Chapitre premier : Les batailles navales du XVIIIe siècle

 

 Les affrontements franco-britanniquesOn peut partir de l’excellent dictionnaire des guerres navales françaises que nous ont donné l’amiral Dupont et M. Taillemite3. Leur liste des engagements français semble exhaustive. Les chiffres qu’ils donnent peuvent être acceptés, même si Daniel Dessert donne souvent des chiffres différents, qui, curieusement, sont toujours au désavantage de la marine française.

Santa Martha – 29 août-4 septembre 1702. Le chef d’escadre Ducasse, avec 4 vaisseaux, affronte le vieux Benbow dans une course-poursuite dans laquelle l’amiral anglais est trahi par ses capitaines. Ils le paieront de leur vie ou de leur carrière au cours du procès qui s’ensuivra. Les pertes sont nulles, mais il s’agit néanmoins d’un succès psychologique et tactique français.
Vigo – 22 octobre 1702. 13 vaisseaux français (et 13 galions espagnols) perdus. Le maréchal de Château-Renault n’a pas su protéger la flotte de l’or espagnole. La victoire anglaise est indiscutable. Leur gain net se monte à 1 780 000 £, les pertes franco-espagnoles à 8 millions de livres. Après la bataille, 160 canons (sur 968) pourront être repêchés.
Cap de La Roque – 22 mai 1703. Le maréchal de Coëtlogon se heurte à un convoi hollandais. Les cinq vaisseaux de l’escorte se sacrifient et sauvent leur convoi. Les Français ont donc remporté un succès tactique mais manqué un objectif stratégique.
Velez-Malaga – 24 août 1704. Le comte de Toulouse, avec 50 vaisseaux, affronte la flotte de l’amiral Rooke qui dispose d’une force équivalente. C’est un match nul, avec seulement un vaisseau hollandais perdu. En refusant de reprendre le combat après le premier jour, l’amiral français passe à côté d’une splendide victoire puisque les Hollando-Britanniques n’avaient plus de munitions. Cette affaire, indécise sur le plan tactique, est en fait un succès stratégique britannique qui sauve Gibraltar, occupé par surprise trois semaines auparavant.
Gibraltar – 24 décembre 1704. Quatre navires anglais sont perdus, mais Pointis ne parvient pas à empêcher les renforts envoyés d’Angleterre de débarquer. Le blocus, qui complète le siège mené par les Espagnols, est donc tenu en échec.
Gibraltar – 19 mars 1705. Cinq vaisseaux français, aux ordres de Pointis, se heurtent à une flotte de 35 bâtiments anglais. Ils sont tous perdus après une belle résistance au cours de laquelle deux anglais sont coulés. Les Franco-Espagnols renoncent au siège de Gibraltar.
Toulon – juillet-août 1707. Quinze vaisseaux français se sabordent dans la rade durant le siège et ne seront pas relevés. Cette affaire a beaucoup été reprochée à la Marine et on trouve même quelques publicistes pour y voir la préfiguration du sabordage de 1942. C’est faire bon marché de la situation désespérée de la France au plus fort de la guerre de Succession d’Espagne. La flotte n’a pas appareillé pour la simple raison qu’elle ne le pouvait pas : il n’y avait pas assez d’équipages. Il faut, en outre, noter qu’une grande partie du matériel (canons, cordages, voiles…) pourra être récupérée.
Cap Lizard – 21 octobre 1707. L’affaire de Toulon éclipse ce brillant succès français dont on ne parle presque jamais et que Daniel Dessert oublie. Duguay-Trouin et Forbin tombent sur un convoi anglais et le capturent presque entièrement : quatre vaisseaux de guerre et soixante navires marchands. Cette action d’éclat bloque le ravitaillement des Impériaux en Catalogne et contribue à sauver Philippe V.
Rio – septembre-octobre 1711. C’est l’attaque célèbre du port par Duguay-Trouin qui se termine par la mise à sac de la ville et la capture de quatre vaisseaux et une soixantaine de navires marchands. Les Français rentrent avec un butin immense.
Cap Sicié – 22 février 1744. L’une des illustrations de la sclérose tactique du XVIIIe siècle. 29 vaisseaux anglais affrontent une force de 15 vaisseaux français et 12 espagnols. Le combat n’est pas mené avec une grande énergie de part et d’autre. La France peut être considérée comme ayant pris l’avantage tactique, puisqu’un vaisseau anglais est perdu, et stratégique, puisque le blocus anglais de l’escadre espagnole doit être levé.
Négapatam – 6 juillet 1746. La Bourdonnais se heurte à une escadre anglaise dans un combat une fois de plus indécis, sans aucune perte. Mais c’est un succès stratégique français : l’escadre anglaise abandonne Madras, qui capitule.
Cap Ortegal – 4 mai 1747. Trois vaisseaux (et deux frégates) français, aux ordres de La Jonquière, sont perdus. Mais le convoi d’une quarantaine de navires à destination de l’Amérique qu’ils escortaient est sauvé.
Cap Finisterre – 25 octobre 1747. Six des huit vaisseaux français sont perdus, mais, là encore, leur sacrifice sauve un convoi de 250 marchands. L’escadre anglaise de l’amiral Anson (14 vaisseaux), très maltraitée, ne peut poursuivre. Suffren, qui n’était pas porté à l’indulgence, parle « d’une des plus glorieuses actions jamais livrées sur mer ».
Port Mahon – 20 mai 1756. Une escadre britannique de 13 vaisseaux, venue au secours de Minorque, se heurte aux 12 vaisseaux de La Galissonière qui protège le corps expéditionnaire qui a débarqué en avril. La ligne britannique est désorganisée par un feu français précis. Aucune perte, mais la victoire stratégique reste à la France : l’île, que l’Angleterre tenait depuis la guerre de Succession d’Espagne, repasse à l’Espagne. L’amiral Byng sera injustement condamné pour avoir manqué au règlement tactique en ne tenant pas sa ligne.
Cap Palos – 27 mars 1758. Le chef d’escadre La Clue, bloqué dans Carthagène, ne peut venir au secours des vaisseaux de Duquesne qui livrent un combat sans espoir. Deux sont perdus.
Gondelour – 29 avril 1758. Engagement de l’amiral d’Aché, qui, avec une petite escadre composée, pour l’essentiel, de navires de la Compagnie des Indes, malmène les 7 vaisseaux de l’amiral Pocock, qui décrochent. Ce succès entraîne la chute de Gondelour assiégée par Lally-Tollendal.
Karikal – 3 août 1758. Nouvel engagement indécis de l’amiral d’Aché. Sa décision de retourner à l’île de France pour se refaire empêche Tally-Tollendal de lancer son attaque contre Madras.
Porto Novo – 10 septembre 1759. Mêmes participants, même absence de résultat.
Lagos – 18-19 août 1759. La Clue, avec 7 vaisseaux, se heurte aux 16 vaisseaux et aux 10 frégates de Boscawen. Après le combat du premier jour, il se réfugie dans la baie portugaise d’Almadora, mais Boscawen l’y poursuit. Cinq vaisseaux français sont perdus. Cette défaite compromet d’emblée le projet de débarquement en Angleterre.
Les Cardinaux – 20 novembre 1759. L’escadre du maréchal de Conflans est accrochée par celle de l’amiral Hawke au large de Quiberon. Hawke poursuit Conflans, par gros temps, au milieu des petits fonds, gros temps qui se change en tempête. Six vaisseaux français sont perdus sur les rochers de l’île d’Avès dans des circonstances qui donnent encore lieu à polémique. Les Anglais perdent deux vaisseaux. Six autres vaisseaux français, qui ont réussi à se sauver, resteront bloqués jusqu’au début de 1761.
Ouessant – 27 juillet 1778. Les 32 vaisseaux de d’Orvilliers engagent les 30 vaisseaux de l’amiral Keppel après quatre jours de manœuvre. La bataille est indécise. Aucun vaisseau n’est perdu de part et d’autre, mais plusieurs unités britanniques ont été sérieusement malmenées. Le fait d’avoir tenu en échec la flotte britannique et d’avoir pris l’ascendant psychologique est ressenti en France comme une victoire. Celle-ci aurait pu être plus nette si le duc de Chartres (futur Philippe-Égalité) avait exécuté correctement les ordres qui lui étaient donnés. La flotte française reprend la mer en août et garde la maîtrise de la Manche pendant un mois, mais sans rien entreprendre.
Fort Royal (Martinique) – 18 décembre 1779. Lamotte-Picquet perd 3 vaisseaux sur 7 mais sauve son convoi.
La Dominique – 1780. Français et Britanniques se livrent trois combats successifs (20-21 mars ; 17 avril ; 15 et 19 mai) qui sont indécis sur le plan tactique (un navire anglais perdu, un autre irréparable) et dont Castex fera l’une des plus éclatantes illustrations du blocage tactique du XVIIIe siècle. Guichen, bridé par des instructions contraignantes, n’ose pas profiter de son avantage pour attaquer les positions britanniques.
La Chesapeake – 5 septembre 1781. L’amiral Graves se heurte à l’escadre française de De Grasse et ne peut débloquer l’armée de Cornwalis enfermée dans Yorktown. Le combat n’a pas été mené sur la plan tactique avec une grande vigueur. Les Anglais perdent un seul vaisseau (cinq autres sont gravement avariés) mais les conséquences stratégiques sont immenses. On a souvent écrit que De Grasse avait donné aux États-Unis leur indépendance. Celle-ci était certainement inévitable, mais il ne fait guère de doute que l’issue de la bataille a contribué à hâter le dénouement de la guerre.
La Praya – 16 avril 1781. La première des batailles livrées par Suffren. C’est l’exemple type de bataille de rencontre dans lequel aucun des deux protagonistes n’a eu le temps de préparer un plan et de monter un dispositif. Arrivés aux îles du Cap-Vert pour y faire de l’eau, les Français découvrent l’escadre de l’amiral Johnstone qui se prépare à attaquer la place hollandaise du Cap. Suffren pénètre dans la baie et canonne les Britanniques qui réagissent avec vigueur. La charge furieuse de Suffren aurait pu mal tourner pour lui, car la plupart de ses commandants n’ont pas suivi. Mais elle est restée fameuse pour l’intrépidité avec laquelle elle fut menée du côté français. Elle mérite aussi d’être rappelée en raison de son impact stratégique : l’escadre britannique met plusieurs semaines à se refaire et ce délai permet de renforcer la place hollandaise du Cap.
Les Saintes – 12 avril 1782. L’amiral De Grasse termine sa campagne en mer des Antilles par une très lourde défaite face à l’amiral Rodney qui réussit à rompre la ligne adverse. Les Français perdent 5 vaisseaux, puis deux autres encore (et deux frégates) dans un nouvel engagement le 25 avril. Cette défaite entraîne l’abandon du projet d’attaque de la Jamaïque (qui sera ultérieurement repris, mais ne pourra être exécuté avant la fin de la guerre). L’affaire aura une suite pénible avec les accusations portées par De Grasse contre ses subordonnés qui l’ont mal soutenu, un Conseil de guerre tenu dans des conditions discutables à Lorient, et la disgrâce royale qui frappera l’infortuné amiral.
Sadras, Provédien, Negapatam, Trinquemalé – 1782 + Gondelour – 1783. Les cinq batailles que Suffren livre à l’amiral Hughes. Les stratégistes ont magnifié l’épopée du bailli qui aurait transcendé les blocages de tous ordres de son temps. Une relecture récente relativise beaucoup cette épopée4, certes conduite avec fougue mais sur un théâtre périphérique avec des moyens très marginaux, incapables de peser sur le cours global du conflit. Si Suffren sera tellement fêté par l’opinion à son retour en France, ce sera aussi pour effacer l’humiliation qui a terni la campagne dans les Antilles avec la défaite des Saintes. Le roi ne jugera pas à propos de lui donner le bâton de maréchal de France. Son adversaire Hughes, loin d’être traité en vaincu, sera très bien reçu en Angleterre et cumulera les honneurs.

