, et leur préférait une offensive raisonnée”. On y exalte la liberté d’action, la rapidité de manœuvre, l’offen­sive ; en matière de principes, les Norme generali per l’impiego delle Grandi Unità in guerra de 1913 commencent par affirmer, comme Clausewitz, que “dans les choses de la guerre, ou bien il n’existe pas de principes valables pour tous les cas, ou s’ils exis­tent, ils possèdent un caractère tellement général qu’en pratique, ils peuvent rarement servir parce que les circonstances toujours changeantes influencent leur application. Dans le milieu où les événements se développent, le seul guide pour celui qui commande réside dans son propre génie, dans la rapidité et dans la pénétration de son intuition personnelle”17

Malheureusement, ces normes n’ont pas eu l’influence qu’elles auraient méritée ; la réalité jominienne de l’Armée ita­lienne de ces années-là a fait prévaloir ce que le général Bastico lui-même appelle le “dogmatisme pratique”. En outre, la guerre mondiale fut une guerre méthodique de masse dans lequel comp­taient avant tout le matériel, l’artillerie, la production indus­trielle et les approvisionnements ; cette guerre peut être qualifiée de “résultat minimum correspondant à un effort maximum”, bien que, quoi qu’en disent certains écrivains, elle se soit révélée antistratégique et anticlausewitzienne18. Quoi qu’il en soit, au nom Clausewitz dans le Lessico militare italiano (1917), (lequel s’arrête malheureusement au premier tome) on trouve le texte suivant : “il fut le plus génial interprète de l’art souverain et guerrier de Napoléon. Dans ses œuvres tout l’art de la sommité guerrière y était saisi sur le vif (…). Des tentatives semblables furent faites en France par Marmont et Jomini et, en Italie, par De Cristoforis, Blanch et Marselli”19. C’est parfaitement exact, sauf pour Blanch.

Vouloir n’est pas pouvoir : la formulation stérile des étu­des sur Clausewitz dans la période entre 1919 et 1943

La tournure prise par la Première Guerre mondiale a incité une grande partie des plus célèbres penseurs italiens à chercher le moyen de redonner vie à la guerre offensive de mouvement. Cette tendance a été aussi favorisée par deux faits typiquement italiens : l’Italie avait conscience qu’elle n’était pas à même de conduire une guerre industrielle longue et coûteuse, comme sera celle de 1940-1945, et que les orientations militaires du nouveau régime, se réclamant ouvertement d’une théorie de la force, entendaient avant tout insister sur la subordination absolue et inconditionnelle de l’instrument militaire à la politique.

Dès 1922, paraissent deux études nées à l’École de Guerre, l’une due au général Domenico Guerrini, radicalement anticlau­sewitzien, l’autre au major Emilio Canevari, adepte du général prussien (non sans déformations)20. Comme Jomini et Marselli, Guerrini estimait possible la formulation d’“une solide théorie expérimentale de la guerre” basée sur une évaluation et une synthèse panoramique des exempla historica. Avec raison, il critique quelques affirmations trop spiritualistes de Clausewitz, oubliant cependant de mettre en évidence sa limite principale, qui est la sous-évaluation du grand poids des éléments économi­ques et logistiques dans la guerre. En retour, Canevari accuse Guerrini de se perdre dans les détails et dans l’utopie et, bien que lui-même n’accepte pas les principes, les préceptes et les recettes d’origine jominienne, il prétend faire des théories de Clausewitz un argument en faveur de sa thèse : la guerre peut être scientifiquement étudiée par un procédé logico-expérimental, visant à identifier des “uniformités scientifiques” ou des “lois” qui n’admettent pas d’exceptions, bien qu’elles soient sujettes à perfectionnements. Canevari ne tient pas compte de l’avertisse­ment de Clausewitz, pour qui le concept de lois est inutile pour la théorie de la conduite de la guerre, parce que les faits sont tellement variables et multiples qu’il est impossible de les ramener à “un impératif presque universel digne de mériter le nom de loi”21.

On trouve aussi des jugements, en partie erronés, sur Clau­sewitz dans l’Antologia Militare publiée ensuite par Canevari et Giuseppe Prezzolini. Le premier lui attribue, entre autres, le mérite d’avoir formulé “une théorie complète de l’art de la guerre” (ce qui est inexact puisque Clausewitz ne l’a jamais considérée comme possible) ; il affirme que Della Guerra a été le premier livre à traiter “d’une manière scientifique et avec un esprit artistique” le problème de la guerre22.

Toujours dans les années vingt, le général Bastico publie une série d’interprétations en accord pour une grande part avec la pensée de Clausewitz23. Toutefois, nous ne sommes pas d’accord avec son affirmation qui voudrait que les théories du général prussien “par l’effet de leur caractère immatériel marqué finissent par avoir des aspects matérialistes” et qu’il se différencierait de Napoléon “par l’absence de la manœuvre comprise comme élément nécessaire pour remporter la victoire”. De notre point de vue, le refus de Clausewitz de considérer l’influence de la logistique, de l’organisation, etc. sur la conduite de la guerre suffit à rendre son spiritualisme plutôt abstrait. Pour le reste, il donne beaucoup d’importance au plan de guerre, à la concentration des forces dans l’espace et dans le temps, à la réserve stratégique, etc. Cela signifie-t-il faire passer par profits et pertes cette manœuvre par laquelle se manifeste principalement le génie du Chef ?

Clausewitz a été sommairement étudié aussi par le colonel Emilio Bobbio dans son ouvrage de 1927 : La guerra e il suo sviluppo storico24 ; l’auteur observe justement que le spiritua­lisme de  Clausewitz est excessif : l’élément spirituel reste le plus important, mais on ne peut expliquer un phénomène aussi com­plexe que la guerre par un seul ordre de facteurs : les autres ne comptent-ils pas aussi ? En revanche, on ne peut partager la critique de Bobbio à propos du culte de l’initiative, typique de Vom Kriege, et de la tradition militaire prussienne : ce culte est, à ses yeux, “exagéré et exclusiviste” parce que à la lumière des événements de la guerre mondiale “il montre qu’on a pris beau­coup d’or faux pour de l’or pur” et que cela peut porter à l’indiscipline.

