Chapitre Deux. L’Escadrille Lafayette : Unité Volontaire de Combat Oubliée de l’Amérique

L’Amérique a-t-elle oublié les hommes de l’Escadrille Lafayette et du Corps d’Aviation Lafayette ? Les historiens de l’aviation qui connaissent leur histoire ne seraient pas de cet avis. Peut-être feraient-ils référence à nombre de livres écrits par eux et à leur sujet. Ils mentionneraient peut-être Raoul Lufbery, le plus grand héros de l’Escadrille Lafayette et citeraient le Mémorial qui leur a été dédié. Cependant, la vérité est que les aviateurs de Lafayette ont disparu du paysage de l’histoire américaine.

 

L’Histoire Américaine des Unités Volontaires

 

L’Amérique a une tradition ancienne et riche de volontarisme et d’unités de combat composées de volontaires. Le « citoyen soldat » a représenté une part importante de l’histoire militaire américaine depuis la Révolution Américaine lorsqu’un groupe de colonies se sont battues pour être libérées des Anglais. Par la suite, les nouveaux états ne voulaient pas d’armée imposante et les volontaires sont demeurés le pivot des forces armées américaines au début de son histoire. Cette tradition a continué avec des Américains se portant volontaires si nécessaire pour participer aux guerres impliquant leur pays et pour défendre sa liberté. L’esprit de volontarisme a eu une énorme influence à travers l’histoire américaine.

Du début du siècle jusqu’au début de la Seconde Guerre Mondiale, nombre d’Américains se sont portés volontaires pour se battre à l’étranger. En fait, cette période pourrait s’appeler l’âge d’or des unités volontaires de combat américaines. Les unités spéciales de volontaires ont été créées pour combattre les Espagnols à Cuba durant la Guerre hispano-américaine. Nombreux sont ceux qui ont quitté par groupe l’Amérique neutre pour conduire des ambulances en tant que volontaires ou pour combattre sous les drapeaux d’autres pays en 1914, 1915 et 1916, avant que l’Amérique n’entre officiellement dans la Grande Guerre en 1917. Des Américains ont volé aux côtés des Polonais en 1919 contre les Russes. Dans les années 30, ils sont partis en Espagne combattre les fascistes durant la guerre civile de ce pays. Des Américains ont volé et ont combattu les Japonais bien avant Pearl Harbor. Ils ont volé pour la Royal Air Force contre les Allemands durant la Bataille d’Angleterre. Et bien entendu, les hommes de l’Escadrille Lafayette ont volé et ont combattu aux côtés des Français une année avant que l’Amérique n’entre dans la Première Guerre Mondiale.

Nombre de ces unités de volontaires ont une tradition glorifiée en Amérique. La 1ère Unité de Cavalerie de Volontaires, connue sous le nom de « Rough Riders », conduite par le futur Président des Etats Unis, Theodore Roosevelt, a attaqué San Juan Hill à Cuba dans une des plus célèbres attaques de l’historie américaine. Le Corps Motorisé de Volontaires américain fondé par Richard Norton et leur unités jumelles de la Première Guerre Mondiale, le Service au Sol Américain et le Corps d’Ambulances Américain comprenant des volontaires américains célèbres comme Ernest Hemingway, Ford Maddox Ford et d’autres futurs auteurs célèbres. Le Groupe de Volontaires Américain également connu sous le nom de « Tigres Volants » a enchanté l’Amérique avec ses exploits contre les Japonais et le Général Chennault et l’as du combat « Pappy » Boyington, sont devenus des noms connus de tous. La Brigade Abraham Lincoln, qui a combattu pendant la Guerre Civile Espagnole, a été rendue célèbre par Ernest Hemingway et d’autres écrivains qui ont rapporté au monde ce qu’ils avaient vu.

L’Escadrille Lafayette n’a jamais conquis l’imagination et l’esprit américain comme l’ont fait ses cohortes. Pourquoi l’histoire de l’Escadrille Lafayette n’a t-elle pas résisté au temps ? Pourquoi ces hommes ne représentent-ils pas une part aussi formidable de la tradition et mémoire du volontarisme américain ? Qu’est-ce qui a été perdu dans la traduction de l’histoire de la vie de ces nobles hommes ? Pourquoi ne sont-ils pas aussi connus que d’autres unités de volontaires du XX ème siècle – unités qui dans certains cas n’ont accompli ni plus ni moins que ce qu’a fait l’Escadrille Lafayette ? Pourquoi l’Amérique n’a-t-elle pas tenu sa promesse de se souvenir de ces hommes et de leur noble contribution ? Pourquoi leur Mémorial a-t-il sombré dans un tel état de négligence ?

 

Un sur Cinq

 

La suspicion et les observations de l’auteur sont-elles justifiées ; Les aviateurs Lafayette sont ils-oubliés ? Afin de tester la légitimité de son hypothèse, l’auteur a songé à approcher la question d’une façon basique – par le biais d’une simple enquête.

Trois groupes totalisant 500 Américains ont été choisis comme cible. La majorité des 500 personnes étaient militaires et avaient un niveau universitaire ou supérieur. Le but de l’auteur était d’établir que même avec une formation à dominante militaire, les résultats montraient que l’Escadrille Lafayette et le Corps d’Aviation Lafayette sont considérablement moins connus que d’autres organisations de volontaires.

L’auteur a tenté, avec toute l’impartialité possible, de rester en totale conformité avec les techniques d’enquête appropriées. Le premier groupe de personnes sondées n’avaient pas de contact direct avec l’enquêteur. Ces personnes, choisies parmi une population générale, ont reçu les questionnaires par courrier ; questionnaires qui devaient être immédiatement remplis et retournés à l’auteur. Aucune influence de l’auteur n’était possible. Les deux autres groupes sondés étaient des cadets militaires. Ces groupes ont été sondés par les officiers militaires, utilisant un processus similaire ; l’auteur est certain que la même fidélité a été apportée.