Avec Gondelour prend fin la série des campagnes d’Ancien Régime. La désorganisation de la marine dans la tourmente révolutionnaire sera telle qu’elle interdira toute rencontre majeure, la France étant, dès le déclenchement de la guerre en 1791, incapable de mettre à la mer une escadre. Il n’y aura que des combats opposant des petits groupes ou des vaisseaux isolés. Les plus lourdes pertes seront subies en 1793, hors de tout combat naval : la capture de Toulon par les Anglais entraîne la perte de 15 vaisseaux.

Et les autres…

 

 

Il s’agit là d’une vision franco-anglaise. Certes, celle-ci se justifie par le statut éminent de ces deux pays dont la rivalité écrase tous les autres aspects internationaux du XVIIIe siècle. Ceux-ci ne sont pas pour autant quantité négligeable. Un rapide tour d’horizon révèle d’autres batailles qui ne sont pas à négliger.

Les marines méditerranéennes

 

 

Contrairement à ce que l’on a longtemps cru, la montée du monde atlantique n’a pas entraîné un dépérissement des pays méditerranéens et la sérénissime est encore en état de soutenir un affrontement avec les Turcs, qui sont encore de réagir avec vigueur.

La marine vénitienne et la marine turque continuent à s’affronter suite aux tentatives de Venise de remettre la main sur la Morée. La deuxième guerre, de 1714 à 1718, voit des batailles répétées.

Corfou – 8 juillet 1716. Andrea Corner, avec 27 vaisseaux, résiste à l’assaut d’une flotte turque deux fois plus nombreuse.
Les deux batailles de Lemnos – 12 et 16 juillet 1717. La flotte vénitienne se heurte, par deux fois, à la flotte turque. Les deux affrontements sont indécis, mais les navires vénitiens sont quelque peu malmenés.
La première bataille du cap Matapan – 19 juillet 1717. Les 33 navires de la flotte vénitienne sont attaqués par les 44 navires de la flotte turque qui sont repoussés après un vif échange d’artillerie.
La deuxième bataille du cap Matapan – 20-22 juillet 1718. La flotte vénitienne repousse, une nouvelle fois, la flotte turque pourtant supérieure en nombre. La paix est signée tout de suite après.

Même s’il ne s’agit plus des immenses flottes de galères du XVIe siècle, cette guerre montre que Venise n’est pas parvenu au stade ultime de son déclin. Certes, elle perd la Morée à la paix de Passarowitz, mais elle ne s’est pas rendue sans combattre et sa flotte numériquement inférieure a fait jeu égal avec la flotte turque. Celle-ci ne peut plus rivaliser avec les flottes des grandes puissances européennes, mais elle n’en a pas moins su enrayer la dégradation qui l’avait caractérisée au XVIIe siècle et qu’avait dénoncé, en 1670, un voyageur britannique :

Il n’y a qu’à remarquer combien de fois les Turcs, tout formidables qu’ils sont ont été battus sur la mer, par la petite République de Venise. La puissance des Turcs sur mer est fort diminuée depuis la guerre qu’ils ont en Candie et ils ont tellement perdu l’espérance d’y pouvoir bien réussi qu’ils ont abandonné l’usage des vaisseaux et des galéasses… Ils bâtissent des vaisseaux légers qui leur servent à faire des courses 5.