Dans la période 1930-1939, paraissent enfin deux études un peu plus exhaustives sur Vom Kriege, dues à Canevari de nou­veau et au major Ogte Blatto25. En outre, l’officieuse Enciclo­pedia Militare (1933) consacre à Clausewitz un bref entrefilet avec des jugements modérés, mais aussi des arguments inadmis­sibles particulièrement quand elle affirme que, comme Jomini, il a rendu définitifs les principes de la guerre” et que, selon Clause­witz, “le vrai but, le vrai objectif de l’armée est d’entrer en guerre” avec toutes les forces disponibles (son vrai but est, au contraire, d’atteindre l’objectif politique de la guerre26).

Les travaux de Canevari et de Blatto présentent tous deux, pour la première fois en Italie, une traduction de textes choisis de Vom Kriege. L’ouvrage le plus important, celui de Canevari, très long, se divise en trois parties : la première est une ample biogra­phie de Clausewitz, la deuxième contient des pages choisies, la troisième est une précieuse revue des opinions des critiques italiens (en premier lieu Marselli et Guerrini), de nombreux criti­ques français (Jomini, Cardot, de Vatry, Gilbert, la traduction française des considérations sur Clausewitz du général Dragomi­roff, Roques, Meyer, Serrigny ; surtout le général Camon, anti­clausewitzien), sans oublier les critiques et les disciples alle­mands (Moltke, Caemmerer, Rüstow, Blume, von der Goltz). Ce livre de 224 pages est présenté comme le volume I, introduction à un volume II qui sera la première traduction intégrale en italien de Vom Kriege. Elle ne paraîtra qu’en 1942.

Les thèses de Canevari reprennent en partie certains aspects discutables, à commencer par l’affirmation que le but de l’œuvre de Clausewitz serait de fournir, soit une “théorie générale de la guerre pour toutes les époques”, soit un guide pour les chefs politiques et militaires. Pour cela “d’un côté, il a analysé la guerre avec une méthode nettement logico-expérimentale en mettant en évidence les lois (uniformité des rapports), de l’autre, il a montré comment et dans quelles limites du domaine scientifique on peut passer à l’application pratique”. D’autres interprétations de Canevari engendrent des confusions. Par exemple, on ne peut le suivre quand il affirme que les lois scientifiques (même celles définies par Clausewitz) “n’ont rien à voir avec les principes d’action, les normes, les maximes, les sentences et les préceptes”, lesquels veulent au contraire montrer une ligne de conduite : parce que les principes de Marselli et de Jomini “ne peuvent être acceptés que comme des tentatives pour intellectualiser la matière informe de la guerre, mais certainement pas comme quintessence de la conduite de la guerre”. D’un autre côté, pour Canevari la science n’aurait pour objet que “de connaître et elle ne se préoccupe pas des conséquences d’une telle connaissance”.

Cette dernière thèse suscite beaucoup de discussions. En admettant que la science en général n’est pas une fin en soi, cela est beaucoup moins vrai pour les sciences particulières (par exemple la médecine). Parmi ces dernières, il est incontestable que la science de la guerre est celle qui, plus que toutes, tend vers un but et que les lois mêmes de Clausewitz servent à mieux connaître le phénomène, par conséquent aussi à exercer et à orienter celui qui doit faire des choix, même sans schémas rigides, sans principes absolus. Ce qui apparaît certain c’est que le général prussien peut être défini, comme le fait Canevari, comme le promoteur d’une approche scientifique du phénomène de la guerre dont la partie essentielle aurait été considérée par lui comme “définitivement acquise”.

Un autre aspect discutable de l’analyse de Canevari est l’accent excessif mis sur la prééminence de la politique sur la guerre. Clausewitz insiste sur l’harmonie qui doit régner entre la fin et les moyens ; dans tous les cas, une bonne politique doit tenir compte de la raison militaire. Canevari reconnaît, presque à contre-cœur, que logiquement la politique, c’est-à-dire la fin en soi, doit avoir le dernier mot face à l’instrument militaire, c’est-à-dire doit l’emporter sur les moyens.

L’attitude de Canevari est instrumentalisante : très lié au régime du moment et ennemi du maréchal Badoglio pendant les années trente, il a fait de l’œuvre de Clausewitz une arme pour la polémique contre la guerre bureaucratique, méthodique, jomi­nienne menée par l’État-Major au cours de la Première Guerre mondiale de laquelle est issu dans la réalité quotidienne de l’Armée, un immobilisme persistant, ennemi des formes moder­nes de guerre dynamique27. La campagne en faveur de Douhet est également instrumentale et Canevari la conduit en même temps qu’il exalte Clausewitz ; or, il ignore que la pensée du célè­bre prophète de l’arme aérienne, bâtie autour de l’idée chiméri­que de bombardement, présente un caractère dogmatique et matérialiste et qu’on doit l’inclure, comme celle de Mahan, dans la lignée des doctrinaires.

On reconnaît à Canevari le mérite d’avoir réveillé les esprits, tentant, sans beaucoup de succès, de promouvoir une application concrète à l’organisme militaire italien de la meilleure partie des théories de Clausewitz ; théories dont il a bien saisi l’antidogma­tisme et la capacité d’absorber les enseignements les plus élabo­rés des guerres napoléoniennes. Retenons son affirmation : “tandis que la théorie de Clausewitz reflète l’âme romantique germanique, procédant par vastes synthèses, aussi profondes que désordonnées, celle de Jomini correspond au génie classique (nous dirions cartésien, NDA) de la race française : analyse, symétrie, ordre, étendue et surtout clarté : “tout doit être bien clair”28 (en français dans le texte).

Dans son ouvrage de 1930 déjà cité, Blatto présente un com­mentaire plutôt simplifié de l’œuvre de Clausewitz avec de nom­breuses considérations que l’on peut partager, comme celle qui montre que les écrits de Clausewitz sont très utiles pour la for­mation des jeunes officiers et admettent aussi un réexamen des rapports entre la politique et la guerre, bien que “les rapports entre la politique interne dans ses aspects sociaux et économiques et la guerre, lui aient totalement échappé”.

Blatto n’a qu’un tort, c’est d’avoir cité favorablement le géné­ral Palat (1913) selon qui les solutions indiquées par le général prussien “enseignent l’art de déduire des conclusions des faits historiques et mettent en évidence un certain nombre de principes destinés à demeurer vrais tant que dureront les jeux sanglants de la guerre”29. Si on pouvait dire la même chose de Jomini !

