BIBLIOGRAPHIE SELECTIVE

Pour plus de renseignements concernant les sources utilisées, nous renvoyons le lecteur à nos notes de bas de page.

Monographies

Comme nous l’avons indiqué dans l’introduction de cet ouvrage, notre analyse s’est principalement appuyée sur deux ouvrages :

1. Bassford Ch., Clausewitz in English – The Reception of Clausewitz In Britain and America, 1815-1945, Oxford, Oxford University Press, 1994, 293 p.

2. Colson Br., La culture stratégique américaine – L’influence de Jomini, Paris, FEDN / Economica, 1993, 330 p.

Ces deux monographies s’avèrent indispensables pour comprendre la pensée stratégique américaine. Ils contiennent tous deux d’importants renseignements bibliographiques.

De manière plus générale, sur la stratégie américaine, on consultera aussi :

1. Boyer Y., Les forces classiques américaines (structures et stratégie), Paris, Economica / FEDN, 1985, 208 p.

2. Colson Br., La stratégie américaine et l’Europe, Paris, Economica / ISC/ FEDN / Ecole Pratique des Hautes Etudes, 1997, 122 p.

3. Colson Br., Le tiers monde dans la stratégie américaine, Paris, Economica / ISC / Centre d’Analyse Politique Comparée / Ecole Pratique des Hautes Etudes, 1994, 83 p.

4. Dupuy R.E. & T.N., Military Heritage of America, New York, Mc Graw-Hill Book Co., 1956, 794 p.

5. Huntington S.P., The Soldier and the State – The Theory and Politics of Civil-Military Relations, Harvard, Harvard University Press, 1957, 534 p. (une étude devenue classique)

6. Sweeney J.K. (dir.), A Handbook of American Military History, Boulder, Westview Press, 1996, 316 p. (un ouvrage de référence).

7. Weigley R.F., History of the United States Army, New York, The Macmillan Co., 1967, 688 p.

8. Weigley R.F., The American Way of War – A History of United States Military Strategy and Policy, Bloomington, Indiana, 1977, 584 p. (un grand classique°.

A propos de Clausewitz, plusieurs de ses textes ont été traduits en français tels que :

1. Clausewitz C. von (Steinhauser M.L. éd.), De la Révolution à la Restauration – Ecrits et lettres, Paris, Gallimard, 1976, 516 p. (inclus les Principles).

2. Clausewitz C. von, Campagne de 1814, (traduit de l’allemand par Duval de Fraville G.), Paris, Champ Libre, 1972, 131 p.

3. Clausewitz C. von, De la guerre, (traduit de l’allemand par Naville D., préface de Rougeron C., introduction de Naville P.), Paris, Les éditions de Minuit, 1955, 759 p. (la traduction qui reste la plus diffusée aujourd’hui en français. Il existe toutefois une nouvelle version datant de 1989 publiée G. Lebovici et rééditée en 2000 chez Ivréa. Elle est basée sur le travail de Vatry, retravaillé par J.P. Baudet. Une édition abrégée a aussi paru en 1999 chez Perrin, traduction réalisée par L. Murawiec, sous la direction de G. Chaliand).

4. Clausewitz C. von, La campagne de 1812 en Russie, (préface de Chaliand G.), Bruxelles, Complexe, 1987, 210 p.

5. Clausewitz C. von, La campagne d’Italie, (Der Feldzug von 1796 – traduit de l’allemand par Colin J., préface de Chaliand G.), Paris, Pocket, 1999, 307 p.

6. Clausewitz C. von, Notes sur la Prusse dans sa grande catastrophe – 1806, (traduit de l’allemand par A. Niesel), Paris, Ivréa, 1999 (1976), 187 p.

7. Clausewitz C. von, Théorie du combat, (traduit de l’allemand et préfacé par Lindemann Th.), Paris, Economica / ISC / CREC, 1998, 206 p.

En anglais, on consultera surtout :

1. Clausewitz C. von, On War, (ed. and translated by Howard M. & Paret P., Introductory Essays by Paret P., Howard M. and Brodie B., with a Commentary by Brodie B.), Princeton, Princeton University Press, 1982 (1976), 732 p. (traduction standard).

2. Clausewitz C. von, Principles of War, (trans. by Gatzke H.), Harrisburg, Military Service Company, 1942, 82 p.

Indiquons enfin les références de monographies sur Clausewitz, sa pensée et ses filiations intellectuelles :

1. Aron R., Penser la guerre, Clausewitz, t. I, L’âge européen, Paris, Gallimard, 1976, 472 p.

2. Aron R., Penser la guerre, Clausewitz, t. II, L’âge planétaire, Paris, Gallimard, 1976, 365 p.

3. Aron R., Sur Clausewitz, Bruxelles, Complexe, 1987, 188 p. (compilation de textes).

4. Brodie B., Strategy in the Missile Age, Princeton, Princeton University Press, 1959, 423 p.

5. Brodie B., War and Politics, Londres, Cassel, 1973, 514 p. (un des plus clausewitziens des auteurs américains).

6. Caemmerer R. von, L’évolution de la stratégie au XIXe siècle, (Die Entwickelung der strategischen Wissenschaft, 1904, traduit de l’allemand par le lieutenant Tirlet, avec une préface du commandant Colin), Paris, Librairie Fischbacher, 1907, 304 p.

7. Cimbala S.J., Clausewitz and Escalation – Classical Perspective on Nuclear Strategy, Portland, Frank Cass, 1991, 218 p. (une évaluation moderne au regard de la stratégie nucléaire).

8. Creveld M. van, On Future War, Londres, Brassey’s, 1991, 254 p. (aussi publié sous le titre The Transformation of War, New York, The Free Press, 1991, 254 p.) (appréciation contemporaine négative).

9. de Nooy G. (dir.), The Clausewitzian Dictum and the Future of Western Military Strategy, La Haie-Londres-Boston, Netherland Institute of International Relations ‘Clingendael’, Kluwer Law International, Nijhoff Law Specials, vol. 31, 1997, 178 p. (appréciations modernes).

10. Gallie W.B., Philosophers of Peace and War – Kant, Clausewitz, Marx, Engels and Tolstoy, Cambridge, Cambridge University Press, 1978, 147 p.

11. Garthoff R.L., La doctrine militaire soviétique, (Soviet Military Doctrine, 1952 – traduit de l’américain par Levi M.), Paris, Plon, 1956, 544 p. (dans la pensée russe et soviétique).

12. Gat A., The Origins of Military Thought from the Enlightment to Clausewitz, Oxford, Clarendon Press, 1989, 281 p. (mise en perspective dans la pensée stratégique).

13. Gat. A., The Development of Military Thought : The Nineteenth Century, Oxford, Clarendon Press, 1992, 273 p.

14. Gorce P.M. de la, Clausewitz, Paris, Pierre Seghers, 1964, 188 p. (introduction).

15. Guineret H., Clausewitz et la guerre, Paris, PUF, 1999, 124 p. (bonne introduction).

16. Handel M.I. (dir.), Clausewitz and Modern Strategy, Londres, Frank Cass, 1986, 324 p. (contributions diverses).

17. Handel M.I., Masters of War – Classical Strategic Thought, (second, revised ed.), Londres, Frank Cass, 1996 (1991), 321 p. (applications modernes).

18. Howard M. (dir.), The Theory and Practice of War, (Essays Presented to Captain B.H. Liddell Hart), Londres, Cassel, 1965, 376 p. (voir surtout le chapitre de Peter Paret sur Clausewitz).

19. Howard M., Clausewitz, New York, Oxford University Press, 1983, 79 p. (bonne introduction).

20. Leonard R.A. (dir.), A Short Guide to Clausewitz On War, Londres, Weindefeld and Nicolson, 1967, 237 p. (introduction).

21. Liddell Hart B.H., The Ghost of Napoleon, Londres, Faber & Faber, 1933, 199 p. (une des critiques les plus acerbes).

22. Mead Earle E. (dir.), Les maîtres de la stratégie, vol.1, De la Renaissance à la fin du XIXe siècle, (Makers of Modern Strategy, 1943 – traduit de l’américain par Pélissier A.), Paris, Flammarion, 1980, 344 p.

23. Mead Earle E. (éd.), Les maîtres de la stratégie, vol. 2, De la fin du XIXe siècle à Hitler, (Makers of Modern Strategy, 1943 – traduit de l’américain par Annick Pélissier), Paris, Berger-Levrault, 1980, 310 p. (un passage obligatoire dans l’étude de la pensée stratégique).

24. Paret P. (dir.), Makers of Modern Strategy (from Machiavelli to the Nuclear Age), Oxford, Clarendon Press, 1986, 941 p. (peut-être moins appréciable que la première version de E. Mead Earle de 1943, mais reste un des rares ouvrages ouvrant d’aussi larges perspectives en guise de point de départ).

25. Paret P., Clausewitz and the State, New York-Londres-Toronto, Oxford University Press, 1976, , 467 p. (la biographie contemporaine la plus complète).

26. Parkinson R., Clausewitz – A Biography, New York, Stein & Day Pub., 1979 (1971), 332 p. (biographie vivante).

27. Roques P., Le général de Clausewitz – Sa vie et sa théorie de la guerre d’après des documents inédits, Paris-Nancy, Berger-Levrault, 1912, 145 p.

28. Rüstow W., L’art militaire au XIXe siècle – Stratégie – Histoire militaire, Tome 1 (1792-1815); Tome 2 (1815-1867), (traduit de l’allemand sur la deuxième édition par Savin de Larclause en 1867), Paris, Librairie militaire J. Dumaine, 1869, 578 p. et 563 p. (publié en allemand pour la première fois en 1857, deuxième édition en 1866).

29. Semmel B. (dir.), Marxism and the Science of War, Oxford, Oxford University Press, 1981, 302 p. (Clausewitz dans la pensée communiste).

30. Steiner B.H., Bernard Brodie and the Foundations of American Nuclear Strategy, Lawrence, University Press of Kansas, 1991, 367 p. (montre bien le lien entre Clausewitz et Brodie).

31. Summers H.G., On Strategy – a critical analysis of the Vietnam War, Presidio, Novato, 1982, , 224 p. (une évaluation à la lueur de la fin de la guerre du Vietnam).

32. Terray E., Clausewitz, Paris, Fayard, 1999, 269 p. (une relecture de Clausewitz et de Aron).

33. Watts B.D., Clausewitzian Friction and Future War, National Defense University – I.N.S.S., Washington D.C., 1996, 133 p. (à propos des théories de la non-linéarité).

2. Les articles des revues :

Il existe une grande quantité de revues sur les problèmes de défense, de sécurité et de relations internationales dans les pays anglo-saxons (en particulier aux Etats-Unis). Parmi celles-ci, ont été utilisées :

Air University Review (Airpower Journal) ; Armed Forces and Society ; Armed Forces Journal International ; Armor ; Arms Control ; Army ; Army Historian ; Comparative Strategy ; Defense Analysis ; Foreign Affairs ; History and Theory ; Infantry ; Intelligence and National Security ; International Security ; International Studies Quarterly ; International Studies Quarterly ; International Studies Review ; Joint Forces Quarterly ; Marine Corps Gazette ; Military Affairs ; Military Review ; National Guard ; Naval War College Review ; Parameters ; Political Science Quarterly ; Strategic Review ; Survival ; The American Historical Review ; The British Journal of Sociology ; The Journal of Contemporary History ; The Journal of Modern History ; The Journal of Peace Research ; The Journal of Strategic Studies ; The National Interest ; The Yale Review ; Times Literary Supplement ; United States Naval Institue Proceedings ; War and History ; World Politics.

Outre la livraison 2-3/2000 de la revue Stratégique (78-79) consacrée à Clausewitz, quelques articles de très bonne facture ont été publiés en français sur le penseur. Ces articles permettent souvent d’améliorer notre connaissance de l’auteur et de ses filiations intellectuelles :

1. Bergounioux A. & Polirka P., « La doctrine stratégique de Clausewitz et l’idéologie militaire prussienne de Moltke à Ludendorff », Revue internationale d’histoire militaire, n°37-3, 1977, pp. 55-76.

2. Colson Br., « La première traduction française de « VOM KRIEGE » de Clausewitz et sa diffusion dans les milieux militaires français et belge avant 1914″, Revue belge d’histoire militaire, mars 1986, pp. 345-364.

3. Croce B., « Action, succès et jugement de le ‘Vom Kriege’ de Clausewitz », Revue de métaphysique et de morale, avril 1935, pp. 247-258.

4. Dobry M., « Clausewitz et « l’entre-deux », ou quelques difficultés d’une recherche de paternité légitime », Revue française de sociologie, octobre-décembre 1976, pp. 652-664.

5. Freund J., « Guerre et politique. De Karl von Clausewitz à Raymond Aron « , Revue française de sociologie, octobre-décembre 1976, pp. 643-651.

6. Lacoste Y., « A propos de Clausewitz et d’une géographie », Hérodote, juillet-septembre 1976, pp. 65-75 (suivi de : « Morceaux choisis. De la guerre, Carl von Clausewitz », pp. 76-94).

7. Rossel P., « Karl von Clausewitz et la théorie de la guerre », Les Temps Modernes, mars 1952, pp. 1591-1610.

8. Terray E., « Violence et calcul – Raymond Aron lecteur de Clausewitz », Revue française de science politique, 1986, vol. 36, n°2, pp. 248-267.

9. Weil E., « Guerre et politique selon Clausewitz », Revue française de science politique, avril-janvier 1955, pp. 291-314

En anglais, on se référera en particulier aux articles suivants :

1. Aron R., « Clausewitz’s Conceptual System », Armed Forces and Society, novembre 1974, pp. 49-59.

2. Bauer R.H., « Hans Delbrück (1849-1929) » dans Schmitt B.E. (Edited by), Some Historians of Modern Europe, Chicago, University of Chicago Press, 1942, pp. 100-129.

3. Behrens C.B.A., « Which Side Was Clausewitz On? », The New York Review of Books, 14 octobre 1976, pp. 41-44.

4. Booth K., « Bernard Brodie », dans Baylis J. & Garnett J., Makers of Nuclear Strategy, Londres, Pinter Publishers, 1991, pp. 19-56.

5. Brodie B., « On Clausewitz: A Passion for War », World Politics, janvier 1973, pp. 288-308.

6. Creveld M. van, « The Clausewitzian Universe and the Law of War », The Journal of Contemporary History, septembre 1991, pp. 403-429.

7. Echevarria A.J., « Borrowing from the Master: Use of Clausewitz in German Military Literature before the Great War », War and History, juillet 1996, pp. 274-292.

8. Gallie W.B., « Clausewitz Today », European Journal of Sociology (ou Archive Européenne de Sociologie), vol. XIX, 1978, pp. 143-167.

9. Gat A., « Clausewitz and the Marxists: Yet Another Look », The Journal of Contemporary History, avril 1992, pp. 363-382.

10. Gat A., « Clausewitz on Defence and Attack », The Journal of Strategic Studies, mars 1988, pp. 20-26.

11. Irvine D.D., « The French Discovery of Clausewitz and Napoleon », The Journal of the American Military Institute, automne 1940, pp. 143-161.

12. Kipp J.W., « Lenin and Clausewitz: The Militarization of Marxism, 1914-1921 », Military Affairs, octobre 1985, pp. 184-191.

13. Kitchen M., « The Political History of Clausewitz », The Journal of Strategic Studies, mars 1988, pp. 27-50.

14. Kitchen M., « The Traditions of German Strategic Studies », The International History Review, avril 1979, pp. 163-190.

15. Paret P., « An anonymous letter by Clausewitz on the Polish Insurection of 1830-1831 », The Journal of Modern History, n°2, 1970, pp. 184-190.

16. Paret P., « An Unknown Letter by Clausewitz », The Journal of Military History, avril 1991, pp. 143-151.

17. Paret P., « Clausewitz – A Bibliographical Survey », World Politics, janvier 1965, pp. 272- 285.

18. Paret P., « Clausewitz’s Bicentennial Birthday », Air University Review, mai-juin 1980, pp. 17-20.

19. Paret P., « Continuity and Discontinuity in Some Interpretations by Tocqueville and Clausewitz », The Journal of the History of Ideas, janvier-mars 1988, pp. 161-169.

20. Paret P., « Education, Politics, and War in the Life of Clausewitz », The Journal of the History of Ideas, juin-septembre 1968, pp. 395-408.

21. Perlmutter A., « Carl von Clausewitz, Enlightment Philosopher: A Comparative Analysis », The Journal of Strategic Studies, mars 1988, pp. 8-19.

22. Steiner B.H., « Using the Absolute Weapon: Early Ideas of Bernard Brodie on Atomic Strategy », The Journal of Strategic Studies, décembre 1984, pp. 365-393.

3. Les documents

En ce qui concerne les documents, la plupart des manuels de doctrine des forces armées américaines sont actuellement disponibles sur l’Internet. En plus de cela, plusieurs des écoles d’officiers disposent de sites Internet également très bien fournis. On peut généralement y trouver des sélections de travaux réalisés par les étudiants des académies. Les forces armées américaines disposent aussi de centres de recherches stratégiques qui publient des documents souvent sous forme électronique.

Pour toute personne intéressée par l’histoire des doctrines opérationnelles américaines, nous renvoyons aux trois documents suivants :

1. Doughty R.A., The Evolution of US Army Tactical Doctrine, 1946-76, Leavenworth Paper n°14, Combat Studies Institute, USCGSC, août 1979.

2. Herbert P.H., Deciding What Has to Be Done: General William E. DePuy and the 1976 Edition of FM 100-5, Operations, Fort Leavenworth Papers n°16, Combat Studies Institute, Fort Leavenworth, Kansas, 1988.

3. Romjue J.L., From Active Defense to AirLand Battle: The Development of Army Doctrine 1973-1982, TRADOC Historical Monograph Series, juin 1984.

Sur Clausewitz, on consultera :

1. Clausewitz C. von (édité et traduit par P. Paret D. Moran), Two Letters on Strategy, Art of War Colloquium, U.S.A.W.C., November 1984.

2. U.S. Army War College, Jomini, Clausewitz and Schlieffen, Art of War Colloquium, November 1983 (initialement U.S. Military Academy. Department of Military Art and Engineering, Jomini, Clausewitz, Schlieffen, West Point, New York, U.S. Military Academy, 1951 – réédité en 1964).

4. L’Internet

Lors de la rédaction de ce travail, nous nous sommes reportés à des textes diffusés sur des sites Internet. Non des moindres, la Clausewitz Homepage de Christopher Bassford (http://www.clausewitz.com/CWZHOME/CWZBASE.htm) propose de nombreuses sources et documents. En français, il faut citer le site de l’Institut de Stratégie Comparée (http://www.stratisc.org). D’autre part, de plus en plus de textes sont accessibles par les multiples sites dépendants du Département de la Défense des Etats-Unis : revues, doctrines, discours, bibliographies, etc. on pourra mentionner l’adresse d’une page de liens – links – de l’Air War College de Maxwell A.F.B., Alabama : http://www.au.af.mil/au/awc/awcgate/awc-doct.htm. Les moteurs de recherche les plus courants permettent d’accéder aux écoles militaires principales et aux centres de développement doctrinaux. Plusieurs écoles sont à la base de la publication de revues – Parameters pour l’Army War College, Airpower Journal pour l’Air University Review, The Joint Forces Quarterly pour la National Defense University, etc. – disponibles électroniquement de manière toujours plus systématique. L’U.R.L. des documents utilisés peut être retrouvée dans les notes de bas de page.

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Conclusions

Rappelons d’abord l’hypothèse de départ : existe-t-il une cohérence interne au discours stratégique américain dans son utilisation des concepts, ou outils théoriques, légués par Clausewitz durant la période qui s’étend de la fin de la Seconde Guerre mondiale à nos jours ? D’emblée, la réponse à cette hypothèse est négative. Pourtant, comme John E. Tashjean l’a constaté que la compréhension de Clausewitz s’est largement améliorée aux Etats-Unis tout au long de la seconde moitié de ce siècle.[1]

De 1945 à la fin de la guerre du Vietnam

Lucien Poirier a écrit qu’à partir de 1831, malgré l’opposition que l’on retrouve entre Clausewitz et Jomini quant à leurs tempéraments et leurs intentions, ils seront tous deux considérés comme des commentateurs et des disciples de Napoléon pendant plus d’un demi-siècle.[2] Mais dans le cas du discours stratégique américain, il semble que cette association dépasse largement le demi-siècle. En particulier, pour la période qui s’étend de 1945 à la fin de la guerre du Vietnam, on assiste à une très grande confusion entre Jomini et Clausewitz. Tous deux sont largement associés aux principes de la guerre, au modèle napoléonien de la bataille décisive, au schéma de l’anéantissement des forces armées adverses. Les travaux de Liddell Hart n’améliorent pas les choses. Même si leur impact doit être relativisé, les écrits de l’historien britannique stigmatisent clairement Clausewitz. Ailleurs, et souvent de manière tout aussi partiale, Clausewitz est mis en évidence comme le penseur de la guerre limitée. De plus, l’approche « prescriptive » de Jomini, en prenant appui sur les Principles, est transposée chez Clausewitz. Cette approche se retrouve également dans la recherche historique militaire. On est bel et bien témoin d’une « jominisation » de Clausewitz.

En fait, depuis la Seconde Guerre mondiale, quelques émigrés, principalement d’origine allemande, commencent à diffuser des idées plus subtiles sur l’œuvre de Clausewitz. Ces idées ont apparemment un certain mal à s’affirmer. Ensuite, durant les années soixante, le terme (néo-) clausewitzien est improprement employé pour qualifier des chercheurs comme Herman Kahn et Albert Wohlstetter. Quant à Henry Kissinger et Robert Osgood, leur utilisation de Clausewitz reste limitée. Elle consiste avant tout à attirer l’attention des Américains sur la connexion entre le communisme et le Traité au travers de la Formule. Pourtant, la Formule est généralement mal comprise et déclarée moralement inacceptable outre-Atlantique.

Cette dernière attitude de refus de la Formule sur des bases éthiques est symbolisée par Hannah Arendt et Anatol Rapoport. L’apparition de l’arme nucléaire joue aussi dans le sens du rejet de la Formule. La guerre ne peut être considérée comme un acte étatique rationnel. La guerre ne serait que la faillite du politique.

En rapport direct avec cette dénégation morale de Clausewitz, on trouvera de nombreuses évocations du lien entre le communisme et Clausewitz, phénomène déjà mentionné pour Kissinger et Osgood. Clausewitz sert véritablement à « noircir » la politique étrangère et la stratégie soviétique de la même manière que l’épithète populaire machiavélique pourrait le faire. Cette utilisation de Clausewitz, que l’on retrouve encore après la guerre du Vietnam, est la seule qui semble n’avoir jamais engendré de polémiques sérieuses.

Force est de constater que les véritables lecteurs américains célèbres et un minimum attentifs à la complexité de On War sont peu nombreux. On citera tout de même Huntington et, surtout, Bernard Brodie. Huntington et Brodie font une utilisation assez libre du Traité mais en respectent pourtant l’esprit. A ces deux chercheurs, il faut ajouter le nom du président Eisenhower. Des recherches récentes ont montré l’intérêt de ce dernier pour Clausewitz.

De la fin de la guerre du Vietnam à nos jours

La recherche des causes de l’échec vietnamien et la renaissance des études académiques consacrées à Clausewitz dans les pays anglo-saxons vont se combiner et donner une nouvelle impulsion à la diffusion de ses idées aux Etats-Unis. Les travaux de Peter Paret et Michael Howard ont d’ailleurs joué un rôle important dans ce processus. L’œuvre de Clausewitz va être disséquée. L’intérêt principal va rapidement se porter sur les concepts légués par le Prussien. Parfois le nom de Clausewitz n’est même plus cité aux côtés de termes tels que centre de gravité, point culminant, friction, etc.

Ensuite, qu’en est-il de l’existence potentielle de sous-groupes de cultures stratégiques dans le discours stratégique américain au regard de l’utilisation de Clausewitz ? On pourrait en effet postuler qu’il existe autant de sous-groupes que d’Armes au sein des forces armées américaines.

Il est vrai que chacune des Armes se rattache à des courants de pensée, ou à des courants d’action, particuliers. Pour l’armée de terre, Grant et Sherman peuvent être cités ainsi que l’expérience napoléonienne. Pour l’U.S. Navy, il faut bien entendu nommer Mahan. Douhet et Mitchell, quant à eux, s’imposent pour l’U.S. Air Force.

Mais dans le cadre de ce sujet, on constatera surtout une tension déjà repérée en 1965 par Michael Howard. L’historien militaire britannique distinguait une pensée militaire formaliste et une pensée militaire « romantique ». La première était principalement mathématique et géométrique, empreinte d’empirisme. On ajoutera même « prescriptive » ou procédurière. La seconde insistait au contraire sur les éléments intangibles présents durant le combat.[3] Ces deux tendances peuvent être repérées dans le Traité même.

