Histoire des guerres d’Allemagne

Henry Lloyd
préface de Arnaud Blin

 

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Table des matières 

Préface

Discours préliminaire

De la France

De l’Autriche

De la Prusse

De la Saxe

De la Russie

De la Suède

Description militaire du théâtre de la guerre

De la Bohême et de la Moravie

De la Silésie et du comté de Glatz

De la Saxe et de la Lusace

Campagne de 1756

Campagne de 1757

Réflexions

Réflexions sur la bataille de Kollin

Réflexions

Réflexions sur la bataille de Breslau, et sur les opérations qui la précédèrent

Réflexions sur la bataille de Lissa, et sur les opérations qui la précédèrent

Opérations de la guerre en Prusse entre les Prussiens et les Russes

Réflexions

Opérations de la guerre en Poméranie entre les Prussiens et les Suédois

Campagne de 1758

Campagne de 1759

Campagne de 1760

Campagne de 1761

Campagne de 1762

Cartes

Bibliographie de Henry Lloyd par Jean-Jacques Langendorf

index

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Recherche sur les thalassocraties antiques. L’exemple grec

Jean Pagès

Recherches sur les thalassocraties antiques - 1

 

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Table des matières 

Préface – Le problème de la thalassocratie

Propositions générales

La vision grecque de la thalassocratie

Les conditions de la thalassocratie

L’élément politique

L’élément géographique

L’élément économique

L’élément militaire

Athènes au ve siècle av. J.-C. Géostratégie d’un empire maritime

L’espace géostratégique

La mer Égée

La mer Ionienne et le golfe de Corinthe

La mer Noire ou Pont-Euxin

Le reste du bassin oriental

Les conditions de la navigation

Les vents

Les courants

Les forces navales athéniennes au Ve siècle

Les navires

L’organisation de la flotte

Le commandement

Les équipages

Les routes maritimes stratégiques de l’empire athénien

Formation de l’espace géostratégique maritime d’Athènes aux vie et ve siècles

Avant les guerres médiques

Pendant les guerres médiques

Constitution de la Ligue de Délos et renforcement de l’espace géostratégique maritime d’Athènes (479-468)

Athènes et l’impérialisme armé (462-446)

L’impérialisme pacifique de Périclès (446-433)

Les préliminaires de la guerre du Péloponnèse

Les forces en présence

Périclès

Thèbes. Épaminondas et sa flotte

Samos. L’éphémère “thalassocratie” de Polycrate

L’île de Samos

Samos avant Polycrate

Samos sous la tyrannie et sa marine

La piraterie de Polycrate

Polycrate et les Perses

Siège de Samos

Cambyse attaque l’Égypte

Analyse géostratégique

Corinthe a-t-elle été une thalassocratie ?

Les colonies et sous-colonies de Corinthe

La marine de guerre corinthienne

La marine corinthienne à Salamine (480)

La guerre entre Corinthe et Corcyre (435-433)

La bataille de Sybota (433)

Guerre du Péloponnèse (431-404)

Conclusion

La Macédoine et l’Isthme de Corinthe

L’industrie et le commerce corinthien

Rhodes. Une thalassocratie exemplaire

Rhodes chez les auteurs anciens

Situation géographique de Rhodes

Le passé de Rhodes jusqu’au xe siècle av. J.-C.

La colonisation historique rhodienne

Le commerce rhodien

1.Du viie au ive siècle

2.L’importance économique de Rhodes à l’époque hellénistique

La marine de guerre rhodienne

1. Avant l’époque hellénistique

2. Du iiie au ier siècle av. J.-C.

3. La marine rhodienne au combat

Rhodes contre les pirates

Conclusion

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Annexe 2 : Chronologie

1389         Le Kosovo est le lieu de la défaite historique des Serbes contre les envahisseurs ottomans. Il devient un élément-clé de la culture serbe.

1913         Le Kosovo est intégré à la Serbie à la suite des guerres balkaniques. Il fait partie du nouvel État yougoslave en 1918.

