La campagne aérienne

John Warden III

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Le colonel John Warden III a acquis la célébrité en 1991 en tant que planificateur des frappes aériennes contre l’Irak durant l’opération « Tempête du Désert ». Il a mis en œuvre, à cette occasion, une conception qu’il avait mûrie au cours des années précédentes et exposée dans ce livre sur la campagne aérienne. Il s’agit d’un exemple rare de modèle théorique validé par l’expérience dans un délai très bref. John Warden III rompt avec les anciennes théories du bombardement stratégique héritées de Douhet, qui causaient des dégâts immenses sans procurer de résultats décisifs. Il leur substitue une approche fondée sur la recherche des centres de gravité de l’ennemi qu’il s’agit moins de détruire que de frapper en vue de les paralyser avec le minimum de dégâts collatéraux. Cette nouvelle approche résulte évidemment de l’apparition des armes guidées avec précision, mais aussi d’une grille théorique plus fine que celles des théoriciens précédents, et qui fait une large application des concepts de Clausewitz.

Ce livre est devenu un classique. Il le mérite, non seulement parce que le modèle qu’il propose a subi avec succès l’épreuve du combat, mais aussi parce qu’il montre de manière exemplaire comment une théorie rigoureuse permet de tirer le meilleur parti des progrès techniques.

Table des matières

Préface par Philippe Steininger

Avant-propos

La campagne aérienne en perspective

Les niveaux de la guerre

Les deux niveaux de guerre pratiques en Europe occidentale

« Centre de gravité »

Chapitre Premier : Le concept de supériorité aérienne

Généralités sur la suprématie aérienne dans les opérations

La supériorité aérienne, condition sine qua non du succès

Les cinq cas de guerre

Chapitre II : Le choix entre l’offensive et la défensive ou la partie d’échecs

Privilégier la défensive, ou se concentrer sur l’offensive ?

Défensive et chronologie de guerre

Le combat de McArthur en faveur de la supériorité aérienne

Erreurs de jugement

Chapitre III : Les opérations offensives

Scénario idéal

À l’assaut des centres de gravité

L’équipement

La logistique

La géographie

Le personnel

La chaîne de commandement

Doctrine d’emploi de l’arme aérienne

Doctrine allemande

Doctrine américaine

Doctrine syrienne

Chapitre IV : Les opérations défensives

En position d’infériorité

Infliger à l’ennemi des pertes élevées

La concentration des forces

Utilisation des systèmes d’alerte et de contrôle

Chapitre V : Hypothèses d’emploi limité

Les hypothèses d’emploi sont fonction de l’ennemi

« Le rideau de chasseurs »

L’escorte

Chapitre VI : L’interdiction

La retraite

La défense statique face à une offensive ennemie

Les deux protagonistes à l’offensive

L’offensive face à une défense statique

L’action contre un ennemi battant en retraite

L’action face à un ennemi autonome

Chapitre VII : L’appui aérien rapproché

Chapitre VIII : Les réserves

Les réserves peuvent augmenter les chances de réussite

Une sortie non réalisée n’est pas une sortie perdue

Chapitre IX : L’orchestration de la guerre

Il faut identifier les centres de gravité

Chapitre X : Planification d’une campagne aérienne

Les centres de gravité peuvent se trouver hors d’atteinte

Conclusion : La campagne aérienne en rétrospective

Appendice : L’ennemi en tant que système

Index

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Tactique et stratégie navales de la France et du Royaume-Uni, 1690-1815

Michel Depeyre

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L’histoire de la guerre sur mer à l’époque de la marine à voile est d’abord celle d’une pratique. La stratégie et la tactique sont des arts qui s’élaborent de manière empirique. Mais déjà des penseurs essaient de faire la théorie de cet art, de trouver par le raisonnement historique ou logique les moyens de surmonter le blocage engendré par la bataille en ligne.

La France est à la pointe de cette réflexion pendant les xviie et xviiie siècles. Hoste, Bigot de Morogues, Bourdé de La Villehuet, Grenier…, autant de noms de théoriciens aujourd’hui oubliés que cet ouvrage tente d’exhumer. L’angleterre, qui s’affirme durant toute cette période comme la première puissance maritime, n’a pas produit l’équivalent. Clerk of Eldin est un des rares noms à s’illustrer dans le domaine britannique.

C’est aussi à cette époque que la stratégie se dissocie progressivement de la tactique. Ramatuelle esquisse des analyses stratégiques qui ouvrent la voie aux auteurs du xixe siècle.

