Chapitre 2 – Une compréhension étroite de la pensée de Clausewitz

Arrivé à la période qui s’étend de la fin de la Seconde Guerre mondiale à la fin du conflit vietnamien (soit de 1945 à environ 1975), il est intéressant de constater que la doctrine de l’armée de terre américaine est avant tout centrée sur les problèmes tactiques. Elle ne s’appuie pas sur des considérations opérationnelles. La redécouverte de ce niveau du combat devra attendre les années 80. En fait, de 1945 à 1950, l’U.S. Army est sensiblement peu différente de ce qu’elle était lors du second conflit mondial. Le changement le plus important est l’introduction d’armes nucléaires tactiques durant les années 50. Ensuite, jusqu’aux années 60, la pensée doctrinale américaine accorde toujours une attention primordiale à la situation en Europe occidentale. Les stratégistes prévoient un conflit potentiel long et basé sur l’attrition, par opposition à la manœuvre. Le rôle des armes nucléaires tactiques est par conséquent largement valorisé, ainsi que, de manière plus générale, la place accordée à la puissance de feu conventionnelle. En cas d’attaque massive communiste, ce sont ces deux éléments qui devaient jouer le rôle principal pour arrêter l’adversaire. La guerre du Vietnam va permettre l’introduction d’une réflexion sur la guerre de guérilla. Trois grands types d’opérations seront pratiqués dans le sud-est asiatique. Tout d’abord, il y a les opérations appelées search and destroy – rechercher l’ennemi et le détruire. Elles consistent principalement à tendre des embuscades en utilisant la technique dite hammer and anvil (coincer l’ennemi entre le marteau et l’enclume). Ensuite viennent les opérations de nettoyage, clearing, assez similaires à search and destroy, elles donnent plus d’importance à la pacification des campagnes. Elles permettent donc aux troupes gouvernementales d’établir plus largement leur influence dans ces zones. Le troisième type d’opérations, securing, consiste à consolider le clearing en éliminant les unités de guérilla locales. Une constante apparaît dans cette évolution, l’emploi d’une puissance de feu massive en toute situation par l’U.S. Army.[1] En d’autres termes, il s’agit bien de la recherche de l’anéantissement. On ne s’étonnera pas que Clausewitz, mais aussi d’autres auteurs classiques de la stratégie, sera souvent appréhendé par ce biais entre 1945 et la fin de la guerre du Vietnam.

En fait, dans l’immédiat après-guerre, les références aux classiques de la pensée stratégique restent assez éparses dans le discours stratégique américain. Mais, si ces références sont éparses, elles ne sont pourtant pas absentes. On pourra par exemple retrouver les noms du général Beaufre, de Douhet ou de Thomas E. Lawrence dans des articles de la Military Review.[2] Le nom de Mahan, lui, revient plus souvent.[3] On ne le considère pas démodé par la découverte du nucléaire mais on lui reproche de ne pas avoir suffisamment traité de la puissance continentale. Il est également remis en question par le développement de l’aviation.[4]

Plus symptomatique encore, MacKinder est ponctuellement évoqué. Il est vrai que MacKinder offre un cadre de références seyant à la nouvelle donne des relations internationales, la Chine et l’U.R.S.S. constituant maintenant le Heartland.[5] On retrouve les craintes traditionnelles de la guerre froide à la lecture de ces textes. Ainsi, pour certains, la masse continentale du nouveau Heartland communiste ne peut être vaincue, en particulier si les Etats qui le composent possèdent des armes nucléaires et des vecteurs de grande autonomie.[6] Les thèses de MacKinder permettaient aussi de remettre en évidence le Seapower et l’importance du Corps des Marines.[7]

Mais qu’en est-il de la référence à Clausewitz ? Si la véritable renaissance des études consacrées à Clausewitz date de 1976, il est pourtant erroné de penser que le Prussien est absent du paysage stratégique américain auparavant. Ainsi, en 1962, le colonel Edward M. Collins de l’U.S. Air Force édite une version abrégée de On War – War, Politics, and Power -, qui contient en fait moins de 15% de l’original.[8] Puis, en 1969, Peter Paret dresse un bilan des études sur Clausewitz dans un article de très bonne facture dans la revue World Politics. Il y insiste sur la nécessité d’appréhender On War dans son contexte historique.[9] L’article sera reproduit dans la Military Review la même année.[10]

Comme cela a déjà été indiqué, la plupart des textes qui citent Clausewitz l’associe à la bataille d’anéantissement. C’est particulièrement le cas au sein de l’armée de terre. Le Prussien est considéré comme l’instigateur d’une stratégie de destruction des forces ennemies, éventuellement de destruction de la volonté de l’adversaire.[11] Le géopoliticien Strausz-Hupé transposera même le concept au niveau de la compétition des valeurs dans un cadre idéologique et civilisationnel.[12] Par ce biais, Clausewitz est régulièrement associé à Jomini, voire à Frédéric II.

A l’Académie de West Point, un document simplement intitulé Clausewitz, Jomini, Schlieffen donne un aperçu de la pensée du Prussien. Ce document a été publié pour la première fois en 1943. Il a ensuite été réédité en 1945, 1948, 1951, 1964 et enfin en 1983 pour une conférence à l’U.S. Army War College de Carlisle Barracks. Dans l’édition de 1951, il est reproché à Clausewitz sa philosophie dite du sang et de l’acier, celle que l’on retrouverait aussi chez Bismarck et dans le Mein Kampf de Hitler.[13] L’édition de 1964 de ce document, sera toutefois nettement plus équilibrée envers le Prussien. La nouvelle édition reconnaît que Clausewitz évoque deux types d’objectifs en guerre ; soit détruire la volonté de l’ennemi ou le désarmer pour l’obliger à accepter certaines conditions ; soit simplement obtenir une portion de son territoire en vue de le conserver ou pour négocier. Clausewitz est aussi largement associé à quelques principes de la guerre : objectif, concentration, économie des forces, surprise, mobilité, simplicité. La défense comme forme la plus forte de la guerre, le point culminant de l’attaque, les frictions, sa pensée sur la guerre de guérilla et le génie sont également mentionnés. Le document juge par contre que l’officier prussien n’a pas attaché assez d’importance à l’usage agressif des avant-gardes comme l’a fait Napoléon.

On remarquera que le document indique que Clausewitz ne cite jamais Jomini, ce qui est inexact. On retrouve, par exemple, le nom de Jomini cité dans On War.[14] Il semblerait que l’erreur de l’auteur provienne d’un ouvrage écrit par Emile Wanty, ouvrage cité dans les notes de bas de page. Emile Wanty avait écrit que Jomini parle rarement de Clausewitz ; Clausewitz ne cite jamais Jomini. La façon dont cet auteur traite Clausewitz est d’ailleurs très proche du document de West Point.[15] Clausewitz y est présenté comme l’exégète de la bataille napoléonienne.

On retrouve une vision assez identique dans l’ouvrage Military Heritage of America (1956). Dans ce livre, les auteurs s’attardent sur la pensée de cinq auteurs classiques de la stratégie. Il s’agit de Jomini, Clausewitz, Schlieffen, D.H. et A.T. Mahan. Ces cinq auteurs sont ceux qui auraient le plus largement influencé la pensée stratégique américaine. Clausewitz et Jomini y sont une fois de plus associés comme les deux exégètes de la stratégie napoléonienne. Tous deux sont complémentaires selon les auteurs. Ils se rejoignent malgré qu’ils aient emprunté des cheminements intellectuels différents. L’ouvrage tente de synthétiser la pensée de Clausewitz. Il y est indiqué que Clausewitz est plus philosophe que scientifique car ce qu’il vise avant tout c’est de comprendre la nature profonde de la guerre. Par ailleurs, il est écrit que Clausewitz récuse les approches mathématiques ou géométriques de l’étude de la guerre. De la même manière, il rejette les faiseurs de système. Pour lui, la théorie, qui n’est pas doctrine, sert à éduquer l’esprit. La théorie ne peut rendre de façon satisfaisante certains phénomènes tels que le danger ou le courage. Les auteurs ajoutent que Clausewitz met fortement en évidence le rôle des forces morales. Ils précisent que les frictions permettent de distinguer la guerre dans la réalité de la guerre en théorie. Dans le registre plus opérationnel, ils répètent les idées de Clausewitz sur la supériorité de la défense, l’efficacité de l’offensive et la nécessité de la poursuite de l’adversaire. La primauté de la bataille revient aussi lorsqu’ils affirment que pour Clausewitz la nature de la guerre est violente et que le combat est affaire de vie ou de mort. La compatibilité de Jomini et Clausewitz est réaffirmée par l’évocation des principes de la guerre. Ceux-ci seraient aussi valables pour Jomini que pour le Prussien. Enfin, les auteurs font un commentaire sur la méthode d’analyse de Clausewitz, c’est-à-dire la nécessité d’étudier en profondeur les phénomènes avant d’affirmer une relation de cause à effet. Pour terminer, ils citent la Formule. En conclusion, selon l’ouvrage Military Heritage of America, si Jomini était plus célèbre que Clausewitz à l’époque, c’est que ce premier a vécu plus longtemps et que son arrogance aidant, il a eu plus d’opportunités de faire valoir son travail.[16]

On retiendra encore que le colonel S.L.A. Marshall fait également référence à Clausewitz dans un passionnant ouvrage sur le comportement des soldats face au feu de l’ennemi. Ce livre, intitulé Men against Fire, va révéler que, lors de la Seconde Guerre mondiale, moins de 25 % des fantassins de l’U.S. Army utilisent leur arme sur le front (au contact de l’ennemi). L’étude de Marshall doit être lue dans une perspective psychosociale. On retiendra le rôle prédominant que l’auteur attribue à la bataille et au feu. Marshall cite non seulement Clausewitz mais aussi, au passage, Ardant du Picq, Maurice de Saxe, Foch, Grandmaison, Fuller, etc. Bien que Clausewitz ne sert pas, ici, à justifier une stratégie d’anéantissement par la puissance de feu, tout l’ouvrage est pourtant tourné dans ce sens. Le Prussien permet de mettre en évidence le rôle du moral et des frictions. Marshall pense également que Clausewitz n’a pas assez développé le concept de génie.[17]

A l’époque, quelques articles vont également mettre en relation Clausewitz avec les réflexions sur les changements introduits sur le champ de bataille par les armes nucléaires tactiques – véritables armes d’anéantissement lorsqu’elles sont pensées en dehors d’un schéma dissuasif. Ces armes doivent permettre de vaincre un adversaire numériquement supérieur. Toutefois, suite à leur apparition, la relation entre l’offensive et la défense décrite par Clausewitz est réévaluée et acceptée. Pour les Américains, si la défense reste la forme la plus forte de la guerre, l’offensive est encore la seule modalité décisive du combat. Mais face à la menace de destruction massive, les troupes doivent être en mesure de passer rapidement d’une position défensive à une position offensive, donc de trouver un équilibre entre les deux termes. La flexibilité, soit la possibilité de passer rapidement de la première à la deuxième forme d’opération, devient un « credo » de l’armée de terre.[18] On notera que l’idée d’anéantissement de l’adversaire trouve aussi sa place dans la pensée relative à la guerre limitée. Encore une fois, la destruction des forces ennemies – ou de leur moral – est mise en évidence. En d’autres termes, Clausewitz sert d’interprète de la bataille d’anéantissement dans la guerre limitée.[19]

En résumé, en prenant appui sur les textes évoqués, il existe un courant important du discours stratégique américain de l’armée de terre qui assimile Clausewitz à la bataille d’anéantissement. Dans cette tendance, Clausewitz est souvent placé en regard du modèle napoléonien de la guerre, voire de Jomini (à ce propos voir en particulier infra à propos des principes de la guerre), parfois de Frédéric II. Toutes les sources évoquées ne montrent pas automatiquement une acceptation de la Formule mais, en tout cas, pas de rejet prononcé.

