L’histoire des Harkis

Guerres mondiales et conflits contemporains, janvier 2002

L’histoire des harkis a fait l’objet de nombreux ouvrages, articles et mémoires universitaires, pas toujours bien informés, et de témoignages partiels et souvent partiaux. Avec l’ouverture des archives en 1992, et surtout les dérogations obtenues pour des archives non ouvertes ( Comité des Affaires algériennes, documents des Affaires étrangères, du Centre de coordination interarmées, et du cabinet Messmer), on peut maintenant proposer un historique objectif (1), que je me propose de résumer en trois parties :

– les harkis dans la guerre,

– l’abandon, le massacre et le rapatriement sélectif,

– les politiques d’insertion de 1962 à 1999.

Il convient en introduction de rappeler que l’on désigne aujourd’hui sous le nom de harkis toutes les autres catégories de supplétifs de la guerre d’Algérie : moghaznis, Groupes Mobiles de Sécurité (GMS), Groupes d’Autodéfense (GAD), à l’exclusion des appelés et des militaires sous contrat.

I. La guerre d’Algérie.

Quand éclate le soulèvement du 1er novembre 1954, la plupart des unités nord-africaines se trouvent encore en Indochine, et le recours aux supplétifs est proposé dès novembre par le préfet de Constantine et par M.Vaujour, directeur de la Sûreté générale. F. Mitterrand, ministre de l’Intérieur, signe en janvier 1955 l’Instruction de création de 30 goums de 100 h. : ce sont les Groupes mobiles de protection rurale (GMPR), qui deviendront ensuite GMS. Il y aura 114 GMS en 1962 (6T 7775, 1H 2029).

Le 5 septembre 1955, le Gouverneur J.Soustelle crée les Sections administratives spécialisées (SAS), chargées d’encadrer les zones rurales. Protégées par un maghzen de 25 à 50 moghaznis, 700 SAS seront créées et complètées par 30 Sections urbaines (SAU). Elles contribueront à l’armement de 2.000 villages en autodéfense (1H 1207, 1209, 2456).

C’est le 8 février 1956 que le général Lorillot prescrit de former des harkas dans chaque Quartier d’Algérie, à l’imitation de ce qui a été fait par le général Parlange dans l’Aurès et par le bachaga Boualem dans les Beni Boudouane. La montée en puissance des harkas est relativement lente en 1956-57, en raison de l’action du FLN qui s’impose dans les villages par la propagande et la terreur (6T 7775, 1H 2028). Les succès militaires de 1958 permettent d’augmenter les effectifs, et en décembre 1958 le général Challe obtient du général de Gaulle de passer de 28.000 à 60.000 harkis (1K233). En 1959, 6 à 7.000 d’entre eux seront affectés dans les Commandos de Chasse créés dans chaque Secteur ( Arrondissement) pour éliminer les rebelles qui ont échappé aux opérations du plan Challe (1H 2456).

C’est au début de 1961 que le recrutement des musulmans atteint son maximum, comme le montrent les courbes jointes (page 6-7). Il y aura trois à quatre fois plus de musulmans dans l’armée française que dans l’ALN, et 3.200 supplétifs sont tués au combat ou par attentat.

Alors que GMS et Moghaznis étaient engagés sous contrat de 6 mois, les harkis avaient jusqu’en 1961 un statut de journaliers, bien qu’ils restent en service plusieurs mois, et qu’ils soient payés mensuellement (22.500 AF). Environ 3.000 d’entre eux étaient des rebelles ralliés. Les harkas amalgamées avaient le même armement que les unités régulières. Quant aux autodéfenses, elles étaient armées à 50% de fusils de chasse et de 8 mm, et en principe n’étaient pas rémunérées (MAA 340, 1H 2028, 2029).

S’étant engagés davantage pour la défense de leurs familles que pour la solde, les supplétifs étaient opposés à la conception totalitaire du parti unique du FLN. Ils faisaient confiance à l’armée pour faire évoluer l’Algérie dans un sens démocratique et égalitaire. Le rappel de Challe en mars 1960 ne permet pas de mener à bien son projet de Fédération des UT et des autodéfenses, qui aurait constitué un parti français opposé au FLN (7T 249).

Crépin, le successeur de Challe, avait promis en janvier 1961 que les harkis, considérés comme vainqueurs, auraient la première place dans l’Algérie future, et qu’ils resteraient groupés et armés pendant un an après le cessez-le-feu (1H 1096/1). Mais dès l’été 1961, le gouvernement décide d’amorcer la réduction des effectifs des harkas et des autodéfenses, et de « civiliser  » les SAS, ce qui reviendrait à supprimer les maghzens, alors que Challe leur avait confié la responsabilité opérationnelle des Quartiers de pacification (1H 1304, 2027, 2028, 2556).

II. L’abandon, le massacre et le rapatriement sélectif.

Les promesses de Challe et de Crépin n’ont pas été tenues. Les négociateurs d’Evian se sont préoccupés, il faut le reconnaître, de l’avenir des « musulmans fidèles à la France « . En novembre 1961, ils ont obtenu du FLN à Bâle la promesse qu’il n’y aurait pas de réprésailles (SEAA 111, MAA 155). Croyant à tort à cette promesse, L.Joxe a adopté une politique de maintien de la plupart des supplétifs en Algérie. Huit jours avant le cessez-le-feu, M. Messmer leur a proposé le choix entre trois solutions : l’engagement dans l’armée pour les plus aptes, le retour au village avec une prime (1mois et demi de solde par année de service), un contrat civil d’attente de 6 mois. Ceux qui se sentaient menacés avaient la possibilité de demander leur rapatriement, mais le 15 mai 1962, il n’y avait que 5.000 demandes, familles comprises. Les rapatriés (réfugiés serait plus juste) devaient conserver la nationalité française, à condition d’en faire la demande au Juge d’instance, condition considérée comme contraire aux accords d’Evian (SEAA 107). Les GMS et les auxiliaires de la Gendarmerie étaient transférés en bloc dans la Force de l’ordre, qui, avant et aussitôt après l’indépendance, déserta en masse ; 26.000 armes passent ainsi au FLN (SEAA 109 à 112, 6T 792, 7T 136, 1H 1322).

90% des harkis ont choisi le retour à la vie civile, parce que le FLN leur a promis qu’ils seraient pardonnés et considérés comme des frères. Mais ces promesses étaient mensongères, comme le prouvent les directives des wilayas (1H 1643, 1803, 15 CAB 144). Il y a donc eu des règlements de compte entre le 19 mars et le 1er juillet, dans les villages évacués par l’armée française, où l’on ne savait pas ce qui se passait. A partir du 5 juillet, les massacres ont été massifs et accompagnés de supplices inimaginables, il s’agissait de les faire mourir deux fois. Même les ralliés de la 11ème heure n’y ont pas échappé (1H 2402, 2716, rapport S/Préfet Robert).

Les historiens ne sont pas d’accord sur le nombre des harkis massacrés. J. Lacouture ayant énoncé 10.000 victimes, dans le Monde du 13 novembre, ce chiffre a été retenu par l’ambassadeur. Le Contrôleur général de Saint-Salvy (approuvé par le colonel Schoen)a fait une évaluation de 150.000, à partir d’ une péréquation basée sur l’arrondissement d’Akbou. Le Service historique n’a fait aucune estimation et s’est contenté de citer celle de Saint-Salvy. L’historien d’Alger X.Yacono, ayant calculé que les pertes dues à la guerre étaient inférieures à 300.000, a jugé inacceptable le chiffre de 150.000. Nicolas d’Andoque, ancien SAS, a retenu 60.000, ce qui paraît être une limite courte.

La méthode de calcul par différence entre le total des pertes et le nombre des victimes dues à des actions de guerre aboutit à une fourchette de 60 à 80.000 harkis tués en 1962-63. Il semble, écrit JC Jauffret dans Historiens et géographes, qu’un consensus rassemble peu à peu les historiens français, et qu’une évaluation de 60 à 80.000 victimes soit retenue. Utilisant la même méthode, Jean-Jacques Jordi propose 70.000(2). Mais on ne connaîtra jamais la vérité, car une évaluation précise est aujourd’hui impossible.

L’attitude des autorités politiques et militaires doit être dénoncée comme ayant fait preuve de « non-assistance à personne en danger « . Sans doute une dizaine de centres d’accueil ont-ils été ouverts en Algérie, de nombreux officiers se sont alors efforcés de sauver leurs supplétifs. Mais le gouvernement a interdit le 12 mai les initiatives de rapatriement (SEAA 39). La raison – irréaliste- invoquée par Mrs. Joxe et Frey a été la crainte de voir des commandos de l’OAS, à base de musulmans, s’installer en France (1R 367, 1K 744). Alors que le Commandement et M.Pompidou avaient recommandé les initiatives de secours aux personnes menacées, le Comité des Affaires algériennes du 21 juin 1962 a interdit ces initiatives en dehors des cas de légitime défense ou d’attaque caractérisée (SEAA 39, 40, 41)

Les premiers transports maritimes ne débutent que le 12 juin. Les rapatriements sont ensuite suspendus le 19 juillet, et l’ambassadeur Jeanneney s’oppose aux interventions de l’armée. Les rapatriements ne reprendront qu’après le 19 septembre, sur décision de M. Pompidou (1H 1260, 2584).

L’accueil en France a souffert des mêmes indécisions. Ce n’est que le 26 mai que le ministre des Armées décide d’ouvrir pour trois mois le camp du Larzac, et le 19 juin celui de Bourg-Lastic. Le 30 mai, à la demande du colonel Buis, il accepte de recevoir 5.000 moghaznis, familles comprises (1R 336). Ainsi 10.000 personnes sont rapatriées avant le 1er juillet. En septembre, l’approche de l’hiver impose de transférer les rapatriés de Larzac et Bourg-Lastic à Rivesaltes et Saint-Maurice l’Ardoise. L’armée de terre fait alors diligence pour mettre en place les structures d’accueil : 1 officier ou sous-officier pour 100 rapatriés, des dizaines de médecins, d’assistantes sociales et d’instituteurs. Malgré ces efforts, les camps restent inconfortables, de nombreux harkis vont passer l’hiver sous la tente (1R 274 à 277, 2T 60, 7T 253, 14T 91-92).

Le 14 juin, un Conseil interministériel présidé par M. Boulin a créé un groupe de travail (3) qui recense l’arrivée des musulmans. En août et septembre, M.Pompidou préside des conseils restreints qui prennent les décisions les plus urgentes : ouverture de chantiers de forestage, allocations de subsistance et de reconversion, recherche d’emplois industriels, construction de logements. Par manque de moyens civils, c’est l’armée qui est chargée du transfert, de l’hébergement, de l’encadrement, de la pré-formation professionnelle, et même de la gestion de 42 chantiers forestiers (MAA 157).

Le général de Segonzac propose un programme de formation et d’adaptation, destiné en particulier aux femmes et aux enfants. Mais en septembre, l’Elysée prescrit de disperser les rapatriés dans les départements, où « les préfets s’en débrouilleront  » (source personnelle). Les familles ne sont donc restées dans les camps que quelques mois.