Aujourd’hui, la tension entre ces deux tendances continue à se manifester dans l’entièreté du discours stratégique américain. Le mouvement de réforme militaire qui se développa à la fin de la guerre du Vietnam était principalement une critique du formalisme. Or, celui-ci revient en force grâce à l’apparition de systèmes de commandement, communication, contrôle et renseignement toujours plus sophistiqués, utilisant toujours plus d’ordinateurs. Cette tension, on l’a également sentie sur la question de l’Auftragstaktik. En effet, pour certains, l’Auftragstaktik est juste un refus de s’initier aux nouvelles technologies. Pour les autres, il s’agit du fondement de toute forme de commandement.

On a encore ressenti cette tension en abordant les considérations sur : (1) la chance, l’incertitude, et les frictions ; (2) sur (bien entendu) les approches « mathématisables » et scientifiques ; (3) sur les principes de la guerre ; (4) et sur l’apport de l’histoire dans la formation du soldat.

On a ensuite senti cette tension dans les reproches qui sont adressés à Clausewitz de ne pas assez insister sur les facteurs techniques et / ou technologiques de la guerre. Cette critique apparaît, par exemple, pour les élaborations sur le concept de trinité et dans l’évaluation de la relation entre l’offensive et la défense.

Cette tension est aussi repérable lorsque le discours stratégique américain discute des concepts clausewitziens comme le centre de gravité, la trinité paradoxale, le point culminant de la victoire, le génie, le moral, etc. Il tente quasiment toujours de les « figer », de leur donner un aspect « prescriptif » assez similaire à la méthode jominienne. L’illusion de la réconciliation est même présente dans les élaborations sur les théories de la complexité. Par l’usage de métaphores et autres emprunts d’outils théoriques aux sciences de la nature, le discours stratégique tente de tirer des leçons souvent aussi linéaires que celles que l’on retrouve dans les principes de la guerre – avec une exception pour la récente doctrine du Corps des Marines. On notera aussi une similitude entre la méthode des principes et la doctrine Weinberger – censée consacrer Clausewitz – à la charnière politico-stratégique.

Cette tension ne montre donc pas un paradigme clausewitzien cohérent au sein du discours stratégique américain. Les analyses de l’œuvre clausewitzienne se répartissent sur un axe plus ou moins « prescriptif », procédurier, voire dogmatique.

Par-delà cette tension, on a constaté que la notion clausewitzienne la plus répandue, en dehors de la Formule, est celle de centre de gravité. Le centre de gravité devrait être un véritable outil intégrateur de la doctrine opérationnelle. En effet, cette notion se retrouve au sein des manuels de toutes les Armes, avec un léger bémol pour l’U.S. Navy. Mais ce concept est régulièrement mal compris et confondu avec les points décisifs de Jomini. Les facteurs moraux, eux, sont habituellement traités de manière mécanique, voire tayloriste. Il n’existe par ailleurs que très peu de sources américaines qui croisent l’analyse clausewitzienne avec celles de chercheurs en sciences humaines.[4] Toutefois, cette remarque peut être généralisée à propos de la plus grande part de l’édifice doctrinal américain.[5]

Clausewitz et Jomini

Nous nous étions également fixé comme objectif de comparer l’apport de Clausewitz à celui de Jomini dans la stratégie américaine. Les éléments de cette comparaison ont déjà été ébauchés ci-dessus. Il reste pourtant quelques remarques à formuler.

Selon Emile Wanty, Jomini apparaît avant tout comme un « catalogueur » redoutable. Plus encore, Jomini passe son temps à codifier.[6] Il est vrai que l’influence de Jomini dans le discours stratégique américain se fait sentir sous ce trait depuis le siècle précédent. Comparativement, Clausewitz, qui est déjà connu aux Etats-Unis au XIXe siècle, est assez marginalement utilisé avant la Seconde Guerre mondiale. Durant la période qui s’étend de 1945 à la fin de la guerre du Vietnam, il est très souvent assimilé à Jomini. Après cette période, les idées du Prussien connaissent une véritable diffusion mais elles sont appréhendées par un biais jominien « prescriptif » et mécanique. Comme cela a déjà été mentionné, le discours stratégique américain procède par une « jominisation » de Clausewitz.

Ceci amène à un autre point soulevé dans notre introduction. La culture stratégique américaine, à partir de notre analyse du discours, est-elle soumise à une ou des rupture(s) ? Vu ce qui vient d’être développé à propos de Jomini, on peut conclure que la rupture est absente pour la période étudiée. Mais on doit encore insister sur le fait que cette réponse est basée uniquement sur une étude du discours.

La fin de la guerre du Vietnam a beau être un point focal dans la (re)découverte de Clausewitz par le discours, le Traité finit tout de même par être absorbé par l’approche jominienne. La toute puissance du paradigme jominien encourage à penser la stratégie américaine sous l’angle de l’évolution. Plus encore, on considérera les développements actuels de la Revolution in Military Affairs sous ce même angle. Toutefois, l’édifice doctrinal du Corps des Marines, qui repose à la fois sur Clausewitz et les théories de la non-linéarité, constitue peut-être une exception. Il conviendrait d’étudier attentivement les répercussions que cette doctrine pourrait avoir sur les autres Armes.

Enfin, il faut attirer l’attention sur un autre trait particulier du discours stratégique américain au niveau opérationnel. Ce discours utilise non seulement les noms de Clausewitz et de Jomini mais emprunte aussi à Liddell Hart, Fuller, Sun Zi, Moltke, etc. En fait, ce discours est très « combinatoire ». Il parvient à fondre l’apport de multiples penseurs qui paraissent parfois irréconciliables. Le non-dogmatisme en la matière est étonnant.

Qu’en est-il de la Formule ?

La Formule est quasiment devenue profession de foi dans le discours stratégique américain de la fin de la guerre du Vietnam à une période située entre la chute du Mur de Berlin et la guerre du Golfe. Ensuite, la perception de l’érosion de l’Etat(-Nation), la multiplication des menaces non conventionnelles – trafics de narcotiques, terrorisme, guérillas, violence urbaine, mouvements ethniques, etc. – vont ébranler cette unanimité. Nul doute que les travaux du Britannique John Keegan et de l’Israélien Martin van Creveld aient joué un rôle important dans la remise en cause de la Formule. Malgré tout, l’instrumentalisation de la guerre au profit du politique reste bien ancrée dans la littérature doctrinale aujourd’hui. On trouvera deux aspects à cette conception.

La première, largement répandue, mène à l’idée que dans toute démocratie il existe une séparation des pouvoirs. Parallèlement, le militaire est subordonné au politique. Bien qu’acceptée, cette conception n’empêche pas le militaire de formuler des critiques au politique parfois sous le couvert de « conseils pratiques ».

La deuxième conception conduit à l’utilisation de la force armée par le politique. La guerre est-elle effectivement la poursuite de la politique par d’autres moyens ? De la fin de la guerre du Vietnam à nos jours, les citations telles que « la guerre est la faillite de la politique » sont devenues bien plus rares. Elles ne s’affichent plus haut et fort en tout cas. Mais la Formule est devenue un lieu commun. La guerre est la continuation de la politique mais de quelle politique au juste ? Bien souvent, la Formule est considérée comme une action du politique sur le militaire. On n’évoque pas de boucle de rétroaction du militaire vers le politique. La grammaire du conflit influera pourtant sur sa logique.

On retrouve une conception assez similaire en ce qui concerne la notion de trinité paradoxale. La population interagit avec le politique et le politique agit sur le militaire mais bizarrement le militaire ne paraît pas agir – ou rétroagir – sur la population ou sur le politique. Comme on l’a déjà écrit, ces notions sont devenues trop « figées », trop « structuralisées » et ce, de manière incomplète. Ici aussi, les sciences humaines pourraient venir à la rescousse du discours stratégique américain. Les rapprochements entre les théories de la non-linéarité et Clausewitz améliorent pourtant l’aspect figé de certaines conceptions.

La relation entre la guerre juste – dans le sens chrétien et non communiste – et Clausewitz mérite aussi notre attention. Pour plusieurs auteurs, Clausewitz offre une théorie rationnelle sur la façon de conduire une guerre. Cet aspect rationnel peut ensuite être combiné à la notion de guerre limitée. A l’opposé, la guerre illimitée est irrationnelle et contraire à l’éthique. Clausewitz et sa Formule deviennent donc un modèle dans ce courant de pensée.

Nul doute qu’il existe à ce propos une connexion entre l’idée de guerre juste et limitée et la recherche d’un objectif politique clair que l’on retrouve dans la doctrine Weinberger. Nul doute non plus que l’on puisse établir un parallèle entre cette conception et la crainte des Américains de subir des pertes humaines et d’en faire subir aux populations civiles sur le théâtre des combats. La plupart des tentatives entreprises pour solutionner ces problèmes sont liées à l’utilisation de la technique. L’emploi de systèmes d’armes qui mettent en péril un minimum d’effectifs est alors privilégié – aviation, missiles de croisière, drônes, etc. Les armes dites non létales constituent la dernière expression de ce phénomène.

En fait, l’opinion de Bruno Colson lorsqu’il affirme que les Américains continuent à percevoir la guerre comme la faillite de la politique et non sa continuation – et ce malgré les hommages rendus au Prussien – reste d’actualité.[7] Mais ce point de vue peut peut-être encore être affiné. Alors que les Soviétiques avaient réussi, au travers de l’œuvre de Lénine, à emboîter le paradigme clausewitzien dans une théorie marxiste des relations internationales, les Américains ont emboîté la Formule dans des conceptions éthico-religieuses. En d’autres termes, on y voit une « instrumentalisation morale » et non une « instrumentalisation instrumentale » de la guerre. La guerre paraît plus être, pour eux, la continuation du politics par d’autres moyens et non de leur policy.

A propos de l’existence d’un style américain de la guerre

Ce mariage entre violence, raison et éthique ne s’impose pas sans problèmes. Pour reprendre une expression d’un membre du National War College, le style américain de la guerre a de grandes difficultés à harmoniser le monde de Clausewitz et Machiavel avec celui de Locke et Rousseau et celui de Thomas Jefferson et Woodrow Wilson.[8] Alors que l’éthique est censée conférer un caractère raisonné et limitatif à la guerre, elle peut aussi conduire à la conception de croisade morale. Cette idée de croisade, on la retrouve dans l’ouvrage Stratégie pour la paix de John F. Kennedy à propos de l’opposition entre l’Occident et le monde communiste.[9] On la retrouve également, explicitement, dans le titre du livre de Eisenhower intitulé Crusade in Europe.[10]

Or, il existe une dimension paradoxale dans l’esprit de croisade américain. D’une part, il tente de proscrire la guerre. Mais, d’autre part, cet esprit provoque la focalisation sur celui qui ne respecte pas les valeurs de paix. Il est alors attirant d’utiliser la violence pour éliminer le perturbateur. Et la violence utilisée est souvent peu limitée. Au total, il y a corruption de l’objectif de départ (la préservation de la paix).[11] En corollaire, la stigmatisation de celui qui ne respecte pas les même valeurs va souvent de pair avec une préférence pour le concept de reddition sans conditions.[12]

Plusieurs chercheurs ont déjà abordé, sous différents angles, le concept de croisade. Il n’est pas question d’en faire le tour maintenant. Il suffit d’indiquer que pour certains, ce concept serait une conception propre aux démocraties. En effet, les démocraties donneraient plus d’importance aux passions populaires qui confèrent une forte impulsion à l’intensité de la guerre.[13] Les Etats totalitaires auraient, a contrario, plus de facilité à pratiquer la guerre limitée car ils encadrent mieux leur opinion publique.[14] De façon intéressante, ce type d’analyse converge avec celle d’Alexis de Tocqueville qui pensait que la société américaine est peu encline à la guerre, préférant commercer. Toutefois, quand la guerre dure et qu’elle empêche la population de poursuivre ses activités paisibles et ses entreprises, les passions peuvent la précipiter vers les armes.[15] Au total, pour Tocqueville, il faut du temps avant que le peuple démocratique se mette en mouvement sur le chemin de la guerre, mais une fois sur ce chemin, peu de limitations sont observées. Cette réflexion ne paraît absolument pas désuète.

Par un autre biais, cette analyse a aussi été ébauchée par J.F.C. Fuller. Fuller mettait en relation les guerres de Trente Ans et de la Révolution française avec la guerre illimitée. Il s’agit de conflits motivés par des idées religieuses ou politiques qui polarisent la population. Les passions se déchaînent alors et transforment la guerre en une lutte à mort entre sociétés. L’officier anglais va toutefois plus loin en étudiant l’impact de la révolution industrielle et des idéologies, communistes et nazies, sur la conduite de la guerre. Ces facteurs sont appréhendés comme des filtres amplificateurs de la guerre. Ils laissent s’exprimer, ou utilisent, les sentiments populaires. Une fois le régime totalitaire pérennisé, une certaine stabilisation s’ensuit.[16]

Il reste encore largement matière à réflexion dans ce domaine.[17] Nous sommes conscients de déborder de notre sujet de départ ici. Il semble malgré tout que la combinaison des variables « démocratie », « croisade » et « évolution technique » ouvre une perspective dans la compréhension du style américain de la guerre décrit par divers travaux. La variable technique s’impose dans les sociétés occidentales si fortement marquées par la Raison. C’est une sorte de variable lourde qu’il convient d’analyser en parallèle de celles de démocratie et de croisade.

En 1967, Russell F. Weigley notait que les caractéristiques principales de la stratégie américaine – en se basant sur la composante terrestre – étaient : (1) le professionnalisme, (2) la séparation des sphères politique et militaire, (3) la croyance dans les concepts d’offensive, d’agressivité et de la bataille d’anéantissement – bien que freinée depuis la guerre de Corée -, (4) une logistique très abondante.[18] Ces quatre points – et en particulier le troisième, peuvent être rattachés à ce qui a été évoqué ci-dessus. John D. Waghelstein a même démontré que cette préférence pour l’offensive et l’anéantissement constitue un « désapprentissage » de l’expérience des guerres limitées du XIXe siècle contre les Indiens. La période de socialisation de ce trait particulier remonte à la guerre de Sécession, conçue comme une guerre totale.[19]

Pour finir, des critiques considèrent que le style américain de la guerre est une des causes de la défaite de ce pays au Vietnam. Pour ceux-ci, les forces américaines sont capables de faire face à quasiment tout type d’évolution technique. Elles ont par contre des difficultés à appréhender un « changement de règles » ou un changement dans la nature du conflit. La guerre est donc conçue comme un jeu d’échecs, encadrée par un règlement prédéterminé. Par conséquent, le style américain de la guerre serait la recherche perpétuelle d’un environnement stable et prévisible.[20] Un environnement stable et prévisible, n’est-ce pas avant tout, ce que Jomini a à offrir au discours stratégique américain ?

[1] John E. Tashjean délimite cette amélioration entre 1952, soit en pleine guerre de Corée, et 1982, date à laquelle il exprime son idée. Tashjean J.E., « The Transatlantic Clausewitz 1952-1982 », Naval War College Review, vol. 35, n°6, p. 69 et p. 76

[2] Poirier L., « La littérature de guerre », dans Jomini A. de, Les guerres de la Révolution (1792-1797) – de Jemmapes à la campagne d’Italie, Paris, Hachette, 1998, p. 428. (extrait de « Henri Jomini », Revue militaire d’information, Paris, n°330 et 331, 1961). Voir aussi Shy J., « Jomini », dans Paret P. (dir.), Makers of Modern Strategy from Machiavelli to the Nuclear Age, Oxford, Clarendon Press, 1986, pp. 178-179.

[3] Howard M., « Jomini and the Classical Military Tradition in Military Thought », dans Howard M. (dir.), The Theory and Practice of War, Londres, Cassel, 1965, pp. 18-19.

[4] John E. Tashjean est l’un des seuls à s’être essayé à ce type de combinaisons – si l’on fait abstraction des textes qui mettent en relation Clausewitz et la théorie de la guerre juste ainsi que Clausewitz et le communisme. Tashjean J.E., art. cit., pp. 69-86.

[5] Voir par exemple les remarques de : Fracker M.L., « Psychological Effects of Aerial Bombardment », Airpower Journal, automne 1992, pp. 56-67.

[6] Wanty E., L’art de la guerre – de l’antiquité chinoise aux guerres napoléoniennes, t. I., Verviers, Marabout Université, 1967, p. 380.

[7] Colson Br., La stratégie américaine et l’Europe, Paris, Economica / ISC / FEDN / Ecole Pratique des Hautes Etudes, 1997, p. 57.

[8] McMillan J., « Talking to Enemy: Negotiations in Wartime », Comparative Strategy, vol. 11, n°4, p. 459.

[9] Kennedy J.F., Stratégie de la Paix, (The Strategy of Peace – traduit de l’américain par J. Bloch-Michel), Paris, Calmann-Lévy, 1961, pp. 61 et 41.

[10] Eisenhower D.D., Crusade in Europe, New York, Perma Books, 1952, 573 p.

[11] Sur la question de la Croisade, voir : Ceadel M., Thinking about Peace and War, Oxford, Oxford University Press, 1987, pp. 63-64.

[12] Morton L, « Historia Mentem Armet – Lessons of the Past », World Politics, janvier 1960, pp. 155-164.

[13] Sur le rôle des populations américaines (plus particulièrement par « groupe ethnique ») dans la constitution de la politique étrangère des Etats-Unis, on pourra aussi se référer à : Huntington S.P., « America’s changing strategic interests », Survival, janvier / février 1991, pp. 3-17.

[14] Collins E.M., « Clausewitz and Democracy’s Modern Wars », Military Affairs, vol. XIX, n°1, 1955, pp. 15-20.

[15] Tocqueville A. de, De la Démocratie en Amérique, t.2, Paris, G.F.- Flammarion, 1981, pp. 327 et 340.

[16] Fuller J.F.C., The Conduct of War 1789-1961, A Study of the Impact of the French, Industrial, and Russian Revolutions On War and its Conduct, Londres, Eyre-Methuen, 1972, 352 p.

[17] Des études classiques des relations internationales ont déjà dégagé un certain nombre de ces constatations plus tôt. Nous pensons en particulier à : Aron R., La république impériale – les Etats-Unis dans le monde – 1945-1972, Paris, Calmann-Lévy, 1973, 337 p. ; Hoffmann S., Gulliver empêtré – essai sur la politique étrangère des Etats-Unis, (traduit de l’anglais par Coryell R. et Rocheron P. – Gulliver’s Troubles), Paris, Seuil, 1971 (1968), 634 p.

[18] Weigley R.F., History of the United States Army, New York, The MacMillan Co., 1967, 688 p. ; id., The American Way of War – A History of United States Military Strategy and Policy, Bloomington, Indiana, 1977, pp. xviii-xxiii ; Gray C.S., « Comparative Strategic Culture », Parameters, hiver 1984, pp. 26-33 ; id., « National Style in Strategy », International Security, automne 1981, pp. 21-47 ; id., « Geography and Grand Strategy », Comparative Strategy, vol.10, n°4, p. 314.

[19] Waghelstein J.D., « Preparing the US Army for the Wrong War, Educational and Doctrinal Failure 1865-91 », Small Wars and Insurgencies, printemps 1999, pp. 1-33.

[20] Johnson W.R., « War, Culture and the Interpretation of History: The Vietnam Reconsidered », Small War and Insurgencies, automne 1998, pp. 83-113.

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Chapitre 8 – Les considérations d’ordre opérationnel

Section 1 – La redécouverte du terme « opérationnel »

L’apprentissage de l’art opérationnel a été confronté à un problème de vocabulaire dans les pays anglo-saxons car il n’existait pas de terme le désignant. Pour commencer, il convient de se poser la question de savoir comment le discours stratégique américain est remonté aux sources de ces conceptions linguistiques.

Pour ce faire, on trouvera des textes qui ont cherché a évaluer l’apport de différents pays européens dans l’élaboration de ce niveau de la guerre. On y note que l’art opérationnel est une notion soviétique. Le mot Operativ entrera ensuite en vigueur en Allemagne au XXe siècle. La France, elle, utilisait le terme grande tactique au XIXe siècle. En 1936, par contre, l’U.S. Army employait le terme stratégie pour désigner l’art opérationnel. Le mot Operational n’apparaît qu’en 1982 dans le manuel FM 100-5. Pour clarifier les concepts, une relecture de Jomini et de Clausewitz s’avéra concluante. Les réformateurs vont beaucoup utiliser le Prussien comme référence au niveau opérationnel. Pour eux, lorsque Clausewitz écrit à propos de la stratégie, il signifie art opérationnel. Pour ce faire, les réformateurs se réfèrent à sa définition de la stratégie conçue comme l’utilisation des combats en vue d’obtenir la victoire.[1] Il s’inspire aussi de Jomini qui décomposait l’art de la guerre en stratégie, grande tactique, logistique, « art de l’ingénieur » et tactique.[2]Mais c’est finalement Clausewitz qui sera privilégié. Pour les réformateurs, Clausewitz permet de créer une typologie comprenant les niveaux stratégique, opérationnel et tactique. Chaque niveau correspond respectivement à la guerre, la campagne et la bataille dans le temps. Dans l’espace, ces trois notions sont liées au pays, au théâtre d’opération et aux positions.[3]

Cette conception est pourtant critiquable au regard de la pensée de Clausewitz.[4] Les subdivisions établies soulèveront d’ailleurs quelques difficultés. L’introduction d’un niveau opérationnel est confuse pour certains. Ainsi, le colonel Lloyd J. Matthews se demandera d’abord pourquoi ne pas avoir nommé ce niveau métatactique ou grande tactique comme le faisaient Liddell Hart et Jomini. De plus, ce colonel rappelle qu’il est excessif de résumer le niveau opérationnel à la doctrine AirLand Battle qui est, avant tout, une façon de penser le combat et qui ne se raccroche pas à un échelon particulier.[5]

A contrario, John L. Romjue affirme justement qu’AirLand Battle est le niveau opérationnel. Cet auteur voit la naissance du niveau opérationnel comme directement liée à une filiation germanique. Il perçoit la source de l’art opérationnel chez Moltke l’Ancien et note également l’influence que le manuel HDv 100/100 a eu dans l’édification du FM 100-5. Mais, de façon paradoxale, alors que le FM 100-5 développait une vision opérationnelle, le HDv 100/100 laissait tomber la notion en 1973 – bien que dans les années 80, le terme soit réintroduit.[6]Notons aussi que Clausewitz servira, bien entendu, à lier la vision opérationnelle de la guerre à celle du politique.[7]

Ajoutons encore une remarque ici en ce qui concerne l’utilisation de Clausewitz et des autres auteurs classiques de la stratégie au niveau opérationnel. Comme le signalait le colonel Huba Wass de Czege, l’un des rédacteurs du manuel FM 100-5 de 1986, les travaux académiques tels que ceux de Peter Paret ou Michael Howard, sont bien souvent insuffisants pour le soldat. En effet, ces travaux ne donnent pas assez de poids aux idées de Clausewitz encore valables sur le champ de bataille. Que ce soit pour Sun Zi, Jomini ou Clausewitz, l’armée est avant tout intéressée par les concepts qu’il y a moyen de dégager de ces ouvrages.[8]C’est sur l’évolution de ces concepts dans le discours stratégique qu’il convient de s’attarder maintenant.

Section 2 – Les notions de friction, chance, incertitude et le rôle du renseignement

Précisons directement, les notions de friction, chance et incertitude renvoient directement à d’autres concepts. On retiendra principalement celui de renseignement dans cette partie. Le rôle des théories de la complexité aurait pourtant eu sa place (voir infra).[9]Mais frictions, chance et incertitude doivent une grande part de leur existence à la nature humaine des conflits. De façon quelque peu arbitraire, mais représentative des discussions menées au sein des forces armées américaines, il a donc été décidé de discuter, dans les paragraphes suivants, des concepts de génie et des forces morales qui sont étroitement liés.

En fait, le mécanisme de friction est officiellement reconnu dans de nombreux manuels des forces armées américaines. Les manuels FM 100-5 de 1982, 1986 et 1993 ainsi que certains manuels de l’U.S. Air Force, du Corps de Marines, et interarmes en font mention.[10]

Ensuite il faut bien constater que le concept de friction, ainsi que ceux de chance et incertitude, est principalement discuté en rapport avec deux notions elles-mêmes très liées : la surprise et le renseignement. En effet, s’il n’y avait pas de frictions, la guerre serait une activité parfaitement transparente (et le renseignement tout-puissant) et il n’y aurait donc plus de risque de se laisser surprendre par l’ennemi.

Mais s’il existe des frictions pour un camp, il en existera inévitablement pour l’adversaire de ce camp. Donc les frictions ne sont pas unilatérales. Elles peuvent même être employées avec profit. Elles peuvent constituer un levier puissant dans la lutte et pas seulement un obstacle. Cette constatation découle directement du point de vue interactif de l’acte de combat dans le Traité.[11] Ces considérations seront liées avec, comme nous l’avons déjà indiqué, le génie, le moral, mais aussi avec les modèles de guerre d’anéantissement et d’attrition, et le rôle de la manoeuvre (voir infra). Indiquons encore que le centre de gravité, qui est considéré comme toujours plus immatériel par le discours stratégique américain, se marie très bien avec un point de vue positif des frictions. Si le centre de gravité est constitué des moyens de commandement et de contrôle de l’adversaire, son attaque résultera en l’augmentation du niveau des frictions encourues par celui-ci. La paralysie de l’ennemi devient donc un objectif.[12]

On constate que certains ont reproché à Clausewitz d’accorder trop peu de place à la notion de surprise.[13] Il est vrai que Clausewitz évoque peu la surprise à proprement parler dans On War par comparaison à Sun Zi ou à Machiavel . Sun Zi est toujours considéré comme l’instigateur d’une stratégie basée sur la tromperie, la stratégie indirecte voire la « non bataille ».[14] Clausewitz est, lui, toujours perçu comme le père de la stratégie reposant principalement sur la bataille. Mais la surprise n’est-elle pas simplement la version unilatérale des frictions ? Quoi qu’il en soit, Clausewitz est souvent associé à l’Art de la guerre de Sun Zi lorsque l’on évoque le concept de surprise.

