PARADIGME CLAUSEWITZIEN ET DISCOURS STRATEGIQUE AUX ÉTATS-UNIS 1945-1999

Christophe Wasinski

 

L’objet de notre analyse est l’utilisation de la célèbre “Formule de Clausewitz par le discours stratégique américain. Par Formule, nous reprenons le terme de Raymond Aron quand il désigne la fameuse citation issue de Vom Kriege selon laquelle “la guerre est une simple continuation de la politique par d’autres moyens1. Mais si Aron a écrit deux volumes fondamentaux sur l’œuvre de Clausewitz et ses filia­tions, il a délibérément laissé de côté l’étude de l’impact du Prussien aux États-Unis pour se concentrer, principalement, sur l’utilisation germanique et communiste de ce dernier2. Par contre, la thèse de Christopher Bassford donne une très bonne idée de la diffusion des idées de Clausewitz aux États-Unis et en Grande-Bretagne pour la période qui s’étend de 1815 à 19453. À cela, il faut ajouter le travail de Bruno Colson sur l’influence de Jomini dans la culture stratégique américaine - car souvent le fait de mentionner Jomini implique de se positionner à l’égard de son “frère ennemi” prussien4. En s’appuyant sur ces trois travaux, il est possible de mieux décrypter les idées circulant sur Clausewitz outre Atlantique. Au total, l’enjeu de cet investisse­ment sera de saisir, dans le discours, comment les stratèges américains envisagent la relation entre guerre et politique, Clausewitz devenant un filtre révélateur.

avant la Seconde Guerre mondiale

Force est de constater que la période qui s’étend de 1815 à la fin de la guerre du Vietnam est assez pauvre en références à Clausewitz. À certains égards, on en est même réduit à de simples conjectures, mais il serait totalement faux d’affirmer qu’il n’existe aucun contact entre les États-Unis et la pensée du général prussien. Rappelons d’abord que la première traduction en anglais de Vom Kriege - On War - date de 1873 (par James John Graham). Cette édition britannique a été un échec commer­cial pour son éditeur. Il faut attendre 1808 pour qu’une nouvelle traduction anglaise apparaisse (par F.N. Maude, republiée en 1911, 1918, 1938 et 1949). Entre-temps, aux États-Unis, A.T. Mahan avait pris connaissance de Clausewitz5. D’autre part, certains textes du Prussien, traduits en français (comme celui sur la campagne de 1815) auraient pu être lus par des officiers américains - nombre de ceux-ci pratiquaient alors cette langue. En résumé, s’il existe une influence de Clausewitz durant cette période elle est assez indirecte. Il ne fait en tout cas aucun doute que le nom de l’officier prussien était “connu” au travers des écrits d’auteurs étrangers, plus particulièrement Colmar von der Goltz et Julian Corbett. La Première Guerre mondiale fera resurgir le nom de Clausewitz car il est associé à l’ennemi. Puis, durant l’entre-deux-guerres, seul un officier de l’armée de terre approcha sérieusement les idées de Clausewitz ; il s’agit de John MacAuley Palmer. Il se servait de Vom Kriege pour défendre le projet d’une armée professionnelle de petite taille aux États-Unis. A contrario, les penseurs de la puissance aérienne - Airpower - n’utilisent guère Clausewitz. On n’en retrouve pas trace chez Mitchell (ni chez l’Italien Douhet) et une seule réfé­rence chez de Seversky. Durant la Seconde Guerre mondiale, différents officiers furent exposés à la pensée de Clausewitz. Certains n’en firent pas grand cas, tels que les généraux Patton et Wedemeyer6. D’autres montrèrent plus d’égards (par exemple, le général Marshall). Seul Eisenhower se montra un élève assidu de Vom Kriege, qu’il avait lu par trois fois dans les années 20. Des commentateurs plus modernes affirmeront que sa perception du risque d’escalade et sa compréhension de l’équilibre entre fins et moyens à propos de la stratégie nucléaire, donc lorsqu’il deviendra président, peuvent être mis en parallèle avec sa lecture de On War7.

Il faut donc attendre la Seconde Guerre mondiale pour qu’un intérêt réel pour l’œuvre de Clausewitz se profile. Cet intérêt est motivé par le désir de mieux connaître la stratégie et la façon dont l’Allemagne la pratique. Ainsi, en 1942, Hans Gatzke, un Américain originaire d’Allemagne, traduit le document que l’offi­cier prussien avait destiné à l’éducation du prince Frédéric Guillaume - Die wichtingsten Grundsätze des Kriegführens zur Ergänzung meines Unterrichts bei Sr. Königlichen Hoheit dem Kronzprinzen - sous le titre anglais Principles of War8. Puis, Otto J. Matthijs Jolles produit une nouvelle traduction de Vom Kriege en 19439. Enfin, un séminaire tenu en 1940 à Princeton par Edward Mead Earle débouchera sur la publication du fameux Makers of Modern Strategy en 1943. Sur 21 chapitres, 10 citent Clausewitz (un chapitre lui est naturellement réservé). Il faut noter que plusieurs auteurs de cet ouvrage provenaient d’Alle­magne (et un d’Autriche)10. C’est ici que débute réellement la période de socialisation de Clausewitz dans le discours straté­gique américain.

de la fin de la Seconde Guerre mondiale
à la fin de la guerre du Vietnam

Durant la période qui s’étend de 1945 à, approximativement, 1975, les références à Clausewitz deviennent de plus en plus nombreuses. L’édition de On War de O.M. Jolles (1943) sera republiée en 1950. En 1962, le colonel Edward M. Collins, de l’U.S. Air Force, édite une version abrégée de On War - War, Politics, and Power -, qui contient en fait moins de 15 % de l’ori­ginal11. Notons aussi l’un des premiers articles de Peter Paret, un des plus grands spécialistes de Clausewitz aujourd’hui, publié en 1969. Il dresse un bilan des textes qui lui sont consacrés. L’article sera reproduit dans la Military Review la même année12.

Mais, plus fondamentalement, les nombreuses références à Clausewitz, de provenances très différentes, nous posent un problème si nous désirons discerner des courants de pensée. L’utilisation des travaux de Clausewitz s’avère très incohérente. Chacun y trouve ce qu’il désire. Parfois même, son nom semble uniquement destiné à rehausser le contenu d’un article. Néan­moins, en observant de plus près notre objet d’analyse, certaines tendances s’esquissent.

Bien souvent, à partir de Clausewitz, des auteurs américains mettent en évidence le rôle de l’anéantissement des forces enne­mies au combat. L’anéantissement est, pour eux, l’objectif suprême à atteindre en vue d’imposer sa volonté à l’adversaire, donc de vaincre. Mais, en raisonnant de cette manière, on perd la substance de la pensée clausewitzienne. L’officier prussien affir­me que la guerre est dirigée par la politique. La politique donne sa forme à la guerre et n’implique pas le recours à une, et une seule, modalité d’opération (i.e. l’anéantissement). Au contraire, la sphère militaire, si elle se veut outil rationnel du politicien, doit pouvoir revêtir différentes formes ; dans certains cas, une démonstration de force pourra suffire. Malgré tout, un pan important du discours stratégique américain de l’époque utilise Clausewitz comme le propagateur de la guerre d’anéantissement. Il est, paradoxalement, considéré comme un “deuxième Jomini”.

On retrouve une telle opinion dans un document servant de base à l’apprentissage de Clausewitz à l’Académie de West Point - Clausewitz, Jomini, Schlieffen, édition de 1951. Il y est reproché à Clausewitz sa philosophie dite du sang et de l’acier. On le compare à Bismarck et aux idées de Hitler dans Mein Kampf13. Puis, dans l’ouvrage Military Heritage of America, datant de 1956, Clausewitz et Jomini sont associés comme les deux exégètes de la stratégie napoléonienne, donc d’anéantissement ; tous deux sont considérés comme complémentaires14. En 1967, l’ouvrage de l’amiral Wylie, Military Strategy. A General Theory of Power Control, classe Clausewitz dans l’approche directe et continentale de la guerre. Chez Wylie, Liddell Hart sert à compléter Clausewitz, à le rendre moins “sanglant”, moins orien­té vers la bataille décisive, grâce à l’approche indirecte15. Notons que pour Wylie, la guerre, pour une nation non agressive, doit être vue comme un effondrement de la politique - policy - et non comme sa continuation16. D’autres auteurs mettent Clausewitz en relation avec les armes nucléaires tactiques. Ici, il aide à mieux comprendre le rapport entre défense et offensive, car si la défense reste la forme la plus forte de la guerre, l’offensive est encore la seule modalité permettant de vaincre17. Or, il convient de considérer l’utilisation des armes nucléaires tactiques dans une perspective d’anéantissement. Notons que dans certains textes, l’idée d’anéantissement attribuée au Prussien est un peu plus élaborée : il convient de détruire la volonté de l’adversaire plutôt que ses forces physiques18. L’idée d’anéantissement se retrouve même intercalée dans des réflexions sur la guerre limitée. La destruction des forces ennemies - ou de leur moral - est une fois de plus mise évidence. Clausewitz sert d’interprète de la bataille d’anéantissement dans la guerre limitée19.

Aux États-Unis, un important propagateur de l’idée d’Airpo­wer a été le colonel D.O. Smith (futur général de brigade). Dans une étude des doctrines militaires, Smith faisait référence à Douhet, Clausewitz et Jomini, liant ces deux derniers dans une espèce de paradigme nouveau de l’anéantissement. Le fond de la démonstration de Smith ne s’avère pas très convaincante. En effet, il pense qu’à cette époque (son ouvrage date de 1955), l’anéantissement est devenu intolérable et que la guerre doit être limitée. Pour lui, cette limitation est rendue possible par l’appli­cation correcte de la puissance aérienne ; application groupée et non subordonnée20. Avec l’apparition de l’arme nucléaire, un tel raisonnement nous paraît des plus fallacieux. De facto, ce que propose Smith, c’est une guerre brève et paroxystique, en aucune façon une réfutation de l’anéantis­sement21. Bien entendu, les conceptions de Smith seront très mal perçues au sein de l’U.S. Army. Pour les membres de l’armée de terre, si Clausewitz a affirmé que le but de la guerre était la destruction de l’ennemi, le moyen d’y parvenir ne peut être confié à la seule aviation militaire. Ils soulignent également l’impuissance de l’aviation face à la subversion22. Au sein de l’U.S. Army, certains se refu­sent d’adhérer à une doctrine dont les préceptes découleraient de Clausewitz et Douhet23.

Pour le courant24, dit uptonien, de la guerre. Les sphères militaire et politique sont complètement séparées : si le politique déclenche un conflit, le militaire doit, lui, assurer la victoire libre de toute contingence civile (là où commence la guerre s’arrête la politique en somme)25. John E. Tashjean a fait remarquer, en 1982, que la guerre de Corée avait servi de révélateur aux tenants et détracteurs de l’approche uptonienne - il s’agissait bel et bien d’un commentaire lié à l’attitude de refus de MacArthur face aux ordres de Truman - qui ont précipité son limogeage26. En fait, de la fin de la Seconde Guerre mondiale à la guerre du Vietnam, certains auteurs ont utilisé Clausewitz dans l’optique de Upton. Le plus souvent, ils employèrent la Formule sans montrer qu’il existe un continuum entre politique et guerre. Tout au contraire, ils s’en servirent pour ériger une frontière entre les deux domaines. Il devenait, par exemple, impensable pour ces auteurs de mener des négociations pendant la durée du combat27. En corollaire, on retrouve souvent chez les uptoniens l’idée d’anéantissement sur le champ de bataille28.

Les plus attentifs à la pensée de Clausewitz affirment leur croyance dans la valeur de la Formule et rejettent l’anéantisse­ment. Ou, pour être plus précis, ils ne rejettent pas l’anéantis­sement, mais ne le conçoivent que comme une des modalités d’emploi de la force. Parmi ces auteurs, certains se sont intéres­sés à la guerre de guérilla et à la guerre limitée29. Assez logique­ment, c’est le rôle du politique qui est mis en évidence par ces commentateurs. La politique leur sert à comprendre la forme de la guerre, mais aussi, à une échelle plus restreinte, à comprendre les motivations du combattant irrégulier - l’idéologisation des guérilleros. La guerre est ici appréhendée comme un spectre allant de l’observation armée à l’anéantissement. Mais l’anéan­tissement est une modalité rejetée, car elle risque de provoquer une conflagration nucléaire. L’œuvre de Clausewitz envisageait aussi l’encadrement de populations (les milices) par des militai­res. Ce point de vue offre des possibilités de rapprochement avec la situation vietnamienne (les milices d’autodéfense irrégulières entraînées par les conseillers américains). Et pour finir, Clause­witz permet de prendre en compte le rôle de l’opinion publique dans ce type de conflit30.

Clausewitz et huntington

Il existe des rapports entre la pensée de Clausewitz, la guerre limitée et les travaux de Samuel P. Huntington. Ainsi, Huntington affirme que la Formule convient non seulement aux relations entre les États, mais est aussi valable dans les guerres internes. La guerre devient donc la continuation de la lutte entre groupes gouvernementaux et antigouvernementaux à l’intérieur de la société31. Huntington avait déjà utilisé Clausewitz dans son livre The Soldier and the State, publié en 1957 et très bien reçu dans les milieux militaires32. Il s’agissait d’une étude sur les liens entre l’establishment militaire et la politique de défense améri­caine. Huntington y vantait les mérites de l’armée profession­nelle. Attardons-nous à la thèse de l’auteur, qui fait le lien entre plusieurs phénomènes déjà analysés par Clausewitz. Pour lui, la Formule est l’antithèse de l’idée de croisade (notion qui apparaît régulièrement dans l’histoire des États-Unis) ; elle induit une pratique rationnelle de la guerre, alors que la croisade se fonde sur des valeurs et des éléments sentimentaux. Clausewitz avait déjà fait remarquer que la polarisation des guerres était surtout le fait du peuple en armes, peuple qu’il associe approximati­vement au siège des passions. Cela permettra à Huntington d’établir un parallèle entre peuple en armes et armées de cons­cription. Par conséquent, le fait de créer une armée profession­nelle, est un facteur propre à limiter le degré d’hostilité - en d’autres termes, à se rapprocher du schéma de l’Ancien Régime. En fait, Huntington prône une meilleure compréhension de la Formule, tournée à la fois vers l’extérieur et vers l’intérieur. Vers l’extérieur, il s’agit de mener des guerres limitées et considérées comme un instrument rationnel du politique. Vu le risque nucléaire, cela se comprend parfaitement. De plus, cette époque correspond à l’érosion progressive du monopole américain en la matière. Vers l’intérieur, il donne une image de la soumission parfaite du militaire professionnel au politique, soumission coïncidant avec le principe de la division des pouvoirs propre aux démocraties. The Soldier and the State doit aussi être considéré comme une critique de l’attitude de MacArthur en Corée33.