Au total, 21.000 personnes ont été rapatriées en 1962, 15.000 en 1963 et 5.340 en 1964-65.. De 1965 à 1970, des négociations engagées par M. de Broglie permettent de recueillir 1.330 prisonniers du FLN (plus leurs familles), alors qu’on en avait recensé 7.000 en 1963 et 24.000 en 1964. Nombreuses sont les familles qui ne sont pas passées par les camps. Le recensement de 1968 indique 90.000 rapatriés nés en Algérie(4)., dont seulement 15.000 anciens supplétifs, soit 10% des effectifs de 1961 ( 1H 1856, 1R 336, 337).

Quel jugement porter sur les responsabilités ? Il faut dire que l’indécision française et l’information trop tardive sur les rapatriements ont incité les supplétifs à regagner leurs villages, où ils ont immédiatement été pris en mains par le FLN. La responsabilité de la France est donc entière dans ces retards, ainsi que dans l’interdiction des opérations de secours, et dans l’insuffisance de l’accueil en métropole. Le regroupement des harkis était imposé par les menaces du FLN dans les usines et les banlieues. S’il est exagéré de parler de « camps de la honte, ou même de camps de concentration « , comme l’affirment certains enfants de harkis, il est certain que l’on aurait pu et dû faire mieux, en appliquant le programme de Segonzac et en ouvrant des installations militaires plus confortables ( camps en dur, centres mobilisateurs).

Quant à la duplicité du FLN, et sa responsabilité dans les massacres, elles sont évidentes. Les négociateurs français ont été abusés par la bonne foi de Krim Belkacem, qui a été démentie par Ben Bella et Boumediene au Congrès de Tripoli (27 mai au 7 juin 1962).

III. Les politiques d’insertion (5) .

Il est exagéré d’affirmer que l’insertion des FMR a été complètement négligée. Sans doute peut-on dire qu’elle ne faisait pas partie des priorités du Chef de l’Etat. En revanche, dès l’été 1962, le Premier Ministre s’en est préoccupé, sans qu’il lui soit possible de rattraper les retards et les indécisions du passé. Le principal reproche qu’on puisse faire à cette politique est son manque de continuité; en 37 ans en effet 15 ministres ou Secrétaires d’Etat ont été successivement chargés du dossier. En survolant ces 37 années, il apparaît que 4 ou 5 politiques successives ont été mises en oeuvre.

De 1962 à 1970, l’effort a été porté sur la régularisation administrative et l’intallation en métropole. 60.000 déclarations recognitives de nationalité ont été signées. Les Français Musulmans Rapatriés (FMR que l’on appelle aujourd’hui RONA) ont été suivis successivement par les Services du Premier Ministre, de l’Intérieur, des Rapatriés, et du Travail. Le camp de Rivesaltes est fermé à la fin de 1964. Deux camps d’accueil pour 1.500 personnes handicapées ou incasables ont été maintenus (l’Ardoise et Bias). Les autres sont transférés dans 87 départements, 11.000 emplois industriels sont créés, 75 chantiers forestiers ouverts pour 2.000 travailleurs et 10.000 personnes, 16 ensembles immobiliers construits par la Sonacotra pour 8.000 personnes. Les hameaux forestiers, souvent critiqués, étaient une bonne solution, ils ont contribué à la protection de la forêt, et la plupart ont été encadrés par des chefs compétents et des monitrices dévouées. L’erreur initiale a été de les implanter au milieu des forêts, où les enfants étaient à l’écart de la société française. Là où les chantiers ont été rapprochés des villages, la socialisation a été réussie.

Il faut rappeler aussi que, sans régler tous les problèmes, des responsables et des bénévoles ont fait preuve d’un grand dévouement (6).

La 2ème phase est celle de la prise de conscience des difficultés de l’adaptation. A la suite du rapport de Jean Servier en 1972, qui fait état de la surnatalité, des retards scolaires, et des problèmes de relations familiales, M. Messmer crée la Commission Barbeau qui se trouve confrontée à la crise de 1974-75 : grèves de la faim; révolte fomentée à St Maurice l’Ardoise par des agitateurs extérieurs (7). Des mesures sont alors prises au profit des anciens : construction de 1.000 logements, accès à la propriété, résorption des hameaux forestiers, et au profit des jeunes : bourses, colonies de vacances, formation professionnelle. De 1975 à 1979, des Bureaux d’information, d’aide et de conseil (BIAC) sont mis en place en vue de développer la concertation entre rapatriés et administration. Une commission interministérielle permanente est alors présidée par le Premier Ministre et animée par le préfet Belhaddad. La commission Mario Bénard est une autre de ces instances.

Le gouvernement socialiste, en 1984, implante à Carcassonne un Office national à l’action sociale, éducative et culturelle ( l’ONASEC), dont la gestion a fait l’objet de critiques. Il faut mettre à l’actif du ministre Hernu la mise en place d’appelés du contingent comme éducateurs scolaires et agents de coordination chargés de l’emploi (ACCE), et en 1989, la première cérémonie du souvenir aux Invalides, jumelée avec la sortie du timbre « Hommage aux harkis « . Le Délégué Benassayag obtient les mesures d’insertion du gouvernement Rocard : formation professionnelle, action sociale et éducative, aide au logement. Deux ans plus tard, Madame Cresson et M. Bianco tiennent compte des observations du rapport Leveau-Meliani qui constate un chômage croissant de 20 à 25%. Des mesures nouvelles sont adoptées pour pallier le surendettement, réhabiliter les logements, assurer un suivi administratif et éduquer les jeunes. Il semble cependant qu’une partie des crédits prévus sont ensuite transférés sur d’autres chapitres.

Les gouvernements Chirac et Balladur, secondés par les ministres Santini, Cabana et Romani, consentent un effort financier plus important que leur prédécesseurs. Une indemnisation de 60.000 francs est accordée en 1987, puis, à la suite des conclusions du groupe de travail Rossignol, qui réalise une véritable concertation, une allocation de 110.000 francs en 1994, accompagnée d’aides à la propriété de 15 à 80.000 francs. Un statut des victimes de la captivité et une aide aux veuves sont adoptés. Le président Chirac inaugure le 11 novembre 1996 le monument du Chapeau Rouge, à la mémoire des Rapatriés d’outre-mer. Hamlaoui Mekachera, Président du Conseil national des Français musulmans, est nommé Délégué à l’intégration. Il approuve la Charte du culte musulman du recteur Boubekeur, avant de remplacer ce dernier à la Présidence du Conseil représentatif des musulmans de France.

A la suite des grèves de la faim médiatisées sur l’esplanade des Invalides par Abdelkrim Klech, et malgré un rapport Lagarigue défavorable, Madame Aubry a accordé le 2 janvier 1999 de nouveaux avantages sociaux :

– rente viagère de 9.000 F accordée à environ 12.000 anciens supplétifs,

– prolongation de 2 ans des mesures pour le logement et l’emploi du plan Romani,

– convention partenariale avec l’ANPE et suivi des embauches par des cellules départementales spécialisées, visant à créer 3.000 emplois par an,

– convention-emploi de 70.000 F et bourse de 30.000 F favorisant la mobilité,

– recrutement d’une centaine d’ouvriers forestiers.

Ces dispositions, dont le coût est évalué à plus de 2 milliards, ont été jugées insuffisantes par la plupart des associations, même si elles vont dans le bon sens. Elles commencent à donner des résultats, comme le montre le tableau des emplois acquis de 1998 à 2000, dont 48% ont été obtenus par les ACCE, alors que les dispositifs nouveaux (cellules emplois) réalisent 41% de CDI (contrats à durée indéterminée), 17% de CDD, 10% de contrats aidés, 22% d’emplois jeunes et 14% de stages de formation :

Insertions réalisées par

1996

1997

1998

1999

2000

Cellules

579

536

1820

2645

2326

ACCE

1772

1840

2321

1747

1648

.     TOTAL                  2351                  2376                  4141                 4392                 3974

 

Les cellules emploi semblent avoir atteint leur niveau de saturation, et la Délégation aux rapatriés étudie d’autres dispositifs pour amener le taux de chômage de la communauté harkie au niveau moyen national.

XXX

En résumé, on peut estimer que les politiques d’insertion, fondées sur de bonnes analyses périodiques de situation, ont manqué de continuité et de crédits budgétaires. Le total estimé à plus de 4 milliards de francs 97 pour 35 années mériterait d’être analysé avec précision. On peut considérer que plus de la moitié des familles sont bien intégrées, que le problème du logement est en bonne voie de règlement, et que certains jeunes ont réalisé de remarquables réussites.

Il reste que la communauté harkie est confrontée :

– à de grosses difficultés de chômage, liées au manque de formation, en particulier dans le Midi,

– à la mésentente de trop nombreuses associations, dont les revendications n’ont pas le poids nécessaire face au pouvoir,

– aux tentations du clientélisme et de l’assistanat,

– à des problèmes d’intégration culturelle, dus au maintien de coutumes archaïques et à la pratique d’une religion formaliste.

La situation de l’Algérie nous convainct tous les jours que les Français musulmans rapatriés ont fait le bon choix, que la France a envers les harkis un devoir de reconnaissance, et qu’elle doit mieux les associer aux responsabilités politiques.

(source EMI-EMA)

(1) l’article sur « le drame des harkis  » de Guy Pervillé, dans l’Histoire d’avril 1999, montre que cette histoire peut maintenant être écrite en s’appuyant sur des documents nombreux et fiables. Seules les archives les plus importantes seront citées, elles sont notées dans le texte pour ne pas multiplier les notes de renvoi. En revanche, l’article de CR Ageron dans Vingtième siècle d’octobre 2000 ne mentionne pas toutes ces archives.

(2) Actes du colloque du Centre universitaire méditerranéen de Nice (1998) :La réécriture de l’Histoire. p.39.

(3) Présidé par Mlle Dissart, ce groupe réunit de hauts fonctionnaires : M.Massenet, les préfets Droueille et Vaujour, M. Lamassoure, Revol, J.Monod, J.Toutain.

(4) Selon le commandant François, le total serait de 60 à 65.000 rapatriés.

(5) Les sources de ce paragraphe sont : le fonds François (1K 803), la thèse Heinis (1977), les rapports Servier, Barbeau, Leveau, Rossignol, le mémoire Chabaga, les plans Messmer, Rocard-Benassayag, Cresson-Bianco, Chirac-Santini- Cadana, Balladur-Romani et Aubry-Montchovet.

(6) Il faut citer entre autres A.Parodi, le colonel Schoen, le préfet Perony, Madame Heinis, A.Wormser, les officiers du Service d’Assistance Technique (SAT), les assistantes sociales de l’ASSRA, certains responsables de l’ONF et de la SNCF. Les anciens des SAS, de la DBFM, des troupes sahariennes, F.Sénart, l ‘abbé de la Morandais et le capitaine F.Meyer acquièrent des propriétés agricoles pour y installer leurs rapatriés.

(7) selon la thèse du sénateur Heinis, qui dément l’existence de barbelés continus.