 

 

Le royaume de Naples, dans la seconde moitié du siècle, entame un effort de modernisation navale, avec l’aide de conseillers britanniques. Il aurait pu porter ses fruits, mais sera emporté, lui aussi, par la tourmente révolutionnaire.

Celle-ci entraînera également la liquidation ignominieuse de l’ordre de Malte, qui n’est plus que l’ombre de lui-même dans son dernier siècle d’existence, même s’il lui arrive encore de porter des coups aux Turcs, comme lors de l’heureuse croisière du bailli de Chambray.

On peut noter la totale absence de l’Autriche sur mer. Certes son débouché maritime sur l’adriatique est étroit, mais il faut surtout incriminer l’obsession de la défense des confins militaires face au Turc toujours menaçant. Ce n’est qu’au cours du XVIIIe siècle que les Habsbourg se dotent de l’embryon d’une marine6.

Le déclin espagnol

 

 

11 août 1718, Cap Passaro entre l’Angleterre et l’Espagne. La flotte espagnole subit une dure défaite qui met fin à la tentative de récupération de la Sicile : 11 navires espagnols sont perdus, dont 7 capturés au cours de la chasse donnée par l’amiral Byng, le futur vaincu de Minorque. Les Autrichiens en profitent pour reconquérir la Sicile.

Du Cap Passaro à Trafalgar, l’image a longtemps été ancrée d’une irrésistible décadence de la marine espagnole qui aurait encaissé les coups sans les rendre et aurait été incapable de se moderniser. C’est ce que les historiens espagnols ont appelé la Leyenda negra. Les travaux récents tendent à corriger cette image négative. La marine espagnole au XVIIIe siècle essaie avec succès de se moderniser7. Elle mène des voyages d’exploration (Bustamante et Malaspina) qui soutiennent la comparaison avec les voyages français et anglais, même s’ils sont moins connus. Son appoint est pris très au sérieux par la France qui espère ainsi rétablir l’équilibre avec la Grande-Bretagne. C’est l’un des objets principaux du Pacte de famille et de la politique de Choiseul8. Cet espoir sera très largement déçu pour des raisons diverses : si les navires espagnols sont souvent de bonne qualité, l’Espagne, comme la France, a des difficultés à les armer convenablement du fait du manque d’hommes. Surtout, les officiers espagnols ne sont guère convaincus du bien-fondé de cette politique d’alliance : la collaboration de leurs amiraux avec les Français sera presque toujours réticente, sinon empreinte d’hostilité.

L’effacement hollandais

 

 

Dogger Bank – 5 août 1781. Encore un exemple de bataille de rencontre lorsqu’un convoi britannique et hollandais en provenance de la Baltique se croisent en mer du Nord. Les deux escortes, chacune composée de 7 vaisseaux, engagent un combat extrêmement dur avec de nombreux tués de part et d’autres et de graves avaries. Un navire hollandais est coulé, les deux convois continuent leur route. À titre de comparaison sur l’impact tactique d’une telle bataille, on peut indiquer qu’une tempête dans la même mer du Nord, l’année suivante, provoque la perte de 8 navires britanniques.

La marine hollandaise est, comme la marine espagnole, une grande inconnue, longtemps tenue pour quantité négligeable. Après les grands affrontements du XVIIe siècle, un renversement politique complet a fait de la Hollande un allié fidèle de la Grande-Bretagne face à la menace hégémonique de la France louis-quatorzienne. L’appoint hollandais annule, dans une certaine mesure, l’appoint espagnol sur lequel comptent les Français. Il se révélera d’ailleurs aussi peu profitable que celui des Espagnols pour les Français. Le plus souvent, la Hollande cherchera à rester neutre ou, si elle est entraînée dans les hostilités, à s’impliquer le moins possible dans les opérations. Durant la guerre de Sept Ans, la neutralité favorise le commerce hollandais, mais la marine britannique, qui n’est pas très regardante sur la nationalité des prises, lui cause de sérieux dommages. C’est cette attitude méprisante des britanniques qui contribuera à faire changer de camp la Hollande : durant la guerre d’Indépendance américaine, elle s’alliera aux Français contre les Anglais. Choix d’ailleurs peu heureux qui contribuera à accélérer sa décadence.

Le problème de la flotte hollandaise est son inaptitude à opérer outre-mer. Elle dispose de vaisseaux plus petits que la normale, adaptés au théâtre de la mer du Nord et aux atterrages des Provinces unies : un seul port hollandais est capable d’accueillir des navires d’un fort tirant d’eau, celui de Vlissingen en Zélande9. La contrepartie est qu’ils sont incapables d’opérer loin de leur base : une expédition visant à restaurer les positions hollandaises dans le golfe du Bengale durant la guerre de Sept Ans échouera complètement face à la réaction britannique en 175910.

On doit cependant noter que l’argument géographique n’explique pas tout : les provinces unies étaient capables, durant la guerre de Hollande, d’envoyer l’escadre de Ruyter en Méditerranée pour aider les Espagnols. Plus que d’un déterminisme géostratégique, il faut plutôt voir dans cette répugnance à opérer loin des côtes une manifestation du déclin de la puissance hollandaise : le pays adopte spontanément une posture défensive et renonce à son ancienne politique expansionniste.

Les marines nordiques

 

 

Il faut également évoquer les marines nordiques. Les pays nordiques ne sont pas, au XVIIIe siècle, des petits pays qui s’abritent derrière la neutralité. Le Danemark, longtemps puissance dominante de la Baltique, doit s’effacer derrière la Suède, mais il ne cède pas sans combattre. C’est l’objet de la grande guerre du Nord qui dure de 1700 à 1721 et qui est marquée par plusieurs batailles dano-suédoises.

Baie de Kjöge – 4 octobre 1710. La flotte danoise de l’amiral Gyldenlove, forte de 26 vaisseaux, est attaquée à l’aube par les 26 vaisseaux suédois de l’amiral Wachmeister. Un navire danois et deux navires suédois sont perdus dans l’action.
Femern – 24 avril 1715. Une division danoise de 9 navires surprend une division suédoise de 6 unités et la chasse jusqu’à la baie de Kiel où elle l’oblige à se rendre.
Rugen – 8 août 1715. La bataille se déroule selon un schéma classique en ligne avec des forces égales (21 vaisseaux de part et d’autre). Un long échange d’artillerie se termine de manière indécise, sans navire coulé, mais le succès stratégique reste aux Danois : la flotte suédoise se replie et les lignes de ravitaillement suédoises sont coupées.
Dynekinen – 8 juillet 1716. L’amiral Tordenskjold détruit une escadre de galères suédoises dans le Kattegat. Cette défaite ruine le projet de Charles XII d’envahir la Norvège.

la marine suédoise est l’une des grandes inconnues de l’époque moderne. Pourtant, elle a opéré, sous l’impulsion de l’amiral-général Hans Wachtmeister, une réorganisation profonde qui en a fait, au début du XVIIIe siècle, une force de combat efficace. Cette modernisation sera compromise dans les années 1780 à l’époque gustavienne lorsque la désignation des chefs de la Marine résultera d’abord de critères politiques11. Sur un plan matériel, la marine suédoise réalisera d’excellents navires, tout comme les Danois qui disposent d’un remarquable réseau d’espionnage leur permettant de copier les meilleures réalisations étrangères.