L’enquête en elle-même était composée de cinq questions de type « Oui ou Non » ; soit la personne savait la réponse, soit elle ne la savait pas et il/elle devait répondre en conséquence. Cinq unités de volontaires américaines de diverses tendances et significations historiques ont été choisies pour l’enquête. L’Escadrille Lafayette était bien entendu l’une d’entre elles : le célèbre 1er Régiment Volontaire de Cavalerie de la Guerre Hispano-américaine, le célèbre Service au Sol Américain et le Corps d’Ambulances Américain de la Première Guerre Mondiale, la Brigade Abraham Lincoln de la Guerre Civile espagnole et le célèbre Groupe de Volontaires Américaines de la période précédant la Seconde Guerre Mondiale ont été choisis comme autres unités volontaires.  L’enquête demandait simplement si la personne sondée avait déjà entendu parler de l’unité de volontaires – « Oui » ou « Non » était la seule réponse possible à cette question. L’enquête est présentée ci-dessous.

 

Enquête/questionnaire sur les Organisations Volontaires Américaines

Merci de bien vouloir répondre aux questions suivantes en entourant simplement « oui » ou « non ». Il est important pour la recherche en cours que vous répondiez aussi honnêtement que possible, aussi merci d’indiquer « oui » seulement pour celles que vous connaissez effectivement.

 

  1. Avez-vous entendu parler du 1er Régiment Volontaire Américain, les « Rough Riders » qui ont participé à la Guerre Hispano-américaine ? Oui Non
  2. Avez-vous entendu parler du Service au Sol Américain du Corps d’Ambulances Américain qui a pris par à la Première Guerre Mondiale ? Oui Non
  3. Avez-vous déjà entendu parler de l’Escadrille Lafayette ou du Corps d’Aviation Lafayette  qui ont pris part à la Première Guerre Mondiale ? Oui Non
  4. Avez-vous déjà entendu parler de la Brigade Abraham Lincoln, qui a participé à la Guerre Civile Espagnole ? Oui Non
  5. Avez-vous déjà entendu parler du Groupe de Volontaires Américains, les « Tigres Volants », qui ont participé à la guerre contre le Japon ? Oui Non

 

 

Le premier groupe représentait la population générale ; il était constitué de 100 personnes de formation, sexe, race, et éducation différentes, âgés de 17 à 70 ans. Ce groupe a été sondé par questionnaires envoyés par courrier. Le second groupe, composé de 233 cadets de l’United States Air Force Academy (USAFA) [Académie des Forces Aériennes des Etats Unis] à Colorado Springs, Colorado, ayant de 18 à 22 ans, a été sondé en mai 2002 par un officier enquêteur désigné personnellement, le lieutenant colonel stationné à l’Académie en tant que conseiller. Ce groupe représentait une audience militaire captive spécialisée dans l’étude de l’histoire de l’aviation et des traditions USAF [Forces Aériennes Américaines]. Le dernier groupe de 167 comprenait des cadets de l’USMA [Académie Militaire des Etats Unis] à West Point, New York. Les membres de ce groupe avaient entre 18 et 22 ans et représentaient une audience militaire captive spécialisée dans l’étude de l’histoire militaire et des traditions de l’Armée américaine. Les cadets ont été questionnés par un officier désigné personnellement, un professeur de l’université USMA. L’enquête a également été menée en mai 2002. Ce groupe a été choisi pour contre-balancer le groupe de contrôle de personnel militaire pour compenser le groupe USAFA.

Parmi toute la population des 500 personnes interrogées, seulement 18% reconnaissaient le nom d’Escadrille Lafayette ou Corps d’Aviation Lafayette. En comparaison, 86% reconnaissaient les Rough Riders, 76% reconnaissaient les Tigres Volants et 43% reconnaissaient le Service au Sol ou le Corps d’Ambulances Américain de la Première Guerre Mondiale. Seule la Brigade Abraham Lincoln, organisation relativement obscure aux Etats Unis et peu populaire à raison de ses connections communistes, a obtenu un score inférieur avec 15%.

Sur le groupe de 100 civils interrogés, seul un sur 4 ou 25% ont reconnu le nom de l’Escadrille Lafayette. Dans cette population, 81% ont reconnu les Tigres Volants, 77% ont reconnu les Rough Riders, 47% ont reconnu le nom d’organisations d’ambulances et 23% ont reconnu le nom de brigade Abraham Lincoln. Parmi cette population, on a pu percevoir deux autres tendances : sur la population qui est allée à l’Université de Virginie – que deux des membres de l’Escadrille Lafayette ont fréquentée – James Rogers McConnell et Andrew Courtney Campbell – et qui ont des statues et plaques érigées en leur honneur sur le campus – 13 sur les 15 personnes interrogées n’avaient jamais entendu parler des aviateurs Lafayette. Sur 18 aviateurs militaires interrogés représentant l’USAF, la Marine Américaine et le Corps de Marine des Etats Unis, 8 des personnes interrogées n’avaient pas entendu parler d’eux.

Des résultats très surprenants sont venus de l’USAFA. Parmi les 233 cadets interrogés, 47 avaient entendu parler de l’Escadrille Lafayette, ce qui veut dire que 186 ont répondu qu’ils n’avaient jamais entendu parler des hommes de Lafayette – seulement 20% de l’institution qui inculque les traditions de l’USAF. En comparaison, 100% avaient entendu parler des Tigres Volants et 98% avaient entendu parler des Rough Riders. 46% avaient entendu parler d’unités d’ambulances et seulement 11% avaient entendu parler de la brigade Abraham Lincoln.

L’USMA a suivi la tendance des autres groupes interrogés, seulement cette fois l’Escadrille Lafayette a eu des résultats encore pires. Seuls 9% avaient entendu parler des aviateurs Lafayette. En comparaison, 75% des 167 qui avaient entendu parler des Rough Riders, 45% des Tigres Volants, 36% des unités d’ambulances et 16% de la Brigade Abraham Lincoln.

Le tableau ci-dessus présente les résultats de l’enquête.