La connaissance de la pensée navale tactique et stratégique à l’époque moderne apporte une contribution fondamentale à l’histoire de la guerre sur mer. Elle pose aussi le problème fondamental de l’articulation entre la théorie et la pratique, entre la science tactique et stratégique et l’art de la guerre. Problème permanent qui se pose encore aujourd’hui.

Michel Depeyre, agrégé d’histoire, est maître de conférences en Histoire à l’Université de Saint-Étienne. Maître de recherches à l’Institut de Stratégie Comparée, ses travaux portent essentiellement sur la tactique et la stratégie navales des Temps modernes à l’époque contemporaine.

La thèse, dont est issu ce livre, a été couronnée par le prix « Amiral Daveluy » 1996 décerné par le ministère de la Défense.

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Conclusion générale

Dans ce mémoire, nous avons essayé d’analyser la prise de décision des différentes administrations confrontées à la guerre du Viêt-nam. Afin d’atteindre cet objectif, nous avons utilisé comme hypothèse de travail un modèle décisionnel qui s’applique le mieux à la prise de décision. Ce modèle nous a permis de mieux comprendre quel organe dans la prise de décision a une influence et lequel n’en a aucune. Cette approche nous a également autorisé à voir la guerre du Viêt-nam sous un angle différent que celui présenté de manière habituelle.

Si chaque décision suit une certaine logique, de nombreuses erreurs ont été commises dans leur processus d’élaboration. Comme ce mémoire l’a montré, l’approche cognitive (l’endiguement du communisme et la théorie des dominos) est une des raisons majeures de l’engagement américain et ensuite de l’escalade du conflit au Viêt-nam. La perception de l’histoire par les différentes administrations et l’analogie avec Munich a renforcé la politique d’endiguement. Or, cette théorie est le résultat d’une profonde ignorance de l’histoire asiatique et des différences radicales entre nations et sociétés asiatiques.

Toutefois l’approche cognitive n’explique pas seul l’échec de la politique américaine. Une série d’autres erreurs peuvent également être signalées.

Une fois engagé dans le conflit, une série de nouvelles fautes vont être commises. Les présidents en organisant leur présidence, et en particulier l’Exécutif, de la façon dont ils l’ont fait, ont formé un frein important à une prise de décision effective. Les décisions à l’égard du Viêt-nam ont souvent reflété les préférences du président et de ses proches conseillers et ont rarement été la résultante de négociations et de marchandages entre les bureaucraties. Il est à cet égard intéressant de constater jusqu’à quel point les conseillers, et en particulier le Conseiller pour la sécurité nationale, ont eu un poids de plus en plus grand dans le processus de prise de décision par rapport aux organisations traditionnelles des différents départements. Cette prééminence, cependant, ne s’est pas traduite en de meilleurs prises de décision et en un processus amélioré de considérations des options. Aussi, les différentes administrations ont été incapables d’organiser les échelons supérieurs du pouvoir exécutif pour qu’ils soient en mesure de faire face efficacement à toute la gamme complexe des problèmes politiques et militaires. A notre sens c’est à ce niveau-là que les leçons les plus importantes de la guerre du Viêt-nam se situent.

L’art de gouverner requiert la capacité de jugement, la connaissance des affaires étrangères, le calcul de l’intérêt national, l’équilibre entre l ‘engagement et la puissance effective et une structure décisionnelle effective. Quelque chose qui fait gravement défaut au moment de la prise de décision.

En outre, le principe du feed-back ne fonctionne pas ou peu et cela pour deux raisons. D’une part, le fossé entre les hommes de terrain et l’administration est à certains moments énorme. D’autre part, les conseillers n’ont pas ou peu de relations avec leurs départements. Par conséquent chaque agence, département fait à sa guise.

Ainsi, durant la guerre du Viêt-nam les différents présidents ne parviennent pas à éviter le danger de recourir de manière prématurée à des règles décisionnelles communes, comme l’analogie avec le passé, le compromis au sein de l’Exécutif, un modèle décisionnel fermé, … Dès le départ ces administrations se détournent de la possibilité de bénéficier d’un choix d’analyse plus large.

La plupart des présidents veulent appliquer un modèle rationnel (au sens strict) de la prise de décision alors que ce modèle n’est efficace qu’au moment d’une crise de courte durée. Plus une crise est longue, plus le nombre de variables influençant la prise de décision s’accroît, plus il faut en tenir compte. Aussi, les différentes administrations ne comprennent pas que le temps leur est mesuré. Par conséquent, à un certain moment l’opinion publique, les médias et autres vont également exercer leur influence dans la prise de décision.