Toujours dans les années trente, l’éminent philosophe Bene­detto Croce, sans toucher aux aspects purement stratégiques et militaires, donne de Vom Kriege une interprétation philosophico-historique. Mieux que tous les autres, il réussit à circonscrire l’approche clausewitzienne du problème de la guerre et de l’essence du génie napoléonien (Croce est le premier et le dernier philosophe et aussi le premier “civil” à l’avoir fait en Italie30). Citant entre autres Roques, Croce a l’intuition que l’approche du général prussien, “aussi éloignée de la vacuité du raisonnement que du mol empirisme également vide”, dérive de Machiavel, encore plus que “de l’habitude générale et spéculative née en Allemagne entre le xviiie siècle et le xixe siècle” ; en conséquence, l’influence de Hegel est exclue (c’est aussi l’opinion de Roques avant Croce et de R. Aron après lui). Croce fixe sa recherche, non pas sur un thème déjà exploité comme le rapport entre guerre et politique, mais sur le rôle du Chef et sur les limites et le contenu de la critique historique chez Clausewitz.

Croce souligne que, dans la conception de Clausewitz, le génie du Chef ne consiste pas dans sa capacité à s’élever au-dessus des règles ; les soi-disant règles, que le génie foule aux pieds et quelques fois raille “doivent être une chose bien misérable si d’elles naît le divorce entre la théorie et la pratique”. En réalité, cette séparation n’existe pas, parce que le génie se révèle précisé­ment par sa capacité d’entrevoir, grâce à l’action, les vraies règles cachées au commun des mortels : “ce que le génie fait doit devenir précisément la plus belle règle et la théorie ne peut faire rien de mieux que montrer comment et pourquoi c’est ainsi” Aussi, ce que couramment on appelle fortune à propos d’un général, possède au-delà des apparences, une cause précise : “entre le succès attribué au hasard et le génie de l’agent, il existe un lien subtil, invisible à l’œil de l’intellectuel”.

Personne n’a, plus que Clausewitz, poursuit Croce, mis au centre de la guerre le génie militaire, l’intuition, la rapidité de décision, l’héroïque fermeté. Le Chef est au centre de l’analyse historique du général prussien dans laquelle “la meilleure des choses” (car il n’est pas possible de parvenir à un système achevé de l’art de la guerre) provient d’une évaluation de l’action du chef selon trois étapes : l’exacte définition des faits, la déduction de l’effet à partir des causes (c’est-à-dire la recherche historique proprement dite) et enfin, “l’examen des moyens employés qui est la vraie et la propre critique où on décerne des louanges et des blâmes et qui sert à la théorie ou plutôt à l’enseignement tel qu’on doit le faire de l’histoire”. Nonobstant cette procédure, Clausewitz admet qu’il ne sera jamais possible de reconstituer exactement dans la vérité historique la situation telle qu’à l’époque elle se présentait aux yeux de celui qui était l’agent ; par ailleurs selon une opinion du général prussien, “il n’est ni nécessaire, ni désira­ble que la critique s’identifie entièrement à celui qui est l’agent (…) Montrant les erreurs d’un Frédéric ou d’un Napoléon, il ne veut naturellement pas dire que lui, critique, n’en aurait pas commis ou même qu’il n’en aurait pas commis de plus graves, mais seulement que lui, connaissant ces erreurs par l’enchaîne­ment des choses, fait appel à la sagacité de l’agent qui aurait dû les voir”.

Il en découle une entière adhésion du philosophe à la si contestée “théorie du succès”, déjà mise fermement en avant par Marselli (pour qui le vainqueur est le meilleur dans toutes les acceptions) : puisque entre le succès attribué avec simplisme à la chance et le génie de l’auteur de l’action, il existe, au-delà des apparences un lien subtil, “la critique de l’acte faite d’après le succès” est à rejeter. Un même procédé qui, dans des circons­tances déterminées, a eu du succès, dans d’autres circonstances peut mener à un échec. On en déduit que le succès ou l’insuccès ne dépendent ni du hasard, ni de la chance, mais seulement du Chef dont la capacité doit être à chaque fois d’apprécier les circonstances et de prévoir. Pourtant, pour Croce, la critique chez Clausewitz est plus théorique et casuistique qu’historique : le général prussien affirme que quand l’intime et secrète cohérence des choses n’est pas bien visible, la critique doit “laisser parler le succès” et doit protéger “contre le bruit de l’opinion populaire” le jugement qu’on en fait ; il rejette “les excès stupides” de ceux qui “tendent à idéaliser ou plutôt à puritaniser et matérialiser” un succès particulier (comme l’a fait Mahan, NDA) en le transfor­mant définitivement et totalement, ouvrant ainsi la voie aux interprétations dogmatiques et prétendument de valeur immua­ble. Pour le reste, Croce éprouve une grande estime pour la réflexion philosophique de Clausewitz et polémique avec énergie contre ces intellectuels qui limitent leur œuvre au domaine purement technico-militaire. Chez Croce, la philosophie de Clausewitz devient une philosophie véritable et personnelle de l’action grâce à laquelle le philosophe italien, non sans quelque influence de son contemporain Marselli, mieux que tant d’écrivains militaires, réussit à faire apparaître les vraies limites de Jomini et des “Prophètes” (Mahan, Douhet) ses disciples.

Dans les années trente, les “Direttive per l’impiego delle Grandi Unità” de l’Armée (1935) qui constituent la philosophie stratégique italienne jusqu’à la douloureuse conclusion de la guerre en 1943, pourraient être définies comme nettement clausewitziennes si elles n’avaient pas une limite fondamentale : la confusion entre “vouloir” et “pouvoir” et l’accentuation de la guerre offensive, de la personnalité des Chefs, de l’esprit d’initia­tive jusqu’à en faire quelque chose de très proche d’un dogme. De cette façon, les “Directives” contredisent en fait trois caractères de base de l’approche clausewitzienne : la coïncidence entre théorie et pratique, l’antidogmatisme et ce que nous pour­rions appeler la phénoménologie de la guerre réelle qui, par exemple, impose de tenir compte de la “guerre d’usure”, des ententes, des obstacles que rencontre toujours l’action et des possibilités réelles de l’instrument.