1974         Nouvelle Constitution yougoslave. Le Kosovo dispose du statut de région autonome à l’intérieur de la Répu­blique serbe.

1981         Printemps : des dizaines de milliers d’Albanais du Kosovo réclament le statut de République. Sanglante répression.

1989         –    Février : en réponse à une grève générale, Belgrade proclame l’état d’exception dans la région et fait inter­venir l’armée.

                 –    Mars : le 23, la Serbie supprime le statut d’auto­nomie dont le Kosovo jouissait depuis 1974.

1990         –    Juillet : le Kosovo déclare son indépendance. Tandis que la Serbie dissout l’Assemblée du Kosovo, les mouvements de protestation continuent dans les rues.

1991         –    Septembre : proclamation d’une “République” du Kosovo, reconnue par l’Albanie, à l’issue d’un référen­dum clandestin.

1992         24 mai : élection de M. Ibrahim Rugova (Ligue démo­cratique du Kosovo) à la “présidence”, lors d’un scrutin déclaré illégal par Belgrade.

1995         Février : après un boycott de six ans des écoles publi­ques et des collèges, la Serbie signe un accord avec les responsables albanais visant à intégrer les enfants albanais dans l’école publique.

                 –    Juillet : un tribunal serbe condamne soixante-huit Albanais du Kosovo à des peines allant jusqu’à huit ans de prison pour avoir constitué une police parallèle.

                 –    Août : l’installation par Belgrade de plusieurs centaines de réfugiés serbes d’origine croate au Kosovo ajoute aux tensions entre les communautés.

1996         –    Février : série d’attaques à la bombe perpétrées par un groupe séparatiste, l’Armée de libération du Kosovo (ALK), qui se manifeste ainsi pour la première fois.

1997         –    Janvier : le recteur serbe de l’université de Pristina est sérieusement blessé lors d’une attaque à la voiture piégée, revendiquée par l’ALK.

                 –    Septembre : des manifestations d’étudiants alba­nais sont réprimées par la police serbe. Des hommes armés entreprennent des attaques de nuit simultanées contre des stations de police de dix villes du Kosovo. Parallèlement, les affrontements entre la police et des protestataires civils continuent.

                 –    Octobre-décembre : une razzia sur des grenades et des mitraillettes est effectuée dans un camp serbe de réfugiés. Un avion de l’armée yougoslave est abattu.

1998         –    Février-mars : des affrontements dans le région de la Drenica, au centre du Kosovo, font au moins vingt-neuf morts. La police serbe et l’armée yougoslave provo­quent la destruction de nombreux villages, faisant près de 2 000 victimes, et entraînent la fuite de 250 000 réfugiés dont plusieurs dizaines de milliers dans les montagnes. La communauté internationale condamne Belgrade et multiplie les appels au dialogue.

                 –    22 mars : les Albanais du Kosovo votent massi­vement pour réélire le président Rugova ainsi qu’un Parlement, non reconnus par Belgrade.

                 –    26 mars : le chef du Parti radical et ultranatio­naliste, M. Vojislav Seselj, est nommé vice-Premier ministre de la coalition au pouvoir à Belgrade, et affir­me son refus de négocier avec les Albanais du Kosovo.

                 –    31 mars : embargo de l’ONU sur les armes contre Belgrade.

                 –    7 avril : rejet par le Parlement serbe du projet de référendum sur une participation étrangère à la réso­lution de la crise au Kosovo.

                 –    10 avril : début des manifestations antiserbes à Pristina.

                 –    Avril-mai : les affrontements reprennent entre indépendantistes albanais et troupes yougoslaves.

                 –    9 mai : le Groupe de contact sur l’ex-Yougoslavie décide un embargo sur les investissements vers la Ser­bie et le Monténégro.

                 –    15 mai : rencontre entre le président yougoslave, M. Slobodan Milosevic, et le chef des Albanais du Kosovo, M. Ibrahim Rugova, pour entamer des négo­ciations, sous l’égide de M. Richard Holbrooke.

