Les auteurs 

Major General JBA Bailey CB MBE PhD

Jonathan Bailey est major général de l’armée britannique, du cadre de réserve depuis 2005. De 2002 à 2005, il était directeur du développement general et de la doctrine. Son expérience opérationnelle est riche, avec des missions en Irlande du Nord, en Rhodésie en 1979-1980, dans la guerre des Malouines en 1982, et au Kosovo en 1999, en tant que chef des opérations pour la Commission mixte d’application. La deuxième édition de son ouvrage Field Artillery and Firepower, a été publiée par Naval Institute Press (2004). Il est également l’auteur de Great Power Strategy in Asia 1905-2005. Empire, Culture and Trade, Routledge (2006), et de Contemporary Opera­tions. Reflections on and of Empire (Institute for Defense Analyses, Arlington, 2006). Depuis 2005, il est en charge d’une série de sémi­naires sur le thème “Campaigning and Generalship”, dans le cadre du programme “The Changing Character of War” à l’Université d’Oxford. Depuis 2007, il est directeur de Boeing Défense UK.

Yves Boyer

Diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris, Yves Boyer est professeur de géopolitique à l’Ecole Polytechnique, et directeur-adjoint de la Fondation pour la Recherche Stratégique (FRS). Spécia­liste des questions de défense et de politique internationales, il est ancien chargé de recherche à l’Institut International d’Etudes Straté­giques de Londres (IISS), ancien maître de recherche à l’Institut Français des Relations Internationales (IFRI), enseignant aux Ecoles de Saint-Cyr Coëtquidan.

Alia Brahimi

Alia Brahimi est chercheur associé au programme “Changing Character of War” de l’Université d’Oxford et chargée de recherches au St. Antony’s College. Ses travaux étudient les justifications morales accompagnant les violences politiques pratiquées dans le cadre de la “guerre contre le terrorisme”. Son ouvrage Jihad and Just War in the War on Terror, Oxford University Press, 2009, analyse les arguments guerriers de l’administration Bush et d’Al-Qaïda dans le contexte du renouveau des traditions de “Guerre juste” occidentales et islamiques.

Amaël Cattaruzza

Amaël Cattaruzza est maître de conférences en géopolitique à l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr Coëtquidan. Spécialiste des Balkans, il est l’auteur d’une thèse sur le nationalisme monténégrin, ainsi que de nombreux articles concernant la situation en Bosnie-Herzégovine, au Kosovo, en Serbie ou plus généralement concernant la perspective européenne de la région. En 2005, il a co-dirigé L’ex-Yougoslavie dix ans après Dayton. De 2006 à 2008, il a été détaché à l’Université de Belgrade en charge de l’organisation d’un séminaire régional en sciences sociales.

Hervé Coutau-Bégarie

Hervé Coutau-Bégarie est directeur d’études à l’Ecole pratique des Hautes Etudes (Sorbonne), où il occupe la chaire d’histoire des doctrines stratégiques, et directeur du cours de stratégie au Collège Interarmées de Défense. Depuis 1994, il est président de l’Institut de Stratégie Comparée et directeur de la revue Stratégique. Ses recherches personnelles ont d’abord été consacrées à la stratégie maritime, puis à la théorie stratégique. Il a publié une vingtaine d’ouvrages, dont un Traité de stratégie (1999, 6e éd., 2008), traduit en italien, roumain et portugais et un Bréviaire stratégique (2003), traduit en allemand, roumain, danois, italien et portugais.

Didier Danet

Didier Danet est enseignant chercheur en gestion à l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr. Il est responsable de l’équipe de recherche en gestion et du pôle d’excellence “Action globale et forces terrestres”. Ses travaux portent en particulier sur les organisations mili­taires, notamment les politiques d’externalisation. Il intervient réguliè­rement dans les enseignements d’intelligence économique de l’Institut de Gestion de Rennes (IAE de l’Université de Rennes 1).

Lieutenant-colonel Michel David

Issu de l’École Spéciale Militaire de Saint-Cyr, enseignant-chercheur, le lieutenant-colonel Michel David a dirigé le département Histoire-Géographie des écoles de Saint-Cyr Coëtquidan. Docteur en histoire, il a consacré sa thèse à la résistance des minorités ethniques d’Indochine face au Viêt-Minh entre 1950 et 1955. Poursuivant ses travaux sur la guerre d’Indochine, il étend ses recherches aux phénomènes de guerre révolutionnaire, de contre-guérilla et d’action psychologique. Auteur de Guerre secrète en Indochine (Lavauzelle, 2003), il a rédigé un certain nombre d’articles.

Général de division Vincent Desportes

Le général de division Vincent Desportes a été directeur du Collège Interarmées de Défense. Saint-Cyrien, officier de cavalerie, il est ingénieur et breveté de l’Ecole supérieure de guerre, diplômé du War College et ancien attaché militaire aux États-Unis. Il a publié de nombreux articles et plusieurs ouvrages consacrés aux questions tactiques et stratégiques aux éditions Économica.

Isabel Duyvesteyn

Isabel Duyvesteyn est maître de conférences à l’Université d’Utrecht. Elle est notamment l’auteur de Military Intervention and the Escalation of War, A Quantitative Study 1945-1992, University of Utrecht, 1996 ; Rethinking the Nature of War, Routledge, 2004 ; Modern War and the Utility of Force : Challenges, Methods and Strategy, Franck Cass, 2010

Colonel Michel Goya

Issu du corps des sous-officiers, officier des troupes de marine, breveté du Collège Interarmées de Défense et docteur en histoire, le lieutenant-colonel Michel Goya a longtemps servi en unités de combat et participé à plusieurs opérations extérieures en Afrique et dans les Balkans, avant de rejoindre le Centre de doctrine et d’emploi des forces de l’armée de terre où il a étudié les conflits au Moyen-Orient pendant trois ans. Il est actuellement directeur de recherches à l’Institut de recherches stratégiques à l’École militaire.

Jean-Paul Hanon

Jean-Paul Hanon est diplômé de l’École Spéciale militaire et agrégé de l’université. Il enseigne depuis 1995 aux Ecoles de Coêtqui­dan, où il dirige le Département de Relations Internationales. Il enseigne par ailleurs les politiques de défense et de sécurité et la stratégie à l’IEP de Paris dans le Master “Affaires internationales” depuis 1998.

Ses recherches concernent essentiellement les systèmes de coo­pération de forces et d’agences dans l’UE et aux USA, les politiques de renseignement européennes et plus généralement le lien entre sécurité intérieure et extérieure. Jean Paul Hanon est membre du comité de rédaction de la revue Cultures et Conflits.

Professeur Ahmed S. Hashim

Ahmed S. Hashim est professeur d’études stratégiques au Centre d’études sur la guerre navale du Naval War College (États-Unis). Il est spécialisé sur les problèmes stratégiques au Moyen-Orient et en Asie méridionale, plus particulièrement en Irak et en Iran. Parmi ses publica­tions les plus récentes : “Al Qaida’s Grand Strategy ;” Insurgency and Counterinsurgency in Iraq, Ithaca, Cornell University Press, 2005.

Bastien Irondelle

Bastien Irondelle est chargé de recherches FNSP au CERI-Sciences Po et enseignant à Sciences Po. Il est actuellement Deakin Fellow, St Antony’s College et Visiting Research Fellow au Changing Character of War Programme, University of Oxford. Ses recherches actuelles portent sur les grandes stratégies de la France et du Royaume-Uni après la guerre froide, les enjeux du recrutement militaire dans les armées professionnelles, les sociétés militaires privées ainsi que le renseignement. Il est l’auteur de La Fin du service militaire. Analyse décisionnelle d’une réforme radicale, Presses de Sciences Po, 2010 et co-dirigé avec Frédéric Mérand et Martial Foucault, European Security since the Fall of the Berlin Wall, Toronto, Univer­sity of Toronto Press, 2010.

Pierre-Jean Lassalle

Diplômé de Saint Cyr et du Collège interarmées de défense, le colonel Lassalle (e.r.) est titulaire d’une maîtrise d’histoire moderne et d’un troisième cycle de management des entreprises. Sa carrière militaire l’a conduit à servir essentiellement dans des formations aéro­portées de l’armée de terre. Spécialisé dans le renseignement, il a commandé le 13e régiment de dragons parachutistes. En fin de trajectoire militaire, il a dirigé le bureau plans-études de l’état-major de l’armée de terre puis a été conseiller de la DGA pour les programmes terrestres. Il est aujourd’hui directeur de programme au sein du groupe Thales.

Lieutenant-colonel Jérôme de Lespinois

Le lieutenant-colonel Jérôme de Lespinois, de l’armée de l’air française, est docteur en histoire (Sorbonne) et chargé de mission au Centre d’études stratégiques aérospatiales (École militaire, Paris). Il a occupé des postes d’enseignement et de recherche à l’université de Paris-Sorbonne (1996-2005), au Service historique de l’armée de l’air (2002-2004) et au ministère des Affaires étrangères où il collabore à la publication des documents diplomatiques français depuis 2002. Ses thèmes de recherche portent sur l’emploi de l’arme aérienne dans les conflits récents, sur l’histoire de la stratégie aérienne et du concept de puissance aérienne.

Docteur John McKinlay

John McKinlay est Teaching Fellow au department d’études sur la guerre de Kings College (Londres). Il a commencé sa carrière comme officier dans l’armée de Terre britannique et fut Defence Fellow à Churchill College, Cambridge (1985) ; il a terminé sa thèse à Kings College en 1990. Il travaille actuellement au projet “L’Archipel de l’Insurrection”, financé par la British Academy et qui doit être publié à Londres aux éditions Hurst.

Christian Malis

Christian Malis, ancien élève de l’Ecole normale supérieure (Ulm), docteur habilité en histoire, chercheur associé au Centre de recherches des Écoles de Saint-Cyr Coëtquidan, est salarié de la société Thales. Il a été directeur scientifique de la Fondation Saint-Cyr et a servi au ministère de la Défense et dans l’industrie électronique. Spécialiste de la pensée stratégique française au xxe siècle, il est l’auteur de Raymond Aron et le débat stratégique français (Economica, 2005), et Pierre Marie Gallois (L’Age d’Homme, 2009). Il a consacré de nombreux articles à la théorie stratégique, spécialement à la pensée de Clausewitz.

Docteur Carter Malkasian

Carter Malkasian, docteur en histoire de l’Université d’Oxford, dirige le Centre sur la stabilité et le développement du Center for Naval Analysis. En 2007 et 2008, il conduit une équipe de recherches pour conseiller les Provincial Reconstruction Teams (PRT) dans l’Est de Afghanistan. Auparavant, il a été nommé à la I Marine Expeditionary Force (I MEF) comme conseiller en contre-insurrection, et de février 2003 à août 2006, il vécut la plupart du temps dans la province d’Al Anbar en Irak. Sa plus récente publication est un ouvrage codirigé avec Daniel Marston, Counterinsurgency in Modern Warfare. Parmi ses précedentes publications : A History of Modern Wars of Attrition (2002) et The Korean War, 1950-1953 (2001). Il est également l’auteur de nombreux articles.

Docteur Daniel Marston

Daniel Marston est chargé de recherches au Centre d’études stratégiques et de défense de l’Université nationale d’Australie, cher­cheur invité au Programme ‘The Changing Character of War’ de l’Université d’Oxford et membre de la Royal Historical Society. Il a également été chercheur invité au Centre de Contre-Insurrection de l’Armée et de la Marine américaine, à Taji en Irak. Ses travaux sont principalement consacrés à l’étude des modes d’apprentissage et de réformes des armées. Son premier ouvrage, Phoenix from the Ashes, lauréat du Templer Medal Book Prize en 2003, est un examen de la manière dont l’Armée britannique/indienne réussit à tourner une défaite en victoire lors de la campagne de Birmanie. Il co-dirigé, avec Carter Malkasian, Counterinsurgency in Modern Warfare, 2008. D. Marston est actuellement engagé dans un travail de recherches sur les leçons de contre-insurrection des armées australienne et britannique, des années 1960 à nos jours.