En d’autres termes, il s’agit d’une doctrine qui individualise assez bien la forme de guerre convenant le mieux à l’Italie à ce moment-là, une sorte de “blitzkrieg” avant l’heure, mais qui élude les capacités effectives de la conduire. Il suffit d’en lire les prémisses :

Une guerre de position qui chercherait et même rempor­terait la victoire par la destruction lente et progressive de l’adversaire, abattrait matériellement et moralement une nation comme la nôtre, riche en hommes, mais pauvre en matières premières et presque isolée par la mer. Notre guerre doit être une guerre de mouvement. Des circons­tances imprévisibles et des causes de force majeure peuvent imposer aussi d’autres formes de guerre : peu importe. Préparation, éducation des Chefs, des troupes, du peuple, si on s’oriente vers la guerre de mouvement, on pourra s’adapter à un quelconque changement ; dans le cas contraire, la préparation fera défaut et, par conséquent, il sera impossible de faire le mouvement et de remporter une victoire décisive.

Arrivé à ce point, il est inutile de rappeler qu’à cause de l’absence de préparation et de direction, la stratégie italienne de 1940-1943 n’a été ni clausewitzienne, ni anticlausewitzienne. Il y a eu un ensemble d’expédients, comme le disait Moltke, mais de mauvais expédients, souvent utilisés pour répondre à des velléi­tés politiques ne tenant pas compte des limites et possibilités de l’instrument militaire. Dans cette situation, la traduction inté­grale de Vom Kriege en 1942 est passée pratique­ment inaperçue ; de même on ne sait à quel motif correspond un condensé de cent pages publié, ironie du sort, par la Casa Editrice Sansoni en 1943 (annus horribilis de l’histoire politique et militaire italienne) et réédité en 199131.

Les nombreux disciples italiens de Clausewitz et le petit nombre des anticlausewitziens à l’ère nucléaire

Après 1945, les études clausewitziennes en Italie n’ajoutent rien de nouveau aux écrits précédents, au moins du point de vue de l’art militaire. Les analyses de l’ampleur politique de sa pensée ainsi que les tentatives pour l’actualiser prévalent, en la mettant en relation avec la réalité de la guerre froide et avec la période post-guerre froide ; cependant aucune de ces tentatives n’est de portée comparable aux deux volumes de Raymond Aron : Penser la guerre. Clausewitz (1976). Aucune traduction italienne de cet ouvrage n’a vu le jour si ce n’est en 1991, un petit recueil d’essais et de conférence d’Aron, dans la période 1972-198032.

Piero Pieri, excellent historien militaire, a publié en 1955 une synthèse de six pages de la pensée de Clausewitz mettant en lumière avec bonheur divers aspects nouveaux, soulignant toutefois l’influence prépondérante de la pensée de Jomini sur les auteurs italiens du xixe siècle33. À part cet utile rappel histori­que, après 1945, de nombreux auteurs, militaires ou civils, plutôt que de se référer aux interprétations de la guerre et de la stra­tégie fournies par des écrivains italiens du passé, ont identifié tel passage théorique tout court34 au Vom Kriege, en publiant dans les revues militaires une série étoffée d’études dont la meilleure part n’est qu’une efficace démonstration de ce qu’on ne doit jamais faire d’une théorie : en extrapoler quelque passage sans aucune référence au contexte, pour en tirer des conclusions s’appliquant à l’ensemble de la pensée de l’auteur et/ou sur son utilité pratique ou non à l’époque.

On peut dire, à propos d’une bonne partie des récents écrits que, sans être clausewitziens, ils sont pleins de louanges pour le général prussien. Les deux autorités militaires les plus en vue en Italie d’après guerre, le général Paolo Supino et le général Carlo Jean, sont, l’un un adversaire résolu de Clausewitz, l’autre un fidèle inconditionnel. Les éléments discutables dans la pensée de Supino (active dans la phase initiale de la guerre froide, particu­lièrement entre 1951 et 1965) sont au nombre de deux :

1.       une nette (et combien inexistante) césure entre la straté­gie nucléaire et la stratégie classique, avec une croyance déjà typique, chez Marselli dans la technique et dans la recherche opérative qui réduiraient toujours plus la marge de l’imprévu ;

2.       un antihistoricisme résolu, au demeurant démenti de fait par les fréquentes références critiques à l’histoire des deux guerres mondiales.

Interprétant le concept de guerre chez Clausewitz exclusive­ment comme une guerre totale sur le modèle des deux guerres mondiales, Supino se déclare d’accord avec le général von Seekt qui affirme que la guerre (et à plus forte raison la guerre nucléaire) n’est plus la continuation de la politique, mais tout au plus la faillite de la politique. Il tient l’histoire pour “la source de l’arthrose intellectuelle” parce que, comme telle, elle engendre des dogmatismes et des conservatismes qui cachent la réalité de la guerre moderne ; il arrive aussi à nier l’existence, non seulement des principes, mais aussi de l’art ou de la science même de la guerre. D’après lui, si on “considère le caractère scientifico-technique qu’ont pris les activités concernant la guerre et, en particulier, la préparation et l’emploi de forces armées modernes, on devrait plutôt parler de “technique de la guerre” comme fait Bouthoul. De même, on devrait substituer au mot “principes” le terme “propositions”, emprunté à la logique mathématique et qui convient mieux à la technique opérative en ouvrant la voie dans le domaine stratégique à l’emploi du calcul des probabilités et des sciences statistiques. En somme, Supino pourrait se définir comme un “jominien scientifique” sans l’aide de Jomini, c’est-à-dire, sans les principes historicistes jominiens.

Le général Jean, qui, en 1989, s’est chargé d’une réimpres­sion de la traduction de 1942 de Della Guerra éditée par les soins de la Rivista Militare, a publié en 1978 une importante étude dans laquelle, au tout début, on trouve cette affirmation inexac­te : Clausewitz “vise à définir une théorie réaliste de la guerre” et a l’intention d’élaborer “un système (sic) issu de ce qui est contingent parce qu’il est lié à la nature intrinsèque du phéno­mène” ; une autre affirmation peu heureuse rappelle que Clause­witz “ne se promettait pas de construire une doctrine positive de la guerre et de la stratégie” étant donné qu’il y substitue ou confond, on ne sait pourquoi, théorie et doctrine35. À l’exception de ces inexactitudes partielles, reconnues comme telles plus tard par l’auteur, Jean entend démontrer “la validité substantielle” de beaucoup de passages importants de Della Guerra qu’il énu­mère : impossibilité de considérer la guerre comme un phénomène purement militaire ; hiérarchie des objectifs et des moyens ; rapports réciproques entre politique, stratégie et tactique et entre forces intellectuelles, morales et matérielles ; nécessité d’une inté­gration réciproque entre la politique et la stratégie et entre cette dernière et la tactique ; impossibilité de définir une théorie positive de la guerre qui contienne des normes et des préceptes valables dans toute circonstance ; spécificité de toute situation particulière et de chacune des décisions ; importance de la préparation dans le domaine culturel, du coup d’œil et de l’esprit de décision des chefs militaires ; nécessité de disposer d’une théorie fiable de la guerre…