                 –    25-28 mai : les combats s’intensifient entre indé­pendantistes albanais et forces de l’ordre serbes dans la zone frontière avec l’Albanie.

                 –    Juin : malgré les différentes tentatives de négocia­tions ou de pressions de la communauté internationale et les manœuvres aériennes de l’OTAN, les combats continuent dans l’ouest du Kosovo, provoquant l’exode de plus de 10 000 personnes vers l’Albanie.

                 –    Juillet-août : des milliers de séparatistes albanais opposent une importante résistance aux forces serbes.

                 –    1er septembre : M. Slobodan Milosevic se dit prêt à octroyer au Kosovo un certain degré d’autoadmi­nistration.

                 –    23 septembre : résolution 1199 du Conseil de sécu­rité de l’ONU, qui exige un cessez-le-feu au Kosovo, le retrait des troupes serbes et l’ouverture de négociations directes.

                 –    13 octobre : accord à Belgrade entre M. Milosevic et M. Holbrooke sur le retrait des forces serbes, l’arrêt des combats et qui prévoit le déploiement de 2 000 “vérificateurs” non armés de l’OSCE au Kosovo.

                 –    16 octobre : l’ALK désapprouve l’accord conclu entre MM. Holbrooke et Milosevic.

                 –    26 octobre : retrait d’environ 10 000 policiers serbes.

                 –    27 octobre : l’OTAN suspend sa menace de raids aériens.

                 –    16 novembre : M. Ibrahim Rugova refuse d’enta­mer des pourparlers directs avec Belgrade.

                 –    Décembre : reprise des affrontements entre les guérilleros de l’ALK et les forces serbes, qui tentent notamment d’empêcher les infiltrations en provenance d’Albanie.

1999         –    6 février : des pourparlers s’engagent à Rambouil­let, à la demande des pays du Groupe de contact sur l’ex-Yougoslavie (États-Unis, Royaume-Uni, France, Allemagne, Italie, Russie). Y participent les représen­tants des autorités de Belgrade et des principales formations albanaises, y compris ceux de l’Armée de libération du Kosovo (ALK, en albanais UÇK).

                 –    18 mars : fin de la Conférence de Rambouillet.

                 –    23 mars : l’Alliance atlantique décide de s’engager dans des bombardements contre la Serbie.

                 –    24 mars : début des bombardements sur la Yougoslavie.

                 –    28 mars : lancement de la “phase II” de l’opération, prenant pour cible les forces armées yougoslaves. L’exode des Kosovars prend de l’ampleur.

                 –    31 mars : trois soldats américains sont capturés par les forces serbes près de la frontière avec la Macédoine. Ils seront libérés le 2 mai.

                 –    3 avril : premier bombardement au cœur de Bel­grade : les ministères serbe et yougoslave de l’Intérieur sont touchés.

                 –    6 avril : l’Otan bombarde par erreur une zone résidentielle à Aleksinac (200 km au sud de Belgrade).

                 –    7 avril : la Macédoine autorise la présence d’une force militaire de l’Otan sur son sol.

                 –    12 avril : bombardement à Grdelicka (sud de Belgrade) d’un pont où passait un train de voyageurs. Deux jours plus tard, les avions alliés touchent par erreur des convois de véhicules civils dans la région de Dakovica (sud-ouest du Kosovo).

                 –    17 avril : lancement de l’opération humanitaire de l’Otan “Abri allié” en Albanie.

                 –    21 avril : l’Otan bombarde le bâtiment abritant le siège du Parti socialiste serbe (S.P.S.) du président Milosevic, puis sa résidence. Deux jours plus tard, le bombardement du bâtiment de la télévision serbe RTS à Belgrade fait au moins 8 morts. Les Occidentaux décident un embargo pétrolier en Yougoslavie.

                 –    25 avril : le vice-Premier ministre yougoslave, Vuk Draskovic, écrivain et ancien opposant, se prononce publiquement en faveur d’une force de l’ONU au Kosovo. Il est limogé trois jours plus tard.