 

Nom de l’organisation                population civile (100)   USAFA (233) USMA (167)

1)1er Régiment Volontaire de cavalerie             77%                             98%                 75%

2) Service ambulances 1ère GM                  47%                             46%                 36%

3) Escadrille Lafayette                                  25%                             20%                 9%

4) Brigade Abraham Lincoln                         23%                             11%                 16%

5) Groupe de Volontaires Américains            81%                             100%               45%

Note :

  1. a) population civile : 100 questionnaires retournés sur 187.
  2. b) USAFA : 233 questionnaires retournés sur 300.
  3. c) USMA : 167 questionnaires retournés sur 200.

 

L’auteur n’a pas été mesure de désigner une organisation indépendante professionnelle pour mener son enquête, malgré ses efforts, le coût étant prohibitif. Cependant, l’auteur a pu consulter une source indépendante sur la validité de l’enquête. Il a été estimé par le critique indépendant que l’enquête était sujette à  une marge d’erreur de 3 à 5%. 1 Néanmoins, il est considéré que les chiffres parlent d’eux-mêmes. Trois différents groupes de contrôle, constitués de 500 personnes sont arrivés aux mêmes proportions et à la même conclusion. Un sur cinq, soit 20%, renforce la suspicion que l’Escadrille Lafayette a été oubliée.

 

Raisons possibles

 

Aucune fiction ne pourrait être écrite qui dépasserait l’histoire des membres de l’Escadrille Lafayette. C’est l’histoire d’une unité pittoresque d’hommes, seuls Américains sur le Front Ouest, se battant pour les Français sans le consentement de leur nation. Ils ont véritablement montré le chemin dans un combat contre un ennemi commun, tout cela au nom de la liberté. Ce qui rend cette histoire encore plus incroyable est le fait que ces hommes se battaient dans une nouvelle arène, l’air, et pour un service de l’air qui en était à ses balbutiements lors de cette guerre. Le Service de l’Air des Etats Unis (USAS) n’existait même pas encore techniquement à l’époque où ces hommes se sanglaient à leur machine et s’envolaient pour combattre l’ennemi. Ils étaient véritablement les pionniers américains dans ce nouveau domaine.

Cependant, le fait que les actions héroïques d’une poignée d’hommes courageux formant une unité unique soient oubliées par la nation n’est pas réellement significatif de ce qui s’est passé à grande échelle.  Toutes les nations ont leurs unités, hommes ou guerres qui ont été oubliés au fil du temps. Peut-être l’Escadrille Lafayette est-elle une de ces unités destinées à être oubliées. Il y a sans doute des raisons plus probables qui les ont rendues moins mémorables. Il faut considérer le contexte historique de l’unité. La Grande Guerre n’était pas une guerre populaire. Elle a en effet créé une grande aversion pour tout ce qui concerne la guerre parmi la génération qui a suivi. Les périodes entre deux guerres produisent les plus grands mouvements anti-guerre et contre culturel au XX ème siècle. La guerre et ses coûts étaient des choses que nombre de personnes ont oubliées très rapidement. Et l’aviation, toute nouvelle arme de combat qu’elle était, a joué un rôle relativement peu important dans l’intégralité du conflit. En comparaison de tous les efforts massifs déployés sur le sol, les aviateurs ne représentaient qu’un petit pourcentage sur la totalité. Pendant des années, les stratégistes n’ont pas compris le rôle de l’aviation et l’aviation a continué à être traitée comme un service d’arme de renfort nouvelle et de seconde catégorie.

Il y a des raisons plus tangibles qui ont influencé la situation historique des hommes de Lafayette. A l’origine, l’Escadrille Lafayette était de petite taille ; seulement 38 hommes volaient dans ses rangs pendant ses quelques 23 mois d’existence. Le nombre a sensiblement augmenté pour atteindre 42 si on compte les commandants français qui ont volé pour l’Escadrille également pendant cette même période. Seuls 209 hommes ont volé pour le Corps d’Aviation Lafayette durant toute la guerre. 209 hommes ne représentent qu’un petit iota en comparaison des centaines de divisions comprenant des millions d’hommes qui se sont battus pendant tout le conflit. Qu’est-ce que ce petit nombre d’hommes pouvait bien accomplir qui resterait dans l’histoire ? A moins qu’ils aient pu avoir une influence significative quelconque sur l’histoire de la guerre ou qu’ils aient abattu un nombre qu’aucune autre unité d’aviation sur le front ne pouvait égaler, ils étaient destinés à l’oubli. Malheureusement, les archives de combat ne sont pas remarquables.

Une partie du déclin de l’unité peut être attribuée à des événements pendant la guerre et après l’entrée des Etats Unis dans la guerre. Bien qu’ils aient été les premiers réels aviateurs de combat américains, l’Escadrille Lafayette a souffert d’un sort honteux lorsque le Service de l’Aviation des Etats Unis (USAS) est finalement arrivé en Europe. L’USAS voulait faire les choses à sa guise et la Force Expéditionnaire Américaine également (AEF). L’unité de l’Escadrille Lafayette a été disloquée et les hommes ont été intégrés dans des unités différentes et bien que le 103ème Escadron de Poursuite Aérienne était sensé porter ses couleurs, ses traditions et son histoire, l’Escadrille Lafayette s’est perdue dans la bataille. C’est presque comme si l’Escadrille Lafayette était une curiosité destinée à être traitée comme un orphelin ou une pièce rapportée non désirée par l’USAS. Le fait que l’USAS n’ait pas honoré et intégré l’Escadrille Lafayette en l’incluant dans ses rangs a scellé le sort historique de l’unité.