Toutefois, l’idée d’une armée américaine parfaitement soumise au politique relève peut-être plus du vœu pieux que de la réalité. En 1956, C. Wright Mills écrira : “Les militaires sont censés être les simples instruments des hommes politiques, mais les problèmes auxquels ils se heurtent sont de plus en plus du ressort d’une décision politique34. Pour lui, le militaire en vient immanquablement à entrer dans la sphère politique, soit volon­tairement, soit à contrecœur, voire à son insu. Mills fait corres­pondre le processus de “politisation” de l’armée avec le début de la Seconde Guerre. Il note que les carences des civils ont souvent obligé le militaire à entrer dans l’arène politique, à moins que les politiciens ne se soit servis de lui en le propulsant dans cette arène (ironie suprême de l’instrumentalisation). À titre d’exem­ple, l’opinion du militaire peut être utilisée comme justification technique qui servira à légitimer une décision. Cette justification revêtira un aspect non partisan.

Clausewitz et l’Air power

Dans le domaine de l’Airpower, les références à l’anéantisse­ment ne visent pas que Clausewitz. Très naturellement, c’est le nom de l’officier italien Guilo Douhet (1869-1930) qui revient régulièrement. Douhet, qui publia en 1921 son principal ouvrage, La Maîtrise de l’air (Il dominio dell’aeria), donna son nom à une doctrine : le douhetisme. Très critique envers la conduite des opérations durant la Première Guerre mondiale, Douhet pensait qu’un emploi massif de bombardiers pourrait, à l’avenir, terminer rapidement les conflits. Pour ce faire, il assignait aux forces aériennes le rôle de bombarder les centres urbains dans le but de briser le moral des populations. Selon lui, ces bombardements devaient entraîner de tels mouvements de mécontentement que les gouvernements seraient obligés de renoncer au conflit. Chez Douhet, la puissance aérienne devenait l’instrument décisif, les forces terrestres n’étaient quasiment plus nécessaires35.

Clausewitz et la stratégie nucléaire

Le nombre de stratégistes nucléaires qui ont fait référence à Clausewitz est limité. Les termes clausewitzien ou néo-clause­witzien ont parfois servi à qualifier péjorativement la réflexion de certains stratégistes. Et enfin, remarquons que certains d’entre eux s’intéressent d’abord à Clausewitz par le biais de sa filiation marxiste36. C’est le cas de Robert Osgood et Henry Kissinger37. Leur argumentation s’accorde en droite ligne avec celle de Huntington. Ils constatent l’insuffisance de la doctrine des repré­sailles massives ; la guerre de Corée a montré que le nucléaire ne pouvait résoudre toute situation conflictuelle et maintenant que l’U.R.S.S. possède un armement atomique de plus en plus menaçant, une politique du tout ou rien devient irrationnelle. Par conséquent, les États-Unis doivent se doter de moyens adéquats (conventionnels, nucléaires tactiques et stratégiques) pour mener la guerre limitée. Mais, en dehors de ces moyens, les États-Unis doivent aussi être en mesure de réfréner leur utilisation de la force, donc pratiquer une utilisation rationnelle de la violence comme le font les Soviétiques en s’inspirant des références clausewitziennes que l’on retrouve dans le corpus marxiste38. En d’autres termes, si les Soviétiques mettent en œuvre la Formule, les États-Unis et leurs alliés se voient dans l’obligation de faire de même. Le problème est que l’U.R.S.S. est un État totalitaire et qu’elle est donc plus facilement en mesure de museler son opinion publique. Ainsi, les communistes évitent de provoquer des distorsions dans leur politique étrangère. On revient donc indirectement à la position de Huntington, pour qui l’armée professionnelle soumise à la sphère politique est un moyen d’éviter la polarisation intrinsèque à la milice populaire. la pensée de Kissinger et Osgood est suivie par un certain nombre de militaires39.

Il y a ensuite les auteurs considérés, injustement, comme néo-clausewitziens. Nous retrouvons dans cette catégorie Albert Wohlstetter et Herman Kahn. Injustement, car l’étiquette néo-clausewitzien dont ils étaient affublés - principalement par Anatol Rapoport40 - provient d’une conception étroite de Clause­witz encore une fois centrée sur la notion d’anéantissement, ici, par l’utilisation d’une stratégie d’emploi des armes nucléaires. Rien ne prouve que Wholstetter ou Kahn aient jamais lu Clausewitz. Dans le cas de Kahn, nous avons seulement trouvé deux références indirectes au Prussien, par exemple à partir de Makers of Modern Strategy de E.M. Earle41. En fait, il semblerait que ceux qui pensent que Kahn est un clausewitzien désirent lui faire avouer son acceptation de la Formule liée à l’anéantis­sement. En réalité, Kahn ne rejette ni n’accepte le modèle d’annihilation ; il constate simplement son existence parmi d’au­tres façons d’employer la puissance, comme le blocus, l’embargo, les mesures de rétorsion, etc. L’une des qualités les plus marquées de Kahn est son objectivité ; il ne réfutait aucune modalité d’usage de la force a priori - même s’il semblait préférer une politique de no first use42 et ressentait des affinités pour le concept de gouvernement mondial. Par contre, Raymond Aron a critiqué la méthode de Kahn - utilisation de scénarios correspon­dant à un refus de théorisation - considérée comme unilatérale. Il critiqua aussi l’approche de Wohlstetter qui ne tenait pas assez compte de l’histoire et des frictions. Pour le sociologue français, aucun des deux américains ne mérite le qualificatif de clausewit­zien, de par leur méthodologie43. Accessoirement, notons aussi que Thomas C. Schelling ne peut être considéré comme un véritable clausewitzien, car il se référait avant tout à la théorie des jeux44.

Le seul “véritable clausewitzien” parmi les pères fondateurs de la pensée stratégique nucléaire aux États-Unis est Bernard Brodie. Au départ, intéressé par la stratégie navale, Brodie a commencé à travailler, après la guerre, sur les problèmes de stratégie nucléaire. Très rapidement, son œuvre consacre la prééminence du concept de dissuasion. Il affirme déjà en 1946, dans The Absolute Weapon, que le but de la stratégie n’est plus de gagner des guerres mais de les prévenir. Ensuite, il se rend compte que l’utilité politique des armes nucléaires est faible, car la manipulation du risque est considérée comme excessivement dangereuse (en ce sens, il s’éloigne de Th. C. Schelling qui théorise la diplomatie “du bord du gouffre” - brinkmanship). Il affirme que, même si l’arme atomique n’a que peu d’intérêt pour la réalisation d’un objectif politique, le politique reste néanmoins l’ultime mesure de la stratégie.

On pourrait donc dire, simplement, que la dissuasion est un choix politique, choix de non-guerre. Il est vrai que Brodie était initialement sceptique à l’égard de la Formule. Cependant, il changea rapidement d’opinion, jugeant que si tout conflit doit être rationnel, les procédures d’emploi des armes doivent l’être aussi45. Si Brodie, dans ses premiers textes, s’intéresse assez peu à la politique et à la diplomatie, c’est parce qu’il se figure une guerre potentielle de très courte durée46. Plus tard, il reviendra sur cette idée et mettra en corrélation son raisonnement avec les idées de Clausewitz. C’est avant tout dans Strategy in the Missile Age (1959) que Brodie retournera aux sources de la pensée stratégique, et donc largement à Clausewitz, dans le but de mieux aborder les nouveaux enjeux en matière nucléaire47. Il réaffirme haut et clair la rupture introduite par l’atome48 et pose de nombreux jalons à propos de sujets affectant le stratégiste moderne. Ainsi, il envisage la dynamique de mesure et contre-mesure ; il étudie la difficulté de se défendre contre une attaque nucléaire - temps d’alerte et durée d’attaque raccourcis, difficulté de se protéger efficacement par des moyens passifs au cœur de l’explosion, phénomène de radioactivité - ; il critique la doctrine de massive retaliation ; il met en doute les notions d’attaque et de guerre préventive ; il analyse la guerre limitée - envisagée de manière à influencer l’adversaire - et non la recherche de la victoire par l’anéantissement ; et il affirme l’effet stabilisateur des armes atomiques en Europe49. Strategy in the Missile Age est aussi un virulent pamphlet contre les théoriciens de l’Airpower, et notamment, Douhet dont les théories n’ont pas été validées par la Seconde Guerre mondiale50. Pour Brodie, ce que Douhet propose est avant tout une théorie de la guerre convulsive, abso­lument contraire à toute logique politique rationnelle. Ensuite, se fondant sur Clausewitz, il remet en question la valeur du culte de l’offensive qu’il repère chez Foch, Ardant du Picq et Grandmai­son. Pour le stratégiste américain, le politique fixe l’objectif du militaire, donc le choix de l’offensive ou de la défense est un choix à poser à ce premier niveau51. En résumé, la démarche de Brodie est celle du refus du dogme de la bataille d’anéantissement au profit de l’affirmation de la primauté du politique. Il s’avère être l’un des penseurs les plus équilibrés, et des moins dogmatiques, du discours stratégique américain. L’étiquette de clausewitzien lui convient parfaitement52.

Par contre, on retrouve peu de réflexions similaires à celles de Brodie, avec référence à Clausewitz, dans les revues profes­sionnelles des forces armées (ce qui peut aussi se comprendre vu la tonalité plus opérationnelle et moins stratégique de ces revues)53.

Enfin, à propos des théoriciens des relations internationales, il faut citer Kenneth Waltz et Hans Morgenthau. Etant tous deux des porte-drapeaux de l’école réaliste de cette discipline aux États-Unis, il n’est guère étonnant qu’ils citent Clausewitz. Tou­tefois, aucun des deux ne développe d’idées sur le Prussien, mais ils insistent sur le concept d’équilibre des puissances54.

les opposants à Clausewitz

Un courant d’auteurs est symétriquement opposé à celui qui fait le lien entre anéantissement et Formule. Ce courant rejette Clausewitz en bloc, à cause de l’apparence indissociable de ces deux termes. Si nous simplifions quelque peu, ils considèrent qu’appréhender la guerre (qui deviendrait ipso facto nucléaire) comme continuation de la politique revient à admettre que l’on puisse la gagner de la même manière qu’un conflit conventionnel. Pour eux, mener la guerre nucléaire comme un conflit conven­tionnel, en visant la destruction du gros des forces adverses, mènerait, irrémédiablement à une situation apocalyptique. Brodie aussi doutait, nous l’avons vu, de la valeur politique de l’atome au début de sa réflexion. En France, l’un des pères fondateurs de la stratégie nucléaire, Pierre-Marie Gallois, pensait de la même manière55.

Mais dans ce contexte, c’est plus particulièrement au courant, dit libéral, américain (généralement associé au parti démocrate - le terme de progressiste rend assez bien l’équivalence européenne) que nous allons accorder notre attention. Pour ceux-ci, Clausewitz est un auteur cynique et l’évocation de son nom provoque l’effroi56. Loin d’en vouloir uniquement au Prussien, les libéraux le rejettent plus nettement encore quand son nom est mis en regard de celui de Douhet. Selon ce courant, la guerre ne peut plus être la continuation de la politique mais simplement un suicide collectif57. Nous retrouvons une part de cette attitude chez la célèbre philosophe d’origine allemande, Hannah Arendt (1907-1975, devenue citoyenne américaine en 1951)58. Pour Arendt, Clausewitz, comme Engels, n’étudie pas vraiment la violence mais son continuum ; il s’agit, bien entendu, de la politi­que pour Clausewitz et de l’économie pour Engels. Poursuivant sa réflexion, elle en vient à se demander si la paix n’est pas la continuation de la guerre par d’autres moyens, et pour être plus explicite, si la finalité de la société n’est pas simplement la guerre59. La philosophe insiste sur le danger résultant de cette conception dans un monde nucléaire. Laissant glisser en filigrane la notion de métastratégie, H. Arendt cite ensuite le physicien Sakharov : une guerre thermonucléaire serait tout autre chose qu’une simple continuation de la politique par d’autres moyens (pour reprendre l’expression de Clausewitz) : ce serait le moyen d’un suicide universel60.

Le mathématicien Anatol Rapoport est bien connu de ceux qui étudient Clausewitz, suite à sa publication d’une version abrégée de On War en 196861. Dans une longue préface et un commentaire final, Rapoport a le loisir de s’étendre sur sa vision du réalisme politique et sur Clausewitz. Tout d’abord, il considère la Formule comme un objectif à atteindre, comme une prescription, et non comme faisant partie de la nature de la chose. Ensuite, il constate que la relation entre les moyens et les fins est souvent inversée. Il se demande qui, du militaire ou du politique, finit par guider l’autre. Pour finir, il récapitule le travail du Prussien comme suit : (1) l’État doit être considéré comme une entité vivante et faisant preuve d’intelligence, (2) les États sont souverains, (3) le but de l’État est d’acquérir plus de puissance et le moyen d’y parvenir est le conflit, (4) donc le fait d’imposer sa volonté à un autre État par la force est le schéma normal des relations internationales. En fait, la critique de Rapoport est avant tout dirigée contre les néo-clausewitziens (surtout Herman Kahn), qu’il définit comme ceux qui pensent qu’une guerre nucléaire peut être menée (conception war-fighting) et gagnée. Selon Rapoport, une politique de containment s’avère nettement plus sage.

Au total, pour Rapoport, la guerre est la continuation d’une dispute mortelle - deadly quarrel. En un sens, la coupure avec les interprétations modernes de la Formule n’est peut-être pas si marquée, car l’idée du mathématicien implique une graduation dans le processus violent. De plus, de nombreux interprètes de Clausewitz sont d’accord d’affirmer que la guerre n’est pas la fin de toute communication ; elle ne constitue pas une rupture totale par rapport au temps de paix. Rapoport fait référence aux travaux de Thomas Schelling. Il est vrai que Schelling a une vision du conflit dans laquelle nous trouvons toujours une part de coopération. Pour Rapoport, Staline, Machiavel et Clausewitz symbolisent le réalisme politique, soit la recherche de la puissance, ou une pensée de type “jeux à somme nulle”. A contrario, son approche privilégiée en matière d’analyse des conflits est celle des mathématiques et des statistiques. Au travers de ces disciplines, il cherche à dépasser le concept “jeu à somme nulle62.

En résumé, les conceptions clausewitziennes de la guerre aux États-Unis (pour la période évoquée) sont loin d’afficher une grande cohérence. La façon d’y penser la guerre est déchirée entre tenants et opposants du paradigme réaliste des relations internationales. Le premier camp réfute Clausewitz, le deuxième prend bonne note de son œuvre. Par contre, force est de remar­quer que parmi ceux qui se prévalent du Prussien, un nombre important d’auteurs ne voient en lui que le propagateur de l’anéantissement. Cela est avant tout le cas au sein des forces armées. Un courant uptonien, donc en porte à faux par rapport à l’officier prussien, ne provoque pas de remise en cause du principe d’anéantissement. Cependant, des politologues comme Osgood, Kissinger, Huntington et Brodie s’avèrent plus fins dans leurs analyses. Leurs réflexions coïncident mieux avec l’esprit de On War.

De la fin de la guerre du Vietnam à nos jours

Après la guerre du Vietnam, et suite à la publication d’une nouvelle traduction de Vom Kriege par Michael Howard et Peter Paret63, les références à Clausewitz vont se multiplier aux États-Unis. Il convient de noter que l’intérêt renouvelé pour le Prussien est lié à divers ouvrages déjà publiés depuis une vingtaine d’années dans différents pays. C’est en 1952 que le professeur Werner Hahlweg publie la 16e édition de Vom Kriege - édition remarquée car elle procède d’une véritable restauration des textes dont certains avaient été falsifiés64. Puis, en 1967, en Grande-Bretagne, Robert Ashley Leonard publie un livre de bonne facture sur Clausewitz (ouvrage en deux parties : commentaires et compilation de textes)65. Ensuite, en 1971, une biographie de Clausewitz est écrite par Roger Parkinson, toujours en Grande-Bretagne, préfacée par Michael Howard, tout comme le livre de R.A. Leonard66. L’ouvrage sera toutefois très critiqué67.