On retrouve des considérations assez identiques chez certains théoriciens de la puissance aérienne. Néanmoins, parmi ceux-ci, c’est le nom de l’Italien Guilio Douhet (1869-1930) qui revient plus fréquemment que celui de Clausewitz. On nomme d’ailleurs « douhetisme » sa façon de concevoir l’emploi de l’aviation militaire. En fait, Douhet avait été dégoûté par la façon dont la Première Guerre mondiale s’était déroulée. Il publie alors en 1921 son principal ouvrage, La Maîtrise de l’air (Il dominio dell’aeria). Il y mettait en évidence le rôle des aéronefs dans la résolution rapide des guerres. Pour lui, une armée en guerre doit d’abord obtenir la suprématie aérienne. Ensuite, elle peut envoyer ses bombardiers à l’attaque de tous les objectifs possibles. On retient surtout le côté sulfureux de la pensée de Douhet. Pour lui, le bombardement des populations civiles doit provoquer des révoltes chez l’ennemi. Ces révoltes obligeraient le gouvernement de l’adversaire à capituler sous peine de voir l’Etat imploser suite à la contestation.[20] La pensée de Douhet a laissé d’importantes traces dans les réflexions sur la puissance aérienne. Son aspect polémique fait qu’elle est encore débattue aujourd’hui.

On sait que Il dominio dell’aeria a été traduit en anglais sous le titre Command of the Air. L’ouvrage sera traduit trois fois en américain : en 1942, en 1958 et en 1983. De plus, des traductions spéciales étaient déjà disponibles en 1923 pour l’Air Tactical School et en 1933 pour les officiers de l’U.S. Army Air Corps. En plus, à partir de 1936, des extraits de l’ouvrage seront encore publiés dans des périodiques militaires britanniques.[21] Si les idées de Douhet sont assez rapidement diffusées en anglais et en américain, l’impact du penseur outre-Atlantique est toujours un sujet controversé.

Dans le discours stratégique américain des années 50, un stratégiste accorde en apparence les lignes de raisonnement de Douhet et de Clausewitz. Il s’agit du colonel D.O. Smith – il deviendra ultérieurement général. Dans son ouvrage U.S. Military Doctrine publié en 1955, Smith ne fait guère de différences entre Clausewitz et Jomini. Les deux théoriciens s’équivalent selon lui. Tous deux seraient les propagateurs du concept des principes de la guerre dont Smith apprécie la sagesse.[22] Il pense néanmoins qu’ils doivent évoluer. Pour lui, l’axiome majeur de la guerre moderne est devenu la rapidité – celerity. Ensuite, l’appréciation de Douhet par l’auteur est discutable. Smith affirme que l’anéantissement ne peut plus être l’objectif de la guerre moderne : elle doit être limitée. Il suit donc le raisonnement de Douhet en désignant la puissance aérienne comme le moyen de limiter la guerre. L’utilisation de la force aérienne groupée, en tant qu’entité non subordonnée à d’autres Armes, permettrait de raccourcir la durée des conflits par la destruction de la volonté ou du matériel de l’ennemi.[23]

Ce raisonnement s’avère paradoxal. Il ramène directement à la contradiction de la pensée de Douhet. Soit, la guerre, selon le penseur italien, serait limitée dans le temps, mais à quel prix! De facto, Dale O. Smith, en se référant à Douhet, ne récuse pas le modèle d’anéantissement. Non seulement il le prône, mais il ouvre encore (inconsciemment ?) la voie à des réflexions sur des frappes, voire une guerre, préventives.[24] En d’autres termes, ce que propose Smith est une guerre brève et paroxystique. Il ne s’agit en aucune manière d’une réfutation de l’anéantissement. Enfin, il faut noter que les lignes de réflexion de Smith, avec référence à Clausewitz, peuvent être trouvées chez d’autres auteurs américains de la même époque.[25] Voire, il existerait une généalogie directe entre la stratégie d’anéantissement de Sherman et les idées de Douhet.[26]

Comme on peut s’en douter, les conceptions de Dale O. Smith ne créèrent pas un consensus au sein des forces armées américaines. Même Henry Kissinger déplorera qu’on trouve plus de passion que de bon sens et d’analyse chez Smith.[27] US Military Doctrine est également critiqué par la Military Review. Pour les membres de l’armée de terre, la victoire ne peut être le fait de l’aviation seule. Ils soulignent le rôle fondamental de l’armée de terre, en particulier dans un environnement mondial caractérisé par la croissance de la subversion. Pour eux, bien que Clausewitz ait affirmé que le but de la guerre est la destruction des forces de l’ennemi – l’anéantissement n’est pas remis en question – la puissance aérienne n’est pas le seul outil efficace.[28] On voit bien poindre une certaine crainte de la part de l’armée de terre d’être reléguée au rang de service auxiliaire de l’U.S. Air Force. Un général de l’U.S. Army donnant une conférence à l’Air War College en décembre 1957 en viendra à affirmer clairement qu’il refuse une doctrine découlant des préceptes de Clausewitz et de Douhet.[29]

Indéniablement, ce débat doit être replacé dans le contexte de lutte inter-services. Dans la Military Review, les idées de Douhet sont encore critiquées à la lueur de l’expérience de la Seconde Guerre mondiale : les bombardements stratégiques alliés sur l’Allemagne n’ont, après tout, pas permis de stopper la guerre. De plus, un critique souligne que la politique d’anéantissement par le feu aérien du Japon et de l’Allemagne s’est avérée contre-productive à long terme. En effet, à l’époque, les Etats-Unis devaient aider ces pays à reconstruire leur potentiel – mais n’est-ce pas la guerre en elle-même plutôt que les bombardements qui doivent être mis en cause ici (?). La critique souligne également que Douhet est peut-être un penseur intéressant, mais que son œuvre est contingente à la situation italienne. L’Italie, Etat militairement peu puissant, est parvenue à obtenir une capacité de projection grâce à son aviation, et ce à, relativement, bon marché. Cette vision de l’économie des moyens n’est pas sans rappeler le but avoué de la doctrine des représailles massives de l’administration Eisenhower. La doctrine visait assez explicitement la réduction des budgets militaires.[30] La lecture de Clausewitz par Eisenhower a par ailleurs déjà été évoquée. Depuis, on a attribué au président une perception clausewitzienne du risque d’escalade. De même, on a interprété son attention à l’équilibre des fins et moyens dans le cadre des premiers pas de la stratégie nucléaire américaine à l’aune de sa connaissance du Prussien.[31]

Parmi les disciples de la puissance aérienne, on retrouve également quelques considérations sur Clausewitz dans deux ouvrages de Alexander P. de Seversky après la guerre. D’origine russe, de Seversky a fui son pays suite à la Révolution de 1917. Il émigre aux Etats-Unis et se met au service du gouvernement. Il devient ingénieur en aéronautique et pilote d’essai pour le compte du Département de la Guerre. Il entretient des contacts professionnels avec William E. (Billy) Mittchell le célèbre propagateur américain du concept de puissance aérienne. De Seversky lancera aussi sa propre compagnie de production aéronautique, la Seversky Aircraft Corporation qui deviendra Republic Aviation. Sa compagnie développera le fameux P-47 Thunderbolt durant la Seconde Guerre mondiale. En tant que théoricien, de Seversky se fait d’abord connaître en 1942 par un ouvrage appelé Victory Through Air Power. L’ouvrage est vendu à plus de 500.000 copies. Il est rendu encore plus célèbre par son adaptation, sous forme de dessin animé, par Walt Disney. Une anecdote indique que Churchill demanda que ce film soit projeté au Président Roosevelt à la conférence de Québec en 1943. Churchill désirait valoriser le rôle de la puissance aérienne.[32]

Après la Seconde Guerre mondiale, les écrits de De Seversky ne concernent plus uniquement la puissance aérienne au sens étroit, mais aussi la stratégie nucléaire et la géopolitique. L’auteur fait référence à Mahan, Mackinder, Douhet et Clausewitz.[33] En fait l’ouvrage Air Power: Key to Survival tente de substituer la puissance aérienne à la conception traditionnelle de la puissance navale – avec adaptation s’entend. [34] Il est intéressant de constater qu’on trouve aussi chez de Seversky des références à la filiation Jomini – Mahan et à Clausewitz. L’auteur ne cite pas Jomini mais indique qu’il existe des principes de la guerre qui sont immuables.[35] Dans l’ouvrage America: Too Young to Die!, on retrouve une remarque assez similaire avec référence à Mahan.[36] Ensuite, dans le premier ouvrage cité (Air Power…), de Seversky indique que Douhet et Mitchell ne parlent peut-être pas la même langue que Clausewitz mais ils évoquent le même idiome que Mahan. Plus loin, il écrit que la destruction des forces armées est bien l’objectif de la guerre comme l’indiquait Clausewitz. [37] Une fois de plus, la conception de l’anéantissement semble bien à l’œuvre. Toutefois, de Seversky se démarque de Douhet sur ce point. En effet, pour lui, la puissance aérienne n’a pas pour vocation de briser le moral des populations par des bombardements. Il admet qu’en temps de guerre les victimes civiles sont souvent inévitables dans ces mêmes bombardements, mais cela ne doit pas constituer leur objectif. L’objectif, ce sont les forces armées et le potentiel industriel qui les soutient. Si on en revient à l’ouvrage America: Too Young to Die!, de Seversky y fait également une référence à Clausewitz en indiquant que la guerre est toujours le continuation de la guerre politique par d’autres moyens.[38] A ce propos, il est intéressant de noter que pour l’auteur, l’arme nucléaire n’a pas réellement introduit une véritable coupure dans la façon de penser la guerre. L’arme nucléaire reste une arme comme les autres. Elle est certes plus puissante, mais ne correspond pas à une révolution dans l’histoire de l’armement.[39]