                 –    30 avril : échec de la mission à Belgrade de l’émis­saire russe Viktor Tchernomyrdine.

                 –    1er mai : l’Otan bombarde un autobus sur un pont à Luzane, près de Pristina. Le lendemain, les alliés utilisent des bombes à graphite pour neutraliser les installations électriques yougoslaves.

                 –    6 mai : accord du G8 sur “le déploiement au Kosovo de présences internationales efficaces, civiles et de sécurité”, sous l’égide de l’ONU.

                 –    7 mai : l’Ambassade de Chine à Belgrade est détruite au cours d’un bombardement de l’OTAN (nuit du 7 au 8).

                 –    9-11 mai : à Pékin, Viktor Tchernomyrdine ne parvient pas à convaincre la Chine de ne pas s’opposer à l’adoption par le Conseil de sécurité d’une résolution explicitant un plan de paix pour la crise du Kosovo.

                 –    10 mai : Belgrade annonce un début de retrait de ses forces du Kosovo. L’Otan considère qu’il n’en existe aucune preuve.

                 –    14 mai : l’Otan bombarde le village de Korisa, dans le sud du Kosovo. L’Alliance, qui assure avoir visé une “cible militaire légitime”, évoque l’hypothèse d’une utilisation de “boucliers humains” par Belgrade.

                 –    18 mai : manifestations contre la guerre en Serbie. Les désertions s’amplifient.

                 –    3 juin : accord sur le retrait serbe.

                 –    10 juin : résolution 1244 des Nations unies ouvrant la voie à un règlement négocié de la guerre au Kosovo.

                 –    12 juin : les premiers éléments de la KFOR entrent au Kosovo.

                 –    20 juin : fin du retrait serbe.

                 –    19 juillet : les quinze ministres européens des Affaires étrangères décident la mise en place d’une Agence européenne pour la reconstruction du Kosovo.

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Annexe 1 : Le texte de l’accord de Kumanovo

Principaux points de l’“accord militaire technique” conclu à Kumanovo (nord-est de la Macédoine) entre représentants de l’OTAN et de Belgrade.

–          Retrait des forces terrestres yougoslaves et entrée synchro­nisée de la KFOR :

Belgrade s’engage à un retrait par étapes de “toutes (ses) forces (terrestres) du Kosovo vers des localités en Serbie”… En se retirant, les forces yougoslaves “dégageront toutes les voies de communication en enlevant toutes les mines” et autres obstacles. “l’entrée et le déploiement des forces internationales de sécurité (KFOR) au Kosovo seront synchronisées.

–           Suspension des frappes de l’OTAN :

Les “frappes aériennes de l’OTAN seront suspendues” s’il est vérifié que les forces yougoslaves situées dans la zone “trois” (dans le nord de la province) ont évacué cette zone, par des routes précises, dans les 24 heures suivant la signature de l’accord. “La suspension (des frappes) se poursuivra à condition que les clauses de cet accord soient totalement appliquées et à condition que le conseil de sécurité des Nations unies adopte une résolution” sur le déploiement de la KFOR très rapidement pour éviter “un vide en matière de sécurité”.

–           Évacuation totale des forces terrestres yougoslaves du Kosovo en 11 jours :

Onze jours après la signature de l’accord, “toutes les forces (terrestres) yougoslaves devront avoir achevé leur retrait du Kosovo” et s’être repliées 5 kilomètres au-delà de la limite de la province. Auparavant, toutes les forces de Belgrade devront avoir évacué la zone “un” (sud) en six jours et la zone “deux” (centre) en neuf jours.

–           Arrêt des frappes de l’OTAN :

La campagne aérienne sera définitivement terminée avec “le retrait complet des forces yougoslaves”.

–           Retrait des forces aériennes et de la défense anti-aérienne en trois jours :

Trois jours après l’accord, tous les appareils yougoslaves, ainsi que les radars, l’intégralité des missiles sol-air et de l’artillerie anti-aérienne au Kosovo, devront avoir été repliés vers la Serbie dans une zone située à 25 km au-delà des limites de la province.