L’apparition de la Russie

 

 

Mais la rivalité entre le Danemark et la Suède va bientôt s’effacer devant la puissance montante de la Baltique : la Russie. La flotte russe, créée par Pierre le Grand, va faire ses premières armes durant ces grandes guerres du Nord.

Gangut (Hango) – 6 août 1714. La première victoire sur la Suède. Une flotte de 100 galères détruit les 7 navires de la division suédoise de l’amiral Ehrenskjold. La bataille est restée célèbre dans la marine russe. Au XIXe siècle, un cuirassé s’appelait le Gangut. Mais la victoire a été très chèrement acquise : 40 des 100 galères sont hors de combat.
Aaland – 7 août 1720. Le scénario de Gangut se reproduit. Les galères russes rencontrent une division suédoise de 4 vaisseaux et 6 frégates. 4 frégates sont capturées mais 45 galères russes sont hors de combat.

La marine russe se signalera ensuite en Méditerranée durant la guerre avec la Turquie, marquée par une nette victoire tactique.

Chios – 5 juillet 1770. L’amiral Orlov, avec 9 vaisseaux et 3 frégates, rencontre une flotte turque de 20 vaisseaux. Les Russes perdent un vaisseau, celui du vice-amiral Spiridov qui aborde un navire turque et explose avec lui. Les Turcs malmenés se réfugient dans la baie de Chesmé.
Chesmé – 6-7 juillet 1770. Orlov lance ses brûlots contre la flotte turque. Celle-ci est entièrement détruite. Il s’agit là d’une grande victoire, qui ne pourra être complètement exploitée par suite de l’impossibilité de forcer le passage des Dardanelles.

Ces batailles sont mal connues en Occident en raison de la difficulté d’accéder aux sources russes et turques. Leurs caractéristique dominante est l’emploi de brûlots, depuis longtemps passé de mode chez les puissances occidentales. La principale question en suspens est de savoir s’il faut en accorder le crédit aux marins russes ou à leurs conseillers britanniques : Greig, Elphinstone, Dugdale et Mackensie. Les historiens britanniques ont eu tôt fait d’en tirer la conclusion qui leur paraissait logique. Norman Saül, qui a repris l’examen du dossier, aboutit à une conclusion inverse12 : il n’existe dans les documents de l’époque aucun indice suggérant que le crédit de la victoire ne doit pas être accordé aux amiraux Orlov et Spiridov.

La marine russe se manifestera avec énergie durant la deuxième guerre de la Baltique.

Hoglund – 17 juillet 1788. Les flottes russe (aux ordres de l’écossais Grüg 17 vaisseaux) et suédoise (duc Charles, 15 vaisseaux) se rencontrent dans le golfe de Finlande. Pas de résultat tactique (1 vaisseau perdu de part et d’autre), mais l’offensive suédoise doit être arrêtée.
Oeland – 26 juillet 1789. Rencontre indécise après un combat que les Suédois cherchent à éviter. Ils se réfugient dans leur base de Karlskrona où ils sont bloqués par la flotte russe.
Première bataille de Svenska Sund – 24 août 1789. La flotte suédoise a pris une position défensive près du rivage, mais l’attaque russe brise leur ligne. Les Suédois perdent 8 vaisseaux ainsi qu’une trentaine de transports. Leurs opérations terrestres s’en trouvent arrêtées.
Reval – 13 mai 1790. Une escadre suédoise qui veut attaquer la flotte russe est désorganisée par la tempête et doit se replier en perdant un vaisseau.
Kronstadt – 3-4 juin 1790. La flotte suédoise tente d’empêcher la jonction entre les escadres russes de Kronstadt et de Reval. Elle n’y réussit pas et l’arrivée de l’escadre de Reval la contraint à se réfugier dans la baie de Vyborg où la flotte russe, désormais concentrée, la bloque.
Vyborg – 3 juillet 1790. Les Suédois décident de rompre le blocus et lance une attaque surprise contre l’escadre bloquante. Ils parviennent à passer grâce à une manœuvre bien conçue et exécutée. Ils perdent 7 vaisseaux, ainsi que plusieurs dizaines de navires plus petits de transport, mais la flotte russe perd 11 vaisseaux.
Deuxième bataille de Svenska Sund – 9-10 juillet 1790. Encore une fois, la flotte russe se lance à l’attaque d’une flotte suédoise installée dans une forte position défensive. Son attaque échoue complètement et les Suédois entament une poursuite qui se transforme en déroute. 64 des 140 navires russes sont perdus. À la suite de cette défaite, Catherine de Russie se décide à accepter la paix.

La caractéristique de ces batailles est l’emploi de galères qui ont disparu, depuis plusieurs décennies, des ordres de bataille des flottes européennes. Leur persistance dans la Baltique est la conséquence de la configuration très particulière de ce théâtre avec de multiples archipels côtiers et de petits fonds dans lesquels les vaisseaux ne peuvent pas s’aventurer. La Suède développera même la formule originale de l’Archipelago Flota, flotte de l’archipel composée de barques et de petites embarcations et placée sous la dépendance de l’armée de Terre et non de la Marine.

La marine russe interviendra également dans la guerre avec la Turquie, dans des batailles surtout fluviales.

Dniepr – 28-29 juin 1788. Les Russes montent une flottille de 70 canonnières commandées par un Allemand, le prince de Nassau Siegen et une division de 13 petits vaisseaux sous le commandement de l’Américain Paul Jones. Ils vont affronter une flotte turque de 100 navires, dont 22 vaisseaux, qui bloque l’estuaire du Dniepr. Appuyée par une forte batterie côtière installée à la pointe de Kinburn, les Russes infligent une lourde défaite à la flotte turque ; ils détruisent 10 navires pour une seule frégate perdue.
Tendra – 8-9 septembre 1790. L’amiral Ouchakov, avec 10 vaisseaux, rencontre une division turque de 14 vaisseaux. Les Russes prennent l’avantage et capturent 2 vaisseaux turcs dont le navire amiral qui explose après sa reddition.
Cap Kaliakra – 11 août 1791. Dernier engagement de la guerre de Crimée, il se limite à un échange d’artillerie sans résultat. L’armistice est signé aussitôt après. La paix de Jassy, conclue l’année suivante, entérine l’installation de la Russie sur la rive Nord de la mer Noire.

Aussi bien contre la Suède que contre la Turquie, la flotte russe a obtenu des résultats honorables. Certes, il ne s’agit pas de grandes batailles en ligne comme celles que l’on observe en Europe occidentale. Le nombre d’unités engagées est très élevé, mais il s’agit de galères, de canonnières ou de petits vaisseaux. Par ailleurs, on ne doit pas oublier le rôle de mercenaires étrangers. La performance d’ensemble n’en est pas moins notable et montre la rapidité des progrès accomplis par la puissance montante de l’Europe orientale.

Chapitre Deuxième : Les dimensions de la guerre sur mer au XVIIIe siècle

 

Notes:

3 Maurice Dupont et Étienne Taillemite, Les guerres navales françaises du Moyen Âge à la guerre du Golfe, Paris, SPM, 1995.