Or les différentes administrations et en particulier l’administration Johnson, appliquant un modèle rationnel, vont être prises au dépourvu. Durant toute cette période de l’engagement américain, la Maison Blanche ne parvient pas à amener le peuple américain à peser le pour et le contre d’un engagement militaire, ni à expliquer pourquoi et comment la politique au Viêt-nam est menée. Elle néglige totalement de préparer l’opinion publique à comprendre les événements complexes de cette guerre. Une puissance totalitaire peut forcer sa population à combattre indéfiniment. Une démocratie par contre se bat tant que l’opinion publique soutient la guerre et ne supporter pas le conflit qui se traîne sans signes tangibles de progrès.

Aussi, si le degré de soutien requis varie en fonction des actions et décisions présidentielles, tout comme du jugement personnel du président du degré de consensus dont il nécessite, l’objectif est d’éviter une tension entre la qualité d’une décision et son acceptation. Ainsi, la prise de décision , qui n’est pas une prise de décision de crise, doit toujours se faire en fonction d’un consensus suffisant au sein de l’administration, du Congrès et de l’opinion publique. Dans le cas contraire, les effets néfastes de la décision ne se font pas attendre. De manière similaire, le président au moment de la prise de décision doit être sensible à un usage effectif des ressources disponibles. Ce qui n’a pas non plus été le cas durant le conflit vietnamien.

Aussi, l’enseignement principal que nous pouvons tirer des différentes adaptations du modèle décisionnel Sui Generis (cfr. tableau page suivante) est que de tous les systèmes décisionnels, celui d’Eisenhower est celui qui théoriquement, en tenant compte des dilemmes permet la meilleure prise de décision. C’est un modèle ouvert au débat, penchant vers le modèle rationnel, tout en tenant compte des variables subjectives, de l’opinion publique et du Congrès. Une restriction de taille de ce modèle est la trop grande influence dans la prise de décision de l’approche cognitive.

Le Viêt-nam se caractérise également par un conflit important entre les différentes bureaucraties des agences et départements qui veulent prouver que la voie qu’ils préconisent est la bonne. La CIA voulait prouver que son programme de pacification fonctionnerait, le département d’Etat qu’il pouvait faire du Viêt-nam du Sud un pays politiquement stable, le département de la Défense que la politique de guerre limitée porterait ses fruits, les militaires, soutenus par le complexe militaro-industriel que leur matériel était le meilleur et le plus approprié,…

En outre, face à un ennemi résolu, les dirigeants américains ne croient pas nécessaire de créer un commandement unifié, laissant libre champ aux querelles entre les différentes branches de l’armée. Ils ne savent également pas reconnaître les limites de l’équipement de haute technologie, des forces et des doctrines militaires modernes, quand il s’agit d’affronter des mouvements populaires non conventionnels et extrêmement motivés.

Par conséquent, nous rejoignons le point de vue de Carl von Clausewitz : « Since war is not an act of senseless passion but is controlled by its political object, the value of this object must determine the sacrifices to be made for it magnitude and also in duration. Once the expenditure of effort exceeds the value of the political object, the object must be renounced. » Rarement, les conséquences des actions d’une nation se seront autant écartées de leur objectif de départ. Une approche géopolitique adaptée à l’analyse de l’intérêt national aurait fait la différence entre ce qui était important sur le plan stratégique et ce qui était périphérique. Jusqu’à Nixon, les différents présidents et leur administration vont négliger ce principe fondamental de toute politique étrangère.

En définitive, pour que Washington parvienne à conduire une politique étrangère efficace, celle-ci requiert une double approche : une stratégie constructive, réalisable à l’étranger et le développement d’une explication politique qui parvienne à maintenir un certain consensus sur le front intérieure. Or comme déclarait G. Ball, « les Etats-Unis ont coutume de faire des croisades improvisées et des improvisations qui tournent en croisade. » Leur politique extérieure repose sur des vues à court terme, sur des impulsions généreuses et sur des réactions rapides aux circonstances momentanées. Ainsi, cédant à ce qu’on appelle un « universalisme haletant », les Etats-Unis comme ils l’ont fait au Viêt-nam s’engagent avec un certain enthousiasme et une certaine naïveté.