Mais les disciples de la puissance aérienne sont loin de conserver l’entièreté de l’œuvre de Clausewitz. Par exemple, lorsqu’il est question de différenciation entre les niveaux tactique et stratégique, pour l’aviation, la définition du Prussien n’est pas retenue (définition selon laquelle la tactique est concernée par les batailles et la stratégie par l’utilisation de ces batailles à un niveau plus élevé). Les aviateurs considèrent qu’un appareil peut servir pour plusieurs types de mission et ne doit pas être confiné à un échelon déterminé. Par ailleurs, pour eux, la stratégie deviendrait trop facilement la préparation avant la lutte tandis que la tactique se transforme simplement en combat ; seule une barrière temporelle séparerait les deux conceptions.[40]

Pour terminer, il faut encore insister sur le rôle de Douhet, Mitchell et de Seversky dans la formation d’une école de pensée de la force aérienne. Clausewitz reste plus un artifice, voire une « décoration » intellectuelle dans les textes de références de la puissance aérienne. Les conceptions de l’officier italien seront encore évaluées à la lueur des opérations au Vietnam où la puissance aérienne est jugée très importante dans le but de réduire la résistance communiste au sol.[41]

Au niveau de la marine de guerre, il est difficile de trouver des références à Clausewitz en dehors de l’ouvrage Military Strategy – A General Theory of Power Control de l’amiral Wylie, ouvrage publié en 1967. De façon originale, l’auteur mettait en évidence quatre grands paradigmes stratégiques. Il s’agissait des paradigmes de la puissance continentale, navale, aérienne et celui de la guerre populaire. Chacun d’entre eux était représenté par un ou deux théoriciens : Mahan et Corbett pour la puissance navale, Douhet pour la puissance aérienne, Mao Zedong pour la guerre populaire et Clausewitz pour l’approche continentale. Ici, Clausewitz est donc largement ramené à une version de la guerre d’anéantissement et de la bataille décisive. L’auteur faisait une distinction intéressante entre ce qu’il nommait les stratégies cumulative et séquentielle. La stratégie cumulative utilise des moyens économiques et psychologiques et joue, comme son nom l’indique, sur l’effet cumulatif des actions. Au contraire, la stratégie séquentielle vise un but plus direct, bien souvent la destruction pure et simple de l’adversaire ; le nombre en est souvent le facteur principal – c’est bien de cette approche que relèverait Clausewitz. Mais ce qui est peut être encore plus symptomatique, c’est que l’auteur doive combiner le raisonnement de Liddell Hart à celui de Clausewitz pour affirmer que la victoire n’est pas simplement la défaite de l’ennemi sur le champ de bataille par son anéantissement physique – et pour ce faire, il prône la manipulation du centre de gravité. En fait, l’amiral Wylie propose surtout une version améliorée, plus efficace et plus synergique, de la bataille d’anéantissement. Mais, pour lui, la guerre, pour une nation non agressive, doit être vue comme un effondrement de la politique – policy – et non comme sa continuation.[42] Il est vrai que, stricto sensu, l’auteur ne montre qu’un rejet partiel de la Formule. Le texte de l’amiral Wylie reste néanmoins illustratif de la compréhension étroite du lien entre politique et guerre.

Cette compréhension problématique de la Formule se retrouve également chez le président Truman. Le président Harry S. Truman cite Clausewitz à deux reprises dans ses Mémoires. Il écrit d’abord que la guerre est la continuation de la diplomatie par d’autres moyens. Pour lui, cela implique la subordination des militaires au pouvoir politique. A côté de cela, il se sert du Prussien pour justifier la politique de reddition inconditionnelle menée à l’encontre de l’Allemagne.[43] La façon dont Truman accorde cette dernière idée avec celles de Clausewitz reste nébuleuse. On pourra la rapprocher du courant de pensée dit « uptionien », courant d’idée qui remonte au XIXe siècle et provient du général Emory Upton. Selon Upton, le politique et le militaire sont deux sphères séparées ; le politique initie la guerre et le militaire la mène, libre de toutes les contingences civiles. En d’autres termes, là où commence la guerre s’arrête le politique.[44] Cette vision paraît assez similaire à celle de certains officiers prusso-allemands, comme Moltke l’Ancien. A ce propos, dans un article publié en 1982, John E. Tashjean a fait remarquer que la guerre de Corée avait révélé la division entre les tenants de l’école du général Upton et ses opposants. Il s’agissait d’une critique de l’attitude de MacArthur face au pouvoir politique.[45] MacArthur affirmait qu’il n’y avait pas de substitut à la victoire. Il tenta d’outrepasser les directives en provenance de Washington et de mener une guerre totale. William Manchester, le biographe de MacArthur, écrira : Ainsi se trouvait-il plus proche de Ludendorff que de Clausewitz ; il voyait la guerre, non pas comme la politique continuée par d’autres moyens mais comme la conséquence d’un effondrement politique total qui faisait des militaires les syndics d’une faillite.[46] Ajoutons qu’il existe, étonnamment, peu de textes qui ont traité du cas MacArthur sur base de la Formule.[47] Par contre, paradoxalement, on retrouvera des auteurs qui corroborent la vision uptonienne de la guerre en prenant appui sur Clausewitz. Ainsi, dans quelques cas, la Formule est utilisée comme moyen de séparer de manière tranchante guerre et paix. La guerre est alors définie comme l’ultime outil du politique. Cela implique, par exemple, que les négociations ne peuvent se dérouler en même temps que le combat.[48]

Dans cette optique, il existe bien souvent un rejet de la Formule où une compréhension étroite et erronée de celle-ci, combinée avec une foi dans le rôle de l’anéantissement de l’ennemi. En fait, l’école uptonienne justifie le plus souvent son refus de la Formule en considérant que le politique crée des distorsions dans la pratique des opérations. Le but des opérations « logiquement » déduit par cette école est la destruction des forces adverses – leur anéantissement. Or, pour le politique, le but de la guerre n’est pas toujours la destruction de forces adverses. Il s’agit parfois d’envoyer des signaux à l’ennemi.

Quelque part, ce modèle pourrait être lié à une vision technocratique de la conduite des opérations. Croyant se libérer du politique, le mouvement finit par devenir politique en lui-même. La destruction de forces ennemies est bien une décision politique qui repose en ultime mesure sur des croyances, voire une quasi-idéologie, celle de l’efficacité (réelle ou imaginaire).

Samuel P. Huntington apporta aussi une contribution à ce débat au travers de son célèbre ouvrage The Soldier and the State, publié en 1957. Cette étude portait sur les liens entre stratégie et politique, et plus généralement sur le rôle de l’establishment militaire dans la politique de défense américaine. L’auteur marquait sa préférence pour un modèle d’armée américaine professionnel. Son livre, en fait une véritable étude de culture stratégique avant l’heure, analyse le caractère du soldat américain dans l’environnement institutionnel. Pour Huntington, la Formule est l’antithèse de l’idée de croisade si souvent valorisée dans l’histoire militaire américaine. Or, l’idée de la croisade, pour Huntington, coïncide mieux avec l’armée de milice qui est susceptible d’être polarisée par les passions et les sentiments. A contrario, l’armée de métier serait plus détachée par rapport à la guerre.

L’auteur milite pour une meilleure compréhension de la Formule qu’il a tendance à se représenter dans deux dimensions : d’une part vers l’extérieur, une gestion plus instrumentale, et donc potentiellement plus limitée de la violence à destination de nations étrangères ; d’autre part vers l’intérieur, une soumission du militaire au politique en terme quasiment structuralo-fonctionnaliste, allant de pair avec l’idée de la division des pouvoirs propre à toute démocratie. Huntington mettra en évidence le comportement du général MacArthur pendant la guerre de Corée et le considéra, bien évidement, comme impropre au paradigme clausewitzien de soumission du militaire au politique.[49] L’ouvrage de Samuel P. Huntington sera bien reçu au sein de l’armée. Les idées de professionnalisation et de contrôle de la sphère militaire paraissent parfaitement acceptées dans la culture stratégique américaine, même si dans la pratique il existe toujours des MacArthur.[50] Certains reprocheront même à Huntington d’être trop proche des militaires dans son argumentation. L’ouvrage est néanmoins marquant. Il est vrai que le rôle du soldat dans la sphère politique est un débat récurrent dans les écoles militaires aux Etats-Unis.[51]

[1] Doughty R.A., The Evolution of US Army Tactical Doctrine, 1946-1976, Leavenworth Paper n°14, Combat Studies Institute, USCGSC, août 1979, 57 p. Pour une vision plus nuancée, voir aussi : Soutor, K., « To Stem the Red Tide: The German Report Series and Its Effect on American Defense Doctrine, 1948-1954 », The Journal of Military History, octobre 1993, pp. 653-688.

[2] Voir par exemple : Patton O.B., « Colonel Lawrence of Arabia », Military Review, octobre 1954, pp. 18-30 ; Tomlison W.H., « The Father of Airpower Doctrine », Military Review, septembre 1966, pp. 27-31 ; Kreeks R.G., « Beaufre and Total Strategy », Military Review, décembre 1968, pp. 34-40.

[3] Parfois sous forme de reproduction d’articles étrangers, comme: Newman H.D. (R.A.F.), « Mackinder Today », Military Review, août 1952, pp. 92-95 (initialement publié dans R.A.F. Quarterly en juin 1952).

[4] Voir par exemple : Roth I.D., « Atoms and Sea Power », Military Review, septembre 1953, pp. 3-8 ; Millis W., « Sea Power – Abstraction or Asset? », Military Review, mars 1952, p. 3-12 ; Mead Earle E., « The Influence of Air Power Upon History », The Yale Review, juin 1946, pp. 577-600.

[5] Clubb O.E., « Pivot of History », Military Review, février 1957, pp. 3-11. Voir, pour une analyse plus récente : Sloan G., « Sir Halford J. Mackinder : The Heartland Theory Then and Now », The Journal of Strategic Studies, juin-septembre 1999, pp. 15-38.