Le manque de signification historique donnée à l’Escadrille Lafayette a continué longtemps après la guerre et jusqu’à nos jours. Aucune unité ne porte les traditions et couleurs de l’Escadrille Lafayette, ni de son successeur le 103ème Escadron de Poursuite Aérienne. Aucun monument collectif n’a été érigé aux Etats Unis pour honorer ces hommes. Il n’existe que des statues, monuments et plaques financés par des fonds privés. Ces derniers sont dédiés à des individus et non pas à l’unité. Aucun musée n’est dédié à leur mémoire. Aucun bâtiment, ou institution centrale ne relate leur histoire ou leurs exploits. Les musées de l’aviation américaine ne font rien pour rendre hommage à ces hommes et à leur héritage. Ce qui existe en termes d’institutions de recherches est limité, incomplet et souvent mal organisé. La plupart des histoires et archives de l’USAS et de l’USAF  ignorent l’Escadrille Lafayette, bien que le personnel de direction de l’USAF en parle souvent comme étant l’unité pionnière de combat de l’aviation américaine. Comme les résultats des enquêtes de l’Académie USAF pourraient le suggérer, l’USAF ne parle même pas à ses jeunes officiers de ses premiers pionniers. Et il est triste de constater que l’héritage global des membres de l’escadron n’est pas heureux. Comme dans toutes les unités, il existait des dissensions et discordes et l’Escadrille Lafayette avait un problème d’egos, de jalousie et de partage de la gloire qui  devait souiller son héritage. L’escadron était partagé en cliques et les hommes pouvaient être méchants et méfiants les uns à l’égard des autres. Certains des hommes détestaient être en escadrille et certains même détestaient voler et étaient considérés comme des tire-au-flanc qui évitaient les combats. Malheureusement, le mauvais sang devait se répandre dans les années futures et affecter le moral et la cohésion de l’unité. Il y a même eu une querelle concernant la construction du Mémorial de l’Escadrille Lafayette et au sujet de la liste des hommes qu’il était supposé honorer. Nombre des membres du groupe initial de 38 hommes devaient mourir jeunes, alcooliques, reclus et/ou hors la loi. Ceux qui ont réussi à mener une vie normale n’ont pas fait suffisamment d’efforts pour promouvoir leur héritage face aux détracteurs et aux arnaqueurs. Lorsqu’un petit nombre de survivants se sont retrouvés pour sauver leur réputation et leur nom, le groupe était trop faible et c’était trop tard. Avec un héritage malheureux, l’histoire et la mémoire de l’unité devaient souffrir encore plus. Tous ces points devaient contribuer à la mort de l’Escadrille Lafayette et du Corps d’Aviation Lafayette. Pris séparément, aucun de ces facteurs n’aurait porté atteinte à la vie de ces hommes mais ensemble, ces problèmes constituaient des obstacles trop importants à surmonter. C’est pour ces raisons et d’autres que les hommes et leur héritage se sont ternis.

 

Note au sujet de cette dissertation

 

Le but du chercheur dans cette dissertation n’est absolument pas de fustiger ou critiquer ce qu’il pense être une unité d’hommes réellement inspirés. C’est une des histoires les plus originales et irrésistibles de l’histoire du volontarisme américain. Cependant, l’auteur considère qu’il est important de déterminer la raison pour laquelle l’Escadrille Lafayette n’a pas généré le même support et la même admiration de la part des Américains que certaines des unités de volontaires dans son histoire. C’est seulement en comprenant ce qui a porté atteinte à la gloire de ces hommes que l’on peut commencer à rectifier l’histoire de Lafayette.

Le but de cette dissertation n’est pas d’arriver à des conclusions précises ; il est impossible pour l’auteur de parler au nom de l’Amérique dans sa globalité. Le but de l’auteur est plutôt de présenter des preuves aux quelques lecteurs qui connaissent l’Escadrille Lafayette et le Corps d’Aviation Lafayette pour leur permettre de comprendre peut-être pourquoi ces hommes n’ont pas trouvé dans l’histoire la place à laquelle ils pouvaient assurément prétendre. Bien que les documents étudiés de façon complète par le chercheur soient apparus dans d’autres endroits avant, dans d’autres endroits, les mêmes documents n’ont, à la connaissance de l’auteur, jamais en Amérique ou en France, été étudiés avec un tel objectif. L’auteur pense qu’il a consulté pratiquement toutes les sources principales disponibles dans les musées, archives et collections spéciales (les collections privées constituent des exceptions car elle sont inaccessibles à l’auteur). En conséquence, l’auteur a tenté de relier les documents disponibles de toutes ces collections afin de générer une piste à suivre par le lecteur.

Les personnes qui ont aidé l’auteur, lui ont manifesté une grande part d’intérêt pour sa recherche. Il espère seulement qu’il sera à même de fournir un éclairage intéressant sur cette question embarrassante. Il espère que tous comprendront mieux les hommes de Lafayette.

 

  1. La source indépendante : Le Major Brandi S. Barham USAF, diplomé d’un « Bachelor of Science Degree in Behavioral Sciences » de l’U. S. Air Force Academy, 1992.
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Chapitre Un. Un mémorial oublié

Le Mémorial de l’Escadrille Lafayette est situé à moins de treize kilomètres du centre de Paris. Si on part de l’Arc de Triomphe et on coupe par le Bois de Boulogne, en traversant la Seine au pont de Suresnes ou de St Cloud, il n’y a qu’une courte distance à travers la banlieue nonchalante de St Cloud et Garches pour arriver au Mémorial situé à Marnes-la-Coquette. Après avoir passé la station de train de Garches qui se trouve sur la ligne de Paris – St Nom la Bretèche, il n’y qu’environ 400 m pour aller sur le Boulevard Raymond Poincaré (anciennement Boulevard Michel Brezin). Il faut chercher au numéro 5 sur la gauche – l’entrée du parc du mémorial ; l’entrée était majestueuse mais à présent il faut prêter attention pour voir l’insigne de la Tête d’Indien décolorée – emblème de l’Escadrille Lafayette – sur les colonnes du portail, car il est pris dans une végétation luxuriante (voir photos 1 et 2).

Une fois entré, il faut se garer immédiatement sur la droite car le trafic est interdit dans l’enceinte du parc, excepté lors d’occasions formelles et cérémonies. Les quelques hectares sur lesquels sont situés le parc sont idylliques, les feuillages sont denses et magnifiques, dont on peut profiter en empruntant le chemin de 100 m qui conduit au mémorial. Il faut emprunter le pont qui enjambe l’étang Marche et le lac Villeneuve, et ensuite suivre le chemin sur la droite. Au tournant, se trouve un panneau en français qui indique :

 

Passant

Ici repose côte à côte unis

Dans la mort comme ils furent

Dans l’action, les plus valeureux pilotes

Américains et leurs chefs français

Passant

Respecte leur sommeil, n’entre dans

Ces lieux que pour te recueillir

Médites leur exemple et pries

L’armée de l’air française.