4 François Caron, La guerre incomprise ou le mythe de Suffren, la campagne en Inde, 1781-1783, Vincennes, Service historique de la Marine, 1996.

5 M. Briot, Histoire de l’état présent de l’empire ottoman, Amsterdam, Chez Abraham Wolfgank, 1670, pp. 491 et 496.

6 Cf. jean Bérenger, “Les Habsbourg et la mer”, dans État, marine et société, Mélanges offerts à Jean Meyer, Paris, Presses de l’Université de Paris-Sorbonne, 1995.

7 Cf. John D. Harbron, Trafalgar and the Spanish Navy, Annapolis, Naval Institute Press, 1988 et surtout Jose Merino, L’armada española en el siglo XVIII Madrid, Fundacìon universitaria, española, 1981.

8 H.M. Scott, “The Importance of Bourbon Naval Reconstruction to the Strategy of Choiseul after the Seven Years’ War”, The International History Review, I-1, janvier 1979, p. 28-32.

9 Jan Gletes, Navies and Nations, Warships, Navies and State Building in Europe and America, Stockholm, Almqvist & Wiksell International 1993, p. 223.

10 Cf. C.R. Boxer, The Dutch Seaborne Empire, 1600-1800, Londres, Hutchinson, 1965.

11 Göran Rystad, Klaus-R. Böhme et Wilhelm M. Carlgren (eds.), In Quest of Trade and Security. The Baltic in Power Politics, 1500-1990, Stockholm-Lund, Probus-Lund University Press, vol. I, 1994.

12 Norman Saül, “The Russian Navy, 1682-1854. Some Suggestions for Future Studies”, dans Craig Symonds (ed), News Aspects in Naval History, Annapolis, Naval Institute Press, 1981.

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La guerre sur mer au XVIIIe siècle. Aspects tactiques et stratégiques

Hervé Coutau-Bégarie

Table des matières

Chapitre premier : Les batailles navales du XVIIIe siècle

 

 

Chapitre Deuxième : Les dimensions de la guerre sur mer
au XVIIIe siècle

 

Introduction

L’histoire maritime a connu, durant les deux dernières décennies, un renouvellement profond qui a permis une lecture renouvelée de l’histoire de la marine française1. Le livre de Daniel Dessert2 sur la marine louis-quatorzienne atteste de l’ampleur de ce renouvellement. Il en montre également les limites : s’il contient de nombreux aperçus nouveaux sur les aspects économiques ou institutionnels, il est, en revanche, étonnamment classique sur les aspects militaires pour lesquels rien n’est venu remplacer la somme de La Roncière. Malgré sa précision et son souci du détail, celle-ci ne constitue pas pour autant un horizon indépassable. Daniel Dessert aurait peut-être conclu sur une note moins négative s’il avait disposé de monographies de campagnes plus nombreuses, s’il avait pu apprécier l’importance parfois décisive de la guerre des communications si curieusement absente de son livre. Avant d’entrer dans des schémas explicatifs, il paraît donc sage d’aborder l’histoire de la guerre sur mer au XVIIIe siècle sous son aspect le plus traditionnel, sinon le plus démodé, et de retracer son évolution d’un point de vue purement militaire, comme aimaient à le faire les historiens positivistes aujourd’hui si critiqués. L’histoire-bataille est peut-être insuffisante mais elle constitue à coup sûr une bonne base de départ pour une véritable histoire-problème.

Notes:

1 Hervé Coutau-Bégarie, Histoire maritime en France, Paris, ISC-Économica, 2e éd., 1997.
2 Daniel Dessert, La Royale. Marins et vaisseaux du Roi-Soleil, Paris, Fayard, 1996.

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Préface

L’ouvrage de John Warden, paru sous le titre original de The Air Campaign – Planning for Combat, est le fruit de la réflexion d’un homme de terrain. Elle est celle d’un militaire que la défaite du Viêt-nam a laissé frustré, convaincu qu’il était que la cause en revenait à l’absence de clarté dans la définition des buts politiques du conflit, et à la cohérence approximative des opérations militaires menées pour leur aboutissement. Cette caractéristique essentielle ne doit jamais être oubliée si l’on prétend vouloir prendre toute la mesure de la pensée de l’auteur. Stagiaire à l’École de guerre en 1985, Warden s’était fixé comme objectif, lors de cette pause dans la carrière opérationnelle du pilote de combat1 qu’il était alors, de courir le Marathon et d’écrire un livre. De cette dernière résolution, il nous reste The Air Campaign, écrit en six mois pendant le temps resté disponible entre les conférences au National War College. L’ouvrage fut finalement publié en 1988 après que John Warden eut terminé son temps de commandement d’escadre de chasse à Bitburg en Allemagne.

Alors que la pensée américaine en matière d’utilisation stratégique de l’arme aérienne était envisagée surtout jusque-là dans le champ économique (annihilation des capacités industrielles adverses), John Warden l’envisage d’emblée dans le champ politique. Il a la conviction que ce qu’il est aujourd’hui convenu d’appeler le « fait aérien » – cette combinaison unique de rapidité, d’ubiquité et de puissance dans l’action de l’aviation de combat – doit être appliqué en vue de l’élimination de la capacité décisionnelle au plus haut niveau de l’ennemi. Il reconnaît à ce sujet l’influence du penseur britannique J.F.C. Fuller dont l’ouvrage La stratégie d’Alexandre le Grand finit de le convaincre du bien-fondé d’une recherche de la paralysie stratégique de l’adversaire par sa lobotomie. Il prend dès lors la décision de consacrer son livre à l’évocation du génie d’Alexandre le Grand dans la perspective d’une utilisation stratégique de l’aviation de combat. Cependant, sur les conseils de ses professeurs, il s’oriente vers un travail moins historique et plus stratégique qui débouche sur ce qui va devenir The Air Campaign, un ouvrage traduisant en termes opératifs des buts de guerre relevant de stratégie générale. Naturellement, le pilote de combat qu’il est accorde dans ce schéma intellectuel une place prééminente à l’arme aérienne. Après avoir évalué l’accueil réservé à ses écrits auprès de quelques personnalités influentes de l’US Air Force, le colonel Warden prend la décision de publier sa thèse.

Warden pousse sa réflexion un peu plus loin dès la parution du livre. Alors qu’il y articule sa pensée autour de deux principes – l’exigence absolue de la supériorité aérienne, même locale, d’une part et l’attaque des très clausewitziens centres de gravité de l’ennemi par l’aviation d’autre part -, il cherche un moyen simple de la synthétiser. Cette démarche débouche sur la modélisation de l’ennemi considéré comme un système organisé en cinq anneaux concentriques. Leur importance, à la fois stratégique et en valeur numérique, de constituants internes va en augmentant vers l’extérieur. Leur vulnérabilité, quant à elle, évolue à l’inverse : forte au centre, plus faible à l’extérieur, principalement en raison de leur redondance en constituants internes. Pour lui, toute entité stratégique peut se concevoir selon ce modèle. Il identifie comme telle toute organisation autonome dans sa pensée et son action ce qui fait par exemple d’un cartel de drogue une entité stratégique, tandis qu’une armée adverse ne pourra prétendre à cette appellation.