Aux États-Unis, la véritable renaissance des études sur Clausewitz est issue du “Clausewitz Project” de l’Université de Princeton en 1962. Ce projet rassemble des intellectuels anglo-saxons et allemands : Michael Howard, Bernard Brodie, Gordon Craig, Klaus Knorr, John Shy, Werner Hahlweg et Karl Dietrich Erdmann et, dans une moindre mesure, Basil H. Liddell Hart - en vue de diffuser l’œuvre de Clausewitz. Le projet s’embourbera mais il en résultera tout de même la nouvelle traduction de Vom Kriege en 1976, par Paret et Howard et, la même année, une nouvelle biographie de Clausewitz par Paret, Clausewitz and the State68. La traduction de Paret et Howard sera en tout cas un succès commercial et très bien reçue par toute la critique69. On War est intégré au cursus de la plupart des académies militaires américaines (1976 pour le Naval War College ; 1978-79 pour l’Air War College ; 1981 pour l’Army War College ; et il fait directement partie de l’apprentissage de l’U.S. Army’s School for Advanced Military Studies de Fort Leavenworth, fondée en 1981 et est aussi étudié à la National Defense University70. De plus, les 25 et 26 avril 1985, un colloque sur Clausewitz a lieu à Carlisle Barracks, à l’U.S. Army War College. C’est le premier dédié au Prussien aux États-Unis. Elle rassemble un important panel de spécialistes américains et internationaux, civils et militaires71. Ces dernières années, certains textes du Prussien sont encore (ré)apparus, (ré)édités et traduits72.

La relation entre le politique et le militaire, sur la base de On War est directement liée à l’échec de la politique étrangère américaine dans le Sud-Est asiatique.

le problème de la moralité de la guerre

D’une part, il existe encore un certain nombre d’auteurs mettant en doute la valeur de la Formule. Ceux-ci pensent que la guerre ne peut en aucun cas être un acte rationnel car elle est immorale. La rendre rationnelle est la justifier moralement. La guerre ne serait rien de plus que la fin de la Raison, ou son abandon, soit une espèce de pathologie internationale, s’avérant totalement incompatible avec les valeurs véhiculées par la démocratie américaine73. Mais cette idée de moralité dans la guerre, nous la retrouvons aussi, beaucoup plus largement, diffusée dans les écrits sur la guerre juste - jus ad bellum74. En cette matière, le philosophe Michael Walzer fait autorité, suite à la publication de Just and Unjust War, en 1977, et republié en 1992. Pour Walzer, les États forment une communauté dont les entités sont souveraines et indépendantes. Par conséquent, toute utilisation de la force à leur encontre est un acte criminel. L’utilisation de la force ne peut être envisagée que dans le cadre de la légitime défense ou pour faire exécuter la norme interna­tionale, et de manière proportionnée. Une fois l’agresseur vaincu militairement, il peut néanmoins être puni - la punition doit alors être envisagée comme un moyen dissuasif. Au total, Walzer pense que Clausewitz est incompatible avec cette vision de la guerre juste. Il se figure un Clausewitz propagateur du concept d’anéantissement, ce qui s’avère irréconciliable avec un conflit juste et limité75. En se focalisant sur la rationalité de l’approche clausewitzienne, certains chercheurs ne seront pas aussi négatifs que Walzer à l’endroit du Prussien. Pour eux, si Clausewitz est pris comme le chantre de la guerre menée rationnellement - avec équilibre des moyens en fonction de l’objectif -, il ouvre la voie à une réflexion sur la limitation de l’emploi de la force. Ces limitations rendraient l’acte de guerre parfaitement compatible à la conception de la guerre juste - à la fois dans le sens jus ad bellum et jus in bello (qui se rapportent aux limitations de la guerre et dans la guerre)76. Clausewitz devient donc une espèce d’interface entre les motivations de mener la guerre et la façon dont elle doit être menée. Celui qui croit en l’idée de guerre juste pensera par exemple que les États-Unis doivent intervenir, disons au hasard, dans le Golfe, pour des raisons moralement justifiables (référence au jus ad bellum) et fera intervenir Clause­witz lorsqu’il envisagera comment la guerre doit être conduite (avec équilibre entre fins et moyens, impliquant jus in bello). Une telle pensée ne considère plus l’œuvre de Clausewitz comme un pamphlet militariste ; On War n’est plus vu comme un manuel prescriptif expliquant que la guerre est la finalité de l’État.

Cette optique permet donc de réconcilier le Prussien avec un ouvrage comme War and Politics (1973) de Bernard Brodie, ouvrage à tonalité réaliste. Brodie y illustre la relation entre politique et guerre en prenant très largement - et positivement - appui sur Clausewitz dans le contexte de la stratégie américaine en Corée, au Vietnam et face aux armements nucléaires. Selon Brodie, la guerre est bel et bien la continuation de la politique, mais la Formule n’implique pas que, une fois les hostilités débu­tées, le politique ne peut plus agir, à la façon dont Moltke l’Ancien et Schlieffen le concevaient (raisonnement proche de celui des disciples de Upton). Tout au contraire, la politique doit faire sentir son influence tout au long du conflit. La perception que Brodie a de Clausewitz est celle de l’équilibre entre fins et moyens par lequel s’exprime la vision rationnelle de la guerre77. Brodie est donc loin de transformer le point de vue de Clausewitz en une ontologie : point de moralité de la guerre ici car Clause­witz n’est pas montré sous un jour immoral, mais amoral. Le choix de l’objectif n’est pas déterminé par Clausewitz, tout au plus montre-t-il comment la recherche d’un objectif et son obtention éventuelle rétroagissent sur le politique qui fixe le but - entre autres en tenant compte de l’opinion publique. Affirmer que la vision de Clausewitz dans le cadre de la confrontation entre l’Est et l’Ouest revient à favoriser l’éclatement d’une guerre - comme le postulent Hannah Arendt, Anatol Rapoport, Walzer, etc. - est une erreur. On War nous laisse la possibilité de refuser la guerre, mais si nous l’acceptons, elle sera, par définition, un instrument du politique.

Mais le débat n’est pas encore clos. Le terme de rationalité imputé à Clausewitz laisse quelques questions en suspens. Ainsi, James E. King s’est demandé comment appréhender la valeur de On War lorsque l’on a affaire à un leadership irrationnel. En effet, suite à la lecture de la biographie de Clausewitz par Peter Paret, Clausewitz and the State, on pourrait déduire que l’État ne peut se tromper, qu’il est imbu d’une vérité ultime. King ne résout pas vraiment la contradiction. Il prend simplement note que Clausewitz, selon lui, avait conscience du risque que l’État se fourvoie - il interdisait néanmoins au militaire de se révolter78. Michael Handel posera aussi la question du leader irrationnel mais n’y répondra pas non plus79.

La résolution de cette contradiction peut toutefois être envisagée d’après quelques textes du discours stratégique améri­cain, en particulier à partir d’un article paru dans la revue Para­meters datant de 1987. Dans cet article, David Jablonsky attirait l’attention de ceux qui croient que la guerre est la faillite de la politique et non sa continuation. Si la politique américaine, policy, choisit comme objectif de ne pas combattre, de rester en paix, tout conflit auquel elle devra se mêler est inévitablement une faillite de ses objectifs politiques80. Malgré tout, ce conflit fera tout de même partie de la politics. En suivant la ligne de raisonnement de Jablonsky, on voit se dessiner chez certains auteurs une confusion entre les termes politics et policy contenus dans le mot politique (ce qui est aussi le cas en allemand) de la Formule. La policy d’un État doit être conçue, dans ce cas, comme un choix entre des options en vue d’atteindre un objectif, tandis que la politics sert à désigner le processus politique par lequel les acteurs tentent d’obtenir le pouvoir. Par voie de conséquence, la politics n’est pas rationnelle en soi, par contre la policy, elle, l’est évidemment (en ce sens que celui qui choisit une option est subjectivement convaincu que sa probabilité d’atteindre l’objectif n’est pas nulle). D’une part la policy est mise en adéquation des moyens pour obtenir une fin, et d’autre part la politics est liée à l’idée de lutte, violente ou non, pour faire valoir ses idées. Pour des auteurs comme Bassford et Aron, la Formule contiendrait bien les deux sens du mot81.

Insistons sur les conséquences de ce qui précède. L’interpré­tation de Clausewitz nous conduit dans la direction suivante : Clausewitz n’est pas immoral mais amoral (sauf si l’on considère que le concept d’amoralité est par définition immoral). Son étude se concentre sur la relation entre les fins et les moyens et ne peut être abordée sous l’angle de l’éthique. Au contraire, en bon réaliste, on peut supposer que Clausewitz pense que l’intégration de la question éthique viendrait fausser le débat sauf si, très logiquement, elle est discutée dans une perspective fins-moyens. Clausewitz serait compatible avec plusieurs visions de la guerre, et dans le cas américain, il s’agit principalement d’une vision de la guerre juste - morale et légaliste. En effet, la sphère dans laquelle se formera l’idée de la guerre juste est la sphère de la politics. La réalisation de cette politics se fera par l’exécution d’une policy.

Poussons plus loin le raisonnement. Dans une démocratie, la population vote pour des partis, ou des personnes. Ces personnes défendent des idées. Une fois élus, les mandataires sont censés mettre en œuvre ces idées, parfois intégrées dans une vision plus large, comme une idéologie. Dans un État autoritaire ou totali­taire, une ou des personnes arrivent au pouvoir et mettent aussi en œuvre une série d’idées ou une idéologie. Donc, dans une démocratie comme dans tous les autres États se dessine un projet (qui peut paraître plus ou moins clairement énoncé) que tente­ront de mettre en œuvre des leaders. Nous sommes toujours ici dans le domaine de la politics. Parmi les idées mises en œuvre par les chefs politiques, certaines prennent en considération l’éventualité de la guerre. Or, il n’appartient pas à la critique clausewitzienne de juger la rationalité éventuelle de ces projets ; elle n’en fait simplement pas partie. Par contre, elle permet de juger si les moyens à la disposition du projet sont suffisants ou adéquats.

Toutefois, nous pensons que dans le cas américain, la vision de l’amoralisme de Clausewitz n’est que façade. Il semblerait qu’aux États-Unis, certains auteurs voient bien une solidarité intrinsèque dans On War entre guerre rationnelle et guerre juste (tout comme on peut se demander si ces auteurs ne considèrent l’amoralité comme le premier stade de l’immoralité et il y a matière à réflexion dans le domaine). Ensuite, nous avons affirmé que l’analyse clausewitzienne pouvait nous permettre d’appréhender des questions éthiques dans le cas où elles sont abordées dans une relation fins-moyens. Dans le cas où, par exemple, une idéologie est considérée comme un outil, qu’elle est instrumentalisée, en vue de polariser les énergies dans un combat, il ne fait aucun doute qu’on puisse l’aborder sous l’angle rationnel et c’est ce que Clausewitz a ébauché au travers de sa trinité paradoxale82. Ce concept, qui a pris une ampleur très importante parmi les commentateurs du Prussien, occupe pourtant très peu de place dans On War (Livre I, Chapitre 1, Paragraphe 28). La mise en évidence de la trinité est récente. Si, en France, Raymond Aron en a fait un usage important, aux États-Unis, c’est Harry G. Summers qui l’a placée en exergue83.

la trinité revue par Harry G. Summers

Le travail de Harry G. Summers, dans On Strategy, est une critique de la guerre du Vietnam. Pour commencer, il constate que l’échec de la politique étrangère américaine dans le Sud-Est asiatique est à attribuer aux stratèges de Washington, non des moindres, les politiciens. Ceux-ci auraient été incapables de discerner la nature du conflit dans lequel ils s’engageaient et, suite à cela, n’étaient pas en mesure de donner un objectif clair aux militaires sur le terrain84. Pour Summers, la guerre du Vietnam devait être menée selon des principes conventionnels et non comme un conflit révolutionnaire. L’auteur pense que le centre de gravité de la guerre était le Nord-Vietnam et son armée, non les milices proliférant au Sud. Les États-Unis devaient donc engager toutes leurs forces à ce niveau. Comme le fera remarquer Stanley Hoffmann, une telle politique risquait de faire sortir le conflit de ses limites85. Il est vrai que Summers ne tient pas compte des réalités (géo-)politiques du moment, comme les réactions éventuelles de la Chine ou de l’U.R.S.S. Summers a beau rappeler que la guerre est un acte politique, il fait fi de cette instance au profit d’une vision beaucoup plus uptonienne : il se soucie avant tout de la victoire sur le champ de bataille. Mais c’est à un autre niveau que la critique de Summers devient plus éclairante. Summers en vient à affirmer que le manque de clarté de la politique américaine a eu d’importants effets sur le plan interne, c’est-à-dire sur la population américaine. C’est à partir de là qu’il fait intervenir la trinité paradoxale de Clausewitz. La thèse de l’auteur est la suivante : le manque de clarté dans le choix des objectifs a entraîné un manque de soutien populaire qui lui-même a obligé les États-Unis à se retirer du conflit. On retrouve donc dans la thèse les éléments de la trinité : la popula­tion qui ne soutient plus le déroulement des hostilités ; le politique qui ne reconnaît pas le type de guerre dans lequel il s’est investi ; l’armée qui doit se retirer. Dans un article de la Naval War College Review, Summers reviendra sur l’importance du soutien populaire et considérera qu’il dépend de deux variables : les médias et le Congrès86.

À partir de la réflexion de Summers, on peut établir un lien avec la doctrine Weinberger. Caspar Weinberger a été secrétaire à la défense de Ronald Reagan de 1981 à 1987. Lors d’une conférence au National Press Club de Washington D.C., le 28 novembre 1984, il exposa sa doctrine d’utilisation des forces américaines, faisant même explicitement référence à Clausewitz. D’après cette doctrine, tout engagement militaire des États-Unis doit répondre à quelques conditions : (1) les États-Unis ne doivent pas engager leurs forces si leur intérêt vital n’est pas mis en cause ; (2) dans le cas où l’intérêt vital est en jeu, les forces doivent être engagées en nombre suffisant pour vaincre ; (3) tout engagement de force doit se faire selon un objectif politique bien défini ; (4) la relation entre l’objectif et la taille des forces doit être continuellement réévaluée ; (5) tout engagement de force doit s’assurer le soutien de la population américaine ; (6) et pour terminer, tout engagement doit être considéré comme une option de dernier recours87.