 

Ensuite, lorsqu’on dépasse le panneau à travers la pelouse soignée et épaisse qui couvre la distance jusqu’au Mémorial, on est frappé par la taille et la majesté du monument. Ce Mémorial, construit en l’honneur des aviateurs américains qui ont volé et se sont battus pour la France avant et après l’entrée de l’Amérique dans la Grande Guerre présente un témoignage puissant de l’esprit et du courage des hommes de l’Escadrille Lafayette et du Corps d’Aviation Lafayette. Le Mémorial de l’Escadrille Lafayette est étonnamment important considération prise de ce qu’il est si proche des voies publiques mais cependant si complètement caché à la vue des passants.

Le Mémorial est d’un style très caractéristique des années 1920. Il se situe sur une pente et surplombe un plan d’eau. Il est composé d’un arc de triomphe flanqué de part et d’autre de portiques à colonnes, qui sont à leur tour appuyés sur des arcs plus petits. L’arc de triomphe, ou arc central, qui représente exactement la moitié de la taille de l’Arc de Triomphe, domine la construction, surplombant les arcs et portiques latéraux du Mémorial. 1

L’arc central dominant nous donne l’impression de rapetisser au fut que l’on approche, permettant d’apprécier pleinement la grandeur du monument. Le grand nombre de détails ornementaux, d’inscriptions et de gravures qui couvrent densément les façades du monument est impressionnant.  L’arc de triomphe porte en grandes lettres l’inscription suivante sur ses faces avant et arrière :

 

En mémoire des hommes

de l’Escadrille Lafayette

qui sont morts pour défendre

le droit et la liberté.

 

Les « Têtes de Guerriers Indiens Sioux Hurlants » sont aisément identifiables sur chaque arc latéral et sont les reproductions les plus grandes du Mémorial. Une autre Tête d’Indien gigantesque en mosaïque se trouve sur le sol du Mémorial directement sous l’arc central.

Toutes les batailles auxquelles les aviateurs Lafayette ont pris part sont gravées sur le Mémorial et se retrouvent le long des portiques latéraux et entourent les arcs latéraux. Ils se lisent comme une référence encyclopédique à la Première Guerre Mondiale. Même ceux qui ne connaissent rien à l’Escadrille Lafayette et au Corps d’Aviation Lafayette, reconnaîtront certainement et frémiront aux noms qui hantent encore la mémoire collective mondiale : Dunkerque, Soissons, Reims, St Mihiel, Arras, Verdun, Noyons, St Quentin, Flandres, Somme, Aisne, Marne, Vosges, Oise, Alsace, Argonne, Champagne et Mont Didier. Selon cette longue liste de noms, on peut savoir que les hommes ont participé à pratiquement toutes les batailles principales de la Grande Guerre après 1915 et qu’ils ont servi dans tous les secteurs du Front Ouest. C’est quelque chose à quoi peu d’hommes peuvent prétendre.

En levant les yeux sous l’arc de triomphe, on peut voir le nom de 209 hommes qui se sont battus et dans la plupart des cas, sont morts pour la France. Certains des noms sont sanctifiés et représentent les premiers as américains comme Raoul Lufbery. Certains des noms représentent les familles de l’élite américaine comme Rockwell et Prince. Certains sont très américains : Hall, Johnson, Jones ; dans d’autres cas, des noms comme Genet et Masson sont aussi français que les ancêtres de ces aviateurs. D’autres noms encore comme Hoskier, Soubiran et Pavelka reflètent le melting-pot qu’était et que sera toujours l’Amérique.

En dessous de ce même arc central, en regardant à droite et à gauche, on voit les marches descendant couvertes par les portiques à colonnes qui conduisent aux entrées de la crypte. Ce monument abrite également un caveau souterrain contenant 68 sarcophages de membres de l’Escadrille Lafayette et du Corps d’Aviation Lafayette. Au dessus des marches conduisant au caveau, on peut lire le verset de la Bible suivant :

 

Ils n’ont pas été séparés par la mort

Ils étaient plus légers que les aigles

Plus forts que les lions.

II Samuel 1.23

 

En descendant l’un quelconque des escaliers, ont arrive aux entrées de la crypte. Aux entrées, on peut lire la plaque suivante :

 

Aux morts de

L’Escadrille Lafayette

Cette crypte est consacrée.

Ils allèrent au trépas de leur plein gré

Pour la cause qu’ils

Avaient embrassée.

Ils reposent dans le sol

Qu’ils ont défendu.

L’intérieur de la crypte est austère et tamisé, contrastant avec les ornements caractéristiques du Mémorial situé au dessus. Les cercueils sont placés côte à côte par groupes de quatre, les aviateurs américains et leurs commandants français reposent ensemble dans la mort, aussi près qu’ils étaient les uns des autres quand ils étaient en vie. Les cercueils ne portent qu’une simple plaque. Par jour ensoleillé, la luminosité est très belle et très apaisante car sur le mur opposé de la crypte, loin des sarcophages, on peut voir treize petits vitraux rectangulaires merveilleusement ouvragés. Chaque vitrail recréée une scène de bataille à laquelle l’Escadrille Lafayette a pris part, avec les détails et points de repère des avions et signatures de chaque région de bataille. La lumière de ces vitraux ré-hausse de couleurs resplendissantes le nom des aviateurs ensevelis en face. En fait, dans les 68 sarcophages, se trouvent seulement effectivement 49 hommes mais ceux qui y reposent sont les plus célèbres : Raoul Lufbery, Douglas MacMonagle, Victor Chapman, Edmond Genet, James Rogers McConnell, Paul Pavelka, Andrew Courtney Campbell et le commandant français Georges Thenault.