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Le renseignement militaire français face à l’est

Le renseignement d’intérêt militaire ne diffère pas du renseignement en général. Il s’agit d’une information ~ recherchée, recoupée, analysée et synthétisée.

Comme les autres renseignements, les renseignements militaires suivent un cycle à quatre temps. Dans un premier temps, I’autorité exprime ses besoins. Dans un deuxième temps, la cellule de renseignement anime la recherche et lance des demandes. Dans un troisième temps, les organes spécialisés recherchent l’information brute. Dans un quatrième temps, les informations reviennent à la cellule de renseignement qui procède à la critique, au recoupement et à la synthèse.

Le renseignement du temps de paix comprend à la fois le renseignement de documentation – base de données sur une armée étrangère -, le renseignement de situation et le renseignement de sécurité sur la protection des armées contre toutes les intrusions venant de l’extérieur.

Le renseignement du temps de guerre se décompose entre le renseignement de contact
– c’est-à-dire le renseignement dont a besoin une unité militaire sur l’ennemi de l’avant – le renseignement de manœuvre qui vise à recueillir des renseignements sur l’ennemi futur – et l’acquisition des objectifs.

Tout chef militaire a une zone de responsabilité du renseignement qui concerne son ennemi de contact et dans laquelle il cherche et exploite le renseignement. Au-delà de cette zone de responsabilité, se situe la zone d’intérêt du renseignement qui est beaucoup plus vaste et dans laquelle il est renseigné, non pas par lui-même, mais par ses voisins et ses supérieurs. C’est dans cette zone qu’il sera renseigné sur son ennemi futur.

ORGANISATION DU TEMPS DE PAIX

Évolution historique

Après la guerre, dans les années cinquante, il existait au plus haut niveau un État-Major de la Défense Nationale (EMGDN) initialement confié au maréchal Juin et ensuite dirigé par le général Ely. Cet état-major disposait d’un Centre d’exploitation du renseignement, le CER, auquel a été accolé par la suite un organisme technique, le Centre d’exploitation du renseignement scientifique et technique, le CERST. Dans ces deux organismes travaillaient certes en majorité des officiers, mais également quelques civils et des scientifiques.

À cette époque, les priorités du renseignement étaient évidemment orientées sur le pacte de Varsovie. L’outre-mer était également présent avec la guerre d’Indochine et la guerre d’Algérie. Je n’évoquerai ni l’Indochine ni l’Algérie, sinon pour préciser que les deuxièmes bureaux étaient bien renseignés sur ces deux territoires. Pourtant, les commandements et les gouvernements n’ont le plus souvent pas voulu tenir compte des renseignements qui leur étaient transmis.

– Cette période initiale est propice au renseignement pour plusieurs raisons. Premièrement, la France est encore dans le dispositif intégré des Alliés, c’est-à-dire qu’elle maintient dans les états-majors des officiers qui bénéficient de toutes les sources de renseignement des pays alliés. Deuxièmement, le SDECE s’intéresse encore beaucoup au renseignement militaire dans deux domaines: d’une part, en matière d’écoutes stratégiques – à l’époque, on parvient à déchiffrer les codes soviétiques – d’autre part, par le canal des attachés adjoints qui sont mis en place auprès des attachés militaires dans les pays de l’Est.

À ce moment là, les armées forment des soviétologues: un certain nombre d’officiers apprennent la langue russe. En 1959, le colonel Michel Garder a écrit une histoire de l’armée soviétique qui faisait autorité et dont la valeur est toujours reconnue. En 1965, il a publié L’agonie du régime en Russie soviétique, ouvrage tout à fait prémonitoire. Il avait parfaitement perçu que le seul organisme soviétique qui était informé tant de la situation intérieure que de la situation internationale était le KGB. Il en concluait que toute réforme du régime soviétique passerait nécessairement par le KGB. C’est bien ce qui s’est passé avec Andropov, puis Gorbatchev.

Les premiers changements dans cette organisation interviennent en 1959, date de l’ordonnance sur la Défense nationale. Elle crée deux organisations: le Comité interministériel du renseignement (CIR) qui regroupe les cinq ou six ministres intéressés par le renseignement en général et le Comité permanent du renseignement (CPR) qui est composé de leurs directeurs de cabinet. Le Comité permanent se réunit plus souvent que le Comité interministériel. Il revient aux CIR-CPR d’approuver un document très secret: le plan de renseignement gouvernemental, dit PRG.

Un deuxième changement intervient en 1962 avec la création de l’État-Major des Armées à la tête duquel se trouve le général Ailleret. S’il est responsable du renseignement militaire, il ne dispose pas pour autant d’organismes d’exploitation et il doit recourir au SGDN et aux deuxièmes bureaux des armées pour être renseigné. Cette situation tout à fait hybride se prolongera durant quelques années.

Il existe alors au sein de l’État-Major des Armées une division renseignement. Le chef de cette division réunit assez régulièrement un comité interarmées du renseignement auquel participent les chefs des deuxièmes bureaux, les chefs du CER et du CERST ainsi que des représentants du SDECE, de la Sécurité militaire et de la Gendarmerie.

Durant cette même période, la stratégie évolue pour devenir nucléaire et dissuasive tous azimuts. Ce changement va naturellement avoir une influence sur le plan dR renseignement gouvernemental. Le gouvernement s’intéresse désormais moins au renseignement militaire sur les forces classiques qu’au renseignement scientifique et technique: il s’agit de collecter des données pour construire nos moyens nucléaires et nos fusées. Il s’agit ensuite de définir les objectifs de la force nucléaire stratégique.

Le SDECE conserve un rôle important sur le plan militaire puisqu’il continue à assurer les écoutes stratégiques et qu’il forme les analystes des écoutes, spécialité tout à fait rare et délicate. Le SDECE poursuit les échanges avec les services étrangers mais ne dispose plus d’attachés adjoints.

La troisième réforme du renseignement en temps de paix est mise en œuvre par le général Maurin en 1973 et Méry en 1976. En effet, le CEMA devient le commandant opérationnel alors que l’EMGDN est devenu SGDN. Le général Maurin crée un organisme interarmées: le Centre de formation interarmées du renseignement qui changera d’appellation par la suite pour devenir l’École interarmées du renseignement et des langues étrangères, actuellement implantée à Strasbourg. En 1976′ le général Méry crée le CERM qu’il confie au général Laurent. L’EMA dispose donc d’une centrale d’exploitation du renseignement. La montée en puissance du CERM sera cependant lente car les armées et le SGDN répugnent à perdre leur personnel spécialisé en l’envoyant- à l’EMA.

L’organisation du renseignement dans les années 70-80

(annexes 1 et 2)

Distinguons le niveau gouvernemental du niveau des armées. Dépendent du Premier ministre: le CIR-CPR, le SGDN, avec son organisme d’exploitation – le CER-CERST – des organismes de recherche, le SDECE avec son service technique de recherche – le STR – la DST, le Groupement des contrôles radioélectriques et la chaîne nationale de goniométrie.

Le ministre de la Défense ne dispose pas d’organisme de recherche. M. Messmer a créé un Centre de prospective et d’évaluation (CPE) qui sera ultérieurement appelé Délégation aux études générales (DEG). Il a une mission prospective d’étude des menaces futurés. Il rempliti à ce titre, certaines fonctions de renseignement. En outre, sont placées sous l’autorité du ministre de la Défense, la Gendarmerie et la Direction de la sécurité militaire qui deviendra la DPSD.

À l’échelon du chef d’état-major des Armées, se trouve d’abord le Centre d’exploitation du renseignement militaire, le CERM, qui dispose des renseignements venant des écoutes du SDECE, des rapports des attachés militaires à l’étranger et des dépêches diplomatiques. Un autre organisme d’exploitation: le CIREM, Centre d’information sur le renséignement électromagnétique, recueille et analyse les signatures des radars.

Ace niveau, l’exploitation et la recherche du renseignement sont décentralisées. Le CERM a confié une mission de recherche et d’exploitation à deux organismes avancés: le Centre de renseignement avancé (CRA) de Baden d’une part, et le deuxième bureau de la FATAC à Metz d’autre part. Le premier organisme est responsable de la recherche et de l’exploitation du renseignement sur l’Allemagne de l’Est et sur la Tchécoslovaquie, tandis que le second s’intéresse aux mêmes pays et à la Pologne.

Quel est l’objectif de ces deux organismes avancés de recherche ? Àl’époque, une masse de divisions soviétiques stationnait en Allemagne de l’Est et en Tchécoslovaquie; quelques-unes se trouvaient en Pologne. Toutes ces divisions étaient de première catégorie, c’est-à-dire que leurs effectifs étaient pleins alors que les autres territoires se contentaient de divisions de réserve. Le fer de lance de l’armée soviétique était donc bien là (annexes 3 et 4).

La situation était à peu près identique pour les avions puisque sur ces territoires étaient massés quantité d’avions susceptibles d’agir sur la France et d’atteindre les côtes de l’Atlantique (annexe 5).

Ces forces étaient en permanence modernisées, et disposaient d’une puissance de feu aéroterrestre considérable.

C’est aussi la période de fort développement des missiles de portée intermédiaire et des missiles tactiques. La bataille des euromissiles a défrayé la chronique. Il y avait non seulement les SS20, mais aussi les SS12, 21, 23 qui remplaçaient les Scud et les Frog (annexe 6).

Moyens de recherche électromagnétique

Les premiers moyens de recherche en temps de paix sont les écoutes fixes et mobiles (annexe 7).

Les écoutes fixes: nous disposons à la frontière de l’Allemagne de l’Est d’un certain nombre de centres d’écoute terrestres et aériens dans la gamme VHF, notamment dans le Hartz. L’armée de Terre s’installe à Berlin à côté du SDECE. Il faut noter à cet égard que le SDECE y remplit une mission particulière: les Allemands de l’Ouest n’ayant pas le droit de s’implanter à Berlin, une coopération s’est instaurée entre le SDECE et eux. ; ~

À côté de ces écoutes VHF, existent un certain nombre de centres d’écoutes HF. Tous travaillent avec une chaîne interarmées de radiogoniométrie (CIRG) basée du Nord au Sud de l’Allemagne. Ils sont capables de localiser en quelques secondes toutes les émissions HF qui proviennent de l’Est. Les messages HF étant cryptés, ils ne sont plus déchiffrés, mais à partir de la structure des réseaux, il est possible de remonter à l’ordre de bataille des forces adverses. C’est le rôle de l’analyse.

Les écoutes mobiles: des unités mobiles du 44e régiment de transmission vont régulièrement faire des campagnes à la frontère.

Quant à l’armée de l’Air, elle dispose d’avions qui accomplissent des missions de recherche électromagnétiques: Nord Gabriel et Sarigue.

L’analyse des écoutes s’effectue à plusieurs niveaux. L’analyse air à lieu à Metz; l’analyse terre à Baden; l’analyse du 2e niveau est assurée par le SDECE.