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Conclusion

Dans le livre « A la Maison Blanche », Kissinger résume bien les objectifs suivis par l’administration. Kissinger défend la politique de Washington en estimant que « les dilemmes de notre politique vietnamienne se reflétaient dans l’abîme qui séparait notre vision de la réalité et la nature du débat public. Ce qui était réel, pour nous c’était l’offensive ennemie au Laos et au Cambodge, offensive qui menaçait notre position militaire au Viêt-nam. Et pourtant, alors que les menaces objectives grandissaient, on nous demandait de poursuivre un programme de retrait unilatéral. Pour le public, nous risquions de nous voir entraîner à un nouvel engagement, dans deux autres pays lointains. Nous pensions qu’il fallait empêcher l’effondrement de ces pays, si nous voulions renforcer les Sud-viêtnamiens et leur permettre de reprendre le flambeau sans que nos retraits se transforment en déroute. »[1]

Pourtant, l’élargissement du conflit au Cambodge va se révéler être la plus grosse erreur de l’administration Nixon en Indochine. Nixon n’est pas compris ni par l’opinion publique, ni par le Congrès, ayant comme conséquence une nouvelle scission au sein de la société américaine. Mais le malaise est beaucoup plus profond. Le fond du problème n’est pas l’Indochine, mais bien les abus de pouvoir du président, les inégalités sociales, la crise d’identité,….. Aussi entre mai 1970 et 1973 nous nous situons dans une crise institutionnelle et sociale où le conflit en Indochine n’est que secondaire.

A l’échelon international, la politique nixonienne se caractérise par la Realpolitik et les idées de Mahan. Pour rappel la Realpolitik se caractérise par trois traits principaux : l’intérêt national, la compétition et l’équilibre des forces. Aussi la Realpolitik à travers la Doctrine Nixon redéfinit un périmètre de sécurité en Asie qui est celui des Etats-Unis vers 1945-1948, principalement fondé sur le réseau de bases se trouvant aux Philippines, au Japon et en Corée du Sud, excluant tout engagement dans le reste de l’Asie du Sud-Est et à Taiwan. Il y a donc une volonté de la part de l’administration de protéger la façade occidentale des Etats-Unis en évitant soigneusement de s ‘engager directement dans le maintien de l’équilibre même de l’Extrême-Orient.

Aussi d’un point de vue géopolitique, les Etats-Unis après s’être laissé entraîner par les idées de Mackinder – le sort d’une puissance maritime dépend de l’équilibre sur le continent-, en reviennent à celle de Mahan – le sort d’une puissance maritime dépend de l’importance des points-clé qu’elle contrôle à la périphérie du continent.[2]

[1] H. KISSINGER, op.cit., p. 498.

[2]F. JOYAUX, op.cit., p. 190.

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Chapitre III : Analyse de la prise de décision

Comme les chapitres précédents  consacrés à la prise de décision, nous faisons ressortir des faits une série de variables qui influencent de manière décisive la prise de décision.

3.1. Structure formelle [1]

Nixon applique une structure décisionnelle formelle qui à l’origine ressemble fortement à celle d’Eisenhower où l’organe principal est le C.N.S.. En reprenant le schéma du C.N.S. (cfr.supra) nous avons a priori un système ouvert auquel participent les différents départements.  En pratique, Kissinger parvient à travers le C.N.S. à neutraliser tous les autres départements. En reproduisant un autre schéma du C.N.S., nous voyons que Kissinger est présent à tous les niveaux.

Aussi, comme commente B. Mazlish : « Kissinger accorda le Conseil national de sécurité de façon à en faire un instrument exquis pour les soli qu’il voulait jouer, et sans doute aussi pour ceux de Nixon. »[2] Par conséquent, Kissinger et Nixon ne faisant confiance qu’à Kissinger et Nixon, nous sommes devant un système de décision qui se caractérise par une dyarchie où tout avis, conseil ou renseignement contraire est totalement ignoré. Aussi, plusieurs décisions sont prises sans aucunes consultations sérieuses. Cela entraîne bien sûr une relation tendue  avec les membres du C.N.S. et les différents départements. La majorité du temps ces derniers ignorent la teneur des décisions prises, ayant comme conséquence une mauvaise exécution de la décision. Ainsi, Kissinger déclare au Washington Post en juillet 1970 : « the outsider believes a Presidential order is consistently followed out. Nonsense. I have to spend considerable time seeing that it is carried out and in the spirit the president intended. »[3]

Par conséquent, Kissinger prend également part à l’exécution des décisions, afin de voir qu’elles soient exécutées selon les consignes.

3.2. la variable du rôle

La performance de Bundy et Rostow paraît modeste à côté de celle de Kissinger, qui exerce une autorité inégalée parmi les Conseillers à la sécurité nationale dans le processus de prise de décision. Personne auparavant dans le domaine des affaires étrangères était parvenu à monopoliser de façon si efficace toute une série de fonctions : formulation des stratégies, supervision de la bureaucratie, relations avec la presse, négociations secrètes,….  (cfr. tableau reproduit en annexe).

3.3. La variable d’ordre individuel

Contrairement aux autres présidents, la variable d’ordre individuel joue un rôle essentiel, fondamental. Le pragmatisme de Nixon, sa connaissance de l’histoire, son expérience, ses nombreux voyages et son réalisme influencent sa prise de décision en politique étrangère. 