Si on s’intéresse maintenant plus particulièrement au rôle du renseignement, plusieurs remarques s’imposent. Premièrement, Clausewitz, tout comme Sun Zi, peut être mis en évidence quant à l’importance que ce phénomène prend dans la guerre. En reprenant, par exemple, deux études de cas liés à la guerre de l’information  – information warfare -, Clausewitz, autant que Sun Zi, est pris à témoin quant à la nécessité de connaître son ennemi.[15]

Mais parfois, le discours stratégique américain se montre perplexe à l’encontre du rôle que Clausewitz confère au renseignement. Le Prussien se contredirait en considérant que parfois le renseignement est utile, alors qu’à d’autres moments il le dénigrerait totalement.[16]Pour Victor M. Rosello, le problème du renseignement dans l’œuvre de Clausewitz est le fait d’une différence de concepts. Dans leur traduction de On War, Peter Paret et Michael Howard ont choisi le terme intelligence – renseignement – pour le mot allemand Nachtrichten. Mais le terme allemand signifierait simplement information, soit de la matière brute qui doit être retraitée pour devenir renseignement. Pour Peter Paret, la distinction n’existait pas à l’époque entre renseignement et information – ceci expliquant peut-être cela. Victor M. Rosello conclut que la vision du renseignement de Clausewitz est en fait dogmatique et insuffisante. Jomini s’avérerait meilleur maître à penser en ce domaine.[17]

Michael I. Handel apporte quelques clarifications supplémentaires en la matière. Pour lui, dans On War, Clausewitz discute du renseignement sur le champ de bataille. Or, à l’époque de Napoléon, les informations glanées sur le champ de bataille étaient souvent de qualité douteuse. Par contre, les informations dont Napoléon pouvait disposer au niveau stratégique et opérationnel lui étaient primordiales. Ce qui conduit à une deuxième remarque qui concerne les moyens de compenser l’incertitude présente sur le champ de bataille. Toujours pour Michael I. Handel, Clausewitz met plutôt en évidence des facteurs intangibles du commandement pour contrebalancer la faiblesse du renseignement : le Fingerspitzengefühl ou, en français, le coup d’œil , terme déjà employé par le chevalier de Folard en 1724.[18] Mais ces notions ne sont plus entièrement valides. La guerre, reconnaissent Michael I. Handel et John Ferris, est toujours le domaine des frictions et des actions réciproques. Les évolutions technologiques ne changent pas cet état de fait. Par contre, il existerait aujourd’hui deux types d’incertitude : le premier type concernerait l’ignorance ou l’inhabilité d’obtenir des renseignements fiables. Ce type d’incertitude trouverait sa place dans On War. Le deuxième type d’incertitude relèverait des systèmes C.3I. – Command, Control, Communication and Intelligence, soit commandement, contrôle, communication et renseignement -, et serait extérieur à On War. Le second type d’incertitude est le résultat du risque de disposer de trop d’informations et de ne pouvoir séparer le « signal » du « bruit ». Les auteurs concluent que le rôle du calcul dans la tâche du commandant moderne devrait être plus important qu’à l’époque de Clausewitz. Le Prussien  a donc sous-estimé le rôle du renseignement. Mais les moyens modernes, mis à la disposition du commandant aujourd’hui, induisent la démultiplication de la quantité d’informations disponibles. Par conséquent, le chef militaire est dans l’obligation de se poser de nombreuses nouvelles questions. Le risque du commandement dans trop de détails est aussi évoqué.[19]En conclusion, les moyens matériels des combattants aujourd’hui rendent la surprise plus facile à prévenir au niveau tactique, alors qu’au niveau stratégique, elle est devenue plus facile à réaliser par les possibilités de projeter des forces de grande dimension et à grande distance.[20]

En fait, de façon plus générale, il existe deux attitudes dans le discours stratégique américain face à l’incertitude du combat. La première attitude consiste à accepter les frictions comme inhérentes à la guerre. Pour certains, de façon peut-être trop marquée, la solution aux frictions est une attitude « agressive » qui consiste à continuer ce que l’on a commencé à entreprendre, poussant plus loin, gardant confiance en soi et ce malgré les informations ambiguës. Le concept de coup d’œil est également encore évoqué et défini comme une grande habilité à distinguer ce qui est important dans une grande masse de signaux. Bien entendu, la vitesse de réaction est toujours placée en exergue.[21]

Relevant toujours de la même attitude, Roger A. Beaumont, propose de soumettre le personnel militaire à la surprise et à l’échec, lors d’exercices, en vue d’apprécier l’ampleur du phénomène. Quant au général Raymond B. Furlong, il met en évidence la nécessité d’introduire l’incertitude clausewitzienne dans les jeux de guerre – war gaming / kriegspiel -, idée plus récemment partagée par Antulio Echevarria. Il s’agit en fait véritablement d’entraîner le soldat à s’habituer aux frictions.[22]

La deuxième attitude consiste à penser que les frictions disparaîtront à terme. Cette attitude est partagée parmi les tenants les plus acharnés de la R.M.A. Pour eux, le champ de bataille devrait devenir parfaitement transparent.[23] La vision managériale et mécaniste du commandement procède de la même approche, traditionnellement ramenée à Jomini. L’être humain y est perçu comme une sorte de boîte noire ou de machine. Notons aussi que la débauche de matériel sophistiqué dont disposent les forces armées américaines n’est pas toujours de nature à faciliter l’appréciation de facteurs intangibles.[24]

Remarquons aussi que pour Jay Luvaas, les frictions réduisent la confiance à accorder aux principes de la guerre. Selon Luvaas, il est également essentiel de tenir compte des forces morales et du concept de génie pour se constituer une image réelle du déroulement de la guerre.[25] Et J.E. King d’ajouter que les frictions ont bien entendu un sens physique mais aussi psychologique. C’est dans ce second sens que la notion de génie et le moral prennent place.[26]

Section 3 – Le génie militaire

Bien que non mentionné dans des documents doctrinaux comme le FM 100-5, le concept de génie est souvent discuté en filigrane de réflexions sur la notion de commandement.[27] Directement lié à l’ensemble de la théorie clausewitzienne, le génie s’intercale de façon prééminente au regard du mécanisme de friction, des différences qui existent entre la guerre en théorie et en pratique, des forces morales – la guerre est une activité sociale, le fait d’êtres humains qui, à la différence des objets, interagissent de façon relativement imprévisible. Si cette notion s’avère cruciale, elle n’en est pas moins assez floue par rapport à nos critères psychologiques modernes.

Plusieurs auteurs américains se sont donc penchés sur l’idée du génie de façon plus ou moins élaborée. Jay Luvaas attire l’attention sur la dualité du concept de génie ; un bon chef de guerre doit à la fois faire preuve d’intelligence et de tempérament.[28] Comme cela a été indiqué, le génie étant un concept relativement flou, la remarque de Luvaas est complétée par d’autres textes tentant de détailler ce que recouvre la notion. Ainsi, on note que le génie a un caractère équilibré mais fort, le génie fait preuve de contrôle sur soi, il est instruit et imaginatif. Il fait également montre de courage, courage que Clausewitz répartit en plusieurs catégories : courage physique (le plus « primitif »), courage moral (beaucoup plus rare, et comportant un élément de responsabilité), détermination (à long terme) et hardiesse – boldness (elle est toujours nécessaire).[29]

Il est intéressant de noter que les écrits sur le génie se positionnent, grossièrement, dans deux grandes catégories, visant toutes deux à comprendre comment « parvenir » au génie. La première, de manière assez souple, penche en faveur de l’utilisation de l’expérience et de l’apprentissage par erreurs. La coopération au sein des unités prend également de la valeur dans ce processus. Ce faisant, l’officier est en mesure de développer sa confiance personnelle, qui l’aide à obtenir la détermination nécessaire à l’action. La culture de l’intellect s’impose parallèlement. Nul doute que l’institution de centre d’entraînement tel le N.T.C., National Training Center de Fort Irwin en Californie répond à la possibilité de s’entraîner en commettant des erreurs dans un cadre très réaliste mais néanmoins encore fort éloigné des véritables conditions de la guerre.[30] Il est aussi question de génie à propos d’un commandant capable d’équilibrer ses ressources à ses objectifs.[31]

La seconde approche cherche à raccrocher l’idée de génie à une structure plus « scientifique », soit en combinant le concept de génie avec des outils de la psychologie et des statistiques.[32]Cette seconde approche, dans son contenu, partage pourtant des caractéristiques identiques avec la première. Le rôle de l’intellect, les capacités d’apprentissage et d’adaptation sont largement mis en valeur. L’accent est aussi porté sur l’importance de l’expérience qui, à défaut de combat, s’acquiert par la simulation. Le courage et la détermination sont également placé en exergue. L’insistance sur ces notions s’avère encore accentuée par l’arrivée de concepts tels que celui d’information warfare.[33] Au total, le chef militaire est confronté à une quantité toujours plus importante d’informations qu’il doit gérer avec sang-froid.

Poussée à son extrémité, cette approche reprend simplement les attributs que Clausewitz confère au génie et les transforme en un modèle psychologique. C’est de cette manière que procède le lieutenant colonel Phillip N. Brown de l’U.S. Air Force lorsqu’il étudie le cas de Claire Lee Chennault.[34] Notons aussi l’existence de tentatives de conciliation entre l’idée de commandement chez Clausewitz avec des approches plus managériales.[35]

Le concept de génie est même transposé au niveau de la Grand Strategy, où il est en passe de devenir un attribut collectif hautement souhaitable. En dehors des caractéristiques déjà mentionnées précédemment, le génie doit ici être en mesure d’élaborer ses propres règles, de développer un nouveau paradigme de pensée. Cette vision cadre bien avec la recherche d’une Revolution in Military Affairs adaptée aux changements dans l’ordre des relations internationales. Et bien entendu, ici, le génie est capable de combiner toutes les ressources d’une nation : économiques, militaires, informationnelles et diplomatiques.[36]

En fait, la plupart du temps, le discours stratégique américain est en peine de rendre compte de la notion de génie en tenant compte des subtilités de Clausewitz. Encore une fois, ce concept, comme bien d’autres, a subi une dérive « mécaniste ».

Il convient également de citer la notion d’Auftragstaktik, qui correspond à une forme très souple et décentralisée de commandement. Le concept est souvent lié à Clausewitz aux Etats-Unis. Pourtant, Clausewitz n’en est qu’indirectement à la source. Bien que l’on puisse concevoir cette idée comme la suite logique de la pensée du Prussien, elle est généralement attribuée à Moltke l’Ancien.[37] L’historien israélien Martin van Creveld, lui, fait remonter cette forme de commandement aux unités de la Hesse, sous le général Lossow, qui combattait lors de la Révolution américaine.[38]

L’Auftragstaktik a en fait beaucoup d’affinités avec les concepts clausewitziens de génie et de friction. Le génie permet de surmonter les frictions, mais il ne peut prendre toute sa mesure que si on lui en donne la possibilité, qu’on lui laisse l’initiative comme le recommande l’Auftragstaktik.[39] Quoi qu’il en soit, cette notion a largement inspiré la doctrine opérationnelle américaine. Indéniablement, une doctrine qui vise l’initiative, la flexibilité et l’adaptabilité ne peut qu’être intéressée par cette méthode de commandement.[40]A partir de 1982, les éditeurs du manuel FM 100-5 veulent que celui-ci développe un esprit, une façon de penser et soit moins un « livre de recettes ».[41] Le commandement décentralisé fait partie de l’approche.[42] Toutefois, certains pensent qu’elle est encore insuffisamment développée au début des années 80.[43]D’autres, au contraire, reprochent à ce concept de constituer une simple excuse pour ceux qui ne désirent pas s’investir dans les nouvelles technologies de communication et de commandement.[44]

Section 4 – Le moral

L’importance du moral est fondamentale à l’édifice clausewitzien. Tout d’abord, pour le Prussien, la guerre est une activité humaine. Ensuite, répétons-le encore, les frictions, la chance, l’incertitude, la surprise sont liées à la nature humaine de cette activité.

Dans le discours stratégique américain, on retrouve de nombreuses références à la notion de moral. On le verra par exemple dans les manuels FM 100-5 d’août 1982 et de 1986. En s’inspirant de Clausewitz, ces documents affirment que le but de la guerre n’est pas uniquement la destruction physique de l’ennemi mais que le combat doit viser son effondrement moral. L’apport de Clausewitz est ici librement combiné avec celui de Liddell Hart et Sun Zi et à la notion de surprise.[45]Mais plus encore, pour l’édition de 1982, il semble bien que le rôle du moral, largement poussé en avant par le lieutenant général Richard E. Cavazos, ait été inspiré par la lecture d’Ardant du Picq et de John Keegan, respectivement au travers des livres Battle Studies et The Face of Battle.[46]

En fait, dans le discours américain, la valeur du moral, est prise au sens large. C’est un facteur qui est évoqué non seulement au niveau du soldat individuel, mais aussi pour le commandement, le décideur politique et pour la nation dans son entièreté. Ce dernier point avait été largement mis en évidence par les travaux de H.G. Summers sur la trinité paradoxale quant au rôle du soutien populaire. Globalement, le moral est perçu comme un levier de force – force multiplier – qui permet de dépasser l’épuisement matériel.[47]

En résumé, la notion de moral, et son importance dans le combat, est peu remise en cause dans le discours stratégique américain. Mais parfois, on aura l’impression que la façon dont ce facteur est abordé confine à une réduction mécaniste de l’être humain, tout comme dans le cas du génie. Il est vrai que l’approche managériale ne semble pas avoir été éradiquée dans l’étude du soldat. L’être humain donne souvent l’impression d’être conçu comme une machine à combattre.

Section 5 – Offensive, défensive et combinaisons

Il existe un certain consensus dans le discours stratégique américain sur la valeur de la défense et de l’offensive. Globalement, l’idée selon laquelle la défense est la forme la plus forte de la guerre est bien acceptée. De même, le discours marque généralement son accord sur la nécessité de passer à l’offensive dès que possible.[48] Dans ces considérations, il n’est pas rare de retrouver le nom de Clausewitz. On notera également que le manuel FM 100-5 d’août 1982 reprend la comparaison entre la défense active et le bouclier de coups portés à l’ennemi décrite par le Prussien.[49]Dans l’édition de 1986 du même manuel, les notions d’offensive et de défense sont directement traitées par le biais des classiques : Clausewitz, Jomini et Sun Zi.[50] L’édition de 1993 ne sera pas aussi explicite, mais la tonalité reste néanmoins très clausewitzienne. L’offensive y est définie comme la forme décisive de la guerre, le moyen ultime pour le commandant d’imposer sa volonté à l’ennemi. Quant à la défense, elle est considérée comme la forme la moins décisive mais la plus forte du combat.[51]

Ces idées se sont généralisées dans l’ensemble du discours stratégique à l’exception de l’U.S. Air Force. Les penseurs de cette Arme affirment que l’offensive est la forme la plus forte de la guerre pour la puissance aérienne. L’absence de relief dans les airs, donc l’absence de possibilités de se retrancher, la mobilité et la rapidité expliqueraient cet état de fait (voir aussi infra sur John Warden et l’école de la paralysie stratégique).

Les textes évoquant la relation entre défense et offensive sur base de Clausewitz méritent toutefois une critique générale. En effet, peu d’auteurs confèrent une dimension dynamique à cette relation. James Schneider fait exception en la matière. Pour lui, le commandant d’une armée est confronté à un dilemme : soit il cherche à défendre une portion de son territoire, soit il marche vers le centre de gravité ennemi, qui se résume bien souvent au gros des forces massées de l’adversaire. D’où la tension entre la possibilité de concentrer ses forces et de risquer de se faire envelopper ou de les répartir sur la ligne de front de manière linéaire.[52]Dans le même ordre d’idées, Richard M. Swain a remis en question l’affirmation de la supériorité de la défense. Selon lui, chacune des deux formes possède des avantages et des désavantages – le moral des troupes est plus mis à mal en position défensive tandis que l’offensive permet de profiter du terrain que l’attaquant choisi et il oblige l’ennemi à réagir.[53] Lorsque Clausewitz affirme la valeur (relativement) supérieure de la défense, il le fait par omission de nombreux facteurs : le courage, les considérations numériques, l’entraînement, etc.[54] Quoi qu’il en soit, Swain rejette la défense passive au profit d’un modèle plus actif.

Quelques-uns ne voient pas en quoi la défense peut être déclarée forme la plus forte de la guerre. Les situations trop particulières du combat ne permettent pas cette généralisation. Tout au plus peut-on déclarer que la défense est une forme de combat plus facile à mettre en œuvre car elle consiste en la préservation d’un objet au changement.[55]Mais Richard M. Swain rappelle que ce type de raisonnement n’est pas spécialement incompatible avec celui de Clausewitz qui n’a jamais fait de la défense, la forme la plus forte de la guerre un dogme mais une « tendance ».[56] Le rôle de la technologie est aussi mentionné comme facteur de nature à affecter l’équilibre entre les deux types d’opérations.[57]

Section 6 – Le centre de gravité

Le centre de gravité conduit, comme pour quasiment tous les concepts légués par Clausewitz, dans plusieurs directions. On le lie facilement à la pensée du Prussien centrée sur la bataille ou les idées selon lesquelles il existe une proportionnalité entre les moyens employés et le résultat, le principe de concentration des forces, l’anéantissement de l’ennemi sur le théâtre, et le rôle du nombre de combattants.[58]

Mais il convient surtout de noter l’importance de ce concept dans l’élaboration de la doctrine opérationnelle de l’armée de terre américaine. Le centre de gravité peut être considéré comme une pépite d’or tirée de l’oeuvre de Clausewitz pour le stratégiste moderne. Par conséquent, on remarquera que le concept n’est que marginalement remis en cause.

Commençons par identifier les références au centre de gravité dans les manuels doctrinaux. Pour l’armée de terre, sans le nommer, le FM 100-5 de 1982 adapte déjà le concept à partir de la notion de Schwerpunkt que l’on retrouve dans le document allemand HDv 100/100.[59]Mais la première véritable référence au centre de gravité se trouve dans l’édition de 1986 du FM 100-5, où il est combiné avec les conceptions inspirées de Jomini sur les points décisifs et les lignes d’opération.[60] On le retrouve aussi dans l’édition de 1993, de nouveau associé aux concepts de Jomini. Ici, le centre de gravité peut prendre plusieurs formes : l’armée ou la structure de commandement de l’ennemi, l’opinion publique, la volonté nationale ou la cohésion d’une alliance / coalition. On y considère que le centre de gravité n’est pas toujours directement discernable ; il peut ne pas être activé. Son activation, au niveau opérationnel, ne se fait que par l’initiation du combat.[61] Il existe aussi une nécessaire réévaluation permanente du concept. Ensuite, le centre de gravité est lié aux lignes de communication qui sont des orientations directionnelles pour l’utilisation des unités, dans le temps et l’espace, en rapport avec l’ennemi. Les forces peuvent ainsi opérer sur les lignes intérieures ou sur les lignes extérieures. Le second précepte lié est celui des points décisifs. Ils apportent un grand avantage au commandant qui les possède. Ils peuvent représenter une colline, une ville ou une base d’opération, mais peuvent aussi revêtir une dimension moins matérielle comme un poste de commandement, une centre de communication, etc. Il existe normalement, sur le champ de bataille, trop de points décisifs pour que le commandant puisse tous les détenir, ou les détruire. Les points décisifs doivent par conséquent être sélectionnés en fonction du centre de gravité.[62]

Comme on vient de le voir, le FM 100-5 de 1993 donne déjà de multiples exemples du centre de gravité.[63] Dans différents textes issus de publications de l’armée de terre, les autres « candidats » centres de gravité proposés sont beaucoup plus nombreux : l’armée, le point de jonction entre deux unités, le moral de l’armée, le moral du chef de guerre, le moral de la nation, la capitale de l’Etat ennemi, les zones industrielles (voire simplement l’économie), les élites politiques (ou le système politique, ou encore la cohésion politique), le cycle de prise de décision, la sphère informationnelle, la géographie, les lignes de communication, la logistique, la société dans son ensemble, ou un mélange de ces éléments.[64] Deux remarques s’imposent ici. D’une part, certains centres de gravité proposés sont de nature plus stratégique qu’opérationnelle, les auteurs en conviennent. On l’évoque parfois même au niveau tactique.[65] D’autre part, le fait de considérer la société dans son ensemble comme un centre de gravité est propre aux développements relatifs à la guerre de guérilla mais montre également une certaine convergence avec les approches de l’U.S. Air Force – sorte de néo-douhetisme.En fait, le centre de gravité est reconnu changeant, moral ou physique (voire immatériel), et variable selon l’échelon de force analysé.[66]

Ensuite, on remarquera que le centre de gravité a une fonction d’intégration dans la planification. C’est ce concept qui permettra de donner un cadre d’analyse dynamique aux principes de la guerre  ; concentration – et unité de l’effort -, manœuvre, initiative, lui sont adjoints.[67]En d’autres termes, il est une fois de plus mis en regard de l’apport jominien. Le colonel Huba Wass de Czege, qui s’était chargé de la rédaction de la partie sur le centre de gravité dans le FM 100-5 de 1986, note aussi que ce concept doit être relié aux facteurs M.E.T.T.-T. – Mission, Enemy, Troops, Terrain and Weather, and Time Available.[68]

Mais le centre de gravité est une notion dont la compréhension s’est bien souvent avérée épineuse pour le discours stratégique américain. Le problème fondamental est la confusion entre le centre de gravité, qui est en fait un point fort, et les points décisifs, qui servent de « levier » à l’attaquant, et les vulnérabilités qui permettent de prendre d’assaut les points décisifs.[69] Il est vrai que la confusion a même été constatée dans le manuel FM 100-5 de 1986.[70]Un article de Lawrence Izzo tenta de rectifier ces conceptions erronées. Pour lui, le centre de gravité est un point de force dans le dispositif ennemi. Un point décisif est par contre une faiblesse – weakness. Cette faiblesse peut être vulnérable ou non aux attaques. Les points vulnérables – vulnerabilities – peuvent donc être attaqués avec « facilité », mais tout point vulnérable n’est pas lié à un point décisif. Il convient de ne pas tous les prendre d’assaut sous prétexte de garder l’initiative ou d’obtenir des succès tactiques. Les attaques doivent entretenir une relation avec l’objectif de la campagne.[71]Malgré la mise au point introduite par cet article, il n’empêche que la confusion entre point décisif et centre de gravité perdure.[72] De plus, la publication de l’article de Lawrence Izzo valut à son auteur une critique rapide par un détracteur du concept, lui préférant purement et simplement les idées de Jomini sur les points décisifs. L’auteur de cette critique reprochant aussi à Clausewitz de ne pas introduire les lignes de communication sous la rubrique centre de gravité.[73] Certains désireront même remplacer le concept de centre de gravité par celui de centre de force – center of strength – et de lui adjoindre les notions de point de vulnérabilité – vulnerability point – et point focal de synergie – synergistic focal point.[74]

Ailleurs, le centre de gravité, combiné aux points décisifs de Jomini, est présenté sous forme de matrice valable aux niveaux tactique, opérationnel, stratégique militaire, et de la stratégie nationale. Il comprend donc les éléments de puissance politique, économique, psychologique et militaire. Les différents niveaux et outils de puissance jouent sur la matrice :

 

Centre de gravité Points décisifs
Allié Planifier des manœuvres contre les points décisifs ennemis, à partir de directions  inattendues, en utilisant des forces supérieures relatives. Cacher les points décisifs par des mouvements et des ruses. Les protéger si nécessaire.
Ennemi Eviter une confrontation directe entre les centres de gravité.  Viser les points décisifs pour détruire la cohésion de l’adversaire. Utiliser tous les moyens disponibles pour identifier et confirmer les points décisifs. Connaître leur degré de connexion et les effets secondaires de leur destruction.