La mission militaire française de liaison (MMFL)

Le deuxième moyen de recherche concerne les missions dites de Potsdam. Il s’agit des missions de liaison des commandements français, anglais ou américain auprès du commandement soviétique en Allemagne. Au moment des accords de Potsdam, il a été convenu de procéder à un échange de liaisons militaires. Initialement installées à Potsdam, ces liaisons ont rapidement quitté ce lieu où elles étaient trop étroitement surveillées, pour ne pas dire espionnées. Elles se sont réfugiés à Berlin-Ouest, non sans avoir conservé à Potsdam les villas qui constituent les bases de départ des équipes vers l’Allemagne de l’Est. Leur mission est de rechercher le renseignement militaire, essentiellement les indices d’alerte – et particulièrement autour de Berlin – l’ordre de bataille du groupe soviétique en Allemagne et l’étude des matériels qui arrivent dans ce pays.

Il convient de souligner l’étroitesse de la coopération qui existe entre les trois missions alliées (annexe 8): ainsi, la mission française travaille dans la zone A pendant trois semaines; les trois semaines suivantes, elle intervient dans la zone B et les trois dernières semaines, elle se déploie sur la zone C. Le même système est adopté pour la zone centrale où il est procédé à la recherche des indices d’alerte. Toutefois, là, la permutation a lieu tous les trois jours. Les renseignements recueillis sont échangés entre les Alliés par des systèmes de liaison protégés, et par la tenue de réunions hebdomadaires à Berlin-Ouest.

La mission française de liaison (MMFL) qui comprend alors 8 officiers et 21 sous- officiers (plus 2 sous-officiers du 13e RDP), dispose de 12 Mercedes 300 de grande liaison et de matériels perfectionnés d’observation: jumelles à intensification de lumière, appareils Nikon à moteur (objectifs de 28 à 100 mm), vidéo, magnétoscopes et scanner à recherche de fréquence, avion d’observation (autorisé à survoler les environs de Berlin).

Cette recherche constitue une mission difficile et dangereuse. En effet, les Soviétiques ont institué sur tout le territoire de l’Allemagne de l’Est des zones interdites permanentes, les ZIP, qui recouvrent 33 % du territoire de ce pays. C’est dire que ces missions rencontrent un certain nombre de difficultés pour se déplacer sur le terrain (annexe 9).

Circonstance aggravante: en cas de manœuvres, s’ajoutent des zones-d’interdiction temporaires qui compliquent encore la tâche des Alliés. Ils doivent échapper à la police est- allemande (VOPO) qui est chargée de les pister. Nos missions se heurtent aussi aux jalonneurs russes, ce qui donne lieu à un certain nombre d’accidents graves. En mars 1983, le capitaine américain Nicholson est tué par balles. En mars 1984, l’adjudant-chef Mariotti est tué par un camion qui percute volontairement sa voiture. En 1988, intervient un incident comique: un jalonneur soviétique qui s’accroche à la voiture d’une mission française, y reste accroché pendant quatre heures. En mai 1988, un véhicule d’aviateurs français est violé par les forces spéciales soviétiques qui s’emparent du matériel et des documents en dépit de l’immunité diplomatique.

Les convois soviétiques et allemands qui se rendent en manœuvre dans les camps militaires en Allemagne sortent des zones interdites (voir schéma). C’est alors que l’on peut les observer, mais l’observation se pratique de manière différente suivant les périodes.

En effet, les armées soviétiques et satellites appellent leur personnel tous les six mois: les recrues soviétiques arrivent par avion en avril et en octobre. Pendant les trois premiers mois, ils vont suivre une instruction élémentaire. Les missions, qui n’ont alors pas de convois à observer sur le terrain, portent leur intérêt sur les objectifs et les infrastructures. Les trois mois suivants sont consacrés à la période d’exercice. Toute l’attention des missions se concentre alors sur les convois, les matériels aériens et terrestres et sur les franchissements de rivières.

C’est une tâche difficile, puisque chaque semaine, six équipages sont sur le terrain. En principe, deux équipages sont dehors en même temps, le plus souvent pour 48 heures.

La mission soviétique (par réciprocité, il y a à Baden une mission de liaison soviétique) était pour la France un souci. En effet, si la réciprocité des zones interdites avait été instituée, il n’y avait personne pour en assurer la surveillance. En 1976, la Sécurité militaire a enfin obtenu une R30 de grande liaison. Ainsi, les gendarmes étaient en mesure de suivre, de temps à autre, les Soviétiques. À vrai dire, tout ce qu’ils pouvaient faire consistait à surveiller leurs villas. En outre, les services français avaient mis au point un système de brouillage pour gêner leurs liaisons avec Berlin.

Coopération interalliée

Les Alliés, notamment les Américains, disposaient de moyens très importants en matière de recherche du renseignement, par exemple le réseau Nadge qui avait pour but de reconnaître toutes les pistes aériennes qui venaient de l’Est et le réseau BMEWS qui suivait les missiles balistiques. Il existait en outre à I’état-major américain un système dit d’alerte: Warning Indicator System in Europe (WISE) qui recevait des renseignements du monde entier.

Les Américains et les Alliés pratiquaient la fusion du renseignement. À chaque échelon, ils disposaient d’organismes intégrés où l’ensemble des renseignements de toute nature était centralisé. Les avions faisaient de la recherche par radar (systèmes MOHAWK et JSTARS). Des unités de reconnaissance: les ACR, Armored Cavalry Regiment, étaient très performa~n1es. Plutôt que des régiments, il s’agissait en fait de brigades de recherche de renseignement qui étaient équipées de chars lourds et d’hélicoptères. Ils effectuaient en permanence des patrouilles le long du rideau de fer.

En 1966, quand la France a quitté le commandement intégré de l’OTAN, la coupure a été durement ressentie par tous les deuxièmes bureaux – sans doute plus par l’armée de l’Air et la Marine que par l’armée de Terre.

Il faut attendre 1967 pour que le général Ailleret conclue un accord avec le général Lemnitzer. Cet accord institue une coopération en temps de guerre entre le 2e corps d’armée situé à Baden, les moyens air qui l’appuieraient et le Groupe d’armées Centre de l’OTAN (CENTAG). Il prévoit également que les liaisons seraient établies par des missions françaises de liaison auprès des commandements alliés et que des échanges de renseignements seront organisés en particulier en ce qui concerne l’alerte, l’évaluation de l’ennemi et l’utilisation des procédures opérationnelles.

En 1970, les accords Fourquet-Goodpaster concernent la coopération pour l’armée de l’Air. On coordonne les réseaux de détection et de renseignement; on adopte les mêmes procédures opérationnelles; on admet le principe d’échanges sur les états d’alerte, le brouillage et sur certa~nés pistes aériennes. Un troisième accord, Valentin-Ferber, intervient en 1975. La coopération gravit un degré: l’ensemble de la lère Armée et la FATAC peuvent, dans certaines conditions, être mises à la disposition de l’OTAN.

Au terme de ces accords, la concertation entre les états-majors s’établit d’abord à l’échelon le plus élevé, c’est-à-dire le CERM qui participe annuellement aux réunions organisées par le comité militaire de l’OTAN et à la rédaction de documents annuels qui s’appellent MC 16-1, 16-2, etc…(Military Committee). La FATAC établit les mêmes relations avec le commandement de l’armée de l’Air allié à Ramstein. À Baden, le deuxième bureau établit des relations très étroites avec la British Army implantée à Monchengladbach. Il y a des échanges réguliers, des réunions en commun. Il arrive également que se tiennent des réunions à l’échelon du BND, Bundes Nachrichten Dienst à Munich. Cela se fait par l’intermédiaire des officiers du SDECE. Il faut noter que Baden pilote un groupe de travail logistique qui réunit des exploitants de tous les pays, y compris des Danois. Il s’efforce de compter tous les matériels qui entrent ou qui sortent de l’Allemagne de l’Est, de façon à établir un bilan. Ce groupe de travail est particulièrement efficace. En la matière, la coopération entre les Alliés est très étroite.

Développement des moyens du renseignement

La conception et la fabrication des moyens de recherche et de traitement est une fonction permanente, dès le temps de paix. Ces moyens ont besoin d’être développés pour faire face au perfectionnement des techniques et à l’évolution des forces adverses (lutte traditionnelle entre l’épée et le bouclier). Cette fonction est conduite par les états-majors, la DGA et les industriels, en liaison étroite avec les utilisateurs, qui sont réunis au sein-de commissions consultatives et qui participent à l’expérimentation.

C’est dans les années 1970 que sont lancées les études sur le satellite d’observation Samro, sur l’avion Sarigue, sur les caméras optiques et infrarouges et sur la cabine de réception Sara de la reconnaissance aérienne.

Le tableau 10 indique les réalisations et expérimentations conduites par l’armée de Terre en 1975-80 (annexe 10).

Le fait que certains de ces matériels n’aient vu le jour que qu~nze ans plus tard illustre sans doute les difficultés rencontrées par la recherche scientifique et technique, mais plus encore l’insuffisance des crédits consacrés aux forces classiques et, à l’intérieur de celles-ci, au renseignement.

Dernière activité en temps de paix: la formation des personnels. Avant la création du CFIR (devenu EIREL), il existait un Centre d’instruction du renseignement et d’interprétation photo de l’armée de Terre. Le deuxième bureau de l’armée de l’Air était doté du même genre de centre de formation. Les unités de transmission et le SDECE formaiént des linguistes, des opérateurs et des analystes d’écoute. Les officiers de renseignement du régiment suivaient une instruction régulière au niveau du corps d’armée.

Enfin, l’état-major de l’arméè de Terre avait adopté pour ses personnels un système de filière du renseignement de façon à suivre les personnels spécialisés dans le renseignement et les relations extérieures.

Estimation de l’adversaire

De 1972 à 1977, on assiste à une formidable montée en puissance des forces soviétiques. En Allemagne de l’Est, non seulement les effectifs militaires augmentent, mais les gardes frontières, les groupes de combat de la classe ouvrière (Kampfgruppen), la défense civile et les réservistes, tout le peuple est-allemand, sont mobilisés pour le combat (annexes 11 et 12).

L’évaluation de l’ennemi par les bureaux français de renseignement, dans les années 70-80, était comparable aux résultats obtenus par les Alliés en ce qui concerne l’Allemagne et la Tchécoslovaquie. Ils avaient à peu près les mêmes sources et échangeaient les renseignements. En revanche, à mesure qu’on s’éloignait de l’Allemagne pour s’enfoncer dans l’empire soviétique, les Français devenaient tributaires des Américains.

PRÉPARATION DU TEMPS DE GUERRE

Plans d’emploi et exercices alliés

Les plans de défense de l’OTAN étaient basés sur le principe de la défense de l’avant, c’est- à-dire la défense sur une profondeur de 50 kilomètres le long du rideau de fer. Pour des raisons politiques, il n’était pas question d’une défense plus profonde. Cette défense était assurée par huit corps d’armée alignés. Dans ce cadre, la première réserve disponible était la 1ère Armée française qui était susceptible de venir renforcer la défense de l’avant, en particulier dans la zone de CENTAG et à la limite des deux groupes d’armées. La 1re Armée établissait des plans avec le commandement du Centre Europe. Le premier plan mis au point était le plan Charming Gorilla, dans lequel la 1re Armée devait intervenir au-delà de Francfort, dans le corridor de Hesse entre Francfort et Fulda. Les réserves américaines (plan Reforger-3e CA) intervenaient beaucoup plus tard.