Pour illustrer son modèle, Warden cite le cas des forces de l’Axe lors de la seconde guerre mondiale : le IIIe Reich ne pouvait s’en prendre qu’aux quatrième et cinquième anneaux du système allié en raison d’une déficience prononcée en termes de capacité de bombardement à longue distance, tandis que les Japonais n’étaient en mesure d’attaquer que le cinquième anneau du dispositif américain. L’issue du conflit ne faisait dès lors aucun doute et n’était qu’une question de temps, ce que le général De Gaulle avait d’ailleurs bien évoqué dans son appel du 18 juin 1940. Plus tard, après la guerre du Golfe, Warden décrira le cas de l’Irak en 1991 comme celui d’une nation sans perspective de victoire puisqu’étant dans l’incapacité d’atteindre l’un quelconque des anneaux stratégiques de la coalition mise en place face à elle.

Chacun de ces anneaux constitue un ou plusieurs centres de gravité stratégique de l’ennemi à neutraliser selon trois modes opératoires retenus par Warden :

– la coercition ou l’imposition d’un coût de combat trop élevé pour l’ennemi ;

– la recherche d’une paralysie stratégique de l’autre camp par le biais « d’attaques parallèles » des composants des anneaux les plus proches du centre. Il faut entendre par « attaques parallèles » des actions simultanées visant les centres de gravité stratégiques ennemis sur l’ensemble du théâtre des opérations ;

– la destruction du système en partie ou en totalité.

En outre, Warden soutient dans ses travaux que la capacité de combat de l’adversaire peut s’évaluer comme le produit de sa force physique, son « ordre de bataille stratégique » en quelque sorte, et de sa force morale. Si, historiquement, la seconde prenait traditionnellement le pas sur la première, il est convaincu qu’une évolution se dessine depuis le début du XXe siècle qui équilibre les deux valeurs. Warden poursuit en remarquant que, si ce qui relève du domaine physique est par essence quantifiable, tangible, il n’en est pas de même pour ce qui se range dans le champ des « forces morales ». Dès lors, le planificateur d’opérations militaires s’en prendra plus volontiers, avec raison selon Warden, à la partie « palpable » de l’ennemi. Celle-ci suffisamment réduite, elle sera de toute façon, par l’effet multiplicateur du produit, un facteur réducteur de la capacité globale de combat. En poussant le raisonnement à l’extrême, il apparaît clairement, en effet, que le meilleur moral ne pourra rien si la capacité physique est totalement annihilée. La pensée de Warden est donc bien éloignée de celle de Douhet qui envisageait de briser le moral de l’ennemi par des bombardements stratégiques que l’on qualifierait aujourd’hui, dans le jargon stratégique, d’anticités. Douhet y voyait le moyen de « faire rendre grâce » à une nation terrorisée. Warden précise bien à ce sujet que la recherche de l’attrition de la population de l’adversaire n’est non seulement pas souhaitable pour des raisons morales, mais pas non plus efficace comme l’ont prouvé Allemands et Britanniques lors du dernier conflit mondial, et de toute façon très coûteux en termes de moyens et d’énergie mobilisés. Pour autant, depuis des temps immémoriaux, la population d’un pays a constitué un objectif militaire, c’est la raison pour laquelle elle figure dans sa modélisation de l’ennemi. On remarquera qu’elle ne figure cependant qu’en quatrième position dans l’ordre d’importance et de vulnérabilité retenu par Warden.

Ces travaux, postérieurs à la publication de son livre, ne font en réalité que préciser et clarifier la pensée de l’auteur exposée avec toute sa force dans The Air Campaign qui en contient déjà tous les ingrédients.

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En 1988, alors que The Air Campaign est publié, John Warden rejoint à Washington l’état-major de l’US Air Force au bureau des plans où il est responsable des recherches doctrinales et stratégiques. Deux années plus tard, alors que le Koweit est envahi par les forces irakiennes, une cellule de planification y est constituée sous l’appellation de « Checkmate » ou « échec et mat » ; le colonel Warden en est le chef. Il met en application ses principes et se trouve en mesure de proposer très vite au général Schwarzkopf un plan d’attaques aériennes (Instant Thunder) visant, in fine, à contraindre l’Irak à se retirer du Koweit d’une part, et à diminuer notablement ses capacités stratégiques d’autre part. Selon les détracteurs de Warden, l’adhésion du haut commandement national américain à ce plan devra d’ailleurs plus à sa rapidité de conception qu’à sa pertinence. Warden répond que seul le recours à sa modélisation de l’ennemi lui a permis d’établir si rapidement un plan de frappe. La planification conçue par Warden, autour d’attaques ayant pour objet la paralysie stratégique de l’Irak par la neutralisation de ses capacités de commandement et de communication, constituera la première phase, dite stratégique, d’un plan d’ensemble plus vaste en comprenant quatre :

– phase 1 : attaques aériennes stratégiques sur les centres de gravité de l’Irak ;

– phase 2 : acquisition de la suprématie aérienne au dessus du territoire des opérations ;

– phase 3 : préparation du champs de bataille (réduction du potentiel militaire terrestre irakien de 50 %) ;

– phase 4 : soutien aérien de l’offensive terrestre.

Il est, dès lors, légitime d’affirmer, avec Warden lui-même, que la guerre du Golfe constitue « un cas de validation par l’expérience d’une théorie déjà existante ». Quelle validation éclatante, en effet, où 100 heures de combat terrestres auront suffi pour atteindre les buts de guerre fixés grâce à 43 jours d’opérations aériennes ayant réduit l’Irak à un pays privé de son « système nerveux central » et, en conséquence, incapable de la moindre action militaire d’envergure. Pourtant, le plan Warden fut accueilli froidement par certains généraux, dont le général Horner en charge des opérations aériennes au sein de la coalition mise en place. Ce dernier lui reprochait, en particulier, de trop négliger la recherche de l’attrition de l’armée irakienne elle-même. C’est, en fait, la caractéristique plus stratégique que tactique de cette planification qui gênait cet officier. D’autres responsables militaires craignaient que l’attaque de l’Irak en profondeur eût pour conséquence de déclencher une fuite en avant de son armée vers l’Arabie saoudite. Pour autant, même adaptées et aménagées, ce sont les idées de Warden et sa vision de la guerre qui seront au cœur de la conception de l’offensive alliée. Leur justesse, confortée par la réalité, confère à The Air Campaign sa vertu première. Elle est d’ailleurs très probablement imputable, pour une assez large, part à l’expérience opérationnelle de Warden2.

Certes, ces concepts ne sauraient s’appliquer sans prudence à toutes les formes de conflits, mais leur fraîcheur et leur pertinence ont ouvert la voie à une manière nouvelle de planifier l’emploi de l’aviation de combat, ce qui n’est pas sans rappeler l’action de Billy Mitchell dans les années 20, lui aussi en faveur du bombardement stratégique. Ce dernier également se faisait en effet l’avocat d’une recherche de la paralysie stratégique de l’ennemi par le biais de bombardements aériens et écrivait à ce sujet dans son dernier livre Skyways : « Le dispositif militaire ennemi déployé constitue un faux objectif, les véritables objectifs sont ses centres vitaux. La théorie surannée selon laquelle la victoire passe par la destruction de ce dispositif militaire ennemi est désormais sans fondement ». Il existe néanmoins une nuance de fond entre les deux hommes car, si Mitchell (comme Trenchard en Grande-Bretagne) imaginait surtout obtenir la paralysie stratégique de l’ennemi par la destruction de son industrie d’armement, ce qui constitue une approche économique, Warden quant à lui s’inscrit d’emblée dans une perspective politique en visant la capacité décisionnelle de l’ennemi.