 

L’auteur définit ensuite un axe conceptuel de la manœuvre, du centre de gravité allié vers les points décisifs ennemis.[75]

En résumé, on vient de constater que le centre de gravité était un concept combinable avec les lignes de communication, les points décisifs et les principes de la guerre. En d’autres termes, on peut lui adjoindre la plupart des outils jominiens. Mais les combinaisons ne s’arrêtent pas là. Le centre de gravité est aussi mis en rapport avec les travaux de Liddell Hart et de Sun Zi. Ainsi, pour le lieutenant général Raymond B. Furlong de l’U.S. Air Force, en temps de guerre, l’un des principes majeurs d’une force est de rester concentré en vue d’attaquer le centre de gravité de l’adversaire. Mais ce faisant, l’auteur pense que l’on risque de reproduire les résultats de la Première Guerre mondiale, soit l’échec de toute opération qui tente de confronter le centre de gravité des deux forces. Raymond B. Furlong pense donc que Liddell Hart ajoute énormément à Clausewitz en évoquant la possibilité d’attaquer un point faible dans le but de renverser un point fort.[76]Quant à Sun Zi, il permet de rajouter une « couche d’immatérialité » au concept. Au travers des écrits du Chinois, la dynamique des forces morales, la lutte des volontés des commandants, l’attaque de la stratégie de l’adversaire – et non de ses forces – prennent une importance plus grande.[77]La mutation du centre de gravité en un concept postindustriel, avec insistance sur la massification des effets à produire au détriment de la simple massification de la puissance de feu, et le rôle dévolu à la guerre informationnelle permettent aussi à certains auteurs de rendre le concept compatible avec l’Art de la guerre de Sun Zi.[78] Mais l’ensemble de ces élaborations tendent à éloigner le centre de gravité de sa filiation originale avec le Prussien. Le nom de Clausewitz est de moins en moins cité lorsque le concept est décrit.

Il convient ensuite de faire remarquer que le centre de gravité tel qu’utilisé par le discours stratégique américain est bien souvent peu dynamique. Tout comme la notion de trinité paradoxale, on lui assure rapidement une certaine « fixité structurelle ».[79] L’inspiration des théories de la complexité tentera de dépasser cette limitation.

A ce propos, une méthodologie a été développée au sein du Center for Strategic Leadership de l’U.S. Army War College en vue de déterminer, analyser et utiliser la notion de centre de gravité. Le document composé de trente-deux pages est en fait un vaste « questionnaire » établi par dix-sept étudiants de l’armée de terre, de l’armée de l’air, de la marine de guerre, ainsi que des étudiants étrangers en provenance d’Egypte, de Thaïlande, des Philippines et d’Allemagne. La méthode se décompose en quatre phases : situer, déterminer, analyser et appliquer le concept de centre de gravité, valable aux niveaux stratégique et opérationnel. Situer requiert d’aborder les facteurs démographique, économique, géographique, historique et international, militaire, politique, psychosocial et les intérêts et objectifs politiques affectant un adversaire au travers de questions telles que : quelles sont les forces et les faiblesses militaires ; quelle est la forme du gouvernement ; quel type d’économie soutient les forces militaires, etc. La détermination du centre de gravité est la seconde phase. On y étudie la composition des forces, les éléments de commandement, le type de gouvernement, le niveau de civilisation – préindustriel, industriel ou informationnel – et d’autres éléments comme les groupes clefs non politiques. A ce stade, un seul candidat au centre de gravité doit subsister. On en arrive à la phase d’analyse du centre de gravité stratégique qui cherche principalement à établir si la meilleure approche est de type direct ou indirect. Le centre de gravité opérationnel est, lui, considéré comme nettement plus simple à identifier car il est avant tout composé des forces de combat ennemies. La dernière phase, celle de l’application, confère une dimension dynamique à ce questionnaire car elle implique une réévaluation du centre de gravité à la lueur de l’évolution des hostilités. Il faut remarquer que la méthodologie en question établit de manière claire la différence entre centre de gravité et points décisifs. Elle affirme de plus que le centre de gravité stratégique est fixe, sauf cas d’élimination pure et simple, alors qu’il est changeant au niveau opérationnel. En plus, elle postule que le centre de gravité est valable pour les opérations autres que la guerre ou les opérations de basse intensité.[80] Mais le problème principal résultant de cette analyse est d’affirmer se nature non linéaire, mais d’agir comme en situation linéaire. L’analyse est dynamique en ce qu’elle implique la réévaluation régulière du centre de gravité. Par contre la dialectique d’opposition des forces et les tentatives mutuelles d’attaques – la dimension interactive – des centres de gravité n’est que brièvement évoquée à la fin du document.[81] Pat Pentland a, par contre, introduit une dimension nettement plus dynamique à la conception de centre de gravité. Pour lui, vaincre un centre de gravité est possible de quatre manières : (1) en l’isolant du système dont il fait partie ; (2) en bloquant les boucles de rétroactions à l’intérieur du système ; (3) en appliquant une quantité immense d’énergie sur le système ; (4) en surchargeant et détruisant chacun des éléments du système – en les désarticulant en quelque sorte.[82]

Le centre de gravité revêt aussi une grande importance pour les planificateurs de l’U.S. Air Force.[83]La notion est aujourd’hui présente dans la doctrine de cette Arme. On la retrouve, par exemple, dans le manuel AFDD 1.[84]Toutefois, l’utilisation du concept n’est pas exempte de critiques. Le centre de gravité dans l’U.S. Air Force reposerait sur une approche du ciblage démultipliant en fait le concept en autant de points à éliminer qu’il semble nécessaire.[85] On aurait donc une équation centres de gravité = cibles. Officiellement pourtant, la définition du concept par l’U.S. Air Force affirme l’existence d’un seul centre de gravité d’où émanerait la liberté d’action et la volonté de combattre de l’ennemi (voir aussi infra sur l’école de la paralysie stratégique).

Quant à l’U.S. Navy, elle vient de reconnaître le centre de gravité en 1994 dans son manuel NDP 1, Naval Warfare.[86]On retrouve aussi ce concept dans un White Paper commun à la Navy et au Corps des Marines. Le centre de gravité y est défini comme physique ou non-matériel, le plus souvent intangible.[87]

Le Corps des Marines est par contre un grand consommateur de ce concept. Ainsi, les manuels MCDP 1, Warfighting de juin 1997, MCDP 1-2, Campaigning de août 1997, MCDP 1-1, Strategy de novembre 1997, MCDP 1-0, Marine Corps Operations de juin 2000 citent tous le centre de gravité. On a néanmoins reproché au Corps des Marines de confondre le centre de gravité avec le concept de vulnérabilité dans le dispositif de l’adversaire.[88]

Toutefois, d’après les documents consultés, le Corps des Marines fait bien la différence entre la notion de centre de gravité et celle de vulnérabilité critique. A titre d’exemple, les manuels FMFM 1 et MCDP 1-1 appellent vulnérabilité critique un facteur dont l’attaque ou l’exploitation doit permettre de détruire ou mettre à mal un centre de gravité.[89]

Malgré tout, un officier de réserve du Corps des Marines a écrit un article montrant un grand scepticisme par rapport au centre de gravité et à la notion de critical vulnerabilities – vulnérabilités  critiques. L’auteur, le colonel Mark Cancian, pense qu’il n’existe pas toujours de centre de gravité. Les activités humaines se déroulent en réseau. Cela signifie qu’il existe en permanence des « chemins alternatifs » et que l’idée de la destruction d’un centre de gravité puisse produire un effet disproportionné au point de réduire l’ennemi à néant est douteuse. De plus, les êtres humains sont des acteurs dynamiques qui échappent à une vision figée du centre de gravité. Or, on ne trouve aucune notion parallèle à celle du réseau dans les conceptions de Clausewitz. Il existe bel et bien un risque de créer des centres de gravité là où il n’en existe pas. L’auteur critique en fait une certaine vision du coup décisif, « rêve » de tout planificateur opérationnel, mené par un service unique au détriment d’une conception interarmées – joint – du combat.[90]Pourtant, le centre de gravité revient aussi dans la littérature interarmées où il est appréhendé comme un outil intégrateur des forces.[91]

On peut ajouter que le centre de gravité a parfois été utilisé dans les réflexions sur les forces nucléaires durant la guerre froide. Pour une certaine école, les forces nucléaires adverses constituaient alors le centre de gravité ennemi.[92] Cette conception se rapproche bien entendu de la conception war-fighting, qui soulève un problème en rapport avec la notion de centre de gravité. En effet, en cas de guerre nucléaire, le potentiel disponible en armements de destruction massive était (et reste encore) tellement élevé qu’on peut se demander si celui qui décide de s’en servir ne lancera pas ses engins sur tout ce qui ressemble de près ou de loin à un centre de gravité.[93] Or, comme cela a déjé été vu, la démultiplication des centres de gravité rend le concept de moins en moins utile.[94]

Et pour terminer, constatons que le centre de gravité est aussi devenu un instrument d’analyse historique. Par exemple, une analyse de la campagne américaine menée sur le théâtre des opérations européennes lors de la Seconde Guerre mondiale reproche le manque d’attention porté au centre de gravité par le commandement allié. Les considérations humanitaires comme la libération des populations civiles, le manque de confiance, l’expérience de la Première Guerre mondiale, la tyrannie de la logistique et du terrain inhibèrent les actions menées à l’encontre des centres de gravité des forces de l’Axe.[95] Le centre de gravité est aussi évoqué au niveau stratégique dans le cadre d’opérations très récentes. Dans le cas de l’ex-Yougoslavie, le centre de gravité lors de la guerre en Bosnie aurait été la Serbie.[96]

Section 7 – Le point culminant de l’attaque ou de la victoire[97]

Ce concept est indiqué dans les éditions de 1986 et 1993 du FM 100-5 ainsi que dans le récent FM 3-0. Dans l’édition de 1986 du FM 100-5, il est nommé culminating point of victory alors que dans l’édition de 1993, il est devenu, simplement, culmination. Le FM 3-0 reprend le concept de culminating point.

Il est défini comme le point à partir duquel l’offensive perd son avantage principalement sous l’effet de l’extension extrême des forces. Elle survient lorsque les unités doivent, par exemple, protéger leurs lignes de communication contre des attaques de flanc ou contre des opérations menées par des partisans. Si l’attaquant poursuit par delà ce point, la défaite est à craindre. Mais la notion s’avère aussi applicable à la défense. Le point culminant est dépassé par le défenseur quand il n’est plus en mesure de contre-attaquer. Dans le cas de l’attaque, le rôle de la logistique et du renseignement est souligné dans le processus de renforcement en vue de repousser le point culminant. Le point culminant est considéré comme valable aux niveaux stratégique et opérationnel. A l’échelon tactique, on parlera plutôt d’une trop grande extension due à un manque de ressources.

Mais, le manuel FM 100-5 de 1986 affirmait tout de même que l’offensive peut se poursuivre au-delà du point culminant dans certains cas. Parfois le concept de point culminant peut perdre sa raison d’être. Si l’attaquant est excessivement puissant et que le défenseur ne peut agir de manière significative, ou si l’attaquant est si faible que son point culminant est sa ligne de départ, le concept perd beaucoup de sa valeur.

En fait, il y aurait quatre raisons qui interviennent dans la précipitation du point culminant : (1) les pertes, (2) la difficulté de calculer le point culminant, (3) la notion erronée de l’héroïsme qui pousse le commandant à aller toujours de l’avant, et (4) l’obsession et le désir de vaincre à tout prix.[98]

L’édition de 1993 du FM 100-5, quant à elle, donnait quelques exemples historiques du concept. Sur le plan stratégique, il s’agit de l’offensive allemande en France en 1914 et l’invasion allemande en Russie de 1941. Sur le plan opérationnel, il s’agit de la contre-offensive allemande dans les Ardennes en 1944, l’avance de Patton à travers la France qui s’embourba en Lorraine par manque de ravitaillements, etc.[99]

On retrouve aussi le concept de point culminant dans les manuels FMFM 1 et MCDP 1-1 du Corps des Marines et dans la publication Joint Doctrine Capstone and Keystone Primer  de 1997. Dans la doctrine, la description qu’en donne actuellement l’U.S. Air Force est peut-être la plus intéressante. Selon cette Arme, le point culminant ne doit plus être considéré dans un schéma linéaire de la guerre. Alors que traditionnellement, lorsque l’opération ennemie atteignait son point culminant, les forces amies commençaient à se préparer à passer à la contre-offensive, maintenant il est recommandé d’agir en vue de forcer l’ennemi à dépasser ce point. Il ne faut pas nécessairement attendre, selon le manuel AFDD 1, que l’ennemi ait atteint le point pour préparer ses forces à intervenir.[100]

En fait, en dehors des manuels, le concept de point culminant est, malgré tout, et assez curieusement, peu discuté dans la littérature stratégique américaine.[101]Michael I. Handel y voit un des exemples des contradictions que l’on peut relever dans l’œuvre de Clausewitz. Le point culminant serait en contradiction directe avec le principe de continuité, ou principe d’exploitation, énoncé par le Prussien. De plus, ce concept serait trop nébuleux pour avoir un impact réel dans la pratique. Il s’avère par contre très enrichissant sur le plan théorique.[102]

Dans la seconde édition de son ouvrage Masters of War, Michael I. Handel s’est pourtant attardé sur cette notion. Il a tenté de la représenter graphiquement sur base d’une carte de l’invasion de la Russie par Napoléon en 1812 et des opérations menées en Afrique du Nord entre 1940 et 1943 par les Allemands. De même, il utilise un graphe abscisse / ordonnée, mettant en relation le temps et la force relative des adversaires aidant à situer le point culminant de la victoire ou de l’attaque. Il mentionne également que, comme tout principe, le principe de continuation – pendant au point culminant – peut devenir conflictuel avec d’autres principes lorsqu’il est poussé à son point extrême.[103]

Pour John E. Tashjean, le concept de point culminant permettrait d’appréhender la dichotomie entre l’espoir de mener des guerres courtes – rapides et décisives – et le risque de s’embourber dans un conflit (il mentionne d’abord que le concept entretient des relations avec des éléments théoriques de l’astrologie et de l’astronomie et qu’il peut être étudié dans l’usage des réserves chez Montecuccoli, ou à partir du concept classique de victoire chez Machiavel  et de l’importance de la logistique chez Frédéric II). En appliquant le point culminant au niveau des relations internationales, il permet de comprendre les guerres de courte durée en faisant abstraction de phénomènes qui étaient inconnus, selon l’auteur, de Clausewitz, comme la haine génocidaire, la croisade militaire ou l’existence d’armes de très grande puissance destructive, ces derniers phénomènes encourageant la prolongation et la polarisation du conflit.[104]

Une autre application, originale, du point culminant est faite par Edward N. Luttwak. Pour l’auteur, la guerre est partout faite de paradoxes. Ces paradoxes contiennent en eux le germe du point culminant. Par exemple, le point culminant est appliqué à la technologie militaire : le matériel est utile jusqu’au moment où l’ennemi dispose de contre-mesures efficaces. Passé ce moment, le point culminant est franchi. De la même manière, la surprise est un facteur vanté parmi les principes de la guerre, mais ce principe est en contradiction avec la rapidité d’action. Pour surprendre son ennemi, le combattant devra emprunter un itinéraire plus long. Un équilibre doit être trouvé dans ces contradictions. L’auteur note aussi qu’en temps de paix, les nations disposent d’une capacité à conduire la guerre d’un niveau donné. En temps de guerre, ce potentiel diminue inévitablement, alors que c’est à ce moment qu’il devient le plus indispensable de le maintenir à son point le plus élevé. C’est un autre paradoxe qu’il est aussi possible de raccrocher au point culminant.[105]

Section 8 – Relecture de Clausewitz par H. Delbrück, ou éclairage des concepts d’anéantissement et d’attrition, ainsi que le rôle de la manœuvre

Hans Delbrück (1848-1929) était un historien allemand qui consacra une bonne part de son travail à l’histoire militaire. Indépendant de l’armée, il travailla avant tout à l’université de Berlin. Son indépendance lui valu d’ailleurs des difficultés avec l’état-major. En effet, Delbrück critiqua la façon dont cette institution avait mené la Première Guerre mondiale. Durant ce conflit, l’historien contribua pourtant à l’éducation militaire du public. D’un point de vue historique, Hans Delbrück se raccroche à l’école de Leopold von Ranke qui cherchait à établir les faits historiques derrière les légendes – matérialisme historique, histoire scientifique.[106] Delbrück retournait donc aux sources premières et reconstruisait, de manière parfois surprenante, le passé. Son œuvre maîtresse est intitulée Geschichte der Kriegkunst im Rahmen der politischen Geschichte dont le premier volume a paru en 1900. Il faudra néanmoins attendre 1983 pour que la première traduction américaine des quatre premiers volumes soit achevée sous le titre The History of the Art of War.[107]La traduction en question a été réalisée par un officier de West Point. En 1990, les quatre ouvrages sont republiés par les Presses Universitaires du Nebraska sous la forme de paperback (soit sous une forme non cartonnée). Selon Arden Bucholz, l’œuvre de Delbrück est bien connue des officiers de l’armée d’active de l’U.S. Army vu la rapidité à laquelle l’ouvrage s’est vendu dans les librairies.[108]

Dans cette histoire de la guerre, Delbrück effectua une relecture de Clausewitz. Il en dégagea d’abord l’idée de soumission du militaire au politique. Mais, c’est aussi à partir de Vom Kriege, qu’il conçut l’existence de deux types de stratégie dont il repère la présence à travers le temps : Niederwerfungsstrategie et Ermattungsstrategie. La Niederwerfungsstrategie est dite d’anéantissement alors que l’Ermattungsstrategie est une stratégie d’épuisement ou d’usure – exhaustion en anglais. La stratégie d’anéantissement est celle de Napoléon, Alexandre et César, alors que la stratégie d’épuisement est celle de Wallenstein, Périclès, Gustave Adolphe et Frédéric II. Alors que la stratégie d’anéantissement a un seul pôle, la bataille, la stratégie d’usure est bipolaire : elle s’organise autour de la bataille et de la manoeuvre.[109]

Cette interprétation de Clausewitz est actuellement considérée comme erronée (toutefois, cela ne diminue guère la valeur du travail de Delbrück). La stratégie d’anéantissement est apparentée à la guerre absolue de Clausewitz. Or ce concept n’est pas matériel mais purement « idéel ». La stratégie d’épuisement est raccrochée à la guerre dans la réalité qui, chez Clausewitz, n’est pas incompatible avec une notion comme la guerre d’anéantissement. Herbert Rosinski a employé une bonne image pour représenter l’erreur de Delbrück : ce dernier place sur un même plan deux dimensions différentes.[110]

En tout cas, bien que le plus souvent indirectement inspirées de Delbrück, les notions d’anéantissement et d’attrition[111] ont donné lieu à différentes formes de conceptualisation dans la pensée stratégique américaine. Dans The American Way of War, l’historien Russel F. Weigley affirme dans son introduction que la stratégie d’anéantissement  – annihilation et donc par opposition au modèle d’usure, attrition, exhaustion, ou erosion – est devenue typique des Etats-Unis.[112] Il est vrai que l’on retrouve souvent l’influence du modèle napoléonien dans le style américain de la guerre. On peut donc postuler qu’il existe une sorte de paradigme de l’anéantissement reposant sur une lecture des campagnes françaises de la révolution, lecture effectuée à partir de Jomini et de Clausewitz.

Or, c’est bien suite à cette constatation que les réformateurs ont réagi dans les années 80. Mais ces réformateurs vont pratiquer un glissement dans le sens des expressions anéantissement et usure. Si pour Weigley l’anéantissement, annihilation, était la stratégie typique des forces armées américaines, les réformateurs, eux, utiliseront le terme attrition. Dans son sens premier l’attrition, chez Delbrück, est le modèle de la stratégie d’usure qui utilise la manœuvre et cherche des objectifs limités, comme Frédéric II la pratiqua. La stratégie d’anéantissement – annihilation – est celle qui implique l’emploi de la « puissance brute », avec une grande insistance sur le rôle du feu. Les réformateurs vont confondre les deux notions. Pour Luttwak par exemple, l’armée américaine fait trop usage de la stratégie d’attrition. Mais ici, l’attrition n’est plus conçue comme une stratégie d’usure par le mouvement. Elle est comprise dans le sens d’une stratégie d’anéantissement selon les critères de Delbrück. Luttwak insiste sur le fait que l’armée américaine prend trop appui sur la puissance de feu et pas assez sur les capacités manœuvrières. Il conseillait d’adopter ce qu’il nommait la manoeuvre relationnelle, basée sur l’emploi de la technologie et le mouvement.[113] A l’époque, cette approche avait été décriée par John J. Mearsheimer. Mearsheimer notait par ailleurs le modèle d’attrition – qu’il utilise dans le même sens que Luttwak – qui sert à qualifier le style américain de la guerre est un style qui n’est pas propre aux Etats-Unis mais aux forces occidentales en général.[114] John J. Mearsheimer semblait, de plus, assimiler Clausewitz à la guerre d’attrition.[115] En fait, lorsque l’on consulte l’ouvrage classique de Mearsheimer sur la dissuasion conventionnelle – Conventional Deterrence -, on remarque qu’il utilise très librement l’apport des classiques. Clausewitz est en effet assimilé à la stratégie d’attrition et Liddell Hart, assez logiquement, lui, sert à illustrer la Blitzkrieg. Pour Mearsheimer, ces deux types de stratégie ont pour but d’infliger une défaite décisive à l’ennemi. Il définit ensuite la stratégie à objectif limité dont le but est d’acquérir une partie du territoire de l’adversaire.[116] Cette stratégie à objectif limité est pourtant bien présente dans l’œuvre de Clausewitz. C’est aussi à partir de cette source que Delbrück s’est inspiré pour élaborer le concept de stratégie d’attrition dans son sens premier. Il existe donc une certaine confusion dans la façon dont Mearsheimer prend appui sur les classiques. Il faut noter que Mearsheimer ne mentionne qu’une seule fois Delbrück dans Conventional Deterrence (dans une citation qui précède l’introduction). Mais cette citation ne se réfère même pas aux deux types de stratégie. Delbrück ne figure par contre pas dans la bibliographie. Mais, on retrouve plusieurs références à Clausewitz, liées à l’idée de stratégie d’attrition dans l’étude de Mearsheimer.

Ensuite, au sein du Corps des Marines, les  notions d’attrition ou de manœuvre sont encore très présentes. Par exemple, on les retrouve dans le document FMFM 1. Quant au manuel MCDP 1-1, également des fusiliers marins, il reconnaît l’existence des stratégies d’érosion et d’anéantissement. Mais, ce dernier manuel se montre nuancé à l’encontre de ces concepts. Selon le texte, il est parfois difficile de déterminer à quelle catégorie appartient une stratégie qui ne s’est pas encore pleinement développée. De plus, les deux concepts peuvent parfois se recouvrir dans la réalité. D’autre part, dans le cas où un belligérant, ou même deux belligérants, décide de pratiquer une stratégie d’anéantissement, elle peut tourner à l’érosion s’il(s) ne dispose(nt) pas de moyens suffisants pour prendre le dessus sur son (leur) adversaire.[117] On retrouve aussi une trace des concepts d’attrition et de manœuvre dans le document NDP 1 de l’U.S. Navy. Le rôle de la manœuvre est ici cité aux côtés de Sun Zi.[118]

Quoi qu’il en soit, selon un article de la Military Review, attrition ou manœuvre serait un choix à poser à tous les niveaux de la guerre. La politique peut cibler les ressources économiques ou militaires de l’adversaire ; la stratégie peut être directe ou indirecte ; l’art opérationnel est soit d’attrition soit de manœuvre ; la tactique est soit centrée sur l’utilisation de la puissance de feu, soit sur le mouvement. Dans chacun des cas apparaît la dichotomie attrition vs manœuvre. La question reste pourtant posée de savoir si l’attrition est véritablement une stratégie ou une absence de stratégie.[119]

En d’autres termes, il semble que l’influence de Delbrück, et de Clausewitz au travers de Delbrück, dans le discours stratégique américain est mitigée. Pour rappel, l’histoire de la guerre de Delbrück est traduite tardivement, en 1983. Arden Bucholz précise que celle-ci s’est bien vendue. Néanmoins, The History of the Art of War totalise plus de 2000 pages. On est en droit de se demander si beaucoup d’officiers ont lu l’entièreté de l’œuvre. De plus, peu d’autres textes de Delbrück sont disponibles en anglais. L’œuvre de Delbrück semble donc majoritairement connue par des sources de seconde main, comme les deux éditions du Makers of Modern Strategy qui lui consacrent chacun un chapitre. Mais plus encore, on peut penser que c’est grâce à l’ouvrage The American Way of War de R.F. Weigley que les concepts d’annihilation et d’attrition se sont diffusés. A partir de là, les réformateurs ont beaucoup usé, et mal usé, de ces concepts dans leur recherche d’une stratégie plus manœuvrière et leur évaluation du rôle de la bataille. Il est donc temps de se demander ce que le discours stratégique américain a retenu de Clausewitz, et uniquement de Clausewitz, à propos de ces deux notions.

Concernant la bataille, on constate qu’il existe toujours un certain espoir de la part du stratégiste de ne pas devoir passer à l’engagement réel et d’obtenir une décision par la menace.[120] Une lecture approfondie du Prussien permet d’ailleurs à certains textes de postuler que la destruction réelle des forces ennemies n’est pas nécessaire. Mais ici la corrélation avec Sun Zi s’impose bien souvent. Cela est déjà perceptible dans le manuel FM 100-5 de 1982 où le Chinois est retenu comme exemple de pensée refusant le modèle d’anéantissement.[121] Michael I. Handel met toutefois en garde contre une trop grande confiance en Sun Zi et la possibilité de vaincre sans faire couler de sang. Selon lui, se battre sans tuer ou blesser nécessiterait comme prérequis une sorte d’accord tacite entre les deux camps.[122] On retrouve bien dans ce raisonnement un lien avec la pensée de Clausewitz.

