Journée d’études « Histoire et enjeux de la composante aéroportée de la dissuasion nucléaire »

Mis en avant

Le 3 octobre 2019 de 9h30 à 16h30, amphi Esga, Ecole militaire, Paris

Dès son accession à la plus haute fonction, le président de la République a défini les
grandes lignes de sa politique de défense et a notamment décidé de la modernisation
des deux composantes des forces nucléaires stratégiques. Ces éléments ont été confir-
més publiquement lors de ses vœux aux armées le 18 janvier 2018.

Ce maintien de la posture dissuasive française se justifie par la dégradation du contexte
international et la résurgence de la menace de conflits interétatiques. D’autant plus
qu’après la forte diminution des arsenaux nucléaires consécutive à la fin de la guerre
Froide, la tendance actuelle semble aller vers une stabilisation du format des forces
nucléaires et peut-être même vers une croissance légère du fait de l’augmentation du
nombre d’armes en Asie.

Le contexte se durcit également avec la publication de doctrines considérées comme plus
vigoureuses comme la Nuclear Posture Review américaine qui tend à renforcer la crédi-
bilité de la dissuasion américaine ou encore avec la fin récente du traité sur les Forces
nucléaires intermédiaires. Par ailleurs, alors que le traité de non-prolifération (1968)
pourrait se voir menacé par les velléités des puissances moyennes d’accéder à l’arme
nucléaire et alors que les négociations sur le désarmement semblent bloquées, comme l’a
montré l’échec de la conférence d’examen de mai 2015, les anti-nucléaires ont trouvé,
avec l’adoption du Traité sur l’interdiction des armes nucléaires (TIAN) par 122 États
membres des Nations unies en juillet 2017, un moyen de promouvoir le désarmement
nucléaire, mais malheureusement sans aucune garantie de sécurité.

Alors que commence à se dessiner ce que le général Poirier avait décrit comme « une
véritable multipolarité nucléaire militaire », le besoin d’une réflexion renouvelée sur les
grands enjeux nucléaires s’avère de plus en plus nécessaire. Cette journée d’études sera
ainsi l’occasion d’aborder la dissuasion nucléaire par le prisme de sa composante aéro-
portée, son histoire internationale et ses enjeux pour les forces aériennes.

Programme et modalités d’inscription

Editorial

Par Georges-Henri SOUTOU

En partenariat avec l’Institut des Hautes Études de Défense Nationale, que nous remercions, tout particulièrement en la personne du Général Destremau et du Professeur Jean-Jacques Roche, Stratégique propose à ses lecteurs un « tour du monde géostratégique », organisé par le Professeur Martin Motte. On remarquera que le style est différent de celui de nos numéros habituels : des articles plus courts, très actuels et couvrant l’essentiel de la Planète. Car l’exercice est différent : il consiste à faire le point dans un monde en bouleversement accéléré. Il ne s’agit pas du tout d’abandonner la vocation théorique de la Revue, mais d’appliquer les résultats de nos réflexions à une situation de crise évolutive et urgente, fort éloignée de l’optimisme du début des années 1990.

La géostratégie consiste à prendre en compte les données lourdes, permanentes ou de long terme, comme la géographie, la démographie, les matières premières, etc., et à étudier leur incidence sur la dialectique des volontés à l’œuvre dans le domaine international, que ce soit en temps de paix, en temps de guerre ou dans les entre-deux qui désormais se multiplient. Elle complète, à partir de son propre éclairage, les approches de la politologie, de l’étude des relations internationales, de la stratégie. La géostratégie ainsi définie est un domaine complexe, délicat, mais sérieux et qui ne souffre pas le bavardage. C’est une approche essentielle, mais bien sûr non exclusive, pour l’analyse des situations et la prise de décision.

Il ne faut pas la confondre avec la géopolitique, dont on n’a pas toujours fait bon usage, et qui croit voire des déterminismes univoques là où la géostratégie relève de simples conditions ambiantes, des orientations, en interaction les unes avec les autres comme avec les partenaires du jeu international, mais pas des vocations historiques ou des « destinées manifestes ».

Il est cependant un aspect de la géopolitique (probablement le seul vraiment utile) que la stratégie doit prendre en compte : c’est l’étude des représentations que se font les acteurs de la situation de leur pays dans son environnement et dans le monde. La Russie est-elle européenne ou eurasiatique ? Le débat n’a pas cessé depuis Pierre le Grand. Le Royaume-Uni restera-t-il en Europe ou regagnera-t-il le Grand Large ? Churchill répondait clairement en 1946 en affirmant que Londres choisirait toujours le Grand Large, et c’est tout le sens du débat actuel en Grande-Bretagne. Comment se voient les Britanniques ? Comme des Européens, ou comme les ressortissants d’une ancienne puissance impériale à vocation désormais mondiale ? Il est clair que la réponse qui sera finalement apportée à ce débat conditionnera la géostratégie britannique, de l’Europe et de la Méditerranée à l’Atlantique et à l’Asie.

Autre exemple classique, celui de l’Allemagne qui, depuis le XIXe siècle, hésite entre une orientation continentale, une orientation mondiale ou une politique tendant à concilier les deux, des institutions européennes à l’ONU, sans oublier les transformations, délocalisations et relocalisations de son industrie. Dans tout cela entrent en compte, bien sûr, des intérêts et des réalités, mais aussi des perceptions et des visions du monde. Après tout, un pays par ailleurs comparable, comme la France, a des représentations et des orientations géostratégiques fort différentes de celles de l’Allemagne.

Qui ne comprend par ailleurs, en jetant un simple coup d’œil à des cartes relevant les nombreuses et intéressantes frontières de pays comme la Turquie ou l’Iran, que ceux-ci sont bien obligés de faire de la géostratégie ?

Tout cela est complexe, mais il faut parfois s’abstraire de ce que Max Weber appelait la « pestilence méthodologique » et expliquer les choses de façon à ce que le décideur puisse non seulement comprendre la situation, mais trancher. Donc aller ad rem. Au fond, c’est le rôle de l’IHEDN et de ses Associations, dans leur travail de formation des cadres du pays aux questions de défense.

Le vice-président de l’ISC, Olivier Boré de Loisy, globe-trotter et polyglotte, était passionné par ces questions. Très malheureusement, il nous a quittés il y a trois mois. Que ce numéro soit aussi un hommage à ce grand ami de l’ISC, qui, avec sa vaste culture et son dynamisme chaleureux, a toujours apporté à notre Institut une collaboration essentielle. Que sa famille trouve ici l’expression de nos regrets et de toute notre sympathie.