–           Déploiement de la KFOR :

“La KFOR se déploiera et opèrera sans obstacle au Kosovo et disposera de l’autorité de prendre toutes les mesures nécessaires pour établir et maintenir un environnement de sécurité pour tous les citoyens du Kosovo”.

–           Définition des forces serbes :

Tous les personnels de la République fédérale de Yougos­lavie ayant une capacité militaire, y compris les troupes de l’armée régulière, les groupes civils armés, les associations paramilitaires, l’armée de l’air, la garde nationale, la police des frontières, les militaires de réserve, la police militaire, les services de renseignement ainsi que les personnels du ministère de l’Intérieur, les forces anti-émeute et tout autre groupe qui sera désigné par le commandant de la KFOR.

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Un mythe de fin de guerre

Quelques jours plus tard, commença a prendre consistance une rumeur selon laquelle l’armée serbe courait à la défaite en raison de l’action terrestre des formations armées de l’UCK, débusquant les forces serbes, pour les offrir aux coups de l’aviation de l’OTAN, en une vaste opération combinée. Cette fiction des derniers moments n’a été que peu relayée par les agences de presse d’Europe occidentale. C’est principalement aux États-Unis et en Grande Bretagne qu’elle s’est développée durant deux à trois semaines. On a pu assister à la tentative de création d’une “bataille du mont Pastric”, qui fit long feu, suite à d’intenses investigations de la presse que nul n’a pu contredire.18

Cette vaine entreprise correspondait aussi à d’autres préoc­cupations, celle de réhabiliter la nécessité efficace de l’action terrestre. La campagne aérienne aura constitué une insulte cons­tante à la sacro-sainte ligne générale affichée par le Pentagone depuis 1990 : joint operations (liaison des armes). Que l’on ait aussi cherché à remettre en conformité avec les principes la réalité de cette guerre n’aurait rien que de très normal.

Une telle explication militaire présentait aussi l’avantage de donner une réponse aux multiples interrogations suscitées par les raisons et les conditions du retrait de l’armée serbe.

Le baroud (et le bras) d’honneur russe

Alors que, progressivement, zone par zone, l’armée serbe se retire et qu’entre, lentement, en bon ordre au Kosovo la KFOR, la surprise vient des Russes. Venu de Bosnie, voie grande ouverte par l’armée serbe, un petit groupe blindé de deux cents hommes prend position sur l’aéroport de Pristina, là même où le général Jackson devait établir son quartier général.

Et voici un mystère de plus. Le SACEUR s’énerve. Washing­ton demande des explications à Moscou qui désavoue d’abord, puis félicite ensuite ses troupes. Le général Clark aurait ordonné au général Jackson de reprendre l’aéroport, ce dont le Britanni­que se garde bien. À ce moment, qui contrôle politiquement la situation ?

Enfin quoi ! Chefs d’État et ministres ont veillé au ciblage avec le plus extrême souci des répercussions politiques. Et voici que, dans une affaire qui n’est que très secondairement militaire, la responsabilité de la dispute est abandonnée à deux généraux.

Pour autant, les Russes n’obtiendront pas “leur secteur” au Kosovo, mais le droit de se déplacer dans certaines zones occu­pées par certains contingents de l’OTAN. Au regard d’une telle confusion, on s’interroge sur l’existence d’une direction politique.

C’est bel et bien le rapport fondamental entre le pouvoir politique et la puissance militaire qui est posé pour tous les acteurs.

Pour M. Milosevic d’abord. Sachant que l’armée serbe tenait le terrain, pourquoi M. Milosevic a-t-il accepté de retirer ses trou­pes apparemment sans garanties de conserver le Kosovo alors qu’elles pouvaient encore, ne serait-ce que partiellement, servir ses buts de guerre ? Pourquoi choisit-il un retrait politiquement pénalisant ? On doit alors se demander si ce n’est pas l’armée elle-même qui a préféré se retirer, à temps, dans l’honneur et intacte. Pensons à octobre-novembre 1918 quand l’armée alle­mande veut sauver la face et le mythe de son invincibilité. Pourtant la situation de l’armée serbe ne paraît pas encore trop préoccupante. Elle tient de pied ferme. Ses voies de communica­tion ne sont pas coupées. En témoigne la facilité avec laquelle les Russes arriveront jusqu’à Pristina. L’explication est ailleurs.