[6] Franklin W.D., « Mackinder’s Heartland and Escalation Rocket », Military Review, novembre 1966, pp. 32-39.

[7] Sokol A.E., « Sea Power in the Next Age », Military Review, octobre 1952, pp. 11-26.

[8] McIsaac, « Master at Arms: Clausewitz in Full View », Air University Review, janvier-février 1979, p. 83. Collins était un étudiant de Stefan T. Possony. Ce dernier, très proche des milieux de l’U.S. Air Force, avait participé à la première édition du Makers of Modern Strategy en 1943. Bassford Ch., op. cit., p. 262.

[9] Paret P., « Clausewitz – A Bibliographical Survey », art. cit., pp. 272-285.

[10] Id., « On Clausewitz », Military Review, juillet 1965, pp. 46-54.

[11] Gordon W.I., « What Do We Mean by ‘Win’? », Military Review, juin 1966, pp. 3-11.

[12] Strausz-Hupé R., « New Weapons and National Strategy », Military Review, mai 1961, pp. 70-76. L’auteur perçoit l’opposition entre l’U.R.S.S. et les Etats-Unis comme une gigantesque compétition de valeurs et de civilisations.

[13] Voir : U.S. Military Academy, Department of Military Art and Engineering, Clausewitz, Jomini, Schlieffen, West Point, New York, U.S. Military Academy, 1951, (réécrit en partie par Elting J.R.) ; Paret P., « Clausewitz – A Bibliographical Survey », art. cit., pp. 284-285 ; Colson Br., op. cit., p. 282 ; Bassford Ch., op. cit., p. 199 ; correspondance personnelle, Major Michael A. Boden, U.S. Army, Instructor, Department of History, United States Military Academy, West Point, daté du 4 mars 1999.

[14] On War, p. 516 ; référence que le lecteur français pourra trouver dans Clausewitz C. von, De la guerre, (préface de Rougeron C., introduction de Naville P., traduction de l’allemand par Naville D.), Paris, Les Editions de Minuit, 1955, p. 598. (dorénavant, nous mentionnerons juste le titre de l’ouvrage dans les références). Ensuite, dans son histoire sur la Campagne d’Italie de 1796-97, Clausewitz fait référence à Jomini, dont il utilise par ailleurs les cartes. Paret P., « An Unknown Letter by Clausewitz », The Journal of Military History, avril 1991, pp. 147 et 150 ; Colson Br., « Bibliographie Commentée », dans Jomini A. de, Les guerres de la Révolution (1792-1797) – de Jemmapes à la campagne d’Italie, Paris, Hachette, 1998, p. 418.

[15] Wanty E., L’art de la guerre – de l’antiquité chinoise aux guerres napoléoniennes, t. I., Verviers, Marabout Université, 1967, p. 383 et pp. 387-388.

[16] Dupuy T.N. & R.E., Military Heritage of America, New York, McGraw-Hill Book Co., Inc., 1956, 794 p.

[17] Marshall S.L.A., Men against Fire, The Problem of Battle Command in Future War, New York, William Morrow and Company, 1954 (1947), 215 p. (Clausewitz : p. 49, p. 109, p. 120, p. 174).

[18] Reinhardt G.C., « Notes on the Tactical Employment of Atomic Weapons », Military Review, septembre 1962, pp. 28-37 ; Font J.L., « US Offensive and Defensive Strategy », Military Review, septembre 1969, pp. 31-42 ; Sherower A.W., « Napoleon’s Military Strategy », Military Review, août 1966, pp. 87-91 ; Paolini M.G., « The Flashing Sword of Vengeance », Military Review, février 1962, pp. 87-97 ; Gordy S.E., « Is the Defense the Solution? », Military Review, janvier 1959, pp. 58-59.

[19] Magathan W.C., « In Defense of the Army », Military Review, avril 1956, pp. 3-12.

[20] Voir : Douhet G., The Command of the Air, (Il dominio dell’aeria, 1921 – traduit de l’italien par Fischer Sh.), Roma, « Revista Aeronautica » E./Edizione Furi Commercio, 1958, 202 p. Voir aussi : Warner E., « Douhet, Mitchell, Seversky: les théories de la guerre aérienne », dans Mead Earle E. (éd.), Les maîtres de la stratégie, vol. 2, op.cit., pp. 245-267 ; Chaliand G. et Blin A., Dictionnaire de stratégie militaire, Paris, Perrin, 1998, pp. 185-187. On consultera aussi : Facon P., Le bombardement stratégique, Monaco, Ed. du Rocher, 1996, pp. 55-73.

[21] Segré Cl.G., « Giulio Douhet: Strategist, Theorist, Prophet? », The Journal of Strategic Studies, septembre 1992, p. 362 ; Hammond G.T., « Landmark in Defense Literature – Command of the Air », Defense Analysis, avril 2000, p. 101.

[22] Constatons aussi que Smith a écrit un ouvrage en collaboration avec le général Curtis E. LeMay du S.A.C. en 1968. Cet ouvrage fait quelques références a Clausewitz, plutôt péjoratif, remettant en cause la validité des idées du Prussien à l’époque du nucléaire. De plus, les auteurs semblent assimiler les néo-clausewitziens à l’idée de la dissuasion à tout prix. LeMay C.E. & Smith D.O., America Is in Danger, New York, Funk & Wagnalls, 1968, pp. 297 ; 299 ; 307.

[23] Smith D.O., US Military Doctrine – A Study and Appraisal, New York, Dual, Sloan & Pearce, 1955, pp. 46 ; 55 ; 59 ; 74-76. Voir aussi : id. (with Barker J.DeF.), « Air Power Indivisible », Air University Quarterly Review, automne 1950, pp. 5-18.

[24] Voir à propos de ces notions : Freedman L., The Evolution of Nuclear Strategy, Londres, The MacMillan Press Ltd., 1981, pp. 125-127.

[25] McDonnel R.H., « Clausewitz and Strategic Bombing », Air University Review, printemps 1953, pp. 43-54.

[26] Jones A., « Jomini and the Strategy of the American Civil War, A Reinterpretation », Military Affairs, décembre 1970, p. 130.

[27] Kissinger H., Nuclear Weapons and Foreign Policy, New York, Harper & Brother, 1957, p. 441.

[28] Cushman J.H., « Books of Interest to the Military Reader – US Military Doctrine », Military Review, septembre 1955, p. 112 ; Magathan W.C., art. cit., pp. 3-12.

[29] Kleinman F.K. et Horowitz R.S., The Modern United States Army, Princeton, D. van Nostrand Company, Inc., 1964, p. 44.

[30] Kintner W.R. , « A Survey of Air Power », Military Review, avril 1949, pp. 29-35 ; Tomlison W.H., art. cit., pp. 27-31.

[31] Respectivement : Trachtenberg M., « A « Wasting » Asset – American Strategy and the Shifting Nuclear Balance, 1949-1954″, International Security, hiver 1988/89, p. 37 et Gaddis J.L., Strategies of Containment, Oxford, Oxford University Press, 1982, p. 188. Le lecteur pourra aussi consulter Bassford Ch., op. cit., pp. 157-162.

[32] De Seversky A.P., Air Power: Key to Survival – with a prologue on the lessons of Korea, NY, Simon & Schuster, 1950, pp. ix-x.

[33] L’auteur est toutefois critique vis-à-vis de Douhet. Par exemple, de Seversky ne pense pas que l’idée de Douhet de produire un seul type d’avion militaire est valable. Ibid., p. 89.

[34] Idée que l’on retrouve aussi chez : Mead Earle E., « The Influence of Air Power Upon History », art. cit., pp. 577-600.

[35] De Seversky, op. cit., p. 120.

[36] Id., America: Too Young to Die!, NY, Macfadden Book, 1962, p. 125.

[37] Id., Air Power: Key to Survival, op. cit., p. 39 et p. 74.

[38] Id., America: Too Young to Die!, op. cit., p. 137.

[39] De Seversky justifie particulièrement ce point dans Air Power… Il base son point de vue sur des visites sur les sites de Hiroshima, Nagasaki et sur l’atoll Bikini.

[40] Browne R.J., « Tac vs. Strat », Military Review, avril 1948, pp. 33-37.

[41] Franklin W.D., « Douhet Revisited », Military Review, novembre 1967, pp. 65-69.

[42] Wylie J.C., Military Strategy – A General Theory of Power Control, New Brunswick, Rutger University Press, 1967, 111 p.

[43] Truman H.S., Year of Decision – 1945, vol. 1, Bungay, Hodder and Stoughton, 1955, p. 127.

[44] Weigley R.F., « American Strategy from Its Beginnings through the First World War », dans Paret P., Makers of Modern Strategy (from Machiavelli to the Nuclear Age), Oxford, Clarendon Press, 1986, p. 438.

[45] Tashjean J.E., « The Transatlantic Clausewitz », Naval War College Review, vol. 35, n°6, 1982, p. 71. L’auteur de l’article postule l’existence d’une division géographique des deux écoles : les détracteurs de Upton se retrouveraient majoritairement dans le Nord des Etats-Unis – snowbelt -, ses disciples plutôt dans le Sud – sunbelt. J.E. Tashjean prend l’exemple des théories de l’Airpower, lié à l’école de Upton, dont les principaux acteurs proviennent de Californie et ensuite du Texas. De plus, il note l’opposition entre deux tendances dans le caractère américain quant à la façon d’appréhender les relations internationales. La première est représentée par des idées pratiques, le commerce et l’internationalisme. On retrouve des traces de cette tendance sur la côte est parmi les républicains internationalistes. La seconde école est caractérisée par son côté utopique, théologique et isolationniste.

[46] Manchester W., MacArthur – Un césar américain, (traduit de l’américain, American Caesar, 1978), Paris, Robert Laffont, 1981, p. 516.

[47] Voir tout de même : Rees D., Korea: The Limited War, Londres, MacMillan & Co. Ltd., 1964, pp. xi, xiii et xiv ; Spanier J.W., The Truman-MacArthur Controversy and the Korean War, Cambridge, The Belknap Press of Harvard University Press, 1959, p. 3 et pp. 276-277. A titre indicatif, voir aussi, en français : Silvain R., « Clausewitz et la guerre de Corée », Revue politique et parlementaire, Octobre 1951, pp. 165-172.

[48] Welch G.P., « Cannae – 216 B.C. », Military Review, juin 1953, pp. 3-14 ; Heller F.H., « The President as Commander in Chief », Military Review, septembre 1962, pp. 5-17 ; Sackton F.J., « The Changing Nature of War », Military Review, novembre 1954, pp. 52-62.