L’appréciation de la trinité par Summers s’est très largement diffusée dans le discours stratégique américain. Elle est légère­ment en décalage avec Clausewitz. Clausewitz associe approxi­mativement les termes de la trinité avec les instances mention­nées - population, gouvernement et armée - mais il est erroné de donner trop de fixité à ces derniers. Après tout, l’armée est une émanation de la population comme le gouvernement peut l’être (surtout dans les démocraties). Les trois termes ne peuvent être complètement séparés, ils sont intimement liés. La trinité de Clausewitz est une représentation simplifiée de la réalité et on aurait tort de vouloir prétendre à plus. Ainsi, certains auteurs qui reprendront la trinité à leur compte n’établiront pas de boucles de rétroaction entre certains des éléments, en particulier de l’armée vers la population et inversement88. Dans ce cas, nous n’avons plus affaire à une trinité mais à une relation linéaire verticale : la population confie un mandat au politique et le politique assigne l’exécution de ce mandat au militaire. Nul doute que cette conception se marie bien avec l’idée de séparation des pouvoirs au sein de la démocratie, mais il s’agit néanmoins d’une erreur d’appréciation des idées de Clausewitz. Ensuite, Richard M. Swain a critiqué l’entreprise de Summers comme un moyen pour l’armée de se dédouaner de l’échec vietnamien. Summers remet plus en question le politique et le soutien populaire que l’armée elle-même, il faut en convenir. À certains égards, son ouvrage fait songer au mythe du “coup de couteau dans le dos89. Le travail de Summers peut être lié à ceux de Osgood, Kissinger et Huntington. Ceux-ci pensaient que pour mener des guerres limitées, les populations devaient être écartées des affaires internationales pour éviter une trop grande polarisation. Ironi­quement, Summers constate que la population n’a pas apporté un soutien suffisant, donc elle n’aurait pas été assez polarisée (!). Plus important, il nous semble que l’ouvrage de Summers a ouvert la voie à l’utilisation des médias sur le champ de bataille. Alors qu’au Vietnam les médias étaient en mesure de circuler en pleine liberté sur le terrain et de propager des images démora­lisantes, durant la guerre du Golfe, ou même pendant les inter­ventions sur l’île de la Grenade et à Panama, il n’y avait plus de journalistes libres sur le terrain. Souvenons-nous du système de pools - des reporters encadrés par les militaires - dans le golfe Persique. Cette approche a en fait été coulée sous forme de loi depuis avril 1985 et semble donner grande satisfaction aux officiers90. Ne s’agit-il pas simplement d’un mécanisme de guerre psychologique ?

De manière plus explicite encore, un récent article de la revue Parameters liait l’idée de trinité paradoxale à la perception des dommages de guerre par les civils et les politiciens91. Très logiquement, si les victimes sont nombreuses, le soutien popu­laire diminue. Il devient par conséquent obligatoire de tout faire pour limiter le nombre de victimes, à la fois civiles et militaires. Cette réflexion doit être mise en parallèle avec les développe­ments récents des armes non létales, de l’école de la paralysie stratégique, de la révolution dans les affaires militaires et l’idée de guerre à zéro mort - toutes ces tendances s’avérant mutuelle­ment renforçantes.

combiner moralité et efficacité

L’école de la paralysie stratégique est née au sein de l’U.S. Air Force. Elle est principalement représentée par deux auteurs : John Boyd et John Warden92. L’intention de cette école est de rendre l’ennemi impotent sans avoir à l’anéantir. Autrement dit, l’intention est dite non létale, d’où l’utilisation d’une nouvelle génération d’armes qui portent le même nom93. La paralysie stratégique nourrit des liens étroits avec la pensée de Sun Tzu et de Liddell Hart, ainsi qu’avec l’idée de cyberwarfare ; le but est avant tout d’engager la sphère mentale de l’adversaire plus que sa sphère physique. Chez Boyd et Warden il existe aussi une certaine utilisation de Clausewitz. Si celle-ci est mal maîtrisée chez Warden (qui explique le centre de gravité en termes plus proches des points décisifs de Jomini94), elle est par contre originale chez Boyd qui retourne le concept de centre de gravité ; il veut que les opérations créent des centres de gravité non coopératifs. l’école de la paralysie stratégique s’est nourrie de ce que les Américains appellent la révolution dans les affaires mili­taires (R.M.A., Revolution in Military Affairs, terme déjà utilisé dans les années 70 en Union Soviétique95). La R.M.A. est avant tout une réflexion sur l’intégration des nouveaux outils technolo­giques dont disposent les militaires : moyens de communication, de contrôle, de commandement, de renseignement, ordinateurs, senseurs en tous genres, plates-formes d’armements de grande précision, etc. En bref, on peut se demander s’il s’agit véritable­ment de révolution dans les affaires militaires ou simplement d’une Military Technical Revolution96. Nul doute que le concept soit né d’un désir de dépasser le champ sémantique des concepts légués par la guerre froide. Nul doute non plus que des efforts sont fournis par les tenants de la R.M.A. pour intégrer les “nouvelles menaces” (risques écologiques, terrorismes, épidémies, etc.97) dans leur schéma, mais on peut être sceptique quant à l’utilisation du terme révolution qui implique une rupture. Néanmoins, les moyens technologiques mis à la disposition des militaires leur ont permis de développer un nouveau jargon incluant des notions telles que les frappes chirurgicales, si nécessaire à l’école de la paralysie stratégique. Ce qu’il manque probablement le plus aujourd’hui à la R.M.A. est une articulation politique claire. Mais les possibilités techniques offertes par la R.M.A., les armes non létales et l’école de la paralysie, ont conduit Edward N. Luttwak à avancer l’idée de “guerre à zéro mort”. Pour Luttwak, la société américaine embourgeoisée n’est plus en mesure d’accepter la mort de ses boys. Par conséquent, il devient inutile de disposer d’une armée forte en effectifs. Dans ce contexte, “l’utilité marginale” des avions est maximisée, de même que celle de l’arme économique98. L’auteur reconnaît, malgré tout, que l’arme aérienne est loin d’être décisive99. Par ailleurs, il note que l’emploi de l’arme économique et de l’arme aérienne est de nature à prolonger l’attente des résultats. Luttwak avoue vouloir dépasser le paradigme napoléonien de la guerre, qu’il assimile parfois à la pensée de Clausewitz100.

Dans la pratique, toutes ces tentatives de rendre la guerre plus efficace et moins meurtrière butent sur divers problèmes. On se demande à quel point l’utilisation de l’arme aérienne est véritablement la panacée et si elle ne risque pas, de facto, de conduire à l’escalade, ce qui obligerait de toutes façons à mobili­ser les fantassins américains. L’épisode vietnamien est encore à l’esprit de certains101. Ensuite, comme l’a fait remarquer Eliot A. Cohen, l’U.S. Air Force a beau prétendre vouloir dépas­ser le modèle de l’anéantissement, dans les faits elle accorde encore un crédit maximum aux destructions physiques102. Le principe de concentration est toujours souligné par les aviateurs103. John Warden s’est chargé de la plannification aérienne de la guerre du Golfe. Or, les opérations de pilonnage des B-52 sur la Garde Républicaine de Saddam Hussein ressemblent plus à de l’anéan­tissement qu’à de la paralysie104. De plus, en jetant un coup d’œil sur la campagne aérienne au Kosovo, il faut bien conclure que la destruction des infrastructures civiles est devenue contraire à l’idée de guerre juste (contraire à l’Article 14 du Protocole de 1977 de la Convention de 1949 de Genève)105. Quant au concept de cyberwarfare, toujours au Kosovo, il s’est vu gravement remis en question par quelques juristes du Pentagone sur la même base ; les infrastructures comme les banques, la bourse, ou les universités sont considérées comme trop importantes pour les civils ; il est par conséquent interdit de les attaquer virtuelle­ment. Les opérations américaines se sont limitées à bombarder de fax, et autres formes de harcèlement, les leaders serbes106.

Autrement dit, le cercle commence à se refermer. Cette ana­lyse donne l’impression que dans le discours stratégique améri­cain règne une grande cohérence, tout en déformant souvent les idées de Clausewitz, dans une sorte de paradigme utilitariste combinant moralité et efficacité. La guerre devient la continua­tion rationnelle de la politique, mais d’une politique moralement justifiée - en apparence en tout cas. Et pour parvenir à cette rationalisation du combat, le style américain de la guerre compte, très traditionnellement, sur l’apport de la technologie107.

La déformation des idées de Clausewitz nous paraît d’autant plus flagrante aujourd’hui à la lecture des événements du Kosovo. La doctrine dite Clinton - interventions humanitaires dépassant un intérêt national étroit et impliquant la violation du principe de souveraineté des États - est très loin du modèle clausewitzien ou d’une pensée froide, réaliste et cynique des relations internationales (exit la doctrine Weinberger)108. La guerre du Kosovo en fournit des preuves suffisantes. Selon Michael Mandelbaum, l’action de l’O.T.A.N., et plus particuliè­rement des États-Unis au sein de cette organisation, n’a pas été des plus brillantes. Non seulement les États-Unis se sont aliénés la République Populaire de Chine et la Russie, mais même les objectifs humanitaires ont été à peine remplis. De plus, la politique de bombardement aérien a donné de la latitude aux indépendantistes Kosovars, ce que l’Alliance désirait éviter. Nul doute que les faiblesses du style américain de la guerre n’ouvrent des fenêtres de vulnérabilité dans lesquelles s’engouffreront les ennemis de Washington. Un consultant et un analyste politique de la RAND ont également souligné quelques caractéristiques du style américain de la guerre ; une préférence pour le multilatéra­lisme ; un refus des victimes américaines ; une aversion pour les souffrances des civils du camp ennemi ; une grande confiance dans la haute technologie ; un attachement aux normes interna­tionales. Certains de ces points recoupent ce qu’une analyse de Clausewitz dans le discours stratégique américain nous a appris. Mais pour les deux auteurs, les rogue states - terme quelque peu flou qui désigne les États ne répon­dant pas aux lois internatio­nales mais plus souvent utilisé pour désigner des nations en conflit, ouvert ou non, avec les États-Unis, comme l’Irak, la Corée du Nord, le Soudan, etc. - sont de plus en plus conscients de cette façon de combattre et tentent de l’exploiter. Parmi les méthodes citées, les adversaires des États-Unis chercheraient à tout prix à briser les alliances conclues par les États-Unis. Certains tentent, par exemple, de médiatiser les victimes des forces américaines, comme au Soudan suite au bombardement d’une fabrique pharmaceutique, ou les forces américaines elles-mêmes109.

On peut aussi évoquer le rôle de l’opinion publique dans la précipitation avec laquelle les États-Unis ont soutenu une campagne militaire ferme dans le Golfe Persique en 1991. Plutôt que d’attendre l’effet optimum des sanctions économiques en vue de résoudre la crise, Roland Dannreuther évoque le désir de l’administration Bush de mettre un terme à la présence améri­caine sur place avant l’année 1992, durant laquelle des élections présidentielles ont eu lieu. L’auteur indique également que si la guerre du Golfe peut être considérée comme un conflit limité, cet aspect a pu être obscurci par la rhétorique américaine qui assimilait Saddam Hussein à Hitler. Ce faisant, des considéra­tions morales entraient, une fois de plus, en ligne de compte110. C’est toujours sur cette même opinion publique que les États-Unis paraissent buter lorsqu’ils se veulent réalistes en politique étrangère ou en stratégie. Mais si les militaires ont appris à “gérer” la courroie de transmission de l’opinion publique (i.e. les médias) sur le champ de bataille grâce à des pools, il est par contre plus douteux de se référer systématiquement à l’idée de manipulation de l’opinion publique quant à la décision politique d’engagement. La logique même du système médiatique et économique est probablement plus à blâmer à cet égard. Force est de constater que le journaliste est soumis à un flot toujours plus important d’informations. Flot d’autant plus difficile à gérer que le producteur d’informations est soumis à une logique commerciale. Cette logique commerciale implique la rapidité de diffusion, l’obligation de simplification parfois malsaine (le mot ethnique utilisé pour désigner bien des conflits n’est-il pas une étiquette qui sert à masquer les motivations politiques des conflits et rendre la lutte “irrationnelle” ?111), et le désir de plaire à l’audience112. En sachant que les décideurs politiques à Washington gardent un œil rivé sur C.N.N., on peut se demander si les lois du marché ne les piègent pas en dernière instance.

Il convient encore de noter le rôle interne que peut jouer la Formule. En effet, d’une part certains textes montrent que la pensée de Clausewitz doit permettre aux militaires de donner des conseils aux politiciens113. D’autre part, certains auteurs pren­nent Clausewitz à témoin quant à la nécessité de subordination du militaire à la décision politique. La Formule devient en quel­que sorte un complément à l’idée de la séparation des pouvoirs propre à la démocratie114. En tout cas, il est bien vrai que souvent les militaires pointent du doigt les manquements de l’autorité civile115. Si Clausewitz affirmait la subordination du militaire au politique, il pensait également que le militaire pouvait conseiller le politicien. Toutefois, le discours stratégique américain nous laisse sur notre faim en la matière. Où se situe la limite entre le conseil qu’offre le militaire et sa part de participation active, au détriment de sa soumission politique, au processus de décision ? La frontière entre les deux est certes très difficile à évaluer.

Mort de Clausewitz

Depuis la chute du mur de Berlin en 1989, la dissolution du Pacte de Varsovie, ou plus globalement la fin de la guerre froide, nombre de commentateurs anglo-saxons ont remis en cause la guerre. Dans ce débat, principalement mené par des stratégistes, des politologues et des historiens, le nom de Clausewitz peut servir de fil conducteur et de révélateur à la pensée contempo­raine. Assez étrangement, plusieurs périodes perçues par les analystes de la stratégie et de la guerre comme ruptures amènent de nouvelles remises en cause de Clausewitz.

Aujourd’hui, la question qui se pose est celle de la mort de la guerre, qui emporterait avec elle Clausewitz, son plus éminent symbole. Souvenons-nous de la déclaration du président G. Bush sur un nouvel ordre international (27 septembre 1991) et lisons les différentes éditions du document National Security Strategy de l’administration Clinton116. Économie de marché, démocratie et pacification se tiendraient la main dans la nouvelle politique étrangère américaine. D’aucuns, sur les traces des réflexions de Francis Fukuyama117, en viennent donc à se demander si la guerre n’est pas simplement devenue obsolète. Face à l’idée que le monde se démocratise, une opinion communément répandue affirme que les régimes démocratiques ne se font pas la guerre entre eux118. Il en est ainsi du débat lancé par Michael Mandel­baum - débat lancé dans Survival et prolongé par une série de conférences dont le contenu a été retranscrit dans la même revue britannique119.

Michael Mandelbaum se demande si nous sommes témoins d’une nouvelle ère de progrès humains et d’une montée de la debellicisation. En réponse, Donald Kagan rappelle que l’opinion de Mandelbaum a déjà été professée, en d’autres temps, par un auteur comme John Stuart Mill. Eliot A. Cohen, lui, fait remar­quer que la guerre est toujours présente dans notre environ­nement international, même si elle adopte des formes différentes (irrédentisme de toutes sortes). Nonobstant, Cohen admet qu’une guerre majeure est peut-être plus éloignée. Ensuite, Charles F. Doran est nettement plus critique envers Mandelbaum ; pour lui, la prolifération nucléaire est un de ces facteurs propices à réduire à néant le concept de debellicisation. En fait, la plupart de ces auteurs s’accordent tout de même sur un point ; ils remettent en cause la pérennité du modèle de la guerre symbolisé par la bataille napoléonienne. Opinion que défend aussi l’historien britannique John Keegan dans une critique de l’ouvrage Le bel avenir de la guerre120. Pour Keegan, la thèse de Delmas, soit la réémergence des conflits dans le futur, tient surtout de la réécriture des idées de Hobbes. Le Britannique avoue préférer l’ouvrage de Martin van Creveld The Transforma­tion of War, bien que ne partageant pas la thèse de l’Israélien sur l’érosion de l’État-Nation avec, en corollaire, la montée de la criminalité organisée et des nouvelles menaces. Au total, Keegan conclut que la guerre devrait occuper de moins en moins de place dans les journaux que ses enfants et petits-enfants liront.