N’aimant pas la confrontation, il formule sa politique entouré d’un nombre très limité de conseillers. Faire face à ceux qui ne l’approuvent pas est chez Nixon presque une impossibilité physique. Il fuit l’effort de convaincre ses subordonnés. Avec le temps, il prend ses décisions  à l’intérieur du cocon qu’il a tissé autour de lui, évitant ceux qui le contredisent.

Tableau :

Evolution de la prise de décision

DATE

OPERERATIONS

EQUIPE DECISIONNELLE

 Janvier 1969 Etude du N.S.S.M.- 1  Conseillers + Départements+ Nixon
Mars 1969 Opération MENU  Conseillers + Nixon
Février 1970 Laos Division au sein des conseillers
Mars 1970 Cambodge exclusion Rogers
Début 1972 Lam Son 719 exclusion Rogers et Laird
Mai 1972 Minage des ports  Nixon

 

Cette façon de mener la politique entraîne un dysfonctionnement entre la prise de décision et l’exécution de la décision. « C’était-là », comme l’explique H.Kissinger, « le paradoxe d’un Président fort dans ses décisions, vague dans le commandement. »[4] Contrairement à l’administration Kennedy et Johnson, l’esprit d’équipe et la cohésion au sein des conseillers est absente, les conseillers du président  (Laird, Rogers) n’hésitant pas à se soustraire aux directives. 

Pour Nixon un président est élu pour diriger et commander. Aussi prendre les décisions par consensus n’est pas un signe de leadership, mais un signe de faiblesse. Ainsi, il déclare : «  A case might be made for government by consensus in domestic policy. It will not work in foreign policy. A president is elected to lead. Government by consensus is no Leadership ; it is followship, designed to produce outcomes not that are right but that most people will support. The problem is that sometimes the right decision is the least popular. »[5]  Si on ne peut pas totalement donner tort à Nixon sur ce point, il faut toutefois que les mesures impopulaires demeurent exceptionnelles. Ce qui n’est pas le cas avec Nixon.

3.4. La variable systémique[6]

Nixon a un grand avantage par rapport à ses prédécesseurs. Il perçoit très vite que le monde bipolaire a changé. Mais plus important,  il réalise que l’Union soviétique et la Chine ne forment pas un bloc monolithique. Nixon constate que le monde bipolaire se substitue en un monde tripolaire, avec l’apparition de nouveaux centres (Europe, Japon)  Par conséquent, Nixon se lance dans une politique de détente à l’égard de l’Union soviétique et d’une politique d’ouverture à l’égard de la Chine. Cette politique permet d’opposer la Chine à l’Union soviétique 

Sous Nixon les relations internationales ne sont pas analysées sous l’angle idéologique, mais bien sous l’angle géopolitique et géostratégique (= Realpolitik). Vu sous cet angle le Viêt-nam perd tout intérêt. Aussi il n’importe plus de gagner le conflit ou de protéger le Viêt-nam du Sud, mais bien de finir la guerre de manière honorable, sans que le prestige soit atteint.

3.5. Conclusion

Tout comme nous l’avons fait pour les présidents précédents, il y a moyens à partir des faits et de l’importance de certaines variables d’adapter le modèle Sui Generis à la prise de décision sous Nixon. 

            Nixon a la volonté dans sa prise de décision de se rapprocher du modèle rationnel.  Cette approche réussit fort bien jusqu’en mai 1970 ( = attaque sur le Cambodge) A partir de cette date-là, malgré une opinion publique et un Congrès s’opposant à la politique menée, il va non seulement persévérer dans cette voie, mais plus grave il exclut tous les acteurs qui s’opposent à sa politique. Aussi sa présidence se caractérise bien par ce que A. Schlesinger appelle la présidence impériale. Une présidence impériale poussée à un tel point, qu’elle mènera au Watergate et à la chute de Nixon.


 


[1] cfr. également le point 1.2. sur l’équipe décisionnelle.

[2] B. MAZLISH, Kissinger, portrait psychologique et diplomatique, Bruxelles, éd. Complexe, 1977, p. 275.

[3] M. DESTLER, « Can one man do ? », Foreign Policy, 5-8, n° 2046, p. 32.

[4] H. KISSINGER, A la Maison  Blanche, 1968-1973(tomeI), op.cit., p. 498.

[5] R. NIXON, In the Arena : A memoir of Victory, Defeat and Renewal, NY, Pocket Books, Simon&Schuster, 1991, p. 338.

[6] Cfr. le point sur la politique triangulaire.

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