[49] Huntington S.P., The Soldier and The State, Harvard, Harvard University Press, 1957, 534 p.

[50] Singland J.K., « Books of Interest to the Military Reader – The Soldier and the State », Military Review, novembre 1957, p. 112.

[51] Higgs J., « Landmark in Defense Literature – Soldier and the State », Defense Analysis, décembre 2000, pp. 345-346.

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Chapitre 1 – Un rapide regard en arrière : Clausewitz et les Etats-Unis avant 1945, des références éparses

Selon Maurice Matloff, la conduite des unités du général Pershing, lors de la Première Guerre mondiale, de même que les Field Service Regulations de 1923, semblent valider l’approche stratégique de Clausewitz. Mais ici les idées du Prussien sont rétrécies à l’idée de la destruction des forces ennemies par la bataille. Ce sont les mécanismes de concentration, coopération et victoire sur la volonté des forces ennemies qui sont mises en évidence.[1] Walter Millis, lui, utilise Clausewitz pour critiquer la politique du président Roosevelt. Il reproche à ce président d’avoir quasiment retourné la Formule en indiquant que la diplomatie, si elle ne dispose pas de la force pour la soutenir, devient la servante et plus la maîtresse du soldat.[2]

Ces évaluations modernes de situations historiques, en prenant Clausewitz pour juge, ne sont toutefois pas suffisantes pour affirmer un lien, sous forme d’influence positive ou négative, entre l’officier prussien et les acteurs stratégiques américains mentionnés. Pershing aurait pu conduire ses troupes de manière identique suite à une réflexion personnelle. Par ailleurs, nous n’avons trouvé aucune trace permettant de déterminer si Roosevelt avait lu, ou mal lu, Clausewitz.

A contrario, Christopher Bassford a soigneusement étudié la réception de Clausewitz en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis de 1815 à 1945.[3] Pour ce faire, il n’a tenu compte que des références formelles à Clausewitz que l’on peut trouver dans la pensée stratégique américaine et britannique. Bien que cette période soit en dehors des limites de ce sujet, il s’avère intéressant de lui accorder un minimum d’attention. On sera ainsi plus à même de juger de l’évolution de la réceptivité des Américains à l’égard du Prussien sur le long terme.

En résumant le travail de Ch. Bassford, on se rend compte qu’il serait exagéré de prétendre à l’absence totale de contacts entre l’œuvre de Clausewitz et le monde anglo-saxon avant la Première Guerre mondiale.[4] Tout d’abord, il est possible de spéculer sur la connaissance du Prussien par le président Lincoln. Il en va de même pour Denis Hart Mahan, père de Alfred Thayer Mahan, professeur à West Point. Il est par contre certain que Henry Wager Halleck, un officier qui participa à la guerre de Sécession, connaissait Clausewitz car il le cite dans ses travaux.[5] Quoi qu’il en soit, les écrits de l’officier prussien étaient accessibles aux Etats-Unis avant la guerre 14-18. D’une part, une partie de ses textes étaient traduits en français à une époque où certains officiers américains lisaient couramment la langue de Voltaire. D’autre part, un de ses récits, sur la Campagne de 1815, était déjà disponible en anglais. Christopher Bassford indique encore que Wellington appréciait l’œuvre historique de Clausewitz. Il est donc possible que des Américains aient été au fait des écrits de l’officier prussien par des réflexions de celui-ci.[6]

Mais il faut attendre 1873 pour voir apparaître la première traduction de Vom Kriege en anglais. Cette traduction avait été préparée par James John Graham (1808-1883). La première édition, sortie à 254 copies, fut un désastre sur le plan des ventes. 21 copies allèrent au traducteur, 32 furent distribuées gratuitement et 192 restaient encore invendues en 1877. Cette traduction fut ensuite révisée par le colonel anglais Frederick Natusch Maude en 1908 et rééditée en 1911, 1918, 1938 et 1949. L’édition de Graham-Maude pose toutefois un problème : elle est basée sur la troisième édition de Vom Kriege qui est considérée comme falsifiée car elle renverse le sens de la Formule. Une critique négative de l’ouvrage indiquera à l’époque que les éditeurs auraient pu incorporer un index et une introduction explicative à l’ouvrage.[7]

On sait également que Alfred Thayer Mahan (1840-1914) prit connaissance de On War, bien qu’assez tardivement et apparemment sous une forme abrégée – probablement vers les années 1890, voire vers 1910. Cette prise en compte de Clausewitz par Mahan semble assez superficielle. Ses écrits portent par contre la marque de l’influence jominienne. On ne retrouve pas de référence à Clausewitz dans son célèbre The Influence of Sea Power Upon History.[8] Pour Philip A. Crowl, si Mahan montre de la compréhension pour l’idée de la guerre conçue comme la continuation de la politique, c’est principalement à partir des travaux de Jomini.[9]

A l’époque, On War n’est pas enseigné dans les écoles militaires. Mais, au sein de l’U.S. Navy, la pensée de Clausewitz a pu indirectement s’introduire grâce aux travaux du britannique Julian Corbett (1854-1922). Corbett fait en effet de nombreuses références à Clausewitz dans son ouvrage Some Principles of Maritime Strategy. Le livre est publié pour la première fois en 1911 et est réédité en 1938, en 1972 et en 1988. Julian Corbett fait montre de finesse lorsqu’il utilise Clausewitz. On verra dans le théoricien naval un des propagateurs du concept de guerre limitée par les objectifs politiques.[10] D’autre part, Christopher Bassford ajoute que On War figure déjà sur les listes d’ouvrages recommandés aux étudiants du Naval War College dès 1894.[11] Après cela, la Première Guerre mondiale va assombrir la réputation de Clausewitz. Il est perçu comme une émanation de l’ennemi. Il deviendra tout de même de plus en plus connu au travers d’ouvrages traduits de l’allemand – par exemple, La Nation armée de Colmar von der Goltz.

Parmi les théoriciens de l’Airpower, les références à Clausewitz sont plus rares. On n’en retrouve pas trace chez Mitchell (1879-1936), figure de proue de la réflexion stratégique américaine. Les idées de Mitchell eurent un grand retentissement parmi les instructeurs de l’Air Tactical School de Maxwell Field en Alabama pendant les années 30.[12] Ses préceptes s’avèrent assez proches de ceux de l’Italien Douhet (1869-1930), père fondateur de la pensée stratégique aérienne. Ce dernier ne cite pas non plus Clausewitz. Seul de Seversky (1894-1974) le mentionne épisodiquement (sur Douhet et de Seversky, voir aussi infra). Pourtant, un article publié dans l’Air University Review en 1986 postulait qu’une part de l’enseignement de la toute jeune Air Corps Tactical School était basée sur Clausewitz dans les années trente.[13] Christopher Bassford relativise cette opinion (voir infra).

Il faut également relativiser l’impact de Clausewitz sur les officiers de l’armée de terre. Le général Patton fut un avide lecteur d’histoire militaire mais il est difficile de le relier au Prussien. Il en va de même à propos du général Wedemeyer, bien que ce dernier ait assisté à des cours de la Kriegsakademie pendant l’entre-deux-guerres.[14]

En fait, un seul personnage marquant ressort de cette période quant à son étude de Clausewitz. Il s’agit de John MacAuley Palmer (1870-1955). John MacAuley étudia à West Point, servit dans des unités d’occupation à Cuba, puis en Chine suite à la révolte des Boxers. Il ne prit toutefois jamais part au combat. Son travail, inspiré par le Prussien, est principalement tourné vers une recherche visant la création d’une armée professionnelle de petite taille. Palmer est visiblement le premier soldat américain à avoir réellement étudié Clausewitz.[15] Il est également connu que le que le général Marshall appréciait la façon de penser de l’officier prussien. Eisenhower l’étudia aussi. Il commença sa lecture de Clausewitz dans les années 20, sous la direction du général de brigade Fox Conner, lorsqu’il était stationné à Panama.[16] Eisenhower fait remarquer qu’il a lu trois fois le Traité à cette époque. Il étudia également les mémoires de Grant et de Sheridan, toujours sur les conseils de Conner.[17] On considère pourtant que les leçons qu’il tira de Clausewitz seront plus visibles dans sa carrière de président de 1953 à 1961 (voir infra).

Mais ce n’est qu’à partir du début des années 40 que le nom de Clausewitz apparaît réellement dans la pensée stratégique outre-Atlantique. En 1942, un Américain d’origine allemande, Hans Gatzke (1915-1987), traduit le document que Clausewitz rédigea pour le prince de Prusse. Le document est publié sous le titre Principles of War. Ce petit livre sera très largement diffusé. Dans l’introduction, Hans Gatzke met en évidence la guerre d’anéantissement dans la pensée de Clausewitz, en fait le concept « absolu », idéel, mais pris comme réalité. Ce n’est pas un hasard si le texte de Clausewitz est publié à cette époque. Les Américains veulent obtenir une meilleure connaissance de leur ennemi. La publication rentre dans le cadre de l’effort de guerre.[18]

Ensuite, en 1943, paraît la première traduction américaine de Vom Kriege par Otto J. Matthijs Jolles, un immigré d’origine allemande (qui a également des origines néerlandaises). Cette traduction se base sur l’édition allemande « corrompue », à savoir, celle de 1880. La traduction participe aussi à l’effort de guerre. Jolles considère son travail comme une participation à l’éducation des civils aux affaires militaires. La préface et l’introduction mettent en évidence le rôle de la pensée de Clausewitz dans l’élaboration de la stratégie allemande. Jolles insiste sur le rôle du politique et de la bataille dans la guerre. Il retient aussi l’idée selon laquelle la défense est la forme la plus forte de la guerre. Il tire ensuite du texte des conclusions sur le plan international. Pour lui, le système interétatique doit viser la stabilité. Pour finir, selon Jolles, les Allemands n’ont pas le monopole de la bonne interprétation historique de Clausewitz. Cette traduction comporte un index qui répertorie à la fois les noms propres et des thématiques. Mais on ne retrouve pas dans cet index certains concepts que l’on assimile si naturellement à Clausewitz aujourd’hui, tels que le centre de gravité ou la trinité paradoxale. Les notions de génie et de friction sont, elles, bien présentes. Malgré sa meilleure qualité, l’édition de Jolles a été moins souvent utilisée que celle de Graham. En effet, sur cette dernière, il n’existait plus de copyright. L’édition de Jolles est tout de même republiée en 1950.[19]