En fait, alors que Clausewitz était largement considéré comme le penseur de l’anéantissement avant la fin de la guerre du Vietnam, cette référence a régressé depuis. Bien sûr, cette façon d’étudier le Prussien est encore très souvent présente, en particulier dans les textes relatifs au centre de gravité (voir supra), mais le discours stratégique désire aller plus loin. C’est ainsi qu’à côté des notions d’usure et d’anéantissement, une nouvelle modalité a vu le jour, celle de disruption – perturbation, interruption, dérangement. On retrouve cette approche dans les manuels FM 100-5 les plus récents. Dans l’édition de 1993, on peut lire : Le défenseur perturbe le tempo et la synchronisation de l’attaquant en contrant ses initiatives et en l’empêchant de masser une puissance de combat écrasante. Les commandants défenseurs utilisent également les perturbations pour attaquer la volonté de l’ennemi à poursuivre. Ils le font en vainquant ou induisant en erreur les forces de reconnaissances ennemies, séparant les forces ennemies, isolant ses unités, et brisant ses formations de telle manière à ce qu’elles ne puissent se battre en un tout intégré. Le défenseur interrompt le feu de soutien, le soutien logistique, et les capacités de commandement et de contrôle. Il fait illusion quant à ses véritables dispositions et intentions, il défait la coordination des unités de soutien armé, et brise le tempo des opérations offensives. Il n’est jamais permis à l’attaquant de prendre pied. Il est frappé par des attaques visant à l’expulser avant qu’il ne puisse rassembler sa puissance de combat et est contre-attaqué avant qu’il ne puisse consolider ses gains.[123]

En d’autres termes, un nouveau paradigme semble se créer face à celui de la bataille d’anéantissement – et des corollaires qui lui sont généralement attribué : Jomini, Clausewitz, Napoléon, et la révolution industrielle. Ce paradigme serait composé de l’apport de Sun Zi, de Liddell Hart, du concept de révolution post-industrielle.[124] Centrant son développement sur les idées d’attaque de la stratégie adverse, ou du cycle de décision, ou de la sphère informationnelle, la composante violente de la guerre en est diluée. Cet état de fait a déjà été observé suite à l’étude du concept de centre de gravité qui revêt une dimension toujours moins matérielle. Depuis les années 80, ce paradigme gagne de plus en plus d’importance. Il s’agit là d’une évolution qui s’est poursuivie pendant la décennie 90. On peut y voir une réaction contre le modèle d’anéantissement. Dans ces changements, le legs de Clausewitz est loin d’être oublié même s’il est plus souvent relégué en arrière-plan.[125] Pour finir, on en vient a affirmer l’existence de trois types de stratégie : attrition, anéantissement et disruption.[126] On verra ultérieurement que ce terreau d’idées a été fertile au développement de l’école dite de la paralysie stratégique par John Boyd et John Warden.

Qu’en est-il des enseignements de Clausewitz en matière de manœuvre ? Dans le discours stratégique américain, il faut bien constater que le Prussien est peu présent en la matière.[127] Il existe pourtant quelques exceptions. Par exemple, Christopher Bassford fait remarquer la place qu’occupe les manoeuvres concentriques dans les écrits du Prussien.[128] Ensuite, il y a James J. Schneider qui évoque l’importance des opérations distribuées dans l’espace dans le Traité. Selon lui, il serait incorrect de stigmatiser Clausewitz en lui conférant le titre de penseur des armées de masses – masses devenues inertes sous leur propre poids.[129] Il faut encore mentionner un document, traduit et édité en 1984 par l’U.S. Army War College, sur base des correspondances de l’officier prussien. Le document en question a servi de fondement à une discussion sur l’apport de Clausewitz à l’art opérationnel dans le cadre d’une conférence. On y retrouve de nombreuses considérations sur les lignes intérieures, les lignes extérieures, les bases, les lignes de communication, etc.[130] Il faut encore prendre en compte l’existence d’un texte de Harold Nelson sur la relation entre le temps et l’espace chez Clausewitz. L’auteur évoque le lien très fort existant entre ses deux composantes dans On War. Harold Nelson met en évidence ce que l’on pourrait appeler la dimension morphologique du combat. Pour lui, le commandant doit tenir compte du terrain, de la vitesse, des forces en présence, des différences de niveaux – tactique, opérationnel, stratégique – pour mener à bien ses tâches. Il se sert de cette conclusion pour affirmer que la doctrine de l’armée de terre américaine, le FM 100-5 de 1982 à l’époque, a insuffisamment développé les considérations sur le temps et l’espace. Or ces considérations sont pourtant vitales sur le plan opérationnel, en particulier en vue de distinguer ce niveau du niveau tactique.[131]

Au total, la plupart du temps, les évocations en rapport avec la manoeuvre reviennent, assez naturellement, à Jomini, Liddell Hart et Sun Zi, comme c’est le cas dans le manuel FM 100-5 de 1986.[132] Régulièrement aussi, le discours stratégique américain donne plus de voix aux grands capitaines, comme Patton et Rommel, qu’aux théoriciens en matière de manœuvre.[133] Pour Patrick M. Cronin, Clausewitz donne peu d’indications sur les moyens de manœuvrer, car ce qui compterait avant tout pour lui, ce serait la précision et la supériorité dans l’application, l’ordre, la discipline, et la peur.[134]

Section 9 – Les théories de la complexité

Alan Beyerchen publia un article important sur Clausewitz et les théories non linéaires dans la revue International Security en 1992-93. Alors que les difficultés de comprendre Clausewitz avaient pour origine la nature incomplète de On War pour Raymond Aron , le manque de conscience historique pour Peter Paret, ou les changements de la guerre à travers les âges pour Michael I. Handel, Alan Beyerchen va proposer un nouveau cadre d’interprétation. Pour lui, il faut d’abord se rendre compte que notre univers intellectuel est fait d’idées de proportionnalité, de vérités simples, stables et régulières. A contrario, les théories non linéaires et de la complexité proposent un modèle reposant sur des boucles de rétroactions incessantes, des retards entre causes et effets, des changements qualitatifs et pas seulement quantitatifs dans l’évolution des phénomènes, des « effets papillons », etc. Les notions de chance, frictions et interactions présentes chez Clausewitz prennent plus d’ampleur dans ce schéma. Pour le militaire, elles permettent d’envisager une réflexion sur l’effet multiplicateur de force. On peut se servir des frictions que subit l’armée adverse à son propre avantage.[135] Les frictions peuvent être envisagées dans un sens physique mais aussi comme des « bruits » dans le système causant des distorsions et des surcharges. Ici, il n’existe pas de proportionnalité entre le degré de friction et l’impact que celles-ci peuvent produire. La chance, notion très présente dans On War, interprétée par les nouvelles théories, montre la possible amplification de microcauses. L’auteur pense qu’il serait toutefois faux de considérer que la non-linéarité s’applique partout chez Clausewitz. Alan Beyerchen insiste donc sur la nécessité de limiter la vision « prescriptive » et linéaire des théories et par conséquent de revoir les manuels militaires dans ce sens, d’approfondir la relation entre guerre et politique et de donner plus de poids non seulement à la relation du politique au militaire mais aussi à celle du militaire vers le politique. En effet, l’auteur rappelle que la guerre provient du milieu politique, politique qui en est l’environnement.[136] Dans un autre article, il met en évidence ce qu’il considère comme les trois fondements de la non-linéarité chez Clausewitz : (1) les interactions entre entités  animées, (2) les frictions, et (3) la chance. La chance est répartie en trois catégories : (1) liée aux probabilités, (2) fonction de microcauses indécelables, (3) due à des œillères analytiques.[137] Indéniablement, cette approche a l’avantage de mettre en avant le côté dynamique de la pensée de Clausewitz.[138]

L’article de Beyerchen mentionné en premier va marquer d’une pierre blanche le rapprochement entre doctrine militaire, Clausewitz et théorie de la complexité. Progressivement, la métaphore non linéaire s’introduit dans tout le discours stratégique ainsi que dans la doctrine des forces armées américaines.[139]

Il convient aussi de noter deux travaux d’importance non négligeable dans la nouvelle manière d’appréhender Clausewitz. Tout d’abord, en 1995, Robert P. Pellegrini écrit une thèse au sein de la faculté de la School of Advanced Airpower Studies à propos des liens entre science et philosophie dans les théories militaires. Le travail consiste principalement en deux analyses de cas : Clausewitz et J.F.C. Fuller. Fuller est surtout mis en relation avec Herbert Spencer, qui discuta en termes philosophiques les découvertes de Darwin. Clausewitz, lui, est placé au carrefour de l’univers intellectuel de Newton et de celui de Kant. De Kant – ou des idées de Kant diffusées à son époque, car on ne peut affirmer que Clausewitz ait lu le philosophe de première main – l’auteur retrace l’origine des concepts de génie et de morale. De Newton (et Galilée), il retrouve les frictions, le centre de gravité et la guerre conçues comme le fruit d’une trinité, objet suspendu comme un aimant entre trois masses métalliques. Robert P. Pellegrini met en évidence le rôle de la métaphore dans les travaux de Clausewitz, métaphores allant au-delà de la superficie et servant d’outils unificateurs dans On War. L’auteur utilise son analyse pour mettre en évidence le rôle de la science comme moyen de décrire la société et de développer une structure d’investigation. La science, elle-même, exerce une grande influence sur les imaginations et peut servir de modèle aux entreprises humaines. Ensuite, la philosophie, se consacrant à l’étude de la place de l’homme dans l’univers, tente de réduire le niveau d’incertitude de l’environnement. Et la théorie militaire cherche à décrire la meilleure façon de combattre dans un univers, dont la connaissance est le fruit de la science et de la philosophie. Par conséquent, l’auteur met en évidence l’utilité d’adapter les nouvelles théories de la complexité, associées aux sciences du chaos, aux théories militaires. Il insiste par exemple sur l’apport possible de la discipline dans la recherche sur l’adaptation des systèmes et ce qui peut en découler dans le commandement décentralisé.[140] En filigrane de ce document, on retrouve l’obsessionnelle question de savoir comment gérer l’incertitude à défaut de la contrôler.

Le deuxième travail est celui de Barry D. Watts. Watts a étudié la notion de friction chez Clausewitz au regard des technologies militaires disponibles aujourd’hui. Il se pose la question de savoir si l’avènement de moyens de communication et de renseignements très sophistiqués permettra à terme de mettre fin aux frictions. En reprenant les modèles des théories non linéaires, il en conclut que les frictions ne sont pas près de disparaître. Ce phénomène semble faire partie de la structure même de la guerre. Les frictions ne sont donc pas un résidu dont on peut se débarrasser par la technique. Il faut tenter de les employer à son avantage. Il importe d’augmenter les frictions, qui peuvent être cumulatives, de l’adversaire et d’essayer de réduire celles qui peuvent apparaître dans notre propre camp. Barry D. Watts en revient quasiment au point de départ de Clausewitz ; la guerre étant une activité humaine, elle continuera à baigner dans une atmosphère d’incertitude.[141]

La métaphore non linéaire s’impose de plus en plus, en particulier dans le cadre du commandement dans un environnement perçu comme chaotique. Le travail de l’officier est alors comparé au « kayakeur » qui se sert du courant et utilise les turbulences de l’eau pour avancer. Par conséquent, la planification et le commandement direct sont de plus en plus remis en question au profit d’une « direction par influence ».[142]

Section 10 – L’école de la paralysie stratégique de l’U.S. Air Force

Ces dernières années, les Etats-Unis ont été témoins d’un important regain d’intérêt pour l’arme aérienne. Dans la foulée, au sein de l’U.S. Air Force, se développe une école de pensée dite de la « paralysie stratégique », pensée qui emprunte quelques concepts aux théories du chaos. Cette école est principalement représentée par deux penseurs : John Boyd et John Warden.[143]

Tout d’abord, il faut définir la notion de paralysie stratégique. Cette notion prend racine dans la pensée stratégique classique et partage en particulier des similitudes avec les idées de Sun Zi. La clef du concept est de rendre l’ennemi impotent sans avoir à l’anéantir. Pour ce faire, il convient d’engager non seulement sa sphère physique mais surtout sa sphère mentale dans le but de briser sa volonté de combattre. L’intention s’avère non létale, quoique certains mettent plutôt en évidence la capacité technologique non létale que l’intention. L’insistance porte ensuite sur l’économie des forces et la manœuvre. La paralysie ne tombe ni dans la catégorie anéantissement, ni dans la catégorie attrition définies par Delbrück.[144] Il ne fait aucun doute que la paralysie stratégique ait trouvé un terreau fertile dans le mouvement de réforme militaire, son attachement au niveau opérationnel de la guerre et dans les effets de la manœuvre.

Pour John Warden, l’ennemi peut être représenté comme un système fait de cercles concentriques. Les cinq cercles symbolisent, de l’épicentre vers la limite extérieure : la direction, les fonctions organiques essentielles – comme le réseau de distribution électrique -, l’infrastructure, la population et les forces déployées. Chaque cible est composée de ces différents facteurs. L’analogie entre l’ennemi et le système use de la métaphore du corps humain doté d’un cerveau (la direction), de cellules (une population), de leucocytes (mécanismes de lutte contre les agressions), etc.  Pour paralyser l’ennemi, il faut donc préalablement identifier ses centres de gravité – John Warden en reconnaît un à chaque niveau des opérations – suivant la méthode d’analyse basée sur les cercles concentriques. A titre d’exemple, pour la composante aérienne, les centres de gravité sont représentés par la dotation en équipements, la logistique, la géographie, le personnel, ou la chaîne de commandement. Mais une certaine confusion existe quand l’auteur prône à la fois l’approche indirecte et la concentration des forces ou le taux d’attrition. Ensuite, il s’avère très optimiste quant aux potentialités de l’arme aérienne lorsqu’il affirme qu’un gouvernement ne peut tenir longtemps si des avions ennemis, qui disposent de la maîtrise aérienne, opèrent au-dessus de son espace aérien. Malgré tout, il constate la difficulté de briser le moral des populations par des moyens directs. Il remarque aussi qu’au niveau terrestre, la défensive est peut-être bien la forme la plus forte de la guerre. A contrario, dans le domaine aérien, la mobilité, la rapidité, et l’absence de positions fortifiées, ont tendance à donner la supériorité à l’offensive.[145] Concentration des moyens et des forces sont probablement les maîtres-mots de la pensée de John Warden.[146]

Notons que c’est à partir des théories de John Warden que fut réalisé le plan de la campagne aérienne de la guerre du Golfe. Le général Schwarzkopf rencontra John Warden et lui demanda, ainsi qu’à son équipe, d’établir un plan de bataille pour une phase initiale de guerre aérienne. Il avait été convenu de ne pas détruire l’Iraq en tant que nation. Le général Schwarzkopf pensait que l’Iraq devait continuer à exister en vue de jouer le rôle de contrepoids face à l’Iran. Le système de commandement de l’armée iraqienne fut donc choisi comme centre de gravité. Le général Schwarzkopf demanda ensuite quels seraient les objectifs prioritaires en cas de poursuite des opérations et d’invasion de l’Iraq. Warden lui répondit qu’il s’agirait de désactiver le système de défense aérien, tâche difficile, en particulier sur le sol du Koweït. Mais c’est l’officier de l’armée de terre qui insista sur la nécessité de détruire la Garde Républicaine de Saddam Hussein, en demandant l’emploi d’un véritable feu d’attrition, conduit par des B-52. Les B-52 étaient en mesure de pilonner leurs cibles en restant hors de portée du système de défense aérien irakien. Dans ses mémoires, le général Schwarzkopf avoue avoir été agacé par l’ouvrage de John Warden sur la campagne aérienne. Il comparait Warden à un nouveau Curtis LeMay – le type d’officier qui croit en la nature décisive de la puissance aérienne. Mais, il semblerait que John Warden était en fait très flexible dans sa façon de concevoir son plan.[147]

Quoi qu’il en soit, l’ouvrage de John Warden ne fait pas pour autant l’unanimité. Ce qu’il considère comme le centre de gravité de l’ennemi n’a quasiment plus rien à voir avec la définition qu’en donne Clausewitz. John Warden confond le centre de gravité et la façon dont un commandant choisit d’attaquer ou d’affaiblir l’ennemi.[148]Le centre de gravité est devenu une force autant qu’une faiblesse, en somme, une espèce de points décisifs. De plus, Warden considère avant tout de viser le centre de commandement qui n’est pas toujours l’objectif le plus important. Ensuite, il accorde trop de poids à l’aspect physique du combat. Ce n’est qu’indirectement que celui-ci se répercute dans les autres sphères. Et pour terminer, le modèle de Warden est unilatéral ; il ne prend pas en compte les mécanismes d’interactions.[149]

Ensuite, les idées de  John Boyd, elles, s’inspirent en partie des théories du chaos, mais combinent aussi des métaphores et concepts empruntés aux mathématiques, à la logique et à la thermodynamique. Plutôt que physiques et spatiales, ses idées sont psychologiques et temporelles. Pour John Boyd, les frictions doivent être employées à l’avantage du combattant, en vue de donner forme – to shape – à la bataille. Pour cela, l’adaptabilité est fondamentale. Les frictions doivent être manipulées de manière à ce qu’elles soient plus marquées pour l’adversaire. Sa théorie vise l’agilité mentale. Elle s’adresse à tous les niveaux du combat. Plutôt que de détruire le centre de gravité adverse, Boyd « retourne » Clausewitz et veut créer des centres de gravité non coopératifs en attaquant les liens entre le moral, le mental et le physique qui donnent de la cohésion à ces centres. Il se réfère largement au cycle de prise de décision qu’il nomme O.O.D.A. loop, soit Observation, Orientation, Decision, Action. C’est cette boucle qui permet au combattant de s’adapter à son environnement ; elle devient la cible primordiale. En accélérant son cycle O.O.D.A. par rapport à celui de l’ennemi, il devient possible de le déséquilibrer et de produire un niveau de frictions intenable pour lui. Le problème de cette théorie est que si l’adversaire refuse de « jouer le jeu » et tente systématiquement de ralentir le déroulement des opérations, en d’autres termes de recourir à une stratégie d’attrition, comme l’exposent par exemple les écrits de Mao Zedong, elle perd sa validité.[150] Les idées de John Boyd, quoique développées pour l’U.S. Air Force[151] ont été largement diffusées en dehors de cette arme. En effet, elles se sont avérées particulièrement intéressantes pour la doctrine manœuvrière de l’U.S. Army (voir supra sur Clausewitz et Delbrück) et apparaissent aussi dans la littérature doctrinale du Corps des Marines.[152]

En définitive, en reprenant la conclusion de David S. Fadok, John Warden s’avère un penseur très jominien alors que Boyd est nettement plus clausewitzien d’approche. Alors que Boyd reconnaît l’incertitude, Warden veut la dissoudre. De plus, Warden est très « prescriptif », tandis que Boyd est plus stimulant pour l’intellect.[153]

Au sein de l’U.S. Air Force, les théories de la complexité sont aussi reprises dans le cadre d’idées holistes sur le bombardement. En considérant la société comme « un tout interconnecté » – un réseau – il serait possible en détruisant certains points de produire des effets synergiques disproportionnés aux coûts de l’attaque. Des modèles mathématiques, biologiques et informatiques sont adaptés à ce profit. On fait également appel à des analyses de cas qui décrivent l’attaque d’un pipe-line ou d’un réseau de distribution électrique.[154] Toutes ces tentatives cherchent en fait à dépasser le modèle du centre de gravité fixe et mécanique.

Toutefois, dans la pratique, comme le mentionnait Eliot A. Cohen à propos de la guerre du Golfe, l’U.S. Air Force attache encore beaucoup trop d’importance aux destructions physiques et pas assez aux destructions fonctionnelles.[155] De plus, il est clair que le principe de concentration est encore souvent mis en valeur. L’apparition d’armes technologiquement très développées, comme les appareils furtifs, n’annule pas la valeur de ce vieux principe.[156] Les théories de la paralysie sont encore l’objet d’une critique classique : elles ne tiennent pas réellement compte de l’être humain, de ses réactions, ou de sa psychologie, en cas de bombardement.[157]

Section 11 – Remise en cause de la moralité de Clausewitz – la « guerre à zéro mort »

Il est aisé de lier les réflexions sur la paralysie stratégique avec celle de la « guerre à zéro mort » (mais aussi avec la notion de guerre juste déjà abordée, voir supra). Un des propagateurs du concept n’est autre que Edward N. Luttwak. Luttwak constate que la société américaine est de plus en plus rebelle à l’idée de risquer la vie de ses militaires. En d’autres termes, « l’utilité marginale » des hommes de troupes dans l’élaboration de la politique étrangère décline. Pour compenser cet état de fait, l’auteur pense que les forces armées de son pays doivent donc plus compter sur le matériel « utilisant » le moins possible d’hommes – ou pratiquer l’embargo. Dans ce contexte, on comprend que la puissance aérienne convienne particulièrement bien.[158]Luttwak pense malgré tout que l’utilisation de l’Airpower nécessite, comme l’embargo, beaucoup de patience avant de parvenir au résultat escompté.[159]Quoi qu’il en soit, « zéro mort » reste l’objectif à atteindre pour les forces américaines ; l’ennemi, lui, risque de plus souffrir… Il convient maintenant de se demander quelle est la place de Clausewitz dans l’édifice de Luttwak. A ce point de vue, force est de constater que pour le chercheur, Clausewitz est bien souvent synonyme du paradigme napoléonien de la guerre centré sur la bataille d’anéantissement. Or il s’agit justement du schéma que Luttwak rejette. En contrepartie du dépassement du paradigme napoléonien de la guerre, l’auteur pense que les Etats-Unis devraient s’habituer à ne pas obtenir de résultats décisifs dans les conflits où ils s’engageront.[160]

En tout cas, l’idée selon laquelle l’Airpower serait la panacée aux problèmes américains n’est pas unanimement partagée. Pour certains, l’utilisation de la puissance aérienne risquerait de toute façon de conduire à l’engagement de troupes au sol et le risque d’embourbement équivalent à celui connu au Vietnam est toujours présent. Les dirigeants américains doivent s’en rendre compte car dans le contexte des interventions liées à l’O.N.U., comme en ex-Yougoslavie, le spectre de l’échec du sud-est asiatique plane encore.[161]

De façon plus générale, la R.M.A., le développement des armes non létales, l’école de la paralysie stratégique convergent dans une même direction ; celle de la réduction des victimes américaines sur le champ de bataille.[162]Dans ce contexte, le nom de Clausewitz est encore parfois perçu comme le penseur type de la guerre napoléonienne et industrielle. On peut même retrouver le nom du Prussien lié aux sanglantes opérations du général Sherman dans sa marche vers l’Océan. Considéré comme le chantre de la bataille à tout crin, Clausewitz ne peut être, ici, qu’immoral.[163]

Section 12 – Guerre de guérilla, « conflits de basse intensité » et « opérations autres que la guerre »[164]

Après la guerre du Vietnam, les stratégistes américains garderont encore un œil attentif sur le tiers monde. La politique étrangère américaine se recentre d’abord sur le Proche-Orient. Ensuite, la guerre en Afghanistan, et l’implication soviétique dans ce conflit, renforcera l’attention portée au Sud.[165] Les réflexions sur la guerre de guérilla, la guerre limitée, les opérations autres que la guerre perdurent donc après l’engagement dans le Sud-Est asiatique. Plus proche, les conflits de basse intensité, les violences politiques internes, le terrorisme[166]ont également encouragé ces réflexions. 

Il convenait donc de se poser des questions sur le rôle de Clausewitz dans la pensée stratégique américaine liée aux opérations dites L.I.C. – Low Intensity Conflict – devenues O.O.T.W. – Operations Other Than War. D’emblée, pour Walter Laqueur, Clausewitz a sa place dans le panthéon des théoriciens de la guérilla. Il cite l’officier prussien aux côtés de Bugeaud et Callwell.[167] Quant à Michael I. Handel, il considère l’apport de Clausewitz dans la guerre de guérilla comme aussi important que celui de Mao Zedong.[168] Il arrive également que les cinq caractéristiques que Clausewitz juge nécessaires pour pratiquer une guerre populaire soient mentionnées : (1) elle doit être menée au cœur du pays ; (2) elle ne se décide pas en une bataille décisive ; (3) le théâtre des opérations doit être suffisamment grand ; (4) le caractère national doit convenir à une telle sorte de guerre ; (5) et le terrain doit être difficilement accessible.[169] De plus Clausewitz ne met pas l’emphase sur la technologie si peu présente dans la guérilla. Le discours stratégique lié aux L.I.C. et O.O.T.W. retient ensuite divers éléments du Traité : connexion entre politique et militaire, équilibre de fins et des moyens, guerre en tant qu’acte de force dont le but est de faire valoir sa volonté, etc. L’oeuvre de Clausewitz permet aussi de mieux comprendre la véritable nature des conflits. En prenant la violence comme élément central, la guerre peut être déclinée en autant de variations que d’acteurs – groupes religieux, ethniques, seigneurs de guerre, etc. – exprimant une volonté politique.[170] Face à des opérations dites humanitaires, Clausewitz oblige à ne pas perdre de vue le versant politique des conflits.