Gerald Meyerle

Gerald Meyerle est analyste au Center for Naval Analysis (États-Unis), spécialisé des questions de contre-insurrection, de guerre irrégulière et de reconstruction post-conflit. Il participe au programme de recherche “Stabilité et Développement” du CNA.

Christian Olsson

Christian Olsson est docteur en science politique (spécialité relations internationales) de Sciences Po Paris, affilié au CERI et maître de conférence en relations internationales à l’Université Libre de Bruxelles. Sa thèse de doctorat porte sur les “Usages et légitimations de la force militaire dans les opérations extérieures à vocation pacifica­trice (Afghanistan, Irak) : les armées françaises, britanniques et améri­caines. Dans le cadre de cette dernière, il a effectué plusieurs recher­ches de terrain en Afghanistan en 2007 et 2008. Ses dernières publi­cations incluent : “Contre-insurrection et ‘Responsabilité de protéger’ : panacée ou supercherie ?”, Sécurité globale, n°10, 2010, pp. 65-74.

Capitaine de Vaisseau Thierry Rousseau

Le capitaine de vaisseau Thierry Rousseau est, depuis l’été 2008, secrétaire général du Centre de concepts et de doctrines de la marine. Ancien élève de l’École navale, breveté de l’enseignement militaire supérieur et ancien auditeur du Centre des hautes études militaires (CHEM) et de l’Institut des Hautes Études de Défense Nationale (IHEDN), il a passé une bonne partie de sa carrière comme pilote d’avions de patrouille maritime en la concluant par le commandement d’une flottille armée d’ATL2. Il a également embarqué sur de nom­breux bâtiments et commandé une frégate. Il a servi en état-major opérationnel, à l’état-major de la Marine et à l’état-major des Armées dans les branches plans” et pilotage”.

Hew Strachan

Hew Strachan est Chichele professeur d’Histoire de la guerre à l’Université d’Oxford, directeur du programme Leverhulme Changing Character of War’, et membre du All Souls College. Il est également membre du Corpus Christi College, Cambridge, et professeur invité à l’Université de Glasgow. Ses ouvrages les plus récents sont To Arms, 2001, The First World War : A New Illustrated History, 2003, premier d’une série de trois volumes sur la première guerre mondiale, et Carl von Clausewitz On War : a Biography, 2007.

Olivier Zajec

Olivier Zajec est chargé de recherches à l’Institut de Stratégie et des Conflits – Commission Française d’Histoire Militaire et doctorant à l’École pratique des Hautes Études. Il collabore régulièrement au Monde diplomatique et à Défense et sécurité internationale. Il est l’auteur de Les Secrets de la géopolitique, 2008.

Publié dans Uncategorized | Commentaires fermés sur Les auteurs 

La guerre irrégulière dans l’histoire et dans la théorie 

Hervé Coutau-Bégarie et Olivier Zajec

On ne parlait plus vraiment, ces dernières années, de “guerre irrégulière”. Au gré des modes conceptuelles et de l’inventivité sémantique des analystes, d’autres vocables s’étaient imposés, de la “guerre hybride” aux “guerres asymé­triques”, sans que l’on comprenne tou­jours sur quels critères objectifs, historiques ou techniques, se fondent ces nouvelles catégorisations.

Cette appellation de “guerre irrégulière” revient cependant à la mode : le titre de ce colloque n’en est qu’une des illustrations. Gérard Chaliand publie une imposante anthologie intitulée Guerres irrégu­lières. Le thème s’affirme et s’impose aux États-Unis, comme le mon­trent la création, en 2009, du Center on Irregular Warfare and Armed Groups au sein du Naval War College et la nouvelle doctrine officia­lisée par l’Irregular Warfare Joint Operating Concept, approuvé le 11 septembre 2007 (la date ne doit sans doute rien au hasard), qui entend installer cette culture de l’irrégularité au profit des General Purpose Forces (les troupes régulières) et non point seulement, comme cela était jusqu’alors le cas, au sein des seules forces “spéciales”. Il faut y voir une conséquence logique de la crise de la rhétorique de la Transformation, d’inspiration technicienne, malmenée par des années de guérilla en Afghanistan et en Irak. Mais aussi une prise de cons­cience de l’insuffisance des concepts alternatifs qui ont foisonné, sans qu’aucun d’eux puisse couvrir l’intégralité d’un champ extrêmement vaste et divers.

Il est donc nécessaire d’analyser, au moins sommairement, la notion d’irrégularité. A-t-elle seulement un sens ? Est-ce un concept flou qui peut s’appliquer à n’importe quoi ? La doctrine américaine n’est pas loin de tomber dans ce travers, quand elle énumère les “activités” de la guerre irrégulière :

  • insurrection et contre-insurrection ;
  • terrorisme et contre-terrorisme ;
  • guerre non conventionnelle ;
  • défense intérieure à l’étranger ;
  • opérations de stabilisation quand elles sont conduites dans le contexte d’une stratégie de guerre visant à conserver le soutien de la population ;
  • activités criminelles transnationales qui soutiennent la guerre irrégulière et activités d’application de la loi s’y opposant ;
  • opérations civilo-militaires ;
  • opérations psychologiques ;
  • opérations d’information ;
  • opérations de renseignement (intelligence) et de contre-renseignement.

Les réflexions ultérieures ont conduit à ajouter une rubrique supplémentaire :

  • communication stratégique[1].

À ce compte là, on se demande ce qui reste à la guerre régulière. Ce n’est pas un essai de délimitation, c’est un catalogue fourre-tout dont on pourrait dire, avec une cruauté qui force à peine le trait, qu’il englobe tout ce que les militaires américains n’aiment pas faire, tout ce qui ne rentre pas dans la guerre rêvée par les tenants de la Revolution in Military Affairs, la guerre menée par la force technicienne. Ce n’est pas ainsi que l’on peut prétendre éclairer le concept. La manière correcte d’aborder le problème doit plutôt être de se demander si la guerre irrégulière répond à des critères, comme tout concept cohérent doit le faire.

La réponse n’est pas évidente. Si la guerre “irrégulière” s’incarne – au premier sens du terme, c’est-à-dire qu’elle prend forme et substance – au gré des périodes historiques, de manière certaine et repérable, il n’est, pour autant, pas aisé de l’enfermer dans une défini­tion canonique. À la limite, on pourrait soutenir que la notion de guerre irrégulière est un oxymore : la plupart des auteurs et le droit positif définissent la guerre comme un affrontement entre États, ce qui présup­pose la régularité. On ne devrait pas parler de guerre contre le terro­risme ou contre la piraterie, il s’agit (ou il devrait s’agir) d’opérations de police. C’est de manière impropre que le président George W. Bush a lancé le mot d’ordre de guerre globale contre le terrorisme, donnant implicitement aux djihadistes un statut de combattants qu’on leur refuse officiellement par ailleurs.

Le point de départ semble clair. La guerre irrégulière est, à la fois, une guerre sans front et une guerre sans frontière. Sans front, car dissociée des grandes opérations militaires. Sans frontière, car abolis­sant les distinctions juridiques entre civils et militaires, entre paix et guerre. Elle s’oppose à la guerre régulière, ou réglée, celle que des lois, des règles gouvernent et qui est faite régulièrement, par des réguliers. Deux ordres de référence vont structurer cette relation régulier/ irrégu­lier. D’une part l’ordre juridique, d’autre part l’ordre stratégique. La guerre sera irrégulière, donc, si elle n’observe pas l’un et/ou l’autre de ces deux cadres. Très souvent, l’un des cadres entraîne l’autre, car une troupe d’irréguliers ne dispose ni d’exécutants instruits dans les manœuvres savantes, ni de chefs préparés à la planification et à la conduite des grandes opérations. Mais c’est loin d’être une règle générale.

  • Juridique : on retrouve là la notion de jus ad bellum (le droit à la guerre : qui peut, qui a le droit de légitimement se battre ?) et la notion complémentaire de jus in bello (le droit dans la guerre : quelles limita­tions, quel encadrement au cours du conflit ?)
  • Stratégique : la problématique est ici celle du respect des “principes” de la guerre, celle-ci étant envisagée comme un art réglé, destiné à limiter la violence et à obtenir, comme le disait Carrion-Nisas dès le xixe siècle, le meilleur résultat au moindre coût ; ce cadre stratégique est largement influencé, on ne le souligne pas assez, par le cadre juridique, qui inter­dit certains procédés.

La difficulté apparaît immédiatement : qui donc, et selon quel référentiel, décide – dans l’un comme l’autre de ces deux ordres – de ce qui est irrégulier et de ce qui ne l’est pas ? Dans ce débat de légitimité, la tentation est forte de la subjectivité, donc du jugement de valeur :

  • un jugement de valeur politique et moral dans le cadre du critère de régularité juridique. Carl Schmitt l’a bien montré ;
  • un jugement de valeur culturel dans le cadre du critère de régularité stratégique.

Le jugement de valeur juridique découle du prisme culturel et historique occidental. Celui-ci est normatif, indiscuté et souve­rain quand l’Europe domine le monde, du xviiie au xxe siècle, mais apparaît fragilisé, subjectif, voire incomplet, dans un cadre multipolaire où les références culturelles et morales se diversi­fient. Ce prisme culturel structure pourtant toujours notre vision des choses.

Le jugement de valeur stratégique, en revanche, est plus univer­sel. Il prend le plus souvent une connotation éthique, dont Polybe donne un exemple très éclairant à propos de la sécession de la Haute-Égypte sous Ptolémée IV : la “guerre qu’on va raconter ici et qui, mis à part les traits de cruauté et les viola­tions de toutes les règles qui l’accompagnèrent, n’a été marquée par aucune bataille rangée, par aucun combat naval, par aucun siège, bref, par aucune action mémo­rable[2]. Violation des règles, cruauté et absence d’action digne d’être retenue, on a là tous les ingrédients de la guerre irrégulière et de sa dévalorisation que l’on retrouve à toutes les époques.

Pour éviter ou contourner provisoirement cette difficulté – avant de l’interroger à nouveau en conclusion – sans doute faut-il, dans un premier temps, préférer l’étude de la pratique à celle de la théorie. Dans son livre devenu classique, La Guerre révolutionnaire, le général Beaufre est resté fidèle à la méthode rationnelle qu’il avait exposée dans son livre fondateur, Introduction à la stratégie : il a construit des modèles avant de passer à l’étude des guerres révolutionnaires appelées à illustrer son propos[3]. Mais il n’a pu agir ainsi que parce qu’il se limitait à l’époque contemporaine. Si l’on essaie d’embrasser la totalité du champ historique, la diversité des cas d’espèce devient si grande qu’elle rend toute tentative de modélisation illusoire. La seule solution est alors de revenir à la méthode inductive par une approche historico-descriptive, laquelle revient à sélectionner de manière intuitive un corpus de conflits qui entrent dans la catégorie “irrégulière”. C’est-à-dire, finalement, des conflits qui, par nécessité, génèrent leurs propres règles.

Quelques exemples de guerres, modèles opérationnels ou situations conflictuelles “irréguliers”[4]

Les Grecs offrent le premier exemple bien documenté de guerre réglée avec une littérature militaire dont il ne nous reste que des débris, mais dont on sait avec certitude qu’elle a existé, et une organisation militaire particulièrement rigoureuse, avec la phalange, pratiquement invincible en terrain ouvert du fait de sa formidable puissance de choc, mais peu apte à la manœuvre en raison de sa lourdeur. Les procédés de surprise, de contourne­ment, de harcèlement qui constituent le lot commun de toutes les formes irrégulières de la guerre lui sont interdits. Mais cela ne signifie par pour autant que les Grecs aient ignoré la guerre irrégulière, comme l’a récemment montré Jean-Nicolas Corvi­sier[5]. Les codes juridiques pouvaient faire l’objet d’interprétations sou­ples et la phalange n’excluait pas le recours à des unités plus légères, notamment les peltastes, fantassins légers aptes à la manœuvre sur le champ de bataille et aux opérations en terrain difficile, interdit à la phalange. Les ruses de guerre tenaient également une grande place dans la stratégie, comme le suggèrent les œuvres d’Énée le Tacticien et de Polyen. Les Grecs n’ont donc pas seulement été confrontés à la guerre irrégulière lorsqu’ils affrontaient des barbares au style tactique radica­lement différent, ils l’ont également pratiquée dans leurs guerres intes­tines entre cités. Mais, comme cela arrivera désormais presque systé­matiquement, leurs historiens ne retiendront que la forme supé­rieure de guerre, celle pratiquée par la phalange, et relé­gueront dans l’ombre tous les autres aspects.