M. Milosevic sentait-il grandir le risque de perdre le pouvoir à Belgrade ? Auquel cas la seconde phase de la stratégie aérienne s’est révélée payante. La situation politique en Serbie et notam­ment dans la capitale représentait bien le centre de gravité sur lequel il fallait frapper. Mais alors, puisqu’il était fait profession d’en finir avec le tyran, pourquoi n’avoir pas continué ? Pourquoi avoir négocié l’arrêt des bombardements et le retrait des troupes serbes du Kosovo ?

Ce ne fut donc pas la route Koweit City-Bagdad. À cette aune spectaculaire, on put constater (sans image à travers le texte des accords) que l’armée serbe au Kosovo se retira sans encombres, avec ses matériels, quasiment avec les honneurs de la guerre. Les propos du général britannique Jackson ne laissaient aucun doute sur la courtoisie de la relation entre deux commandants de forces qui, en bonne intelligence, se cèdent mutuellement le terrain défini.

De cette comparaison entre l’Irak et la Serbie, l’analyse stratégique retiendra que, ni dans un cas ni dans l’autre, en dépit des vociférations ultimes, la force armée n’est utilisée jusqu’au bout pour mettre à bas l’adversaire en tant que régime politique. Mais il y a des degrés dans la coercition qui s’exerce. On frappe et l’on punit sur des échelles très différentes. Bien entendu, on affiche la même volonté de liquider l’odieux adver­saire. Bien sûr, on prend nombre de mesures de coercition écono­mique pour hâter sa perte. L’extrême rigueur contre Saddam Hussein épuise son pays sans pour autant mettre à résipiscence son régime et l’exercice de son pouvoir personnel.

Slobodan Milosevic ne fait pas l’objet de contraintes aussi fortes.

L’ensemble de son pays n’est pas soumis à inspections. L’embargo qui affecte l’économie de la Serbie présente tant d’am­biguïtés que l’on est en droit de rester sceptique quant à l’effi­cacité. Depuis 1990, dans la zone danubienne, les capacités de transit illégal de toutes sortes de produits n’ont fait que croître et prospérer. Plus ou moins bien, on s’arrange¼ provisoirement.

Pourtant M. Milosevic est mis au ban de la “société euro­péenne”. S’agit-il bien de cela ? Même si la décision du TPI a été prise à un moment surprenant pour l’alliance elle-même, même si elle n’a pas favorisé la négociation, elle ne l’a pas rendue impossible. En revanche, elle a déstabilisé M. Milosevic, en le disqualifiant en tant qu’interlocuteur sur la scène internationale. Par récurrence, il devient pour les intérêts serbes une mauvaise carte19¼ Le clergé orthodoxe le désavoue. La Grèce se sentirait plus à l’aise face à un autre interlocuteur. La France, prête à aider la Serbie, n’entend pas soutenir “un” Milosevic. Bref, le personnage encombre la scène.

Et pourtant, il dure¼ aurait dit Galilée.

L’enchevêtrement de ces évènements contradictoires, de ces demi-mesures, et de ces actions limitées suggère un terme dont la radicalisation du discours public proscrivait l’emploi : le compromis.

Une analyse des bons offices rendus par M. Ahtisaari permet de se faire une idée assez proche de la réalité : qui a t-il sauvé et de quoi ?

l’OTAN du risque d’opérations terrestres dont pratique­ment personne au sein de la coalition – sauf peut-être M. Blair – ne voulait vraiment.