On ne peut qu’être d’accord avec un grand nombre de ces raisons en excluant naturellement les allusions au rapport entre forces spirituelles et matérielles (Della Guerra penche plus en faveur des premières forces), à l’importance de la préparation culturelle (un vrai Chef, pour Clausewitz peut être aussi inculte et il l’est souvent) et à la nécessité de disposer “d’une théorie fiable de la guerre” contredisant la thèse précédente selon laquel­le il est impossible de définir une “théorie positive” de la guerre. Jean fait appel à Raymond Aron et débat à juste titre avec l’école anticlausewitzienne anglaise (Liddell Hart, Keegan) qui ne fait de Clausewitz qu’un guide de la guerre sur terre, menée à fond. À relever, son affirmation que le concept de stratégie chez Clause­witz n’est pas en fait en contradiction avec la “stratégie indirecte” traditionnellement privilégiée par l’Angleterre et par ses écrivains militaires :

En réalité, la conception clausewitzienne, qui fournit seulement une méthode de pensée en vue d’affronter les problèmes posés par les conflits, inclut dans sa définition même la soi-disant stratégie indirecte. La règle du com­portement stratégique est d’obtenir le résultat qu’on se propose avec le minimum d’efforts. Si les conditions particulières exigées par l’existence des armes nucléaires font qu’il n’est pas raisonnable d’affronter des risques majeurs, les conflits se manifesteront sous une forme plus limitée que celle qu’ils auraient dans le cas contraire ; à la limite, on se passera de recourir à la force des armes. Stratégie directe et stratégie indirecte semblent substan­tiellement la même chose (…). La distinction entre les deux “types” de stratégie semble par conséquent tout à fait discutable. L’une nuance l’autre. Ce n’est pas un paradoxe d’affirmer que la meilleure stratégie n’est ni la directe, ni l’indirecte, mais celle qui, dans la situation contingente, assure le succès, ce qui permet d’atteindre, avec le minimum d’efforts, le but recherché par la politique.

Ces conclusions semblent très importantes, et pas seulement pour décider une bonne fois sur la vexata quaestio36 de l’actualité ou non de l’approche stratégique clausewitzienne à l’ère nucléaire. Elles disent que, dans la période de la guerre froide comme dans celle d’avant ou d’après celle-ci, les fondements logiques de la stratégie sont restés ceux de toujours. C’est une chose différente de la politique avec laquelle elle est aujourd’hui confondue par de nombreux partisans du concept de stratégie globale ; elle conserve au moins fondamentalement l’emploi (heu­reusement non exclusif et seulement potentiel) de l’instrument armé. On ne peut négliger une retombée historique importante : si la stratégie (en particulier chez Clausewitz, mais pas seule­ment chez lui) est la recherche du résultat le plus efficace avec le minimum d’efforts, comment la Première Guerre mondiale peut-elle être définie “clausewitzienne”, laquelle, même pour le pays vainqueur, a obtenu tout au plus le résultat minimum politique et militaire avec le maximum d’efforts ?

La validité de la pensée de Clausewitz, avec une référence particulière à la nature de la guerre et à son rapport avec la politique, est affirmée par Jean sans réserve ni restriction, tant dans ses écrits de la guerre froide que de la période post guerre froide37. Dans cette dernière période, Jean conteste encore une fois les thèses des anticlausewitziens (Van Creveld, Keegan) selon lesquels la puissance des États (auxquels Clausewitz se réfère), serait désormais contrôlée par les organisations interna­tionales et régionales et la guerre ne serait plus livrée pour des objectifs politiques des États mais pour des raisons de justice, de religion, d’ethnies, etc. avec des peuples réagissant sous l’impul­sion d’émotions conditionnées par les technologies de l’infor­mation.

En revanche, selon Jean, même après la guerre froide “les conceptions du général prussien conservent leur pleine valeur parce qu’elles peuvent expliquer les conflits internes des États, tenir compte des émotions induites dans le peuple grâce aux médias ainsi que de la rationalité limitée de la politique et de l’acceptation des pertes (…). La théorie de la guerre de Clausewitz considère non seulement les forces rationnelles, mais, aussi irrationnelles et même a-rationnelles”. Et puisque dans le concept clausewitzien l’essence de la guerre est issue de la triade : vio­lence originelle, jeu des probabilités, dépendance de la politique, l’essence de la guerre est “un objet métallique soutenu par trois aimants (…). C’est un caméléon qui varie selon les circonstances changeantes, qui est instable, linéaire, différent suivant les cas”.

En définitive, pour Jean, à la triade de base : gouvernement, peuple, forces armées, continuent à correspondre “les triades suivantes : tactique/stratégie/politique ; victoire tactique/objectif stratégique/but politique ; forces matérielles/forces morales/ forces intellectuelles ; risques/coût/bénéfices et en route !!!” Aujourd’hui la politique, du moins celle des grands États (États-Unis, Russie, Chine, Inde...) est bien vivante, et fait toujours sentir davantage sa puissance. Ces réflexions sont conformes à la réalité actuelle ; mais, encore une fois, elles considèrent seule­ment l’interface des théories clausewitiennes... ce qui est plus aisé pour l’auteur. En revanche, à notre avis, avant d’affirmer “la pleine validité” de ces théories, il est nécessaire d’évaluer les théories au moyen d’un simple fait : depuis 1914, les sociétés industrielle ne se sont montrées capables que de mener des guerres de matériel et de technologies dont le but était de se substituer, pas toujours avec succès, au génie du Chef et à l’esprit guerrier du peuple et de l’armée (devenus, à l’occasion, prérogatives de l’ennemi).