À Rome, les légions restent l’archétype de l’organisation réglée, disciplinée, linéaire (du moins dans la perception générale, car les mutations de l’armée romaine seront nombreuses au fur et à mesure des évolutions de la stratégie impériale). Le plus souvent, cependant, on observe que la guerre oppose les légions à des Barbares, c’est-à-dire des nations dont la culture “volatile” de la guerre les distingue de l’outil réglé de l’armée romaine : il n’est que de songer à la “flèche du Parthe” ou aux embuscades des sombres forêts de Teutobourg : Varus, en Ger­manie en l’an 9 de notre ère, perd en un seul engagement tactique les gains stratégiques de plusieurs campagnes. Mais certains généraux romains s’adaptent à ces conditions : Agricola en Bretagne[6], Metellus[7] et Blaesus en Numidie : “contre les ruses de Tacfarinas, on combattit selon une tactique (modo belligeratum) semblable”, avec des colonnes mobiles traquant sans relâche les bandes numides.

On trouve dans la littérature romaine plusieurs formes d’irrégu­larité guerrière :

  • la “guerre expéditionnaire” (furtiva expeditio), dont parle Tite-Live, en évoquant les expéditions conduites au-delà du limes : face à un adversaire le plus souvent insaisissable, les raids romains ont un triple but d’inti­midation, de représailles et de création d’un glacis par une dévastation systématique, suivie d’un repli rapide derrière le limes ;
  • la “guerre d’embuscades” : actions de harcèlement privilé­giées par les ennemis de Rome, incapables de riva­liser avec les légions en terrain ouvert, et dont les modèles restent les guerres de Jugurtha en Afrique, racontée par Salluste, de Viriathe en Espagne, rapportée par Tite-Live, et de Tacfari­nas en Afrique, évoquée par Tacite. Bien que ce dernier ne donne que des indications sommaires, il laisse entrevoir l’adap­tation du plus faible face à la supériorité des légions romaines : sévèrement battu durant une première campagne, Tacfarinas comprend la leçon et revient à une guerre d’escarmouches, “en effectuant d’abord ça et là des pillages restés impunis par leur soudaineté même” et en attaquant des villages isolés[8].
  • la “guerre sauvage”, mentionnée par Polybe. Une guerre “irrégulière” car insurrectionnelle : elle prend place dans le cadre d’une répression, celle des grandes révoltes d’esclaves (celle de Spartacus est la plus connue) ou de mercenaires, comme celle que dut affronter Carthage après la première guerre punique et qui “entre toutes [les guerres] dont nous avons eu connaissance, a dépassé les autres en férocité et en horreur” (Polybe, I, 88-7).

Toutes ces guerres sont “spéciales”. Elles sortent d’un cadre. Elles génèrent – déjà – d’autres règles, et nécessitent l’adaptation technique et tactique de la puissante armée romaine.

En Chine ancienne, les guerres internes durant la période de crise entre les Han et les Tang, du iiie au vie siècle, voient se déployer la “guerre errante” (Youji Jiangun). Le général qui la mène est très autonome. Il peut opérer sur les arrières de l’ennemi, lever des milices locales. Mais il demeure rattaché à un commandement central, qui l’utilise comme une sorte de “corsaire terrestre”.

Au Moyen Âge occidental, par ailleurs “normé” dans sa pratique guerrière sous l’influence de l’institution chevaleresque et des interventions de l’Église, les exemples sont extrêmement nombreux d’irrégularité dans la conduite de la guerre.

On passera rapidement sur l’irrégularité juridique qui découle des guerres privées. Le critère de la souveraineté est alors, pour le moins, évanescent et, comme l’a bien souligné Philippe Contamine, la guerre privée est partout[9]. Les souverains essaient de l’interdire. En France, saint Louis prend une ordonnance en ce sens en 1258. Le fait qu’elle doive être réitérée à maintes reprises est un indice très clair de son inefficacité. Ce n’est qu’à l’extrême fin du Moyen Âge que l’État parviendra progressivement à s’imposer et à éliminer les guerres privées.

D’un point de vue stratégique, la guerre réglée est celle que conduisent les chevaliers, caractérisée par la domination de la cavalerie lourde, mais aussi par une absence presque totale de sens tactique : l’obsession de l’honneur annihile toute réflexion sur le champ de bataille. Mais c’est une erreur que de réduire la guerre médiévale à cette seule forme. Très nombreuses sont les guerres conduites par des milices urbaines (en Flandre, la chevalerie française en fera les frais dès 1302, à la bataille de Courtrai) ou les soulèvements paysans, dont certains, de très grande ampleur, peuvent dégénérer en véritables guerres civiles (on songe d’abord à la grande révolte de Wat Tyler en 1381) ; milices et paysans peuvent également intervenir dans la “grande guerre” : pendant la guerre de Cent Ans, il est ainsi possible d’évoquer les actions de harcèlement du Grand Ferré et de quelques autres. Après les déroutes de Crécy, en 1346, et de Poitiers, en 1356, cette stratégie d’usure, alors qualifiée de “guerre guerroyante” et fondée sur la décentra­lisation des actions, la surprise, la ruse, mais aussi l’utilisation de “grandes compagnies” de routiers est officiellement mise en œuvre par Du Guesclin devenu connétable. Elle est rapidement payante. Mais les démons reviendront vite, comme le montreront les désastres de Nicopolis (1396), d’Azincourt (1415), de Verneuil (1424), de Varna (1444). À la guerre comme ailleurs, l’incompétence a la vie dure.

Durant la Reconquista espagnole, les royaumes chrétiens adop­tent, eux aussi, la guerra guerreada, menée notamment par la gineta, une cavalerie légère moins apte aux grandes charges héroïques, mais plus adaptée à la lutte contre les musulmans qui disposent de leur propre cavalerie légère, les zenetes (on a commenté cette similitude de noms).

Ces tactiques ne font pas disparaître la “bataille décisive” et ses grands chocs frontaux comme moyen d’emporter une guerre (songeons à la grande victoire chrétienne de Las Navas de Tolosa, en 1212, tour­nant de la Reconquista, et aux batailles de Castillon et de Formigny, en 1453, qui mettent fin, à l’avantage des Français, à la guerre de Cent Ans), mais elles traduisent la présence permanente d’une “irrégularité adaptative” dans la conduite de la guerre médiévale, qu’on ne peut réduire à une seule forme.

Au xvie siècle en Europe, on observe l’apparition de la guerre de partis ou “guerre de partisans”. Il s’agit d’abord des héritiers des grandes compagnies médiévales et, jusqu’à la guerre de Trente Ans, on a du mal à séparer leurs actions au service de l’État de leurs entreprises privées. Cette guerre de partis est d’abord une vaste entreprise de pillage et de dévastation, qui épuise le pays avant d’user l’armée ennemie[10]. D’où la mauvaise réputation qui s’y attache et qui va persister longtemps. Progres­sivement là aussi, l’État s’attache à en prendre le contrôle et il y réussit largement.

Au xviie siècle, la guerre de partis est mieux intégrée dans la conduite des opérations. Elle commence aussi à être le fait de troupes spécialisées, armées et équipées légèrement, donc aptes au mouvement. Turenne et son grand adversaire Montecucculi la pratiquent et la recommandent.

Cette dimension prend une importance certaine, au point de donner naissance au xviiie siècle à une abondante littérature et à un corpus doctrinal : celui de la “petite guerre” (et ce dans toute l’Europe du temps : piccola guerra, klein Krieg, war in detachments). Les théoriciens du genre sont lus avec intérêt, la plupart sont Français : La Croix, Grandmaison, La Roche, mais il y a aussi des étrangers : le Hongrois Jeney, Frédéric II de Prusse. La petite guerre traite des actions d’officiers commissionnés légalement, agissant en complément non linéaire des grandes armées. Elle est l’héritière de pratiques irré­gulières qui ont été progressivement disciplinées et intégrées comme complément aux opérations de la grande guerre, devenant ainsi régulières.

Les Français en prennent véritablement conscience lors­qu’ils découvrent les troupes légères de l’Empereur durant la guerre de Succession d’Autriche. Ils y répondent avec un succès immédiat, les partisans français comme Grassin ou Grandmaison égalant et bientôt surpassant les hussards et uhlans impériaux. Le maréchal de Saxe se révèle un maître du genre et ses campagnes de Flandre ne sont pas seulement remarquables par ses victoires bien connues de Fontenoy, de Raucoux et de Lawfeld, mais aussi par ses manœuvres savantes et par des actions continuelles de harcèlement qui vont démoraliser et user l’armée anglo-impériale[11]. L’importance de la petite guerre est si bien reconnue que la tactique semble devoir se constituer non plus selon trois, mais selon quatre armes : infanterie, cavalerie, artillerie, troupes légères.

Mais cet âge d’or de la petite guerre sera bref. D’une part, la régularité juridique n’empêche pas la persistance de la déva­lorisation morale, bien soulignée par Sandrine Picaud-Monnerat[12] : à l’époque où l’armée régulière s’appuie de plus en plus sur ses magasins, les parti­sans continuent à vivre sur le pays et à “faire du dégât” même si celui-ci est bien moindre qu’au siècle précédent. D’autre part, dès la deuxième moitié du siècle, après la guerre de Sept Ans, la croissance des effectifs va remettre en question les méthodes de la petite guerre : les armées, plus nombreuses, sont désormais mieux capables d’assurer la protection de leurs lignes de communication et de ravitaillement et l’état d’esprit évolue vers la recherche d’un dénouement rapide par un choc décisif, au lieu d’une stratégie d’usure fondée sur l’effet cumulatif d’une multitude de petites actions. Guibert est très représentatif de ce nouvel état d’esprit, qui va renvoyer la petite guerre au royaume de l’irrégularité.

Une autre déclinaison, durant la même période, de cette “petite guerre”, irrégulière avant la lettre, est la guerre de course. Dès l’Anti­quité, certaines cités grecques pratiquaient la piraterie d’État. Progressi­vement, une distinction va s’opérer entre les pirates, guerriers privés qui travaillent pour leur propre compte, et les corsaires, que l’autorité souveraine dote d’un statut, en délivrant des lettres de marque : l’action guerrière – irrégulière – est donc faite au nom du souverain, mais pour le profit du particulier[13]. Cependant, l’État ennemi peut refuser de reconnaître la validité de ces lettres. Du point de vue de la dialectique irrégularité/régularité, il existe alors un conflit de légitimités en plein cœur d’un siècle, le xviiie, où la pratique guerrière codifiée atteint pourtant un apogée, dans le cadre d’un consensus de civilisation évident… du moins si l’on en reste à l’Occident. Mais il s’agit moins d’une controverse éthique que d’une simple évolution du rapport de forces : l’Angleterre, qui recourait volontiers aux corsaires au temps de sa lutte contre l’hégémonie espagnole, avec les “chiens de mer” éliza­bethains, les condamne dès qu’elle devient la puissance maritime domi­nante, exposée à subir les coups des corsaires français. La qualification juridique de l’irrégularité varie en fonction de l’équation stratégique du moment.

La Révolution française constitue une véritable rupture, un cataclysme historique, mental et idéologique. C’est à cette époque que le mot guérilla apparaît, non sans raisons.