En montant les marches et en s’éloignant du Mémorial par jour de beau temps, on peut apprécier à sa juste valeur la beauté du monument. La taille et la conception du Mémorial de l’Escadrille Lafayette sont à vous couper le souffle. Sa magnificence est tout à fait impressionnante, blotti majestueusement comme il l’est dans ce parc serein et paisible.

Tout n’est pas parfait

Cependant, tout n’est pas parfait concernant  ce Mémorial érigé à la mémoire de ces hommes courageux. La condition du monument est scandaleuse. Il se disloque. Son extérieur, comme son intérieur, ne souffrent pas seulement des ravages du temps, mais succombent aux dommages causés par l’eau, la négligence et la pollution.

Les surfaces de granite blanc « Euville » et « Rocheret », naguères immaculées, qui forment la face du monument ont été noircies par la pollution de l’air.  Malheureusement, le Mémorial est entouré et bordé de deux routes – le boulevard Raymond Poincaré et la nationale 407 ; une autoroute importante – la A13 ; et une ligne de chemin de fer double qui dessert la ligne Paris – St Nom la Bretèche. Le trafic sur ces  routes très fréquentées a généré une crasse épaisse et noire qui a obscurci la plus grande partie des surfaces de granite blanc du Mémorial, ce bien qu’il soit entouré par la végétation naturelle et luxuriante du parc.

Une inspection plus détaillée du Mémorial révèle qu’il est en piteux état. Les marches qui mènent au mémorial sont fissurées et la maçonnerie s’effrite. Les carreaux de la terrasse arrière du Mémorial sont cassés à de nombreux endroits, laissant apparaître des trous béants disgracieux. Les gigantesques blocs de granite du mémorial ne sont pas seulement noirs de pollution, ils présentent également des fissures importantes sur leur longueur. Des moisissures et mauvaises herbes balafrent également les énormes blocs de granite. Ceci continue à gâcher la beauté esthétique du granite déjà endommagé. L’intérieur des arcs et des portiques est resté blanc mais les plafonds sont écaillés et des morceaux sont tombés, laissant apparaître les armatures métalliques rouillées ce qui, à son tour, a décoloré les surfaces alentour.

La crypte est un désastre. Il n’y a pas de mots pour décrire correctement la façon dont les dommages dépouillent le lieu de repos de ces héros de son caractère sacré. Les entrées de la crypte sont couvertes de fissures. Le plafond de la crypte est littéralement un danger pour les visiteurs. Des surfaces importantes des arcs blanc qui constituent l’intérieur de la crypte se sont effritées comme atteintes d’un cancer de la peau et offrent à l’œil la vision disgracieuse de briques et mortier utilisés pour les fondations. Le sol de la crypte est jonché de flaques d’eau importantes, même en période sèche, et on a l’impression de se trouver dans un grand réseau souterrain d’égouts ou de conduites d’eau. Les sarcophages sont mis en danger par l’eau ; des efforts ont été faits pour consolider les dommages et arrêter le suintement mais les tentatives ont été bâclées et réalisées par des non-professionnels. La riche mosaïque composant le sol de la crypte, travail d’art sans prix, a été abîmé par le drainage ; le dommage est irréversible. Pour ajouter aux malheurs de la crypte, les alcôves qui étaient destinées officiellement à abriter des chapelles et sanctuaires de réflexion, sont vides car l’eau endommagerait tout ce qui serait placé dans leurs renfoncements.

Les superbes vitraux sont couverts de toiles d’araignées et crasseux. Par le passé, on a tenté de les recolorer mais le travail a été fait de façon non professionnelle et les vitraux sont pires à présent. La beauté originelle époustouflante a été affaiblie par le travail bâclé. A l’extérieur du monument, à l’arrière, où la crypte a une douve destinée à recueillir et canaliser les eaux, c’est  une horreur et un cauchemar architectural. La rouille et les dommages sont très importants et ce sera une entreprise très importante que de palier à l’effet nuisible qu’elle a sur le bâtiment.

A condition du Mémorial de l’Escadrille Lafayette est une honte. Le parc est vide toute l’année et le nombre des visiteurs atteint à peine 100 personnes. 2  Le Mémorial a été oublié.

Le Mémorial de Suresnes : une brève comparaison

Un peu plus près de Paris, mais toujours dans la même région que le Mémorial de l’Escadrille Lafayette, on trouve le Cimetière Américain de Suresnes qui se trouve dans la banlieue parisienne du même nom (voir photo 1).

Ce cimetière d’environ trois hectares est également situé de l’autre côté de la Seine , bien que sur une colline qui surplombe la ville. Ce cimetière contient les tombes de 1.541 Américains qui sont morts pendant la Première Guerre Mondiale et 24 Américains inconnus morts pendant la Seconde Guerre Mondiale. Les tablettes de bronze sur les murs de la chapelle listent les noms de 974 disparus, perdus ou abîmés en mer. Ce cimetière est également entouré par des routes et exposé aux éléments, sans toutefois avoir la végétation dense qui cache le Mémorial de l’Escadrille Lafayette. 3

Pourtant, ce cimetière est immaculé. Les stèles sont blanches et semblent avoir été érigées il y a peu de temps. Les rangs de tombes se trouvent sur des pelouses soignées, dont la rigueur des rangs et colonnes est très militaire. Le mémorial et la chapelle sont dans les mêmes conditions parfaites. Les ravages du temps et des éléments ont été tenus à distance ici et il faudrait regarder de très près pour savoir si le temps a endommagé l’endroit et ce qu’il contient.

Le Cimetière de Suresnes se trouve sur un site qui contraste violemment avec le Mémorial de l’Escadrille Lafayette à Marnes-la-Coquette et c’est l’exemple le plus direct et parlant de ce que quelque chose ne va pas ou est oublié au Mémorial des vaillants aviateurs de l’Escadrille .