Par ailleurs, peut-être n’est-il pas inutile de relever qu’accessoirement, le succès des armes américaines lors de la guerre du Golfe, imputable pour l’essentiel à celui de l’arme aérienne, a permis d’effacer les années d’échec et de doutes des années 70 et 80 et a restauré une assurance perdue. Plus encore, l’Amérique, à la faveur des événements se déroulant en Europe au début des années 90, pouvait, dès lors, se poser en première puissance mondiale incontestée. Une ère d’hégémonisme américain, dont on mesure encore aujourd’hui la vigueur dans bien des domaines, s’ouvrait…

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John Warden, en publiant son livre, précise en avant-propos que celui-ci s’adresse avant tout aux militaires (son éditeur est d’ailleurs le commandement des écoles de l’armée de l’air américaine), et vise donc plus le stratège que le stratégiste. L’auteur n’accorde d’ailleurs lui-même aucune prétention en matière de stratégie générale à ses écrits. La pensée de Warden se situe au niveau opératif et se veut pratique, facilement assimilable, et pouvant aisément être mise en application. Le recours au concept de l’ennemi en tant que système et à sa modélisation selon cinq anneaux concentriques est venu plus tard rendre sa pensée plus facilement appréhendable. C’est encore ici une des qualités du travail de Warden, qui va puiser dans une expérience opérationnelle de pilote de combat longue et riche sa limpidité et sa pertinence. Dans le Traité des grandes opérations militaires, Jomini écrivait, en substance, que, dans l’art de la guerre, il avait de tout temps existé des principes fondamentaux sur lesquels reposait le succès des engagements et que ceux-ci étaient invariables et indépendants du type d’armes utilisées, de l’époque considérée, et de l’endroit où se déroulait l’action. C’est le sens de la démarche de Warden de vouloir les préciser. Dans son livre, ils prennent la forme de la recherche volontariste et prioritaire de la supériorité aérienne et de l’attaque parallèle des centres de gravité de l’ennemi.

Cependant, The Air Campaign ne saurait être considéré comme un recueil de recettes tactiques. Bien au contraire, à travers son ouvrage, Warden cherche à faire évoluer la manière de penser des officiers de son armée. Il a remarqué l’évolution de la pensée navale américaine après la guerre du Viêt-nam qui vit se dessiner une véritable « stratégie navale », élaborée autour de textes fondateurs qui servirent de cadre à l’organisation et à l’entraînement de l’US Navy. Warden apporte, par son livre, sa contribution au renouveau de l’US Air Force. Il estime, en effet, que l’entraînement reçu tend à faire raisonner les militaires américains de l’US Air Force plus en termes tactiques qu’en termes stratégiques. Il regrette cette propension à concevoir un plan d’ensemble en raisonnant du petit vers le grand, ce qu’il considère être une vision tactique des choses, tandis qu’il faudrait décliner des principes généraux, éventuellement jusqu’au niveau du détail, ce qui lui semble être une démarche stratégique. The Air Campaign a pour vocation de fournir les outils nécessaires pour appliquer une telle démarche à la planification des opérations aériennes au niveau d’un théâtre d’opérations.

Là réside la deuxième vertu du livre de Warden qui se veut pratique et enraciné dans de solides vérités historiques. Sa valeur didactique, en particulier pour les officiers destinés à prendre part à des travaux de planification, est incontestable. Dès lors, il ne serait pas incongru d’inscrire les travaux de Warden dans une sorte de vade-mecum de l’officier d’aviation. Ils constituent une sorte de corpus minimal de connaissances stratégiques que ces derniers devraient posséder.

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De tout temps, le stratège a eu le choix entre un mode d’action direct et une approche indirecte. Tandis que la première option se réalise à travers des affrontements militaires violents, la seconde cherche à soumettre la volonté de l’adversaire par des moyens plus subtils. Il y a vingt-cinq siècles, Sun Zi avait clairement expliqué les vertus de la stratégie indirecte dans L’art de la guerre. Il y écrivait notamment : « Remporter cent victoires en cent combats n’est pas ce qu’il y a de mieux, soumettre l’ennemi sans combat est ce qu’il y a de mieux ». À quelques exceptions anglo-saxonnes près, la tradition militaire occidentale, à travers Clausewitz et Jomini, a surtout retenu la stratégie directe comme mode opératoire, les succès des armées napoléoniennes en Europe y ont certainement largement contribué. Warden, quant à lui, en prônant la recherche de la paralysie stratégique de l’ennemi plus que son anéantissement, s’inscrit dans la lignée de Sun Zi. Il conclut d’ailleurs un de ses articles dans l’Air Power Journal par ces quelques lignes, qui ne sont pas sans rappeler celles de Sun Zi citées plus haut : « Le combat n’est pas l’essence de la guerre, ni même un de ses constituants souhaitables. L’essence véritable de la guerre est d’entreprendre ce qui contraindra l’ennemi à accepter nos propres objectifs ». À l’heure où la recherche de l’économie des moyens est plus que jamais d’actualité lorsqu’il s’agit de stratégie militaire, la stratégie opérative de Warden, qui ne vise que les centres de gravité de l’ennemi en rapport avec les buts poursuivis en délaissant les nombreux objectifs purement militaires, prend un intérêt supplémentaire et se montre parfaitement en phase avec son époque. Elle permet, en effet, de limiter les affrontements directs ayant pour objet unique de diminuer le potentiel militaire de l’ennemi en concentrant les efforts sur la recherche de sa « paralysie stratégique ». L’économie des moyens employés, en terme d’attrition notamment, est incontestable. C’est là la troisième vertu de la réflexion du colonel Warden.

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Justesse du concept prouvée par l’expérience, clarté exemplaire d’une réflexion doctrinale qui se veut pratique, actualité d’une stratégie opérative génératrice d’économie des forces, sont les trois vertus essentielles du travail de John Warden dont The Air Campaign rend compte. Elles suffisent à elles seules à fournir trois bonnes raisons de traduire cet ouvrage. Qu’elles rappellent de manière éclatante les capacités uniques de l’aviation de combat n’est pas non plus inutile. L’aviation de combat, près d’un siècle après sa naissance, doit, en effet, être considérée comme une arme aux capacités stratégiques avérées et plus seulement comme une force auxiliaire de soutien. Puisse cette caractéristique en forme de qualité singulière être présente aux cœurs des arbitrages stratégiques que les rigueurs budgétaires ne manqueront pas d’imposer à la nation.

D’aucun argumenteront que la vision de Warden n’est pas suffisamment interactive en ceci qu’elle ne laisse que peu de place à l’action de l’ennemi. Elle leur apparaîtra donc trop théorique et trop éloignée des réalités de la guerre où chacun des protagonistes se voit contraint de réagir à l’action de l’autre, parfois dans ce que Clausewitz appelait le « brouillard de la guerre ». D’autres estimeront que la réflexion de Warden semble bien adaptée à une guerre totale où chacun mobilise toutes ses forces et ses composantes dans l’affrontement, mais la verront inapplicable dans une crise de faible intensité, du type bosniaque par exemple. Pour d’autres, les évolutions qui se dessinent dans la société de l’information qui se met en place, et qui tendent à faire céder du terrain à un processus décisionnel vertical au profit d’une organisation plus horizontale, feront perdre de la vigueur à la vision de Warden visant le centre décisionnel ultime d’un système. Quoi qu’il en soit, le travail de Warden existe, mérite d’être connu et est susceptible d’ouvrir un débat. C’est sans doute là une de ses vertus supplémentaires.