La guérilla n’est plus complément de la guerre régulière, comme l’était la “petite guerre” (dont l’irrégularité était surtout tactique) ; elle est alternative à celle-ci et devient irrégulière à la fois stratégiquement et juridiquement, du fait de la rupture d’un certain consensus sur le droit de la guerre qui prévalait dans l’Europe des Princes. Ce consensus vole en éclats avec l’appari­tion très idéologique du “Peuple en armes” dans l’Histoire, et la tentation de criminalisation de “l’ennemi” qui suit cette même apparition.

On en trouve un certain nombre d’exemples dans le xixe siècle “élargi” (de 1789 à 1914) :

  • les guerres de Vendée[14] et la chouannerie, où se donne à voir une guérilla limitée à une province. Bernard Peschot a justement qualifié la première chouannerie d’“esquisse de guérilla sans bases idéologiques clairement définies, pres­que sans concept tactique, et, à plus forte raison, sans ambi­tions stratégiques[15]. Mais il montre aussi comment le mou­vement se transforme progressivement pour se doter, sous l’impulsion d’officiers nobles, de véritables structures et essayer de coordonner ses actions avec celles des royalistes d’autres régions. C’est un bon exemple de la variabilité des formes d’un phénomène englobé dans une appellation unique. Au-delà de leur résultat final (la Révolution doit mettre en veilleuse sa répression contre l’Église et négocier avec les “brigands”), Ven­déens et Chouans sont importants dans la généalogie de la stratégie des guerres irrégulières, car ils sont les prototypes des partisans modernes, comme l’ont bien reconnu Clausewitz et, plus tard, Carl Schmitt[16].
  • la guerre d’Espagne : “guerre nationale” ou guérilla à l’échelle d’un pays, mettant en échec de 1810 à 1812 une armée pourtant rodée et aguerrie (le terme guérilla y trouve son origine) ;
  • l’insurrection hongroise de 1848 et les soulèvements polo­nais successifs ;
  • l’action des francs-tireurs dans la guerre de 1870.

La légitimité est déniée à ces combattants. Ils sont “brigands”, “rebelles”, “partisans”, “sauvages” (on se souvient de Polybe qualifiant les ennemis irréguliers de Rome). Les massacres de civils, dénis d’humanité, atrocités, se multiplient alors (s’agissant de la Vendée, le décret Barrère en témoigne, comme les déclarations du général Wester­mann à Savenay ou les actions des colonnes infernales). La notion d’ennemi prévaut clairement (plus clairement que durant d’autres périodes) sur celle d’adversaire (cette dernière notion correspondant mieux à une guerre “réglée” entre princes).

Même si ces deux mots d’ennemi et d’adversaire sont utilisés sans qu’une claire distinction soit toujours faite entre leurs consé­quences culturelles et politiques, il reste que la culture du conflit réglé en Occident, celle qui délimitait la dialectique des intérêts étatiques, devient de plus en plus concurrencée par une dialectique des “visions du monde”, plus idéologique, qui tend à rejeter toute règle qui entra­verait l’accomplissement de ses desseins totalisants. Cette logique de croisement entre Morale et Politique va culminer au xxe siècle.

Au xxe siècle, le grand fait à retenir dans notre survol, extrê­mement schématique, des deux cadres juridique et stratégique est la remise en cause radicale du droit de la guerre tradi­tionnel. Les civils sont la cible consciente des opérations militaires. C’est le cas durant la première guerre mondiale, mais surtout durant la seconde, avec les bombardements de terreur systématisés (le carpet bombing du maréchal de l’air Harris contre l’Allemagne et les grands bombardements incendiaires puis atomiques contre le Japon). La guerre est totale, idéo­logique. Tous les moyens sont bons, et plus aucun consensus n’est possible sur le caractère juridiquement valide ou non des opérations.

La seconde guerre mondiale est marquée par une autre nouveau­té, avec l’entrée en scène des civils comme acteurs de la guerre : les guérillas, maquis, mouvements de résistance urbains sont reconnus par les Alliés en Europe mais qualifiés de “terroristes” par les Allemands, et traités comme tels. Leur efficacité stratégique reste discutée : sauf en Yougoslavie, ils n’ont eu qu’une influence marginale (mais pas nulle) sur les grandes opérations.

Au milieu du xxe siècle, on observe trois autres rejetons de cette irruption de l’idéologie dans l’art et la pratique de la guerre :

  • la guerre révolutionnaire. Dans Problèmes straté­giques de la guerre révolutionnaire, écrit en 1936, Mao Ze Dong évoque l’implantation rurale, le harcèle­ment et l’épuisement de l’adversaire. Il insiste sur le problème central du passage de la guérilla, irrégulière, menée par des milices paysannes locales et provinciales, à la Grande Guerre menée par une armée organisée et équipée : ce passage ne doit être ni prématuré, face à un ennemi trop puissant, ni trop tardif, la guérilla étant incapable d’obtenir des résultats décisifs. Dans De la guerre prolongée, écrit en 1938, Mao insiste sur l’inscription de la lutte dans la durée, face à un adversaire puissant, en profitant de l’immensité du pays et des appuis extérieurs.
  • la guerre subversive, qui couvre les actions de propagande et d’action clandestine communistes durant la guerre froide ;
  • en réaction, on trouve le développement d’une guerre contre-révolutionnaire, avec l’école française des Lacheroy, Trinquier, Galula en Indochine et en Algérie, et l’école britannique de Thompson (avec l’expérience emblématique de la Malaisie et de ses “hameaux stratégiques”) et Kitson (vainqueur des Mau-Mau au Kenya). Tous s’appuient sur le legs du modèle des conquêtes coloniales qui va des guerres du Canada et des Indes aux pacifications coloniales (Gallie­ni, Lyautey, Callwell au xixe), modèle qui faisait des popu­lations le centre de gravité principal et l’enjeu d’une straté­gie de conquête des esprits.

L’actualité des leçons de cette adaptation aux conflits actuels est soulignée par de nombreux analystes, lesquels oublient parfois le contexte politique très spécifique de ces guerres (il s’agissait de planter un drapeau pour très longtemps, et non de faire du nation-building) et l’apparition de nouvelles contraintes, juridique et médiatique, qui inter­disent désormais de recourir aux pratiques violentes du passé[17] : plus question de pratiquer des enfumades, des représailles à grande échelle. En outre, l’infériorité technique, tactique, politique des populations indigènes, qui a tant facilité les conquêtes européennes au xixe siècle, n’existe plus : les combattants les plus rustiques sont capables de mettre en œuvre des armes modernes et des tactiques élaborées et ils savent parfaitement jouer avec les opinions publiques des pays déve­loppés, on l’a bien vu en août 2008 après l’embuscade d’Uzbin, quand des talibans supposés incultes n’ont pas hésité à accueillir des journa­listes de Paris-Match.

Retour sur les deux cadres de la dialectique régularité/irrégularité

L’Histoire permet donc de relativiser un certain nombre de juge­ments de valeur. Une évidence apparaît : on ne peut enserrer les deux ordres de considération – juridique et stratégique – dans une même réalité. Il s’agit là plus que d’une différence de genre : presque une séparation ontologique.

Du point de vue du cadre juridique, le critère d’irrégu­larité est extrêmement malaisé à définir. Le critère de “compé­tence” pour faire la guerre varie, en effet, en fonction de la définition de la souveraineté. Traditionnellement, celle-ci appar­tient à l’État (principe de summa potestas des traités de Westphalie).

Cette notion est régie par les références culturelles occiden­tales. Du consensus issu de ces références est né, à partir du xviie siècle, un accord général sur la licéité ou non de la conflictualité : le droit international que nous connaissons dérive de ce consensus, fragile mais toujours approfondi, de conflit en conflit.

Mais cela est loin de résoudre notre problème concernant le cadre juridique de la dialectique régularité/irrégularité. Depuis la secon­de guerre mondiale et la reconnaissance des mouvements de résistance, puis des mouvements de décolonisation, le protocole 1 de la Conven­tion de Genève accorde un statut (sauvegardes, garanties, trêves) à des combattants autrefois considérés comme “irréguliers”. À partir du moment où tout mouvement peut revendiquer un tel statut, quelles que soient ses méthodes, qu’est ce donc qu’un combattant juri­diquement irrégulier ? En Irak, a-t-on affaire à des rebelles, des insur­gés, des résistants, des irréguliers, des terroristes, de simples adver­saires, des dissidents ? En réalité nous n’en savons plus rien.

On pourrait penser, comme certains auteurs, trouver une planche de salut typologique dans la notion de “terrorisme”, qui caractériserait, du point de vue des méthodes – et donc du statut juridique –, l’irré­gularité absolue. L’approche en ce sens la plus sérieuse est celle de Julien Freund qui oppose les figures du partisan et du terroriste[18]. Le premier serait un homme ordinaire, qui a simplement pris les armes pour chasser l’envahisseur, alors que le deuxième est un fanatique mû par l’idéologie, qui ne reconnaît aucune limitation à son action, le triomphe de sa cause justifiant tous les moyens. Mais le retour à l’Histoire, une fois de plus, invalide une telle catégorisation. La limite entre partisan et terroriste est souvent bien difficile à établir, comme on a pu le vérifier dès la seconde guerre mondiale. En réalité, très souvent, la guérilla menée dans les campagnes par le partisan et le terrorisme urbain, loin d’être antinomiques, sont complémen­taires, comme l’avait bien reconnu le colonel Trinquier[19]. Certains groupes utilisant le terro­risme au cours de leur combat d’émancipation ont bâti des États aujour­d’hui reconnus (Israël, l’Eire, l’Algérie, d’autres encore). Le succès politique a sanctionné favorablement, a posteriori, leurs méthodes. L’UCK, groupe “terroriste” dénoncé par les législateurs américains, est passé en une semaine au rang d’allié des puissances “morales” contre les Serbes au Kosovo. Guantanamo illustre les dérives de cette crimi­nalisation de l’ennemi qui méconnaît toutes les limites du cadre juridi­que pour penser unilatéralement la notion d’ “irrégu­larité”. En réalité, plus le conflit “irrégulier s’éternise, plus la catégori­sation juridique de l’ennemi est appelée à fluctuer.

L’Histoire nous suggère que, malgré toute l’aide et la clarifica­tion que peut apporter le droit international, la régularité juridique d’un conflit doit, en réalité, être évaluée au cas par cas lorsqu’elle est revendiquée par un camp et réfutée par l’autre. L’Histoire sanctionne, le vainqueur décide, en écho au cri rageur et cynique de Calliclès dans le Gorgias de Platon : “la force, la force seule mène le monde”. Le droit contemporain, dont les bases ont été posées à Nuremberg, ne fait pas exception à la règle.

Du point de vue du cadre “stratégique, en revanche, le rapide survol permis par la méthode historico-descriptive permet de poser un certain nombre de constats.

Premier constat : le cadre de régularité stratégique gagne à être nuancé

Du fait de la pluralité des cultures stratégiques, elles-mêmes reflets d’un monde mental spécifique selon les latitudes et les histoires des peuples, il est nécessaire de relativiser la notion d’irrégularité dans l’art et la théorie de la guerre : parce qu’il prône la ruse et le con­tournement, Sun Zi est-il plus “irrégulier” que Clausewitz ? La petite guerre a très souvent accompagné la grande et nombre de gouverne­ments ont encouragé, soutenu, sinon suscité, des mouvements de guérilla supposés irréguliers. À l’ère de la guerre totale, les catégories se brouillent.