Soulignons que Keegan, tout comme Martin van Creveld, se retrouve au cœur de la polémique clausewitzienne moderne. Les deux intellectuels s’avèrent d’excellents révélateurs de la pensée stratégique américaine. Keegan, dans A History of Warfare (1993), réfute partiellement l’idée que la guerre soit la continua­tion de la politique par d’autres moyens. Il ne conçoit sa validité que dans nos sociétés occidentales. Dans d’autres sociétés, la guerre ne serait qu’une institution culturelle et non politique. Et encore, il faut compter sur les sociétés où la guerre est absente. En d’autres termes, pour Keegan, Clausewitz ne nous aiderait pas à comprendre la guerre, ou son absence, chez les Zoulous, les Mamelouks, les Samouraïs et en Polynésie. Une des raisons est que le Prussien ne peut rendre le caractère sacré de l’institution guerrière121. Pour finir, Keegan confine, une fois de plus, Clause­witz dans son rôle de propagateur de la bataille décisive et de stratégie d’anéantissement. La critique de Keegan avait déjà été envisagée dans deux articles de la Military Review en 1989. Deux auteurs se demandaient alors quelle était la valeur de la Formule dans les conflits chez les Aztèques ou si des explications cultu­relles et religieuses convenaient mieux à les comprendre. Pour le clausewitzien, la culture n’était qu’un vernis sur les intérêts politiques. Pour le second auteur, la culture prenait le dessus122.

Mais, si Keegan reste positif quant aux possibilités de venir à bout de la guerre, ce n’est pas le cas de Martin van Creveld. L’historien israélien, critique majeur de Clausewitz, voit notre avenir sous un jour assez pessimiste. Nous retrouvons sa vision du futur et sa critique clausewitzienne dans On Future War ou The Transformation of War aux États-Unis, tous deux publiés en 1991. Il importe d’insister sur la large diffusion de cet ouvrage, même en dehors des cercles militaires. Sa thèse est que nous assistons à l’érosion de l’État-Nation123, mais, concurremment, le nombre de conflits dans le monde n’a guère régressé. Bref, Creveld pense que les conflits auxquels nous sommes - et serons - de plus en plus confrontés se dérou­leront entre des entités et/ou groupes humains différents de l’État : mouvements ethniques, mafias, terroristes, etc. En ayant dès le départ cantonné Clause­witz à son rôle de penseur de la guerre entre États-Nations, il devient de facto périmé ; des concepts tels que la trinité para­doxale ou la Formule ne seraient plus d’aucune utilité. Mais si l’auteur retire la motivation politique du combat, il est bien obligé de la remplacer par autre chose. C’est ce qu’il fait au travers d’une paraphrase de la Formule selon laquelle la guerre ne serait que la continuation du sport par d’autres moyens, des moyens violents. Pour être plus clair, l’homme combattrait donc par simple désir de risquer sa vie124.

Christopher Bassford s’insurgea à plusieurs reprises contre la vision des deux historiens, ou même plus largement contre tous ceux qui remettent en cause Clausewitz aujourd’hui125. Il est vrai que les tentatives de faire sortir la guerre du paradigme clausewitzien semblent se multiplier126. Pour Bassford, Keegan fait une erreur en associant la politique à la seule notion de policy, selon un point de vue rationnel incompatible avec des raisons culturelles de combattre. Comme nous l’avons déjà vu, Bassford rappelle bien que la Formule a un sens double, à la fois politics et policy. La culture, prise comme élément non rationnel, aurait bien sa place dans le terme politics. En conclusion, la Formule n’est peut-être pas plus une vérité immuable que les idées de Keegan, mais la première, grâce à sa grande flexibilité, permettrait d’incorporer la variable culturelle. En insistant sur les deux sens du mot politique en anglais, la thèse de Martin van Creveld est aussi battue en brèche car le processus politique n’est pas l’apanage du seul État(-Nation).

L’exemple le plus éclatant de réfutation des idées de van Creveld se retrouve peut-être bien dans un manuel du Corps des Marines, le FMFM 1 de 1989. Dans ce document, la guerre est envisagée comme le résultat de l’action de groupes humains organisés (État, tribu, clan, gang, etc.), bref, d’entités sociales organisées autour d’un minimum de politique127. Depuis, ce manuel a été remplacé par le MCDP 1-1, Strategy, auquel Bassford a contribué, qui garde la même tonalité. Le MCDP 1-1 mentionne, par exemple, que bien que les Kurdes ne disposent pas d’un État, ils n’en sont pas moins les acteurs d’une guerre. Au total, toujours pour le même manuel, les caractéristiques de la guerre sont les suivantes : violence organisée, au minimum deux groupes de combattants, poursuite d’un objectif politique, impact suffisant pour attirer l’attention du politique (contraire­ment à certaines formes de criminalité violente)128.

Plus symptomatique de la vision américaine de la guerre, l’opinion de Michael Handel sur la paraphrase de la Formule (continuation du sport) par van Creveld est à noter. Pour Handel, cette citation est tout simplement inadmissible (dans un État démocratique) car la guerre est trop sérieuse pour être considérée sous l’angle d’un amusement. La morale revient donc en force129. Et Handel pense aussi que l’élément culturel soulevé par Keegan est parfaitement intégrable dans le politique130.

Néanmoins, la valeur politique des opérations militaires se retrouve toujours présente dans tous les manuels que nous avons eu l’occasion de consulter (FM 100-5, FMFM 1, AFDD 1, etc.). Il existe même, dans la publication AFSC Pub.1, The Joint Staff Officer’s Guide 1997, une méthodologie nommée JOPES, Joint Operation Planning and Execution System, dont le but même est de traduire les objectifs politiques en objectifs opérationnels131. La souplesse intellectuelle des clausewitziens, ou plus globale­ment de ceux qui croient en la valeur politique de la violence étatique organisée, est remarquable à ce point de vue, mais elle est loin d’être partagée par l’ensemble du discours.

Conclusions

Comme l’a dit un membre du National War College, le style américain de la guerre a de grandes difficultés “à harmoniser le monde de Clausewitz et de Machiavel avec celui de Locke et Rousseau, Thomas Jefferson et Woodrow Wilson132. Alors que l’éthique est censée conférer un caractère raisonné et limitatif à la guerre pour certains, elle peut aussi conduire à la conception de croisade morale133. Mais il existe une dimension paradoxale dans l’esprit de croisade, car, en tentant de proscrire la guerre, il provoque la focalisation sur celui qui ne respecte pas les valeurs de paix (que l’on songe à la démonisation de l’ex-U.R.S.S. ou celle actuelle des rogue states). Il devient alors attirant d’utiliser la violence, souvent de façon peu limitée, pour éliminer le perturba­teur, ce qui aboutit à la “corruption” de l’objectif de départ (la préservation de la paix)134.

Quant à la façon dont Clausewitz est abordé aujourd’hui, nous avons remarqué que les théories de l’officier prussien pou­vaient servir à justifier quasiment n’importe quelle position135. Les raisons de cet état de fait sont diverses. Il est vrai que On War est de lecture difficile au premier abord - à cause de sa lourdeur, de sa sémantique, de sa structure, de sa réputation, etc. Il est également vrai que On War est un monument inachevé (l’aurait-il jamais été même si Clausewitz avait dû vivre centenaire ? Ne s’est-il pas attaqué à une tâche démesurée ?). Mais le plus important est que de nombreux concepts sur lesquels repose le livre sont insuffisamment précisés, ou trop en décalage par rapport à nos définitions. Cela est principalement vrai du terme politique, à peine explicité par le Prussien. De même, qu’implique réellement le terme de Raison chez Clause­witz ? Il conviendrait de confronter aussi systématiquement que possible l’œuvre de Clausewitz avec d’autres travaux sociolo­giques, philosophiques, psychologiques, etc., et pas seulement en regard d’autres écrits stratégiques. De telles analyses permet­traient de mieux comprendre Clausewitz.

 

________

Notes:

 

          Aron précisera cette citation en ajoutant que pour Clausewitz, la guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens ou encore avec le mélange d’autres moyens. Raymond Aron, Penser la guerre, Clausewitz, tome I, L’âge européen, Paris, Gallimard, 1976, pp. 10 et 169.

          Id., Penser la guerre, Clausewitz, tome II, L’âge planétaire, Gallimard, 1976, Paris, p. 347.

          Ch. Bassford, Clausewitz in English. The Reception of Clausewitz in Britain and America, 1815-1945, Oxford, Oxford University Press, 1994. L’auteur donne également quelques jalons pour la période qui s’étend de 1945 à nos jours.

          Bruno Colson, La culture stratégique américaine. L’influence de Jomini, Paris, FEDN/Économica, 1993.

          Ainsi que Halleck, et la question reste débattue en ce qui concerne Denis H. Mahan et Lincoln. Le travail de Mahan suit surtout un biais jominien et l’influence de Clausewitz dans son travail paraît très limitée.

          Ch. Bassford, Clausewitz in English. The Reception of Clausewitz in Britain and America, 1815-1945, Oxford, Oxford University Press, 1994.

          W.B. Pickett, “Eisenhower as a Student of Clausewitz”, Military Review, juillet 1985, pp. 21-27. Einsenhower étudia également les mémoires de Grant et de Sheridan. D.D. Eisenhower, At Ease : Stories I Tell to Friends, New York, Doubleday & Company, 1967, p. 186. M. Trachtenberg, “A « Wasting » Asset - American Strategy and the Shifting Nuclear Balance, 1949-1954”, International Security, hiver 1988/89, p. 37 et J.L. Gaddis, Strategies of Containment, Oxford University Press, 1982, p. 188. Le lecteur pourra aussi consulter Ch. Bassford, op. cit., pp. 157-162.

        C. von Clausewitz, Principles of War, Harrisburg, Military Service Company, 1942.

          Cette traduction sera réimprimée en 1950. Elle est agrémentée d’un avant-propos par le colonel J.I. Greene et d’une préface par Richard McKean en plus de l’introduction du traducteur. On War, New York, Random House, 1943.

10         E.M. Earle, Les maîtres de la stratégie (Makers of Modern Strategy, 1943), Paris, Berger-Levrault, 1980 et 1982. Mentionnons aussi qu’à la fin des années 30, quelques historiens allemands mentionnaient Clausewitz dans leurs ouvrages parus aux États-Unis : H. Rosinski, The German Army, (edited with an introduction by G.A. Craig), Praeger, 1966 (1939, 1940), New York et A. Vagts, A History of Militarism. Civilian and Military (revised ed.), New York, The Free Press, 1937 (1959).

11         McIsaac, “Master at Arms : Clausewitz in Full View”, Air University Review, janvier-février 1979, p. 83.

12       P. Paret, “Clausewitz. A Bibliographical Survey”, World Politics, janvier 1965, pp. 272-285 et Military Review, juillet 1965, pp. 46-54.

13       U.S. Military Academy, Department of Military Art and Engineering, Clausewitz, Jomini, Schlieffen, West Point, NY, U.S. Military Acade­my, 1951 (réécrit en partie par J.R. Elting). Ce document a été publié pour la première fois en 1943, et republié en 1945, 1948, 1951, 1964 et enfin en 1983 pour une conférence à l’U.S. Army War College, Art of War Collo­quium, Carlisle Barracks, Penn. P. Paret, “Clausewitz - A Bibliographical Survey”, World Politics, janvier 1965, pp. 284-285.

14       R.E. & T.N. Dupuy, Military Heritage of America, New York, McGraw-Hill, 1956.

15       Les idées de Liddell Hart sur la stratégie indirecte sont principalement articulées dans son ouvrage Strategy (revised ed.), New York, Praeger Paperbacks, 1954.

16         J.C. Wylie, Military Strategy - A General Theory of Power Control, Rutger, University Press, 1967, New Brunswick. Nous insisterons plus loin sur la distinction entre les termes politics et policy, donc politique, utilisés dans la Formule.

17       G.C. Reinhardt, “Notes on the Tactical Employment of Atomic Wea­pons”, Military Review, septembre 1962, pp. 28-37. ; J.L. Font, “US Offen­sive and Defensive Strategy”, Military Review, septembre 1969, pp. 31-42 ; A.W. Sherower, “Napoleon’s Military Strategy”, Military Review, août 1966, pp. 87-91 ; M.G. Paolini, “The Flashing Sword of Vengeance”, Military Review, février 1962, pp. 87-97 ; S.E. Gordy, “Is the Defense the Solution ?”, Military Review, janvier 1959, pp. 58-59.

18         W.I. Gordon, “What Do We Mean by ‘Win’ ?”, Military Review, juin 1966, pp. 3-11.

19         W.C.Magathan, “In Defense of the Army”, Military Review, avril 1956, pp. 3-12.

20         D.O. Smith (with J. De F. Barker), “Air Power Indivisible”, Air Univer­sity Quarterly Review, automne 1950, pp. 5-18 ; Id., US Military Doctrine - A Study and Appraisal, New York, Dual, Sloan & Pearce, 1955, pp. 46 ; 55 ; 59 ; 74-76. Smith a aussi écrit un ouvrage en collaboration avec le général Curtis E. LeMay du S.A.C. en 1968. Les références à Clausewitz de cet ouvrage sont plutôt péjoratives. En fait, les auteurs semblent assimiler les néo-clausewitziens à l’idée de la dissuasion à tout prix. C.E. LeMay & D.O. Smith, America Is in Danger, New York, Funk & Wagnalls, 1968, pp. 297 ; 299 ; 307.

21       On retrouve un raisonnement assez similaire chez : R.H. McDonnel, “Clausewitz and Strategic Bombing”, Air University Review, printemps 1953, pp. 43-54.

22       J.H. Cushman, “Books of Interest to the Military Reader - US Military Doctrine”, Military Review, septembre 1955, p. 112 ; W.C. Magathan, “In Defense of the Army”, Military Review, avril 1956, pp. 3-12.

23       F.K. Kleinman et R.S. Horowitz, The Modern United States Army, Princeton, D. Van Nostrand Company, Inc., 1964, p. 44.

24       Ce terme provient du nom du major-général Emory Upton (xixe siècle).

25       R.F. Weigley, “American Strategy from Its Beginnings through the First World War”, in P. Paret, Makers of Modern Strategy (from Machiavelli to the Nuclear Age), Oxford, Clarendon Press, 1986, p. 438.

26       J.E. Tashjean, “The Transatlantic Clausewitz”, Naval War College Review, vol. 35, n° 6, 1982, p. 71.

27       G.P. Welch, “Cannae - 216 B.C. ”, Military Review, juin 1953, pp. 3-14 ; F.H. Heller, “The President as Commander in Chief”, Military Review, septembre 1962, pp. 5-17 ; F.J. Sackton, “The Changing Nature of War”, Military Review, novembre 1954, pp. 52-62.