Les états-majors français prenaient part aux exercices de transmission des PC alliés. Ils mettaient en œuvre les procédures OTAN, c’est-à-dire les comptes rendus de renseignement, Intelligence Report. Ils participaient à un certain nombre de réseaux spécialisés (boucles DILCS- TARRS puis BICES (voir annexe 2).

Un point particulier de cette coopération avec les Alliés était l’engagement du 13e RDP (Dragons parachutistes). Il s’agissait d’un régiment de recherche dans la profondeur créé en 1963. Il avait, à l’époque, un escadron en Allemagne. Très rapidement, il a coopéré avec toutes les unités alliées de même type, notamment les régiments de SAS britanniques, les Fernspah, (compagnies allemandes), les commandos belges et hollandais et même, plus tard, les Espagnols. Les exercices avaient lieu annuellement, tantôt en France, tantôt en Angleterre, tantôt en Allemagne. Les équipes coopéraient sur le terrain face à un ennemi plus ou moins fictif. Elles étaient mises en place, soit par voie aérienne, soit par hélicoptère, soit simplement abandonnées sur le terrain.

Le 13e RDP, qui mettait en action 60 équipes, pouvait tenir un front de 300 kilomètres. En fait, on préférait doubler et avoir deux rideaux de surveillance. Ces équipes envoyaient leurs renseignements par émissions brèves très loin en arrière au PC du régiment (annexe 7).

Toutes les équipes étaient autonomes. Si une équipe se faisait prendre, elle ne savait pas où était sa voisine. Tout était centralisé à l’arrière.

Le l3e RDP était la seule unité française qui participait sur le terrain aux exercices de l’OTAN.

Tous les ans, les Américains amenaient par avion des États-Unis une division complète (REFORGER) qui venait prendre en compte des matériels entreposés dans des dépôts (POMCUS). Puis, elle partait faire une opération sur le terrain où elle était engagée contre une division britannique, allemande ou belge.

Le 13e RDP, qui était engagé dans ces exercices, était tout à fait apprécié. Le commandant en chef des forces américaines en Europe écrivait en 1976:  » Comparérs à celles des autres sources de recherche du renseignement, les patrouilles profondes bénéficient d e plusieurs avantages distincts par rapport aux sources de recherche, tels que la reconnaissance aérienne et le renseignement par les moyens d’écoute: tout d’abord, I’engagement des patrouilles profondes est de 24 heures sur 24. La recherche se poursuit sans tenir compte de l’heure ou des conditions almosphériques. Les patrouilles de recherche opèrent en étant bien moins exposées aux contremesures de l’ennemi et, par conséquent, bénéficient d’un taux de réussite plus élevé. Elles sont à même de contrevenir les actions déjensives de l’ennemi tels que le silence radio, le camouflage, les mouvements de nuit,~et le brouillage « . L’une des divisions qui avait participé à cet exercice avait noté dans son compte-rendu :  » Aucun autre moyen ne peut fournir la précision, la souplesse, l’opportunité et les détails fournis par les patrouilles de recherche profonde «  ».

Voici le bilan chiffré de cet exercice de 1976: les Français ont adressé 392 comptes rendus dont 190 ont été considérés comme importants, 110 exploitables en matière d’objectifs, 102 ont fourni des informations sur l’ordre de bataille et des indices sur les intentions de l’ennemi.

Le commandement américain en avait conclu qu’il était souhaitable de créer des patrouilles profondes aux États-Unis. Ce projet a été abandonné, faut d’avoir trouvé un personnel adéquat pour y participer.

La recherche électromagnétique

Pour le temps de guerre, l’armée disposait de différents moyens de guerre électroniques mobiles. Chacun des corps d’armée avait une compagnie d’appui électroniques (CAECA) qui pratiquait des écoutes dans les gammes VHF, VHF et radar. La lre Armée avait deux compagnies mobiles de la gamme HF.

Pour chacun des plans d’opérations, était définie une position de base sur laquelle était installée une compagnie HF. Son domaine de recherche était un carré d’environ 400 km sur 400, avec la possibilité de passer d’une position à l’autre (voir schéma) par une manœuvre en perroquet (annexe 13).

La planification était uniquement nationale et la coopération avec les Alliés a été très difficile à négocier.

Les moyens du champ de bataille (annexe 14)

Comment voyait-on en 1977 l’organisation de la recherche au niveau de la lère Armée et du corps d’armée ? L’état-major estimait avoir un certain nombre de moyens de recherche du renseignement sur une armée soviétique: au niveau avant, c’étaient les escadrons d’éclairage des divisions, les radars de différents types, la section d’interrogatoire des prisonniers de guerre…; au niveau du corps d’armée, un régiment de reconnaissance de corps d’armée, des radars de surveillance du sol, un régiment d’acquisition d’objectifs. Au niveau de l’Armée-FATAC, se trouvaient le 13e RDP, les compagnies d’écoute HF et la reconnaissance aérienne. Une étude menée en 1977 concluait à la nécessité de créer des unités de recherche de corps d’armée. Des URCA furent créées quelques années plus tard.

Estimation de la menace et doctrine alliée

La doctrine soviétique a beaucoup évolué depuis les années cinquante durant lesquelles Staline avait déclaré que la guerre était inéluctable. En 1952, il estimait qu’elle pouvait peut-être être évitée. Il n’en avait pas moins conservé une mobilisation permanente des armées et du peuple soviétiques. En 1960, la doctrine Sokolovski reposait sur une utilisation massive de l’arme nucléaire. Dix ans plus tard s’établit la parité nucléaire entre l’Est et l’Ouest. Il faut alors faire face à une triple menace: la menace de guerre offensive en territoire allié grâce aux moyens classiques notablement renforcés, une menace nucléaire qu’on estime différée – c’est l’époque de la bataille des euromissiles – et enfin, une menace mondiale grâce à la marine de l’amiral Gorchkov qui appuyait en Afrique, en Asie et en Amérique tous les mouvements de libération nationale.

Il faut attendre les années 1980 pour que l’URSS adopte une doctrine nouvelle: celle d’une guerre sans l’arme nucléaire, fondée sur la surprise, c’est-à-dire l’attaque rapide et profonde.

Comment enrayer cette menace au centre-Europe ? Le rapport de force était estimé de trois à quatre contre un en défaveur des Alliés. En 1984, le CERM estimait ainsi les forces soviétiques sur le théâtre d’opérations de l’Ouest: 82 divisions, 25 000 chars, 700 missiles nucléaires, 4 000 avions, 16 000 matériels d’infanterie blindés, 860 hélicoptères et 66 navires (annexe 15). Deux hypothèses d’attaque étaient envisagées de la part des Soviétiques: l’une sans montée en puissance et l’autre avec montée en puissance.

La première hypothèse d’attaque sans montée en puissance faisait intervenir en Centre- Europe une partie seulement des effectifs (50 divisions, 4 000 avions). La deuxième hypothèse mobilisait l’ensemble en plusieurs échelons stratégiques avec une réserve sur le territoire soviétique (80 divisions, 4 800 avions au total).

Malgré leur infériorité numérique, les Américains estimaient qu’ils disposaient d’un préavis de 48 heures et qu’ils auraient donc le temps de se mettre en place pour la défense de l’avant. Ils considéraient qu’il n’y aurait pas d’emploi de l’arme nucléaire: en 1967, ils avaient adopté la doctrine de la flexible response, mais ils se sont aperçus quelques années plus tard que cette défense de l’avant était insuffisante. En 1982, ils ont donc considérablement augmenté les renforts qui venaient d’Amérique qu’ils ont porté à six divisions et 1 000 avions. C’est à ce mon~ent-là qu’ils ont créé un troisième corps d’armée dont les matériels étaient stockés à la limite entre l’Allemagne, la Belgique et la Hollande et qui devait intervenir au profit du premier échelon.

En 1984, intervient un nouveau changement de doctrine (plan FOFA du général Rogers). Les Américains estiment alors qu’ils ont les moyens de contenir le premier échelon ennemi mais qu’ils ne pourront pas s’opposer au deuxTème échelon. Leur idée est d’attaquer le deuxième échelon avec des armes intelligentes. Pour eux, la riposte nucléaire est également différée (no earlyfirst use).

Divergences d’appréciation

À l’époque, les mouvements pacifistes trouvaient que la menace venant de l’Est avait été exagérément grossie. Un certain nombre d’experts, notamment Bastian en RFA, Cockburn aux États-Unis et l’amiral Sanguinetti en France, développaient une théorie selon laquelle les Américains gonflaient la menace pour obtenir davantage de crédits. Tout n’était pas faux dans cette critique. Il est certain que l’organisation soviétique souffrait d’un certain nombre de faiblesses et de vulnérabilités. Leurs matériels et leur doctrine n’étaient pas sans failles. Il fallait donc exploiter ces vulnérabilités pour réduire une supériorité numérique qui était réelle.

Une critique plus réaliste était celle du général Méry qui écrivait en 1983:  » Il ne faut pas une réponse flexible, mais une réponse inflexible et un dispositif plus profond ».

Quelques années plus tard, on a d’ailleurs constaté que des généraux allemands et britanniques étaient d’accord sur l’idée de profondeur du dispositif et qu’ils la mettaient en œuvre dans certains exercices. C’était d’autant plus nécessaire que le dispositif de l’OTAN en temps de paix était déséquilibré (annexe 16). Les Belges et les Néerlandais ont retiré la plupart des troupes et les ont rapatriées dans leur pays. Les Britanniques ont ramené une division en Angleterre. Le temps d’arrivée de ces divisions très en arrière ne permet donc pas d’assurer la défense de l’avant, ce qui est très dangereux dans la plaine du Nord où les Soviétiques ont leurs trois armées blindées. Il y a donc un risque de percée soviétique et d’enveloppement des divisions américaines et allemandes de CENTAG. À ce moment-là, le plan Rogers ne sert plus à rien.

Les archives de la NVA

Cette manœuvre soviétique a été confirmée par les archives de la National Volks Armee découvertes à Berlin-Est. En effet, si un certain nombre d’archives ont été détruites peu de temps avant la réunification, on a néanmoins retrouvé dans un blockhaus tout ce qui concerne les exercices du pacte de Varsovie de 1975 à 1990. 25 000 documents ont ainsi été analysés par la Bundeswehr.

Il apparaît que tous les plans d’exercice du pacte de Varsovie qui peuvent être considérés comme un démarquage des plans réels étaient offensifs. C’est seulement à partir de 1985 que quelques-uns d’entre eux sont défensifs. Il faut de 13 à 15 jours aux troupes soviétiques pour atteindre la frontière française et 30 à 35 jours pour atteindre la frontière espagnole. Telles étaient les données des exercices qui étaient joués par 80 divisions, sous le commandement des maréchaux Kulikov et Ogarkov. Leur plan de frappe nucléaire était soit de première frappe, soit de frappes en riposte. L’effort nucléaire était porté sur les divisions américaines et allemandes, alors que l’effort classique était exercé sur les forces britanniques et belges (annexe 18).