Deux auteurs “civils” rejoignent les militaires Supino et Jean : Loris Rizzi et Gian Enrico Rusconi qui ont le mérite d’avoir consacré à Clausewitz des ouvrages et non de simples études ou des citations. Le titre du travail de Rizzi (Clausewitz, l’arte militare, l’età nucleare ; logica e grammatica della Guerra38), paru vers le fin de la guerre froide, indique le motif de fond, si habituel : la pensée de Clausewitz est-elle encore valable à l’ère nucléaire ? La réponse de Rizzi est affirmative, comme cela était prévisible. Il ne se résigne ni à l’équilibre de la terreur, ni à une paix indifférenciée et, pour cela, il s’en tient fermement “à une troisième voie médiane dans laquelle le conflit politique et la différence ne sont pas liés a priori à la menace de l’holocauste final” (cela revient à dire que Clausewitz est la seule ancre de salut). Il met bien le doigt sur un aspect fondamental et toujours valable de la théorie clausewitzienne : ne pas prétendre (comme Jomini, Supino, Marselli…) dominer l’imprévisible et la face toujours changeante de la guerre et de la politique, mais étudier à fond le phénomène, préparant ainsi le mieux possible les instruments conceptuels en vue des choix difficiles qui pourront s’imposer. Rizzi cite opportunément une affirmation de Norbetto Bobbio qui reflète bien le dilemme de la guerre nucléaire, avec une approche semblable à celle d’Aron : “affirmer que la guerre, à laquelle on ajoute le degré de crainte de la guerre atomique, est devenue impossible, signifie qu’on considère efficace la dissuasion exercée grâce à la menace réciproque de destruction ; mais la dissuasion n’est efficace que si la guerre est possible (…).La situation d’équilibre de la terreur peut être définie comme celle dans laquelle la guerre est devenue impossible (…) par le fait même d’être encore possible39.

On met ici ouvertement en avant la validité d’une approche clausewitzienne et d’une logique commune entre stratégie et politique. Rizzi, au même moment, manifeste sa méfiance envers les tentatives “rationalisantes” des nuclear strategists qu’il juge avec raison dangereuses et irréalistes : ainsi, le “bouclier spatial” est jugé déstabilisant (le général Supino l’avait jugé ainsi). Toutefois, un aspect important de la réalité nucléaire, valable encore de nos jours, échappe à Rizzi : dans la mesure où l’on compte avant tout sur le matériel et sur les technologies, ces dernières imposent, pour ainsi dire, leur propre langage et leur propre logique qui se heurtent de front au spiritualisme clause­witzien, en le subordonnant à d’autres approches et en le rendant étranger aux diverses “doctrines”, (la dernière d’entre elles : “Révolution dans les affaires militaires”, triomphe des technolo­gies sophistiquées et donc reflet des exigences de la nation-guide).

Le dernier livre italien sur Clausewitz, publié en 1999 par Gian Enrico Rusconi, est d’un caractère assez différent de celui de Rizzi40. Rusconi est surtout intéressé par le contexte politico-social et historique (prussien et européen) dans lequel ont pris corps les théories de Clausewitz, avec leurs réflexions sur le débat politico-militaire, sur les doctrines et sur l’action concrète politique et militaire des gouvernements et des États-Majors (surtout allemands) jusqu’à la dernière guerre mondiale. C’est le premier auteur italien à se référer aux sources originelles alle­mandes, non seulement à Vom Kriege, mais à tous les écrits de l’auteur. La bibliographie est très riche, les observations qui se rapportent à l’ambiance dans laquelle vivait et opérait le général prussien sont remarquables. En revanche, les pages de la conclusion, comportant des références à l’actualité, sont peu nombreuses et très denses : moins de 12 sur 394. Rusconi y note le contraste entre les interprétations allemandes de Clausewitz jusqu’à la guerre 1939-1945 et celles d’après la guerre, selon lesquelles, si les idées de Clausewitz sur le rapport entre guerre et politique avaient été réellement comprises, il n’aurait pas été nécessaire d’en arriver à la Seconde Guerre mondiale ; énième démonstration de la tendance séculaire qui consiste à donner de ses théories les lectures les plus antithétiques. Lui non plus, d’une autre manière, n’est pas d’accord avec les préjugés anti­clausewitziens des Anglais et en particulier de Keegan41, faisant observer avec raison que, même si la prospective de Clausewitz est datée et continentaliste, elle “reste pour toujours incluse dans la manière moderno-occidentale de penser la guerre, comprenant la dimension “océaniste”.

Rusconi ajoute que, si l’œuvre de Clausewitz respecte les critères et les raisons de l’État-nation prussien, de même les théories et les praxis stratégiques de caractère maritime (comme celles des Anglais et des États-Unis) respectent également les exigences spécifiques de ces États : “ce que l’historien anglais ne dit pas clairement est que tout le reste dans l’impérialisme libéral anglais n’est qu’une variante (…). Nous nous serions attendu de la part d’un historien anglais comme Keegan à une réflexion systématique sur le rapport entre la politique libérale et la politique impérialiste américaine opposée au teutonisme42.

Les autres considérations de Rusconi tournent autour de deux concepts qui, bien qu’élémentaires ont rarement été présen­tés par ceux qui se sont occupés de Clausewitz : l’inopportunité d’en donner une lecture purement militaire et la nécessité d’éviter aujourd’hui une interprétation littérale des termes et concepts utilisés par l’auteur. En faisant ainsi, on perdrait de vue qu’il vit et écrit à l’ombre d’un État monarchique et autocrate, post-napoléonien ; cependant, même pour Rusconi, de grandes parties de l’œuvre de Clausewitz restent valables à condition qu’on adapte ses concepts à la réalité politico-sociale actuelle. Par exemple, le concept de puissance est remplacé par celui plus actuel de sécurité ; dans le passé, le primat de la politique est placé dans les mains du souverain alors qu’aujourd’hui il est entre celles de l’État démocratique. l’actuelle recherche de la rationalité et de l’efficacité politique de la guerre correspond au refus de Clausewitz de concéder l’autonomie à la guerre elle-même et à son affirmation disant que, pour être effective, elle doit être approuvée par le peuple ; sa distinction entre la logique politique de la guerre et la “grammaire” de l’événement guerrier est toujours actuelle.