28         À titre quelque peu anecdotique, mentionnons que dans ses mémoires, Harry S. Truman cite Clausewitz à deux reprises, pour justifier la politique de reddition inconditionnelle de l’Allemagne. Cette utilisation de Clausewitz assez paradoxale, car il indique ensuite que pour le Prussien la guerre est la continuation de la diplomatie par d’autres moyens, et que la guerre doit rester sous le contrôle politique, et non confiée entièrement aux militaires après l’ouverture des hostilités. On peut se demander s’il n’existe pas, dans ce cas, de confusion avec l’approche uptonienne. H.S. Truman, Year of Decision - 1945, vol. 1, Bungay, Hodder and Stoughton, 1955, p. 127.

29         Parfois des articles d’auteurs étrangers citant Clausewitz au regard de ces matières sont reproduits aux États-Unis. Par exemple : Bettschart (Swiss Army), “The Strategy of Political Wars”, Military Review, avril 1966, pp. 39-43 (initialement publié dans Allgemeine Schweizerische Militärzeit­schrift de novembre 1964) et S.O. Tiomain (Irish Army), “Clausewitz : A Reappraisal”, Military Review, mai 1963, pp. 76-79.

30         W.D. Franklin, “Clausewitz on Limited War”, Military Review, juin 1967, pp. 23-29 ; E.F. Downey, “Theory of Guerilla Warfare”, Military Review, mai 1959, pp. 45-55 ; W.I. Gordon, “What Do We Mean by ‘Win’ ? ”, Military Review, juin 1966, pp. 3-11 ; G.A. Lincoln & A.A. Jordan, “Technology and the Changing Nature of General War”, Military Review, mai 1957, pp. 3-13 ; H. Wolff, “9 + 1 = 10”, Infantry, mars-avril 1965, pp. 30-33 ; P. Paret & J. Shy, Guerillas in the 1960’s, Princeton Studies in World Politics, n° 1, Londres et Dunmow, Pall Mall Press, 1962. Avant de devenir célèbre pour ses travaux sur Clausewitz, Paret s’est intéressé à la guerre de guérilla.

31         S.P. Huntington, “Patterns of Violence in World Politics”, in S.P. Huntington, Changing Patterns of Military Politics, The Free Press of Glencoe, Inc., 1962, New York, pp. 19-20.

32         J.K. Singland, “Books of Interest to the Military Reader - The Soldier and the State”, Military Review, novembre 1957, p. 112.

33         S.P. Huntington, The Soldier and The State, Harvard, Harvard University Press, 1957. Peu d’auteurs ont traité, aux États-Unis, de la guerre de Corée en termes clausewitziens. Voir tout de même : D. Rees, Korea : The Limited War, Londres, MacMillan, 1964, pp. xi, xiii et xiv ; J.W… The Truman-MacArthur Controversy and the Korean War, Cam­bridge, The Belknap Press of Harvard University Press, 1959, p. 3 ; 276-277. À titre indicatif, voir aussi, en français : R. Silvain, “Clausewitz et la guerre de Corée”, Revue politique et parlementaire, octobre 1951, pp. 165-172.

34         C. Wright Mills, L’élite du pouvoir, (The Power Elite, 1956), Paris, François Maspero, 1969, p. 206. L’auteur détaille l’avènement du militaire au centre du pouvoir dans deux chapitres ; Les Seigneurs de la guerre (pp. 175-201) et L’avènement des militaires (pp. 202-228). Le lecteur pren­dra tout de même la thèse de Mills - soit la concentration des pouvoirs et la formation d’une élite exclusive aux États-Unis - avec précaution. Comme le fait remarquer R. Aron, deux tendances existent parmi les sociologues et politologues américains de l’époque ; soit ils mettent en évidence la nais­sance d’une power elite ; soit ils mettent en garde contre la dispersion ou l’absence du pouvoir. R. Aron ; “Macht, Power, Puissance : prose démocra­tique ou poésie démoniaque ?”, Etudes politiques, Paris, Gallimard, 1972, p. 182.

35         Voir par exemple : G. Douhet, The Command of the Air, (Il dominio dell’aeria, 1921 ; E. Warner, “Douhet, Mitchell, Seversky : les théories de la guerre aérienne”, in E.M. Earle (éd.), op. cit.

36       Voir en particulier les annotations de Lénine dans Vom Kriege qui ont été publiées par : B. Friedl, Les fondements théoriques de la guerre et de la paix en U.R.S.S., suivi du Cahier de Lénine sur Clausewitz, Paris, Editions Médicis, 1945.

37         R.E. Osgood, Limited War, the Challenge to American Strategy, Univer­sity of Chicago Press, 1957, Chicago (et plus tard Limited War Revisited, Boulder, A Westview Special Study, 1979) ; H. Kissinger, Nuclear Weapons and Foreign Policy, New York, Harper, 1957 (sur Clausewitz voir pp. 340-343). La lecture de Clausewitz par Kissinger semble pourtant assez superficielle. Voir : B. Mazlish, Kissinger - Portrait psychologique et diplo­matique, (1976), Complexe, 1977, Bruxelles, pp. 76-77 ; 83 ; 195 ; 356.

38         On retrouve en filigrane la conception de la politique étrangère qui serait plus efficace dans les régimes non démocratiques. Cette conception opère régulièrement un rapprochement avec le comportement des démo­craties face au régime hitlérien durant les années 30. Raymond Aron donne un bon éclaircissement de ce point de vue dans : Introduction à la philoso­phie politique - Démocratie et révolution, Paris, Le Livre de Poche, 1997, p. 101 ; Démocratie et totalitarisme, Paris, Gallimard, 1965, p. 166-167.

39         V.J. Esposito, “War as a Continuation of Politics”, Military Review, février 1955, pp. 54-62 ; R.G. O’Connor, “Force and Diplomacy in American History”, Military Review, mars 1963, pp. 80-89. Et, sans référence à Clausewitz, voir par exemple : R.K. Cunnigham, “The Nature of War”, Mili­tary Review, novembre 1959, pp. 48-57 ; G.C. Reinhardt, “The Tenth Princi­ple of War”, Military Review, juillet 1953, pp. 22-26.

40         Sur Anatol Rapoport, on pourra consulter la critique du Times Literary Supplement, reprenant l’ouvrage de Peter Paret - Clausewitz and the State - et celui de Raymond Aron - Penser la guerre. Raymond Aron y est présenté comme un néo-clausewitzien aux yeux de Anatol Rapoport, ce qui, dans ce cas nous semble nettement plus juste. M. Howard, “The Military Philoso­pher”, Times Literary Supplement, 25 juin 1976, p. 754.

41         H. Kahn, De l’escalade - métaphores et scénarios, (On Escalation - Metaphors and Scenarios, 1965), Paris, Calmann-Lévy, 1966, p. 263. La citation provient de S. Neumann, “Military Concepts of the Social Revolutio­naries”, in E.M. Earle (ed.), Makers of Strategy, Princeton University Press, 1941, Princeton, p. 158 (date de publication erronée, l’ouvrage de E.M. Earle date de 1943).

42       Soit une politique de refus d’utilisation en premier de l’arme atomique.

43         R. Aron, “The Evolution of Modern Strategic Thought”, in Problems of Modern Strategy, Londres, Chatto & Windus/I.I.S.S., 1970, pp. 13-46. Critique réitérée, en français, dans Penser la guerre, Clausewitz, t. II, L’âge planétaire Paris,, Gallimard, 1976, p. 247 ; Id., Sur Clausewitz, Bruxelles, Complexe, 1987, p. 83. Sur l’apport de H. Kahn dans le corpus stratégique nucléaire, voir : J.C. Garnett, “Herman Kahn”, in J.C. Garnett et J. Baylis, Makers of Nuclear Strategy, Londres, Pinter, 1991, pp. 70-97. Garnett refuse aussi de comparer Kahn à Clausewitz car, pour lui, son travail est loin d’être aussi profond que celui du Prussien (p. 91).

44         Dans The Strategy of Conflict, Schelling cite, toutefois, indirectement Clausewitz. En fait, il fait référence à l’avant-propos de Joseph I. Greene, de la traduction de 1943 de Vom Kriege. Th. C. Schelling, The Strategy of Conflict, New York, Oxford University Press, 1963 (publié pour la première fois en 1960), p. 9. Dans cette citation, Schelling, comme Bernard Brodie, écrit que les soldats professionnels ne s’investissent pas assez dans la recherche stratégique.

45       Voir : M. Trachtenberg, “Strategic Thought in America, 1952-1966”, Political Science Quarterly, été 1989, pp. 301-334.

46         B.H. Steiner, “Using the Absolute Weapon : Early Ideas of Bernard Brodie on Atomic Strategy”, The Journal of Strategic Studies, décembre 1984, p. 385. Cf. aussi sur Brodie et sa relation avec Clausewitz : M. Howard, “Brodie, Wohlstetter and American nuclear strategy”, Survival, été 1992, pp. 107-116 ; K. Booth, “Bernard Brodie”, in J. Baylis & J. Garnett, Makers of Nuclear Strategy, Londres, Pinter, 1991, pp. 19-56.

47       B. Brodie, Strategy in the Missile Age, Princeton, Princeton University Press, 1959. Voir aussi : Id., “Strategy”, in The International Encyclopeadia of Social Sciences, MacMillan, 1968, vol. 15, p. 283. L’auteur ne fait pas référence à Clausewitz dans Sea Power in the Machine Age, Princeton, Princeton University Press, 1944 (1943) ; ni dans The Absolute Weapon. Atomic Power and World Order, New York, Harcourt, Brace, 1946 ; Id., Escalation and the Nuclear Option, Princeton, Princeton University Press, 1966.

48         Déjà abordée avec référence à Clausewitz dans le cadre des développements de l’arme thermonucléaire en 1954. Id., “Nuclear Weapons : Strategic or Tactical ?”, Foreign Affairs, janvier 1954, p. 229.

49         B. Brodie, Strategy in the Missile Age, pp. 158 ; 221-330.

50         Brodie considère que Douhet a eu un très grand impact dans la pensée aérienne américaine. Ibid, pp. 20-27 et 71-74 ; et Id., “Some Notes on the Evolution of Air Doctrine”, World Politics, avril 1955, p. 350. Il fait remonter la filiation des idées de Douhet au sein de l’U.S. Air Corps au milieu des années trente. Mais l’existence d’une influence de Douhet, Mitchell et Clausewitz au sein de l’U.S. Air Corps, et plus particulièrement de l’Air Corps Tactical School, n’est pas une vision partagée par tout le monde. Voir J.B. Smith, “Some Thoughts on Clausewitz and Airplanes”, Air University Review, mai-juin 1986, pp. 52-59.

51         B. Brodie, Strategy in the Missile Age, pp. 20-54.

52         Le rejet de la bataille d’anéantissement et l’acceptation de la valeur politique de l’instrument militaire sont, bien entendu, aussi exprimés sans référence à Clausewitz chez certains auteurs. Voir, par exemple : A.C. Enthoven, “Réflexions sur les problèmes moraux posés par la stratégie nucléaire”, in B. Brodie (éd.), La guerre nucléaire. Quatorze essais sur la nouvelle stratégie américaine, Paris, Stock, 1965, pp. 158-159 (initialement allocution prononcée à l’Institut de Guerre Nucléaire de West Baden College, le 10 novembre 1963 alors qu’Enthoven était vice-adjoint du Secrétaire à la Défense (analyse des systèmes).

53         Voir tout de même : P.R. Schratz, “Clausewitz, Cuba and Command”, United States Naval Institute Proceedings, août 1964, pp. 24-33 et G.W. Smith, “Clausewitz in the 1970’s - RX for Dilemma”, Military Review, juillet 1972, pp. 85-93

54         H.J. Morgenthau, Politics Among Nations - The Struggle for Power and Peace, New York, AA Knopf, 1959, (1948) p. 339 (et dans l’index, p. 585, mais pas dans la bibliographie) ; K.N. Waltz, Man, the State, and War, a Theoretical Analysis, New York, Columbia University Press, 1959 (1954), p. 221.

55       P.-M. Gallois, “Faux paradoxes et vérités paradoxales”, Politique étrangère, 28/4-5, 1963, p. 325.

56       Voir : C. Barnett, “Karl Maria von Clausewitz”, in The Horizon Book of Modern Thought, New York, American Heritage Publishing Co., 1972, p. 307.

57         C.J. Friedrich, “War as a Problem of Government”, et R.S. Hartman, “The Revolution Against War”, in R. Ginsberg, (ed.), The Critique of War - Contemporary Philosophical Explanations, Chicago, Henry Regnery Com­pany, 1969, respectivement pp. 165-166 et p. 310.

58         S. Courtine-Denamy, “Chronologie (Dossier - Hannah Arendt)”, Le Magazine littéraire, novembre 1995, pp. 18-21.

59         H. Arendt, Du Mensonge à la violence, (The Crisis of the Republic, 1969), Paris, Pocket, 1994, p. 112.

60         H. Arendt, op. cit, p. 112 ; sur la base de l’ouvrage de Sakharov, Progress, and Intellectual Freedom.

61         C. von Clausewitz, On War, (ed. by A. Rapoport), Londres, Penguin Books, 1968 (translation published by Routledge & Kegan Ltd., 1908), pp. 13 ; 61-67 ; 77 ; 411-412. (Introduction by F.N. Maude and J.J. Graham). Inclut les livres I, II, III, IV et VIII du Traité de Clausewitz.

62         A. Rapoport, “Lewis Fry”, in The International Encyclopeadia of Social Sciences, MacMillan, 1968, New York, vol. 13, p. 516 ; Id., Fights, Games, and Debates, Ann Arbor, University of Michigan Press, 1960, p. vii. Id., Strategy and Conscience, New York, Harper & Row, 1964, pp. 110 ; 182-183 ; Id., “Changing Conceptions of War in the United States”, in K. Booth & W. Moorhead (eds.), American Thinking About Peace and War, New York, The Harvester Press/Barnes and Noble, 1979, pp. 59-82.

63       C. von Clausewitz, On War, (ed. and translated by M. Howard & P. Paret, Introductory Essays by P. Paret, M. Howard and B. Brodie, with a Commentary by B. Brodie), Princeton University Press, 1982 (1976), Princeton.

64         J.E. Tashjean, “The Transatlantic Clausewitz 1952-1982”, Naval War College Review, vol. 35, n° 6, 1982, pp. 69-70. Voir aussi le compte rendu de la 19e édition (qui correspondait au 200e anniversaire de Clausewitz) par le même auteur. Cette édition devient une quasi-anthologie et est dotée d’un index thématique que nous ne retrouvons pas dans l’édition/traduction de Peter Paret et Michael Howard. J.E. Tashjean, “Book Reviews - Prof. Dr. Werner Hahlweg (ed.), Carl von Clausewitz : Vom Kriege, Neunzente Auflage”, The Journal of Strategic Studies, juin 1981, pp. 209-211. Sur la falsification, voir par exemple : E. Rosenbaum, “Penser la guerre - Review Essay”, History and Theory, vol. XVII, n° 2, 1978, p. 237.