Par ailleurs, la tentation est forte de dénoncer comme “irrégulier” tout procédé nouveau employé par l’adversaire, ramené à une déloyauté, une traîtrise ou une lâcheté “condamna­bles”, alors que toute innovation de nos modes d’action est considérée comme un “strata­gème”, la preuve d’une ingéniosité “licite”. Sur quoi repose ce type de jugement ? Moins sur des critères objectifs que sur un calcul d’intérêt…

Deuxième constat : une guerre irrégulière est généralement révélatrice d’un problème politique, qui ne peut guère recevoir de solution purement militaire

Le grand sociologue allemand Georg Simmel avertissait déjà, au début du xxe siècle : “Contre une masse confuse d’ennemis, on rem­porte certes plus fréquemment des victoires isolées, mais on arrive très difficilement à des actions vraiment décisives[20]. La seule solution viable est celle d’un règlement politique et cela se vérifie constamment, de l’Antiquité (Blaesus obtient des ralliements de rebelles en leur accordant l’amnistie et des terres et, après la mort de Tacfarinas, Tibère autorise les indigènes à s’installer sur le territoire romain)[21] à nos jours, avec encore plus de force aujourd’hui : “Alors que le problème de la guérilla était essentiellement militaire, le problème de la guerre révolu­tionnaire est essentiellement politique et ce n’est qu’accessoirement qu’il possède une dimension militaire[22]. Le problème est que le plus fort, sûr de sa puissance militaire, met généralement longtemps à le comprendre. Le bourbier irakien rend inutiles de longs commentaires[23]. Les États-Unis n’ont pas fini de payer les erreurs de leur premier consul à Bagdad Bremer, qui a dissous l’armée et la police irakiennes, aban­donnant le pays à l’anarchie. On suggérera simplement de méditer sur la formule féroce de Lawrence d’Arabie : “Se servir de la guerre contre une révolte est un procédé aussi malpropre et aussi lent que de manger sa soupe avec un couteau[24].

Cela dit, il ne faut pas pousser trop loin dans cette direction et en arriver à la conclusion que la dimension militaire n’est qu’accessoire. Une force militaire sans vision politique est aveugle et impuissante, mais l’inverse est aussi vrai. Il faut gagner “les esprits et les cœurs”, sur le modèle de la stratégie hearts and minds mise en œuvre par le général Templer en Malaisie, mais celle-ci n’a obtenu des résultats que parce qu’elle était associée à un haut degré de coercition et même de bruta­lité[25]. Est-on encore prêt aujourd’hui à payer ce prix ?

Troisième constat : le cadre “stratégique”, malgré tout, conserve une pertinence certaine dans la dialectique régulier/irrégulier

La discussion du critère “d’irrégularité stratégique” n’est pas chose aisée. Il reste néanmoins que les bases fondamentales en sont solides, car les discussions portent sur des moyens, et non des fins : un ordre technique et opératoire, non moral. Cet aspect très concret du champ d’étude et de discussion valide finalement l’intérêt de l’appel­lation “guerre irrégulière”, pour enserrer dialectiquement les conflits non linéaires qui se multiplient aujourd’hui. On le saisit d’autant plus que la prolifération des crises après les années 1960 a engendré un flou conceptuel du point de vue stratégique. Dédaigneux du principe de parcimonie cher à Guillaume d’Occam, les analystes ont multiplié les “étant” :

  • confits de basse intensité (années 1980) ;
  • conflits de moyenne intensité (années 1990) ;
  • techno-guérilla (Brossollet) ;
  • conflits asymétriques (concept théorisé dès la fin des années 1960 par Galtung, puis en 1975 par Mack, popularisé à la fin des années 1990) ;
  • opérations autres que la guerre ;
  • guerres du troisième type (Holsti), après la guerre natio­nale et la guerre totale ;
  • guerres de quatrième génération (Lind), dominées par l’infor­mation ;
  • guerres composites (Hammes), combinant haute techno­logie et procédés “rustiques” ;
  • guerres hybrides (Hoffmann) ;
  • guerres bâtardes (Balencie et de La Grange) ;
  • guerre non-traditionnelle (Schilling) ;
  • nouvelles guerres (Kaldor, Munkler), combinant “légiti­mité traditionnelle et rationalité moderne” ;
  • guerres sans limites (Qiao et Wang) ;
  • guerres postmodernes (C.H. Gray) ;
  • guerres post-héroïques (Luttwak).

La liste est longue, on le voit, que l’on se focalise sur les techno­logies utilisées, le degré d’intensité et de violence des combats, l’im­portance de la population… Aucune de ces appellations n’est vraiment satisfaisante : certaines sont historiquement fausses (guerres de troisiè­me type, de quatrième génération), d’autres sont si vagues qu’elles ne veulent rien dire (guerres non traditionnelles, nouvelles guerres…), d’autres encore présentent comme une nouveauté une caractéristique que l’on retrouve, peu ou prou, à presque toutes les époques (guerres composites, hybrides…) d’autres enfin ne s’appli­quent qu’à certains cas (conflits de basse ou de moyenne intensité, technoguérilla…)… Et si tout ceci pouvait être simplement ramené à la “guerre irrégulière” ? C’est-à-dire à une notion qui fait bien apparaître – du point de vue stratégique – l’importance dans un conflit particulier des procédés obliques, de la surprise, de la non-linéarité, de l’imagi­nation, du refus du choc frontal en terrain ouvert. Toutes réalités vieilles comme Bellone, mais dont l’occurrence et la répétition dans une guerre particu­lière permettent de “classer” celle-ci dans le cadre – souple – du conflit irrégulier, sans pour cela inventer une classification para-philosophique et superfétatoire. La difficulté est de placer le curseur de ces mani­festations obliques : au bout de combien d’embus­cades un conflit est-il irrégulier ?

L’erreur la plus évidente serait, en tout cas, de croire que, du point de vue des procédés, nous affrontons de nouvelles guerres. À Rome, déjà, nombreux étaient ceux qui – tels les “analystes” des “nouvelles guerres” aujourd’hui – pensaient sincèrement que l’Empire avait connu un “avant” régulier et un “après” irrégulier, marque de la décadence. Polybe note ainsi :

Les hommes d’autrefois étaient tout à fait étrangers à ces pratiques. Bien loin de machiner de mauvais coups contre leurs amis pour accroître leur puissance, ils se refusaient même à triompher de leurs ennemis par la ruse, car il n’était pas pour eux de succès glorieux ni solidement acquis dès lors qu’on n’avait pas, dans un combat ouvert, vaincu l’adversaire à force de vaillance. Aussi s’étaient-ils engagés à ne jamais employer les uns contre les autres d’armes secrètes ou de projectiles. Ils estimaient en effet que seul le combat de près, au corps à corps, pouvait décider valablement de l’issue d’un conflit. On se décla­rait donc la guerre, puis quand on se proposait de livrer bataille, on le faisait savoir à l’adversaire, auquel on indiquait en outre l’endroit où l’armée serait déployée pour le combat. Aujourd’hui, on va jusqu’à dire qu’on se montre médiocre général quand, en campagne, on fait quoi que ce soit ouvertement (Histoires, XIII-3).

Certains, en complément, ne manquent cependant pas de faire remarquer qu’au contact du régulier, l’irrégulier progresse, alors que le régulier peut régresser (loi de Callwell). L’armée française a subi une perte de savoir-faire durant la guerre d’Algé­rie, lorsque le gros des troupes était enlisé dans des opérations de contre-insurrection qui interdisaient l’entraînement normal des grandes unités au combat de haute intensité en Europe. L’armée israélienne a encore pu vérifier cette règle universelle au Liban en 2006, lorsqu’après des années de maintien de l’ordre dans les territoires occupés face à la deuxième Intifada palestinienne, elle a dû affronter des combattants du Hezbollah autrement coriaces et mieux équipés.

Il ne s’agit pas d’un accident, aisément réparable par une “rectification” de stratégie de la part du plus fort. La guerre du sud-Liban s’inscrit dans une tendance de longue durée bien mise en évi­dence par Ivan Arreguín-Toft[26] : de 1800 à 2003, c’est-à-dire pendant les deux derniers siècles, le plus fort l’a emporté sur le plus faible dans près des trois quarts des 202 guerres retenues. Mais le découpage par demi-siècle révèle une tendance indiscutable, malgré l’incertitude inhérente à toutes les analyses quantitatives de guerre : dans la pre­mière moitié du xixe siècle, le plus fort l’emporte pratiquement neuf fois sur dix, dans la deuxième moitié du xixe siècle encore huit fois sur dix. Dès la première moitié du xixe siècle, le décrochage est net : le plus fort ne l’emporte plus que dans les deux tiers des cas ; il s’accen­tue encore dans la deuxième moitié de ce siècle, au point d’aboutir à une inversion : le plus faible l’emporte très légèrement sur le plus fort (48,8 % pour le plus fort, 51,2 % pour le plus faible).

Différentes explications ont été proposées : le déclin des régimes autoritaires ou totalitaires qui ont une plus grande liberté de manœuvre que les démocraties pour répondre à la brutalité par la brutalité ; la diffusion des armes, qui accroît considérablement les possibilités du plus faible : la différence d’enjeu entre le plus fort et le plus faible, le premier étant de moins en moins enclin à supporter longtemps le coût d’une guerre limitée qui ne menace pas ses intérêts vitaux.

Il est permis de penser qu’au-delà de ces explications, qui ont toutes une part de vérité, un facteur central réside dans l’incapacité croissante des armées “post-modernes” à faire face à un adversaire asy­métrique : se reposant de plus en plus sur la puissance de feu, acceptant de moins en moins l’engagement au contact, avec les pertes qui peuvent en résulter, de plus en plus coupées des populations qu’elles ne connaissent pas, elles doivent faire face à des guerriers parfaitement intégrés dans leur environnement et qui n’ont pas peur de la mort. Aucun “surge” n’y changera rien.

Deux facteurs supplémentaires accroissent encore les difficultés du plus fort : la quasi obligation d’opérer en multinational, autant pour des questions de coût que pour des considérations de légitimité, et l’obligation de s’appuyer sur un gouvernement local le plus souvent inefficace, quand il n’est pas carrément corrompu. Les actuelles opéra­tions en Afghanistan en sont un cruel exemple. L’un des chefs histo­riques de la résistance contre les Soviétiques l’a récemment dit sans détour : “Si la démocratie c’est ouvrir des portes à coup de pieds, que les chiens militaires mordent les enfants et que les femmes soient fouillées par des hommes, il est logique que les Afghans se disent qu’ils doivent résister comme leurs parents l’ont fait… Il n’y a donc pas que des talibans parmi les insurgés. Et l’armée afghane n’est pas crédible, elle a toujours été du côté des oppresseurs. Depuis 2001, 40 pays sont présents en Afghanistan, avec 40 objectifs et 40 stratégies différentes, chacun cherchant à imposer son système et sa culture. 40 milliards de $ ont été investis, on n’en voit pas la trace : pas d’usine, pas de déve­loppement de l’agriculture, pas de nouveaux barrages…”[27]. Un journa­liste français va dans le même sens, avec un constat de bon sens qui rejoint celui énoncé depuis longtemps par Gérard Chaliand[28], connais­seur incomparable des guérillas en général et du terrain afghan en particulier : “Les armées occidentales n’ont ni la volonté politique, ni le courage physique, ni le goût de la vie spartiate, ni la connaissance des langues, ni la volonté de comprendre d’autres civilisations qu’avaient les colonisateurs du xixe siècle. Les Occidentaux se sont lancés dans une grande aventure néo-coloniale “civilisatrice” sans se rendre compte qu’ils n’avaient plus ni l’énergie, ni les moyens financiers, ni le savoir-faire pour la mener jusqu’au bout[29]. Un tel constat est malheu­reusement peu contestable[30]. Certes, des officiers français ont récem­ment proposé une image plus rassurante[31]. Mais, à supposer même qu’il ne s’agisse pas d’un optimisme de commande, ils rendent compte d’expériences locales qui ne peuvent prévaloir contre cette tendance générale.

*
*     *

Il ne faut pas faire de la guerre irrégulière un absolu, qu’elle soit plus “probable” ou non que d’autres formes conflictuelles : la guerre “classique” est toujours possible dans le domaine de la haute intensité. Les savoir-faire correspondant à cette guerre classique sont difficiles à assimiler et à entretenir : il s’agit, pour les nations et leurs armées, de ne pas les oublier. En revanche, l’irrégularité, au-delà de “l’anomalie” (qu’elle n’a jamais été, insistons-y), s’impose comme une culture à réassimiler en permanence par les armées conventionnelles pour être pleinement efficaces. Sans oublier Clausewitz, il s’agit de relire Frontin et ses Stratagèmes.