Toujours en 1943, paraît la première édition de l’ouvrage Makers of Modern Strategy, sous la direction de Edward Mead Earle (1894-1954).[20] Cet ouvrage est issu d’un séminaire sur la stratégie militaire dispensé à l’Institute for Advanced Studies, en 1940, à Princeton.[21] Ce séminaire rassembla beaucoup d’intellectuels qui fuyaient la montée du nazisme en Europe. On ne s’étonnera donc pas de trouver certains chapitres signés de la main de plusieurs immigrés allemands et d’un autrichien, celui-ci, Stefan T. Possony, écrivit, en collaboration avec Etienne Mantoux, un chapitre sur Ardant du Picq et Foch ; Harvey de Weerd, qui était déjà initié à Clausewitz, était responsable d’un chapitre sur Churchill, Lloyd George et Clémenceau. Hans Rothfels rédigea le chapitre sur Clausewitz. Ce dernier, historien allemand né en 1891, avait déjà étudié Clausewitz dans son pays.[22] Il était principalement connu pour ses travaux sur l’histoire du XIXe siècle et les problèmes de nationalités. Il écrivit aussi sur la résistance allemande contre Hitler.[23] Herbert Rosinski, un autre connaisseur de Clausewitz, qui devait participer au projet ne se retrouvera pas inclus car il ne respecta pas les prescriptions établies par E. Mead Earle. Rosinski deviendra surtout célèbre aux Etats-Unis pour un ouvrage sur l’armée allemande – ouvrage dans lequel il cite Clausewitz.[24]

Au total, sur les 21 chapitres du Makers of Modern Strategy, 10 citent Clausewitz. A titre comparatif, dans l’édition de 1986, 17 chapitres le citeront sur 28.[25] Pour terminer, il convient encore de retenir le nom de Alfred Vagts (1892-1986), un autre réfugié allemand, dont la connaissance de Clausewitz s’avérait subtile. Vagts est surtout connu pour un ouvrage sur le militarisme paru dès 1937.[26]

La principale conclusion à tirer de cette partie de notre ouvrage est que Clausewitz est connu depuis assez longtemps aux Etats-Unis, mais uniquement par un nombre limité de personnes. Les références au Prussien sont des plus éparses. Le nom de Clausewitz ne devient véritablement familier que dans le sillage de la Seconde Guerre mondiale. Clausewitz est surtout évoqués par des intellectuels d’origine germanique : Rosinski, Vagts, Rothfels, Gatzke, Jolles. Les Américains sentent alors la nécessité de se familiariser avec la pensée stratégique et de mieux connaître leur ennemi.

[1] Matloff M., « The American Approach to War, 1919-1945 », dans Howard M. (dir.), The Theory and Practice of War, Londres, Cassel, 1965, pp. 223-224.

[2] Millis W., Armies and Men – A Study in American Military History, Londres, Jonathan Cape, 1958, p. 169. Il semble que l’auteur de ce livre n’ait pas pratiqué une lecture particulièrement attentive de Clausewitz. Il affirme (à la p. 72 de l’ouvrage cité) que le Prussien a peu à dire pour nous éclairer à propos de l’apparition de la guerre napoléonienne et de la tension extrême qu’elle entraînerait, alors que la trinité paradoxale est justement un essai de théorisation en ce domaine.

[3] Bassford Ch., Clausewitz in English – The Reception of Clausewitz in Britain and America, 1815-1945, Oxford, Oxford University Press, 1994, 293 p. L’ouvrage, initialement une thèse de doctorat, a été bien accueilli dans les milieux intéressés. L’auteur, professeur et rédacteur de doctrine pour le Corps des Marines, est aussi le créateur d’un site Internet consacré à Clausewitz (http://www.clausewitz.com/CWZHOME/CWZBASE.htm).

[4] Voir par exemple : Harsh J.L., « Battlesword and Rapier: Clausewitz, Jomini and the American Civil War », Military Affairs, décembre 1974, p. 134 ; Gat A., The Origins of Military Thought: From the Enlightment to Clausewitz, Oxford, Oxford University Press, 1989, p. 310.

[5] Pour plus de précisions sur la carrière de H.W. Halleck et de D.H. Mahan, nous renvoyons à Colson Br., La culture stratégique américaine, Paris, Economica / FEDN, 1993, 330 p.

[6] Bassford Ch., op. cit., pp. 50-55.

[7] Voir : Anon., « On War – Recent Military Publications », Journal of the R.U.S.I., avril 1908, pp. 584-585. Sur la falsification, voir : Clausewitz C. von, On War, (ed. and translated by Howard M. & Paret P., Introductory Essays by Paret P., Howard M. and Brodie B., with a Commentary by Brodie B.), Princeton, Princeton University Press, 1982 (1976), p. 608 (il s’agit de la traduction standard en anglais – dorénavant, nous y ferons simplement référence par le titre).

[8] Mahan A.T., The Influence of Sea Power Upon History, 1660-1783, Londres, Sampson Low, Martson & Co. Ltd., 1918 (1890), 557 p.

[9] Crowl Ph. A., « Alfred Thayer Mahan: The Naval Historian », dans Paret P. (ed. by), Makers of Modern Strategy from Machiavelli to the Nuclear Age, Princeton, Princeton University Press, 1986, pp. 461-462.

[10] A propos de Corbett, nous renvoyons le lecteur à la préface de Hervé Coutau-Bégarie dans : Corbett J.S., Principes de stratégie maritime, Paris, Economica / FEDN, 1993, pp. 5-25.

[11] Bassford Ch., op. cit., p. 95.

[12] Matloff M., op. cit., p. 226-227.

[13] Smith J.B., « Some Thoughts on Clausewitz and Airplanes », Air University Review, mai-juin 1986, pp. 52-59. Propos également avancés par Matloff M., op. cit.

[14] Bassford Ch., op. cit., pp. 150-154.

[15] Paret P., « Clausewitz – A Bibliographical Survey », World Politics, janvier 1965, p. 275 ; Bassford Ch., op. cit., pp. 56-57 ; 95 ; 154 ; 162-167 ; 175.

[16] Pickett W.B., « Eisenhower as a Student of Clausewitz », Military Review, juillet 1985, pp. 21-27.

[17] Eisenhower D.D., At Ease: Stories I Tell to Friends, New York, Doubleday & Company, 1967, p. 186.

[18] Clausewitz C. von, Principles of War, Harrisburg, Military Service Company, 1942, 82 p. Voir aussi le commentaire de Christopher Bassford à l’édition électronique des Principles : http://www.clausewitz.com/CWZHOME/PrincWar/Princwr1.htm.

[19] Clausewitz Karl von, On War, traduit par O.J. Matthijs Jolles (Institute of Military Studies, The University of Chicago), avant-propos par by Col. Joseph I. Greene (de l’Infantry Journal), préfacé par Richard McKean (de l’University of Chicago), The Modern Library, New York, Random House Inc., 1943, 641 p. ; Bassford Ch., op. cit., p. 183.

[20] Ce livre est devenu un ouvrage de référence dans les études stratégiques. Une deuxième édition, complètement revue, sera publiée sous la direction de Peter Paret en 1986. On citera également l’existence d’un Makers of Nuclear Strategy, d’origine britannique, s’avouant directement inspiré par le classique de E. Mead Earle. Baylis J. & Garnett J., Makers of Nuclear Strategy, Londres, Pinter Publishers, 1991, p. 4

[21] Earle E.M., « The Princeton Program of Military Studies », Military Affairs, printemps 1942, pp. 21-26.

[22] Voir par exemple : Clausewitz C., Politische Schriften und Briefe, (hrsg H. Rothfels), München, Drei Masten Verlag, 1922, 249 p.

[23] Voir par exemple : Rothfels H., Le legs politique de la résistance allemande, Bad Godesberg, Inter Nationes, 1969, 23 p.

[24] Rosinski H., The German Army, (edited and with an introduction by Craig G.A.), Frederick A. Praeger Pub., 1966 (1939, 1940), New York, 322 p. (à propos de Clausewitz, voir principalement les pages 109-114).

[25] Respectivement : Possony S.T. et Mantoux E., « Du Picq et Foch: l’école française » ; Rothfels, « Clausewitz », dans Mead Earle E. (éd.), Les maîtres de la stratégie, vol. 1, De la Renaissance à la fin du XIXe siècle, (Makers of Modern Strategy, 1943 – traduit de l’américain par Pélissier A.) Paris, Flammarion, 1980, pp. 235-265 et pp. 115-136 ; de Weerd H.A., « Churchill, Lloyd George, Clemenceau: l’émergence des civils », dans ibid., vol. 2, De la fin du XIXe siècle à Hitler, op. cit., pp. 9-30. Christopher Bassford note que la connaissance de Clausewitz par Harvey A. de Weerd est pour le moins ambiguë (après la guerre, de Weerd travaillera pour la Rand Corporation). Bassford Ch., op. cit., pp. 174 ; 182 ; 262.

[26] Vagts A., A History of Militarism, Civilian and Military, (revised edition), New York, The Free Press, 1959 (1937), 542 p. (sur Clausewitz, voir surtout les pages 180-185).

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Introduction

Le sujet de cette recherche porte sur Carl[1] von Clausewitz et le discours stratégique américain. Paradoxalement, on reconnaît que son ouvrage principal, Vom Kriege, s’il est souvent cité, est peu lu. Vom Kriege, De la guerre en français, ou encore On War en anglais, reste en tout cas un monument qui a fini par quasiment éclipser les autres travaux de Clausewitz. Ces derniers sont pourtant abondants. Il convient d’ajouter que Vom Kriege a été publié à titre posthume et reste inachevé.

Ouvrage trop souvent mal interprété, entre autres car étudié en dehors de son contexte[2], Vom Kriege a probablement eu autant d’admirateurs que de détracteurs. La renommée de l’obscur officier prussien est même parvenue à déborder le contexte strictement stratégique. On le retrouve cité chez Léon Tolstoï, Hans Hellmut Kirst, André Malraux, Pierre Mertens et Thomas Edward Lawrence, alias Laurence d’Arabie.[3] Ces éléments incitent à s’intéresser à Clausewitz.

Ensuite, il faut considérer la nature du discours stratégique américain. La pensée stratégique américaine a égendré peu de théoriciens de grande renommée. Bien sûr l’U.S. Navy a eu Alfred Thayer Mahan et la stratégie nucléaire, Bernard Brodie. Mais comme le fait remarquer Maurice Matloff, la pensée militaire américaine de l’armée de terre n’a produit aucune figure marquante dans le domaine stratégique.[4] Elle peut certes faire référence à des officiers comme Grant ou Sherman,[5] mais est orpheline de grands symboles nationaux cristallisant sa doctrine intellectuelle.