Mais pour certains, il ne faut pas aller trop loin dans cette direction. Le peacekeeping, les actions de police menées par des forces armées, l’interposition entre forces combattantes ne ressortent pas directement du concept de guerre. Il serait possible d’en discuter la place par rapport à ce que Clausewitz définit comme l’état d’observation des armées. En d’autres termes, il s’agit de ce que l’officier prussien considère comme l’état le plus faible d’opposition entre forces. Malgré tout, ces opérations sont plus démonstratives que coercitives : elles ne consistent pas réellement à asseoir leur volonté par la force sauf si on tombe dans la catégorie peace-enforcement – imposition de la paix.[171]

Quoi qu’il en soit, pour le discours stratégique américain, la démultiplication des tâches qui ne relève pas directement de combat soulève un malaise. La frontière entre mission de police et mission militaire semble devenir de plus en plus floue et le risque de politisation de l’armée est envisagé à long terme sous un jour négatif (de même que la montée en puissance des forces dans le processus de développement d’une doctrine unifiée – joint – où les différentes Armes seraient de moins en moins des contrepoids entre elles).[172]

Il conviente également de rappeler le travail de Harry G. Summers. Dans On Strategy, Summers postule que la guerre du Vietnam aurait dû être combattue comme une guerre conventionnelle – et non révolutionnaire comme le pensait le général Westmoreland. Il identifie le centre de gravité communiste au Nord-Vietnam. C’est donc là que les forces américaines devaient agir. De cette manière, la guérilla sévissant dans le Sud-Vietnam aurait été coupée de tout soutien logistique et de sanctuaire. Il considère qu’une guérilla ne peut parvenir à rien en elle-même. Les guérilleros n’ont jamais été assez puissants que pour vaincre le Sud. De plus, la guerre s’est terminée par l’arrivée de chars dans Saigon, donc des unités conventionnelles. Et pour Summers, si la guerre de Corée a bien montré aux Etats-Unis qu’il était nécessaire de mener des guerres limitées, limitées dans leur objectif politique, il n’en reste pas moins que le but des unités sur le champ de bataille est la victoire.[173] En d’autres termes, Summers refuse la nature particulière de cette guerre, réduit à néant sa dimension politique interne (par exemple le clivage religieux qui traversait la société sud-vietnamienne) et ne tient pas compte du mécanisme d’escalade régional potentiel en cas d’intervention directe sur le sol du Vietnam du Nord. On Strategy est bien symptomatique du malaise américain de pratiquer le combat sur un autre mode que celui de l’anéantissement.

Cette lecture du conflit vietnamien fera de nombreux émules, insistant tous sur le rôle de la force dans les opérations autres que la guerre.[174]Le nom de Harry G. Summers revient aussi dans les réflexions sur le rôle du soutien populaire – moral et trinité paradoxale – dans les O.O.T.W. Le soutien populaire est non seulement celui que les populations américaines doivent apporter à leur armée, mais aussi celui qu’il convient d’obtenir des pays d’accueil.[175] On retrouve une fois de plus, à ce sujet, des considérations sur la guerre juste  : le soutien nécessaire aux forces américaines ne pourrait être obtenu que si celles-ci font preuve de responsabilité morale.[176]

Section 13 – L’absence de références clausewitziennes en matière logistique

Comme le fait remarquer l’historien militaire britannique Michael Howard, Clausewitz a peut-être trop séparé les activités de guerre des autres activités militaires. Clausewitz néglige apparemment la préparation au combat. En ce sens, Clausewitz n’a peut-être pas rendu un si grand service à la stratégie. L’attention portée à la logistique s’atténue dans ce schéma.[177] Edward N. Luttwak partagera d’ailleurs cette conclusion.[178]Il est vrai que Clausewitz discute (vraiment) très peu de logistique. Jomini, par contre, a nettement plus mis en avant cette question.[179] C’est pour cette raison qu’il est plus régulièrement cité à ce propos.[180] Au total, une seule référence intéressante sur Clausewitz et la logistique a été décelée. Il s’agissait d’un auteur qui considérait que le Prussien touchait implicitement à la matière dans le sens où une bonne part de son travail relève de l’équilibre des ressources en vue d’atteindre un objectif.[181]


[1] Handel M.I., Who Is Afraid of Carl von Clausewitz ?, op. cit.

[2] Bruno Colson précise que le terme grande tactique est en fait celui de Guibert et de Napoléon. De plus, la typologie ici établie oublie la politique de la guerre citée par Jomini. Colson Br., La culture stratégique américaine – L’influence de Jomini, Paris, FEDN / Economica, 1993, p. 265.

[3] Franz W.P., « Maneuver: The Dynamic Element of Combat », Military Review, mai 1983, pp. 4-5 ; Schneider J.J., « The Loose Marble – and the Origins of Operational Art », Parameters, mars 1989, p. 90.

[4] Raymond Aron  fait remarquer : Il [Clausewitz] ne veut pas admettre d’intermédiaire entre tactique et stratégie parce qu’à ses yeux on use ou des forces armées ou des combats mais qu’à ce niveau d’abstraction, à partir de la définition de la guerre [l’utilisation de la force en vue d’imposer sa volonté], il n’y a pas de troisième terme. Aron R., Penser la guerre, Clausewitz, t. I, op. cit., p. 167. Voir aussi : Sude G., « Clausewitz in US and German Doctrine », art. cit., p. 41 (il s’agit d’un officier de l’armée allemande).

[5] Matthews J.L., « Thoughts and Second Thoughts: Operationalese Mania », Army, février 1987, pp. 19-25.

[6] L’ajout de l’expression niveau opérationnel était due à la réflexion du général Glenn K. Otis dans l’édition de 1982 du FM 100-5. Romjue J.L., From Active Defense to AirLand Battle: The Development of Army Doctrine 1973-1982, op. cit., p. 61.

[7] Rampy M.R., « Campaign Planning – Paradox or Paradigm? », Military Review, août 1990, p. 42.

[8] de Czege H.W., « Clausewitz: Historical Theories Remain Sound Compass References ; The Catch Is Staying on Course », Army, septembre 1988, pp. 39-42.

[9] Voir par exemple : Mazarr M.J., The Revolution in Military Affairs: A Framework for Defense Planning, juin 1994, U.S.A.W.C., S.S.I.

[10] Romjue J.L., « The Evolution of AirLand Battle Concept », art. cit., p. 14 ; Galloway A., « FM 100-5: Who Influenced Whom? », art. cit., pp. 46-51 ; Headquarters Department of the Army, FM 100-5, Operations, 1993, pp. 2-7 ; AFDD 1, Air force Basic Doctrine, op. cit., p. 6 ; Joint Publication 1, Joint Warfare of the Armed Forces of the United States, janvier 1995, pp. I-2 et I-3.

[11] Voir par exemple : Betts R.K., Surprise Attack, op. cit., pp. 186-187 ; Cronin P.M., « Clausewitz Condensed », art. cit., p. 47 ; Herbig K.L., « Chance and Uncertainty in On War« , dans Handel M.I., Clausewitz and Modern Strategy, op. cit., pp. 95-116.

[12] Argersinger S.J., « Karl von Clausewitz: Analysis of FM 100-5 », art. cit., p. 31.

[13] Voir par exemple : Handel M.I., Who Is Afraid of Carl von Clausewitz ?, op. cit.

[14] Sauf par : Ries T., « Sun Tzu et la stratégie soviétique », Revue internationale de défense, n°4, 1984, p. 390.

[15] McLendon J.W. (Col., U.S.A.F.), Information Warfare, Impact and Concerns (A research submitted to the faculty in fulfillment of the curriculum requirement), Air War College, Maxwell A.F.B., 1994, 35 p.

[16] Handel M.I., Who Is Afraid of Carl von Clausewitz ?, op. cit.

[17] Rosello V.M., « Clausewitz Contempt for Intelligence », Parameters, printemps 1991, pp. 103-114.

[18] Handel M.I., « Leaders and Intelligence », Intelligence and National Security, juillet 1988, pp. 6 et 21 ; voir aussi dans le même numéro de cette revue Luvaas J., « Napoleon’s Use of Intelligence: The Jena Campaign of 1805 », Intelligence and National Security, juillet 1988, pp. 52-53. Sur Folard et le coup d’œil, voir par exemple : Chaliand G. & Blin A., Dictionnaire de stratégie militaire, Paris, Perrin, 1998, pp. 95, 101, 103, 230 et 257.

[19] Handel M.I. & Ferris J., « Clausewitz, Intelligence, Uncertainty and the Art of Command in Military Operations », Intelligence and National Security, janvier, 1995, pp. 49-54. John Ferris est professeur à l’Université de Calgary au Canada . Voir aussi Kahn D., « Clausewitz and Intelligence », dans Handel M.I., Clausewitz and Modern Strategy, op. cit., pp. 117-126 ; Cohen E.A., « The Mystique of U.S. Air Power », Foreign Affairs, janvier-février 1994, pp. 109-124.

[20] Handel M.I., Masters of War, op. cit., p. 131.

[21] Cronin P.M., « Clausewitz Condensed », art. cit., pp. 44-45 ; Newell C.R., « Fog and Friction – Challenges to Command and Control », Military Review, août 1987, pp. 18-26.

[22] Beaumont R.A., « Certain Uncertainty: Inoculating for Surprise », Air University Review, juillet-août 1984, pp. 8-16 ; Furlong R.B., « Clausewitz and Modern War Gaming », Air University Review, juillet-août 1984, pp. 4-7 ; Echevarria A.J., « Dynamic InterDimensionality: A Revolution in Military Theory », Joint Forces Quarterly, printemps 1997 (http://www.dtic.mil/doctrine/jcl/jfg-pubs/spring1997.htm) ; Lec M.J., « Clausewitz on Friction », Marine Corps Gazette, février 1999, pp. 47-48.

[23] Sullivan B.R., « The Future Nature of Conflict: A Critique of « The American Revolution in Military Affairs » in the Era of Jointry », art. cit., pp. 91-100 ; Murray W., « Clausewitz Out, Computer In – Military Culture and Technological Hubris », The National Interest, été 1997, p. 62 ; Cohen E.A., « A Revolution in Warfare », Foreign Affairs, mars-avril 1996, p. 40.

[24] Fabyanic T.A., « War, Doctrine, and the Air War College », Air University Review, hiver 1986, pp. 2-15.

[25] Luvaas J., « Thinking at the Operational Level », art. cit., pp. 2-6.

[26] King J.E., « On Clausewitz: Master Theorist of War », art. cit., pp. 18-20.

[27] Sur Clausewitz et le commandement voir : Creveld M. van, Command in War, Harvard, Harvard University Press, 1985, pp. 18 et 266.

[28] Luvaas J., « Napoleon on the Art of Command », Parameters, été 1985, p. 30.

[29] Voir par exemple : Chipman D.D., « Clausewitz and the Concept of Command Leadership », Military Review, août 1987, p. 28.

[30] Otis H.G., « Developing Military Genius », Military Review, novembre 1989, pp. 43-51. La plupart des articles tentant de condenser la pensée de Clausewitz, ou mentionnant simplement la notion de génie, n’apportent guère plus. Voir par exemple : McIsaac D., « Master at Arms: Clausewitz in Full View », art. cit., pp. 90-91 ; King J.E., « On Clausewitz: Master Theorist of War », art. cit., p. 13 ; Gibbs N.H., « Clausewitz on the Moral Forces in War », art. cit., p. 21 (Gibbs est un auteur britannique). Sur le N.T.C., voir : Bolger D.P., Dragons at War, New York, Ivy Books, 1991, 299 p. Le rôle qu’a joué ce centre dans la préparation des forces américaines avant la guerre du Golfe est souligné.

[31] Jablonsky D., « Strategy and the Operational Level: Part I », art. cit., p. 74.

[32] Voir par exemple : Moore M.K., In Search of Military Genius – Selection Criteria for Wargamers (A research paper presented to the Research Department Air Command and Staff College – In partial fulfillment of the graduation requirements of A.C.S.C.), Air War College, Maxwell A.F.B., mars 1997, 37 p.

[33] Killion Th.H., « Clausewitz and Military Genius », Military Review, juillet-août 1995, pp. 97-100.

[34] Claire Lee Chennault s’est particulièrement illustré en fondant les « Tigres Volants ». Brown Ph.N., Claire Lee Chennault: Military Genius (A research submitted to the faculty in fulfillment of  the curriculum requirement), Air War College, Maxwell A.F.B., 1995, 42 p.

[35] Foote E.P., « Drucker, Clausewitz and US … », Military Review, juillet 1980, pp. 51-54.

[36] Metz S., « The Mark of Strategic Genius », Parameters, Autumn 1991, pp. 49-59 ; Chilcoat R.A., Strategic Art: The New Discipline for 21st Century Leaders, op. cit.

[37] Rothenberg G.E., « Moltke, Schlieffen, and the Doctrine of Strategic Envelopment », dans Paret P. (dir.), op. cit., p. 296.

[38] Creveld M. van, Fighting Power, op. cit., p. 36.

[39] Bolger D.P., « Command and Control », Military Review, juillet 1990, pp. 69-79 ; Dubik J.M., « Decentralized Command – Translating Theory Into Practice », Military Review, juin 1992, pp. 27-38. Voir aussi un article publié dans la Military Review par un colonel de l’armée britannique : Rogers C.T., « Intuition: An Imperative of Command », Military Review, mars 1994, pp. 38-50.

[40] Romjue J.L., « The Evolution of AirLand Battle Concept », art. cit., p. 11.

[41] C’est principalement sur l’initiative du général Schoemaker du FORSCOM que le concept d’Auftragstaktik a été adapté au FM 100-5 de 1982. Id., From Active Defense to AirLand Battle: The Development of Army Doctrine 1973-1982, op. cit., pp. 58-59.

[42] Holly J.W., « The Forgotten Dimension of AirLand Battle », art. cit., pp. 18-25.

[43] Murray W., « Clausewitz: Some Thoughts on What the Germans Got Right », dans Handel M.I., Clausewitz and Modern Strategy, op. cit., pp. 267-286.

[44] Beaumont R.A., « Wehrmacht Mystique Revisited », art. cit., pp. 64-75.

[45] Romjue J.L., « The Evolution of AirLand Battle Concept », art. cit., p. 13 ; Galloway A., « FM 100-5: Who Influenced Whom? », art. cit., pp. 46-51 ; Hall W.M., « A Theoretical Perspective of AirLand Battle Doctrine », Military Review, mars 1988, pp. 36-37.

[46] Romjue J.L., From Active Defense to AirLand Battle: The Development of Army Doctrine 1973-1982, op. cit., pp. 53-55. Les références des deux ouvrages cités sont : Ardant du Picq, Battle Studies – Ancient and Modern Battle, (translated from the eight edition in the French by Greely J.N. and Cotton R.C.), Harrisburg, The Military Service Publishing Company, 1946, 273 p. ; Keegan J., The Face of Battle, 1976, New York, The Viking Press, 354 p.

[47] Betts R.K., Surprise Attack, op. cit., p. 5 ; Cronin P.M., « Clausewitz Condensed », art. cit., pp. 47-48 ; Vaughn Th.B., « Morale: The 10th Principle of War? », art. cit., p. 36-38 : Rinaldo R.J., « The Tenth Principle of War », art. cit., pp. 55-62 (voir aussi supra sur la trinité) ; Handel M.I., Who Is Afraid of Carl von Clausewitz ?, op. cit. Voir aussi un article d’un officier allemand : Zimmer W., « Clausewitz and the Human Dimension of War », Military Review, mars 1994, pp. 51-56.

[48] Argersinger S.J., « Karl von Clausewitz: Analysis of FM 100-5 », art. cit., p. 71 ; Betts R.K., « Conventional Deterrence: Predictive Uncertainty and Policy Confidence », World Politics, janvier 1985, pp. 163-164.

[49] Romjue J.L., art. cit., p. 14 ; id., From Active Defense to AirLand Battle: The Development of Army Doctrine 1973-1982, op. cit., p. 59.

[50] Headquarters, Department of the Army, FM 100-5, Operations, Washington D.C., 1986, p. 129.

[51] Headquarters, Department of the Army, FM 100-5, Operations, 1993, pp. 6-16; 6-19. Voir aussi, par exemple, pour le Corps des Marines: Headquarters United States Marine Corps, FMFM 1, Warfighting, Washington D.C., 1989, p. 24.

[52] Schneider J.J., « The Loose Marble – and the Origins of Operational Art », art. cit., p. 97.

[53] Voir aussi : Cronin P.M., « Clausewitz Condensed », art. cit., p. 46.

[54] Swain R.M., « The General and the Philosopher », Military Review, mai 1988, pp. 70-75.

[55] Forbes J., « On Jomini and the Stronger Form of War », Military Review, octobre 1998, p. 84.

[56] Swain R.M., « Swain Responds », Military Review, octobre 1988, p. 85.

[57] Furlong R.B., « Strategymaking for the 1980’s », art. cit., p. 13.

[58] Handel M.I., Masters of War,  op. cit., pp. 89-98 ; 213 ; 235.

[59] John L. Romjue le traduit par point d’effort principal de l’attaque – point of main effort of attack. Romjue J.L., From Active Defense to AirLand Battle: The Development of Army Doctrine 1973-1982, op. cit., p. 59.

[60] Galloway A., « FM 100-5: Who Influenced Whom? », art. cit., pp. 46-51.

[61] Schneider J.J. & Izzo L.I., « Clausewitz’s Elusive Center of Gravity », Parameters, septembre 1987, p. 48.

[62] Headquarters, Department of the Army, FM 100-5, Operations, 1993, pp. 6-7 ; 6-8.

[63] Le centre de gravité est également présent dans le nouveau FM 3-0, Operations.

[64] Cronin P.M., « Clausewitz Condensed », art. cit., p. 45 ; Vaughn Th.B., « Morale: The 10th Principle of War? », art. cit., p. 36 ; Schneider J.J., « Theoretical Implications of Operational Art », art. cit., p. 22 ; Argersinger S.J., « Karl von Clausewitz: Analysis of FM 100-5 », art. cit., pp. 72-73 et 75 ; Coroalles A.M., « On War in the Information Age: A Conversation With Carl von Clausewitz », Army, mai 1996, pp. 24-34 ; D’Amura R., « Campaigns: The Essence of Operational Warfare », Parameters, été 1987, p. 48 (article republié par l’U.S. Navy: The U.S. Naval War College, NWC 2040, Operations Department) ; Swain R.M., « Clausewitz, FM 100-5, and the Center of Gravity », Military Review, février 1988, p. 83 ; Metz S. & Downey F.M., « Centers of Gravity and Strategic Planning », Military Review, avril 1988, pp. 22-33 ; Tashjean J.E., « Transatlantic Clausewitz », art. cit., p. 78.

[65] Vego M., « Center of Gravity », Military Review, mars-avril 2000, pp. 23-29.

[66] Hall W.M., « Learning to Focus on Combat Power », Military Review, mars 1988, p. 68.

[67] Id., « A Theoretical Perspective of AirLand Battle Doctrine », art. cit., p. 36.

[68] Soit en français : mission, ennemi, troupes, terrain et météo, et temps disponible. de Czege H.W., « Clausewitz: Historical Theories Remain Sound Compass References ; The Catch Is Staying on Course », art. cit., p. 42.

[69] La confusion est présente dans les documents suivants : Staudenmaier W.O., « Vietnam, Mao, and Clausewitz », art. cit., p. 88 ; Hall W.M., « Learning to Focus on Combat Power », art. cit., p. 66.

[70] Schneider J.J. & Izzo L.I., « Clausewitz’s Elusive Center of Gravity », art. cit., pp. 49-52

[71] Izzo L., « The Center of Gravity is Not an Achilles Heel », Military Review, janvier 1988, pp. 76-77. (article également republié par l’U.S. Navy ; The United States Naval War College, NWC 4200, Operations Department).

[72] Voir par exemple : Dougherty K.J., « Bridging Doctrinal Concepts of The Decisive Point », Military Review, juillet-août 1995, pp. 62-65.

[73] Forbes J., « An Undeserved Aura », Military Review, juillet 1988, p. 88.

[74] Rosello V.M., « Goodbye, Center of gravity », Military Review, décembre 1990, pp. 88-89.

[75] Marcy S.A., « Operational Art: Getting Started », Military Review, septembre 1990, p. 109. Nous avons librement reproduit le schéma à partir de cet article.

[76] Furlong R.B., « Strategymaking for the 1980’s », art. cit., pp. 9-16 (aussi publié comme Instructional Circular, Department of Military Employment, Phase 1, Military Strategy, Maxwell A.F.B., Air University, A.Y. 1983-1984, p. 12.

[77] O’Dowd E. & Waldron A., « Sun Tzu for Strategists », art. cit., pp. 28-29.

[78] Mazarr M.J., The Revolution in Military Affairs, op. cit.

[79] Voir les boucles de rétroaction incomplètes chez : Hall W.M., « Learning to Focus on Combat Power », art. cit., p. 71. L’auteur reconnaît prendre des libertés par rapport à la notion de centre de gravité tel que défini par Clausewitz (p. 65).

[80] Ce point ne fait pas l’unanimité. Metz S. & Downey F.M., « Centers of Gravity and Strategic Planning », art. cit., p. 26.

[81] Giles Ph.K. & Galvin Th.P., Center of Gravity – Determination, Analysis and Application, Center for Strategic Leadership, U.S. Army War College, janvier 31 1996, Carlisle Barracks, 26 p.

[82] Pentland P., « From Center of Gravity Analysis and Chaos Theory, or How Societies Form, Function and Fail », dans Czerwinsky T., Coping With the Bounds: Speculations on Nonlinearity in Military Affairs, Washington D.C., National Defense University Press, 1998 (http://www.dodccrp.org/copind.htm). Texte initialement publié comme : Pentland P.A., Center of Gravity Analysis and Chaos Theory, or How Societis Form, Function and Fail, Master’s Thesis, Maxwell A.F.B., S.A.M.S., A.Y. 1993-1994.

[83] Possehl W.A., « To Fly and Fight at the Operational Level », art. cit., pp. 20-28.

[84] AFDD 1, Air Force Basic Doctrine, op. cit., p. 17.

[85] Giles Ph.K. & Galvin Th.P., Center of Gravity – Determination, Analysis and Application, op.cit., p. 20.

[86] Il apparaît que les idées de vulnérabilités critiques, principes de la guerre et centre de gravité ne sont pas parties intégrantes de la doctrine de l’U.S. Navy mais plutôt des déclarations majeures de politique – major statements of policy. Tritten J.J. & Donaldo L., A Doctrine Reader – The Navies of United States, Great-Britain, France, Italy and Spain, op. cit., p. 132.

[87] Operational Maneuver from the Sea, op. cit., p. 5.

[88] Giles Ph.K. & Galvin Th.P., Center of Gravity – Determination, Analysis and Application, op. cit., p. 19.

[89] Headquarters United States Marine Corps, MCDP 1-1, Strategy, 1997, pp. 86-88; Headquarters United States Marine Corps, FMFM 1, Warfighting, Washington D.C., 1989, pp. 35-36. Voir aussi : Headquarters United States Marine Corps, MCDP 1-2, Campaigning, Washington D.C., 1997, pp. 45-47

[90] Cancian M., « Centers of Gravity Are a Myth », United States Naval Institue Proceedings, septembre 1998, vol. 124/9/1, 147 (voir site : http://www.usni.org/Proceedings/PROcancian.htm) (Colin L. Powell Joint Warfighting Essay Contest Second Honorable Mention).

[91] Joint Publication 1, Joint Warfare of the Armed Forces of the United States, janvier 1995, pp. II-8, III-9, IV-2, IV-9, A-2, A-3 ; Joint Doctrine Capstone and Keystone Primer, juillet 1997, pp. A-7 ; A-8 ; AFSC Pub. 1, The Joint Staff Officer’s Guide 1997, National Defense University, Armed Forces Staff College, Norfolk, VA, p.0-5 (dans le glossaire de ce dernier manuel).

[92] Fritz N.H., « Clausewitz and U.S. Nuclear Weapons Policy », art. cit., p. 26.

[93] Metz S. & Downey F.M., « Centers of Gravity and Strategic Planning », art. cit., p. 27.

[94] Mendel W.W. & Tooke L., « Operational Logic: Selecting the Center of Gravity », Military Review, juin 1993, p. 6

[95] Blumenson M., « Deaf Ear to Clausewitz: Allied Operational Objectives in World War II », Parameters, été 1993, p. 26.

[96] Chilcoat R.A., Strategic Art: The New Discipline for 21st Century Leaders, op. cit.

[97] Les concepts de point culminant de l’attaque et / ou point culminant de la victoire sont très proches chez Clausewitz. Echevaria A.J. II, « Clausewitz: Toward a Theory of Applied Strategy », art. cit.

[98] Hall G.M., « Culminating Points », Military Review, juillet 1989, pp. 78-86. (article également republié par l’U.S. Navy ; The United States Naval War College, NWC 4201, Operations Department).