M. Milosevic qui, de justesse, sauvait la face, avec l’armée serbe qui se retirait invaincue et, surtout parvenait à sauver son pouvoir.

l’Union européenne qu’il représentait ?

la Russie qui a pu faire figure, à ses côtés, d’intermé­diaire efficace pour chacune des parties ?

la France qui voulait au plus tôt une sortie de guerre en des termes acceptables pour la cohésion de l’Alliance, validant Rambouillet et ne compromettant pas (trop) ses futures relations avec la Serbie et son rôle et ses intérêts dans les Balkans (mais lesquels au juste ?)

Bravo au président finlandais, homme providentiel qui eut l’habileté d’arranger tout cela. Mais cette somme d’intérêts con­tradictoires, préservés in extremis, ne constitue ni une cohérence politique, ni une solution pour le long terme.

*
*     *

La résultante des effets de ces différents événements déter­mine la qualité de la paix supposée s’établir.

On connaît l’expression “victoire à la Pyrrhus” c’est-à-dire sans avenir, sans profit, sorte d’intermède avant la reprise des hostilités. Compte tenu de la conclusion ambiguë des hostilités, il est nécessaire d’interroger les qualités de la paix qui surgit : est-elle durable ? Est-elle supportable ? Quelles en seront les bénéfices et pour qui ?

Premier cas de figure la stabilisation durable. Elle est censée reposer sur le retour des Albanais chez eux. C’est le même problème que pour les Musulmans de Bosnie qui pouvaient revenir mais ont préféré renoncer. On ne se mêle pas facilement dès lors que la guerre a passé. La mort dans l’âme sans doute, les Albanais et les Serbes choisiront de s’installer là où la sûreté sera effectivement garantie, de part et d’autre d’une ligne de démarcation garantie. Un Kosovo ainsi remanié peut s’installer dans la durée, en attente d’une solution politique.

L’enracinement de la paix requiert également et surtout une évolution de la Serbie et du Kosovo vers la démocratie. Cela implique de grands bouleversements de la donne politique serbe. Cela implique aussi que M. Rugova soit soutenu contre les extrémistes kosovars albanais qui chercheront à remettre en question la situation issue de la guerre de 1999.

Les Serbes devront fuir le Kosovo ou se réfugier dans des enclaves sous haute protection de la KFOR.

Les hostilités peuvent reprendre à la première occasion. Pour l’éviter, les forces d’interposition devront exercer une pres­sion considérable. Mais la présence de la force ne signifie nullement la résolution politique du conflit.

Cette pression (dont l’unanimité n’est pas évidente) pourrait n’être pas suffisante. Le Kosovo, l’Albanie, la Macédoine redeviendraient les enjeux d’une nième guerre des Balkans.

Autre cas de figure, une partition objective, acceptée sinon dans l’immédiat du moins à terme. Les forces d’interposition auront pour fonction d’habituer sur une génération les popula­tions à accepter l’état de fait. Les Européens de l’Ouest s’essaient à une étrange entreprise : établir une sorte de tutelle impériale sur les Balkans pour y instaurer des pratiques politiques et culturelles jusqu’alors inconnues. Nouvelle version historique de la paix par l’empire dans cette partie de l’Europe.

Dans cette entreprise, les Européens risquent donc, soit de se retrouver aux prises avec une nouvelle guerre, soit de rester englués pour vingt ans ou plus dans un scénario de type chypriote. Dans tous les cas, l’émergente entité de défense et de sécurité européenne risque fort de n’avoir d’autre perspective d’action que la garde d’une précaire stabilité dans les Balkans.

À d’autres, la présence et l’intervention dans le reste du monde.

 

3-6 juin 1999

_____Notes: 

 

18       Signalons entre autres, l’article, convaincu de l’existence de cette vic­toire, par M. O’Hanlon, chercheur à la Brookings Institution de Washing­ton, et la réfutation très documentée par une équipe de Newsweek.

19       Par exemple, la Serbie n’a pu être représentée à la brève (une demi-journée) conférence européenne de Sarajevo sur la stabilité dans les Balkans.

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