65       Leonard R.A. (ed.), A Short Guide to Clausewitz On War, Londres, Weindefeld and Nicolson, 1967.

66         R. Parkinson, Clausewitz : A Biography, New York, Stein and Day, 1979 (1971).

67         Voir : B. Brodie, “On Clausewitz : A Passion for War”, World Politics, janvier 1973, pp. 288-308 ; P. Paret, Clausewitz and the State, New York-Londres-Toronto, Oxford University Press, 1976, p. 443(n). Notons aussi la publication, en 1983, par Michael Howard d’un petit ouvrage très didactique sur Clausewitz : M. Howard, Clausewitz, New York, Oxford University Press, 1983.

68         Ch. Bassford, Clausewitz in English - The Reception of Clausewitz in Britain and America, 1815-1945, Oxford, Oxford University Press, 1994, pp. 207-208.

69       L’ouvrage est souvent analysé en même temps que Clausewitz and the State de Peter Paret : M. Mandelbaum, “Clausewitz - New Books in Review”, The Yale Review, été 1977, pp. 613-620 ; C.B.A. Behrens, “Which Side Was Clausewitz On ?”, The New York Review of Book, 14 octobre 1976, pp. 41-44 ; D.H. Price, “Book Review - On War - Clausewitz and the State”, Infantry, mai-juin 1977, pp. 56-57 ; M. Lowenthal, “Carl von Clausewitz - On War - Reviews of Books”, The American Historical Review, vol. 82, n° 1, 1977, pp. 608-609. Le lecteur intéressé pourra aussi consulter les critiques publiées par des auteurs non américains : G. Best, “Master at Arms”, Times Literary Supplement, 18 mars 1977, p. 297 (ainsi qu’une “critique de la critique” insistant sur la signification complète de la Formule ; E. Rosenbaum, “Clausewitz”, Times Literary Supplement, 8 avril 1977, p. 432) ; Ph. Windsor, “The Clock, the Context and Clausewitz”, Millenium, automne 1977, pp. 190-196 ; J. Wallach, “On War - Book Review”, The Journal of Modern History, mars 1978, pp. 125-128 ; W.B. Gallie, “Clausewitz Today”, Archives européennes de Sociologie, vol. XIX, 1978, pp. 143-167. Voir aussi : Ch. Bassford, “Book Review : Carl von Clausewitz, On War (Berlin 1832)”, Defense Analysis, juin 1996 (http ://www.clausewitz.com/CWZHOME/CREV/ CWZREV.htm) ; E.A. Cohen, “On War”, Foreign Affairs, septembre-octobre 1997, pp. 219-220. L’année 1976 coïncide également avec la sortie, en France, des deux tomes de Raymond Aron, Penser la guerre, Clausewitz. L’ouvrage de Raymond Aron a été traduit en 1985 en anglais sous le titre Clausewitz : Philosopher of War par Christine Booker et Norman Stone, traduction souvent jugée insuffisante. Voir par exemple : A.J. Echevarria II, “Clausewitz : Toward a Theory of Applied Strategy”, Defense Analysis, vol. 11, n° 3, 1995, pp. 229-240 (http ://www.clausewitz.com/CWZHOME/ ECHEVAR/APSTRAT1.htm).

70         c. Isaac, “Master at Arms : Clausewitz in Full View”, Air University Review, janvier-février 1979, p. 83 ; Ch. Bassford, “John Keegan and the Grand Tradition of Trashing Clausewitz (A Polemic) ”, War and History, novembre 1994, pp. 319-336 (http ://www.clausewitz.com/CWZHOME/ keegan/KEEGWHOL.htm) ; J.E. Tashjean, “The Transatlantic Clausewitz”, Naval War College Review, vol. 35, n° 6, 1982, p. 76.

71         D. Kahn, “Clausewitz at Carlisle”, Military Affairs, octobre 1985, p. 191. Les participants de la conférence étaient les suivants : Michael I. Handel, Martin Van Creveld, Katherine L. Herbig, David Kahn, Werner Hahlweg, Harold Nelson, Jay Luvaas, Wallace P. Franz, Jehuda L. Wallach, Klaus Jürgen Müller, Williamson Murray, Douglas Porch et John Gooch. Suite à la conférence, un ouvrage a été publié reprenant les textes des participants : M.I. Handel (ed.), Clausewitz and Modern Strategy, Londres, Frank Cass, 1986.

72       P. Paret, “An Anonymous Letter by Clausewitz on the Polish Insurrection of 1830-1831”, The Journal of Modern History, n° 2, 1970, pp. 184-190 ; Id., “An Unknown Letter by Clausewitz”, The Journal of Military History, avril 1991, pp. 143-151 ; C. von Clausewitz (édité et traduit par P. Paret et Moran D.), Two Letters on Strategy, Art of War Colloquium, U.S.A.W.C., novembre 1984.

73         E.A. Thibault, “War as a Collapse of Policy : A Critical Evaluation of Clausewitz”, Naval War College Review, mai-juin 1973, pp. 42-56 ; P.J. Moody, “Clausewitz and the Fading Dialectic of War”, World Politics, juillet 1979, pp. 417-433 ; R.B. Furlong, “Strategymaking for the 1980’s”, Parameters, printemps 1979, p. 10.

74       De la fin guerre du Vietnam à 1982, quelque 682 livres et articles avaient été produits aux U.S.A. concernant l’histoire, la théorie et la pratique de l’éthique militaire. De 1982 à 1998, ce nombre a plus que doublé. J. Brinsfield, “Ethics and Counter-revolution - Book reviews”, Parameters, hiver 1998, p. 171. Les principes de la guerre juste se retrou­vent aussi dans certains manuels officiels, par exemple : Headquarters United States Marine Corps, MCDP 1-1, Strategy, Washington D.C., 1997, pp. 93-94.

75         M. Walzer, Just and Unjust Wars - A Moral Argument with Historical Illustrations, New York, Basic Books, 1992 (1977), pp. 79, 110, 122. Voir aussi, dans la même lignée que Michael Walzer sur Clausewitz et la guerre juste, le point de vue de R.L. Homes, On War and Morality, Princeton, Princeton University Press, 1989. Aussi : Y.J. Zacks, “Operation Desert Storm - A Just War ?”, Military Review, janvier 1992, pp. 30-35. Pour cet auteur, la guerre du Golfe doit être considérée comme un conflit moralement justifié. Notons que l’ouvrage de Walzer vient d’être récemment traduit en français sous le titre Guerres justes et injustes.

76         S.J. Lepper, On (the Law of) War : What Clausewitz Meant to Say, Course Number 5602, Seminar “I”, Class of 1998, National War College (http ://www.ndu.edu./ndu/ndz/5602paper.html) ; J.T. Johnson, “Threat, Values, and Defense : Does Defense of Values by Force Remain a Moral Possibility ? ”, Parameters, printemps 1985, pp. 13-25 ; Id., Just War Tradi­tion and the Restraint of War, Princeton, Princeton University Press, 1981, pp. 251, 268 ; 275. L’auteur a tendance à faire de Clausewitz un penseur très contingent à son époque et lit l’expérience des guerres limitées menées par Frédéric II au travers de De la guerre. James T. Johnson oppose même Clausewitz à Jomini en notant que des deux, le Suisse est proba­blement le plus extrême. Il existe aussi un très bon exemple de combinaison de la doctrine de la guerre juste et de Clausewitz, écrit par un chercheur de l’Université d’Oslo : D. Smith, “Just War, Clausewitz and Sarajevo”, The Journal of Peace Research, vol. 31, n° 2, 1994, pp. 136-142. Pour Peter Paret, l’éthique dans la guerre est simplement en dehors des considérations sur une théorie de la guerre. Il est normal que Clausewitz n’en ait pas discuté. P. Paret, “Clausewitz”, in P. Paret, Makers of Modern Strategy (from Machiavelli to the Nuclear Age), p. 209. Pour Martin Van Creveld, Clause­witz a tort de considérer qu’il ne peut y avoir de limitations à la violence qui valent d’être mentionnées en temps de guerre. Toute période de guerre a connu des limitations, soit à l’égard des populations civiles, des prisonniers, soit encore par la prohibition de certains types d’armes. De ces lois dans la guerre, ce dernier phénomène est à distinguer d’une activité purement criminelle. M. Van Creveld, “The Clausewitzian Universe and the Law of War”, The Journal of Contemporary History, septembre 1991, pp. 403-429.

77         B. Brodie, War and Politics, Londres, Cassel, 1973, pp. 11 ; 439-440 ; 452-453 ; 494-495.

78         J.E. King, “On Clausewitz : Master Theorists of War”, Naval War College Review, automne 1977, pp. 26-27 et 31-32.

79         M.I. Handel, Who Is Afraid of Carl von Clausewitz, a Guide to the Perplexed, Department of Strategy and Policy, United Naval War College, 6th Edition, été 1997.

80         D. Jablonsky, “Strategy and the Operational Level of War : Part II”, Parameters, été 1987, p. 57.

81         Ch. Bassford, “John Keegan and the Grand Tradition of Trashing Clausewitz (A Polemic)”, War and History, novembre 1994, pp. 319-336 (http ://www.clausewitz.com/CWZHOME/keegan/KEEGWHOL.htm). Voir aussi : Echevarria A.J. II, “The Legacy of Clausewitz”, Joint Forces Quarterly, hiver 1995-96, pp. 76-82 ; A.J. Echevarria II, “Clausewitz in English” (book review), Armed Forces and Society, automne 1995 (http :// www.clausewitz.com/cwzhome/books/Bassford/ECHREV.htm). La validité des deux termes chez Clausewitz est aussi évoquée par Raymond Aron, Penser la guerre, Clausewitz, I, p. 112.

82         Rappelons la définition de la trinité d’après la traduction française de Vom Kriege : “La violence originelle de son élément, la haine et l’animosité, qu’il faut considérer comme une impulsion naturelle aveugle, puis le jeu des probabilités et du hasard qui font d’elle [la guerre] une libre activité de l’âme, et sa nature subordonnée d’instrument de la politique, par laquelle elle appartient à l’entendement pur. Le premier de ces trois aspects intéresse particulièrement le peuple, le second le commandant et son armée, et le troisième relève plutôt du gouvernement”. De la guerre, (traduit de l’allemand par D. Naville, Paris, Les Editions de Minuit, 1955, p. 69 (Livre I, Ch. 1).

83         H.G. Summers, On Strategy - a critical analysis of the Vietnam War, Novato, Presidio, 1995 (1982). L’ouvrage de H.G. Summers a été réalisé dans le cadre d’une étude menée au sein de l’armée. Le livre a ensuite été reproduit dans une édition commerciale en 1982. De plus, On Strategy a été distribué à tous les membres du Congrès lors de sa parution, sur demande du représentant Newt Gingrich, alors très actif dans le Military Reform Movement. L’ouvrage sert aussi de texte de base dans différentes univer­sités et écoles militaires.

84       Critique qui a trouvé un large écho sur base de Clausewitz : R.L. Allen, “Piercing the Veil of Operational Art”, Parameters, Summers 1995, pp. 111-119 ; D. Jablonsky, “Strategy and the Operational Level of War : Part I”, Parameters, printemps 1987, pp. 67 et 70 ; W.O. Staudenmaier, “Vietnam, Mao, and Clausewitz”, Parameters, printemps 1977, pp. 87-88.

85         S. Hoffmann/S.P. Huntington/E.R. May/R.N. Neustadt/Th. C. Schel­ling, “Vietnam Reappraised”, International Security, été 1981, pp. 3-26.

86         H.G. Summers, “Clausewitz and Strategy Today”, Naval War College Review, mars-avril 1983, pp. 40-46.

87         C.W. Weinberger, “U.S. Defense Strategy”, Foreign Affairs, printemps 1986, pp. 675-697.

88         Par exemple : A.V. Grant, “Strategic Decisions : The Mire of Low-Intensity Conflict”, Comparative Strategy, vol. 10, n° 2, 1991, pp. 168-169.

89       R.M. Swain, “On Strategy II - Book Reviews”, Military Review, juin 1992, p. 81.

90         Voir par exemple : J.B. Brown, “Media Access to the Battlefield”, Military Review, juillet 1992, pp. 10-20. Voir aussi : H.G. Summers, “Western Media and Recent Wars”, Military Review, mai 1986, pp. 4-17.

91         K.W. Eikenberry, “Take No Casualties”, Parameters, été 1996, pp. 109-118.

92          Sur l’école de la paralysie, voir J.S. Fadok, John Boyd and John Warden : Airpower’s Quest for Strategic Paralysis, Paper, The School of Advanced Airpower Studies, 1994 ; John Warden III, La campagne aérienne - planification en vue du combat, (The Air Campaign : Planning for Combat, National Defense University, 1988 - traduit de l’américain et préfacé par Ph. Steininger), Paris, I.S.C./Economica, 1998 ; E.C.L., “From Obscurity to Omnipotence : Theory Influences the Air War”, Army, mars 1991, pp. 16-18 ; AFDD 1, Air Force Basic Doctrine, Air Force Doctrine Document, septembre 1997, p. 32 ; S.M. Rinaldi, Beyond the Industrial Web : Economic Synergies and Targeting Methodologies, thèse, School of Advanced Airpower Studies, Air Command and Staff College, Air University, Maxwell A.F.B., juin 1994.

93         À propos des armes non létales voir : TRADOC Pamphlet 525-73, Military Operations - Concepts for Nonlethal Capabilities in Army Opera­tions, Dpt. of the Army, H.Q. U.S. Army, Training and Doctrine Command, Fort Monroe, VA 23651-5000, 1er septembre 1996 ou l’ouvrage de vulgarisation de A. & H. Toffler, Guerre et contre-guerre, (War and Anti-War - 1993), Paris, Fayard, 1994. Les armes non létales ont fait parler d’elles lors de la guerre au Kosovo. Ainsi, dans la nuit du dimanche 2-lundi 3 mai 1999, les forces alliées ont lancé des bombes au graphites de manière à paralyser temporairement des installations électriques.

94         Voir la critique de T.G. Murphy, “A Critique of The Air Campaign”, Airpower Journal, printemps 1994 (http ://www.132.60.140.12/airchronicles/ apj/apj94/murphy.htm).

95             N.A. Lamov (Soviet Army), “Scientific-Technical Progress and the Revolution in Military Affairs”, Military Review, juillet 1974, pp. 33-39.

96         B.R. Sullivan, “The Future Nature of Conflict : A Critique of “The American Revolution in Military Affairs” in the Era of Jointry”, Defense Analysis, août 1998, pp. 91-100.

97         Voir : S. Metz & J. Kievit, Strategy and the Revolution in Military Affairs : from Theory to Policy, juin 1995, U.S.A.W.C., S.S.I. ; J.W. Kipp, The Revolution in Military Affairs and its Interpreters : Implications for National and International Security Policy, Fort Leavenworth, Foreign Military Studies Office, août 1996.

98         E.N. Luttwak, “A Post-Heroic Policy”, Foreign Affairs, juillet-août 1996, pp. 33-44, et “From Vietnam to Desert Fox : Civil-Military Relations in Modern Democraties”, Survival, printemps 1991, pp. 99-112.