Par ailleurs, le fait que cette traduction française soit éditée dix ans après sa version originale révèle sans doute une certaine pauvreté de la réflexion française dans ce domaine. Cette lacune, qui a tendance à se pérenniser depuis plusieurs années, a été une motivation supplémentaire d’entreprendre la traduction de The Air Campaign. Il reste à souhaiter que la lecture du présent ouvrage stimulera la réflexion stratégique de ceux qui prennent quelque intérêt à l’emploi de l’arme aérienne et les incitera à compléter, voire infirmer, les théories de John Warden.

Philippe Steininger

Notes:

1 John Warden est né en 1943 dans une famille texane. Dès les années 70, il occupe également divers postes d’état-major, notamment au Central Command alors en pleine montée en puissance, et sert auprès du chef d’état-major de son armée à Washington. Il sert notamment au début de sa carrière au Viêt-nam sur OV-10 Bronco, en tant que contrôleur aérien avancé. Il gravit successivement les échelons de la hiérarchie opérationnelle et est affecté à Eglin, en Floride, où il vole sur F-15 Eagle, puis à Moody, en Géorgie, sur F-4 Phantom en tant qu’adjoint au chef des opérations de l’escadre. Dans ces deux unités rattachées à la 9th Air Force, la composante aérienne du Central Command, il organise, dirige et participe à des opérations de projection de puissance à longue distance impliquant de nombreux avions de combat et de soutien. Il prend le commandement, en 1986, du 36e Tactical Fighter Wing à Bitburg en Allemagne.

 

2 Deux mois après la fin des hostilités, le colonel Warden rejoint la Maison Blanche en tant que conseiller spécial du vice-président Quayle où il ne traite d’ailleurs plus de questions militaires. Il est ensuite nommé commandant de l’Air Command and Staff College où il refond le programme d’instruction, mettant l’accent sur l’apprentissage de la planification d’opérations aériennes. Il y termine sa carrière militaire. Il est aujourd’hui président d’une société de conseil en stratégie, qui compte parmi ses clients de grandes entreprises commerciales et des armées de l’air de différents pays, dont plusieurs sont européennes.

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La campagne aérienne

John Warden III

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Le colonel John Warden III a acquis la célébrité en 1991 en tant que planificateur des frappes aériennes contre l’Irak durant l’opération « Tempête du Désert ». Il a mis en œuvre, à cette occasion, une conception qu’il avait mûrie au cours des années précédentes et exposée dans ce livre sur la campagne aérienne. Il s’agit d’un exemple rare de modèle théorique validé par l’expérience dans un délai très bref. John Warden III rompt avec les anciennes théories du bombardement stratégique héritées de Douhet, qui causaient des dégâts immenses sans procurer de résultats décisifs. Il leur substitue une approche fondée sur la recherche des centres de gravité de l’ennemi qu’il s’agit moins de détruire que de frapper en vue de les paralyser avec le minimum de dégâts collatéraux. Cette nouvelle approche résulte évidemment de l’apparition des armes guidées avec précision, mais aussi d’une grille théorique plus fine que celles des théoriciens précédents, et qui fait une large application des concepts de Clausewitz.

Ce livre est devenu un classique. Il le mérite, non seulement parce que le modèle qu’il propose a subi avec succès l’épreuve du combat, mais aussi parce qu’il montre de manière exemplaire comment une théorie rigoureuse permet de tirer le meilleur parti des progrès techniques.

Table des matières

Préface par Philippe Steininger

Avant-propos

La campagne aérienne en perspective

Les niveaux de la guerre

Les deux niveaux de guerre pratiques en Europe occidentale

« Centre de gravité »

Chapitre Premier : Le concept de supériorité aérienne

Généralités sur la suprématie aérienne dans les opérations

La supériorité aérienne, condition sine qua non du succès

Les cinq cas de guerre

Chapitre II : Le choix entre l’offensive et la défensive ou la partie d’échecs

Privilégier la défensive, ou se concentrer sur l’offensive ?

Défensive et chronologie de guerre

Le combat de McArthur en faveur de la supériorité aérienne

Erreurs de jugement

Chapitre III : Les opérations offensives

Scénario idéal

À l’assaut des centres de gravité

L’équipement

La logistique

La géographie

Le personnel

La chaîne de commandement

Doctrine d’emploi de l’arme aérienne

Doctrine allemande

Doctrine américaine

Doctrine syrienne

Chapitre IV : Les opérations défensives

En position d’infériorité

Infliger à l’ennemi des pertes élevées

La concentration des forces

Utilisation des systèmes d’alerte et de contrôle

Chapitre V : Hypothèses d’emploi limité

Les hypothèses d’emploi sont fonction de l’ennemi

« Le rideau de chasseurs »

L’escorte

Chapitre VI : L’interdiction

La retraite

La défense statique face à une offensive ennemie

Les deux protagonistes à l’offensive

L’offensive face à une défense statique

L’action contre un ennemi battant en retraite

L’action face à un ennemi autonome

Chapitre VII : L’appui aérien rapproché

Chapitre VIII : Les réserves

Les réserves peuvent augmenter les chances de réussite

Une sortie non réalisée n’est pas une sortie perdue

Chapitre IX : L’orchestration de la guerre

Il faut identifier les centres de gravité

Chapitre X : Planification d’une campagne aérienne

Les centres de gravité peuvent se trouver hors d’atteinte

Conclusion : La campagne aérienne en rétrospective

Appendice : L’ennemi en tant que système

Index

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Tactique et stratégie navales de la France et du Royaume-Uni, 1690-1815

Michel Depeyre

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L’histoire de la guerre sur mer à l’époque de la marine à voile est d’abord celle d’une pratique. La stratégie et la tactique sont des arts qui s’élaborent de manière empirique. Mais déjà des penseurs essaient de faire la théorie de cet art, de trouver par le raisonnement historique ou logique les moyens de surmonter le blocage engendré par la bataille en ligne.

La France est à la pointe de cette réflexion pendant les xviie et xviiie siècles. Hoste, Bigot de Morogues, Bourdé de La Villehuet, Grenier…, autant de noms de théoriciens aujourd’hui oubliés que cet ouvrage tente d’exhumer. L’angleterre, qui s’affirme durant toute cette période comme la première puissance maritime, n’a pas produit l’équivalent. Clerk of Eldin est un des rares noms à s’illustrer dans le domaine britannique.

C’est aussi à cette époque que la stratégie se dissocie progressivement de la tactique. Ramatuelle esquisse des analyses stratégiques qui ouvrent la voie aux auteurs du xixe siècle.

La connaissance de la pensée navale tactique et stratégique à l’époque moderne apporte une contribution fondamentale à l’histoire de la guerre sur mer. Elle pose aussi le problème fondamental de l’articulation entre la théorie et la pratique, entre la science tactique et stratégique et l’art de la guerre. Problème permanent qui se pose encore aujourd’hui.

Michel Depeyre, agrégé d’histoire, est maître de conférences en Histoire à l’Université de Saint-Étienne. Maître de recherches à l’Institut de Stratégie Comparée, ses travaux portent essentiellement sur la tactique et la stratégie navales des Temps modernes à l’époque contemporaine.

La thèse, dont est issu ce livre, a été couronnée par le prix « Amiral Daveluy » 1996 décerné par le ministère de la Défense.

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