[99] Galloway A., « FM 100-5: Who Influenced Whom? », art. cit., pp. 46-51 ; Headquarters, Department of the Army, FM 100-5, Operations, Washington D.C., 1986, p. 109 ; Headquarters, Department of the Army, FM 100-5, Operations, 1993, p. 6-8 ; Headquarters United States Marine Corps, FMFM 1, Warfighting, Washington D.C., 1989, p. 26 ; Headquarters United States Marine Corps, MCDP 1-1, Strategy, 1997, p. 27. Dans ce dernier document, il est quasiment considéré sous l’angle de la grand strategy, dans les relations entre nations et pas sur le champ de bataille.

[100] AFDD 1, Air Force Basic Doctrine, op. cit., pp. 41-42.

[101] Tashjean J.E., « The Classics of Military Thought: Appreciations and Agenda », art. cit., p. 254.

[102] Handel M.I., Who Is Afraid of Carl von Clausewitz ?, op. cit.

[103] Id., Masters of War, op. cit., pp. 99-120.

[104] Tashjean J.E., « The Short-War Antinomy Resolved: or from Homer to Clausewitz », Defense Analysis, août 1992, pp. 165-171.

[105] Luttwak E.N., Le paradoxe de la stratégie, (The Logic of Peace and War, 1987 – traduit de l’américain par Saporta M.), Paris, Editions Odile Jacob, 1989, pp. 317-318.

[106] Sur la vie de Delbrück, voir : Bauer R.H., « Hans Delbrück (1849-1929) » dans Schmitt B.E. (Edited by), Some Historians of Modern Europe, Chicago, University of Chicago Press, 1942, pp. 100-129.

[107] Le titre de cet ouvrage, jamais traduit en français, pourrait être : Histoire de l’art de la guerre dans le cadre de l’histoire politique. L’édition originale en allemand comprenait sept volumes mais seuls les quatre premiers peuvent être réellement considérés comme ceux de Delbrück. Les cinquième (1928) et sixième (1932) volumes ont été écrits par Emil Daniels et le septième (1936) par Emil Daniels et Otto Haintz. Sur Delbrück, Clausewitz et l’histoire, voir par exemple : Gilbert F., « From Clausewitz to Delbrück and Hintze: Achievements and Failure of Military History », dans Perlmutter A. & Gooch J., Strategy and The Social Sciences, op. cit., pp. 11-20.

[108] Delbrück H. (edited and translated by Bucholz A.), Delbrück Modern Military History, Lincoln et Londres, University of Nebraska Press, 1997, p. 39.

[109] Craig G.A., « Delbrück: The Military Historian », dans Paret P. (dir.), op. cit., pp. 326-330 ; 341-342.

[110] Rosinski H., « Scharnhorst to Schlieffen: The Rise and Decline of German Military Thought », art. cit., p. 92. Il semblerait que Michael Howard pratique parfois la confusion. Voir, par exemple : Howard M., « When Are Wars Decisive? », Survival, printemps 1999, p. 128 (initialement texte d’une conférence à l’I.I.S.S., en septembre 1998).

[111] Certains auteurs font remonter le concept d’attrition à Clausewitz sans mentionner Delbrück. Voir par exemple : Tooke L., « Blending Maneuver and Attrition », Military Review, mars-avril 2000, pp. 7-13.

[112] Weigley R.F., The American Way of War, op. cit., p. xxii.

[113] Luttwak E.N., « The Operational Level of War », art. cit., pp. 61-79 ; id., « The American Style of Warfare and the Military Balance », art. cit., pp. 57-60.

[114] Mearsheimer J.J., « Maneuver, Mobile Defense, and the NATO Central Front », art. cit., p. 121.

[115] Hughes D.J., « Whence Military Doctrine? » Military Review, octobre 1988, p. 73.

[116] Mearsheimer J., Conventional Deterrence, Ithaca et Londres, Cornell University Press, 1983, 295 p.

[117] Headquarters United States Marine Corps, FMFM 1, Warfighting, 1989, p. 28 ; Headquarters United States Marine Corps, MCDP 1-1, Strategy, 1997, pp. 58-60. Notons que certains postulent même que pour la stratégie d’anéantissement ou d’attrition – exhaustion – le but est identique, il s’agit de posséder le terrain, seuls les moyens changeraient. Jones A., « Jomini and the Strategy of the American Civil War, A Reinterpretation », art. cit., p. 127.

[118] Naval Doctrine Publication 1, op. cit.

[119] Antal J.F., « Maneuver versus Attrition – A Historical Perspective », Military Review, octobre 1992, pp. 22-25 et 31.

[120] Jablonsky D., « Strategy and the Operational Level of War : Part I », art. cit., p. 62

[121] Romjue J.L., « The Evolution of AirLand Battle Concept », art. cit., p. 14.

[122] Handel M.I., Masters of War, op. cit., p. 86 ; id., Who Is Afraid of Carl von Clausewitz ?, op. cit.

[123] (Traduit par nous). The defender disrupts the attacker’s tempo and synchronization by countering his initiative and preventing him from massing overwhelming combat power. Defending commanders also use disruption to attack the enemy’s will to continue. They do this by defeating or misleading enemy reconnaissance forces, separating the enemy’s forces, isolating his units, and breaking up his formations so that they cannot fight as part of an integrated whole. The defender interrupts the attacker’s fire support, logistics support, and C². He deceives the enemy as to his true dispositions and intentions, unravels the coordination of the enemy’s supporting arms, and breaks the tempo of the offesinve operations. The attacker is never allowed to get set. He is hit with spoiling tax before he can focus his combat power and is counterattacked before he can consolidate any gains. Headquarters, Department of the Army, FM 100-5, Operations, 1993, p. 9-1.

[124] Voir par exemple : Furlong R.B., « Strategymaking for the 1980’s », art. cit., pp. 13-14 ; Wriston W.B., « Bits, Bytes, and Diplomacy », Foreign Affairs, septembre-octobre 1997, p. 180 ; Ronfeldt D. & Arquilla J., « Cyberwar Is Coming! », The Journal of Comparative Strategy, vol. 12, n°2, 1993, pp. 141-165 ; Rampy M.R., « Campaign Planning – Paradox or Paradigm? », art. cit., p. 43.

[125] Voir par exemple : Henry R. & Peartree C.E., « Military Theory and Information Warfare », Parameters, Autumn 1998, pp. 121-135 ; Argersinger S.J., « Karl von Clausewitz: Analysis of FM 100-5 », art. cit., p. 73.

[126] Taylor J.W., « Strategic Military Employment Options: Theory and Application », Comparative Strategy, 1991, vol. 10, n°2, pp. 155-164.

[127] Voir par exemple : Rothenberg G.U., « Maurice of Nassau, Gustavus Adolphus, Raimondo Montecuccoli, and the « Military Revolution » of the Seventeenth Century », dans Paret P. (dir.), Makers of Modern Strategy, op. cit., p. 56.

[128] Bassford Ch., Jomini and Clausewitz: their interaction, op. cit.

[129] Schneider J.J., « The Loose Marble – and the Origins of Operational Art », art. cit., pp. 85-99.

[130] Le document en question est Clausewitz C. von (édité et traduit par Paret P. et Moran D.), Two Letters on Strategy, op. cit., 46 p. Franz P. Wallace, « Two Letters on Strategy: Clausewitz’ Contribution to the Operational Level of War », dans Handel M.I., Clausewitz and Modern Strategy, op. cit., pp. 171-194.

[131] Nelson H.W., « Space and Time in On War« , dans Handel M.I., Clausewitz and Modern Strategy, op. cit., pp. 134-149.

[132] Galloway A., « FM 100-5: Who Influenced Whom? », art. cit., pp. 46-51 ; Aucoin G.C. Jr., « Clausewitz or Jomini », Marine Corps Gazette, août 1988, pp. 102-104.

[133] Par exemple : Helms R.F., « The Indirect Approach », art. cit., pp. 2-9.

[134] Cronin P.M., « Clausewitz Condensed », art. cit., p. 46.

[135] Voir aussi : Jervis R., « Complex System: The Role of Interactions », dans Czerwinski Th.J. & Albert D.S. (dir.), Complexity, Global Politics, and National Security, National Defence University, 1997, Washington D.C. (voir site : www.ndu.edu/ndu/inss/books/complexity/ch03.htm).

[136] Beyerchen A.D., « Clausewitz, Nonlinearity and the Unpredictability of War », International Security, hiver 1992-93, pp. 59-90 (article reproduit dans: Czerwinski T., Coping With the Bounds: Speculations on Nonlinearity in Military Affairs, op. cit.

[137] Id., « Clausewitz, Nonlinearity, and the Importance of Imagery », dans Czerwinski Th.J. & Albert D.S. (dir.), Complexity, Global Politics, and National Security, op. cit.

[138] Il ne fallait toutefois pas attendre ces théories pour arriver à ce résultat si l’on constate, par exemple, les réflexions d’un officier allemand : Hobe W. von (German Army), « Clausewitz », Military Review, mars 1981, pp. 56-61.

[139] A titre d’exemple voir Joint Doctrine Capstone and Keystone Primer, juillet 1997, p. A-9, ainsi que les plus récentes livraisons de la revue Joint Forces Quarterly.

[140] Pellegrini R.E., The Links Between Science and Philosophy and Military Theory: Understanding the Past ; Implications for the Future (A Thesis Presented to the Faculty of the School of Advanced Airpower Studies), Air University, Maxwell A.F.B., 1995, 97 p.

[141] Watts B.D., Clausewitzian Friction and Future War, National Defense Washington D.C., University / INSS, 1996, 133 p. (il existe une nouvelle version de ce document datant de 2000).

[142] Czerwinski Th.J., « Command and Control at the Crossroads », Parameters, automne 1996, pp. 121-132. Article reproduit dans : id., Coping With the Bounds: Speculations on Nonlinearity in Military Affairs, op. cit. Voir aussi : Schmitt J.F., « Command and (Out of) Control: The Military Implications of Complexity Theory » dans le même ouvrage.

[143] Notons également la publication des travaux suivants : Pape R.A., « Coercion and Military Strategy: Why Denial Works and Punishment Doesn’t », The Journal of Strategic Studies, décembre 1992, pp. 423-475 ; Luttwak E., La renaissance de la puissance aérienne stratégique, (Traduit de l’américain par un groupe de stagiaires Air du Collège Interarmées de Défense, sous la direction du colonel F. Lenne), Paris, Economica / ISC / FED, 1998, 156 p.

[144] Fadok J.S., John Boyd and John Warden: Airpower’s Quest for Strategic  Paralysis, Paper, The School of Advanced Airpower Studies, 1994, pp. 7-16 (sur Delbrück, voir supra).

[145] Nous retrouvons aussi cette opinion dans : Meilinger Ph.S., Ten Propositions Regarding Airpower, op. cit.

[146] John Warden III, La campagne aérienne – planification en vue du combat, (The Air Campaign: Planning for Combat, publié par la National Defense University en  1988 – traduit de l’américain et préfacé par Steininger Ph.), Paris, Economica / ISC, 1998, 206 p. L’ouvrage comprend également la traduction de l’article « The Enemy as a System » (« L’ennemi en tant que système ») publié au printemps 1995 par l’Airpower Journal. L’article a été traduit par le Comité de réflexion et d’études stratégiques aérospatiales de l’Association des anciens élèves de l’Ecole de l’Air (pp. 175-199). (pp. 25 ; 52-53 ; 56-57 ; 64-65 ; 80-81 ; 182 ; 186).

[147] Schwarzkopf H.N. (written with Petre P.), It Doesn’t Take a Hero – The Autobiography, op. cit., pp. 318-320. Voir aussi : E.C.L., « From Obscurity to Omnipotence : Theory Influences the Air War », Army, mars 1991, pp. 16-18. 

[148] Murphy T.G., « A Critique of The Air Campaign« , Airpower Journal, printemps 1994 (http://www.132.60.140.12/airchronicles/apj/apj94/murphy.htm).

[149] Fadok J.S., John Boyd and John Warden: Airpower Quest for Strategic Paralysis, op. cit., pp. 40-41.

[150] Ibid., 1994, pp. 17-29.

[151] On les retrouve par exemple dans le manuel AFDD 1, Air force Basic Doctrine, op. cit., p. 32.

[152] Lind W.S., « Defining Maneuver Warfare for the Marine Corps », Marine Corps Gazette, mars 1980, p. 56 ; Headquarters United States Marine Corps, MCDP 1-1, Strategy, 1997, pp. 80-82.

[153] Fadok J.S., John Boyd and John Warden: Airpower Quest for Strategic Paralysis, op. cit., pp. 48-49.

[154] Voir : Rinaldi S.M., Beyond the Industrial Web: Economic Synergies and Targeting Methodologies (A thesis presented to the faculty of School of Advanced Airpower Studies for completition of graduation requirements), School of Advanced Airpower Studies, Air Command and Staff College, Air University, Maxwell A.F.B., juin 1994, 115 p.

[155] Cohen E.A., « The Mystique of U.S. Air Power », art. cit., pp. 119-124.

[156] Mann E., « One Target, One Bomb – Is the Principle of Mass Dead? », Airpower Journal, printemps 1993, pp. 13-20. (article reproduit dans la Military Review de septembre 1993).

[157] Fracker M.L., « Psychological Effects of Aerial Bombardment », Airpower Journal, automne 1992, pp. 56-67.  

[158] Luttwak E.N., « A Post-Heroic Policy », Foreign Affairs, juillet-août 1996, pp. 33-44. Voir aussi : id., « From Vietnam to Desert Fox: Civil-Military Relations in Modern Democraties », Survival, printemps 1991, pp. 99-112.

[159] Edward N. Luttwak n’était pourtant pas un partisan de l’idée d’Airpower comme moyen décisif. Au contraire, il pensait plutôt qu’aucune arme seule ne peut se prévaloir de ce statut, même pas l’arme nucléaire. Luttwak E.N., Le paradoxe de la stratégie, op. cit., pp. 208-225. Dans un ouvrage plus récent, il se montrera par contre beaucoup plus positif à l’égard de la puissance aérienne. Luttwak E., La renaissance de la puissance aérienne stratégique, op. cit.

[160] Id., « Toward Post-Heroic Warfare », art. cit., pp. 109-122. Voir aussi : id., The Grand Strategy of the Roman Empire, Londres, The Johns Hopkins University Press, 1976, pp. ix et xi ; id., La renaissance de la puissance aérienne stratégique, op. cit., p. 97.

[161] Cerami J.R., « Presidential Decisionmaking and Vietnam : Lessons for Strategists », art. cit.

[162] Sullivan B.R., « The Future Nature of Conflict: A Critique of « The American Revolution in Military Affairs » in the Era of Jointry », art. cit., pp. 91-100. A propos des armes non létales voir : TRADOC Pamphlet 525-73, Military Operations – Concepts for Nonlethal Capabilities in Army Operations, Dpt. of the Army, H.Q. U.S. Army, Training and Doctrine Command, Fort Monroe, VA 23651-5000, premier septembre 1996 ou l’ouvrage de vulgarisation Toffler A. & H., Guerre et contre-guerre, op. cit., 431 p.

[163] Mattox J.M., « Fifth-Century Advice for 21st Century Leaders », art. cit., pp. 73-80.

[164] O.O.T.W. signifie Operations Other Than War, que nous traduirons en français opérations autres que la guerre. Ce concept récent recouvre en fait une grande quantité d’opérations : guérilla, contre-guérilla, lutte anti-subversive, maintien de la paix, lutte contre le narcotrafic, guerre psychologique, etc.

[165] Atkeson E.B., « International Crises and the Evolution of Strategy and Forces – Part II », Military Review, novembre 1975, pp. 47-55.

[166] Sur les conflits contemporains, voir par exemple : Balencie J.-M., de La Grange A. (sous la direction de), Rufin J.-C. (présenté par), Mondes rebelles, guerres civiles et violences politiques, Paris, Editions Michalon, 1999 (édition revue et augmentée), 1561 p.

[167] Laqueur W., « The Origin of Guerilla Doctrine », The Journal of Contemporary History, juillet 1975, p. 356. Opinion partagée par le spécialiste allemand de Clausewitz, Werner Hahlweg. Hahlweg W., « Clausewitz and Guerilla Warfare », dans Handel M.I., Clausewitz and Modern Strategy, op. cit., pp. 127-133.

[168] Handel M.I., Who Is Afraid of Carl von Clausewitz ?, op. cit.

[169] Townsend P.L., « Clausewitz Would Have Wondered at the Way We Fought in Vietnam », Marine Corps Gazette, juin 1978, pp. 55-57.

[170] Sullivan G.R. & Dubrik J.M., « Land Warfare in the 21st Century », Military Review, septembre 1993, pp. 20-21.

[171] Swain R.M., « Square Pegs for Round Holes – Low Intensity Conflict in Army Doctrine », Military Review, décembre 1987, pp. 10-11 et 14.

[172] Dunlap Ch.J., « The Origins of the American Military Coup of 2012 », Parameters, hiver 1992-93, pp. 2-20 ; Ricks Th.E., « Colonel Dunlap’s Coup », The Atlantic Monthly, janvier 1993, pp. 23-25.

[173] Summers H.G., On Strategy, op. cit., 224 p.

[174] Voir par exemple, avec citation de Clausewitz : Lacey B.P., Bartan Th.L., Hoehl R.F., Furgurson G.H. III, & Sissoko M., Peace Operations: A New Use of Force?, (A Research Paper Presented to the Director of Research Air Command and Staff College, In Partial Fulfillment of the Graduation Requirement of A.C.S.C.), avril 1996, p. 83.

[175] On notera qu’il existe toute une littérature doctrinale à ce sujet. Littérature qui concerne les opérations dites de Public Affairs (affaires publiques) et Civil Affairs (affaires civiles). Citons par exemple : Joint Pub. 3-57, Joint Doctrine for Civil Military Operations, 8 février 2001 ; Joint Pub. 3-61, Doctrine for Public Affairs in Joint Operations, 14 mai 1997 ; FM 46-1, Public Affairs Operations, 30 mai 1997 ; Air Force Doctrine Document (AFDD) 2-54, Public Affairs Operations, 25 octobre 1999 ; MCWP 3-33.3, Marine Corps Public Affairs, U.S. Marine Corps, 18 janvier 2000 ; etc.

[176] Fromm P., « War and OOTW », Military Review, septembre-octobre 1995, pp. 57-62.

[177] Howard M., « The Forgotten Dimensions of Strategy », art. cit., pp.  975-986.

[178] Luttwak E.N., Le paradoxe de la stratégie, op. cit., 332 p.

[179] Voir : Colson B., La culture stratégique américaine, op. cit., pp. 295-296 ; (et par exemple) Krause M.D., « Getting to Know Jomini », Joint forces Quarterly, printemps 1995, p. 126.

[180] Le lecteur intéressé par les problèmes de logistique pourra consulter : Creveld M. van, Supplying War, Cambridge, Cambridge University Press, 1977, (sur Clausewitz et la logistique) pp. 70-71.

[181] Newell C.R., The Framework of Operational Operation, Londres et New York, Routledge, 1991, p. 99.

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Chapitre 7 – Retour au cas Liddell Hart

En 1977, Liddell Hart est encore présenté très positivement dans un ouvrage que lui consacre l’historien britannique Brian Bond.[1] Mais en 1988, John J. Mearsheimer publiait une étude franchement critique sur l’inventeur de l’approche indirecte. Mearsheimer remet en évidence l’aura ternie du Britannique lors de la Seconde Guerre mondiale. Hore-Belisha, alors ministre de la Défense en Grande-Bretagne, et Liddell Hart se virent, en quelque sorte, accusés du désastre du début de la guerre sur le front de l’Ouest.[2] Pour Mearsheimer, après la guerre Liddell Hart chercha à reconstruire sa réputation et ce en employant des techniques pas très éloignées de la fraude intellectuelle. Ainsi, le livre publié aux Etats-Unis sous le titre The German Generals Talk, construit à partir d’interviews d’officiers allemands, est d’abord pointé du doigt (celui-ci avait déjà été critiqué lors de sa publication) ; n’est-ce pas plutôt Liddell Hart qui parle par la bouche de ces généraux ?[3] L’apogée de la reconstruction de la réputation de Liddell Hart correspond, pour John J. Mearsheimer, à la publication de l’ouvrage The Theory and Practice of War. Un ouvrage composé en l’honneur de Liddell Hart pour son septantième anniversaire. Les chapitres étaient signés par une brochette de célébrités dans le milieu de la défense, de l’histoire militaire et de spécialistes des questions de sécurité : André Beaufre, Peter Paret, Michael Howard, Yigal Alon, Henry Kissinger, Alastair Buchan, etc. Mearsheimer met aussi en évidence les multiples contacts de Liddell Hart avec Paul Kennedy, Briand Bond, Jay Luvaas, Corelli Barnett, etc. Liddell Hart est parvenu à se refaire une réputation en devenant une référence obligatoire lorsque l’on écrivait sur l’histoire militaire européenne de la première moitié du XXe siècle.[4]

Dans un article publié en mars 1990 dans la revue Parameters, Jay Luvaas évaluait la thèse de John J. Mearsheimer. Jay Luvaas a bien connu B.H. Liddell Hart chez qui il a vécu plusieurs semaines en 1961, alors qu’il réalisait des recherches en Grande-Bretagne. Il rend honneur à l’historien britannique mais critique néanmoins certains de ses travers. Il affirme que B.H. Liddell Hart pouvait changer d’opinion dans une conversation mais une fois son opinion publiée, jamais.[5] Enfin, pour Brian Reid, la manie de Liddell Hart de contrôler tout ce qui était publié à son propos relève surtout d’un manque de confiance en soi. Malgré tout, pour Reid, Liddell Hart et J.F.C. Fuller restent d’excellents maîtres à penser en ce qui concerne la manœuvre, l’impact de la technique sur le champ de bataille et la prospective.[6]

On assiste donc bien à une remise en cause du statut de Liddell Hart aux Etats-Unis pendant ces années. Pourtant, les Américains étaient déjà au courant des limites de la réputation de Liddell Hart. Déjà assez tôt après la Seconde Guerre mondiale, le statut de Liddell Hart « prophète de la Blitzkrieg » est remis en cause.[7] Le modèle de la Blitzkrieg ne serait pas directement lié aux idées de B.H. Liddell Hart et J.F.C. Fuller mais plutôt d’une approche générale partagée au sein de l’armée allemande, souple et peu codifiée.[8] Il y a aussi la remise en cause de l’influence de Liddell Hart sur Patton et McArthur. Il est par exemple connu que Patton a lu de très nombreux livres d’histoire militaire et, bien qu’il rencontra Liddell Hart au moins à deux reprises pendant la Seconde Guerre mondiale, il semble que c’est Liddell Hart qui revendiqua cette influence plus que Patton ne la mentionna.[9]

Néanmoins, Liddell Hart gardera ses adeptes et aura même un impact certain sur le développement de la pensée opérationnelle américaine.[10] Il est par exemple clair que les éditions du FM 100-5 de 1982, 1986 et 1993 pillent allègrement ses idées, principalement les concepts d’approche indirecte et de torrent en crue. Liddell Hart y sert de complément à Clausewitz. Alors que le Prussien accorde beaucoup d’importance à la violence sur le champ de bataille, l’historien britannique « corrige » cette tendance par l’approche indirecte. La réflexion des deux penseurs est mise en relation avec les notions d’agilité, d’initiative, de synchronisation et de profondeur. L’importance à accorder aux destructions physiques autant que morales est aussi évoquée au travers de l’historien britannique.[11] Liddell Hart fait également recette au TRADOC où il est cité par le général Starry et, plus tard, dans une circulaire de cet organisme.[12]

Ensuite, dans un article publié en 1986 dans la Military Review, Jerry D. Morelock condense le parcours du théoricien britannique. Ce texte est un excellent résumé des concepts développés par B.H. Liddell Hart : approche indirecte, torrent en crue, objectifs alternatifs, engagement limité, l’homme dans le noir – man in the dark, qui consiste à trouver l’ennemi, le fixer, manœuvrer pour le menacer, exploiter par l’attaque toute ouverture.[13] Qui plus est, Jay Luvaas, dans une critique de l’ouvrage Strategy, écrira que Liddell Hart aurait très probablement apprécié les éditions du FM 100-5 mentionnant l’approche indirecte. Toutefois, il aurait été déçu de constater que l’exemple historique qui en était donné est celui de la bataille de Vicksburg. Lors de cette bataille, Grant tenta plusieurs fois l’approche directe avant de choisir une autre méthode.[14] Notons aussi que, parfois, l’approche indirecte est mentionnée sans références explicites à Liddell Hart.[15]

Au total, on peut affirmer que le nom de Liddell Hart reste encore bien ancré dans la pensée stratégique américaine et ce malgré les critiques que l’on peut formuler à l’égard de ce dernier. Il est donc temps de se demander si cette réputation de Liddell Hart après la guerre du Vietnam a porté préjudice à Clausewitz. La réponse paraît négative. En effet, le discours stratégique américain se révèle capable de combiner des pensées à première vue complètement divergentes. A titre d’exemple, indiquons que le général R.B. Furlong s’est servi des idées de l’historien pour expliquer le concept clausewitzien de centre de gravité.[16]

De plus, le rôle que Liddell Hart a joué dans la négation de l’œuvre de Clausewitz, et sa lecture superficielle du Traité, est maintenant assez largement diffusée dans le discours stratégique américain. La mauvaise compréhension de Clausewitz par Liddell Hart et J.F.C. Fuller a été particulièrement bien décrite par Jay Luvaas. Pour ce dernier, Liddell Hart s’avère plus proche, dans son approche, de Jomini, voire même de Schlieffen qui utilisa l’exemple historique de la bataille de Cannes pour élaborer le fameux plan qui porte son nom. Si Liddell Hart et J.F.C. Fuller ont insuffisamment compris Clausewitz, c’est parce qu’ils ne l’ont pas réellement lu, ou pas assez lu.[17]

La thèse de Christopher Bassford montre la relation entre Liddell Hart et Clausewitz sous un jour différent et complète la vision de Mearsheimer. Pour lui, Liddell Hart a avant tout réaffirmé les idées de Clausewitz en les présentant sous une autre lumière. Bien sûr, certaines critiques que l’historien britannique adresse au Prussien sont devenues caricaturales et simplificatrices, mais Bassford distingue parfois une compréhension plus fine de Clausewitz par Liddell Hart. Et Christopher Bassford en vient à se demander si Liddell Hart ne fut pas gêné par la stature du Prussien pour s’affirmer lui-même.[18]

Notons aussi que le nom de Liddell Hart revient également à côté de celui de Clausewitz à propos de la problématique de la grande stratégie. Pour Martin Kitchen, Liddell Hart a introduit le niveau Grand Strategy par réaction envers Clausewitz. Alors que la stratégie est étroitement confinée à son aspect militaire, la Grand Strategy, terme aux limites floues, se charge non seulement de la stratégie en temps de guerre mais aussi en temps de paix.[19] Dans un ouvrage collectif, sous la direction de Paul M. Kennedy sur la Grand Strategy, le nom de Liddell Hart revient à plusieurs reprises, parfois aux côtés de Clausewitz. La combinaison des deux penseurs permet de poser des jalons à la fois à partir de l’idée de la guerre comme continuation de la politique, chez Clausewitz, et l’ouverture de ce paradigme par les idées de Liddell Hart sur le rôle des autres outils de la grande stratégie, la diplomatie par exemple.[20] En d’autres termes, Liddell Hart n’aurait fait qu’adapter la Formule. Notons que Paul M. Kennedy dédiera son ouvrage Strategy and Diplomacy à B.H. Liddell Hart. On trouvera aussi des références bibliographiques à des ouvrages de B.H. Liddell Hart dans The Rise and Fall of the Great Powers. Toutefois, quelques textes poseront la question de la validité de l’approche indirecte à tous les niveaux – de la tactique à la Grand Strategy.[21]

En conclusion, le discours stratégique américain a tendance à ne pas opposer Clausewitz et B.H. Liddell Hart. Aujourd’hui, aux Etats-Unis, Liddell Hart reste célèbre pour son approche indirecte. Les Américains insistent plutôt sur la différence de perspective de chacun des deux penseurs. Liddell Hart ouvre plus largement son analyse à la diplomatie, la guerre économique, la guerre navale, etc. Clausewitz centre son étude sur le phénomène de la bataille et son interaction avec le politique.[22] B.H. Liddell Hart est parfois comparé à Jomini pour son approche didactique, « prescriptive » et réductionniste.[23] Or, le discours stratégique américain recherche aussi à concilier les idées de Jomini avec celles de Clausewitz.