Dans ces mêmes archives, on a trouvé tous les documents concernant l’éducation de défense (Wehrerziehung) de la population est-allemande et des simples soldats. Totale était la désinformation sur les intentions et les effectifs de l’Alliance atlantique : on expliquait que l’OTAN avait des visées agressives sur l’Allemagne de l’Est, avec une supériorité de quatre contre un – ce qui est exactement l’inverse de la réalité – et que l’OTAN envisageait une attaque nucléaire sur l’Allemagne de l’Est !

Le document le plus intéressant est le plan de conquête de Berlin, qui n’est pas un plan d’exercice mais un plan réel. Il a été retrouvé dans les archives du ministère de la Sécurité de l’État (MFS). Il désigne exactement les unités qui doivent participer à la conquête de Berlin: à l’Ouest, une division allemande et à l’Est, une brigade soviétique renforcée d’unités allemandes. Ce plan énumère 170 points forts qui doivent être occupés à Berlin-Ouest, la liste des personnes qui doivent être arrêtées par la Stasi et la désignation nominative de tous les administrateurs communistes qui vont prendre en mains les districts de Berlin-Ouest, 604 personnes désignées, dont 343 officiers à raison d’un gauleiter par arrondissement (annexe 19).

Il est intéressant de noter que l’estimation faite par les Alliés était assez proche des plans soviétiques (annexe 17).

Enseignements

L’organisation du renseignement face au pacte de Varsovie constituait un système efficace dès le temps de paix, utilisant toute la gamme des moyens de la recherche humaine et technique. Il était opérationnel, c’est-à-dire préparé à sa mission du temps de guerre

dans un cadre interallié. Quelques enseignements sont valables en tout temps, et donc pour le

temps présent.

Le premier enseignement concerne la responsabilité du commandement. Il est important que le commandement se sente investi d’une responsabilité en matière de renseignement. Il doit apprécier les menaces, faire confiance à son organisme d’exploitation et de recherche. Il doit orienter la recherche dans les directions qui lui paraissent prioritaires.

Deuxième enseignement: en temps de paix, le renseignement se prépare longtemps à l’avance. Il repose sur des bases de données, une documentation précise et complète, un suivi des exercices et des matériels en cours de fabrication.

Troisième enseignement: la complémentarité et la modernisation des moyens de recherche. Il n’existe pas de gadget qui permette de tout savoir et de tout voir. Il faut une combinaison de systèmes rustiques et de systèmes perfectionnés.

Enfin, un quatrième et dernier enseignement: la nécessaire coopération entre les services de renseignement et les Alliés. En effet, aucun service national et aucune nation ne sont capables de tout savoir sur les menaces à venir. Il est indispensable de coopérer pour disposer à temps de renseignements précis et exacts.

(1) M. Faivre. Le renseignement dans et après la guerre du Golfe, Revue Stratégique, 10/91 et 3/92.

LE RENSEIGNEMENT MILITAIRE FRANÇAIS SUR L’ALLEMAGNE DE l’EST- 1970-1985

L’organisation décentralisée française.

Les activités de renseignement militaire à Berlin sont intégrées dans le système français de renseignement sur les forces soviétiques et satellites de l’avant. L’organisme de synthèse de l’EMA à Paris (le CERM) a décentralisé la recherche (collecting), l’exploitation (analysis-traitement) et la diffusion du renseignement au niveau subordonné :

– le 2ème Bureau du Commandant en chef à Baden-Baden est responsable du renseignement terrestre,

– le 2ème Bureau de la FATAC à Metz est responsable du renseignement Air.

Le CERM se réserve l’évaluation globale de la menace.

Moyens de recherche (collecting) du temps de paix.

Les 2ème Bureaux cités disposent des moyens suivants de recherche :

– moyens humains :

– la MMFL et l’AFA Prague (p.m.diapo des zones interdites et avion d’observation)

– le 2ème Bureau de Berlin, par observation terrestre et sources ouvertes.

– moyens techniques, COMINT et ELINT :

– 3 stations d’écoutes VHF et radar à Berlin (Terre – Air – SDECE)

N.B. Le SDECE à Berlin fait des écoutes non militaires au profit du BND.

– 4 stations d’écoutes VHF et radar en RFA (Bahrdorf, Goslar, Stoberhai, Fürth im W.)

– 4 stations d’écoutes HF entre Baden et Metz

– 1 chaîne de radiogoniométrie (direction finding) entre Hambourg et Constanz, en liaison automatique avec les stations HF

– 3 centres d’analyse à Baden, Metz et Strasbourg.

– les échanges avec les alliés se sont poursuivis, malgré la sortie de la France du commandement intégré en 1966 :

– missions de liaison et B2 à Berlin,

– B2 Baden et G2 Northag et Centag,

– groupe de travail (Baden) sur les mouvements de matériels, avec B2 danois et alliés,

– B2 FATAC et 4ème ATAF-AAFCE,

– p.m. CERM Paris et Comité militaire ; SDECE, BND et Services alliés.

Préparation du temps de guerre

Dans le cadre des plans de CINCENT et LIVE OAK, et conformément aux accords Ailleret-Lemnitzer , Valentin-Ferber et Fourquet-Goodpaster :

– Exercices PC-Transmissions de Centag et Cincent,

– Exercices Reforger avec participation du 13ème RDP (deux rideaux sur arrières ennemis),

– pas de planification interalliée SIGINT.

Evaluation de la menace.

Le traitement des renseignements recueillis permet d’assurer :

– le suivi des équipements militaires en DDR (diapos chars, artillerie, nucléaire, avions, DDR)

– l’étude des directions d’attaque possibles,

– l’évaluation des TVD Ouest et Sud-Ouest (schéma du CERM en 1984)

Les activités de renseignement à Berlin ont largement contribué à la connaissance de l’armée soviétique, de la NVA et des forces paramilitaires de DDR. Le ‘organsystème décentralisé, efficace dès le temps de paix, utilisait toute la gamme des moyens de la recherche humaine et technique, en coopération aussi étroite que possible avec les alliés. Il s’efforçait d’être opérationnel, c’est-à-dire préparé à sa mission du temps de guerre.

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La guerre totale de Carnot à Tito

Colloque de Stockholm , 1er août 2000

Observant en historien la Révolution française, Clausewitz note que « la guerre était soudain devenue la guerre du peuple, d’un peuple de trente millions d’habitants qui se considéraient tous comme des citoyenbs de l’Etat ».

Je me propose d’examiner dans un rapide survol, comment le concept de guerre totale imaginé en 1793 a évolué au cours des âges, en me limitant aux exemples les plus caractéristiques, et d’abord je voudrais rappeler ce que fut la conception initiale, telle que la décrit avec un certain lyrisme le député de la Convention Barère :

Tous les Français sont en réquisition permanente. Les jeunes gens iront au combat; les hommes mariés forgeront les armes et transporteront les subsistances; les femmes feront destentes et serviront dans les hopitaux; les enfants metrront le vieux linge en charpie; les vieillards se feront transporter sur les places publiques pour exciter le courage des guerriers, prêcher la haine des rois et l’unité de la République.

Et le décret de Barère précise que « tous les moyens industriels sont requis à la Patrie ».

Trois éléments majeurs sont ainsi mis en valeur :

– « la masse des soldats » dont la levée en masse a été précédée de la création d’une milice bourgeoise, la Garde nationale, et de l’émergence d’unités de volontaires plus ou moins spontanées, qui sous l’influence des clubs jacobins transforment les soldats en prosélytes de la révolution?

– « la passion populaire », l’éducation du peuple étant assurée par l’érection de monuments, la diffusin de mots d’ordre et d’emblêmes militaires, ce que Georges Mosse appelle la banalisation de la guerre.

– « la mobilisation industrielle », implquant la réquisition des savants qui transforment Paris en arsebnal, créent 600 ateliers de salpêtres, perfectionnent le télégraphe et l’aérostat.

A ces trois éléments, il faut ajouter :

– la  » direction politique  » de la guerre par une minoroté agissante, animée par une idéologie nationaliste, plus égalitaire que libérale, prônant la souveraineté du peuple et la nationalisation de la religion, exerçant sur l’armée un contrôle inquisitorial,

– dernier élément, pour employer l’expression de Georges Mossse, la « brutalisation » imposée par Carnot à Jourdan :

Entrez en pays ennemi, que la terreur vous précède, n’épargnez que les chaumières…Détruire les moulins, prendre des otages en grand nombre. Tout ce qui se trouvera en Belgique doit être amené en France, on paiera en assignats…

De son côté, Hébert prescrit que « tous les citoyens s’arment de piques…que nos femmes fassent bouillir l’huile pour assaillir les soldats des despotes ».

Parallèlement, la thèse du complot et la désignation des ennemis du dedans justifie l’épuration des « aristos » par les Tribunaux populaires, et le génocide des Vendéens.

Ces idées révolutionnaires, dont la mise en oeuvre n’ira pas sans difficultés sous la Révolution et sous l’Empire, inspireront les promoteurs du soulèvement prussien de 1813. Ils apportent en effet au militarisme traditionnel des Junkers la valeur ajoutée de quatre au moins des leçons révolutionnaires : le renforcement de l’armée de métier par une Landwehr provinciale et un Landsturm populaire, le patriotisme exalté par les associations et les instituteurs, s’inspirant des discours de Fichte et du Catéchisme de Kleist, la fusion du pouvoir politique et militaire, l’emploi des moyens les plus violents préconisé par le Roi. Clausewitz recueille les mêmes enseignements : supériorité numérique, guerre absolue, choc des volontés, fanatisme des soldats militants, direction politique de la guerre; la levée en masse est pour lui Volksbewaffnung. Après avoir libéré la Prusse, c’est l’armée qui unifie la nation allemande en 1866, grâce à une mobilisation méthodique et totale, à l’exploitation des techniques modernes et à la motivation des soldats.

Les guerres de 1914-1918 et 1939-1945 ont porté à son plus haut degré d’efficacité le concept de guerre totale. Sans doute chacune des nations adopte-t-elle des méthodes de mobilisation et des stratégies conformes à ses traditions historiques et à sa situation géopolitique. Mais les capacités du système de défense se trouvent décuplées sous l’effet du progrès technique et social. La masse des combattants est valorisée par la masse des armements collectifs et des contributions financières. Le moral des soldats et des citoyens est soutenu par l’écrit, la radio, le film, la propagande, et par le courage des familles. Aux destructions de la bataille s’ajoutent les pertes civiles des bombardements et des génocides.

Dans cette évolution, les thèmes idéologiques développés dans le peuple allemand sont différents de ceux des Français. Il y a une continuité entre la philosophie du surhomme, le pangermanisme et le national-socialisme. Sous la direction suprême de Hindenbourg, les vivres sont rationnés et l’économie planifiée; dans la guerre qui selon Bernardi est une nécessité idéologique, « chacun doit tout donner ». A sa suite, Ludendorff et le professeur Banse élaborent la doctrine totalitaire qui combine l’encadrement du peuple, la révolution sociale, l’idéologie du peuple supérieur, la revendication de l’espace vital.