 


[1]        Kenneth C. Coons, Jr and Glenn M. Harned, “Irregular Warfare Is Warfare”, Joint Forces Quarterly, 1er trimestre 2009, p. 99, citant l’IW Roadmap.

[2]        Polybe XIV, 12 (fragment), cité dans Édouard Will, Historica Graeco-Helle­nistica, Paris, De Boccard, 1998, p. 749.

[3]        Général Beaufre, La Guerre révolutionnaire, Paris, Fayard, 1972, p. III.

[4]        Les exemples donnés ici sont développés dans Hervé Coutau-Bégarie, “Guerres irrégulières : de quoi parle t-on ?”, dans Hervé Coutau-Bégarie (dir.), Stratégies irrégu­lières, Paris, ISC-Économica, 2010.

[5]        Jean-Nicolas Corvisier, “La guerre irrégulière en Grèce”, dans Hervé Coutau-Bégarie (dir.), Stratégies irrégulières, op. cit.

[6]        Cf. Pierre Laederich, Les Limites de l’Empire. Les stratégies de l’impé­rialisme romain dans l’œuvre de Tacite, Paris, ISC-Économica, 1999.

[7]        “Metellus, voyant que Jugurtha avait conservé toute son énergie, qu’il s’apprê­tait à recommencer une guerre qu’il dirigerait à son gré, que les Romains combattaient à armes inégales, qu’ils souffraient plus de leurs victoires que l’ennemi de ses revers, résolut d’éviter les combats, les batailles rangées et de faire la guerre sur un autre plan”.

[8]        Marguerite Rachet, Rome et les Berbères. Un problème militaire d’Auguste à Dioclétien, Bruxelles, Latomus, vol. 110, p. 97.

[9]        Philippe Contamine, Guerre, État et société à la fin du Moyen Âge. Études sur les armées des rois de France, Paris-La Haye, Mouton, 1973.

[10]       Bernard Peschot, “La petite guerre au xvie siècle : formes, styles et contacts dans l’Occident méditerranéen”, dans Les Armes et la toge. Mélanges offerts à André Martel, Montpellier, 1997.

[11]       Sandrine Picaud-Monnerat, La Petite guerre au xviiie siècle, Paris, ISC-Écono­mica, 2010.

[12]       Sandrine Picaud-Monnerat, “La moralisation de la petite guerre au xviiie siècle”, Revue Internationale d’Histoire Militaire, 85, 2009.

[13]       Il y a aussi une catégorie intermédiaire, celle des flibustiers, qui opèrent dans les mers lointaines : l’État ne les arme pas, ne les contrôle pas, mais valide leurs actions quand il y trouve intérêt.

[14]       Hervé Coutau-Bégarie et Charles Doré Graslin (dir.), Histoire militaire des guerres de Vendée, Paris, ISC-ICES-Économica, 2010.

[15]       Bernard Peschot, La Chouannerie en Anjou, Montpellier, Université Paul-Valéry – CHMEDN, 1999.

[16]       Dans sa Théorie du partisan.

[17]       Paul Haeri, De la guerre à la paix. Pacification et stabilisation post-conflit, Paris, Économica, 2008.

[18]       Julien Freund, “Le partisan et le terroriste”, Revue européenne des sciences sociales, XXVIII, 1990, n° 88, p. 119.

[19]       Roger Trinquier, La Guerre moderne, Paris [1961], rééd. Économica, 2008, p. 21.

[20]       Georg Simmel, Sociologie, Paris, PUF, 1999, p. 322.

[21]       Marguerite Rachet, op. cit., pp. 109 et 125.

[22]       Alexandre Casella, “Considérations sur la définition d’une « situation révolution­naire »”, Relations internationales, n° 3, juillet 1975, p. 14.

[23]       Michel Goya, Irak, les armées du chaos, Paris, Économica, 2007.

[24]       Lawrence, Les Sept piliers de la sagesse, III, p. 33.

[25]       Paul Dixon, ““Hearts and Minds ? British Counter-Insurgency from Malaya to Iraq”, The Journal of Strategic Studies, 32-3, juin 2009.

[26]       Ivan Arreguín-Toft, How the Weak Win Wars. A Theory of Asymmetric Conflict, Cambridge, Cambridge University Press, 2005, pp. 2-3.

[27]       Amin Wardak, “Des criminels au pouvoir”, Valeurs actuelles, 15 octobre 2009, p. 35.

[28]       Son Rapport sur la résistance afghane date de 1980. Il est retourné à maintes reprises en Afghanistan, y passant au total plusieurs années, le plus souvent vivant au milieu des Afghans dans les maquis ou dans les villages. À comparer aux soldats de la coalition qui tournent tous les six mois et qui, pour nombre d’entre eux, ne sortent pas ou peu de leurs grands camps retranchés.

[29]       Renaud Girard, “Une présidentielle à un seul candidat, le grand gâchis afghan”, Le Figaro, 2 novembre 2009, p. 6.

[30]       Voir le très lucide constat du colonel Michel Goya, de retour d’une mission en Afghanistan : “Impressions de Kaboul”, La Lettre de l’IRSEM, novembre 2009.

[31]       Tribunes du colonel Nicolas Le Nen, “Afghanistan : la progression des Alliés en Kapisa”, dans Le Figaro, 6-7 juin 2009, du colonel Benoît Durieux, “L’Afghanistan ne sera pas le Vietnam”, dans Le Monde, 22 octobre 2009.

Publié dans Uncategorized | Commentaires fermés sur La guerre irrégulière dans l’histoire et dans la théorie 

Introduction 

Hew Strachan

Comprendre la guerre irrégulière nécessite d’associer les intelligences des soldats et celles des universitaires. Il nous faut également établir un vocabulaire commun. Grande-Bretagne et États-Unis sont deux nations divisées par une même langue : des mêmes mots nous pouvons faire un usage différent, créant l’apparence d’une compréhension commune alors que l’illusion du consensus ne fait qu’aggraver l’incompréhension mutuelle. Les différences entre le français et l’anglais sont manifestes mais, préci­sément parce que chacune doit s’efforcer davantage de sonder les significations chez l’autre, de cet effort peut résulter un accord plus grand accord sur l’importance réelle des mots utilisés. Dans le cas du couple “guerre irrégulière / irregular war”, il nous faut non seulement comprendre le phénomène lui-même, mais aussi ce que nous voulons exprimer quand nous utilisons la formule. La guerre irrégulière a été la norme pour les armées occidentales non seulement depuis le 11 sep­tembre ou les conflits d’Irak et d’Afghanistan, ou depuis la fin de la guerre froide, mais depuis 1945. Les guerres irrégulières sont par con­séquent fréquentes. Un rapport de la RAND Corporation datant de 2006 établissait que sur plus de 190 pays dans le monde plus de la moitié étaient exposés à un risque de guerre irrégulière ou en avaient fait récemment l’expérience[1].

Qu’elles soient fréquentes ne constitue pas en soi un signe spéci­fique dans l’ensemble des guerres. En réalité, ce trait pourrait même suggérer l’idée contraire – que nous avons utilisé un titre “attrape-tout” à des guerres dont la seule caractéristique commune est de ne pas être régulière selon le sens généralement admis dans le monde occidental.

La guerre régulière c’est la guerre selon les règles. Ces règles sont juridiques mais aussi, comme l’a souligné H. Coutau-Bégarie, stratégiques[2]. Le 11 mai 2009, Le Monde présentait un reportage sur la rébellion au Tchad. L’éditorial titrait simplement “La guerre sans fin”. C’est l’une des raisons de nous préoccuper des guerres irrégulières : leur caractéristique est d’être longues et de ne pas se conclure. Par conséquent, elles ne se conforment pas aux interprétations dominantes dans l’idée occidentale de la guerre. Victor David Hanson a établi un lien entre la démocratie athénienne et de courtes campagnes, menées avec des forces écrasantes destinées à atteindre un succès décisif à travers la recherche de la bataille. Son ouvrage, qui interprète de façon très sélective une période historique très longue, a essuyé à juste titre sa part de critique. Toutefois, intellectuellement sinon historiquement, nous savons de quoi parle Hanson, et qui se trouve en relation avec notre idée de la guerre irrégulière[3]. Le modèle de la guerre régulière, c’est une guerre courte, avec des fins claires autant en termes d’objec­tifs que de résultats, quoique souvent dans un sens étroitement militaire et opérationnel.

Le corollaire de l’argumentation de Hanson est que la guerre pratiquée dans l’Antiquité – au moins par les forces qui n’étaient pas athéniennes ou même grecques – était plus souvent irrégulière que régulière. Selon les anthropologues, la forme coutumière du combat au Paléolithique et au Néolithique, c’était la guérilla[4]. En d’autres termes, la guerre dans sa condition primitive, la “guerre avant la guerre”, était affaire d’escarmouches et non de batailles, de lutte prolongée et incessante sur les marges[5]. C’est le genre de choses qui rendit la guerre avant 1648 intéressante, tout au moins selon Clausewitz[6]. Les guerres conduites jusqu’à la paix de Westphalie, qui conclut la guerre de Trente Ans, furent menées avant que la guerre n’acquît la panoplie de normes, de règles et de conventions qui la rendirent régulière. La guerre dans sa forme plus primitive révélait son essence – une affaire déterminée par la violence et le choc des volontés.

La guerre irrégulière se définit elle-même négativement : elle n’est pas la guerre régulière. Mais cette définition pourrait être retour­née. C’est la guerre irrégulière qui pourrait être le schéma normal de la guerre, le type dominant dans le passé, et la guerre régulière l’excep­tion. Si bien que notre préoccupation actuelle au sujet de la guerre irrégulière pourrait bien ne pas refléter une multiplication des guerres irrégulières, mais une raréfaction des guerres régulières par comparai­son avec notre vision théorique du passé récent et spécialement de l’Europe de 1648 à 1945, faisant des guerres irrégulières, le phénomène saillant. D’où notre confusion au plan stratégique : le vocabulaire que nous utilisons pour décrire la guerre s’est trouvé façonné par les guerres de l’Europe moderne, et nous avons tendance à utiliser les concepts opérationnels de la guerre régulière, alors que, la plupart du temps, ce ne sont pas les guerres que nous menons.

Bien que notre compréhension de la guerre régulière depuis 1945 se soit trouvée déterminée par les deux guerres mondiales, ces der­nières n’étaient pas des guerres régulières. Aussi bien les a-t-on bapti­sées “guerres totales”. La formule “guerre totale” elle-même n’a pris cours en France qu’avec la rhétorique accompagnant la remobilisation de 1917-1918. Bien que nos notions de la guerre régulière soient le produit de ces “guerres totales”, nous devons nous rappeler qu’on en compta seulement deux, et qu’une seule, la deuxième guerre mondiale, fut régulière décrite comme totale tout au long de son déroulement[7]. En d’autres termes, l’occurrence de la guerre est (heureusement) très irré­gulière. Deuxièmement, et c’est plus important, la conduite de la guerre totale fut, immédiatement, à la fois régulière et irrégulière.