[1] Bond B., Liddell Hart – A Study of his Military Thought, Londres, Cassell, 1977, 289 p.

[2] Gibson I.M., « Maginot et Liddell Hart : la doctrine de la défense », dans Mead Earle E. (éd.), Les maîtres de la stratégie, vol. 2, De la fin du XIXe siècle à Hitler, (Makers of Modern Strategy, 1943 – traduit de l’américain par Annick Pélissier), Paris, Berger-Levrault, 1980, pp. 99-121. Le nom de l’auteur, Irving M. Gibson est en fait un pseudonyme pour le professeur A. Kovacs. Higham R., The Military Intellectuals in Britain : 1918-1939, New Brunswick, Rutgers University Press, 1966, p. 47.

[3] Depuis lors, la thèse selon laquelle Liddell Hart a surévalué son importance dans la création de la Blitzkrieg a encore été revue, en sa faveur, par Azar Gat : « British Influence and the Evolution of the Panzer Arm: Myth or Reality? Part I », War in History, avril 1997, pp. 150-173 ; « British Influence and the Evolution of the Panzer Arm : Myth or Reality ? Part II », War in History, juillet 1997, pp. 316-338 ; « Liddell Hart’s Theory of Armoured Warfare: Revising the Revisionists », The Journal of Strategic Studies, mars 1996, pp. 1-30.

[4] Mearsheimer J.J., Liddell Hart and the Weight of History, op. cit., pp. 208-216. John J. Mearsheimer sera sceptique envers une défense de l’OTAN par la manoeuvre. Il compare ce modèle à celui de Liddell Hart, la bataille non-sanglante – bloodless victory – et remet en cause sa validité. Id., « Maneuver, Mobile Defense, and the NATO Central Front », art. cit., pp. 104-122. Notons aussi qu’à la lueur d’un article publié en 1954 dans la revue World Politics, nous nous demandons qui, de Liddell Hart ou des généraux allemands, utilisa le plus l’autre dans le but de se réhabiliter (voir : Speier H., « German Rearmament and the Old Military Elite », World Politics, janvier 1954, pp. 147-168). On constatera également que la réputation de Liddell Hart est encore très grande en Grande-Bretagne comme le témoignent divers articles : Terraine J., « History and the Indirect Approach », Journal of the R.U.S.I., juin 1971, pp. 44-49 ; Thorne I.D.P., « Interpretations: Liddell Hart After Fifteen Years », Journal of the R.U.S.I., décembre 1985, pp. 48-51 ; O’Neill R., « Liddell Hart Unveiled », Army Quaterly and Defence Journal, janvier 1990, pp. 7-19. Ce dernier article tente de relativiser la critique de Mearsheimer.

[5] Luvaas J., « Liddell Hart and the Mearsheimer Critique: A « Pupil’s » Retrospective », Parameters, mars 1990, p. 17.

[6] Reid B.H., « J.F.C. Fuller and B.H. Liddell Hart: A Comparaison », Military Review, mai 1990, pp. 64-73.

[7] Voir par exemple : Icks R.J., « Liddell Hart: One View », Armor, novembre-décembre 1952, pp. 25-27 ; Blumenson M. & Stokesbury J.L., « The Captain Who Taught Generals », Army, avril 1970, pp. 59-63.

[8] Hughes D.J., « Abuses of German Military History », art. cit., pp. 70.

[9] Dietrich S.E., « To Be Succesful Soldier, You Must Know History – (review essay: The Patton Mind », art. cit., p. 68 ; Mearsheimer J.J., Liddell Hart and the Weight of History, op. cit., pp. 205-206. A partir de la biographie de MacArthur par William Manchester, nous n’avons aucune trace de commentaires allant dans le sens d’une influence quelconque de B.H. Liddell Hart chez l’officier américain. Manchester W., MacArthur – Un césar américain, (traduit de l’américain, American Caesar, 1978), Paris, Robert Laffont, 1981, 618 p.

[10] Ainsi, voir par exemple l’article positif de : Pickett G.B. Jr., « Basil Liddell Hart Much to Say to The ‘Army of ’76′ », Army, avril 1976, pp. 29-33 ; Swain R.M., « B.H. Liddell Hart and the Creation of a Theory of War, 1919-1933 », Armed Forces and Society, automne 1990, pp. 35-51. Un article de Liddell Hart B.H. est également republié dans la Marine Corps Gazette : « Marines and Strategy », Marine Corps Gazette, janvier 1980, pp. 22-31. Christopher Bassford semble indiquer que l’influence de Liddell Hart a été particulièrement prégnante parmi les fusiliers marins. Bassford Ch., Clausewitz in English, op. cit., p. 132.

[11] Romjue J.L., From Active Defense to AirLand Battle: The Development of Army Doctrine 1973-1982, op. cit., pp. 13 ; 56 et 70 ; Headquarters, Department of the Army, FM 100-5, Operations, 1986, p. 109 ; Holder L.D., « Offensive Tactical Operations », Military Review, décembre 1993, p. 52.

[12] Starry D.A., « To Change an Army », art. cit., pp. 21-23 ; TRADOC Pamphlet 525-5, Military Operations – Force XXI Operations, Department of the Army, HQ U.S. Army Training and Doctrine Command, Fort Monroe, VA 236551-5000, août 1st 1996.

[13] Morelock J.D., « The Legacy of Liddell Hart », Military Review, mai 1986, pp. 65-75.

[14] Jay Luvaas mentionne aussi que le problème des écrits de Liddell Hart est que ce dernier écrit comme un journaliste, un historien, un théoricien, et un réformateur, et qu’il est impossible de savoir lequel de ses personnages parle dans ses écrits. Luvaas J., « (Landmarks in Defense Literature) Strategy: The Indirect Approach By B.H. Liddell Hart (1954) », Defense Analysis, août 1992, pp. 213-215.

[15] Helms R.F., « The Indirect Approach », Military Review, septembre 1978, pp. 2-9. L’auteur cite toutefois dans sa bibliographie les Rommel Papers préfacé de Liddell Hart.

[16] Furlong R.B., « Strategymaking for the 1980’s », art. cit., pp. 9-16.

[17] Luvaas J., « Clausewitz, Fuller and Liddell Hart », dans Handel M.I., Clausewitz and Modern Strategy, op. cit., pp. 197-212. Voir aussi : Cannon M.W., « Clausewitz for Beginners », art. cit., pp. 48-57. A propos de Liddell Hart et Fuller et l’utilisation de l’histoire, voir : Gooch J., « Clio and Mars: The Use and Abuse of History », dans Perlmutter A. & Gooch J., Strategy and The Social Sciences, Londres, Frank Cass, 1981, pp. 30-34 (article initialement publié dans la revue Journal of Strategic Studies, vol. 3, n°3). Cet article s’avère très critique envers la méthode d’investigation des deux Britanniques, ici aussi comparée à celle de Jomini. Deviner le futur en étudiant le passé et ce en supposant un continuum linéaire passé/présent/futur est douteux. De plus, cette approche tend parfois à plier l’histoire au gré du schéma d’analyse de celui qui la pratique.

[18] Bassford Ch., op. cit., pp. 133-134.

[19] Kitchen M., « The Political History of Clausewitz », The Journal of Strategic Studies, mars 1988, p. 34

[20] Kennedy P.M. (dir.), Grand Strategies in War and Peace, op. cit., pp. 1-7.

[21] Baumann R.F., « Historical Framework for the Concept of Strategy « , art. cit., p. 9 ; Kennedy P.M., Strategy and Diplomacy, Londres, Fontana Press, 1983, 254 p. ; id., The Rise and Fall of the Great Powers, Londres, Unwin, 1988, 540 p. ; O’Meara Jr., « Strategy and the Military Professional – PART I », art. cit., pp. 38-45.

[22] Davison K.L. Jr., « Clausewitz and the Indirect Approach… Misreading the Master », Airpower Journal, hiver 1988, pp. 42-52. L’auteur de cet article attire l’attention sur les problèmes de sémantique qui opposent, en surface selon lui, Clausewitz et Liddell Hart. Ainsi, le terme engagement, signifierait non seulement le combat réel mais aussi virtuel. Quant au mot destruction, c’est à tort qu’il faut le concevoir dans le sens d’anéantissement. Il s’agit plutôt d’une conception qui vise une réduction plus que proportionnelle des forces ennemies.

[23] Shy J., « Jomini », dans Paret P., Makers of Modern Strategy, op. cit., p. 181.

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Chapitre 6 – Clausewitz comme grille de lecture des stratégies étrangères (suite)

Avant la guerre du Vietnam, le nom de Clausewitz était très régulièrement placé en regard des analyses portant sur la stratégie des pays communistes. Après le conflit en Asie du Sud-Est, ce trait de caractère si particulier de l’utilisation de Clausewitz est devenu moins systématique. Toutefois, moins systématique ne signifie en aucun cas absent.[1] Il est, par exemple, symptomatique de noter la réaction de David MacIsaac suite à la publication de l’essai de Michael Howard sur l’influence de Clausewitz, dans l’édition de 1976 du Traité. Pour MacIsaac, Michael Howard a insuffisamment développé son analyse de la filiation communiste du Prussien…[2]

Mais commençons par étudier ce que recouvre l’utilisation du nom de Clausewitz lorsqu’il est accolé à des analyses de la stratégie soviétique. Tout d’abord, c’est le contenu de cette stratégie qui est abordé. Le Prussien est donc mis en regard de la doctrine dite Sokolovsky. Pour cette doctrine, la guerre est toujours un moyen du politique même suite à l’avènement de l’armement nucléaire. L’ouvrage en question s’exprime en ces termes : Dans les remarques faites par Lénine sur le livre de Clausewitz « Sur la guerre », nous lisons que « la politique est la cause et la guerre l’instrument ; non le contraire. En conséquence, il reste à subordonner le point de vue militaire au point de vue politique ». L’acceptation de la guerre comme instrument de la politique détermine également la corrélation entre la stratégie militaire et la politique.[3]

Certains textes américains vont interpréter la doctrine Sokolovsky comme le fondement d’une pensée stratégique nucléaire qui refuse de considérer l’aspect purement dissuasif de l’arme. Pour les communistes, les armes nucléaires sont équivallente à n’importe quel type d’arme à une différence près : la plus grande puissance des ces dernières.[4] On évoque donc une doctrine soviétique dite de war-fighting et war-winning.[5]

Mais cette façon d’envisager la stratégie soviétique n’a toutefois pas fait l’unanimité. Certains se demandent si les idées de war-winning et war fighting sont réellement à mettre au crédit de Clausewitz et Lénine ? Ne peut-on plutôt avancer l’hypothèse que l’establishment militaire soviétique impose sa tyrannie sur le pouvoir politique qui est obligé d’adhérer à de telles conceptions ?[6] Ou encore l’obligation que ce même establishment a de se justifier auprès du pouvoir politique et des populations le conduit à adopter une telle doctrine. Robert L. Garnett, lui, pense qu’il existe une double façon d’envisager la Formule au regard de la pensée stratégique communiste. D’une part, la guerre peut être considérée comme la continuation de la politics, ce qui rentre dans un schéma d’interprétation marxiste et léniniste. D’autre part, la guerre peut aussi être considérée comme la continuation de la policy – donc comme un moyen rationnel de réaliser un objectif et non comme un processus dont on constate simplement l’existence – et selon l’auteur, on peut mettre en doute que cette seconde interprétation prévale en U.R.S.S.[7] Une telle affirmation remet en cause les idées war-winning et war-fighting.

Néanmoins, de nombreux auteurs américains vont utiliser le nom de Clausewitz pour noircir la stratégie soviétique. Ainsi, Richard N. Nixon envisage le comportement stratégique soviétique au travers d’une référence clausewitzienne : Comme l’observait il y a longtemps le grand stratège allemand Clausewitz, l’agresseur ne veut jamais la guerre ; il préfère envahir votre pays sans coup férir.[8] Ailleurs, Brejnev reçoit le titre du plus clausewitzien des chefs politiques soviétiques par sa politique de préparation et d’évitement de la guerre ainsi que son désir de réformer le monde – try to reshape.[9] Le Prussien sert aussi à renforcer l’idée de parfait équilibrage entre moyens et fins chez les Soviétiques.[10] Et Patrick M. Cronin reconnaît que l’on reproche encore à On War d’avoir une connotation sinistre car il a été utilisé par Lénine, Trotsky, et l’état-major soviétique.[11]

Ce dernier point conduit à des textes à vocation plus historique. Indéniablement ceux qui postulent un lien entre Sokolovsky, Clausewitz, et le corpus doctrinaire marxiste prennent appui sur ces articles. Quoi qu’il en soit, les analyses les plus historiques ne manquent parfois pas d’intérêt. Dans un article sur Lénine, Clausewitz et la militarisation du marxisme, on découvre que Lénine, dans sa lecture de On War s’est trouvé confronté à un problème de méthodologie. Le marxisme est une doctrine matérialiste, alors que On War est d’inspiration idéaliste. Lénine entreprit donc une adaptation des idées de Clausewitz. Ainsi, la guerre est bien la continuation de la politique par d’autres moyens, mais la politique, concept si peu explicité par le Prussien, n’est que le reflet de la lutte des classes transposée au plan international. Et Lénine de développer la typologie de la guerre juste (en accord avec les thèses marxistes) et injuste (impérialistes). Ces idées se répandirent ensuite dans la vulgate communiste.[12]

On pourra également trouver un article comparant la stratégie soviétique à celle des Mongols. La comparaison a de quoi faire frémir. L’analyse d’un comportement jugé irrationnel, comme les dévastations du grand Kahn, peut se révéler être un avantage offensif, donc finalement rationnel. Et ici, Clausewitz symbolise le modèle occidental de la guerre face au communisme.[13] Par cette comparaison, la différence culturelle des deux camps est accentuée.

L’œuvre de Clausewitz peut aussi servir de cadre de référence à la stratégie chinoise communiste, plus précisément à la pensée stratégique de Mao. Ici, la relation est toutefois plus discutable. On sait avec certitude que Mao a bien lu Sun Zi[14], qu’il a été largement influencé par les théories marxistes-léninistes et par des fictions populaires traditionnelles qui mettaient en valeur l’héroïsme. Mais qu’en est-il de son lien avec Clausewitz ?

D’après R. Lynn Rylander, Mao cite Clausewitz dans On Guerilla Warfare en invoquant la nature particulière de chaque guerre selon son contexte social – la guerre est un caméléon. D’autre part, les outils méthodologiques et thèmes développés par Mao sont assez proches de ceux de Clausewitz : méthode dialectique, rôle de l’homme, point de vue politique primordial. Rylander mentionne aussi la guerre prolongée – sur ce dernier point on pourrait contester l’apport de Clausewitz selon qu’on lui donne une interprétation à la Delbrück ou non. Malgré la remise en cause du mythe de Mao dans les années 80, il semble que l’on doive encore compter longtemps sur l’influence de sa pensée – donc, indirectement, sur celle du Prussien.[15] D’autres textes ne s’embarrassent pas de retrouver la filiation possible entre Mao, ou même le Vietnamien Giap, et Clausewitz. Ces textes se servent uniquement de Clausewitz comme cadre de référence. La Formule est alors mise au premier plan et le centre de gravité devient la population.[16] Harry G. Summers finit même par affirmer que l’interprétation de Clausewitz par Mao serait plus importante que l’apport de Sun Zi chez ce dernier.[17]

En résumé, Clausewitz aura bien servi à « noircir » les Etats communistes dans le discours stratégique américain. Lorsque Clausewitz est cité en rapport avec sa généalogie française ou italienne, le propos est beaucoup moins passionné.[18] Mais paradoxalement, s’il sert à pointer du doigt les « Etats totalitaires », lorsqu’il est utilisé comme référent aux Etats-Unis, il devient le chantre de la soumission du militaire au politique, un pur démocrate. Traditionnellement, la perception veut que seuls les pays totalitaires peuvent se permettre de laisser les militaires diriger la politique. Par conséquent, les militaires américains n’ont pas à formuler trop d’opinions à l’égard des choix du gouvernement.[19] Dans les faits, le discours stratégique américain ne s’en prive pas toujours.

Il existe donc bien une dichotomie en cette matière. « Clausewitz le démocrate » est conçu à partir d’une Formule presque transformée en termes structurels ; il est situé dans le prolongement de nos idées sur la séparation des pouvoirs. A l’opposé, « Clausewitz le totalitaire », celui qui sert à qualifier les régimes communistes, est plutôt fonctionnel : il efface la distinction entre le bien et le mal ; la fonction de la violence est un outil légitime du pouvoir, faisant fi de toute utopie et idée de la guerre juste – dans la tradition chrétienne et non, d’après le schéma léniniste s’entend.

En analysant les textes trouvés sur Clausewitz et la stratégie communiste, il semble que le nom de l’officier prussien a permis de « créer une image » que l’on peut qualifier de réductrice. Le concept de propagande n’est pas très éloigné. Le problème pour l’analyste stratégique est que cette image paraît « s’autonomiser ». Ne prenant pas conscience de ce phénomène, les distorsions sont inévitables. Les analystes n’auraient-ils pu plus profiter des constatations de Thomas Wolfe dans son ouvrage Soviet Strategy at the Crossroads, publié en 1964, montrant la possible séparation entre militaire et politique au niveau de l’acceptation de la Formule ?[20]

[1] A propos de la relation entre Clausewitz et la descendance marxiste, on lira en particulier : Semmel B. (dir.), Marxism and the Science of War, Oxford, Oxford University Press, 1981, 302 p.

[2] McIsaac D., « Master at Arms: Clausewitz in Full View », art. cit., pp. 85 et 92. L’essai en question est : Howard M., « The Influence of Clausewitz », dans On War, pp. 27-44.

[3] Sokolovsky (maréchal), Stratégie militaire soviétique, (trad.), Paris, L’Herne, 1984, p. 36.

[4] Moody P.J., « Clausewitz and the Fading Dialectic of War », art. cit., p. 427 ; Jensen O.E., « Classical Military Strategy and Ballistic Missile Defense », art. cit., p. 60.

[5] Cole J.L. Jr., « ON WAR Today? », art. cit., p. 23. Notons que Richard Pipes est l’un des plus célèbres chercheurs à avoir défendu l’idée que la stratégie soviétique reposait sur les idées de war-winning et war-fighting. A propos de Pipes et de ses critiques, voir d’abord l’article : Pipes R., « Why the Soviet Union Thinks it Could Win a Nuclear War », Commentary, juillet 1977, pp. 21-34 ; et sur la critique de Pipes, par exemple : Catudal H.M., Soviet Nuclear Strategy from Stalin to Gorbatchev, Berlin, Berlin Verlag, 1988, pp. 118-121

[6] Schilling W., « US Strategic Nuclear Concepts in the 1970’s: The Search for Sufficiently Equivalent Countervailing », dans O’Neill R. & Horner D.M., New Directions in Strategic Thinking, Londres, George Allen & Unwin, 1981, pp. 56-57.

[7] Arnett R.L., « Soviet Attitudes Towards Nuclear War: Do They Really Think They Can Win? », The Journal of Strategic Studies, septembre 1979, pp. 173-175

[8] Nixon R.M., La vraie guerre, (The Real War, 1980, traduit de l’américain par F.-M. Watkins et G. Casaril), Paris, Albin Michel, 1980, p. 37.

[9] Rice C., « The Evolution of Soviet Grand Strategy », dans Kennedy P. (dir.), Grand Strategies in War and Peace, op. cit., p. 158.

[10] Twinnig D.T., « Soviet Strategic Culture – The Missing Dimension », Intelligence and National Security, janvier 1989, pp. 169-187.

[11] Cronin P.M., « Clausewitz Condensed », art. cit., p. 48.

[12] Kipp J.W., « Lenin and Clausewitz: The Militarization of Marxism, 1914-1921 », Military Affairs, octobre 1985, pp. 185-191 ; Jones Ch.D., « Just Wars and Limited Wars: Restraints on the Use of the Soviet Armed Forces », World Politics, octobre 1975, pp. 45 et 53.

[13] Stinemetz S.D., « Clausewitz or Kahn? The Mongol Method of Military Success », Parameters, printemps 1984, pp. 71-80.

[14] Par exemple dans l’ouvrage La guerre révolutionnaire, composé de deux textes, l’un sur les problèmes stratégiques en général (décembre 1936) et l’autre sur la stratégie à adopter dans la lutte contre le Japon (mai 1938), Mao cite Sun Zi à plusieurs reprises : pour évoquer la nécessité de se connaître et de connaître son adversaire ; d’éviter le combat autant que possible s’il y a moyen d’obtenir la victoire par un autre moyen ; et de créer des « apparences ». Mao Tsé-toung, La guerre révolutionnaire, op. cit., p. 31 et p. 75.

[15] Rylander R.L., « Mao as a Clausewitzian Strategist », Military Review, août 1981, pp. 13-21.

[16] Staudenmaier W.O., « Vietnam, Mao, and Clausewitz », art. cit., pp. 79-80 et p. 81.

[17] Summers H.G., « Clausewitz: Eastern and Western Approach to War », Air University Review, mars-avril 1986, pp. 62-71.

[18] Voir : Porch D., « Clausewitz and the French 1871-1914 », et Gooch J., « Clausewitz Disregarded: Italian Military Thought and Doctrine, 1815-1943 », dans Handel M.I., Clausewitz and Modern Strategy, op. cit., pp. 287-302 et 303-324. (John Gooch est un chercheur britannique).

[19] O’Meara Jr., « Strategy and the Military Professional – PART I », art. cit., pp. 38-45.

[20] Voir supra. Rappelons les références de l’ouvrage en question : Wolfe Th.W., Soviet Strategy at the Crossroads, Harvard University Press, 1964, Cambridge, 342 p. Voir aussi : Schilling W., « US Strategic Nuclear Concepts in the 1970s: The Search for Sufficiently Equivallent Countervailling Parity », dans O’Neill R. and Horner D.M. (Ed. by), New Directions in Strategic Thinking, op. cit., p. 55.

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