Hitler utilise alors les organisations paramilitaires ‘SA et SS) et les rituels colectifs pour exalter un ultra-nationalisme. Eduquée dans les ecoles Napol, la jeunesse est enregimentée dans la Hitler-Jugend. Le parti unique encadre les adultes et met en valeur le mythe de la guerre, fondé sur les valeurs de sacrifice, de virilité, de camaraderie et de génération d’un homme nouveau. L’Etat détient la vérité, il dit le bien et le mal, le beau et le laid. Le culte de la personnalité atteint alors des sommets de stupidité :

« C’est au Fuhrer que vous devez tout; affirme l’Association des Femmes du Parti nazi, votre salaire, le ciel bleu au-desus de vos têtes, la vie… ».

Dans la mobilisation industrielle, le national-socialisme exclut la lutte des classes au profit du front du Travail, qui avec le concours des prisonniers et des ouvriers déportés produit des milliers de chars et d’avions, tandis que les savants mettent au point les fusées balistiques et expérimentent les manipulations génétiques. On arrive peu à peu au paroxysme de la violence : l’Etat policier de Himmler, la doctrine d’asservissement de la Russie par Rosenberg, l’élimination des races inférieures, l’emploi des Einsatztruppen dans les pays occupés, la mobilisation des enfants et des vieillards dans le Volksturm.

L’évolution du Japon mériterait une étude approfondie. On se contentera d’évoquer les suicides collectifs des soldats vaincus dans les iles du pacifique, et lesdestructions massives des bombardements aériens, classiques et nucléaires.

Dans les pays anglo-saxons, la doctrine de guerre totale est limitée par l’Habeas Corpus et par le libéralisme de l’Etat de Droit. Pendant la guerre de Sécession, on a recours cependant à la mobilisation humaine et matérielle. Grant conduit une politique de punissement, et Sherman la destruction économique des Sudistes. Considérée désormais comme le mal absolu, la guerre doit être conduite avec une extrême brutalité, l’ennemi est diabolisé jusqu’à ce qu’il capitule. L’esprit de Dunkerque soulève le courage des Britanniques lors de la bataille de Londres, et suscite la guerre du peuple (people’s war). Grâce à une planification dirigiste, la guerre industrielle atteint aux Etat-Unis son plus haut niveau de développement, tandis que le political Warfare utilise les ressources de la publicité et du cinéma.

Il n’est pas jusqu’aux conflits coloniaux où l’on ne retrouve les accents de la levée en masse. En 1935, Haïlé Selassié lance à la nation éthiopienne un appel qui s’inspire du texte de Barère :

Tout le monde sera mobilisé et tous les garçons assez âgés pour porter une lance seront envoyés à Addis-Abeba. Les hommes mariés prendront leurs épouses pour porter la nourriture et faire la cuisine. Ceux qui n’ont pas d’épouse prendront une femme sans mari. Les femmes avec de jeunes bébés n’auront pas à se déplacer. Les aveugles et ceux qui ne peuvent pas porter une lance seront exemptés. Quiconque sera trouvé à la maison après réception de cet ordre sera pendu.

Le thème de l’armement du peuple a été repris par Marx et Engels, qui font de la violence « le moteur de l’Histoire ». Dans les guerres révolutionnaires du 20ème siècle, la conquête des esprits passe avant la conquête du terrain. Elle est obtenue par les procédés de la manipulation des opinions (l’agit-pro), la militarisation de la société, la terreur policière. La vision conflictuelle de la société justifie l’élimination des classes possédantes et permet de soutenir le moral des partisans, qui au sein des milices prolétariennes ou paysannes mènent de longues guerres d’usure. Le succès est généralement obtenu, non par la guérilla, mais par des batailles d’anéantissement conduites par des armées classiques. Il faut craibndre comme le feu l’esprit de la guérilla, déclare Lénine, et Trotski organise une armée qui par sa nature même est un organisme centralisé. Pour Mao, les milices sont également au service de l’armée de métier.

Telle fut la conduite de la guerre en Russie, de la guerre révolutionnaire en Chine et au Vietnam. Sans doute le progrès des armements y est-il moins utilisé que dans les guerres nationales. Mais la masse des soldats et la foi idéologique des militants sont présentes, et le centralisme du Parti se conjugue avec le culte de la personnalité. Les opposants sont éliminés pae des purges, par l’auto-critique des procès politiques et par la déportation du Goulag russe et chinois, dont s’inspire le Viet-Minh dans ses camps de prisonniers. C’est ainsi une guerre totale qui est conduite contre les gouvernements en place, les classes sociales et les armées coloniales qui les soutiennent.

La résistance que conduit Tito en 1942-1945 est une guerre dans la guerre. Ses partisans, regroupés en Brigades pour forcer l’encerclement des divisions de la Wehrmacht, combattent également l’ennemi intérieur des Tchetniks. Tribunaux populaires et police politique éliminent les opposants, tandis que les Comités populaires organisent l’éducation du peuple par l’école et le théâtre. La propagande s’exerce à deux niveaux; nationaliste vis-à-vis de l’extérieur, elle est collectiviste à l’intérieur et destinée à la prise du pouvoir, sur le modèle léniniste.

C’est en s’inspirant du modèle chinois que Tito imagine dans les années 60 un système de Défense Populaire Généralisée (DPG), qui, organise la résistance du peuple en armes contre un envahisseur potentiel. Toute la population active est embrigadée dans les trois composantes de la défense : l’armée populaire, la défense territoriale et la défense civile. Les régions et les communes participent à l’équipement militaire et à la mobilisation humaine et économique. Le thème de l’unité-fraternité, la surveillance policière, la propagande du Parti et la personnalité de Tito contribuent à maintenir le lien fédéral. Mais à la mort de Tito en 1985, la DPG est mise en sommeil et les structures fédérales ne résistent pas au désir d’autonomie des Républiques, et de purification des ethnies. Autrefois moteur de l’unité nationale, l’armée est impuissante face à la désagrégation de la Fédération.

S’appuyant sur une histoire séculaire de rivalités ethniques, et sur le soutien des académiciens et des intégristes de l’orthodoxie, Milosévic semble abandonner l’idéologie communiste pour exalter le nationalisme serbe et conserver un pouvoir dictatorial. Grâce à la manipulation et à la désinformation des médias, il réveille la mémoire du passé et dénonce le complot planétaire fomenté par le Vatican, l’Europe et l’OTAN. Bien équipée, renforcée par la mobilisation des réserves, son armée ethniquement purifiée se fait précéder par des miliciens qui répandent la terreur dans les populations non serbes. Mais les réactions de l’opinion internationale, horrifiée par les excès de la répression, et une opposition en voie d’unification, semblent condamner à terme la reprise de cette guerre totale.

Assistons-nous au déclin de l’idée même de guerre totale ? Si l’on en croit le général Claude Le Borgne, la guerre est morte, du moins celle qui opposait entre elles les nations dites civilisées. L’abandon progressif de la conscription en Europe, et la limitation des dépenses militaires, ont accéléré la disparition des armées de masse. La dissuasion nucléaire rend obsolète la bataille classique, elle démobilise les esprits et rend caduque la passion populaire qui animait les nations armées. L’individualisme devient la valeur première des sociétés nanties, il affaiblit l’autorité de l’Etat. L’aspiration à une société de bien-être dévalorise le nationalisme et le dirigisme. Ainsi la volonté de défense décline-t-elle, parallèlement au désir de se perpétuer par la reproduction.

Les attributs de la guerre totale que nous avons soulignés : mobilisation massive, passion populaire et idéologie identitaire, politisation des conflits, brutalité des comportements, ne survivent que dans les guerres civiles, et parmi les nations qui n’ont pas encore trouvé leur équilibre politique et social. Les nations industrielles sont confrontées aux risques intérieurs que constituent le trafic de drogue, la progression des mafias et des sectes, le fanatisme religieux, l’aspiration communautaire des immigrés, la subversion régionaliste, la crise de la famille, la pénétration des réseaux informatiques.

Cette histoire nouvelle est désormais l’Histoire du XXIème siècle. Peut-être est-il opportun de se souvenir des leçons de la sagesse antique : La force de la cité n’est pas dans ses vaisseaux ni dans ses remparts, mais dans le caractère de ses citoyens et dans celui des stratèges qu’ils se sont donnés en toute liberté. Exprimée par Thucydide au 5ème siècle avant notre ère, cette leçon a été actualisée à l’époque moderne par Machiavel : L’amour de la patrie doit faire oublier les inimitiés particulières.

Bibliographie sommaire

Barnett Corelli. Britain and her Army. London 1970.

Banse, professeur. La nouvelle doctrine de guerre allemande. Paris 1934.

Bertaud Jean-Pierre. La Révolution armée. R.Laffond 1965.

CFHM. L’influence de la Révolution française sur les armées en France, en Europe et dans le monde. Colloque international de Paris, Sept. 1989. Actes CFHM 1991.

Charnay Jean-Paul. Lazare Carnot ou le Savant-Citoyen. Sorbonne 1990.

Clausewitz Carl von. De la guerre. Editions de Minuit. 1955.

Corvisier André. Histoire militaire de la France. Tome 2 et 3. PUF 1994.

Djilas Milovan. Wartime. London 1977. Publié sous le titre : la guerre dans la guerre. R.Laffond.1980.

The story from inside. London. 1985.

Faivre Maurice. Les nations armées, de la guerre des peuples à la guerre des étoiles. Economica 1988.

Furet François. Penser la Révolution française. Gallimard 1978.

Avec Ernst Nolte : Fascisme et communisme.

Garder Michel. Histoire de l’armée soviétique. Plon 1959.

Giap Vo Nguyen. Guerre du peuple, armée du peuple. Hanoi. 1983.

Hatmann Florence. Milosevic, la diagonale du fou. Denoël 1999.

Heller Michel. L’utopie au pouvoir. Calmann-Lévy 1982.

La machine et les rouages. Calmann-Lévy 1985.

Hublot Emmanuel. Valmy ou la défense de la nation par les armes. FEDN 1987.

Junger Ernst. La guerre notre mère. A.Michel 1934.

Le Borgne Claude. La guerre est morte. Grasset. 1987.

Ludendorff Erich. La guerre totale. Paris 1936.

Machiavel Nicolas. Discours sur la première décade de Tite-Live. Berger-Levrault 1980.

Mao Tse Tung. Ecrits militaires. Pékin 1969.

Mathiez Albert. La victoire de l’An II.Paris 1939.

Mosse Georges. Fallen soldiers. Oxford 1990. Traduit sous le titre : De la Grande guerre au totalitarisme. La brutalisation des sociétés européennes. Hachette 1999.

Narodna Armija. Théorie et pratique de la Guerre populaire généralisée. Belgrade 1975.

Neuberg A. L’insurrection armée. Editions du PCF. 1931. Maspero 1970.