La Fondation du Mémorial de l’Escadrille Lafayette

L’inauguration du Mémorial de l’Escadrille Lafayette, dessiné par Alexandre Marcel, Architecte en Chef du Gouvernement Français, a eu lieu le 4 juillet 1928. La « Fondation du Mémorial de l’Escadrille Lafayette » a été établie peu de temps après en 1930 par William Nelson Cromwell, avocat new-yorkais distingué habitant Paris, en tant que « Fondateur », et sa mission est la suivante :

  • Assurer la conservation et maintenance permanente du monument érigé par l’Association du Mémorial de l’Escadrille Lafayette dans le parc de St Cloud sur un terrain cédé par le Gouvernement Français à ladite association, dans le but d’entretenir dans le cœur des hommes l’esprit qui a animé les membres de l’Escadrille Lafayette et le Corps d’Aviation Lafayette, tous les Américains, tous les volontaires pour la cause universelle de la liberté sous le drapeau français avant l’entrée de leur pays dans la Grande Guerre.
  • Prévoir les observances religieuses appropriées dans les lieux.
  • Eduquer la jeunesse française, américaine et d’autres nations sur l’histoire de leurs pays respectifs et des pays des autres, sous forme de discours publics, publications et autres. 4

L’idée initiale d’un monument en l’honneur du Corps d’Aviation Lafayette a été avancée par un de ses anciens membres, le pilote Edgar Guerard Hamilton, qui avait aidé dans la recherche des corps de ses camarades du Corps d’Aviation Lafayette après l’armistice. Cette récupération laborieuse des corps qui étaient enterrés partout sur le front français, et dans certains cas derrières les anciennes lignes ennemies, lui a donné une idée. Il voulait rassembler les corps de ce groupe unique d’hommes dans un seul et même lieu de repos et à cet effet, il a sollicité l’aide d’officiels américains et français. En mars 1923, une association dénommée « Association pour le Mémorial de l’Escadrille Lafayette » a été fondée afin de donner jour à cette idée. 5

Le monument a été construit dans les années 1927 et 1928. Le Gouvernement Français a donné un parc de quatre hectares et des fonds pour la construction ont été collectés par le biais de souscription publique en France et aux Etats Unis. William Nelson Cromwell a fait donation de la plus grande partie des fonds pour la construction. Après sa mort, il a laissé un trust additionnel de 1,5 million de dollars pour la maintenance du monument à la « Fondation pour le Mémorial de l’Escadrille Lafayette » qu’il avait fondée. 6

Le Mémorial est toujours administré par la même Fondation qui est exonérée d’impôts et sa contrepartie française, « La Fondation du Mémorial de l’Escadrille Lafayette » est également une association exonérée d’impôts. Les conseils d’administration des fondations sont entièrement identiques et sont composés de trustees français et américains. La Fondation emploie un jardinier et un gardien qui vit sur la propriété moyennant un loyer inférieur à la valeur du marché et s’occupe des lieux. La maintenance de routine du parc et du Mémorial coûte environ 50.000 USD par an en dollars de 2002.7

Le capital du trust original créé par Cromwell a régulièrement diminué au fur et à mesure des années. Ainsi qu’en fait état une étude réalisée par la Commission Américaine des Monuments de Batailles (CAMB), les réparations importantes pour arrêter les infiltration d’eau dans la crypte , les réparations déjà effectuées au fil des années sur la structure, des investissements malheureux  et l’augmentation des coûts de maintenance ont complètement asséché les fonds. La construction originelle a dépassé son budget de 3 millions de dollars, si bien que diverses économies ont été réalisées pour réduire les frais. Sur le long terme, ceci a affecté la structure du Mémorial. Aussitôt après son inauguration, des travaux d’amélioration ont dû être faits entre 1928 et 1936 pour restaurer et améliorer les imperfections et les dommages liés à l’eau à leur début. Des travaux de restauration ont également été entrepris entre 1980 et 1986 et certains des plans d’origine ont dû être changés. 8

En l’absence de fonds propres, le Mémorial de l’Escadrille Lafayette a lentement commencé à s’émietter et à se dégrader.

La différence à Suresnes : La Commission Américaine des Monuments de Batailles

La Commission Américaine des Monuments de Batailles (CAMB) est un petit organisme indépendant de la Division Exécutive du Gouvernement Fédéral des Etats Unis. Cette commission est en charge de l’entretien et de la maintenance des cimetières, monuments, mémoriaux et plaques américains à travers le globe. La Commissions remplit sa mission en :

  • Dessinant, construisant, faisant fonctionner et assurant la maintenance les cimetières militaires américains dans les pays étrangers ;
  • Etablissant des monuments sur le sol américain lorsque le droit public l’exige et en dehors des Etats Unis où des forces armées américaines ont servi depuis 1917 ;
  • Contrôlant la construction et les changements apportés aux mémoriaux militaires, aux monuments et plaques américains en terre étrangère, par d’autres citoyens ou organisations américains, publics et privés ;
  • Encourageant le parrainage pour entretenir correctement leurs mémoriaux, monuments et plaques. 9

La Région Européenne de la CAMB a son principal bureau près de Paris, à Garches, juste en dehors de Paris et du Mémorial de l’Escadrille Lafayette. Elle est en charge de 17 cimetières et 15 mémoriaux, monuments et plaques de Normandie en Tunisie. On y compte les cimetières de la Première Guerre Mondiale à Asine-Marne, Ardennes, Oise-Aisne, Somme, St Mihiel, Suresnes et Meuse-Argonne qui ont également des monuments impressionnants et au total abritent plus de 44.331 morts à la guerre. Le nombre de visiteurs de ces cimetières excède 207.000 en 2000, soit près de 30.000 visiteurs annuels par site (Suresnes a compté 14.662 visiteurs en 2002). 10

Cependant, ces cimetières et autres monuments composant la Région Européenne de la CAMB ne sont pas sans poser de problèmes. Ces sites souffrent d’une exposition extrême et de problèmes de corrosion, mais ainsi qu’il est exposé dans « Exploitation et Gestion des Sites », section du « Rapport Annuel 2000 de la CAMB », ils sont traités de façon agressive. Le degré de manque de réparations n’approche jamais celui du Mémorial de l’Escadrille Lafayette. Financées par le Gouvernement Américain, ces installations sur le sol français n’ont pas le droit d’être oubliées.

