2021

Défense & Sécurité Internationale, hors-série n°76, février-mars 2021

Opérations spatiales : entre compétition et confrontation
Par Joseph Henrotin, chargé de recherche au CAPRI

Penser la guerre dans l’espace, quels fondements conceptuels ?
Par Patrick Bouhet, historien et stratégiste

L’espace ? une brûlante priorité
Par Vincent Desportes, général (2S), professeur des universités associé à Sciences Po, ancien directeur de l’Ecole de Guerre

L’espace comme expression des rivalités de puissance
Entretien avec Xavier Pasco, directeur de la Fondation pour la recherche stratégique

Les fondements de la stratégie spatiale
Entretien avec John J. Klein, chercheur senior et stratégiste chez Falcon Research, professeur adjoint au Space policy institute de la George Washington University

Une armée de l’Air et de l’Espace. Retour sur un changement
Entretien avec Philippe Lavigne, général d’armée aérienne, chef d’état-major de l’armée de l’Air et de l’Espace (CEMAAE).

Quelle stratégie spatiale pour la France ?
Entretien avec Michel Friedling, général de division aérienne, commandant du Commandement de l’espace de l’armée de l’Air et de l’Espace

Carte. Le spatial militaire dans le monde

Les Etats-Unis mettent en place l’US Space Force. Quels enjeux ?
Entretien avec Jay Raymond, Chief of space operations, US Space Force

Le programme spatial brésilien : la conjonction stratégique des forces au service de la maîtrise territoriale
Par Antony Dabila, chercheur à l’Institut d’Études de Stratégie et de Défense, Université Lyon 3 Jean Moulin

La Russie favorise les capacités contre-spatiales
Par Bart Hendrickx, spécialiste des capacités spatiales russes

La stratégie spatiale indienne
Entretien avec Ajey Lele, docteur, Group Captain (Retd.) de l’Indian Air Force, chercheur senior, Manohar Parrikar Institute for Defence Studies and Analyses, dirigeant son Centre on Strategic Technologies

Spatial militaire chinois : la densification capacitaire
Par Joseph Henrotin, chargé de recherche au CAPRI

Constellations 5G civiles : quel usage pour les armées ?
Par Emmanuel Vivenot, spécialiste des questions de défense

Cyber-espace : une intersection redoutable ?
Par le chef d’escadron S.M, les capitaines A.E, D.R, stagiaires de l’EMSST, le capitaine T.W stagiaire du CEMSAir, Officiers suivant le mastère spécialisé « Conduite des opérations et gestion des crises en cyberdéfense »

Satellites : les nouveaux papegais de l’espace
Par B.D, commandant, officier de cyberdéfense et Erwann Oliviero, étudiant en ingénierie ESILV

Drones spatiaux : vers la prolifération ?
Par Philippe Langloit, chargé de recherche au CAPRI

Récupérabilité : le graal à portée ?
Par Jean-Jacques Mercier, spécialiste des questions de défense

Défense & Sécurité Internationale n°151, janvier-février 2021

La question qui fait débat – Peut-on être proche de l’école militaire et être indépendant ?
Par Joseph Henrotin, chargé de recherche au CAPRI

Chronique penser la stratégie – Pour en finir avec les guerres « mineures »
Par Olivier Zajec, maître de conférences en science politique, Université Jean Moulin Lyon 3

Chronique penser le renseignement – La France, unique objet de leur ressentiment ?
Par Roger Noël, spécialiste des questions de renseignement

Chronique Economie de défense – L’envolée des coûts d’entretien des matériels
Par Renaud Bellais, chercheur associé en sciences économiques à l’ENSTA Bretagne et à l’Université Grenoble Alpes (CESICE).

Chronique « L’Europe et sa défense » – Joe Biden, un espoir pour la défense européenne ?
Par Delphine Deschaux-Dutard, Maître de conférences en science politique, CESICE-Université Grenoble Alpes

Le renouveau des Royal Marines
Par Emmanuel Vivenot, spécialiste des questions de défense

Le point sur… les forces terrestres israéliennes
Par Philippe Langloit, chargé de recherche au CAPRI

La future norme des budgets de la Défense belge sera-t-elle covidienne ?
Par Wally Struys, professeur émérite en économie de défense, Ecole royale militaire de Bruxelles

La Mer Rouge au centre des crispations géopolitiques
Par Matthieu Anquez, spécialiste des relations internationales, président d’ARES et Bertrand Slaski, spécialiste des questions de sécurité, CEIS

Mozambique : face au djihadisme
Par Laurent Touchard, spécialiste des questions de défense

Tableau de Bord – Les forces armées mozambicaines
Par Philippe Langloit, chargé de recherche au CAPRI

Chronique « Penser la guerre » – Guerre et catégorisation
Par Laure Bardiès, sociologue à l’ENS Rennes, enseignante-chercheuse aux Ecoles militaires de Saint-Cyr Coëtquidan de 2001 à 2017

Chronique « Penser les opérations » – Cycles de Kondratieff et cycles opérationnels
Par Michel Goya, colonel des troupes de marine (r), animateur du blog La Voie de l’Épée