L’affirmation de Clausewitz, à savoir que ce qui compte vraiment, c’est la possibilité réelle et la disponibilité effective pour la guerre, est interprétée par Rusconi dans le sens qu’aujourd’hui, les démocraties devront prendre acte de ce qu’on ne peut rien substituer à l’instrument militaire dans la gestion des conflits et des crises. En conséquence, elles doivent se pré­parer à l’utiliser comme mesure extrême ou bien en brandissant la menace de son utilisation avec l’idée que cette menace est d’autant plus crédible “qu’elle est renforcée par une disposition adéquate et conscient et aussi une culture militaire”. Nous pouvons faire nôtre la conclusion de Rusconi, à savoir que “la culture militaire, la compétence stratégique et la conscience démo­cratique ne sont pas pour nous des termes incompatibles comme ils le furent pour le Prussien Clausewitz” ; il suffit seulement d’ajouter que Clausewitz est démocrate comme peu le sont quand il donne une importance si appuyée à la guerre des peuples et au sentiment populaire... Il n’empêche que sur l’autre plateau de la balance, on trouve ces mots ironiques sur la guerre “conduite à coups de fleurets” au xixe siècle, et on doit pareillement retenir que dans le concept de Clausewitz, repris et actualisé par Rusconi, il n’y a aucune place pour les paradigmes actuellement diffusés comme guerre juste/injuste et guerre “humanitaire”/ antihumanitaire, comme pour la soi-disant guerre “post-héroï­que” ou pour la guerre “zéro mort”.

Conclusion

La structure de l’organisation militaire italienne est demeu­rée, pendant le xxe siècle, plus jominienne que clausewitzienne : Clausewitz lui-même est resté un modèle idéal plus ou moins conscient, mais assez rarement une réalité. Au plan général, en Italie comme ailleurs, dans les études sur Clausewitz reste, selon nous, un vide à remplir : l’examen organique des possibilités d’adapter la part la moins dépassée et la moins “terrestre” de ses théories à la guerre maritime et aérospatiale d’aujourd’hui, en suivant la route esquissée il y a longtemps par Corbett. À ce sujet, deux points de départ sont clairs : le premier est que la logique stratégique de la guerre est unique et identique à celle de la politique, on ne peut admettre de stratégies “séparées” ou “spéciales”. Cela signifie aussi que les stratégies particulières (et les relatives “puissances”) de la mer, de l’air et de l’espace ont le même objectif politique que la stratégie terrestre et donc ne disparaîtront pas - comme certains continuent à l’écrire - dans la victoire remportée dans l’élément respectif, et/ou dans la conquête de la maîtrise de tel ou tel élément43. Le second point de départ est que de telles guerres et de telles stratégies sont depuis toujours encore plus dépendantes que la guerre terrestre de la technologie et du matériel, donc elles peuvent se dire sans hésitation plus jominiennes (et moins clausewitziennes) que cette dernière.

Comme l’a bien mis en évidence Bruno Colson dans son livre : La culture stratégique américaine, il n’y a rien d’extraor­dinaire si l’influence de Jomini aux États-Unis a été si forte jusqu’à nos jours. Le spiritualisme clausewitzien n’a jamais rencontré un grand succès ni n’a fait l’objet d’applications concrè­tes dans les deux grandes démocraties occidentales géopolitique­ment insulaires : elles ont toujours répugné à mener une guerre terrestre de masse et centre-européenne, laquelle appartient à l’arrière-plan de Vom Kriege, privilégiant plutôt l’emploi de la flotte et, au xxe siècle, celui de la force aérienne, combinées à l’instrument diplomatique et économique pour remplacer dans les limites du possible les forces terrestres44.

Même si Trafalgar aurait été peu de chose sans Waterloo, il a créé un modèle géopolitique et géostratégique, antinapoléonien et anticlausewitzien, étranger à l’Europe continentale. Ainsi, tandis que Napoléon est resté jusqu’à nos jours dans la mémoire culturelle des grandes armées du continent, au contraire, outre-Manche et au-delà de l’Océan, les modèles retenus ont été Nelson et la guerre d’escadres que le jominien Mahan a pour ainsi dire érigés en dogme, exactement comme Jomini l’a fait de Napoléon. Les stratégistes nucléaires civils de l’après-guerre, faisant des hypothèses sur les comportements rationnels de l’adversaire et recherchant des systèmes (peu convaincants) et des doctrines d’emploi ou de non emploi de la bombe, ignorant le passé, sont restés paradoxalement dans le sillage de Jomini ; si nous voulons vraiment retrouver Clausewitz après 1945, nous devons aller le chercher parmi les peuples qui ont conduit avec succès les guerres anticoloniales, mettant en déroute, avec des moyens avant tout politico-sociaux, des armées infiniment plus puissantes et modernes, confirmant par là ce que dit Clausewitz de la campagne de Russie : c’était tout simplement une guerre qu’on ne pouvait gagner. Dans les dernières guerres du xxe siècle (guerres du Golfe et de Yougoslavie) on retrouve la énième démonstration de l’irréversible tendance de l’Occident à rempla­cer le Chef clausewitzien et son Armée par des technologies avancées ; mais cela sera-t-il toujours possible ?

 

                                                                                            Traduit de l’italien par
                                                                                        le commandant Jean Pagès

 

 

Notes:

 

        Sur Jomini et Clausewitz en Italie, nous nous référerons désormais à notre ouvrage Il pensiero militare e navale italiano dalla Rivoluzione Fran­cese alla prima guerra mondiale, vol. I 1789-1848, Rome, Ufficio Storico Stato Maggiore Esercito 1995 (spécialement les chapitres II et III) et à L’arte militare del 2000, Rome, Rivista Militare, 1998, chapitres I et II. Voir aussi Piero Pieri, Guerra e politica negli scrittori italiani (1955), 2e éd. 1975, Milan, Mondadori, pp. 130-227.

        Cf. Bruno Colson, La culture stratégique américaine. L’influence de Jomini, Paris, Paris, Économica, 1993, et Hervé Coutau-Bégarie, Traité de stratégie, Paris, Économica, 1999, pp. 183-218.

        Cf. Giuseppe Cridis, Della politica militare – libri quattro Turin, Per l’allianza, 1824.

        Cf. Carlo De Cristoforis, Che cosa sia la guerra, publication posthume sous la direction de C. Guttieri, Milan, Ditta Boniardi, Bogliani di E. Besozzi, 1860.

        Cf. Vincenzo Molinari, L’arte militare – Libri sei (Filosofia de la guerra – istituzioni militari – tattica pura – logistica – machetica – strategia), Parme, Pietro Grazioi, 1872.