Durant la première guerre mondiale, les marines combinèrent formes régulières et irrégulières de la guerre, se prenant pour cibles non seulement mutuellement dans la poursuite de l’action navale, mais aussi en visant les civils et les approvisionnements en nourriture dont cette dernière dépendait. La Déclaration de Londres (1909) avait introduit une définition stricte de la contrebande, afin de promouvoir la neutralité du commerce entre belligérants, mais la Grande-Bretagne refusa de la ratifier, adoptant à partir de 1914 une définition large, bloquant le commerce des neutres et interdisant à l’ennemi les approvi­sionnements vitaux non militaires autant que les munitions. L’Allema­gne menait sa propre guerre économique en employant des sous-marins pour couler des navires neutres et avec eux les équipages. Ainsi, entre 1914 et 1918 les marines, ainsi qu’elles l’avaient fait avant le traité de Paris de 1856, opérèrent aux marges de la légalité et l’enfreignirent même[8]. Sur terre l’histoire ne fut pas très différente. Des deux côtés, on utilisa la subversion et la rébellion pour miner l’adversaire. Les Alle­mands soutinrent l’insurrection dans les colonies britanniques et fran­çaises, et en 1917 pesèrent de tout leur poids en faveur des Bolchéviks dans l’espoir qu’ils retireraient la Russie de la guerre. En 1918, les Alliés eux-mêmes soutenaient les mouvements nationalistes au sein de l’empire austro-hongrois et finançaient les socialistes indépendants en Allemagne.

La deuxième guerre mondiale n’offrit pas un visage différent pour ce qui est de l’irrégularité. Avec la guerre de partisans en Europe de l’Est et en Union soviétique, on viola les lois de la guerre, couvrant des génocides. Les pratiques qu’y apprit l’armée allemande se diffu­sèrent en Europe de l’Ouest en 1944-1945, quand les mouvements de résistance passèrent à l’action ouverte, notamment en France, et la guerre civile éclata en Italie et en Grèce. Les organisations créées par les Britanniques et les Américains, le Special Operations Executive (SOE) et l’Office of Strategic Services (OSS), bien que souvent enga­gées dans des guerres de chapelles entre elles, avec d’autres services impliqués dans l’action clandestine, adoptèrent plus particulièrement les méthodes de la guerre irrégulière dans le contexte de la guerre totale.

Depuis 1945 ont eu lieu de nombreuses guerres que nous som­mes probablement heureux de décrire comme des guerres régu­lières – en d’autres termes des guerres qui ne furent pas totales et mirent aux prises des forces armées organisées et équipées identique­ment : parmi celles-ci la guerre indo-pakistanaise de 1971, la guerre israélo-arabe de 1973, la guerre anglo-argentine de 1982, et la guerre du Golfe de 1991. Il ne s’agit pas de dire qu’elles furent conduites sans “irrégularités”. L’envoi par le fond, en dehors de la zone formelle d’exclusion, du croiseur argentin Belgrano par le sous-marin britannique HMS Con­queror souleva un débat sur la légalité de l’acte. Le bombardement de Bagdad pendant la guerre du Golfe, malgré tous les efforts de la coalition pour éviter les pertes civiles, occasionna la mort de femmes et d’enfants innocents. Dans l’ensemble pourtant, des deux côtés dans ces guerres on se battit armée contre armée. Plus encore, ces quatre guerres possèdent une caractéristique commune : elles furent courtes. La possi­bilité pour les guerres régulières de le demeurer repose sur la disposi­tion des deux parties à rechercher une décision à travers la bataille. La guerre prolongée est le fait d’une des parties qui refuse cette bataille décisive, ou qui en rejette le verdict, si décisif qu’il paraisse. Une fois la guerre engagée dans la durée, alors elle devient irrégulière, comme en Irak après l’invasion initiale de 2003.

Le défi numéro 1 est de remplacer un cadre conceptuel défini par la guerre régulière et la guerre totale par un autre défini par la guerre irrégulière, de sortes que les prescriptions stratégiques ne reposent pas sur l’héritage de la deuxième guerre mondiale et de son successeur intellectuel, la guerre froide, mais sur l’expérience dominante de la guerre contemporaine. Enfermés dans un stéréotype régulier de la “guerre moderne”, nous avons sombré dans la confusion concernant la nature de la guerre irrégulière. Le United States Field Manual 3‑24 consacré aux operations de contre-insurrection, publié en 2006, a établi une liste de six types décorrélés de guerre irrégulière, liste unifiée essentiellement par le fait que chaque type correspond à quelque chose que les États-Unis n’aiment pas[9]. Le caractère ouvert de telles caté­gories est source de confusion, non seulement à propos de la nature de la guerre irrégulière mais également du combattant irrégulier. Les listes comprennent les contrebandiers, les criminels et les brigands, en même temps que des candidats plus naturels, comme les insurgés et les seigneurs de la guerre. Même nous, nous pourrions être des combat­tants irréguliers, malgré le dédain que nous professons à l’égard de la guerre irrégulière.

Le 11 mai 2009, le journal britannique The Guardian a rapporté dans la même édition quatre récits de guerre irrégulière. Trois concer­naient des conflits en cours : les opérations de l’armée pakistanaise dans la vallée de la Swat, où l’on estime que peut-être 1,3 million de personnes de la frontière Nord-Ouest auraient été déplacées ; une frappe de l’armée de l’Air américaine à Farah, qui aurait occasionné la mort de 147 civils ; et les opérations de l’armée du Sri Lanka contre les Tamouls le samedi précédent, occasionnant chez les civils 378 morts et 1 212 blessés. Figurait aussi un article se rapportant à une période ancienne, selon lequel les vétérans Mau Mau envisageaient de poursui­vre le gouvernement britannique pour avoir été torturés et maltraités alors qu’ils étaient sous garde britannique pendant l’insurrection kénya­ne des années cinquante. Le trait commun à ces quatre reportages : ce sont les forces régulières que l’on accusait de violer les règles, et d’utiliser des méthodes irrégulières.

Le débat n’est pas neuf. Exactement de la même façon que SOE et OSS avaient été constitués pendant la deuxième guerre mondiale pour lutter contre le feu par le feu, l’armée britannique en Palestine entraînait les Juifs aux méthodes insurrectionnelles avant 1948, per­mettant la formation de l’Irgoun, qui tourna ensuite les méthodes terro­ristes ainsi apprises contre les Britanniques eux-mêmes. Les forces spé­ciales d’aujourd’hui, et avant tout le Special Air Service, font remonter leur origine à la deuxième guerre mondiale mais, alors qu’à cette époque ils utilisaient les méthodes de la guérilla contre les forces régulières, ils le font maintenant de plus en plus contre les irréguliers.

Le passé n’a pas toujours ressemblé à ce qu’on fait voir de lui quand il passe au filtre de préoccupations présentes, et, de la même manière, une interprétation sélective du passé risque de ne pas être un très bon guide pour le présent – sans parler de l’avenir. Ce problème touche au cœur du débat au sein des forces armées en France, au Royaume-Uni et aux États-Unis. La doctrine de contre-insurrection est largement dominée (pour des raisons compréhensibles et valables) par les besoins des forces terrestres, et se trouve façonnée par leurs expériences historiques. Le manuel américain FM 3-24 est de tonalité rétrospective, s’appuyant particulièrement sur l’expérience française en Algérie et britannique en Malaisie. Le manuel britannique de contre-insurrection, en cours de révision en 2009, n’a pas une approche très différente. L’histoire est un instrument essentiel pour développer le jugement, replacer dans le contexte, susciter des questions : elle devrait faire partie de l’équipement de tout rédacteur doctrinal. Mais, utilisée sans réflexion, elle peut se révéler un piètre guide. Des leçons du passé on peut tirer des réponses stéréotypées masquant l’évolution de la situation sur le terrain. La guerre aujourd’hui en Irak ou en Afghanistan est différente de celle conduite il y a un demi-siècle en Algérie ou en Malaisie.

À titre illustratif, on cite fréquemment dans les travaux actuels sur la guerre irrégulière le livre de Charles Callwell, Small wars : their principles and practises, mieux connu dans sa troisième édition publiée en 1906. Le livre de Callwell traitait de la guerre coloniale au xixe siècle[10], et en tant que guide pour la contre-insurrection moderne, il doit être lu avec prudence. Trois ans après sa parution en 1909, l’état-major de l’armée de Terre britannique publiait le premier manuel officiel consacré à la doctrine opérationnelle, le Field Service Regulations. Un chapitre spécifique était consacré au défi posé par ce qu’il appelait la “guerre non-civilisée” (uncivilised war), en d’autres termes celle qui défiait les règles de la guerre européenne ou “civilisée”. Cette dernière était le fait des armées respectant les lois et attentes éthiques de la guerre. L’armée britannique se trouvait prise entre la théorie de la grande guerre, les guerres régulières livrées en Europe, et la pratique de la petite guerre coloniale. Aujourd’hui, sous l’influence de David Kilcullen, nous pourrions être portés à faire un découpage anthropolo­gique et culturel de notre matière[11]. En 1909, les soldats britanniques opéraient un découpage géographique. La guerre contre les opposants non civilisés s’appliquait aux zones de jungle ou de montagne. L’élé­ment central du Field Service Regulations n’était pas l’existence de deux sortes de guerres – la grande et la petite, la régulière et l’irrégu­lière – il y avait simplement la guerre. C’est un point qu’il nous faut considérer si nous voulons vraiment nous confronter à la guerre irrégu­lière devenue norme. Comme Robyin Read l’a souligné à propos de l’utilisation de la puissance aérienne en guerre irrègulière, nous avons besoin d’une vision unifiée de la guerre[12].

Le présupposé inhérent aux opérations de contre-insurrection avant 1914 était que la guerre dans les colonies, comme la guerre en Europe, serait courte, car l’insurgé pourrait être amené à la bataille. En pillant les villages et en détruisant les récoltes, l’armée impériale forçait les combattants irréguliers à adopter les méthodes de combat favorites de la guerre régulière. Leurs maisons et moyens d’existence détruits, une longue guerre exposait le combattant irrégulier à la famine et à l’extinction. Aussi, au contraire des guerres irrégulières actuelles, le temps travaillait en faveur des forces régulières, non des forces irrégulières. Dès lors, la guerre coloniale, à la différence des opérations de contre-insurrection d’aujourd’hui, était rarement gourmande en effectifs. Qu’elles livrassent des guerres régulières et irrégulières, les armées voyaient dans la technologie et la discipline des multiplicateurs de force cruciaux[13]. L’armée britannique de 1909 utilisait une batterie unique de concepts, les principes de la guerre, pour analyser toutes les guerres, et de la sorte le Field Service Regulations faisait entre les guerres “civilisées” et “non civilisées” des différences de degré et non de nature.

Cette indistinction entre guerres régulière et irrégulière était encore plus caractéristique en mer. La mer était, et demeure, l’espace originel “ingouverné”, où prospèrent pirates et mercenaires, et où les trois distinctions centrales de la guerre terrestre au xixe et au xxe siècles étaient moins évidentes : entre guerre et paix, entre combattant et non-combattant, entre la guerre et le crime. Les États manœuvraient leur marines le long de ces marges et en dehors. L’effort pour interdire le mercenariat avec le traité de Paris de 1856 avait rencontré l’échec en 1917. En France, la “Jeune Ecole”, comme Martin Motte l’a montré, reconnaissait que la cible d’attaque naturelle pour une marine plus faible était l’économie de l’adversaire, et les Allemands mirent cela en pratique avec la guerre sous-marine illimitée des U-boats[14]. La guerre navale régulière échouait et les marines régulières adoptaient des méthodes irrégulières. Aujourd’hui, la piraterie en mer est une activité criminelle, et non une “course” parrainée par des États (pas plus que le terrorisme), mais les États y répondent à l’aide de mesures militaires régulières et de résolutions du Conseil de Sécurité des Nations unies.