99         E.N. Luttwak, Le paradoxe de la stratégie, (The Logic of Peace and War, 1987), Paris, Odile Jacob, 1989, pp. 208-225.

100          E.N. Luttwak, “Toward Post-Heroic Warfare”, Foreign Affairs, mai-juin 1995, pp. 109-122. Voir aussi : Id., The Grand Strategy of the Roman Empire, Londres, The Johns Hopkins University Press, 1976, pp. ix et xi.

101       J.R. Cerami, “Presidential Decisionmaking and Vietnam : Lessons for Strategists”, Parameters, hiver 1996-97, pp. 66-80.

102       E.A. Cohen, “The Mystique of U.S. Air Power”, Foreign Affairs, janvier-février 1994, pp. 119-124.

103       E. Mann, “One Target, One Bomb - Is the Principle of Mass Dead ?”, Airpower Journal, printemps 1993, pp. 13-20. (article reproduit dans la Military Review de septembre 1993).

104       Voir : H.N. Schwarzkopf, It Doesn’t Take a Hero - The Autobiography, New York, Bantam Books, 1992, pp. 318-320.

105       M. Mandelbaum, “A Perfect Failure - NATO’s War Against Yugosla­via”, Foreign Affairs, septembre/octobre1999, pp. 2-8. Et l’auteur de souli­gner la légèreté de l’opinion de la Secretary of State Albright lorsqu’elle évoquait une campagne aérienne de courte durée (p. 4). Les avertissements sur les limitations intrinsèques de la puissance aérienne ne manquaient pourtant pas. À ce propos, Benjamin S. Lambeth remarque que l’utilisation de la puissance aérienne ne doit pas simplement servir à démontrer que l’on fait quelque chose” Lambeth indiquait qu’en employant de la sorte la force aérienne, on réduirait à néant la réputation qu’elle a acquise durant la guerre du Golfe (et ce après les pauvres résultats obtenus en Asie du Sud-Est vingt ans auparavant). B.S. Lambeth, “The Technology Revolution in Air Warfare”, Survival, printemps 1997, p. 81. L’auteur de cet article est néanmoins très optimiste quant aux potentialités de l’aviation militaire.

106       B. Graham, “Military Grappling with Rules for Cyber Warfare”, The Washington Post, 8 novembre 1999, A1.

107      Un des premiers auteurs à avoir clairement affirmé la confiance des forces armées américaines dans le matériel n’est autre que : R.F. Weigley, The American Way of War - A History of United States Military Strategy and Policy, Bloomington, 1977. Voir aussi : Colin S. Gray, “Comparative Strate­gic Culture”, Parameters, hiver 1984, pp. 26-33 ; Id., “National Style in Stra­tegy”, International Security, automne 1981, pp. 21-47 ; Id., “Geography and Grand Strategy”, Comparative Strategy, vol. 10, n° 4, pp. 314.

108      Voir aussi la critique de John Lewis Gaddis sur le manque de réalisme de l’administration Clinton à l’égard de l’élargissement de l’O.T.A.N. (car cette option politique est propre à humilier l’ancien adversaire). John Lewis Gaddis, “History, Grand Strategy and NATO Enlargement”, Survival, printemps 1998, pp. 145-151.

109      D. Byman et M. Waxman, “Defeating US Coercion”, Survival, été 1999, pp. 107-120.

110      R. Dannreuther, The Gulf Conflict : A Political and Strategic Analysis, Adelphi Papers, Londres, hiver 1991/92, Brassey’s/I.I.S.S., pp. 39 et 73.

111      À ce propos, voir la prise de position radicale de : J.-M. Balencie et A. de la Grange (sous la dir. de), J.-C. Rufin, Monde rebelles - guerres civiles et violences politiques, Paris, Michalon, 1999, p. 13. “L’idée que l’on puisse qualifier d’irrationnels des comportements humains, en particulier ceux qui se manifestent dans la sphère du politique et de la rebellion armée, nous gêne et même nous indigne”.

112      Voir : J. Seaton, “Why Do We Think The Serbs Do It ? The New ‘Ethnic’ Wars and the Media”, The Political Quarterly, juillet-septembre 1999, pp. 249-265.

113       Par exemple : J.J. Montano & D.H. Long, “Clausewitz’s Advice to the New US President”, Parameters, décembre 1988, pp. 30-41 ; R.B. Furlong, “On War, Political Objectives and Military Strategy”, Parameters, décembre 1983, pp. 2-10.

114      O’Meara Jr., “Strategy and the Military Professional - Part I”, Military Review, janvier 1980, pp. 38-45.

115      W. Clarcke & R. Gosende, “The Political Component : The Missing Vital Element in US Intervention Planning”, Parameters, automne 1996, pp. 35-51 ; J.R. Cerami, “Presidential Decisionmaking and Vietnam : Lessons for Strategists”, Parameters, hiver 1996-97, pp. 66-80 ; voir aussi l’enquête réalisée par John M. Collins sur demande de membres du Congrès ; U.S. Defense Planning. A Critique, Boulder, Westview Press, 1982.

116      L’édition la plus récente est la suivante : The White House, A National Security Strategy for a New Century, octobre1998.

117       F. Fukuyama, La fin de l’histoire et le dernier homme, (The End of History and The Last Man), Paris, Champs Flammarion, 1992, initialement, un article publié dans The National Interest, été 1989, reproduit dans Commentaire, n° 47.

118       Voir : E.D. Mansfield et J. Snyder, “Democratization and War”, Foreign Affairs, mai-juin 1995, p. 79. Nous pensons que cette constatation ne mène pas bien loin. Si les démocraties ne se font la guerre, il reste à se poser la question de savoir comment une démocratie peut devenir un État autoritaire.

119       D. Kagan, E.A. Cohen, Ch. F. Doran, M. Mandelbaum, “Is Major War Obsolete ? And Exchange”, Survival, été 1999, pp. 139-152.

120       J. Keegan, “War Ça Change - The End of Great Power Conflict”, Foreign Affairs, mai-juin 1997, pp. 113-116. Ph. Delmas, Le bel avenir de la guerre, Paris, Folio-actuel, 1995 (en anglais : The Rosy Future of War, New York, The Free Press, 1997). L’auteur a, par ailleurs, “récidivé” en écrivant un ouvrage à caractère polémique dont le titre donne une bonne idée du contenu, De la prochaine guerre avec l’Allemagne, Paris, Odile Jacob, 1999. Ce livre met en évidence les problèmes identitaires de l’Allemagne après la réunification et qui, selon l’auteur, conduisent à des relations plus difficiles au niveau européen. Ce deuxième ouvrage souleva le mécontente­ment du chancelier G. Schroeder lors d’un forum politique à Berlin. Voir : J. Vinocur, “A Widening Franco-German Rift ?”, International Herald of Tribune, 5 octobre 1999, pp. 1 et 4.

121      J. Keegan, A History of Warfare, Reading, Pimlico, 1993. Voir aussi : Id., “Peace by Other Means ? ”, Times Literary Supplement, 11 décembre, 1993, pp. 3-4 ; ainsi que la critique positive par L. Morrow, “Chronicling A Filthy 4.000-Year-Old Habit”, Time, 29 novembre, p. 76. ; et la critique britannique de A. Lambert, “The Transformation of War - Book Reviews”, The Journal of Strategic Studies, mars 1992, pp. 128-130. Les idées de Keegan ne sont pas sans rappeler celles de l’historien américain Victor D. Hanson qui défend la thèse de l’existence d’un style occidental de la guerre dont les racines peuvent déjà être trouvées dans le modèle de la phalange grecque. Keegan a préfacé cet ouvrage. V.D. Hanson, Le modèle occidental de la guerre, (The Western Way of War, infantry battle in classical Greece, 1989), Paris, Les Belles Lettres, 1990.

122       J. Forbes, “Aztec Warfare Shows Clausewitz Erred”, Military Review, avril 1989, p. 82 et V.M. Rosello, “Vindicates Clausewitz On War”, Military Review, juillet 1989, p. 104.

123      Ce thème, ainsi que celui d’État raté, failed state, prend de plus en plus d’importance dans la littérature stratégique américaine. L’enjeu est de savoir si les nouvelles catégories de groupements humains contre lesquels les forces américaines auront à se battre relèvent d’une structure identique à celle qui est connue jusqu’à présent et est souvent décrite selon la trinité clausewitzienne. Voir par exemple : D. Tucker, “Fighting Barbarians”, Para­meters, été 1998, pp. 69-79 ; D. Jablonsky, “Time’s Arrow, Time’s Cycle : Metaphors for a Period of Transition”, Parameters, hiver 1997-98, pp. 4-27 ; R.J. Bunker, “Technology in a Neo-Clausewitzian Setting”, in G. de Nooy (ed.), The Clausewitzian Dictum and the Future of Western Military Strate­gy, Netherland Institute of International Relations ‘Clingendael’, La Haye-Londres-Boston, Kluwer Law International, Nijhoff Law Specials, vol. 31, 1997, pp .137-165.

124      M. Van Creveld, On Future War, Brassey’s, 1991, Londres, p. 36 (l’ouvrage a paru aux États-Unis sous le titre : The Transformation of War, The Free Press, 1991) ; Id., “What is Wrong with Clausewitz ?”, in G. de Nooy (ed.), The Clausewitzian Dictum and the Future of Western Military Strategy, pp. 7-23. Nous trouvons déjà une référence à la guerre comme continuation du sport par d’autres moyens dans P.J. Moody, “Clausewitz and the Fading Dialectic of War”, World Politics, juillet 1979, p. 418. La réflexion de Creveld nous laisse entrevoir un lien avec celle, plus subtile mais plus datée, de Roger Caillois, pour qui la guerre est, sur le fond, une institution sociale comparable à la fête. Caillois réfute également Clause­witz. R. Caillois, Bellone ou la pente de la guerre, Bruxelles, La Renaissance du Livre, 1963. Actuellement, il existe peu de traces en français de ce débat lié à Clausewitz. Voir tout de même : D. Battistella, “Irrationalité des conflits contemporains ?”, in Guerres et conflits dans l’après-guerre froide, Problèmes politiques et sociaux, La documentation française, n° 799-800, 20 mars 1998, pp. 59-72 ; P. Hassner, “Par-delà le totalitarisme et la guerre”, Esprit, décembre 1998, pp. 12-23 ; H. Coutau-Bégarie, Traité de stratégie, Paris, I.S.C./Economica, 1999, p. 195.

125      Par exemple : Ch. Bassford, “In Defense of Clausewitz”, Times Literary Supplement, 15 janvier 1993, p. 17. (et réponse de J. Keegan, “Clausewitz and Asian Warfare”, Times Literary Supplement, 22 janvier 1993, p. 15.).

126      Voir à ce propos : K. Cale, “Cultural Wars”, The Marxist Review of Books, Living Marxism, 73, novembre 1994 (http ://www.clausewitz.com/ cwz/calrev.htm) ; Daniel Pick, War Machine. The Rationalisation of Slaughter in Modern Times, New Haven & Londres, Yale University Press, 1993 ; E.A. Cohen, “Blood Rites - book review”, Foreign Affairs, mars-avril 1998, p. 146 ; S. Metz, “A Wake for Clausewitz : Toward a Philosophy of 21st Century Warfare”, Parameters, hiver 1994-95, pp. 126-132. Robert D. Kaplan fait le lien entre la réflexion de S.P. Huntington (“The Clash of Civilizations ?”, Foreign Affairs, été 1993, pp. 22-49) sur les oppositions entre civilisations et les ouvrages de Van Creveld et Keegan mentionnés auparavant : R.D. Kaplan, “The Coming Anarchy”, The Atlantic Monthly, février 1994 (http ://www.theatlantic.com/atlantic/election/foreign/ anarcf. htm). Voir aussi : M. Howard, “When Are Wars Decisive ?, Survival, printemps 1999, pp. 132-133.

127      Headquarters United States Marine Corps, FMFM.1, Warfighting, Washington D.C., 1989.

128      Headquarters United States Marine Corps, MCDP 1-1, Strategy, 1997, pp. 9-30.

129      M.I. Handel, Who Is Afraid of Carl von Clausewitz, a Guide to the Perplexed, Department of Strategy and Policy, United Naval War College, 6th Edition, été 1997.

130      Id.., Masters of War - Classical Strategic Thought, Frank Cass, 1996 (1992), Londres, pp. 257 ; 262.

131       AFSC Pub. 1, The Joint Staff Officer’s Guide, 1997, National Defense University, Armed Forces Staff College, Norfolk, Virginia.

132      J. McMillan, “Talking to Enemy : Negotiations in Wartime”, Compara­tive Strategy, vol. 11, n° 4, p. 459.

133      Par exemple, pour John F. Kennedy, “Tout conflit militaire doit être pour nous (les Américains) une croisade morale et nous devons y avoir en vue la reddition sans condition de notre ennemi”. Les idées de John F. Kennedy sont par ailleurs mélangées avec les conceptions de Arnold Toynbee sur les civilisations, où la guerre froide est comparée à la lutte entre l’Occident et l’Orient à l’époque des Croisades. Autre trace de cette conception, l’ouvrage de Dwight D. Eisenhower sur la Seconde Guerre mondiale s’intitule Croisade en Europe. J.F. Kennedy, Stratégie de la Paix, (The Strategy of Peace), Paris, Calmann-Lévy, 1961, p. 61 et 41 ; D.D. Eisenhower, Crusade in Europe, New York, Perma Books, 1952,. Ce que nous assimilons à l’idée de croisade morale semble parfois enclin à dévier vers le darwinsime social (évolution dont le point d’arrivée serait semblable à la démocratie libérale américaine) dans le discours stratégique américain. Voir par exemple : R. Peters, “The Culture of Conflict”, Parameters, hiver 1995-96, pp. 18-27 ; Id., “Spotting the Losers : Seven Signs of Non-Competitive States”, Parameters, printemps 1998, pp. 36-47.

134      La guerre de Corée ne devrait pas être considérée comme une croisade, alors que la doctrine du containment en est proche par les valeurs qui y sont incorporées. Mais plus le containment dure, moins cet aspect de croisade est présent. Durant la guerre froide, deux variables auraient renforcé l’esprit de croisade. D’une part il s’agit des avancées du communisme, d’autre part l’amélioration de la confiance en soi des U.S.A. Personnellement, nous nous demandons si la relation entre confiance en soi et croisade ne peut être envisagée dans l’autre sens. Voir : M. Ceadel, Thinking about Peace and War, New York, Oxford University Press, 1987, pp. 63-64.

135      À cet égard, le cas le plus frappant est la discussion qui a opposé Brodie et Gray à propos de la stratégie nucléaire américaine. Brodie utili­sant Clausewitz pour défendre le concept de dissuasion, Gray l’employant dans une optique plus proche du war-fighting. B. Brodie, “The Development of Nuclear Strategy”, International Security, printemps 1978 et C.S. Gray, “Nuclear Strategy : A Case for a Theory of Victory”, International Security, été 1979, in S.E. Miller (ed.), Strategy and Nuclear Deterrence, An Interna­tional Security Reader, Princeton, Princeton University Press, 1984, pp. 3-21 et pp. 23-56.

 

 

 Copyright www.stratisc.org - 2005 - Conception - Bertrand Degoy, Alain De Neve, Joseph Henrotin