Cette figure est peut-être bien Jomini, comme l’a si bien montré Bruno Colson dans sa thèse sur la culture stratégique américaine.[6] Clausewitz, lui, est souvent perçu comme le modèle du penseur opposé de Jomini. Pourtant, on trouvera de nombreuses références au Prussien dans le discours stratégique américain, principalement après la guerre du Vietnam.

Raymond Aron a écrit en 1976 que Clausewitz est devenu un danger moindre car il a rejoint son lieu naturel, soit les universités. Ironiquement, le travail du sociologue français, et celui d’autres intellectuels, a repropulsé Clausewitz au devant de l’actualité dans les armées modernes.[7] En d’autres termes, il convenait de s’interroger sur la manière dont, aux Etats-Unis, s’agençait le paradigme jominien par rapport aux nombreuses évocations clausewitziennes.

Un petit avertissement s’impose d’ores et déjà. Clausewitz s’intéresse avant tout à des problématiques relatives à la stratégie continentale et terrestre – ce qui ne prouve pas qu’il n’ait aucune validité en dehors de ce contexte. On retrouve bien entendu des références au Prussien dans des recherches relatives à la stratégie nucléaire, à l’U.S. Navy, à l’U.S. Air Force et au Corps des Marines, mais c’est surtout au sein de l’U.S. Army que son nom revient. La place de l’armée de terre sera donc plus marquée ici.

Ensuite, pour étudier les références clausewitziennes du discours stratégique américain, la méthode choisie sera celle dite de la « culture stratégique ».[8] Selon A.I. Johnston, la culture stratégique est un système intégré de symboles (comme les structures d’argumentation, le langage, les analogies, les métaphores). Cette structure agit partout et dans le long terme en ce qui concerne la formulation de concepts sur le rôle et l’efficacité des forces militaires dans les affaires politiques inter-étatiques. La culture stratégique habille ces conceptions d’une grande aura, les rendant uniques de réalisme et d’efficacité.[9] Pour cet auteur, la culture stratégique permet d’éclairer trois types de considérations : (1) la fonction de la guerre dans les relations internationales, (2) comment est appréhendé l’adversaire et la menace qu’il pose, (3) la question de l’efficacité de la force pour faire face à la menace. Dans les pages qui suivront, le concept de culture stratégique servira avant tout une interrogation de type historique.

L’intitulé de cette analyse, Clausewitz et le discours stratégique américain, offre déjà un aperçu de la relation qui sera évaluée. Mais plus précisément, l’objectif n’est pas d’étudier la convergence entre les principes clausewitziens et l’action des stratèges américains, ni d’effectuer une exégèse de la doctrine américaine à la lueur du travail de Clausewitz.

L’analyse consiste dans un premier temps à repérer les références clausewitziennes formelles dans le discours stratégique américain. Formelles, car seuls seront retenus les textes où la relation à Clausewitz est indiscutablement établie, soit par une bibliographie, soit par des notes de bas de page, soit par la citation en toutes lettres de son nom. La matière ainsi dégagée sera classée sous des rubriques qui renvoient aux thèmes majeurs discutés par le Prussien. C’est ce que l’on peut appeler les « outils théoriques » ou « concepts » légués aux stratèges et stratégistes modernes. A titre d’exemple, le génie militaire, les frictions, le point culminant, le centre de gravité, la définition trinitaire de la guerre font partie de ces outils. A cette étape, un commentaire s’impose déjà. Inévitablement, il est très dommage de répartir les concepts de Clausewitz dans des « tiroirs » rigides car l’œuvre du Prussien renferme une très grande cohérence interne qui sera en grande partie perdue de cette manière. Mais la nature même du discours stratégique américain procède justement par découpage, voire même dépeçage, de l’œuvre. Le découpage pratiqué dans cette étude sera avant tout un ajustement à l’objet de notre attention.

On cherchera ensuite à évaluer le développement des concepts, par le discours, dans chacun de ces tiroirs. Autant que possible, le contexte permettra de mieux éclairer les données. Il servira à montrer si tel concept est d’abord envisagé comme apport à la stratégie nucléaire ou conventionnelle, navale ou terrestre, « politique » ou militaire, etc. Eventuellement, une partie de la cohérence interne de l’œuvre de Clausewitz sera rétablie si elle est reconnue par le discours. Cette façon de procéder amènera à présenter des « scènes théoriques » qui se croiseront à de multiples reprises. Certaines des sources seront réutilisées dans plusieurs « scènes » s’il s’avère qu’elles recoupent différentes thématiques clausewitziennes.[10]

L’étape suivante consistera à juger s’il existe un paradigme clausewitzien cohérent dans la stratégie américaine. La cohérence ici entendue ne consistera pas à affirmer une authenticité par rapport au travail de Clausewitz, chose qui sera accessoirement décrite quand cela s’avérera utile mais de manière tout à fait annexe. La notion de cohérence sera considérée sur le plan interne. Il s’agira de la cohérence des références entre elles. De cette manière, on pourra voir apparaître des sous-groupes de cultures stratégiques qui coexistent.

En conclusion, une tentative de croisement des résultats, avec ceux de quelques autres travaux de culture stratégique ou apparentés, sera tentée. Il s’agira en particulier d’apprécier la relation qui peut exister avec le « paradigme jominien » étudié par Bruno Colson.[11] De plus, le travail de Christopher Bassford donnera de la profondeur historique au champ d’analyse.[12] Bien que la thèse de ce dernier s’intéresse aux années 1815-1945, elle fournit des jalons importants pour la période qui s’étend de la fin de la Seconde Guerre mondiale à nos jours. Au total, on verra que si, au premier abord, Clausewitz et Jomini s’opposent, ils peuvent rapidement devenir complémentaires en bien des circonstances outre-Atlantique.

In fine, un triple enjeu apparaît dans cette analyse. Le premier est en rapport avec l’étude de la stratégie américaine. Les Etats-Unis sont la seule grande puissance existant encore actuellement ; grande puissance disposant d’attributs militaires, mais aussi politiques, économiques, diplomatiques, culturels, etc. Il faut insister sur ce dernier point car l’aspect culturel devient prééminent selon plusieurs auteurs.[13] L’importance de la stratégie américaine peut ultérieurement donner des points de repère à l’étude d’autres stratégies. Comme le note Lucien Poirier, l’attraction du modèle américain [est] toujours puissante sur des professionnels fascinés par la dimension technique de leur action …[14] Qui a dit « acculturation » ?

Le second enjeu à considérer est plus précis. Jomini et Clausewitz sont deux penseurs fort différents selon l’angle d’approche de la stratégie qu’ils adoptent, mais leurs découvertes ne sont pas toujours aussi éloignées qu’elles peuvent le paraître. Après tout, ils sont tous deux contemporains. Ils ont connu les affres de la Révolution, les guerres napoléoniennes, la Restauration, etc. Les commentateurs contemporains ont surtout retenu des deux penseurs un modèle de lecture des guerres napoléoniennes. Il peut donc s’avérer intéressant de distinguer, dans la culture stratégique américaine, ce qui est issu de Jomini et de Clausewitz respectivement. En effet, il existe une tendance à confondre les deux théoriciens en une même théorie. Il faudra tenter de séparer, aussi nettement que possible, ces deux « fils entremêlés » de la généalogie stratégique américaine.

Le dernier enjeu peut être vu comme un exercice. Il consiste à se demander si la culture stratégique américaine a subi des ruptures ou une simple évolution et si elle comporte des sous-groupes identifiables. On ne postulera pas l’existence a priori de ces deux phénomènes, mais on y portera une attention particulière.

Au total, l’hypothèse de recherche, le fil conducteur, des pages qui suivent est de se demander s’il existe une cohérence interne au discours stratégique américain dans son utilisation des concepts, ou outils théoriques, légués par Clausewitz durant la période qui s’étend de la fin de la Seconde Guerre mondiale à nos jours.

Mais qu’entendre exactement par le terme de discours stratégique ? [15] Ici, le discours stratégique sera entendu, avant tout, dans son acceptation opérationnelle mais aussi dans son aspect plus élevé, en rapport avec la politique étrangère.[16] Les dimensions culturelles et économiques de la stratégie seront, par contre, peu traitées.

L’analyse de ce discours se fera sur base de nombreux documents. En effet, vu l’ouverture du débat stratégique aux Etats-Unis, les sources à dépouiller ne manquent pas. Premièrement, on prendra en compte les publications professionnelles, surtout issues des écoles militaires (Parameters pour l’Army War College, Military Review de l’U.S. Army Command and General Staff College, Air University Review de l’U.S. Air Force Air University, etc.). Les publications officielles de l’armée seront aussi évaluées. C’est à partir de ces écrits, à diffusion assez large, que l’on retrouve la plupart des références à Clausewitz en rapport avec la stratégie opérationnelle.

Mais, autour de ce noyau gravite une importante littérature stratégique, qu’elle soit originaire, par exemple, d’associations ou d’universités. On reprendra également des articles provenant de revues comme Foreign Affairs, Comparative Strategy, International Security, etc. La plupart de ces revues ont une grande importance dans la réflexion des milieux concernés par les problèmes relatifs à la stratégie, la sécurité et la défense. Elles s’attardent plus aux questions relatives aux liens entre stratégie et politique étrangère et (relativement) moins aux questions opérationnelles. Ces écrits méritent d’être étudiés car ils ont un impact certain sur la façon dont la stratégie est pensée. Pour s’en convaincre, il suffit de lire attentivement les notes bibliographiques des articles des revues professionnelles militaires. De plus, il existe une interpénétration entre les recherches académiques et les textes publiés dans les revues professionnelles. Non seulement les revues professionnelles des forces armées américaines font appel aux spécialistes de Clausewitz pour écrire des articles – Michael Howard, Peter Paret, Bernard Brodie pour n’en citer que trois – mais il arrive aussi que des textes publiés initialement à des fins académiques se retrouvent dans des revues militaires.[17]

On prendra aussi en compte des monographies parfois publiées par des officiers sur le marché civil ou, le plus souvent, par des analystes civils membres de groupes de recherche ou par des historiens militaires. Enfin, il faut indiquer que l’on a exclu toute citation de Clausewitz dans le discours « stratégique économique » (dans le sens management). On peut d’ailleurs douter que ce mot doive avoir une réelle valeur dans ce cadre.[18] De plus, vu la faible diffusion des travaux des étudiants des académies militaires, le dépouillement de cette source sera plus rare, sauf lorsqu’ils se retrouvent synthétisés dans des articles de revues.