La puissance aérienne, elle aussi, a opéré à la charnière de la régularité et de l’irrégularité. Au début du xxe siècle, l’avion, comme le navire de premier rang, représentait un paroxysme de la puissance étatique, du capitalisme et de la croissance économique, de la domina­tion de l’Europe et de l’“Ouest”. Mais, dans les années qui suivirent la première guerre mondiale, il fut utilisé par l’Italie en Libye, par la Grande-Bretagne au Moyen-Orient et à la frontière nord-ouest de l’Inde, et par la France en Afrique du Nord et en Syrie pour le contrôle de populations indigènes et au mépris des lois ordinaires de la guerre. Les opérations de contre-insurrection contemporaines dépendent de la puissance aérienne pour le soutien logistique, l’appui-feu rapproché, le renseignement et la dissuasion. Les frappes aériennes sont un moyen de punir et par conséquent de menacer une population tentée par l’insur­rection ; parce qu’elle menace les concentrations de forces au sol, elle est aussi un moyen d’empêcher les irréguliers de passer à des formes de guerre plus régulières. Mais en modelant ainsi la guerre irrégulière, la puissance aérienne expulse les combattants irréguliers des zones rurales où il est plus facile de les poursuivre et de les atteindre, au profit des zones urbaines, où ils peuvent se dissimuler au sein de la population. Comme en 1909, la géographie est une clef de la guerre irrégulière, mais la puissance aérienne s’en trouve plus susceptible de provoquer des victimes au sein de la population civile. Les États-Unis ont répondu en faisant effort sur la précision, un exemple net de la façon dont la technologie peut se révéler autant un multiplicateur de force dans la guerre régulière comme dans l’irrégulière : le 7 juin 2006, Abu Musab al-Zarqawi, le chef d’Al-Qaeda en Irak, fut tué par une frappe aérienne de F-16. Le “surge” en Irak, l’année suivante, fut bien davantage marqué dans les airs qu’au sol. À l’augmentation de 20 % des forces terrestres il faut comparer l’augmentation de 400 % des frappes aérien­nes en 2007[15].

Les défis de la guerre irrégulière sont avant tout des défis pour nous-mêmes – ce qui est de simple logique à propos d’un terme que nous, et non nos adversaires, avons voulu adopter. Ils sont juridiques. Comment les lois des conflits armés s’adaptent-elles à un conflit qui n’est ni purement la guerre ni sans ambiguïté la paix ? Depuis, notam­ment, les protocoles additionnels à la Convention de Genève (1977), le droit des conflits armés a consacré une grande attention au statut juridi­que des guérilleros et des insurgés. Mais quel est le statut juridi­que des forces armées d’une coalition engagées dans des opérations “autres que la guerre” ? Quelle est la situation des contractants mili­taires privés travaillant au profit d’États dans de tels conflits ? Les défis sont égale­ment conceptuels. Comment définit-on l’ennemi ? Est-il un criminel ou un combattant ? Ce sont nos problèmes, pas les siens. Et la question la plus importante de toutes : qu’est-ce que la guerre ? Si la guerre irrégulière est devenue régulière, si la guerre non-convention­nelle est devenue conventionnelle, ceux qui s’en remettent toujours aux idées stratégiques développées dans la suite des deux guerres mon­diales doivent entreprendre une importante refonte intellectuelle de leurs con­ceptions. Voilà des défis pour la formation militaire et les établisse­ments qui l’organisent et la promeuvent. C’est dans ces lieux que la sagesse combinée des soldats et des universitaires se montrera la plus efficace.


[1]        Austin Long, On “Other War” : Lessons from Five Decades of RAND Counterin­surgency Research, Santa Monica CA, 2006 ; voir aussi Erik V. Larson, Derek Eaton, Brian Nichiporuk, Thomas S. Szayer, Assessing Irregular War : a Framework for Intelligence Analysis, Santa Monica CA, 2008.

[2]        Cf. la contribution de Hervé Coutau-Bégarie et de Olivier Zajec dans ce volume.

[3]        Victor Davis Hanson, Why the West Has Won : Carnage and Culture from Sala­mis to Vietnam, Londres, 2001 ; parmi les critiques, cf. John Lynn, Battle : a History of Combat and Culture, Boulder CO, 2003.

[4]        Cf. la contribution de Christian Malis dans ce volume.

[5]        John Keeley, Warfare before Civilization, New York, 1996.

[6]        Hans Rothfels, Carl von Clausewitz : Krieg und Politik, Berlin, 1920.

[7]        Hew Strachan, “On total war and modern war”, International History Review, XXII, 2000, pp. 341-70.

[8]        Voir notamment la contribution de Martin Motte au séminaire du 10 décembre 2008 consacré à l’irrégularité sur mer (CESM, Paris, École militaire) ; voir aussi John W. Coogan, The End of Neutrality : the United States, Britain, and Maritime Rights, 1899-1915, Ithaca NY, 1981.

[9]        United States, Department of the Army, Counterinsurgency : Field Manual 3-24, Washington DC, 2006 ; également publié par Chicago University Press, 2007.

[10]       Traduction française, Charles Callwell, Petites guerres, Paris, ISC-Économica, 1996.

[11]       David Kilcullen, The Accidental Guerrilla : Fighting Small Wars in the Midst of a Big One, Londres, 2009.

[12]       Robyn Read, atelier du CESA, Paris, École militaire, 2 décembre 2008 ; voir aussi Vincent Desportes, La Guerre probable, Paris, 2007.

[13]       Tous ces thèmes se retrouvent dans Charles Callwell, Small Wars : Their Princi­ples and Practice, 3e éd., Londres, 1906.

[14]       Martin Motte, Une éducation géostratégique : la pensée navale française de la Jeune École à 1914, Paris, 2004.

[15]       Voir la discussion dans l’atelier sur la puissance aérienne, spécialement la contri­bution de Benjamin Lambeth.

Publié dans Uncategorized | Commentaires fermés sur Introduction 

Préface

Dr. Csaba HENDE

Déjà le premier roi de Hongrie, saint Étienne, recommanda à son fils, dans son miroir royal rédigé vers 1020, de bien profiter de la pensée militaire des étrangers. Les chefs militaires hongrois suivirent toujours ce sage conseil. La pensée militaire hongroise s’adaptait continuellement aux grands courants européens et elle en tira profit dans les époques heureuses de son histoire. Comme dans la plupart des pays européens, la pratique militaire des champs de bataille trouva son expression théorique écrite à l’époque de la Renaissance. Bientôt, le développement de l’imprimerie y ajouta sa marque de qualité qui était symbolisée par la représentation de Vulcain et de Minerve ensemble sur les frontispices des ouvrages.

À la fin du XVe siècle, tous les grands ouvrages militaires classiques latins et grecs se trouvaient dans la bibliothèque du roi de Hongrie à Bude. Néanmoins, il fallait attendre jusqu’aux XVIe et XVIIe siècles pour assister à la naissance des premiers ouvrages de synthèse sous la plume des grands capitaines de l’armée hongroise des Habsbourg, comme l’illustre Nicolas Zrínyi (1620-1664) dont le nom figure toujours sur la façade de l’Université de la Défense de Budapest, rappelant aux officiers actuels l’exemple des penseurs militaires des siècles passés.
Durant les combats séculaires pour la défense de la civilisation occidentale et pour les libertés nationales et universelles, ce fut en Hongrie que la pratique et la théorie de la « petite guerre », dont l’actualité n’est pas à démontrer, se cristallisa : un ouvrage théorique fut publié en français en 1757 par Louis Michel Jeney, bientôt traduit en anglais, allemand et polonais.

Entre 1526 et la première guerre mondiale, les grands chefs militaires et politiques hongrois agirent surtout dans les cadres de l’empire des Habsbourg et, plus tard, au sein de la Monarchie austro-hongroise. D’autres partirent à l’étranger en émigration où ils laissèrent non seulement un témoignage de la tactique militaire à la hussarde, mais aussi les marques de leur formation militaire théorique. Beaucoup d’entre eux se distinguèrent en tant que penseurs, organisateurs, ingénieurs militaires, médecins militaires ou cartographes de la France à l’Empire ottoman, de l’Italie jusqu’au Nouveau Monde, comme en Argentine ou aux États-Unis. Le personnage le plus célèbre de l’émigration hongroise en France, le comte Ladislas Berchény, fils de Miklós Bercsényi, fut maréchal de France et un régiment de hussards perpétue son nom. Un autre officier de la guerre d’indépendance hongroise de 1848-1849, János Czetz, organisa une académie militaire en Argentine.

Dans ce développement, la création de la langue militaire hongroise avait un rôle primordial. Dans un premier temps, des ouvrages traduits du français comme, en 1707, celui de François de La Vallière ou bien des commentaires sur l’histoire militaire et sur les guerres napoléoniennes avaient une importance majeure. Toutefois, entre 1790 et 1847, la moitié des 107 ouvrages militaires publiés en Hongrie étaient déjà en hongrois. Après le Compromis austro-hongrois (1867), les structures de la formation et des recherches militaires furent également créées. L’idée d’une académie militaire hongroise surgit dès la fin du XVIIIe siècle, mais son ouverture n’eut lieu qu’en 1873.

Alors, la science militaire hongroise disposa des conditions nécessaires pour son développement : une langue militaire hongroise, une armée nationale commandée en hongrois, un enseignement militaire hongrois ainsi que des revues militaires en langue nationale. L’Académie Hongroise des Sciences, depuis sa fondation en 1825, favorisa la publication des ouvrages militaires spécialisés et plusieurs officiers hongrois en devinrent membres, dont le ministre de la Guerre du gouvernement de 1848-1849. Si la science hongroise ne produisit pas encore beaucoup d’ouvrages originaux à cette époque, elle n’en fut pas moins active dans la réception des idées internationales, comme la connaissance relativement précoce de Clausewitz en témoigne.
Nous nous réjouissons de constater que ce livre sur la pensée militaire hongroise, issu du travail commun des historiens français et hongrois, et parmi eux des officiers de l’armée hongroise, soit publié dans l’année de la Présidence hongroise de l’Union Européenne, dans la langue de la culture militaire et de la littérature européenne.

Publié dans Uncategorized | Commentaires fermés sur Préface

La pensée militaire hongroise à travers les siècles

Hervé Coutau-Bégarie et Ferenc Toth (Dir.)

Commander cet ouvrage

Suite à son adhésion à l’Union européenne en 2004, la Hongrie aborde un nouveau tournant de son histoire. Elle apporte une riche histoire et des traditions militaires très complexes.

Ce livre retrace l’évolution du système de la défense hongroise ainsi que les grands périodes de la pensée militaire en Hongrie, depuis le Moyen Âge jusqu’au début du XXe siècle. Ces études présentent en particulier les changements survenus pendant les guerres turques sous la tutelle de la maison des Habsbourg. Malgré une modernisation continuelle, les auteurs, français et hongrois, insistent sur la survivance des anciennes institutions militaires et leurs influences sur les armes et tactiques militaires des confins. Les réflexions hongroises sur les conflits asymétriques de naguère, comme la petite guerre à l’époque moderne, peuvent encore nous servir de guide dans les guerres irrégulières de nos jours.

Table des matières

PREFACE
Dr. Csaba HENDE, ministre de la Défense nationale de Hongrie

Les premières traces de la pensée militaire hongroise avant la bataille de Mohács (1526)
László VESZPREMY

L’organisation militaire de la Nation sicule à la fin du Moyen Âge
Nathalie KALNOKY

Un penseur militaire alsacien dans la Hongrie au XVIe siècle Lazare baron von Schwendi (1522-1583)
Géza PALFFY

Nicolas Zrínyi et la littérature militaire hongroise au XVIIe siècle
Gábor HAUSNER

Pensée scientifique et pratique militaire dans le royaume de Hongrie dans la première moitié du XVIIIe siècle
István CZIGANY

Influences françaises dans la pensée militaire hongroise au XVIIIe siècle
Ferenc TOTH

Les “Avant-postes de cavalerie légèreˮ et la tactique des Hongrois
Philippe ROY

Tentatives de créer une science militaire hongroise indépendante 1790-1867
Róbert HERMANN

Les directions de la pensée militaire hongroise au XIXe siècle
Tibor ÁCS

La composante hongroise de l’armée impériale et royale.

Le regard des attachés militaires français à Vienne
Henri ORTHOLAN

Les limites de la modernité : les idées d’un officier de cavalerie austro-hongrois avant la première guerre mondiale
Ferenc POLLMANN

Publié dans Uncategorized | Commentaires fermés sur La pensée militaire hongroise à travers les siècles