La stratégie comme globalité
Entretien avec Béatrice Heuser, Professeure de relations internationales, Université de Glasgow

SAASS, l’élite de la formation intellectuelle de l’US Air Force. Deuxième partie, Les théories militaires
Par Romain Béthoux, officier de l’armée de l’Air

Chronique « Penser le cyber » – Les réponses publiques aux cyber-opérations
Par Stéphane Taillat, Maître de conférences à l’Université Paris 8 détaché aux Écoles de St Cyr-Coëtquidan, chercheur au centre de Géopolitique de la Datasphère (GEODE) et au pôle « mutations des conflits » du Centre de Recherche des Écoles de St Cyr-Coëtquidan (CREC)

KF31/41 : Rheinmetall se positionne à l’échelle mondiale
Par Pierre Petit, spécialiste des questions de défense

Le système de défense anti-aérienne rapprochée Pantsir : une frêle Carapace ?
Par Benjamin Gravisse, Politologue et auteur du blog Red Samovar (https://redsamovar.com)

Editorial

Par Georges-Henri Soutou, de l’Institut

Les « espaces communs » (maritimes, polaires, spatiaux, électro­magnétiques…) constituent un domaine essentiel des réflexions actuelles des juristes et des politologues. Mais ils sont égale­ment le lieu de rivalités, voire de conflits, et c’est pourquoi les straté­gistes s’y intéressent de plus en plus. L’ISC ne pouvait pas y manquer.

Mais c’est une question fort complexe. La première notion a été en fait celle des espaces libres, non-appropriés et non-appropriables du point de vue du droit international. Le premier concerné a été l’espace maritime. Le droit international est apparu en fait avec la codification de la liberté des mers. Ce n’est que bien plus tard que l’on est passé à la notion, en fait différente, d’« espaces communs », sous-entendu : à l’ensemble de l’humanité.

Les années 1960-1970 ont vu en effet le développement de la notion d’« espaces communs » en droit international. C’était dans l’esprit du temps : c’était toute la philosophie mondialiste de Teilhard de Chardin[1], dont on sous-estime la considérable influence, c’était l’esprit de Vatican II, celui aussi de l’ONU. Le traité de l’Antarctique de 1959, le traité de l’Espace en 1967 définissaient des espaces communs à tous les États, non-appropriables.

À partir des années 1990 ce courant fut encore renforcé par les thèses post-étatiques et post-nationales[2]. Les frontières étaient dépas­sées par les forces transnationales (économiques, culturelles, reli­gieuses…) et les souverainetés nationales étaient appelées à se dissou­dre à terme dans une gouvernance mondiale. Tous les espaces auraient été alors communs.

Mais il y avait certains garde-fous. Concrètement on était en présence, jusqu’à tout récemment, d’un quasi-monopole occidental sur les techniques et moyens nécessaires pour l’exploitation des espaces communs, du fonds des océans à l’espace : c’était certes une mondia­lisation, mais occidentalo-centrée, donc acceptable, voire utilisable, du point de vue des grands États occidentaux. La communauté des espaces restait théorique, dans la pratique ils resteraient exploités et contrôlés par les Occidentaux et d’abord les États-Unis.

Ça a commencé à changer à partir du président Reagan et du refus américain de ratifier la convention de Montego Bay de 1982 sur le droit de la mer et des fonds marins, quand certains à Washington se demandèrent si, malgré tout, les organismes internationaux n’allaient pas brider désormais la liberté d’action américaine, et s’il ne valait pas mieux revenir à l’unilatéralisme.

Et désormais, on assiste à des tendances à l’appropriation des espaces dits communs, et à la repossession compétitive du monde. Les espaces communs sont devenus un terrain de rivalités et d’affronte­ments. La Stratégie reprend donc ses droits.

C’est tout cela que nous avons pu explorer au colloque de Toulon de 2018, grâce aux organisateurs et aux intervenants, que je remercie au nom de l’ISC, et grâce à l’hospitalité de la Marine natio­nale, et en particulier grâce au commandant en chef pour la Méditer­ranée, le vice-amiral d’escadre Charles-Henri du Ché[3], ainsi qu’au soutien de nos amis toulonnais, en particulier de la FMES.

Et de notre regretté grand ami, Olivier Boré de Loisy, vice-président de l’ISC, qui s’était comme toujours dépensé sans compter pour l’organisation et le succès de ce colloque, et nous avait reçu chez lui, lors d’une soirée que les participants n’oublieront jamais.

 

[1]        Henri de Lubac, SJ, La Pensée religieuse du Père Teilhard de Chardin, Aubier, 1962 ; Jean-Jacques Antier, Pierre Teilhard de Chardin ou la force de l’amour, Presses de la Renaissance, 2012.

[2]        Bertrand Badie, Un monde sans souveraineté, Fayard, 1999.

[3]        Cf. son avant-propos à la RDN de l’été 2019, « La Méditerranée stratégique. Laboratoire de la mondialisation ? ».