C’est impressionnant si l’on considère les distances séparant des Etats Unis. La CAMB gère et assure la maintenance de 24 cimetières militaires américains et de 27 mémoriaux, monuments et plaques dans 15 pays à travers le monde, qui ont reçu 3.998.312 visiteurs en 2000 avec un budget de 128.323.000 dollars. Ceci représente une prouesse considérable puisque seulement 369 employés se partagent ces responsabilités à travers le monde 11

* * *

Alors, comment se fait-il que le Mémorial de l’Escadrille Lafayette se trouve dans une tel état de décrépitude par rapport au cimetière de Suresnes et autres cimetières et monuments américains  en France ? La différence fondamentale est que le Mémorial, bien que dédié à des Américains, est géré de façon privée par une Fondation qui n’a pas de fonds.

Une analogie : Un Monument Oublié et l’Escadrille Lafayette Oubliée

C’est un fait que le Mémorial a été négligé. Ce qui est beaucoup plus irrésistible et gênant, est le fait que le sort du Mémorial est une exacte analogie du sort de l’Escadrille Lafayette et des hommes du Corps d’Aviation Lafayette, de leur histoire et héritage. Il est vrai que la Fondation de l’Escadrille Lafayette n’a pas de moyens, mais c’est en partie dû à un public et Gouvernements américains qui ont perdu tout intérêts dans l’histoire de l’aviation Lafayette. La mémoire des hommes de Lafayette, comme le Mémorial, sont pratiquement oubliés et négligés aux Etats Unis.

  1. Etude préalable à la restauration générale du Mémorial de l’Escadrille Lafayette, p. 6.
  2. Le chiffre de visiteurs cité par Secrétaire de la Fondation du Mémorial, 3 septembre 2002.
  3. Visite d’auteur, et l’ABMC Visitor’s Guidebook.  (American Battlefields Monuments Commission ou Commission Américain des Monuments de Batailles en francais)  
  4. Brochure de la Fondation du Mémorial de l’Escadrille Lafayette.
  5. Gordon, Dennis, Lafayette Escadrille Pilot Biographies (Missoula, Montana, 1991), p. 140.
  6. « ABMC Talking Paper » par Mme. Lillian Fluke.
  7. Ibid.
  8. Etude préalable, p. 28.
  9. ABMC Mission and Organization Statement, ABMC 2000 Annual Report. 
  10. Les chiffres viennent d’ABMC 2000 Annual Report.
  11. Ibid.

 

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L’Escadrille Lafayette : Unité Volontaire de Combat Oubliée de l’Amérique

Lieutenant Colonel Philippe D. Rogers USMC

Ecole Pratique des Hautes Etudes

Section des sciences historiques et philologiques  

DEA sous la direction de M. Hervé COUTAU-BEGARIE

Table des matières

Avant-propos

1  Un mémorial oublié

2  L’Escadrille Lafayette : Unité volontaire de combat oubliée de l’Amérique

3  Courte histoire de l’Escadrille Lafayette

4  Un tableau de combat moyen

5  Une Mauvaise intégration par le Service Aérien Américain de l’Escadrille  Lafayette

6  Dissensions dans les Rangs

7  L’Héritage des aviateurs Lafayette

8  La Défaillance de l’Amérique pour commémorer les aviateurs Lafayette

9  Un Mémorial dont on se souvient

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Correspondance militaire de Napoléon Ier

Correspondance militaire de Napoléon Ier

Extraite de la correspondance générale
Et publiée
Par ordre du ministère de la guerre

Tome premier

Tome 2

Tome 3

Tome 4

Tome 5

Tome 6

Tome 7

Tome 8

Tome 9

Tome 10

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Les « Boches du Nord ». Les réfugiés français de la Grande Guerre (1914-1920)

Philippe Nivet

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Table des matières

Remerciements

Introduction

Première Partie – Un gigantesque remuement

Chapitre Premier – La diversité des situations

a) Les réfugiés et les évacués

b) Les libérés

c) Les rapatriés

d) Bilan statistique

Chapitre 2 – Les lieux de refuge

a) La dispersion sur l’ensemble du territoire

b) Le saupoudrage départemental

Chapitre 3 – La prise en charge par l’État

a) La création de l’allocation aux réfugiés

b) La pression parlementaire

c) L’administration des réfugiés

d) L’année 1918 : la « charte des réfugiés »

Chapitre 4 – La prise en charge associative

a) Les associations philanthropiques

b) Les comités de réfugiés

Deuxième Partie – Misère et traumatisme des réfugiés

Chapitre Premier – Des réfugiés traumatisés à leur arrivée à l’Intérieur

a) Les exactions de la période d’invasion

b) Le sort spécifique des rapatriés

c) La perte des biens

d) La dégradation sanitaire et psychique

Chapitre 2 – L’accueil dans les départements de l’Intérieur

a) Les conditions de logement

b) Les relations difficiles avec l’administration

c) L’antagonisme entre les populations de l’intérieur et les réfugiés

Chapitre 3 – Les causes de l’hostilité

a) Les explications d’ordre économique

b) Les oppositions culturelles

c) Les réfugiés, une classe dangereuse ?

d) Les explications d’ordre psychologique

e) Les « Boches du Nord »

Troisième Partie – Le retour des réfugiés

Chapitre Premier – Un désir de retour contrarié par les nécessités civiles et militaires

a) Pourquoi rentrer ?

b) Le dilemme des pouvoirs publics

c) Préparer l’après-guerre

Chapitre 2 – L’expérience de 1917 en Picardie et dans le Pas-de-Calais

a) Le recul allemand

b) La question des réintégrations

c) La première reconstruction

Chapitre 3 – Les retours après juillet 1918

a) Les premiers retours

b) Le traumatisme des ruines

c) Se mettre au travail

d) Le sentiment d’abandon et la crise de l’année 1919

e) La poursuite des réintégrations

Chapitre 4 – La fin de la politique des réfugiés

a) La décroissance du nombre des réfugiés

b) De la prorogation des mesures à la fin de l’aide aux réfugiés

c) Renoncer au retour

Conclusion

Sources

Bibliographie

Index des noms

Index des lieux

Table des illustrations

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