Schoenbaum David. Hitler’s social revolution. Doyubleday. NewYork 1966., édité sous le titre La révolution brune. R.Laffond. 1979.

Tilly Charles. La Vendée, révolution et contre-révolution. Fayard 1970.

Tito maréchal. L’armée populaire dans la guerre et la révolution. Belgrade.

Trotsky Léon. Ecrits militaires.I. Comment la Révolution s’est armée. L’Herne.1975.

Weighley Russel F. The american way of war. New York 1973.

Winock Michel. Ce qu’est le fascisme, in l’Histoire de septembre 1999.

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Articles choisis

Maurice Faivre

Table des Matières

La guerre totale, de Carnot à Tito

Le renseignement militaire français face à l’Est

L’histoire des harkis

Le général Giraud et la résistance

Le général Ely, un chef d’état-major face au pouvoir politique

Création et évolution du 13ème RDP

Un ethnologue face à la rébellion algérienne (J.Servier)

La guerre civile des Algériens

La guerre d’Algérie, un conflit sur-médiatisé

Histoire du Prieuré et du val de Morteau

Le commandant Farcy, ses canonnières et ses idées prospectives

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L’Airpower au 21ème siècle. Enjeux et perspectives de la stratégie aérienne

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Table des matières

Introduction

1) La pertinence de l’objet

2) La thématique de la synergie

3) Les enjeux épistémologiques

4) Huit chapitres

Chapitre 1 – Deux paradigmes idéaux-typiques

1) Ader : les fondations du paradigme tactique

2) Douhet : l’apôtre du paradigme stratégique ?
Dépasser les fronts
Une arme offensive
L’influence d’une pensée paradigmatique

3) Mitchell: l’acception américaine du douhetisme
Mitchell et la militance aérienne
L’affinage de la prégnance du moral dans la stratégie aérienne
L’environnement de l’ACTS et le dynamisme conceptuel des collègues de Mitchell

4) de Seversky : de l’ingénierie à la stratégie

5) Trenchard, Slessor et la vision britannique
Cumuls tactiques et impacts stratégiques
Comprendre l’adversaire

6) Sherman ou les prémisses de la vision synergistique ?
La prégnance relative du bombardier
Affronter les forces morales adverses

7) Les évolutions de la doctrine américaine
Préoccupations pour les déficits techniques et doctrinaux
Une « doctrine cachée »

8) La Seconde Guerre mondiale et l’épreuve de la réalité
La bataille d’Angleterre : première bataille aérienne décisive
Une campagne stratégique aux effets contestés
Les apports de l’interdiction

9) Les paradigmes tactique et stratégique durant la guerre froide
L’apport du nucléaire au paradigme stratégique : le courant néo-douhétienLa technologie comme moteur de la dissuasion

10) La technologie au cœur de la puissance aérienne : A. Arnold, T. von Karman et V. Bush
L’OSRD et les bases scientifiques de la puissance aérienne
Von Karman et la tradition américaine de prospective en stratégie aérienne

11) Le débat sur la relation entre technique et stratégie en France
Un débat orienté vers la synergie entre stratégie et technologie La matrice des débats contemporains

Chapitre 2 – La fin de la guerre froide

1) La guerre du Vietnam, creuset d’une vision synergistique ?
Rolling Thunder et les manquements doctrinaux américains Une stratégie des moyens complexe
Une guerre aérienne totale
Les opérations Linebacker et la radicalisation du gradualisme

2) Six jours et Kippour : l’expérience israélienne de la guerre aérienne
Les Six Jours et les leçons de la préemption
La guerre d’attrition et la valeur politique de la puissance aérienne tactique
La guerre du Kippour et les développements de la doctrine israélienne : une vision synergistique

3) Possony, Pournelle et Kane : définir un cadre technologique
Le poids de la menace soviétique et l’Airpower
Un cadre stratégique pour la technologie

4) Les enseignements de la guerre des Malouines
Une guerre aéronavale
La projection stratégique en tant qu’arme

5) Paix en Galilée : technologie et maîtrise de l’air

6) La place d’AirLand Battle et de l’escalade horizontale
La permanence du paradigme tactique ?
Vers une vision synergistique
Des lacunes récurrentes

7) Une stratégie des moyens tendant à la synergie
Des appareils de combat performants
La matrice C3I de la RMA

8) Les bombardiers stratégiques : de la guerre nucléaire au spectre conventionnel
Bombardiers lourds Vs. bombardiers légers
Le B-1 : l’héritage d’un optimisme technologique
Le B-2 : une vision géopolitique

9) La question de la projection de forces
L’opération Thunderbolt et la projection comme stratégie géopolitique de guerre froide
Transport stratégique et synergie

10) Des perspectives aérospatiales

Chapitre 3 – Desert Storm, la révolution de l’information et l’Airpower

1) La guerre du Golfe : l’hyperguerre aérienne ?
Le processus de planification de l’opération
Une guerre technologique ?
Des opérations remises en question

2) Concevoir les nouveaux mondes : Toffler Vs. Van Creveld
La perlaboration de la RMA
La vision des Toffler et la modélisation technologique du monde

3) La guerre de l’information 1 : la révolution des réseaux
L’extension de la mémoire humaine
Des conséquences géopolitiques directes

4) La guerre de l’information 2 : détecter pour traiter
De l’informatique au hunter-killer
Le modèle de Libicki

5) La guerre de l’information 3 : traiter
La guerre du commandement
La réification des classiques du commandement

6) La guerre de l’information 4 : la cyberguerre
L’environnement informationnel
Airpower et guerres cybernétiques

7) La guerre de l’information 5 : la capacitation par la réticulation
La guerre réseaucentrique avant l’heure : les liaisons de données
La guerre réseaucentrique et l’Airpower

8) Infocentrage stratégique et technique
Guerre de l’information et débat primautaire
Le dépassement du débat primautaire dans le cockpit ?

Chapitre 4 – La révolution de la précision et l’Airpower

1) Une révolution de la précision ?
Eldorado Canyon et Just Cause : des expériences perçues comme encourageantes
Les fondements de la révolution de la précision

2) De nouvelles stratégies des moyens
L’US Air Force en retard ?
Une variété d’engins tactiques
Le développement des bombes guidées
Les missiles air-air, garants de la supériorité aérienne

3) Des effets et pas des masses : les armes à énergie dirigées et la radicalisation de la stratégie aérienne
Les armes à micro-ondes
L’utilisation des lasers en stratégie aérienne

4) La dépendance à l’espace : une nouvelle révolution ?
La centralité de l’espace dans la navigation
Un spacepower paradoxal

5) Catalyser une révolution ?

6) La construction de l’Airpower en tant qu’instrument de gestion politique des crises
L’interrelation du politique et du stratégique
La posture de l’US Air Force : Les Air Expeditionnary Forces

7) Les opérations dans les Balkans et Deliberate Force (Bosnie, 1995) : un tournant ?
Les leçons de Deny Flight
Deliberate Force : les subtilités des connivences politico-militaires

8) Des débats techno-stratégiques
Les questionnements américains
Leur résolution par le medium technologique

Chapitre 5 – Des réactualisations paradigmatiques

1) Boyd : une épistémologie de la décision appliquée à l’Airpower
Une approche globale
La boucle OODA et la cinématique du conflit
Le temps comme dimension structurante de la stratégie
Non-linéarité et ambiguïté

2) Szafranski : guerre néo-corticale et enjeux épistémologiques
La recherche de la clé sunzienne
Une vision nodale

3) Warden : concevoir l’adversaire
Un modèle pragmatique
Une stratégie de recherche de l’action dans le domaine moral
Une vision marquée par la recherche de l’engagement décisif

4) Meilinger : le retour à l’essence de l’Airpower
Les dix propositions
La réponse de Szafranski

5) Shock and Awe : speed kills
La Rapid Dominance
Une utilisation irakienne en demi-teinte

6) Pape : l’Airpower comme arme politique
La réhabilitation de l’approche graduelle
Les catégories de la coercition
Les zones d’ombre de la coercition

Chapitre 6 – Les Effects-Based Operations

1) La coextension théorique des concepts de stratégie aérienne
La relativié théorique
La connectivité conceptuelle

2) Une capacitation technologique
Le Joint Strike Fighter
La polyvalence acquise du F/A-22
Les évolutions du combat aérien et la prolifération des appareils
Les évolutions de la stratégie génétique des moyens aériens

3) Gestion du temps et pôles stratégiques : le fondement des EBO
EBO et attaque stratégique
Vers la synergie

4) Cerner les EBO
Les « effets » : un concept large
La recherche de l’effet dominant

5) Deptula et les guerres parallèles
Induire le chaos
Des enseignements à la portée épistémologique

6) L’Effect-Based Targeting
Ciblages utilitaires et ciblages axiologiques
Les risques du modèle

7) L’Effect-Based Planning

8) La guerre du Kosovo : une victoire de l’Airpower et des EBO ?
Des hésitations dans la planification
Une campagne aérienne classique ?
Les opérations tactiques
Les opérations stratégiques
Une opération réussie… mais…

9) Au-delà du conflit

10) Les nouvelles dissuasions
La validité de la théorie classique de la dissuasion
Le besoin d’adapter la théorie

11) Les EBO en tant que stratégie sémiotique et leurs limites
Un vrai dépassement de l’antagonisme entre les paradigmes tactiques et stratégiques ?
Des faiblesses potentielles

Chapitre 7 – Dépasser le conflit entre opérations physiques et psychiques

1) Stratégie aérienne et pression psychologique
Les effets de la surprise
Les apports de la théorie de la résilience
Contrer les résiliences

2) Effet-CNN et psychotechnologie : vers de nouvelles perspectives ?
Des conflits en temps réel
Pénétrer le cerveau de l’adversaire

3) Dépasser la dualité entre l’idée et le physique
Vers un dépassement définitif du débat primautaire ?
Vers l’automatisation totale ?

4) Des stratégies post-primautaires et synergistiques ? La préemption comme évolution de la stratégie aérienne
La construction théorique de la préemption
Une déviance technologiquement influencée ?

Chapitre 8 – L’Airpower comme capacitation

1) L’Airpower dans les conflits de basse intensité : l’Afghanistan
Des opérations peu affirmées dans la théorie
Enduring Freedom et le combat couplé
Des opérations stratégiques limitées
Des déficiences tactiques ?

2) Airpower et combat urbain
La ville et la guerre aérienne
Vers une capacitation technologique ?
Une plus grande utilisation des armes non-létales

3) Transport stratégique et synergie : le swarming
Le swarming : le combat absolu ?
Des premières expériences au Kurdistan irakien
Se départir de la géographie par l’aérien ?

4) Iraqi Freedom et la puissance aérienne : la synergie affirmée ?
Une guerre de haute technologie contre un adversaire aux capacités dégradées
Une opération complexe
Une application des EBO ?
Les évolutions du CAS

Conclusion

1) L’approche synergistique de l’Airpower au travers de deux guerres
2) Une réelle maturité ?
3) Les indispensables de la stratégie aérienne

Bibliographie

Documents
Ouvrages
Monographies
Articles

Index

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