        En français dans le texte NDT.

        Voir sur le concept actuel d’“art opératif”, Hervé Coutau-Bégarie, dans Th. de Montbrial et Jean Klein, Dictionnaire de stratégie, Paris, PUF, 2000, p. 60.

        La Bibliothèque centrale militaire italienne possède de Heinrich Brandt : Aphorismen über bevorstehende Veränderungen in der Taktik, Berlin, Mittler, 1868. Brandt est aussi l’auteur d’un Vocabulaire militaire (1841).

        Nicola Marselli, La guerra e la sua storia, Milan, Voghera, 1875, 3 vol.

10       Traduction française : Mac Dougall (lieutenant-colonel), Considéra­tions nouvelles sur l’art de la guerre chez les Anglais (traducteur J.A. Mackintosh), Poitiers, Budin, 1862.

11       Marselli, op. cit., vol. II, pp. 326-327.

12       Marselli, op. cit., vol. II, pp. 76 et 241-242.

13       Enrico Barone, Lezioni di arte militare, Turin, Scuola d’applicazione, 1888, p. 10.

14       Domenico Bonamico, Scritti sul potere marittimo (1878-1914), Rome, Ufficio Storico Marina, 1998 (éd. par F. Botti), tome II, pp. 87-147 et 363-424.

15       Traduction italienne : Alcuni principî di strategia marittima, Rome, Ufficio Storico Marina, 1995.

16       En français dans le texte (NDT)

17       Ettore Bastico, L’évoluzione dell’arte della guerra, Florence, Casa Ed. militare italiana, 1924, vol. II, pp. 204-209.

18       À ce sujet, nous nous associons à ce qu’affirme Raimondo Luraghi dans l’ouvrage fondamental “L’ideologia della guerra industriale 1861-1945”, dans Memorie Storico-Militari, Rome, SME, Uficio Storico, 1980, pp. 169-190.

19       Divers auteurs, Lessico militare Italiano, Milan, Vallardi, 1917, vol. I.

20       Cf. Domenico Guerrini, Introduzione allo studio della storia militare, Turin, Accame 1922 et Emilio Canevari, Il methodo scientifico nello studio della guerra, Rome, Tip. Administrazione della guerra, 1922.

21       Carl von Clausewitz, Della guerra, Milan, réimpression Mondadori, 1970, Libro II-IV, Il Metodismo, pp. 133-134.

22       Emilio Canevari – Giuseppe Prezzolini, Marte – Antologia Militare, Florence, Bemporad, 1925, vol. II, pp. 11-13.

23       Ettore Bastico, op. cit., vol. I, pp. 169-176.

24       Emilio Boblio, La guerra nel suo sviluppo storico, Turin, Schioppo, 1927, pp. 180-183.

25       Emilio Canevari, Clausewitz e la guerra odierna, Rome, Typographie La Cardinal, Ferrari, 1930 et Clausewitz, Della guerra – pagine scelte, Turin, Schioppo, 1930 (sous la direction de O. Blatto).

26       Enciclopedia Militare, Milan, 1933, vol. III, pp. 87-88.

27       Voir aussi les articles que Canevari consacre à Clausewitz dans “Rassegha di Cultura Miltare del 1939” ainsi que le chapitre sur Vom Kriege dans l’œuvre Lo Stato Magiore Germanico da Federico il Grande a Hitler, Milan, Mondadori, 1941 ; en outre, dans les deux volumes de Lo spirito della guerra moderna et la lotta delle fonterie, Cremone, E. Cremona Nuova, 1935, Canevari critique la conduite de la guerre 1914-1918 telle qu’elle a été conçue par l’État-major français ; cependant son principal objectif est la stratégie méthodique du général Cadorna.

28       Canevari, Clausewitz e la guerra odierna, op. cit., p. 123.

29       Della Guerra - pagine scelte, sous la direction de O. Blatto (op. cit.), pp 9-10. Dans sa bibliographie Blatto cite aussi les études sur Clausewitz de von Caemmerer, Camon, Cardot, de La Barre Duparcq, Freytag-Loringho­ven, Gilbert, Neuens, Schwartz, Vatry.

30       Benedetto Croce, “Azione, successo e giudizio : note in margine al Vom Kriege di Clausewitz”, in Ultimi Saggi, Bari, Laterza, 1935, pp 266-279.

31       Cf. Carl von Clausewitz, Pensieri sulla guerra (traduction de G. Cardo­na), 1ère édition, Florence, Sansoni, 1943 ; 2e édition, Florence, Sansoni, 1991, 107 p.

32       Cf. Raymond Aron, Clausewitz, Bologne, Il Mulino, 1991, traduction de Rinaldo Falcioni ; introduction de Carlo M. Santoro. Édition originale : Sur Clausewitz, Bruxelles, édition Complexe, 1987.

33       Pieri, op. cit., pp. 146-152 et 226.

34       En français dans le texte, NDA

35       Carlo Jean, “Teorica della guerra e pensiero del generale Karl von Clausewitz”, Rivista Militare, n° 3/1978, pp. 40-50.

36       En latin, “question controversée”.

37       Jean, “Il pensiero strategico : continuità ed evoluzione”, in AA. VV., Il pensiero strategico sous la direction de Carlo Jean, Milan, Franco Angeli, 1985, pp. 65-100, et id., Guerra, strategia e sicurezza, Bari, Laterza, 1997, pp. 19-33.

38       Milan, Rizzoli, 1987.

39       Id., p. 270, cité par Norberto Bobbio, Il problema della guerra e le vie della pace, Bologne, Il Mulino, 1879.

40       Cf. Gian Enrico Rusconi, Clausewitz il prussiano – la politica della guerra nell’equilibro europeo, Turin, Einaudi, 1999.

41       Rusconi se réfère à John Keegan, “Peace by other means. War, popular opinion and politically incorrect Clausewitz”, The Times Literary Supple­ment, 11 décembre 1992.

42       Rusconi, op. cit., p. 262.

43       H. Coutau-Bégarie est du même avis, op. cit., pp. 465-470.

44       Cf. à ce sujet, notre “Rivolzione o mutamento ? Le fondamenta storiche e teoriche della strategia occidentale”, Informazioni della Difesa n° 3 /1999, pp. 8-17.

 

 Copyright www.stratisc.org - 2005 - Conception - Bertrand Degoy, Alain De Neve, Joseph Henrotin