Le choix s’est donc porté sur des textes américains qui font directement référence à Clausewitz. Mais, il faudra également mentionner des travaux d’auteurs non américains. Soit, comme dans le cas de Martin van Creveld, d’origine israélienne, que ceux-ci ont eu un retentissement prouvé dans la « communauté stratégique » américaine, soit, qu’il s’agisse d’articles de chercheurs étrangers publiés dans des revues américaines ; on peut songer à des auteurs comme Michael Howard, John Keegan, Liddell Hart, etc. Même s’ils ne font pas « partie intégrante » de la culture stratégique américaine, ces écrits sont suffisamment importants pour être discutés. De plus, ils servent bien souvent de révélateurs à la pensée d’outre-Atlantique.

Dernière remarque : par facilité, nous reprendrons parfois les expressions utilisées par Raymond Aron à propos de l’ouvrage principal de Clausewitz, Vom Kriege, et pour désigner la citation selon laquelle la guerre est la continuation de la politique par adjonction d’autres moyens : Vom Kriege, sera parfois appelé le Traité et la citation mentionnée ci-dessus, la Formule.[19]

[1] Le prénom de Clausewitz peut s’écrire avec C ou K. Brodie B., « On Clausewitz: A Passion for War », World Politics, janvier 1973, p. 303.

[2] Paret P., « Clausewitz and the Nineteenth Century », dans Howard M. (dir.), The Theory and Practice of War, Londres, Cassel, 1965, pp. 24 et p. 26

[3] Tolstoï L., Guerre et paix, t. II. (trad.), Paris, Gallimard, 1960 (1952, 1972), p. 213 ; Kirst H.H., Il n’y a plus de patrie, (trad. de l’allemand), Paris, J’ai Lu, 1970, p. 320 ; Malraux, Antimémoires, Paris, Gallimard, 1972, p. 129 (Malraux compare la politique étrangère soviétique avec les idées de Clausewitz) ; Mertens P., Les éblouissements, Paris, Seuil, 1987, p. 103 ; Lawrence Th.E., Les sept piliers de la sagesse, (trad.), Paris, Payot, 1992, pp. 221-223.

[4] Matloff M., « The American Approach to War, 1919-1945 », dans Howard M. (dir.), op. cit., p. 225.

[5] Starry D.A., « A Perspective on American Military Thought », Military Review, juillet 1989, pp. 3-4.

[6] Colson Br., La culture stratégique américaine – L’influence de Jomini, Paris, FEDN / Economica, 1993, 324 p. Il est vrai que l’apport de Jomini déborde largement le cadre de la stratégie de l’armée de terre. Comme Bruno Colson l’a démontré, son impact se fait ressentir largement au sein des autres Armes.

[7] Aron R., Penser la guerre, Clausewitz, I, L’âge européen, Paris, Gallimard, 1976, p. 30.

[8] Sur l’évolution du concept, nous renvoyons à notre article à paraître dans la revue Stratégique : « Réflexions théoriques sur le concept de culture stratégique et apport de l’histoire ».

[9] Traduction adaptée par nous. Cette définition est adaptée à partir de celle que donne l’anthropologue Clifford Geertz de la religion comme système culturel. Johnston A.I., « Thinking about Strategic Culture », International Security, printemps 1995, p. 34.

[10] Dans un ouvrage sur la philosophie au XXe siècle, Remo Bodei emploie une méthode assez proche. Sa note d’introduction est éclairante : Aux deux modèles les plus courants que sont l’exposition linéaire – qui représente des chapelets d’opinions reliées entre elles par le mince fil de la progression chronologique – et la description, en dehors de tout contexte, de systèmes miniaturisés et isolés (supposés posséder une existence autonome et atemporelle), nous avons donc préféré un mode narratif: la représentation de scènes théoriques compactes, divisées en tableaux conceptuels, où se croisent et s’entrecroisent les arguments d’acteurs résolus à éclaircir des problèmes […]. Bodei R., La philosophie au XXe siècle, (La filosofia nel Novecento, 1997 – traduit de l’italien par Paul-Maïer C. en collaboration avec Michon P.), Paris, Flammarion, 1999, p. 7.

[11] Colson Br., La culture stratégique américaine, op. cit.

[12] Bassford Ch., Clausewitz in English – The Reception of Clausewitz In Britain and America, 1815-1945, Oxford, Oxford University Press, 1994, 293 p.

[13] Voir par exemple sur la dimension culturelle de la Grand Strategy : Coutau-Bégarie H. & Martes J.L., « Les premières années de l’Empire », Stratégique, n°65/1, 1997, pp. 103-104 ; Colson Br., La stratégie américaine et l’Europe, Paris, Economica / ISC, 1997, pp. 45-48.

[14] Poirier L., La crise des fondements, Paris, Economica / ISC, 1994, p. 132.

[15] En ce qui concerne le concept de stratégie et ses variations, voir : Poirier L., Stratégie théorique II, Paris, Economica, 1987, 330 p.

[16] Stratégie générale militaire et intégrale pour reprendre le vocabulaire de Lucien Poirier. Ibid.

[17] Citons par exemple Paret P., « Clausewitz – A Bibliographical Survey », World Politics, janvier 1965, pp. 272-285.

[18] A ce propos, voir l’intéressante discussion de : Coutau-Bégarie H., Traité de stratégie, Paris, Economica / ISC, 1999, pp. 78-81.

[19] Aron R., Penser la guerre, op. cit., p. 10.

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Clausewitz et le discours stratégique américain. De 1945 à nos jours

Christophe Wasinski

Table des Matières 

Remerciements

INTRODUCTION

PREMIÈRE PARTIE – DE 1945 A LA GUERRE DU VIETNAM – PREMIÈRE ÉTAPE D’UNE SOCIALISATION INTELLECTUELLE

Chapitre 1 – Un rapide regard en arrière : Clausewitz et les Etats-Unis avant 1945, des références éparses

Chapitre 2 – Une compréhension étroite de la pensée de Clausewitz

Chapitre 3 – Les premiers pas de la stratégie nucléaire et la guérilla – des références clausewitziennes limitées

Chapitre 4 – Un détour britannique – Liddell Hart

Chapitre 5 – Pacifisme et philosophie politique – le rejet de Clausewitz

Chapitre 6 – On War comme grille de lecture des stratégies adverses

Chapitre 7 – Des considérations plus opérationnelles

Section 1 – Clausewitz et les principes de la guerre

Section 2 – La stratégie – art ou science ?

Section 3 – Quelle place pour l’histoire militaire ?

SECONDE PARTIE – DE LA FIN DE LA GUERRE DU VIETNAM A NOS JOURS – LA DECOUVERTE DE CLAUSEWITZ

Chapitre 1 – Le renouveau de l’édifice doctrinal

Section 1 – Le FM 100-5 de 1976

Section 2 – Le FM 100-5 de 1982

Section 3 – Le FM 100-5 de 1986

Section 4 – Le FM 100-5 de 1993

Section 5 – Le FM 3-0 de 2001

Section 6- La doctrine des autres armes

a.. La doctrine de l’U.S. Navy

b. La doctrine de l’U.S. Air Force

c. La doctrine du Corps des Marines

Section 7 – La Révolution dans les Affaires Militaires

Chapitre 2 – La renaissance des études clausewitziennes

Chapitre 3 – A propos de Clausewitz et de l’attrait de la pensée allemande

Chapitre 4 – En quête d’une nouvelle approche de Clausewitz

Section 1 – Les obstacles à la compréhension

Section 2 – La méthode de Clausewitz et le rôle de l’histoire

Section 3 – La philosophie

Section 4 – Les approches scientifiques de la guerre

Section 5 – Les principes de la guerre

Chapitre 5 – L’apport de Clausewitz à la charnière politico-stratégique

Section 1 – La Formule suite à la fin de la guerre du Vietnam

Section 2 – La trinité paradoxale

Section 3 – La doctrine Weinberger et le FM 100-5

Section 4 – Les remises en cause de la valeur du paradigme clausewitzien

Section 5 – L’avenir de la Formule

Section 6 – La Grand Strategy

Section 7 – L’armement nucléaire

Chapitre 6 – Clausewitz comme grille de lecture des stratégies étrangères (suite)

Chapitre 7 – Retour au cas Liddell Hart

Chapitre 8 – Les considérations d’ordre opérationnel

Section 1 – La redécouverte du terme « opérationnel »

Section 2 – Les notions de friction, chance, incertitude et le rôle du renseignement

Section 3 – Le génie militaire

Section 4 – Le moral

Section 5 – Offensive, défensive et combinaisons

Section 6 – Le centre de gravité

Section 7 – Le point culminant de l’attaque ou de la victoire

Section 8 – Relecture de Clausewitz par H. Delbrück, ou éclairage des concepts d’anéantissement et d’attrition, ainsi que le rôle de la manœuvre

Section 9 – Les théories de la complexité

Section 10 – L’école de la paralysie stratégique de l’U.S. Air Force

Section 11 – Remise en cause de la moralité de Clausewitz – la « guerre à zéro mort »

Section 12 – Guerre de guérilla, « conflits de basse intensité » et « opérations autres que la guerre »

Section 13 – L’absence de références clausewitziennes en matière logistique

CONCLUSIONS

BIBLIOGRAPHIE SELECTIVE

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Les structures de la recherche stratégique en France

Hervé Coutau-Bégarie

Table des matières

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Introduction

De la déconstruction à la reconstruction stratégique

Les riches heures de la pensée militaire française
La traversée du désert
Une première tentative d’institutionnalisation : PIFDES
Une institutionnalisation durable : la FEDN
La montée en puissance des instituts
et cen-tres de re-cherche
L’instabilité institutionnelle

Le paysage actuel

L’organisme central : la DAS
Les instituts indépendants
La FRS
L’IFRI
L’IRIS
Le CIRPES
L’ISC
Et les autres…
Les centres de recherche universitaires
Les centres de province
Les centres parisiens
Les institutions militaires
L’absence d’organe central
L’enseignement militaire supérieur
La réflexion dans les armées
L’histoire militaire
Les centres indépendants
Les centres universitaires
Les centres officiels
Les disciplines périphériques
La sociologie militaire
La polémologie
La dimension juridique
L’économie de défense
La géopolitique

Essai de bilan

Dynamisme organique, atonie fonctionnelle
Recherche fondamentale ou recherche appli-quée
Le regroupement comme panacée ?
Pour une politique de la recherche
Index

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